Chapitre 17

Bella

Je l'aime.

J'aime cet homme.

J'aime Edward Cullen.

C'est d'une telle évidence que je n'en reviens de ne pas m'en être rendue compte plus tôt, d'avoir repousser ça tellement longtemps, d'avoir attendu interminablement et d'avoir dû voir la mort de près pour être capable de lui dire.

Il m'embrasse doucement, faisant attention à ne pas blesser ma lèvre plus.

J'ai l'impression que toute cette histoire sordide n'a jamais lieu quand il me serre contre lui de ses bras autour de moi. Son corps se détends à mon contact. J'ai la sensation qu'il vient de trouver, enfin, l'apaisement. Quand il se recule, il pose son front contre le mien, les yeux clos.

- Je n'arrive pas à croire qu'il ait fallu que je manque de tuer ton mec pour que tu acceptes enfin tes sentiments pour moi, ironise-t-il.

Son nez caresse le mien tandis que je souris à nouveau. J'ai l'air certainement idiote, mais j'm'en fou. J'suis plus heureuse que je ne l'ai jamais été.

- Il n'est plus vraiment mon mec, fis-je remarquer.

- Ma dernière droite lui a ôté ce droit ?

J'étouffe un rire. Imaginer Edward se défouler sur Jacob me fait tort et me fait du bien à la fois. Jacob m'a tellement fait de mal ces dernières heures que j'arrive à me réjouir qu'il souffre autant, même si c'est petit.

- Quelque chose comme ça, oui.

Edward secoue la tête, mais il sourit. Enfin. Je fouille son regard quand il ouvre les yeux. Il a l'air… apaisé. Presque serein. Ses yeux sont clairs, époustouflants. Si j'avais su que lui dire je t'aime changerait tout à ce point, je l'aurai fait avant.

- Donc, la place est à prendre ? demande-t-il après quelques secondes à me dévisager.

Je repousse un rire.

- Je... pas vraiment, murmuré-je.

Ses yeux trahissent légèrement son inquiétude. Je caresse son nez du mien en fermant les yeux pour profiter de tout ce que ça provoque en moi. La chambre autour de nous devient un nid doux et tendre quand je retrouve son regard.

La pression vient de redescendre.

J'arrive à respirer, enfin.

- Elle est à toi. Si... si t'es prêt à t'embarquer dans une vie bizarre avec moi.

- Une vie avec toi ? Carrément ?

- On va devoir s'y faire. Je n'ai pas envie de quitter Londres avant un moment.

Le sourire d'Edward s'amplifie. Il s'apprête à dire quelque chose quand un médecin entre dans la chambre, puis me salue poliment en m'apercevant.

- C'est donc la demoiselle, sourit-il en me regardant avec attention.

C'est un homme d'une cinquantaine d'années. Grand, grisonnant, il se dirige vers nous avec un dossier dans la main. Toujours dans les bras d'Edward -il refuse vraisemblablement de s'écarter- je lui glisse un regard pour comprendre.

- J'ai dû... expliquer les raisons de… tout ça, se justifie Edward, un peu plus sérieux.

Il ne me relâche pas pour autant.

- Voyons cette main, propose le médecin en vrillant son attention sur Edward.

- Je préférerai que vous l'auscultiez elle, d'abord.

- Edward...

- Elle a visiblement besoin de quelques points à la lèvre. Elle a un hématome sur la pommette, et un à la mâchoire, ici. Ses doigts sont gonflés et je pense qu'elle doit avoir aussi des côtes abimées, énumère-t-il d'une voix grave, récoltant l'attention du médecin.

Je soupire.

- C'est vrai que cette lèvre est vilaine, commente l'homme en face de nous. Asseyez-vous, on va faire le point.

Je serre les dents, repousse la douleur que ça déclenche dans ma mâchoire. Je m'assois doucement sur le lit derrière nous alors que ça m'agace : je veux qu'il s'occupe d'Edward. Ses phalanges sont vraiment moches et ma seule préoccupation est de savoir qu'il va vraiment bien.

- Franchement, il n'y a pas de quoi en faire tout un…

J'étouffe mal un cri de douleur quand le médecin effleure mes cotes à travers le tissu.

Edward se raidit en s'asseyant à côté de moi puis il m'aide à enlever mon vêtement. Je tente de ne rien laisser paraitre, mais mon corps à l'air d'être encore plus douloureux que tout à l'heure.

