Chapitre 18
Bella
Je ne mets pas longtemps à trouver sa chambre.
Il est dans le même couloir que celle où je viens de passer la nuit, et, son nom sur le dossier dans la case fixée sur la porte me permet de l'identifier rapidement.
Je profite du calme de la nuit et de l'absence de personnel dans le couloir pour ouvrir le dossier et parcourir les blessures de Jacob.
J'ai un léger sourire en constatant qu'Edward ne l'a pas loupé.
C'est petit, presque primitif, mais savoir qu'il souffre me fait du bien et me donne de la force.
Plusieurs de ses côtes sont cassées. Son nez l'est également, son arcade, une de ses pommettes. Il va devoir certainement avoir recours à la chirurgie pour reconstruire son visage. J'éprouve une joie certaine quand je constate qu'il n'a pas eu de calmant depuis son arrivée. Il doit souffrir le martyre. Le savoir me fait du bien et me donne la force de refermer le dossier pour le glisser dans la petite boite avant de poser ma main sur la poignée.
Je sais quoi faire, quoi dire. Il suffit simplement que j'ouvre cette porte, et tout sera réglé.
Je mets pourtant plusieurs longues secondes à réussir à le faire.
Je ferme les yeux un moment, et repense à Edward. Son sourire, sa façon de me dévorer des yeux. Ses gestes tendres à mon égard. Son regard quand je lui ai dit que je l'aimais. Son rire…
Pour lui, je veux le faire. Je dois le faire. Il le vaut bien.
Je pénètre dans la chambre en silence, puis referme la porte derrière moi. L'odeur de désinfectant m'assaille à peine le couloir sortit de ma vision.
La respiration calme de Jacob me fait soupirer doucement ; il dort.
Je jette un coup d'œil aux murs bleu clair en avançant calmement vers le lit où le corps de Jacob repose, presque inerte.
Seules les machines qui surveillent son rythme cardiaque émettent un léger bip régulier qui berce la pièce dans une ambiance angoissante. J'inspire profondément en dépit de mes douleurs quand je retrouve son visage tuméfié. Ses yeux sont clos, mais, l'un d'eux est tellement gonflé et violet que je grimace.
Tout son visage à l'air déformé, douloureux. Je ne sais s'il sent ma présence, mais son cœur sursaute légèrement alors que son œil encore valide bouge légèrement.
La lumière des premières lueurs du jour éclaire faiblement la pièce et mon ventre se noue. Je vais être la première chose qu'il va voir en se réveillant.
À nouveau, je pense à Edward. À notre première rencontre, à tout ce qu'il a provoqué en moi. A la façon dont il m'a regardé la première fois… la toute première fois.
Le cœur battant, je vois Jacob remuer un peu les doigts. Je pose ma main dessus, ce qui le fait légèrement sursauter. Son poignet est abimé, gonflé et violet. J'ai un sourire ironique en pensant à mes doigts qu'il a broyés des siens sans ménagement.
Il respire plus vite un instant. Le rythme de son cœur s'accélère légèrement quand il bat des cils pour ouvrir ses yeux -son œil. Il ouvre la bouche pour parler quand il me regarde, mais rien ne sort. Un léger sourire me traverse, je ne peux même pas lutter contre.
- Jacob.
Je vois ses sourcils se froncer, ce qui le fait grimacer derechef. J'inspire, tentant de garder les idées claires alors que l'incompréhension flotte dans ses iris. Mes doigts appuient sur sa main, son poignet blessé. Une plainte sort de sa gorge.
- Je peux avoir ton attention ? demandé-je d'une voix que je veux légère.
Je ne sais s'il n'arrive pas à parler ou s'il ne le veut juste pas, mais rien ne sort de sa bouche alors que je le fixe sans même cligner des yeux.
Le voir ainsi, abîmé, blessé dans ce lit d'hôpital ne fait que me confirmer ce que je pense depuis des jours : je n'éprouve plus rien pour lui. Absolument rien.
Comme il ne réagit pas à ma question, mes doigts appuient légèrement sur les siens. Nouvelle grimace. Il hoche la tête légèrement.
- Bien. Quelqu'un est venu me voir pour que je monte un dossier contre toi.
Nouveau froncement de sourcil.
