Chapitre 16
Edward
Il est 9h quand je bois mon quatrième café et fume ma troisième clope. L'angoisse noue mon estomac, l'attente est insupportable. Savoir que Bella est seule avec Jacob me noue l'estomac. J'n'aurai pas dû la laisser y aller seule ; J'aurai pu, au moins, l'attendre en bas, ou dans le couloir. Au moindre bruit, je serais intervenu. Mais elle n'a pas voulu. Elle veut régler ça seule. Putain, je comprends, mais ce que je ressens à l'instant, ce n'est pas humain.
A 9h30, je tourne en rond depuis vingt minutes. J'ai l'impression d'être un lion en cage.
A 10h, je dois ouvrir la fenêtre de la pièce pour calmer mes poumons, j'ai l'impression de ne plus réussir à respirer.
A 10h30, je ne compte plus le nombre de cigarettes que j'ai fumé sur le balcon de la suite en faisant les cent pas. Je suis dans un tel état de colère et d'angoisse que je commence à me poser des questions plus incompréhensibles les unes que les autres. Et si Bella avait juste… changé d'avis ? Et si, une fois face à Jacob, elle avait juste fait demi-tour ? Si elle avait eu trop peur pour lui dire qu'elle voulait le quitter ? Si elle s'était rendu compte qu'elle ne voulait pas rentrer à Londres ?
J'inspire lentement. Non, elle ne me ferait pas ça. Pas après cette nuit. Pas après tout ce qu'on s'est dit.
A 11h, je sors de la suite en trombe. Je vais aller la chercher. Je suis certain qu'il est arrivé quelque chose.
Quand je sors de l'ascenseur, en bas de l'hôtel, mon téléphone sonne. Le soulagement me fait trembler quand je vois le prénom de Bella s'afficher.
- Putain j'ai cru que j'allais devenir fou ! lâché-je précipitamment en décrochant.
- Edward…
Sa voix cassée me fige au milieu du hall. Mon cœur s'emballe douloureusement alors que la peur vient broyer mon cœur. À sa voix... je sais qu'elle n'est pas dans son état normal, qu'il est arrivé quelque chose.
- Est-ce que ça va ? demandé-je, en proie à un sentiment horrible qui m'atteint.
- Oui, répond-t-elle d'une voix chevrotante.
Je serre les dents. Je ne la crois pas le moins du monde. Je ne veux pas la croire.
- Tu es où ?
- Je suis chez... chez nous.
Je fronce les sourcils, sentant mon cœur s'arrêter une seconde.
- Chez nous ? répété-je d'une voix sourde.
Je n'aime pas ce que je ressens. Je n'aime vraiment pas ce que je ressens. Mon corps entier se crispe alors que la peur m'envahit encore plus fort.
- Notre appartement avec Jacob, précise-t-elle après avoir inspiré lentement.
- Bella...
- Edward je... je crois qu'on… on devrait réfléchir, bafouille-t-elle difficilement.
- Tu plaisantes ?
- Je suis désolée je… je ne peux pas quitter Jacob.
La colère explose en moi à vitesse grand V, si bien que je me retiens mal de hurler, ou de tout casser autour de moi.
- On était d'accord, lui rappelé-je amèrement. Bella on… on en a parlé…
J'entends sa respiration se saccader puis elle renifle. Je me rends compte brutalement qu'elle pleure.
- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? demandé-je plus calmement, après avoir respiré quelques secondes.
Des clients de l'hôtel me lancent des regards étranges, mais j'm'en fou. Elle retient mal un sanglot à travers le téléphone, si bien je serre mes doigts autour de mon cellulaire et je ferme les yeux pour ne pas tout casser autant de moi. Il s'est passé un truc, je le sens, je le sais.
- Je vais venir, la prévins-je en reprenant ma marche pour traverser le hall de l'hôtel.
Je dois sortir d'ici.
- Non, non... ne viens pas ! s'affole-t-elle dans un autre sanglot.
- Je vais venir te chercher, asséné-je plus durement.
Je ne veux pas lui laisser le choix. Je veux la voir. Je veux aller la chercher. Je ne peux pas faire autrement !
- Non je... Edward…
Sa voix se brise sous la panique qui la traverse alors que, démuni, je sors sous le soleil brulant de la ville qui fourmille autour de moi.
- Rentres à Londres.
- Que je rentre ? m'étranglé-je, le cœur battant. Non ! Je rentre avec toi, ou je ne rentre pas !
- J't'en prie Edward… je... ne rends pas les choses plus… difficiles.
- Je refuse que tu laisses tomber.
