Bonjour !
Alors oui… je sais, je suis… EXTREMEMENT en retard !
C'est une honte et croyez-moi, je me suis auto-flagellée toute seule. Pour me faire pardonner, je vous offre donc cet épisode 3 qui se trouve faire une dizaine de pages de plus que mes précédents chapitres. Ce n'est pas une bonne nouvelle ? :D
Non ? -_- Ok je sors ! Je tiens tout de même à préciser pour ma défense, que ces derniers mois ont été TRES chargés, j'ai : déménagé, cherché du travail et pour couronner le tout, j'ai raté mon examen donc dû passer un rattrapage au sujet pourri qui… ok j'ai compris ce n'est pas votre problème et vous vous voulez juste la suite Y_Y… désolée !
Bon eh bien… la suite ! :D
PS : Pour ceux qui attentaient la correction de l'autre chapitre, je tiens aussi à m'excuser pour l'attente, mais vous pouvez dès à présent le lire sans avoir à vous piquer les yeux sur mes nombreuses fautes d'orthographe. Bonne lecture ! )
Le Maître et l'Apprentie
Dans un pays de légende, où règne la magie, le destin d'un grand royaume repose sur les épaules d'un jeune homme. Son nom ?
Merlin
.
Le soleil n'était pas encore levé que Merlin était déjà debout, penché sur l'un de ses livres de sortilèges et enchantements. Cela faisait des jours qu'il essayait d'enchanter un objet afin de créer un bouclier capable d'absorber n'importe quel choc, sans en endommager son contenu.
Gaius et Alice occupaient l'ancienne chambre de Merlin, et ce dernier profitait des heures indécentes pour occuper le laboratoire comme il le souhaitait. Depuis l'arrivée d'Alice ici, il devenait de plus en plus difficile pour eux trois de travailler au même endroit.
Merlin leva le nez de son ouvrage et essaya son sort sur le vase posé en face de lui. L'objet brilla d'une petite lumière dorée mais lorsque l'enchanteur voulut tester la solidité de son sortilège, le vase se brisa en mille morceaux. Il passa ses mains dans ses cheveux d'un geste rageur tandis que la petite porte du fond s'ouvrit sur le vieux couple.
Depuis l'arrivée de la guérisseuse à Camelot, son mentor semblait avoir retrouvé une seconde jeunesse. Plus vivant, plus joyeux et sans doute plus épanoui qu'il ne l'avait jamais été.
- Ah Merlin, s'exclama-t-il. Tu es debout si tôt ? Ne me dis pas que tu es resté éveillé toute la nuit ?
- Non ? essaya-t-il, mais sous le regard réprobateur de son mentor, il abdiqua. Bon d'accord, mais j'ai peut-être dormi… une ou deux heures…
Alice appuya elle aussi son regard accusateur sur lui et le jeune homme capitula.
- Sur la table… ajouta-t-il, mais ce n'est pas important, je me reposerais plus tard.
Alice s'approcha du jeune homme et lui embrassa la joue.
- Tu ne devrais pas trop te surmener, tu as mangé au moins ?
Le jeune homme secoua la tête. Il ferma le livre qu'il étudiait en poussant un long soupir de désespoir.
- Je n'y comprends rien, pourquoi j'arrive à utiliser la magie sans même avoir à prononcer une formule et quand il s'agit d'en réciter une je n'arrive à rien, se plaignit-il.
Gaius posa sa main sur l'épaule de son pupille.
- Ta magie est instinctive, lui expliqua-t-il. Réciter une incantation demande de la pratique, de la patience et énormément de discipline. L'on ne devient pas sorcier du jour au lendemain.
Merlin posa son menton sur ses bras croisés, découragé. Il leva les yeux sur les débris du vase en terre cuite et dora ses pupilles. Les morceaux se reconstituèrent d'eux-mêmes.
- Tu es une énigme en ce qui concerne la magie, ajouta Gaius, mais tu dois savoir que pour la plupart des sorciers, les enchantements ont un coût. Certains demandent plus de puissance ou de concentration que d'autres.
- Mais je suis patient, protesta-t-il. J'essaye vraiment du mieux que je le peux, mais ce fichu sort me résiste. Il n'est pourtant pas plus compliqué que d'autres.
Gaius et Alice s'assirent à table à côté du jeune homme, dégustant du bon pain et de la confiture avec une bonne tasse de thé fumant.
- As-tu essayé d'appréhender cette formule comme ta magie instinctive ? questionna Alice.
- Que voulez-vous dire ?
- Lorsque j'étais petite, il y avait cet homme qui nous racontait toujours des histoires, narra la vieille femme. Il parlait beaucoup de ces sorciers exceptionnels qui utilisaient la magie dans sa forme la plus brute. Leur volonté était telle qu'ils leur suffisaient de lire une formule une fois pour la reproduire. C'est comme s'ils les assimilaient afin de se les approprier avant de pouvoir les utiliser. J'ai cru comprendre à l'époque que c'était une forme de magie très ancienne qui c'était perdue avec le temps. Les druides les appelaient les « Enchanteurs ».