- Pour que… pour que tu ne t'en sortes pas, cette fois. J'ai... on a des preuves assez incroyables de notre… rupture.
Il y a un moment de flottement.
J'acquiesce à nouveau un sourire sans réussir à le retenir alors que la crainte prend vie dans ses yeux.
- Je m'apprête à porter plainte contre toi, annoncé-je d'une voix calme. Il va y avoir un procès. J'ai… j'ai pas mal choses à raconter.
Il reste silencieux tandis que je vois les rouages de son cerveau s'affoler dans ses iris sombres.
- Ça va surement être… très long. J'ai beaucoup de choses à dire, et, j'imagine qu'on va parler de ce qu'il s'est passé ici, mais à Londres aussi.
Je fais une nouvelle pause. Je me rends compte après une seconde qu'il retient sa respiration.
- Tu sais ? L'accident, tout ça… Je ne voudrais pas te faire peur mais, Jasper est ami avec Bill Jones.
Je vois Jacob pâlir à vue d'œil à la mention du meilleur avocat d'Angleterre. Alice et Jasper m'en ont parlé. Jasper m'a proposé de l'appelé pour qu'il me défende. Je crois que c'est là une chance pour moi, pour nous.
- Tu m'en as déjà parlé, non ? T'as dit quoi de lui déjà… ? Qu'il était… ah oui, sans pitié…
Jacob déglutit difficilement. Je sais que j'ai l'ascendant sur lui, et surtout, toute son attention. Cela me donne la force de continuer.
- Enfin bref, on a tout ce qu'il faut pour te faire passer un joli séjour en prison après ta… convalescence. Sauf que… sauf qu'Edward n'est pas… il n'est pas vraiment d'accord.
Je laisse passer un nouveau silence, puis mes doigts effleurent les siens. Il retient mal une grimace. Je me force pendant une seconde à respirer lentement pour ignorer mon cœur qui bat plus fort.
- Il veut te voir mort.
Sa respiration se coupe.
Je baisse les yeux sur ma main blessée qui se pose sur la sienne.
- Je crois qu'on peut trouver une autre solution.
Quand je relève les yeux sur son visage, je m'aperçois avec délectation qu'il se sent vraiment mal. Est-ce mes gestes ? Ou l'impact de mes mots sur lui ? Peu importe, je dois continuer.
- Je pense qu'il est inutile de te dire à quel point tu vas tout perdre si jamais je t'attaque en justice ?
Il tente de parler, mais sa voix s'éteint avant qu'il n'ait pu dire un mot.
- Ne te fatigue pas Jacob. Je crois qu'il n'est pas nécessaire que tu parles… tu en as bien assez dit. J'ai… j'ai récupéré quelques… fichiers à toi la semaine dernière, tu ne m'en voudras pas ? L'affaire de mon père, entre autres… et je me suis vite aperçue que blanchir les gens était… ton truc. Je… j'ai un tas de personnes prêtes à témoigner.
Le doute s'installe en lui, prenant de la place dans son regard où brille la peur et l'incompréhension.
Ce que je dis n'est pas tout à fait la vérité, mais je sais que c'est le cas. J'ai déjà entendu tout un tas de personne autour de lui le remercier pour ses… services. Jacob ne sait pas que je bluff, il y croit, je le sens, je le vois parfaitement. Je respire profondément, puis sens mes lèvres s'étirer en un sourire, une nouvelle fois.
- S'ajoute à ça, aussi, tes aveux sur l'accident d'Edward et les hurlements sortant de ma bouche quand tu as… quand tu as décidé de me faire savoir à qui j'appartenais... Tu te souviens ?
Mes ongles s'enfoncent dans la peau de son poignet violet, le faisant serrer les dents alors qu'il ferme les yeux.
J'ai la sensation que je vais tomber d'une seconde à l'autre, pourtant, une force invisible me pousse à poursuivre alors que, Jacob, le souffle court et en sueur devant moi, me dévisage comme si je n'étais qu'un monstre. Est-ce ce qu'il a fait de moi ?
- Je vais m'en remettre, ne t'en fais pas pour moi. Edward à… disons qu'Edward eu à surement moins d'indulgence te concernant, mais, j'imagine que tu finiras par retrouver un visage… normal.