Je l'entends renifler à nouveau avant qu'un silence s'installe. Sa respiration est bruyante, hachurée. La terreur s'empare de moi quand je saisis ce qui est en train de se passer. Est-ce vrai ? Elle a changé simplement d'avis ? Le doute nait en moi d'une manière si douloureuse que j'ai l'impression que je vais me mettre à chialer comme un gamin.
- Tu... tu veux rester avec Jacob ? finis-je par lui demander, le cœur loupant un battement.
Un sanglot sort de ses lèvres alors que je lève les yeux vers le ciel, tentant de comprendre ce qui a bien pu se passer pour qu'elle revienne aussi facilement sur sa décision. Malgré tout, malgré moi... je le sais. Il a dû la menacer. Il a dû... non, je refuse de croire qu'il l'a touchée. Si c'est le cas...
- Bella... je... j't'en supplie je…
- On ne peut pas être ensemble, me coupe-t-elle laborieusement.
Je vais m'arracher les cheveux. Des passants me fixent comme si j'avais un comportement de fou, mais j'm'en cogne complètement. Je veux la voir. Maintenant.
- Il t'a menacée ? Il t'a touché ?
Un nouveau silence m'accueille, entre-coupé par sa respiration hachurée. Si elle est tellement persuadée qu'elle doit rester avec Jacob, pourquoi semble-t-elle si anéantie ?
- Rentre chez toi Edward.
- Bella attend...
Elle raccroche avant que je ne puisse parler davantage.
La colère va me faire exploser. Je n'arrive pas à me raisonner alors que je traverse la rue sans regarder les voitures grouillant autour pour atteindre le parc.
Mes pieds se mettent à courir avant que je ne puisse réellement le décider.
J'étouffe des cris de rage pure entre mes dents serrées lorsque la réalité s'impose à moi dans une douleur des plus atroces : il s'est passé quelque chose. Quelque chose d'assez grave pour qu'elle renonce à nous, à mon amour pour elle, à son amour pour moi.
Bella
Je raccroche, et, pendant plusieurs longues minutes, je pleure tout mon soule assise sur le sol de la cuisine.
Je ne comprends pas bien ce qu'il vient de se passer, je ne comprends rien, et la douleur est insoutenable, mais je suis presque rassurée : Edward à compris.
Il va partir, quitter la ville, rentrer chez lui et plus jamais il ne lui arrivera quoi que ce soit d'autre par ma faute.
Pendant un moment, je reste les yeux dans le vide à respirer le plus doucement possible, tentant d'apaiser mon chagrin et la souffrance de tout mon corps. Je ne serais jamais libre. Je ne serais jamais heureuse. Peut-être arriverai-je à l'accepter, un jour.
Je ne peux être avec Edward.
Je me répète cette phrase pendant quelques minutes avant de me relever péniblement.
Presque pliée en deux, je me tiens les cotes en étouffant un cri de douleur quand je me mets à marcher.
Je dois prendre une douche.
La poche de glace à presque toute fondue dans l'évier de la salle de bain quand je l'atteins.
Dans le miroir, je vois mon reflet ensanglanté me regarder d'un mauvais œil, accentuant mes tremblements. Je ferme les paupières une seconde, tentant de ne pas paniquer face à la vision de mon visage.
J'ai vomi, plusieurs fois en deux heures. Comme si mon corps voulait expulser toute la merde que Jacob a déversé en me frappant si fort qu'il m'a fait perdre connaissance.
Mon arcade est toujours en sang.
Je prends un coton en grimaçant face à la douleur de mes côtes. Je l'humidifie un peu, serre les dents quand j'essuie le sang qui a coulé sur mon œil, et les larmes qui l'ont dilué sur ma joue. Elles reviennent couler sur mes joues quand je tamponne ma lèvre d'où le sang s'échappe encore. L'entaille est profonde, à vif. Je me demande un instant si je ne devrais pas recoudre avant de renoncer. Je n'ai définitivement pas la force de le faire seule.
Il ne me faut encore pas moins de dix cotons pour enlever le sang de mon visage. Des bleus apparaissent ici et là, si bien que j'ai du mal à respirer en voyant les marques rouges, violettes qui naissent dans mon cou, et sur ma mâchoire.
Je me déshabille difficilement, entre sous l'eau chaude en étouffant mal un cri de douleur quand l'eau pénètre mes blessures et mon corps endoloris.
Mes yeux se ferment, alors que je repousse la terreur qui veut s'en prendre à moi tandis que la vapeur monte dans la pièce silencieuse.
Les yeux fous de Jacob me reviennent. Ses cris. Ses insultes. Mes supplications pour qu'il cesse de me frapper.
Il était fou. Presque possédé. Dans ses iris ne flottait plus que sa haine envers moi, dans un mélange de rage et de hurlements qui me fait encore grelotter.