Je vois le médecin me regarder attentivement alors que je patiente, assise en soutien-gorge devant lui. C'est gênant. C'est gênant mais je n'y prête pas vraiment attention puisque je sens Edward se tendre encore plus quand il pose les yeux sur mon corps. J'inspire profondément en le sentant attraper ma main valide avec une certaine vivacité. J'ai la sensation qu'il cherche à me toucher seulement pour garder son calme.

Je n'ose même pas me regarder ; En sortant de la douche, mes côtes et une partie de mon ventre virait au noir… Sans compter les traces dans mon cou et la douleur de ma mâchoire.

- On va vous donner des calmants, pour la douleur, dit le médecin après quelques longues secondes à observer attentivement mes blessures.

Je hoche la tête en donnant des coups d'œil nerveux à Edward qui est blanc comme un linge. Son regard est à nouveau noir de haine et j'ai la sensation qu'il va exploser de colère d'une seconde à l'autre.

- Vous avez eu des signes particuliers, hormis les hématomes ? Demande l'homme en face de moi en me faisant pencher la tête pour regarder les traces dans mon cou.

- Je... j'ai vomi, plusieurs fois.

Le médecin hoche la tête, concentré. Je tente d'ignorer le regard d'Edward sur moi, mais son angoisse me parvient par vagues tellement violentes que je sais qu'il enrage.

- Votre corps a tenté d'évacuer, m'explique le médecin en retrouvant mes yeux. On va quand même faire des radios pour vérifier qu'aucun problème plus grave n'est caché. Il va falloir que je fasse un rapport.

Je me mords la langue. J'aimerais simplement rentrer chez nous, à Londres et oublier tout ça.

- Elle va porter plainte, de toute façon.

Ma tête pivote vers Edward qui me dévisage.

- Je...

- Je ne te laisse pas le choix, argue Edward un peu plus froidement. Tu vas porter plainte. Je n'ai rien dit les premières fois parce que tu m'as supplié de ne pas le faire. Aujourd'hui il a failli te tuer.

Ma tête bourdonne un peu sous la peur que je rejette. Je ne veux pas revivre ce que j'ai vécu ce matin. C'est impossible. Je ne peux pas le supporter.

- Je vais aller chercher votre dossier et on va remplir les papiers ensemble, nous interromps le médecin en se reculant un peu. Monsieur Cullen, respirez. Je crois qu'elle est en sécurité, à présent.

Edward serre les dents, se moquant d'être mal poli. Ils m'aident tous les deux à me remettre mon haut dans un silence de mort.

Le docteur s'efface en quittant la pièce pendant que je regarde Edward se relever et commencer à faire les cent pas.

- Tu vas porter plainte.

- Edward...

- Non, tu vas le faire.

- Je... j'ai peut-être une autre solution, dis-je doucement.

Sa bouche s'ouvre et se ferme. Il est en colère -encore- mais je ne me démonte pas.

- J'ai... avant que Jacob ne… ne pète un câble, je… j'ai senti que je devais prendre des… des précautions.

Edward fronce les sourcils.

- Avant qu'il ne me frappe, j'ai lancé le dictaphone de mon portable et il est resté allumé jusqu'à ce que le voisin me ramasse.

Mes derniers mots le font grimacer mais il tente de laisser ça de côté.

- Tu as... tu veux dire que tu as des preuves de ton agression ?

Je hoche la tête doucement.

- C'est une bonne chose… j'imagine.

- Ça n'est pas tout, avoué-je l'estomac noué.

Edward me fixe, attendant que je continue. J'ai du mal à ignorer la colère dans ses yeux, même si elle ne m'est pas destinée.

- Avant de… tout ça, Jacob a avoué clairement être à l'origine de ton accident.

Le corps d'Edward se tend lentement alors que ses traits deviennent encore plus durs.

- Mon accident ?

- Il savait pour nous, expliqué-je en essayant de rester calme. Depuis… depuis le début. Il a dit… qu'il avait essayé de te tuer.

- Le chauffard… souffle Edward, abasourdit.

Je mords ma langue, contrôlant ma respiration.

- C'est pour ça qu'il s'est… défoulé sur moi. Je n'ai pas eu le temps de dire que je voulais rompre ou…

Je hausse les épaules, avant de fermer les yeux une seconde pour ne pas laisser déborder mes émotions et mes souvenirs. Je refuse de me laisser envahir par ce qu'il m'a fait subir.