Je me mords la lèvre une seconde pour ne rire nerveusement. L'affolement passe dans ses pupilles alors que je me penche légèrement vers lui. Son odeur me rappelle brusquement la terreur que j'ai ressenti quand il a asséné le premier coup, la veille.
Une nouvelle fois, je pense à Edward. Son rire, nos rires. Nos chocolats chauds, blottis dans son canapé ou dans son lit. Sans même le savoir, sans même s'en rendre compte, il me donne une force incroyable.
- Alors, repris-je calmement après un instant, j'ai… j'ai pris quelques précautions, pour nous. Pour Edward et moi, précisé-je.
Il bat des paupières, avale difficilement sa salive quand ma main serre légèrement la sienne une nouvelle fois.
- S'il nous arrive quoi que ce soit, si on te voit à Londres si… si tu fais un seul pas dans notre direction et si tu as ne serait-ce que l'idée d'avoir une quelconque vengeance envers nous... je ferais en sorte que tu ne puisses plus jamais prononcer le moindre mot.
Son cœur à un dératé qui résonne dans la pièce vide.
- Et, je te préviens aussi que je me suis permise de prendre une sorte de… d'assurance, pour être certaine que tu ne feras rien de stupide… S'il nous arrive quoi que ce soit, à nous ou aux personnes que nous côtoyons, tout sera révélé au grand jour. Toutes tes magouilles, tes violences et tes tentatives de meurtres.
Une goutte de sueur longe sa tempe alors que je me recule légèrement.
J'ai la sensation qu'il va vomir, si bien que mon cœur s'accélère quand mes doigts s'enfoncent dans son poignet à nouveau, le faisant étouffer une nouvelle plainte de douleur.
Je ne sais pas si je suis impressionnante, mais, au regard paniqué qu'à Jacob, je pense que, à ses yeux, je le suis.
- Ne t'avise plus jamais te tenter d'atteindre à ma vie Jacob. Plus jamais. La prochaine fois, ça sera moi qui viendrais te trouver et je te jure que je te tuerai de mes mains.
Quelques secondes, je le dévisage alors qu'il pâlit un peu plus. Il sent que je suis sérieuse, il le sait, je le vois dans ses yeux, et je n'ai certainement jamais été plus sûre de moi qu'à cet instant. Je serais prête à l'anéantir pour ne plus qu'il me, nous fasse de mal… pour plus qu'il ne touche jamais à Edward.
- C'est terminé.
Au moment où je prononce ces mots, je réalise violemment qu'ils sont terriblement vrais, et le soulagement qui me secoue me fait frissonner tout entière.
Jacob peut me faire ce qu'il veut, voir cette crainte dans son regard et le sérieux avec lequel il avale chacune de mes menaces me donne de la force.
C'est terminé. Je le veux. Je le sens.
Quelques instants, mon regard fixe le sien. Comment ai-je pu m'imposer de vivre auprès de quelqu'un comme lui ? Comment ai-je pu accepter tout ça ? Pourquoi me suis-je effacée à ce point-là ? Avais-je besoin d'être aimée à ce point, pour tout accepter ?
Quand il finit par détourner les yeux et hocher la tête presque imperceptiblement, un soulagement vif et incomparable s'empare de moi.
Je bloque immédiatement que je ressens, puis relâche sa main blessée.
Un soupire passe ses lèvres lorsque je recule vers la porte, contenant mes tremblements. Je sais que c'est un adieu. Je le sais, et aucune parcelle de moi, même minime, ne ressent de chagrin. Seul le soulagement balaye le reste de mes émotions.
En actionnant la poignée froide de la chambre, entendant les bips des machines qui redeviennent lentement réguliers, je me rends compte que je ne serais plus jamais la même.
Je ne sais pas trop ce que Jacob a fait de moi, mais, lorsque je referme la porte sur cet homme qui a partagé ma vie pendant deux ans, et qui l'a petit à petit transformée en prison, je sais que j'ai raison.
J'ai fait le bon choix, quelque chose au fond de moi me le cri si fort que toutes mes cellules y croient. Edward va devoir le comprendre lui aussi.