C'est le voisin qui est intervenu, alerté par les cris provenant de l'appartement. Je suis presque certaine que, sans ça, sans lui, je serais morte.
Il a attendu que j'arrive à reprendre conscience pour partir en me conseillant de porter plainte contre Jacob. Sa remarque m'a faite rire. Jacob est intouchable.
Ce dernier est parti quand le voisin l'a menacé avec son fusil. C'est ce qu'il m'a raconté. Ça n'est qu'une sombre merde a-t-il dit à son attention. C'est un monsieur d'un certain âge, et je lui suis reconnaissante. Sans lui… J'inspire douloureusement. Mes côtes doivent être cassées. J'ai trop mal pour que ça ne soit pas le cas.
Quand je m'enroule difficilement dans une grosse serviette en sortant de la douche, je me sens moins anéantie… mais plutôt vide. J'me fou de mes blessures physiques. Elles ne sont rien comparées à la voix d'Edward quand il a compris que je le quittai.
Je n'ai pas le choix. Je veux le protéger. Je dois le faire. L'éloigner de ma vie est le mieux à faire.
Je ne sais pas si Jacob va revenir, ou quand il va revenir, et, mais rien qu'à y penser, j'envisage sérieusement de mettre un terme à tout ça. Comment pourrais être désormais dans la même pièce que lui ? Comment pourrais continuer à vivre avec lui ? Comment pourrais simplement continuer à vivre ?
Je mets au moins un quart d'heure à m'habiller. Mes gestes sont lents, mes plaintes de douleurs fréquentes. Combien d'os m'a-t-il brisé ?
Je sursaute quand des coups sont tapés contre la porte d'entrée avec force.
- Bella ! Ouvre cette porte !
Je me fige, sentant mon cœur se briser quand je reconnais la voix d'Edward.
- Je sais que tu es là, hurle-t-il derrière la porte fermée.
Je ferme les yeux en m'approchant difficilement. Si Edward me voit dans cet état… non. Il ira tuer Jacob, il prendra conscience de tout ça... Je refuse que ça arrive. Il ne peut pas me voir comme ça.
Mes larmes débordent quand il frappe encore, plus fort, en criant mon prénom.
- Je veux savoir que tu vas bien ! Ouvre cette putain de porte ou je la défonce !
Je colle mon front contre le bois de celle-ci, sentant la détresse m'étreindre.
- Bella !
Je me pince les lèvres, retenant mal les sanglots qui secoue mon corps. J'aimerais mourir dans l'instant, et ne plus jamais avoir à ressentir cette souffrance qui me traverse et m'engloutit à sa voix brisée.
- Je... je suis prêt à partir si tu me prouves que tu es… que tu veux… tout ça.
Je soupire douloureusement. Ma lèvre saigne à nouveau, répartissant le gout du sang dans ma bouche.
- Bella… menace la voix d'Edward, brisant mon cœur un peu plus.
- Rentres chez toi Edward, réussi-je à dire d'une voix forte.
Je le vois presque se figé derrière la porte alors que mon cœur bat trop lourdement dans ma poitrine. Je suis presque certaine que je vais mourir de chagrin.
La porte bouge un peu, comme s'il s'appuyait contre. Je tente de respirer, mais je n'y arrive pas… je n'y arrive plus.
- Je veux te voir, répond-t-il après quelques longues secondes de silence.
- Non ! dis-je un peu trop vivement. Non… je… Edward, va-t'en.
- Est-ce qu'il t'a touchée ?
Un sanglot m'échappe alors que je ferme les yeux plus forts.
- Putain Bella ! Réponds à ma question !
Mon monde s'écroule brusquement.
Je voudrais mourir. Je voudrais mourir, et que tout s'arrête. Ma souffrance, sa colère, mon amour pour lui… ma vie.
Mon corps glisse contre le mur quand mes jambes lâchent prise. Je l'écoute jurer plusieurs fois, m'appeler, mais j'ai la sensation d'être dans un autre monde, d'être déconnectée. Les bruits sont étouffés, ma vue brouillée tant ma tête tourne.
À peine consciente de la réalité, je m'éloigne de la porte me relevant difficilement.
Il va finir par se lasser, de frapper le bois et d'hurler pour rien… et il va partir. Il disparaitra… et moi aussi.
J'ai à peine atteint le salon qu'un coup résonne bien plus fort, et que la porte se brise dans un craquement qui me fait sursauter d'effroi.
Il vient de défoncer la porte. Il vient de défoncer la porte !