- J'ai toujours cru qu'un enchanteur était un sorcier, expliqua Merlin. C'est pour cela que… j'ai pris ce nom comme titre lorsqu'Arthur m'a nommé « Sorcier officiel de la cour de Camelot ».
- Il est vrai que c'était un peu long, consentit le médecin avec amusement.
- Avec le temps le nom d'Enchanteur c'est lié à celui de sorcier, ajouta Alice, mais leurs fonctions étaient loin d'être identiques. Peut-être n'est-ce pas un hasard si tu as choisi ce nom.
Merlin se redressa et regarda le vase. Il essaya d'assimiler ce que venait de lui révéler la guérisseuse, et laissa tomber la pratique habituelle de réciter une formule pour revenir à la source même de sa magie. Ses yeux se teintèrent soudainement, et le vase fut enveloppé d'une bulle de lumière dorée.
- Je… j'ai réussi ! s'exclama-t-il en se redressant.
Il testa immédiatement l'efficacité de son nouveau sort en lançant la même attaque qui avait brisé le vase la première fois, mais cette fois-ci, le bouclier absorba le charme et se dissipa. Le vase était intact.
- On dirait que tu as on ne peut mieux choisi ton titre, fit remarquer le vieil homme.
Ils mangèrent finalement leur petit déjeuner, parlant de ces Enchanteurs, puis des différentes tâches qu'ils avaient chacun à exécuter pour la journée, avant d'aborder le sujet qu'il détestait le plus : ses relations !
Merlin avait parfois l'impression d'être leur petits fils. Mais cela ne lui déplaisait pas de voir qu'ils l'appréciaient autant. Il quitta la table à la fin du repas et sortit en saluant le vieux couple.
La porte se refermait juste derrière lui qu'il baillait déjà. Il remonta les escaliers pour regagner sa chambre et espérer rattraper une ou deux heures de sommeil, mais il croisa Arthur en chemin qui l'interpela.
- Ah ! Merlin, déjà debout ! commença-t-il.
- J'allais justement me…
- Tu peux donc m'accompagner alors, coupa Arthur en continuant son chemin.
Merlin ferma la bouche et leva les yeux au ciel. Il n'était plus le serviteur du roi depuis plus de six mois déjà, mais ce dernier était peut-être bien le seul à l'avoir oublié. Il continuait toujours de le traiter comme il le souhaitait. Résigné, Merlin le suivit, engageant la discussion le plus jovialement qu'il put.
- Alors, où allez-vous de si bon matin ?
- Faire un tour.
- Un tour ? Répéta-t-il.
- Oui Merlin. Je vais dans la ville basse pour faire… un…tour !
Le sorcier haussa un sourcil.
- Un tour… à cette heure-ci ?
Ils quittèrent l'enceinte du château pour atteindre la ville très peu fréquentée à cette heure si matinale, lorsque Merlin remarqua la tension de son ami et son œil avide.
- Hoooo… ça y est ! J'ai compris… en vérité vous rodez à la recherche d'une menace.
- Je ne …rode pas Merlin, je suis ici chez moi ! Protesta le roi.
- Encore ce traitre qui vous perturbe ?
- Je ne peux plus faire confiance à personne ici, pas-même à mes chevaliers les plus fidèles. Cette situation est insupportable pour moi.
Merlin soupira.
- Je pourrais peut-être mettre au point un sort ou quelque chose qui pourrait certifier qu'ils sont tous sains d'esprits et que personne ne les manipule par de sombres pouvoirs magiques ? Proposa-t-il.
Arthur s'arrêta, stupéfait.
- Tu pourrais vraiment faire une telle chose ?
Merlin haussa les épaules.
- Je pense. Il me suffirait de mettra au point une potion qui annulerait les effets magiques.
Arthur secoua la tête, les yeux fixés sur son ami.
- Tu m'étonneras toujours, Merlin. J'ai encore du mal à me faire à l'idée que tu n'es pas l'idiot incapable que j'ai toujours cru que tu étais.
- Merci Arthur, c'est toujours un plaisir de savoir combien je suis apprécié à ma juste valeur.
Ils continuèrent leur ronde tandis que Merlin essayait de dissimuler sa fatigue.
- Mais de rien Merlin, c'est un plaisir, lui répondit-il avec un grand sourire sarcastique.
Merlin frappa le bras du roi qui fit mine d'avoir mal.
- Aïe ! Oh ! Mais quelle force Merlin, tu terrasserais un géant avec cette…
Un enfant lui fonça dedans, lui coupant le souffle. Le garçon se retourna pour s'excuser et continua sa course. Merlin rit devant un Arthur qui se tenait les côtes.
- Eh bien, pour moi je ne sais pas ce qu'il en est, mais si cet enfant a réussi à vous faire mal je m'inquiéterais plutôt pour moi, si j'étais vous.
Arthur se frotta les côtes. Il fit la moue et frappa Merlin au bras pour le faire taire.
-La ferme Merlin et …
Arthur s'arrêta soudainement, une main sur sa hanche. Sa bourse avait disparue.