Quand Alice pénètre dans la chambre comme une boule de nerfs, j'ai eu le temps d'avoir une crise de larmes sans nom et de prendre une douche qui a été salvatrice. J'ai eu la sensation de pouvoir me laver de toute cette histoire et, surtout, de calmer les sentiments contradictoires en moi. Je suis soulagée d'être allé voir Jacob, et d'avoir fait ce que j'ai fait. Je n'arrive simplement pas à accepter le fait que je vais désormais devoir affronter Edward, et le fait que je ne l'ai pas écouté, et, qu'en plus, j'ai rompu la promesse que je lui ai fait.
- Je te tue quand ? demande Alice en traversant la pièce plus rapidement que jamais.
- Après un câlin ?
Elle me fusille du regard mais m'étreint quand même. Sa présence contre moi m'enlève un poids invisible mais lourd sur les épaules. J'inspire profondément son odeur sucrée en posant ma joue contre son épaule, repoussant la douleur de mes côtes et de mon corps entier.
- Va pas la casser Alice, la reprends Jasper en entrant dans la chambre suivit d'Edward.
La vision de ce dernier m'apaise aussi brutalement que si l'on m'avait fait avaler dix calmants d'un seul coup. Son regard capture le mien, et mon cœur s'emballe sans que je n'y puisse rien. Ses yeux brillent d'une manière qui me noue l'estomac… comme si… comme si me voir lui faisait du bien, a lui aussi. Aussi vivement qu'Alice m'a pris contre elle, elle se recule et prends mon visage entre ses mains pour m'observer sous toutes les coutures.
- Je suis heureuse qu'Edward lui ai foutu la raclée de sa vie, assène-t-elle avec sérieux. Tu es...
- Vraiment parfaite, souffle Edward en s'asseyant à côté de moi sur le lit.
L'échange qu'il a avec sa sœur me fait sourire -il lui fait les gros yeux et elle l'ignore, comme souvent.
- Je sais que je suis hideuse. Ça n'est que des bleus Alice.
- Ne me refait plus jamais ça. Vous deux, se reprends Alice en nous dévisageant tour à tour Edward et moi. Vous deux, je… vous pouvez vous engueuler comme du poisson pourris et vous en mettre plein la tête mais, s'il vous plait, ne me faites plus jamais… jamais ça.
Sa colère retombe quand sa lèvre tremble, mais elle lève un doigt entre nous quand je veux parler.
- Jamais, répète-t-elle d'une voix tremblante. Je ne veux pas vous perde.
- Alice...
- Jamais, répète-t-elle à nouveau, les yeux brillants, comme si elle avait besoin de s'en convaincre elle-même. Sais-tu seulement ce que ça m'a fait de te voir partir au bout du monde au beau milieu de la nuit ?
Je me pince les lèvres en attrapant sa main entre nous pour l'embrasser. La culpabilité m'enserre la gorge douloureusement alors que les larmes me brulent les yeux. Je m'en veux. Je m'en veux réellement pour tout ça. En voulant fuir Edward, en voulant échapper à mes sentiments pour lui, je l'ai blessée, elle. Et je sais que, malgré tout, je ne pourrais probablement jamais me rendre compte à quel point.
- Alice… tente Edward.
- Et toi ? s'énerve-t-elle en dévisageant son frère avec autant d'amour que de colère. Depuis quand t'en vas-tu la rejoindre sans nous prévenir ? Sans me prévenir ? Je ne survivrai pas à une autre aventure de la sorte, ok ? Je… on a besoin de calme, et pas que les imbéciles que vous êtes…
- On ne…
- J'm'en fou, balaye-t-elle vivement alors que Jasper passe ses bras autour de son corps pour la ramener contre lui.
Il lui embrasse la tempe tendrement, puis pose distraitement ses mains sur son ventre. Quelque chose dans mon cerveau fait se bloquer mon regard sur ce geste qui peut pourtant paraitre anodin.
- Je… ne me faites plus ça, j'n'ai pas envie de revivre ça alors que vous allez faire parties des personnes les plus importantes de sa vie.
Une seconde, je sens la respiration d'Edward s'arrêter. Le regard de Jasper oscille entre moi et Edward alors qu'il sourit le plus niaisement du monde. Il me faut à peine un instant pour comprendre ce que mon instinct sait depuis plusieurs secondes.