- Il savait, ajouté-je juste, incapable de continuer.

J'observe Edward quelques secondes, les yeux perdus dans le vide, qui semble encaisser difficilement la nouvelle.

- Peut-être que... que si je confronte Jacob à ça…

L'éclair qui traverse les yeux d'Edward me fait me taire immédiatement.

- Hors de question, tranche-t-il sans même me laisser m'expliquer.

- Il...

- C'est non Isabella.

- Edward…

- Tu as vu où ça t'a mené de te laisser l'affronter seule ? C'est hors de question !

Je soupire, mais tente de reprendre le contrôle de la situation.

- Si... si on dit tout à la police, il sera en droit de balancer mon père.

Les sourcils d'Edward se froncent alors que je l'approche difficilement dans une tentative d'apaisement.

- Je... je ne veux pas être responsable de ce qui arrivera à mon père s'ils apprennent…

Je me pince les lèvres avant de d'inspirer.

- Quoi qu'il arrive, tu n'es pas responsable, me coupe Edward quand je veux parler à nouveau. Ton père l'est.

- Edward...

- Tu n'as pas à payer toutes ses conneries. Tu l'as assez fait.

Je sais qu'il a raison, quelque part. Peut-être qu'il est temps que mes parents prennent leurs responsabilités mais, malgré tout, je n'arrive pas à l'accepter.

- C'est... Ils sont mes parents Edward. Quoi qu'ils aient fait ils… ils sont ma famille.

Ma voix tremblante sème le doute dans les yeux d'Edward. Le médecin revient au même moment, deux dossiers dans les mains.

- Vous avez pris une décision ?

Je jette un coup d'œil à Edward qui serre les dents. Il est en colère contre moi maintenant, je le vois. Je le comprends aussi. Je sais qu'il n'acceptera jamais que je confronte Jacob seule. Il déteste cette idée, mais je sais que ça peut marcher… je le sens. J'inspire profondément.

- On va... on va faire le dossier, et, je prendrais une décision quand j'aurai pu réfléchir à tout ça un peu plus… calmement, dis-je le plus doucement possible.

J'entends Edward soupirer derrière moi. Le médecin me sourit doucement.

- Il y a parfois plusieurs solutions. Prenez un avocat et étudiez ce que vous pouvez faire.

- Le tuer ? propose Edward derrière moi, froid comme la glace.

Je ferme brutalement les yeux. Génial.

- Malheureusement, le meurtre est encore illégal dans notre pays, même pour les types de son genre.

Le médecin oscille entre amusement et inquiétude. Je sais qu'il sent qu'Edward est sérieux.

- Le tuer ne vous mènerait qu'à des problèmes bien plus grave, dit-il après un moment à nous étudier tour à tour. En attendant, il a malheureusement hérité du pire interne que nous avons. Dommage que son dossier soit tombé entre ses mains.

Je retiens un sourire alors que le médecin face à nous dirige son regard sur moi.

- Je reviens d'ici 20 minutes pour vous emmener faire les radios. Ne bougez-pas d'ici.

J'acquiesce et il sort à nouveau de la chambre, nous laissant seuls.

Je sursaute quand je sens Edward s'asseoir sur le lit derrière moi. Ses doigts dégagent mes cheveux de mon épaule doucement. Il me fait incliner la tête pour pouvoir voir les traces sur mon cou.

- Edward, arrête, demandé-je quand son souffle s'accélère. Tu te tortures pour rien.

- Ça me rends malade qu'il ait pu te faire ça.

J'inspire avant de me tourner le plus lentement du monde vers lui : mes blessures m'empêchent d'aller plus vite.

- Je vais bien Edward.

Ses yeux fouillent les miens. Il est encore en colère et je sais qu'il a du mal à accepter ce que je veux faire mais, quelque chose -mon instinct- me dit de le faire.

- Je ne crois pas qu'emmener Jacob devant la justice soit… assez efficace, soufflé-je au bout d'un moment de silence. Il… il s'en sortira toujours. Quoi qu'on fasse contre lui.

- Bella...

- Il a libéré mon père Edward, alors qu'il était inculpé pour détournement de fonds et placements illégaux. Il n'aurait jamais dû sortir tant son dossier était lourd, les preuves étaient accablantes… il a fallu que Jacob passe seulement deux coups de fils et mon père mangeait avec nous à midi.

Je le vois serrer les dents.