Quand Edward m'aperçoit, debout au milieu du salon, le visage tuméfié, il se fige. Je le vois blanchir alors qu'il me dévisage d'une manière si douloureuse que j'ai du mal à rester debout.
Il finit par m'approcher d'un pas lent, comme s'il mesurait chacun de ses gestes. Ma tête tourne, et mes larmes débordent quand il m'atteint.
La colère dans ses yeux n'est pas de la colère. Ça n'est pas non plus de la rage.
C'est de la haine. De la haine pure.
Mon corps entier est tellement douloureux que je manque de tomber quand il porte sa main à ma lèvre qui saigne encore, son pouce effleurant à peine ma peau.
- Je t'emmène à l'hôpital, décrète-t-il d'une voix blanche.
- Non.
Il fronce les sourcils alors que la contrariété le traverse vivement.
- Ça n'est pas une question, tranche-t-il brutalement.
- Non. Je ne bouge pas. Je, je reste ici.
Edward serre les dents si fort que je les entends grincer. Je ne veux pas partir. Si je pars… où que j'aille, il me retrouvera, je le sais parfaitement.
- Je vais le tuer, me prévint-il sans tenter de contrôler les tremblements de sa voix.
L'expression de son visage est si sérieuse que je sais qu'il va vraiment le faire. Je n'ai pas le temps de réagir qu'il fait demi-tour, me laissant seule au milieu du salon.
- Je vais le tuer, répète-t-il en passant la porte qu'il vient de faire sauter de ses gonds.
Pendant une seconde, je reste interdite par la haine qui l'habite. Il va aller le trouver. Il va le tuer.
- Non ! m'écrié-je en le voyant appuyer rageusement sur les boutons de l'ascenseur.
- Reste ici, m'ordonne-t-il quand je marche difficilement jusqu'à lui.
J'étouffe, la panique m'empêche de respirer. Je n'arrive pas à réfléchir, mais je veux l'atteindre. Je veux l'empêcher de partir. A contrario de tout mon comportement depuis ce matin, je veux qu'il reste.
- Bella, reste ici !
Je me fige face à la façon dont il vient de me crier dessus.
Je sens que, maintenant, il est en colère contre moi. On se dévisage une seconde avant qu'il ne frappe de son poing l'ascenseur, qui n'arrive pas, puis se dirige vers la porte de secours. Il la claque derrière lui pour dévaler les escaliers dans une rapidité extrême qui fait cesser de battre mon coeur.
La terreur s'empare violemment de moi.
Il va voir Jacob.
Edward
Il va crever.
Je jure que je vais le tuer de mes propres mains.
Je suis dans un état second quand je passe la porte d'entrée de l'immeuble où Jacob travaille. Je ne sais pas comment j'ai traversé la ville, mais tout autour de moi est trouble, et rouge.
Un tour sur google m'a appris où il travaillait, et, quand je monte les escaliers quatre à quatre, je me rends compte que je ne suis même pas essoufflé. Ma rage me porte alors que je pénètre à son étage. La secrétaire m'interpelle quand je passe devant elle rapidement, mais je l'ignore. Je veux le trouver.
Je fixe seulement ce nom que je veux détruire à jamais.
Jacob BLACK
La porte s'ouvre en fracas.
Jacob, assis derrière son bureau relève la tête vers moi. J'entends vaguement la secrétaire qui court derrière moi, s'écriant que je n'ai pas le droit d'être ici. Les yeux sombres de Jacob me dévisage une seconde. Il n'a pas l'air surpris de me voir ici. Un léger sourire satisfait étire ses putains de lèvres quand j'avance vers lui.
J'vais le faire crever.
Je jure que je vais l'anéantir.
Bella
Une nouvelle fois, le voisin sort de chez lui pour me sauver.
Celle fois, ça n'est pas des coups de Jacob, mais de la crise de panique qui m'empêche de respirer.
- Venez-là mon petit, murmure-t-il en me soulevant contre lui pour me faire entrer chez lui.
Je ne le connais pas le moins du monde. Je ne l'ai jamais vu avant aujourd'hui. Mais, quand il referme la porte de son appartement, je me sens en sécurité. Il m'aide à m'asseoir sur son canapé alors que je tente de me calmer -sans succès.
- Il faut que vous vous calmiez, me conseille-t-il gentiment en prenant place à côté de moi. Calmez-vous. Respirez.
Je m'exécute difficilement. Mes cotes me font atrocement souffrir.
- Voilà, c'est bien.
Je fixe ses yeux bleus entourés d'un nombre impressionnant de rides. Quel âge a-t-il ? Il pourrait être mon grand-père.
- Inspirez. Expirez.
Je le suis, retrouvant lentement un peu de self contrôle.