- Je… quoi ? demande Edward en se relevant du lit.
- Tu… tu as compris, murmure Alice sans retenir les larmes qui débordent de ses yeux.
Cette fois, c'est de la joie pure et enivrante.
- Tu es enceinte ? interroge Edward, me faisant sourire à travers les gouttes salées qui roulent sur mes joues.
- Ce que tu peux être idiot, marmonne Alice en levant les yeux au ciel.
- Depuis quand ?
- Ça va faire deux mois, sourit Alice en essuyant ses larmes d'un revers de main maladroitement.
Émue, je vois Edward attraper sa sœur pour la faire tourner dans les airs.
Ils rient, elle pleure.
L'image se grave dans ma mémoire alors que les émotions me submergent.
Quand Edward la repose par terre, je la prends contre moi si rapidement que nous manquons de tomber, riant comme deux imbéciles toutes les deux alors que mes larmes glissent dans son cou. J'ai mal, mais j'm'en fou. J'ai conscience d'être ridicule, mais j'm'en fou.
Brièvement, je vois les garçons s'étreindre. Je serre Alice plus fort contre moi, savourant la sensation de bonheur inédit qui me saisit. Cette merveilleuse nouvelle me comble d'une joie si intense que j'ai l'impression de n'avoir jamais rien ressenti de tel avant.
- On voulait… on voulait attendre pour vous le dire et faire ça autrement que dans cet endroit hideux mais…
On échange un sourire lourd d'émotion avec Alice. Elle fait partie de ces personnes que je ne veux plus jamais quitter. Ni elle, ni Jasper, ni Edward, dont le regard brûle le mien une seconde aux mots de sa sœur… nos retrouvailles de la veille, notre je t'aime me revient en mémoire, et l'émotion en est d'autant plus vive quelques secondes.
- C'est parfait, souris-je alors qu'Edward passe un bras autour de moi pour me faire me rasseoir sur le lit doucement.
Edward finit par demander la date du terme -pour le printemps prochain. Pendant deux heures, je les écoute parler souvenirs d'enfance, et projets pour la merveille qu'Alice portera dans ses bras dans peu de temps. Je ne me lasse pas du sourire d'Edward et des yeux pétillants de mes amis. Edward est heureux, réellement. Il a l'air si… léger. Intouchable. J'aime savoir que les prochaines années auront le gout de ce bonheur que je lis dans ses yeux clairs.
Je suis, à l'instant, très loin de Jacob et de tout ce que j'ai fait plus tôt dans la matinée.
- Ça va ? me demande distraitement Edward adossé au lit derrière moi.
Ses bras m'entourent, me protégeant du reste du monde. Je me rends compte que je suis silencieuse depuis plusieurs minutes alors qu'ils échangent avec joie sur l'avenir, tous les quatre assis sur le lit blanc de notre chambre d'hôpital.
- Je… oui.
- Tu as mal ? insiste-t-il. Tu es toute tendue.
- Un peu, avoué-je en haussant les épaules.
Mes actes du matin me tournent en tête sans arrêt, me donnant envie de vomir. Il est tellement loin de tout ça. Il est tellement loin de savoir ce que j'ai fait, pour quoi je l'ai fait… Sa bouche embrasse ma nuque doucement. Je voudrais repousser ce que je ressens, mais je n'y arrive pas.
Alice et Jasper, assis face à nous depuis qu'ils sont arrivés échangent un regard.
- On va aller prendre un café. Vous en voulez ?
- Vous n'êtes pas obligés…
- Franchement, cette chambre est déprimante Bella, s'amuse Jasper en se relevant du lit. Un peu de café ne fera de mal à personne.
- Avec du lait et sans sucre ? me glisse Alice en regagnant la porte.
Je lui souris avant qu'elle disparaisse suivis de près par Jasper. La porte se ferme derrière eux, nous plongeant dans un silence presque agréable. Je les adore, mais j'ai la sensation que ma tête va exploser.
- Alice parle trop, marmonne Edward derrière moi dans un sourire.