- Le sale petit…
Il se retourna et vit l'enfant courir au loin. Arthur se lança à sa poursuite, bousculant les gens au passage. Merlin le suivit sans trop savoir pourquoi tandis qu'Arthur esquivait une ribambelle de poules qu'un pauvre marchant essayait de faire rentrer dans une cage. Elles s'effrayèrent à son passage et tentèrent de s'envoler lorsque Merlin passa juste en lançant un « désolé » au marchand qui voyait sa volaille s'échapper.
Arthur attrapa finalement l'enfant, le soulevant du sol. Il lui avait bloqué les bras, mais cela n'empêchait pas le chenapan d'essayer de se débattre comme un poisson prit dans un filet.
- Lâchez-moi !
- Oh non sale petit voleur, s'exclama Arthur.
Merlin arriva enfin à bout de souffle, les mains sur les genoux il murmura :
- Mais enfin… que se passe-t-il ?
- Ce garnement m'a volé ma bourse ! accusa le roi.
- Même pas vrai, gros balourd !
Arthur et Merlin réagirent au « gros balourd » dont l'avait déjà affublé Merlin une fois mais aucun des deux n'eurent le temps de dire quoi que ce soit, que les yeux de l'enfant se mirent à briller. La manche d'Arthur s'enflamma en quelques secondes dans une intensité incroyable.
Arthur laissa tomber l'enfant qui prit ses jambes à son cou. Arthur retira sa veste et la frappa au sol afin d'en étouffer les flammes. Merlin s'inquiéta de l'état de son roi qui, fou de rage, cria.
- RATTRAPE-LE !
Merlin obtempéra et se remit à courir à la poursuite du fuyard. A cet instant précis, il se demandait pourquoi il n'avait pas dormi cette nuit et pourquoi ce genre de choses n'arrivait qu'à lui.
L'enfant courait vite mais il fit l'erreur de passer devant Léon et les autres chevaliers.
- Arrêtez cet enfant ! leur cria le sorcier.
Perceval l'attrapa par le col de sa veste tandis que Merlin arrivait près d'eux.
- Vous l'avez eu, s'essouffla-t-il.
- Eh bien Merlin, s'exclama Gili, qu'est-ce que ce garçon t'a fait ?
- Il a… il a… volé Arthur…
Il n'arrivait plus à respirer mais il se reprit très vite voyant les yeux du garçon se dorer. Une caisse en bois suspendue à l'étal devant lequel ils se tenaient, tomba sur la tête de Perceval qui lâcha le garçon. Merlin usa lui aussi de sa magie et fit trébucher l'enfant sur le manche d'un balai qui trainait par là. Merlin l'attrapa par le bras et le redressa.
- Tu ne t'enfuiras pas encore ! s'exclama-t-il. Parce que je te jure que si je dois encore courir après toi, je te jette un sort qui t'assommera suffisamment pour que tu restes endormi pendant une semaine alors je te conseille de ne même pas penser à m'échapper encore une fois !
- Houuu, s'étonna Gauvain, je n'avais encore jamais vs Merlin aussi fâché !
- Maintenant que tu le dis, moi non plus, commenta Léon.
Arthur arriva à ce moment-là. Sa manche droite était cramée et sa peau légèrement rougie. Mais cela n'était rien, comparé au visage qu'arborait leur roi.
- TOI ! Hurla-t-il en pointant l'enfant du doigt.
Celui-ci essaya de s'échapper mais Merlin le retint, se plaçant légèrement devant lui pour le protéger.
- C'est bon Arthur nous l'avons rattrapé, le calma-t-il.
- Ce petit enfoiré a essayé de me bruler vif ! S'exclama-t-il.
- Quoi, c'est un sorcier ? Demanda Perceval.
- Un druide gros bêta ! répliqua le garçon en le fusillant du regard.
Perceval eut un regard noir lui aussi, heureusement Merlin était toujours devant l'enfant à essayer de calmer les chevaliers.
- Quel est ton nom ?
- Et ta sœur ? Répliqua-t-il. Je t'en pose moi des questions ?
Merlin ravala sa salive, étouffant par la même occasion une insulte.
- Moi c'est Merlin. Tu sais… l'Enchanteur !
- Oh ! s'exclama-t-il. C'est vrai que tu commandes aux dragons ?
Il avait demandé cela sans mauvaise intention pour une fois, même si la question mit Merlin mal à l'aise.
- Heu… Oui, c'est moi.
- Peu importe, coupa Arthur. Tu vas me rendre ma bourse petit monstre et tout de suite avant que je ne te jette dans une des cellules du château.
- Va mourir, répliqua l'enfant en levant les yeux au ciel.
- Non mais… espèce de…
Merlin l'arrêta à nouveau, faisant reculer Arthur.
- On se calme…
Il se retourna vers l'enfant et lui demanda.
- Pourquoi est-ce que tu es aussi désagréable ?
- C'est parce que c'est à cause d'eux que mes parents sont morts, répondit-il en fusillant Arthur du regard.
- Quoi ? s'étonna Léon. De quoi parles-tu ?
- Mes parents étaient druides eux aussi, et à cause de votre stupide loi, vos chevaliers ont attaqué notre camp. Ils ont tué tout le monde !