- Vous vous sentez mieux ? demande-t-il gentiment en pressant doucement ma main -celle que Jacob n'a pas broyé entre ses doigts.
- Ça va, répondis-je dans un tremblement.
Un sourire rassurant éclaire ses traits.
Mes yeux font le tour de son appartement alors qu'il me fixe avec douceur. Les murs sont remplis de photos, de souvenirs. Je trouve sa maison chaleureuse. Sa gentille, sa douceur me fait du bien.
Après quelques minutes où il me fait respirer lentement, je réussis à m'apaiser assez pour réussir à respirer presque normalement.
- On va appeler la police, maintenant.
Je m'entends déglutir, puis la réalité m'atteint violemment. Edward est partit rejoindre Jacob.
- Je... il faut que j'appelle quelqu'un, d'abord, balbutié-je.
Son regard m'étudie, l'inquiétude faisant froncer ses sourcils blanchis par les années.
- Je vais vous chercher mon téléphone.
- Merci, soufflé-je émue.
Un léger sourire étire sa bouche. Il se lève, puis part dans ce que je devine être dans la cuisine avant de revenir, un téléphone à la main qu'il me tends.
Je compose le numéro du bureau de Jacob. Ça sonne. Encore et encore. Dans le vide. Je commence à avoir du mal à respirer, à nouveau. Je ferme les yeux en recommençant. Une fois. Deux fois. Trois fois.
- Ça ne décroche pas ? demande mon voisin -Henri selon sa gourmette en or à son poignet.
- Non.
Il disparait dans la cuisine à nouveau.
Je tape le numéro d'Edward. Je l'ai appris par cœur le jour où il a eu son accident. Je ne sais pas pourquoi je l'ai fait, mais j'ai eu besoin de savoir que je pourrais l'appeler, de n'importe où, et n'importe quand.
Les sonneries s'enchainent alors que je ferme les yeux, désespérée. Si jamais il est réellement parti chercher Jacob…
Je finis par laisser tomber au bout de six appels. Ça ne mène à rien. Je dois le retrouver. Je dois savoir où il est. Par où commencer ?
- Je... je dois partir, dis-je quand Henri revient dans la pièce.
Ses sourcils blancs se froncent d'inquiétude.
- Vous voulez allez où ? demande-t-il en me regardant peiner à me relever.
- Je... je n'en sais rien, avoué-je, sentant mes larmes revenir.
- Allons allons, nous allons trouver une solution.
Mué par un instinct étrange, j'ai la sensation que je dois retourner à l'appartement de Jacob. Je ne sais pas pourquoi, ni comment, mais je sens que je dois m'y rendre. Y trouverais-je les réponses qui me manque ?
Je quitte Henri après plusieurs minutes à le remercier. Il m'a sauvé. Deux fois. Je ne saurai jamais comment le remercier, comment lui exprimer ma gratitude.
Quand je pousse la porte cassée de l'appartement, à l'intérieur, rien n'a changé. Pourquoi serait-ce d'ailleurs le cas ? La lampe de l'entrée est toujours brisée. Du sang jonche le sol à l'endroit où Jacob a voulu me détruire.
Je ravale ma colère, ma peur, et avance vers le canapé. A l'instant où je me demande comment je vais retrouver Edward, mon téléphone sonne. Je fronce les sourcils en voyant le numéro d'Alice s'afficher.
- Bella ?
- Qu'est-ce qui...
- Edward... il est... il est à l'hôpital, lâche précipitamment Alice.
Mon souffle s'étrangle dans ma bouche. Qu'est-ce que Jacob lui a fait ?
- L'hôpital de New York m'a appelé pour me prévenir et je… je ne sais pas quoi faire ! Qu'est ce qu'il s'est passé ? s'affole-t-elle.
Mes yeux se posent sur la porte. J'ai la sensation d'entendre à nouveau le bois se briser. J'ai la sensation de voir à nouveau Edward se figer, la douleur le traversant de part en part. J'ai la sensation de voir à nouveau Jacob s'acharner sur moi, comme si j'étais sortie de mon corps pour regarder la scène du haut.
- Je... c'est compliqué Alice je… Jacob… Jacob a pété un câble et… il a...
- Tu vas bien ?
- Je ne sais pas, avoué-je brutalement, au bord des larmes.
- Écoute, je vais prendre le premier avion avec Jasper. On sera là seulement demain matin. Il faut que tu ailles voir Edward et que tu me dises comment il va.
Je hoche la tête avant de me souvenir qu'elle ne peut pas me voir. L'entendre me fait presque du bien. J'ai brutalement la sensation de ne plus être aussi seule au monde.