Un sourire m'effleure. J'ai du mal à me détendre maintenant que nous sommes seuls. Je sais qu'il faut que je lui dise que je suis allée voir Jacob. Je le sais. Je ne veux rien lui cacher mais, pourtant, j'appréhende sa réaction. Il était totalement contre, et je l'ai fait quand même. Une nouvelle fois, je ne l'ai pas écouté. Je soupire, refoulant mes angoisses.
- Je vais te chercher des calmants, décide Edward derrière moi après quelques minutes où je reste silencieuse, incapable de combattre mes pensées qui s'accumulent.
- Edward…
- Tu te sentiras mieux, ajoute-t-il en quittant le lit.
- J'ai…
- Ne bouge pas ok ?
- Edward attends je… il faut…
- Je reviens dans une minute ! lance-t-il en se dirigeant vers la porte.
- Je suis allée voir Jacob.
Ma phrase résonne dans la chambre, figeant Edward qui me tourne le dos. Ses poings se serrent si forts, qu'une seconde, je crains pour sa main abimée.
Il se tourne lentement vers moi, les traits tendus. Sa réaction me comprime la poitrine un peu plus.
- Je te demande pardon ?
- Je… ne t'énerve pas, dis-je doucement. J'ai… j'ai été...
- Tu as parlé à Jacob ?
Mon cœur s'arrête dans ma poitrine devant la colère et l'incompréhension que je lis dans ses yeux.
- Tu es allée voir Jacob alors que tu m'as promis de…
- Ne… Edward ça n'est pas…
- Pourquoi est-ce que tu fais toujours l'inverse de ce que je te demande Bella ? s'agace-t-il plus froidement, faisant monter la peur en moi.
- Edward…
Je pince mes lèvres alors qu'il a l'air en colère, à présent Je ne peux que lui donner raison. Je suis en tort, j'en suis pleinement consciente. Je sais qu'il était totalement contre. Je le sais, mais je ne pouvais rester là sans rien faire…
- Je t'avais dit que je ne voulais pas que tu ailles l'affronter seule ! s'énerve-t-il en haussant le ton, m'ignorant quand j'ouvre la bouche pour lui répondre.
Je soupire malgré moi. Va-t-il me laisser parler ?
- On… on est un couple, tu te rappelles ?
- Tu veux bien me laisser en placer une ? m'agacé-je pour qu'il se taise.
J'inspire doucement, tentant de calmer l'angoisse montant en moi face au visage d'Edward qui se ferme. Ses yeux sont tellement durs que je dois puiser dans mes forces les plus profondes pour me redresser lentement dans le lit. Lorsque je lui fais face, je ravale une grimace de douleur face à la tension de mon corps qui comprime mes muscles déjà douloureux.
- Je… je suis allée le voir pour régler les choses. Je… il ne nous fera plus de mal.
Edward fronce les sourcils, soudain inquiet.
- Qu'est-ce que…
- Je me suis dit que… que si je disais ce qu'il faut, quand il faut, il nous laisserait… en paix.
Edward serre les dents, se retenant visiblement de hurler. Je baisse les yeux sur le sol, entre nous, quand je n'arrive plus à soutenir son regard sombre. Il a l'air incroyablement en colère contre moi, maintenant, et ma culpabilité n'en est que plus grande.
- Et tu crois vraiment que ça va marcher ?
- Edward…
- Tu crois sincèrement que je vais rester là à t'écouter me dire que tu as été parlé à celui qui t'as mis dans cet état alors que...
- Il le fera Edward. Il a… il a abdiqué.
Les traits d'Edward se durcirent un peu plus alors qu'il me dévisage.
- Comment as-tu pu décider d'une telle chose toute seule ?
- Je l'ai fait pour nous.
- Pour nous ? Vraiment Bella ? As-tu seulement conscience de ce que j'ai ressentis quand je t'ai vu à son appartement ? De ce qui m'a traversé quand…
- Tu as préféré le rejoindre.
Edward se fige. Le silence est détonnant, et la douleur en moi plus vive encore alors que les larmes brulent mes yeux.
- Tu m'as laissé toute seule Edward, tu es… tu es parti rejoindre Jacob pour passer tes nerfs sur lui et tu...
- Je n'ai pas réussi à calmer ma colère, me coupe-t-il, les yeux brulants. Savoir qu'il t'avait frappé, comme ça, savoir qu'il… j'ai… je voulais juste le tuer.