Merlin soupira. Ce garçon allait vraiment être un problème s'il continuait. Il devait créer un lien ou un contact avec lui s'il voulait espérer calmer la situation.
- Tu vis seul ?
- Seulement depuis que les druides que j'avais suivi ont décidé de venir à Camelot pour vous ramener d'entre les morts.
Merlin haussa un sourcil.
- Et tu voles pour survivre ?
- Qu'est-ce que je pourrais faire d'autre ? Les druides m'ont laissé ici et sont partis sans moi.
- Pourquoi t'ont-ils laissé ? s'étonna Gauvain.
- Sans doute à cause de son mauvais caractère, plaisanta Gili dans un murmure.
- Si je le savais, gros malin ? Répliqua l'enfant sur un ton sarcastique.
- S'il ne se calme pas je te jure que je l'égorge, murmura-t-il à l'oreille de Perceval.
- Tu as utilisé la magie par deux fois sans prononcer une formule, comment as-tu fait ? s'enquit Merlin, oubliant l'intervention de Gauvain.
Le garçon haussa les épaules.
- J'ai toujours fait ça. Je n'ai pas besoin de sort… c'est juste…
- …instinctif, répondirent l'enfant et Merlin à l'unisson.
Merlin s'accroupit devant l'enfant, les mains sur ses épaules et le regarda droit dans les yeux.
- Comment tu t'appelles ?
- Yvain, répondit-il paraissant soudainement plus agréable.
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- Il en est hors de question Merlin, cet enfant a bien failli me bruler vif ! S'exclama Arthur, assis sur une des chaises de sa chambre.
Merlin avait apporté de quoi soigner son bras, des cataplasmes de Gaius et des bandages. Il prit le bras d'Arthur et arracha ce qui restait de la manche. Sa peau était légèrement brûlée et formait des cloques à certains endroits.
Merlin pansa sa blessure tout en protestant :
- Arthur je vous en prie, c'est la première fois de ma vie que je rencontre quelqu'un qui est comme moi.
- Tu veux dire qu'il est né lui aussi avec la magie ?
Merlin finit son bandage et s'assit sur un fauteuil à côté d'Arthur.
- Je l'ignore, tout ce que je sais c'est que la magie est censée être compliquée et demande des années de pratique. D'après Alice, il existait il y a très longtemps une forme de magie instinctive que pouvait utiliser certains druides. Cet enfant… il l'utilise comme moi. Sans avoir besoin de prononcer d'incantations.
Arthur bougea son bras blessé.
- Tu veux vraiment lui enseigner la magie ?
- Je sais que ça peut vous paraitre dingue mais… moi j'ai eu la chance d'avoir Gaius pour me guider et m'enseigner ce que je sais aujourd'hui. Ce garçon n'a personne. Il est même obligé de voler pour vivre et…
Merlin hésita, baissant les yeux il enchaina tout bas.
- Considérant ce qui est arrivé à ses parents c'est le moins que l'on puisse faire.
Arthur soupira et se frotta le front.
- Je ne sais pas Merlin, ce garçon est… particulièrement irritable et s'il reste dans les parages je crains que moi ou l'un de mes chevaliers ne l'égorge avant la fin de la semaine.
Merlin se leva, essayant de dissimuler un sourire.
- Eh bien en fait, Yvain me rappelle étrangement vous quand je vous ai rencontré.
- Moi ? s'indigna Arthur.
- Oui vous. Aussi arrogant, insupportable, irrespectueux…
Arthur attrapa la coupe de fruits vide posée sur la table et la balança sur le sorcier qui l'esquiva avec adresse.
- Qui a tendance à vouloir blesser les gens aussi, ajouta Merlin en se dirigeant vers la porte.
- MERLIN ! Cria Arthur.
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Ce dernier avait rejoint Yvain dans le laboratoire de Gaius lorsqu'en entrant, il le vit dévorer le repas qu'Alice venait de lui préparer. Merlin s'assit en face de l'enfant et sourit.
- C'est bon ? Lui demanda-t-il.
- Non, répondit-il la bouche pleine, mais je meurs de faim alors je ferais avec.
Décidément, il lui rappelait de plus en plus Arthur lorsqu'il l'avait connu. Il s'en était passé des évènements depuis lors. Jamais il n'avait cru à l'époque aux paroles du dragon sur son le lien qui l'unissait à Arthur.
- Tu as quel âge ?
- Dix ans…
- Et tu pratiques la magie instinctive comme ça depuis quand ?
- Et toi tu en poses toujours autant des questions ?
Gaius se racla la gorge et Merlin laissa Yvain à son bol de ragout pour rejoindre son mentor.
- Ce gamin est vraiment insupportable, commença-t-il. Tu es sur qu'il est… comme toi ?
Merlin haussa les épaules.
- Je n'en sais rien Gaius, je sais juste qu'il a utilisé la magie sans avoir à prononcer le moindre mot.
- Sache une chose mon garçon, lui conseilla son ancien mentor, tu es unique. Personne n'est comme toi.