Je promets à Alice de lui donner des nouvelles d'Edward dès que je l'ai trouvé. Si Edward est à l'hôpital, c'est que ça a mal tourné.
Le cœur au bord des lèvres, je récupère mon téléphone et décide de partir d'ici. J'me fou totalement de Jacob. Je me fou de ses coups, de ses promesses de me tuer. Je me fou de nos souvenirs, de mon père, de tout le reste.
Je dois aller rejoindre Edward.
Dans le taxi qui m'emmène à l'hôpital, j'ai un regain d'énergie. Ma peur pour Edward prend le dessus sur la douleur de mon corps. Je ne suis probablement pas belle à voir, j'ai du mal à garder mon œil droit totalement ouvert tant mon arcade me fait mal, et le chauffeur du taxi n'arrête pas de me regarder à travers le rétroviseur.
- Vous ne pouvez pas aller plus vite ? m'impatienté-je après un énième feu.
- Les bouchons ma p'tite dame !
Je rage. J'n'en peux plus. J'ai essayé d'appeler Edward quatre fois, mais je tombe sur sa messagerie. Il ne décroche pas. Il n'est peut-être pas en état de me répondre. L'inquiétude se mélange à ma colère. Je lui ai dit de pas le faire. Il l'a fait. Il a été retrouvé Jacob, j'en suis sûre maintenant. Il a été le voir lui, alors que, moi, j'avais besoin de lui. Il l'a fait, alors que je lui ai dit de ne pas le faire putain !
Je fulmine carrément quand le taxi me dépose devant les urgences de l'hôpital. Je lui balance une liasse de billets trouvée dans les affaires à Jacob, avant de m'enfuir carrément.
À l'accueil, j'ai du mal à ne pas crier sur la secrétaire pour qu'elle me donne le numéro de chambre d'Edward.
Elle met un temps horrible à le trouver, si bien que, dès qu'elle me donne le numéro de la chambre où il se trouve, je m'enfuis en serrant les dents, me foutant royalement de la remercier.
L'ascenseur est encombré et les regards sur moi me donnent envie de vomir.
Une seule chose me fait tenir : Edward n'est pas mort, sinon il n'aurait pas de chambre. Cette seule constatation, idiote, certes, me redonne une force incroyable.
Quand les portes s'ouvrent sur le quatrième étage, je me pétrifie en tombant directement sur Jacob.
L'envie de vomir qui me revient est si violente que je serre les dents pour ne pas virer de l'œil.
Assis sur un brancard, dans le couloir, j'ai du mal à reconnaitre son visage.
Aussi animal et primitif que cela puisse paraitre, le soulagement s'empare de moi quand je vois son état, et la minerve qui maintient sa tête.
Il est raide, je devine, rien qu'à la façon dont il se tient qu'il souffre le martyre. J'ai du mal à retenir la satisfaction qui monte en moi de le voir grimacer quand le médecin lui fait lever le bras. Tout son être à l'air d'être douloureux. En j'en suis heureuse. Vraiment heureuse.
J'avance vers lui, comme happée. J'espère de tout mon être que le médecin va disparaitre et que je vais pouvoir le frapper aussi fort qu'il s'est déroulé sur moi. Mon poignet n'y survivra certainement pas mais je m'en fou. Je veux lui faire aussi mal que ce qu'il m'a fait, j'aimerais lui faire aussi peur.
Vaguement, je pense à Edward. Sa seule pensée m'apaise un peu.
Quand je passe devant Jacob, il se raidit tout entier en étouffant mal une plainte de douleur. La peur danse dans son regard que je croise une demie seconde. La peur, et la honte, aussi. Jacob Black serait-il capable d'avoir des remords ?
Je regarde cet homme avec lequel j'ai vécu pendant deux années baisser les yeux, incapable d'affronter ce qu'il lit sur mon visage. Je le hais. Je le hais réellement. Il mérite largement ce qui lui ai arrivé.
Juste pour pouvoir en profiter encore un peu, et parce que je n'arrive pas à refouler plus ce que je ressens, je lui souris de la manière la plus arrogante qui soit.
Il détourne les yeux, semblant incapable de m'affronter. J'ai envie de rire alors que la situation ne s'y prête pas. Mes nerfs prennent certainement le dessus. À son visage gonflé et plein de sang, il s'est pris la dérouillée de sa vie.
Rapidement, je concentre mes pensées vers ce qui compte maintenant : Edward.
Je laisse le monstre qu'est devenu Jacob -qu'il a toujours été, peut-être- et je marche le long du couloir pour trouver la chambre à Edward.
Quand le numéro 618 s'affiche, je pousse la porte et mon cœur s'arrête.
Il est là.