Il serre les dents, refoulant mal sa colère alors que mon chagrin veut m'étouffer douloureusement.
- Je ne… je ne voulais pas que tu penses que je t'abandonnais.
Ses mots font naitre mes larmes, une nouvelle fois. Pendant un instant, on se dévisage, sans savoir quoi se dire de plus. J'aimerais que ce sentiment de déception dans ses yeux disparaisse, mais mon ventre me brule à m'en faire mal face à tout ce qui flotte dans son regard.
- Tu m'avais promis que tu ne ferais rien de stupide, reprend-t-il, un peu plus calme.
- Je veux qu'on s'en sorte Edward. Je veux qu'on… qu'on puisse vivre ensemble sans avoir sans arrêt peur qu'il s'en prenne à nous.
Je me relève difficilement, descendant du lit lentement. Quand je manque de tomber, Edward fait un pas vers moi avant de se stopper et d'enfoncer ses mains dans ses poches. Il est encore en colère. Je le vois, je le sens… je ne peux même pas lui en vouloir. A sa place, je serais en colère contre moi aussi.
J'inspire lentement en me redressant calmement.
- Je veux nous donner une chance d'y arriver. Je sais que mettre Jacob au pied du mur nous y aidera.
Il secoue la tête, n'y croyant pas.
- Je ne crois pas que le menacer soit la solution.
- Il sait qu'il a trop à perdre.
- Tu crois que ça va vraiment l'arrêter ?
- J'en suis sûre.
Les traits d'Edward se relâchent un peu, légèrement. Je fais un pas vers lui, effaçant un peu de la distance entre nous. Je voudrais qu'il me prenne dans ses bras, qu'il me dise qu'il m'aime et que nous puissions enfin rentrer à Londres. Chez nous.
- Comment peux-tu y croire autant ? souffle-t-il d'une voix rauque, son regard fouillant le mien sans relâche.
- Parce que je t'aime. Parce que je veux qu'on ait une chance de… d'être juste… nous, sans Jacob, sans rien autour.
- Bella…
- Tu dis que je ne sais pas ce que tu as ressentis quand tu m'as vu à l'appartement mais tu es loin d'imaginer les heures qui ont précédées tout ça ! Edward je… j'ai cru que j'allais mourir. J'ai pensé que j'allais mourir mais je… j'm'en foutais. La seule chose à laquelle je pensais c'était que je ne pourrais jamais te revoir. J'ai cru que j'allais mourir sans pouvoir te dire à quel point je t'aime… ça m'a… je crois que ça m'a tenu en vie alors que Jacob me…
Je me stoppe, incapable de mettre un mot sur ce que Jacob m'a fait. La souffrance qui traverse les traits d'Edward est intolérable, pourtant, je n'arrive pas à cesser le débit de mots qui veut sortir de ma bouche.
- J'ai pensé à toi, j'ai imaginé ton visage, ton sourire et…
Il traverse l'espace qui nous sépare en une seconde, puis prends mon visage entre ses mains. Mon cœur sursaute. J'ai envie de lui hurler tout mon amour alors que les larmes me gagnent et que la détresse enserre mon cœur plus fort.
- Bella, s'il te plait... supplie-t-il, en secouant la tête.
- J'ai cru que je ne te reverrai jamais, répété-je en observant la colère de ses yeux laisser place à une émotion bien plus forte. J'ai cru...
Il pose son front contre le mien en fermant les yeux, refoulant tout ce que mes mots provoquent en lui.
- Tu ne sais pas combien je t'aime, ajouté-je alors que ma voix se casse. J'irai affronter Jacob seule mille fois juste pour pouvoir te toucher à nouveau.
- Ne dis pas ça…
- Tu m'as protégé bien plus que je ne le mérite Edward. Tu as… tu m'as couvert tout le temps où on s'est vus en secret, tu as fait comme si de rien était quand tu as rencontré Jacob et je… je te devais bien ça.
- Je n'ai rien fait Bella…
- Si, tu…
- Non, je n'ai rien fait. Pas même quand il t'a bousculé la première fois, ou quand il t'a giflé. Si j'étais intervenu…
- Il ne m'aurait probablement pas laissé m'en sortir si ça avait été le cas. Il aurait trouvé un moyen, un moment, il nous aurait probablement séparés pour toujours.