Merlin lui sourit et lui demanda la permission d'utiliser le laboratoire pour la journée. Merlin en profita pour montrer des tours de magie simples qu'il avait appris au fil des années. Yvain était un bon élève qui apprenait très vite. Il suffisait à Merlin de lui montrer un sort et le jeune garçon le répétait à la perfection.
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Une semaine s'était déjà écoulée depuis l'arrivée d'Yvain dans le château et l'orphelin s'était étonnement attaché à Merlin. Ils passaient le plus clair de leur temps ensemble et il arrivait même à en devenir plus agréable. Bien sûr cela n'était valable que pour Merlin. Yvain n'adressait pratiquement la parole à personne d'autre, il affichait même une certaine jalousie lorsqu'une autre personne venait lui parler.
Ce matin-là, après leur petit déjeuner, Merlin lui proposa d'aller voir l'entrainement des chevaliers. Cela faisait longtemps que Merlin n'avait plus revu ses amis et il pensait que faire découvrir du monde à Yvain lui ferait le plus grand bien. Cependant, le garçon trainait des pieds et n'était visiblement pas motivé par cette sortie.
- Pourquoi est-ce qu'on va voir ces gros bras agiter leurs épées comme des idiots alors qu'on pourrait apprendre d'autres sorts super intéressants ? s'enquit-il tandis qu'ils voyaient le terrain au loin.
- Cela te fera le plus grand bien de prendre un peu l'air, lui expliqua le sorcier avec le sourire.
- Comme s'il n'y avait pas d'air à l'intérieur, bougonna-t-il.
- Tu es enfermé avec moi dans ce laboratoire depuis plus d'une semaine, tu dois en avoir marre à force, non ? le taquina Merlin.
Yvain haussa les épaules dédaigneusement. Il n'avait pas spécialement envie de voir d'autres personnes. Merlin était gentil et lui apprenait plein de choses, il l'aimait bien. En revanche il ne voyait pas l'intérêt d'aller voir ces assassins de chevaliers.
Les druides avaient toujours été un peuple pacifique, mais cela n'avait jamais empêché les chevaliers de Camelot et son Roi de les attaquer. Yvain était jeune, mais éprouvait déjà une haine contre Camelot et ces Chevaliers. Eux qui avaient détruit sa famille.
Il n'avait jamais compris pourquoi les gens haïssaient tellement la magie et ses pratiquants. Pour lui ce n'était que pure jalousie, la magie était après tout maitresse de vie ou de mort. Elle pouvait tuer ou sauver une vie. Elle était si puissante, si écrasante, que s'en était jouissif pour lui, un enfant, d'être supérieur à n'importe qui.
- Ah Merlin ! S'exclama Gauvain en cessant son entrainement contre Léon.
Il se dirigea vers son ami et le serra dans ses bras dans une accolade amicale.
- Gauvain croyait que ce garnement t'avait enlevé et séquestré dans le laboratoire de Gaius, plaisanta Léon.
Arthur avait arrêté lui aussi son combat et les regardait d'un œil attentif. Yvain le remarqua et lui tira la langue en s'accrochant au bras de Merlin. Ce dernier en fut légèrement étonné mais se contenta d'ébouriffer ses cheveux.
- Ce bonhomme apprend tellement vite, il est assoiffé de connaissance.
- L'élève dépassera bientôt le maitre ! Répliqua Gauvain.
Mais tout cela ne plaisait pas à Arthur. S'il avait une confiance aveugle en Merlin, en revanche il ne savait rien sur cet enfant. Et puis, n'était-ce pas impossible ? Merlin ne devait-il pas être « le plus puissant des sorciers que cette terre est connue » ?
- Merlin, l'appela le roi. J'aimerais te parler… en privé.
Personne ne protesta mais les chevaliers s'étonnèrent de ce brusque changement de situation.
- Je peux savoir ce que tu fais ? S'enquit Arthur une fois à l'abri des oreilles indiscrètes.
- Je lui enseigne la magie, répondit Merlin comme une évidence.
- Tu ne devrais pas être autant enthousiaste. Ce n'est qu'un enfant et tu ne connais rien de lui. Imagine qu'il soit…
- Quoi, coupa Merlin, mauvais ?
- Il m'a attaqué, Merlin et il a attaqué Perceval aussi.
- Voyons Arthur ce n'est qu'un enfant… protesta Merlin en soupirant.
- Oui un enfant, justement, et qui c'est ce qu'il serait capable de faire plus tard ? questionna le blond.
Il avait légèrement élevé la voix et se calma en baissant d'un ton, fixant Merlin de ses yeux bleus glacials.
- Il pense que l'un de mes hommes a tué ses parents Merlin, que crois-tu qu'il fera lorsqu'il maitrisera parfaitement sa magie ?
Merlin recula d'un pas, indigné.
- Vous n'êtes pas sérieux !
- Si tu pouvais revenir en arrière Merlin… et que tu savais tout le mal que Mordred ferais… l'aurais-tu sauvé lorsqu'il n'était encore qu'un enfant ?
Merlin chercha à savoir si son roi et ami lui posait sincèrement cette question avant de réaliser qu'il était sérieux.