- Je n'aime pas ça non plus, dis-je en l'étudiant. Me retrouver en face de lui…

Je baisse les yeux, refusant à mon cerveau de me souvenir de Jacob me frappant de toutes ses forces.

- Jasper à un ami avocat, souffle Edward après un moment. Je pense qu'on peut peut-être voir ce qu'on peut faire.

- D'accord, mais ça durera combien de temps ? m'agacé-je en relevant les yeux vers son visage.

Son regard est à nouveau dur quand je le retrouve.

- J'ai… j'ai envie d'oublier tout ça. Je… je voudrais qu'on rentre à Londres et qu'on passe à autre chose.

Le bout de ses doigts effleure ma joue dans une caresse.

- Si on entame une procédure contre lui, ça va durer des mois. On… je serais toujours liée à lui pendant tout ce temps et je… je ne veux être liée qu'à toi.

La tendresse revient dans ses pupilles lentement alors qu'un léger sourire éclaire son visage. C'est le sourire en coin, celui que j'aime le plus, celui qui fait battre mon cœur plus vite. Mon sang chante pour lui, à nouveau. Quelques secondes, je ne vis plus que pour lui.

- Comment j'ai pu vivre sans toi aussi longtemps ? demande-t-il rhétoriquement.

- Tu devais sacrément t'ennuyer, m'amusé-je pour cacher l'effet de ses mots sur moi.

Je pourrais me mettre à pleurer d'une seconde à l'autre s'il continue à me dire des choses aussi belles. Un rire le secoue alors que sa main glisse dans ma nuque et qu'il se rapproche. Mon cœur sursaute devant la dévotion qui danse dans ses pupilles. Un éclat de colère y stagne, pourtant, mais la douceur à reprit le dessus.

- Emmett m'avait prévenu, souffle-t-il en m'étudiant. Il… il avait dit que je finirais par tomber amoureux de toi.

- Il est plus perspicace que ce que je pensais.

La notion d'Emmett me fait penser soudainement à Alice. Avec tout ça, je l'avais complètement oubliée.

- Oh, il faut qu'on appelle ta sœur ! Elle doit être… totalement flippé.

Je n'ai pas fini ma phrase qu'Edward a déjà sorti le téléphone et composé le numéro de sa sœur.

Je me blottis contre lui quand il le porte à son oreille. Le visage dans son cou, je sens mon corps se détendre en écoutant les sonneries qui résonnent. Son odeur m'apaise, et me berce. Je suis bien, malgré ma peur, mes blessures, mes douleurs. Contre lui, je suis bien.

- Salut Alice.

J'entends quelques cris provenant du téléphone et je lève les yeux au ciel.

- Calme toi, Alice ! Respire, on va bien.

Pendant plusieurs minutes Edward tente de les faire changer d'avis sur le fait de rester à Londres, mais rien ne semble démotiver Alice qui est une vraie pile électrique. Quelques mots intelligibles sortent du combiné puis il le pose entre nous et appui sur la touche du haut-parleur.

- Tu es en haut-parleur, la prévient-il en ramenant ses bras autour de moi.

- … allez arrêter tous les deux ! s'égosille la voix de ma meilleure amie. Je ne vais plus réussir à supporter tout ce que j'ai…

- Alice ! s'agace Edward, ce qui la fait taire. Arrête de paniquer !

Je l'entends souffler, puis Jasper lui dire quelques mots. Même si on n'entend rien de ce qu'il lui dit, je devine que ça l'apaise.

- Racontez-moi tout, ordonne-t-elle d'une voix tremblante. En détails et vite, on embarque dans 10 minutes.

Je m'évertue à lui raconter l'histoire sans rentrer dans les détails sordides -chaque fois que j'évoque mon agression Edward se tends contre moi- en un temps records.

- Et il est dans l'hôpital ?

- Dans le couloir, enfaite. Sur un brancard.

- Edward, je t'interdis de bouger c'est clair ?

L'ordre de Jasper me fait légèrement sourire, mais si je devine qu'il est on ne peut plus sérieux.

- Je le surveille.

Edward soupire dans mes cheveux.

- Franchement, je crois que vu la tête qu'avait Jacob quand je l'ai croisé, je crois qu'il a compris la leçon.

Je serre les doigts d'Edward entre les miens.

- Il vaut mieux pour lui, grogne Edward contre ma nuque, me faisant frissonner.

- On va embarquer. Edward, tu viendras nous chercher à l'aéroport.