Il serre les dents alors que mon corps est secoué de tremblements. Rien que d'imaginer la vie sans lui… j'ai la sensation que je vais mourir de chagrin. Rien ne serait plus intolérable que de le perdre.
- Je ne supporterai pas de te perdre, souffle-t-il la voix grave. Tu ne sais pas… tu ne sais pas tout ce que tu as provoqué dans ma vie. Je… je n'ai de cesse de me dire que si… si je t'avais retenue, il y a deux ans, rien de tout ça ne sera arrivé.
Son nez effleure le mien, faisant se tordre mon ventre. J'ai l'impression que ça fait des siècles qu'il ne m'a pas touché, que nous n'avons pas été aussi proches. Ce qu'il dit est peut-être vrai… pourtant…
- Mais… Je… on n'aurait jamais vécu tout ça, bafouillé-je, perturbée, quand il colle son corps contre le mien. On ne serait probablement pas ce qu'on est aujourd'hui.
Il fronce les sourcils légèrement alors que je secoue la tête, essayant de clarifier mes pensées. C'est difficile, quand il est si près de moi.
- J'veux dire je… je ne veux rien changer à notre histoire. Elle est… sacrément compliquée mais elle est juste… parfaite, parce qu'elle… c'est nous.
Ses paupières se ferment quelques secondes alors qu'il inspire profondément. Mes tremblements redoublent quand son nez frôle à nouveau le mien.
- Tu étais juste là quand il le fallait Edward. Tu l'as toujours été.
- Je t'aime, murmure-t-il en rouvrant ses yeux dans les miens.
Mon souffle s'accélère alors que, pourtant, l'apaisement nous gagne. J'ai la sensation que je pourrais tout affronter pour l'amour que je lis dans ses yeux. C'est fou. J'ai la sensation que mon corps et mon âme éparpillés en morceaux un peu partout se réunissent d'un seul coup, devenant à ses simples mots de nouveau fonctionnels et parfaitement emboités.
- Je t'aime, répondis-je doucement, la voix tremblante par l'émotion forte et insaisissable entre nous.
Il ferme les yeux à nouveau alors que ses mains glissent dans mes cheveux. J'inspire profondément pour essayer de calmer mon cœur qui veut exploser.
- Je sais que… je sais que tu ne voulais pas que j'aille le voir mais je… je devais le faire. Il faut que tu comprennes. Je… c'était à moi de nous sauver, pour une fois.
- Tu m'as sauvé bien plus de fois que tu ne le crois, chuchote-t-il contre ma bouche, ses lèvres m'effleurant doucement. Tu n'imagines pas combien j'ai la sensation de… que tout a un sens depuis toi.
J'aimerais sourire, mais les émotions qui me traversent me tordent le ventre. Je l'aime. C'est inexplicable et j'ai bien l'impression que c'est ineffable. Je l'aime comme je n'ai jamais aimé, c'est une certitude qui me broie et me donne la sensation d'être invincible.
- Embrasse-moi, soufflé-je en fermant les yeux, laissant glisser mes larmes sur mes joues.
Quand sa bouche épouse parfaitement mes lèvres abimées, je quitte enfin l'enfer.
Hello vous !
Ouais, Bella vous a fait faire des sacrés bons en voulant retrouver Jacob... A sa place, je crois que j'aurai fait la même chose.
Stay touche bientôt à sa fin... c'est étrange, ça me fait bizarre. A la base, j'voulais une petite histoire d'amour sans vraiment "d'importance"... j'voulais quelque chose de simple, de doux... je crois que ça n'a été ni simple, ni doux ^^' Mais j'aime ces personnages, leurs histoires, leurs complexités, leurs caractères... j'avoue, ils me manquent un peu, parfois.
Si je ne dis pas de bêtises, il reste encore un chapitre, et l'épilogue (oui, cette fois, j'en ai écris un !)
Si jamais certaines d'entre vous ne sont pas déjà au courant, il y a également une romance de Noël en cours (qui elle est toute douce, promis) vous la trouverez dans mes histoires ;)
Je vous retrouve très vite, ici ou ailleurs.
Vous me laissez un mot ?
J'vous embrasse,
Tied.