Assis sur le lit, une poche de glace sur la main, il a les yeux dans le vide et mon corps entier s'apaise à sa vision. Je l'examine rapidement : une entaille soignée d'une strippe barre sa pommette, mais il n'a rien. Il n'a rien. Pas de bleus, pas d'hématomes, pas de lèvres ensanglantées, pas de tube pour l'aider à respirer, pas de côtes cassées. Il n'a rien.
- Tu as arrêté de défoncer les portes ?
Ma voix tremblante résonne dans la chambre.
Son visage stupéfait pivote vers le mien. Ce que je lis dans ses yeux me cloue sur place alors qu'il se relève précipitamment, faisant tomber la glace dans la foulée pour m'atteindre.
Je retiens un hurlement quand il me soulève contre lui et me serre avec tellement de force que je sanglote dans son cou, prenant brutalement conscience que tout vient de prendre fin, et qu'il est là, contre moi.
Il respire bien plus vite que d'habitude, mais il va bien. Il n'a rien.
- Putain, lâche-t-il dans mon cou sans me reposer pour autant.
Je souris malgré mes larmes. Je n'arrive plus à penser, tout se mêle, écrasant ma poitrine. Il va bien. Je vais bien. On va bien.
La colère de ses yeux quand il se recule pour me regarder me brule la poitrine mais je ne peux pas cesser de sourire pour autant. Quand il me repose doucement à terre, je reprends difficilement mon souffle.
L'émotion est si forte dans cette petite chambre pâle qu'elle me broie tout entière. Mais je ne veux plus lutter contre. Je veux tout vivre.
- Tu n'as rien ? demandé-je, pour vérifier mes constatations.
Ses mains prennent mon visage en coupe, nos yeux s'accrochent. Je ne vois plus que lui et la douleur dans ma poitrine semble s'amoindrir à son contact.
- Je t'avais dit de pas le faire, tenté-je pour détendre l'atmosphère lourde d'émotion entre nous lorsque je comprends qu'il n'arrive pas à parler.
Il essaie de sourire mais n'y parvient pas. Son regard effleure mon visage blessé, avant que ses yeux ne se troublent. La colère assombrie son visage, à nouveau.
- Je devrais le tuer.
- À ce que j'ai vu de ce qu'il reste de lui dans le couloir, tu l'as déjà fait.
Un éclat de satisfaction la plus animale flotte dans ses yeux alors qu'il semble, pourtant, être au bord des larmes. Ses doigts frôlent ma lèvre blessée, avant de glisser sur les traces des doigts de Jacob dans mon cou. Je retiens sa main pour qu'il cesse son exploration qui me tord le ventre et la ramène contre mon visage pour embrasser ses doigts.
- Tout va bien, dis-je d'une petite voix.
La colère ne le lâche pas pour autant.
- Écoute…
- J'aurai dû être là, me coupe-t-il, les traits durs. J'aurai dû savoir qu'il te ferait du mal ! J'aurai dû…
- Tu l'as fait Edward je… je suis vivante grâce à toi.
Il secoue la tête en se reculant un peu. Pourquoi recule-t-il ? Pourquoi s'éloigne-t-il ?
- T'as vu dans l'état que tu es ?
- Ça pourrait être pire. Il… il aurait pu me tuer.
Il respire plus vite d'un coup, comme si mes mots l'impactaient physiquement.
- Regarde ce qu'il t'a fait, lâche-t-il péniblement. Pourquoi tu ne m'as rien dit ? Pourquoi tu m'as… je sais pourquoi, mais tu aurais dû…
- Je ne voulais pas qu'il te fasse du mal, le coupé-je dans un souffle. S'il s'en prenait à toi…
- J'aurai préféré ça ! Bella j'ai cru… quand tu m'as dit que tu avais changé d'avis j'ai…
Il se tait, ferme les yeux un instant.
Il a cru que je voulais vraiment le quitter. Bouleversée, j'ai du mal à retrouver l'usage de mes jambes. Pourtant, quand je me blottis contre lui, je suis soulagée de sentir ses bras se refermer autour de moi.
Edward
- Pardonne moi, souffle-t-elle contre mon torse en me serrant plus fort. J'ai… je voulais te protéger.
Je soupire en posant ma joue contre son crâne. J'ai cru la perdre à jamais. Rien que d'y penser, j'ai la sensation que je vais mourir de chagrin.
- Je ne veux plus jamais que tu mentes. Pas quand il arrive quelque chose d'aussi grave.
Elle tremble contre moi. Je devine qu'elle pleure encore. Je tente de repousser ma colère. Frapper sur Jacob jusqu'à ce que la sécurité m'arrête n'a apparemment que trop peu atténué la haine que j'ai contre lui. Si je pouvais, j'irais lui régler son compte immédiatement. Bella me serre plus fort contre elle, comme si elle lisait dans mes pensées.