- Bien sûr ! Bien sûr que j'aurais essayé ! s'exclama-t-il.
- Eh bien moi pas ! répondit Arthur d'une voix plus forte.
Merlin en resta sans voix. Les chevaliers avaient entendu les derniers mots de leur roi et pouvaient sentir la tension monter entre eux.
- De quoi est-ce qu'ils peuvent bien parler ? Demanda Gili, intrigué.
- Je ne sais pas mais en tout cas, on dirait que ça va éclater, remarqua Gauvain.
- Vous auriez tué un enfant ? Demanda Merlin à son ami, profondément choqué et étonné de ce qu'il entendait.
- Le dragon t'avait mis en garde contre Mordred et Morgane, répondit Arthur en affrontant le regard de son conseiller et ami, et toute la souffrance et les morts qu'ils engendreraient ! Qui a-t-il de mal à penser à sauver tous ces innocents au détriment d'une vie ou deux ? Même celle d'un enfant !
- Vous ne pensez pas ce que vous dites…
- Il ne restera pas un enfant pour toujours et le jour où il grandira et où sa haine prendra le contrôle sur lui et qu'il tuera les gens que tu aimes sous tes yeux… Comment régiras-tu ?
Arthur avait pratiquement crié cette phrase et tous l'avait entendu, Yvain aussi. Et ce garçon était assez intelligent pour savoir qu'il parlait de lui. Il partit en courant, attirant l'attention de Merlin.
Ce dernier regarda à nouveau son ami et roi et secoua la tête en tournant les talons. Il ne prit même pas la peine de dire quelque chose et partit à la poursuite d'Yvain. Léon s'approcha d'Arthur qui planta excalibur dans le sol dans un excès de rage et passa ses mains dans ses cheveux.
- Mais quel crétin !
- Tout va bien Sir ?
- Non ! Répondit-il, l'entrainement est terminé.
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Merlin avait retrouvé Yvain en fin de journée. Le garçon était assis dans un coin de la bibliothèque. Geoffrey de Monmouth vit le sorcier entrer dans la pièce et lui indiqua un coin de la réserve d'un signe de la tête.
Merlin le remercia et avança dans les rangées et trouva le garçon assis par terre les bras enroulés autour de ses jambes. Il ignorait depuis combien de temps il était là, mais en le voyant si seul et triste, Merlin ne put s'empêcher de le trouver touchant et adorable.
Le sorcier s'assit au sol juste à côté de l'enfant et patienta quelques secondes avant d'engager la conversation.
- Cela fait longtemps que tu es ici ?
Yvain renifla.
- Depuis que j'ai entendu ton stupide roi dire que j'allais tuer tout le monde.
Merlin soupira.
- Oh, non Yvain il ne… Il ne parlait pas de toi.
- Vraiment ? Demanda-t-il sur un ton sarcastique.
Merlin se frotta les cheveux. Il ne savait pas trop comment lui expliquer la situation mais jugea bon de lui raconter la vérité.
- Il y a plusieurs années, j'ai sauvé un druide qui avait à peu près ton âge. Uther avait fait exécuter son père et il était seul et blessé. Ce n'était qu'un petit garçon et j'ai essayé de l'aider.
Merlin hésita à continuer, mais voyant qu'il avait toute l'attention d'Yvain il enchaina.
- J'ai impliqué beaucoup de monde dans cette histoire et Arthur nous a démasqués. Contrairement à son père, il m'a aidé. On a eu du mal mais on l'a fait sortir du Château et on l'a laissé à un groupe de druides.
- A moins que ton histoire ne soit pas terminée, je ne vois pas en quoi elle me concerne, répliqua Yvain.
Merlin l'observa un moment.
- Cette histoire n'est pas tout à fait finie, continua-t-il. En vérité, le Grand dragon m'avait conseillé de ne pas sauver ce garçon. Il était, selon lui, la perte d'Arthur. Je savais qu'il allait faire beaucoup de mal mais malgré tout ça je n'ai pas pu me résoudre à blesser un enfant.
Yvain renifla à nouveau et se tourna vers Merlin.
- Et il s'est passé quoi après ?
- Eh bien, il est revenu ici à Camelot pendant un an environ. Il est devenu chevalier mais les choses ont mal tournées et il a fini par en vouloir à Arthur pour une chose dont il n'était même pas responsable. Lors de la bataille de Camlann, il y a environ 6 mois, nous l'avons revu.
- Et il a fait quoi ? Demanda l'enfant sincèrement intéressé par l'histoire du brun.
- Il a menacé Arthur avec une épée ensorcelée et m'a… transpercé avec.
- Tu as été transpercé par une épée ? S'étonna-t-il. Whoua ! Tu as eu mal ? Tu as une cicatrice ?
Merlin sourit et souleva sa tunique, dévoilant la cicatrice. Même s'il avait été ramené à la vie par la magie, sa blessure n'avait jamais guérie. Sans doute était-ce dû à la lame magique, mais Gaius lui avait certifié qu'elle ne partirait sans doute jamais. Yvain observait la blessure avec une pointe d'admiration tandis que Merlin poursuivit :
- Et pour répondre à ton autre question, oui j'ai eu mal. J'en suis même mort pour tout te dire. Si je suis encore là devant toi c'est grâce à la magie. Elle m'a comme qui dirait ramené à la vie.