- Si on est sorti de l'hôpital oui, sinon démerdez-vous à nous rejoindre !

- Hé ! s'indigne Alice que je sens sourire.

Le médecin pénètre dans la chambre avec un fauteuil roulant pour m'emmener vers les radios. L'image me fait grimacer mais je me sens tellement courbaturée que je finis par accepter l'idée. Je ne m'imagine pas traverser l'hôpital en marchant. Pas le moins du monde.

- On doit vous laisser, coupe rapidement Edward alors que je me relève péniblement. Appelez quand vous atterrissez.

Edward raccroche et m'aide à m'installer dans le fauteuil. En devant quitter ses bras et bouger mon corps, j'ai la sensation que chaque articulation est de plus en plus douloureuse. Est-ce réellement le cas ? Ou le simple fait de savoir que je dois m'éloigner d'Edward ? Ou juste que l'adrénaline qui m'a maintenant quittée ?

- Ça va ? me demande Edward une fois que je suis assise dans le fauteuil.

La douleur me donne presque envie de vomir mais j'inspire profondément.

- T'es toute blanche, remarque-t-il en fronçant les sourcils.

- Votre corps retombe en pression, explique le médecin derrière moi. Les heures à venir ne vont pas être les plus agréables.

Je serre les dents, puis inspire profondément en voyant Edward s'accroupir devant moi pour prendre mes mains dans les siennes. Son odeur et son touché ont l'air de m'apaiser un peu. Je respire déjà mieux.

- Tu ne bouges pas de là, ordonné-je en réalisant qu'il va rester seul -et que Jacob est certainement encore dans le coin.

Son regard s'assombri en verrouillant le mien. J'ai l'impression qu'il n'attend que le moment où il pourra aller le retrouver pour finir ce qu'il a commencé. Cette pensée me glace.

- Edward, je suis sérieuse. Je t'interdis de bouger de cette chambre.

Son regard change légèrement quand je sens mes yeux me bruler.

- Jacob aura ce qu'il mérite en temps voulu.

- Bella...

- Non, c'est hors de question que tu fasses n'importe quoi. Je refuse de te perdre. Pas encore une fois. Je n'y survivrais pas.

Je vois ses lèvres se pincer en une ligne fine. Je refuse pourtant de partir tant que je n'ai pas la certitude qu'il ne fera rien de stupide. Le médecin derrière moi se gratte légèrement la gorge, visiblement gêné par la scène qui se joue devant lui mais j'm'en fou. Je veux être sûre que je ne vais pas perdre Edward une nouvelle fois. Je ne pourrais pas m'en remettre si c'était le cas, je le sais maintenant.

Quand il finit par abdiquer, je soupire.

- Je ne ferai rien de stupide, me promet-il avec sérieux.

Le soulagement me gagne malgré l'appréhension qui me secoue. Je n'ai pas envie de le quitter.

- Allez, on est parti ! tente le médecin d'un air enjoué -je crois qu'il veut détendre l'atmosphère. J'vous la ramène très vite.

On sort de la chambre à reculons pour pouvoir sortir le fauteuil. J'ai du mal à quitter Edward des yeux avant qu'il ne disparaisse derrière la porte de la chambre qui se referme quand le médecin fait demi-tour. Je suis soulagée de voir le couloir vide -Jacob n'est plus là où il était quand je suis arrivée.

À mesure que les mètres nous séparent, je sens les larmes rouler sur mes joues.

- Tout va bien se passer, murmure gentiment le docteur dans mon dos.

La pression retombe. La douleur se fait plus forte, aussi. Pendant les longues minutes où nous traversons l'hôpital, j'autorise mon corps à lâcher prise.

Les infirmières qui s'occupent de moi sont d'une gentillesse incroyable. Elles sont patientes, attendent que j'arrive à bouger et m'aide à exécuter tout ce qu'elles me demandent. Elles me font trois points à ma lèvre, me promettant que la cicatrice sera pratiquement invisible.

Les divers examens durent presque trois quarts d'heure. Je tente de ne pas m'inquiéter pour ce qui concerne Edward : il m'a promis de ne rien faire de stupide. Et, quand je reviens dans la chambre où il était quand je suis arrivée ici, l'apaisement me gagne en le découvrant assis sagement sur le lit. Je soupire, soulagée qu'il ait tenu sa promesse.