- Je ne supporte pas l'idée qu'il t'ait touché, dis-je après un moment à inspirer son odeur pour m'empêcher de quitter la pièce.
- C'est terminé, chuchote-t-elle en redressant le visage vers moi. Je l'ai vu, m'explique-t-elle en plongeant dans mes yeux. Vu comment tu as défoncé sa tête, je pense qu'il nous laissera tranquille. Il sait à quoi s'attendre, maintenant.
Je l'observe un instant, incapable de détacher mes yeux de son visage abimé. Elle est vraiment amochée, son arcade et une partie de sa mâchoire tirent maintenant sur le violet. Sa lèvre est salement ouverte. La voir si amochée me donne la gerbe, j'ai, de nouveau, envie de frapper dans quelque chose. Quelqu'un.
- Je pense que tu as besoin de points.
Elle lève les yeux au ciel.
- Je suis sérieux Bella, ça a l'air profond.
Un léger sourire étire sa lèvre blessée. Elle à l'air tellement légère que je m'inquiète une seconde sur sa santé mentale. Mes pensées disparaissent pourtant quand elle se relève lentement sur la pointe des pieds pour faire glisser son nez contre le mien.
- D'accord.
- D'accord ? demandé-je, étonné qu'elle accepte sans protester davantage. D'accord "tais-toi", ou d'accord "je vais le faire" ?
- D'accord je t'aime, souffle-t-elle, la voix tremblante.
Mon souffle se coupe.
J'ai la sensation que mon corps va exploser sous la vague intense de joie et d'amour que je ressens dans tous mes membres. Son regard brillant verrouille le mien, m'emprisonnant dans ses yeux sombres qui brillent comme jamais. Mes sentiments pour elle débordent, j'ai l'impression de pouvoir voler.
Elle ferme les yeux une seconde, puis sourit en secouant la tête alors que ses joues se teintent de sa gêne.
- Je… je ne voulais pas te le dire comme ça, avoue-t-elle en rougissant encore plus. Je voulais… je voulais que tout soit parfait.
Elle m'observe une seconde alors que j'ai du mal à trouver la force de répondre. J'ai l'impression que ma voix a été avalé par le tourbillon que ses mots viennent de déclencher en moi. Mon cœur va foutre le camp, j'en suis certain.
- Mais j'ai failli te perdre aujourd'hui, continu-t-elle d'une voix tremblante… j'ai cru que… j'ai cru que je n'allais plus jamais te revoir et…
- Redis-le, réussi-je à dire avec trouble.
Elle fronce les sourcils un instant, un peu perdue.
- Redis-le, répété-je avec plus d'assurance. Redis-le que je puisse te répondre.
Elle mord légèrement sa lèvre du coté où elle n'est pas blessée puis inspire tout doucement. Elle a l'air de souffrir de partout, pourtant, elle sourit. Encore.
- Je t'aime, chuchote-t-elle, ses yeux profondément ancrés dans les miens.
- Je t'aime, murmuré-je à mon tour, sentant ma gorge se nouer sous l'émotion si vive entre nous qu'elle fait s'envoler mon cœur.
J'voulais lui dire en la retrouvant aujourd'hui, mais les évènements de la journée m'ont tellement dépassé que ça a bouleversé tous mes plans.
J'voulais lui dire en lui faisant l'amour, peut-être, ou alors en la regardant pâtisser, demain. Ou sous la douche, dans la voiture, dans l'avion. Trouver le bon endroit, le bon moment.
Mais elle me le dit là, maintenant, au milieu de cette chambre d'hôpital hideuse qui sent le désinfectant.
Ses larmes débordent à nouveau alors que j'écrase son sourire contre ma bouche.
Elle pleure et elle sourit.
C'est le pire moment.
Le pire lieu.
Mais c'est parfait. Totalement parfait.
Inspirez profondément. Expirez lentement. Ca va aller hein ?
Deux chapitres dans la même journée ? Je vous gâte dis donc ! (Je ne sais pas si, gâter, est ici le bon terme ^^')
J'avais envie de publier, et j'avoue, aussi, que vous m'avez fait mal au cœur à me supplier d'avoir la suite très très vite... donc la voilà.
Ce chapitre à été relativement difficile à écrire... certaines émotions me tétanisent totalement. J'espère, pour autant, qu'il vous aura plu et que vous n'êtes pas déçues.
On se retrouve bientôt,
Laissez moi vos sensations, émotions, sentiments, là, tout de suite, à chaud. Je veux vous lire.
J'vous embrasse,
Tied.