- Tu es sérieux ?
- Oui. Ce n'était visiblement pas mon heure.
Yvain souffla et repensa à toute cette histoire. Il réalisa soudainement la portée des paroles d'Arthur.
- Oh… alors c'est pour cela qu'il a crié après toi alors ?
- Pour cela quoi ?
- Eh bien à cause de cet enfant que tu as sauvé et qui une fois grand t'a…
Il fit une grimace et lui montra son ventre du doigt.
- …tué ? Ce n'est pas pour prendre la défense du Blondinet mais je ne ferais plus les mêmes erreurs, à sa place.
Merlin n'en revenait pas. Cet enfant était véritablement une énigme. Il se releva et proposa son aide à Yvain.
- Cela te dirait un lait chaud ?
Yvain haussa les épaules, approuvant d'un hochement de tête. Ils rejoignirent le laboratoire de Gaius parlant de cet enfant et Merlin finit par lui raconter toute l'histoire de Mordred. Le lait chaud venait juste d'être posé sur la table qu'Yvain connaissait déjà toute la vie du druide.
- Si tu laissais sa chance à Arthur je suis sûr que tu pourrais bien t'entendre avec lui. C'est vraiment quelqu'un de bien.
Yvain soupira.
- C'était des hommes portant les armoiries de Camelot qui ont attaqué mon camp. Je n'avais que quatre ans à l'époque mais je revois très bien ce dragon d'or sur cette cape rouge. Je n'ai que peu de souvenirs et je ne me rappelle pas de son visage juste des flammes…
Merlin lui sourit tristement lorsque la porte s'ouvrit soudainement. Arthur entra. Il hésita une seconde avant de se lancer.
- Il faut que je te parle Merlin…
Mais son ton n'était pas aussi autoritaire qu'il l'aurait voulu et il crut donc bon d'ajouter avant de sortir
- Dans mes appartements. Maintenant !
Merlin fit une grimace à Yvain avant d'articuler juste pour lui, qu'il agrémenta d'un clin d'œil.
- Rappelle-toi : « laisse lui sa chance ».
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Merlin entra dans les appartements d'Arthur. Le trajet s'était fait en silence et Arthur avait marché devant, sans jamais se retourner. Il était juste entré dans ses appartements et Merlin l'avait suivi. Fermant la porte derrière lui.
Le jeune sorcier s'étonna de ne pas y voir Guenièvre, ce fut à cet instant précis qu'il comprit que quelque chose n'allait pas.
- Arthur ? commenta-t-il timidement.
Le Roi attrapa une coupe de vin posée sur la table et s'assit sur un des fauteuils près de la cheminée et montra l'autre à Merlin. Le sorcier s'exécuta, mal à l'aise de ce silence.
- Que se passe-t-il ? s'inquiéta-t-il de plus en plus.
- Est-ce que cette potion avance ?
Arthur but une gorgée de son vin. Il semblait perturbé. Son regard était un mélange de tristesse et de doute.
- Je n'en ai pas encore eu le temps Sir, je…
Arthur releva les yeux sur son ami et cette fois-ci, ce fut de la colère que l'on pouvait y lire.
- Ce devrait être ta priorité Merlin, au lieu de jouer les nounous.
Le sorcier haussa un sourcil.
- Que s'est-il passé ?
Arthur finit sa coupe de vin et se frotta les yeux.
- Je vois des traitres partout, voilà ce qu'il se passe. J'ai tant de fois été berné que je n'arrive même plus à regarder ma femme et à lui parler de ce que je pense ou bien lui demander ses conseils. J'ai l'impression d'être une brebis dans une bergerie, avec d'autres moutons, seulement l'un d'entre eux est déguisé en loup et j'ignore lequel est-ce. Je sais juste qu'il attend le bon moment avant de me tuer.
Merlin hocha la tête. Il ignorait que cette situation pesait autant sur les épaules de son ami et se blâma de ne pas l'avoir remarqué plus tôt.
- Dans ce cas, je vais m'y mettre de ce pas Sir, lui répondit le sorcier en se levant de son fauteuil.
Le Roi releva ses yeux vers lui et hocha la tête. Son visage tiré par la fatigue et l'inquiétude serra le cœur de Merlin.
- Vous devriez vous reposer maintenant. Gwen ne vient pas ?
Arthur soupira et se leva.
- En ces temps-ci je préfère être seul. Tu sais Merlin, même si elle a été sauvée de son enchantement, j'ai du mal à oublier qu'elle a essayé de me tuer. Je ne cesse de me dire que si par malheur elle ou une personne en qui j'ai toute confiance venait à me trahir à nouveau… je ne le supporterais pas.
Arthur avait croisé le regard du sorcier lors de son aveu, ce qui lui fit comprendre que cette personne de confiance dont il parlait était lui-même.
- Ne vous en faites pas Sir, cela n'arrivera jamais. Je m'en assurerais.
Il s'approcha de lui et commença à lui défaire ses gantelets.