Son sourire quand il me voit n'a pas d'égal. J'ai pourtant l'impression d'être raffistolée de partout. Des bandages bourrés de crème anti-hématomes couvrent la moitié de mon corps. Je dois être hideuse, mais, dans ses yeux, j'ai l'impression d'être la plus belle chose qu'il ait jamais vue.

Il remercie brièvement l'infirmière qui m'a ramenée à lui avant de prendre le relais pour m'installer sur le lit. Je me laisse faire, lessivée par les derniers évènements. La fatigue me tombe dessus brutalement quand Edward m'allonge dans le lit avant de se coucher à mon côté.

On est à l'étroit. Le lit est loin d'être confortable, pourtant, j'ai l'impression, blottie contre Edward, que c'est la meilleure place du monde.

Après quelques minutes, une nouvelle infirmière me ramène des calmants pour la douleur. Je soupire de soulagement en les avalant, consciente cependant d'avoir pleinement la sensation d'aller mieux uniquement dans les bras d'Edward.

Je suis épuisée, pourtant, pendant longtemps, je ne trouve pas le sommeil.

Je me laisse bercée pendant des heures par la respiration douce et régulière d'Edward contre ma nuque qui s'est endormi, exténué. Son bras en travers de ma taille, je caresse sa peau de son coude à son poignet distraitement pendant longtemps.

Le soleil se couche quand il bouge légèrement contre moi. Ses lèvres embrassent ma nuque alors qu'il soupire de contentement. Je me sens sourire, presque insouciante en nouant amoureusement nos doigts indemnes.

Il m'aime.

Edward Cullen m'aime.

C'est le téléphone d'Edward qui, plus tard dans la nuit, nous réveille en sursaut : Alice et Jasper viennent d'atterrir à New York.

Il peine à se réveiller alors que je n'ose pas bouger tant mon corps me fait souffrir. Il finit par m'aider à prendre le reste de calmant avant que je l'observe se lever du lit.

Ça n'était pas vraiment ainsi que j'imaginais notre première vraie nuit ensemble.

- Tu ne bouges pas d'ici, souffle-t-il en se penchant vers moi après quelques instants à m'observer.

Je lui lance un regard de travers, ce qui le fait sourire quand il se penche sur moi. Sa proximité fait s'accélérer mon cœur.

- Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, je suis surement incapable de marcher à l'heure qu'il est.

Son regard se fait plus sérieux alors qu'il frôle son nez du mien.

- Au moins, tu ne vas pas t'échapper ou faire quelque chose de stupide.

- Je ne compte aller nulle part, murmuré-je en prenant son menton entre mon pouce et mon index, le forçant à rester près de moi.

- Promets-moi que tu ne tenteras rien d'idiot.

Je repousse mes sentiments et le regarde plus attentivement.

- Je te le promets, dis-je d'une petite voix.

Le soulagement éclair son visage. Un doux sourire étire sa bouche. Il fait écho au mien malgré la brulure de ma lèvre recousue. Sa bouche effleure la mienne plusieurs fois avant qu'il ne se recule.

À peine a-t-il quitté la chambre dans un dernier regard qu'il me manque déjà.

Mes yeux font le tour de la pièce pâle faiblement éclairé par la petite lumière de la table de chevet à mon côté. Il est presque 5 heures. J'observe un moment la ville qui se réveille lentement par la fenêtre.

J'inspire et j'expire lentement, calmement, avant de me redresser difficilement dans le lit.

Quand mes pieds se posent par terre, j'ignore la douleur de mon bassin, de mon dos et me lève prudemment.

J'inspire.

J'expire.

Mon regard se pose sur la porte close par laquelle Edward est sorti presque une heure plus tôt. Je sais précisément ce que je vais faire, maintenant. Mes heures sans sommeil m'auront au moins laissé le temps de savoir parfaitement quoi faire, quoi dire.

La douleur s'intensifie. Je la refoule, ignorant volontairement mon cœur qui bat trop fort, trop vite.

Mes paupières se ferment une seconde avant de faire un premier pas.

Je veux trouver Jacob.


Coucou vous !

Merci pour tout tout tout vos retours pour les derniers chapitres ! Vous êtes des amours et je suis contente que malgré la "noirceur" des précédents chapitres ça vous ai plu !

Je sais, encore une fois, je ne suis pas gentille de vous laisser comme ça mais... j'entretiens le suspens ahah.

On se retrouve bientôt ?

On oubli pas de poster une review pour savoir ce que vous pensez...

Je vous embrasse.

Tied