Les yeux d'Arthur retrouvèrent de leurs éclats.
- Je croyais que tu n'étais plus serviteur, Merlin ?
- Et moi, que vous ne faisiez plus confiance à personne ?
Arthur hocha la tête.
- Oui et je voudrais également te faire remarquer que cela fait une semaine que George est obligé de m'habiller de mon armure lors de mes entrainements.
Merlin leva les yeux sur lui, ayant retiré les deux poignets.
- Je savais que je vous manquerais comme serviteur !
Arthur leva les yeux au ciel.
- Vraiment ? Je me demande ce qui me manque le plus. Tes retards répétés, tes absences régulières - même si c'était pour me sauver la vie, tes jacassements incessants, ton manque de diplomatie ou bien ton incapacité à ranger une chambre ?
Merlin lui offrit son plus beau sourire.
- Eh oui, c'est tout ce qui fait mon charme, mais malgré tout je suis le seul serviteur que vous avez gardé à vos côtés.
Le brun continua de déshabiller son Roi et ancien maitre et de le préparer pour la nuit. Arthur se laissa faire, appréciant ce moment avec son ancien valet, même s'il ne l'avouerait jamais.
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Guyamor marchait le long du couloir et rabattit la capuche sur son visage ainsi qu'un foulard sur son nez et sa bouche lorsqu'il arriva devant l'un des murs extérieurs de l'enceinte du château. Il s'assura qu'il n'y avait personne avant d'escalader la paroi avec une dextérité et une rapidité à toute épreuve. Il arriva en haut du rempart et sauta de l'autre côté, amortissant sa chute en attrapant la branche d'un arbre, retrouvant la terre ferme en toute sécurité.
Il continua sa route tranquillement avant de finir par trouver Morgane et Mordred. La jeune femme lui sourit et s'approcha de lui. Guy découvrit son visage et déposa un baiser sur la main de sa douce et sera le bras de Mordred dans une étreinte fraternelle.
- Qu'as-tu appris de nouveau ? Demanda-t-elle.
- Il y un jeune garçon en ville, Yvain. Un druide que Merlin a pris sous son aile et qu'il aide en lui enseignant ce qu'il sait de la magie.
- Un garçon ? S'enquit Mordred.
- Un gamin, dix ans à peu près. Et d'après Merlin, il possèderait un pouvoir étonnement puissant.
Morgane fit mine de réfléchir.
- Qu'entends-tu par « étonnement puissant » ?
- Je n'en sais pas plus, tout ce que je sais, c'est que ses parents ont semble-t-il été tués par des chevaliers de Camelot il y a environ six ans de cela.
Il hésita une seconde avant de se lancer.
- Arthur a des doutes. Il sait qu'il y a un traitre parmi les siens. Je l'ai entendu demander à Merlin une potion pour s'assurer que personne n'était contrôlé par la magie comme l'avait été la reine.
Morgane fit mine de réfléchir.
- Je pense que nous allons pouvoir utiliser tout cela à notre avantage, murmura-t-elle.
- Et vous ? s'enquit soudainement le traitre, qu'est-ce que votre quête a donné ?
Morgane lui sourit et sortit de l'une de ses poches un pendentif orné d'une énorme pierre précieuse bleu azur.
- Croyais-tu que j'allais échouer ? Je peux être très persuasive lorsque je le veux et cette Caelia n'a même pas protesté. Elle me l'a donné sans même savoir ce que je comptais en faire. Ce n'est désormais plus qu'une question de temps avant que ce trône qui me revient de droit ne soit à moi.
Guy se sentit soudainement rempli de fierté et d'amour pour cette femme. Lorsqu'il l'avait rencontrée, il y avait six mois de cela, elle était blessée, meurtrie et désespérée. Guyamor était un bandit de grand chemin, un solitaire qui s'attaquait aux voyageurs et les allégeait de leur bourse. Mais lorsqu'il était tombé sur Mordred, portant à bout de bras cette ravissante créature, il avait abaissé son arme. Le jeune homme était blessé lui aussi mais il lui demanda d'aider son amie.
Il leur offrit un abri, de la nourriture, de la chaleur et une protection. Les pouvoirs de Morgane l'avait soignée toute seule, et elle avait vite retrouvé ses forces.
Ils avaient trouvé refuge dans un vieux château en ruine où le brigand y avait établi son camp depuis un moment déjà et ce fut près d'un bon feu qu'elle lui raconta leur histoire. Elle lui raconta tout. Son père, son frère, Gwen, Merlin, tous ces soi-disant amis et famille qui lui avaient tourné le dos et qui l'avaient traitée comme une moins que rien.
Heureusement, il y avait eu Morgause, Agravain puis Aithusa et finalement Mordred qui avait fini par se joindre à elle, lui aussi ayant eu droit au jugement sans pitié d'Arthur et de Merlin.
Guyamor l'avait écouté sans jamais la couper dans son récit. Cette jeune femme était si triste. Elle semblait haïr tous ceux qui lui avaient tourné le dos et il ne parvenait pas à comprendre pourquoi ni comment ils avaient pu la laisser seule ainsi.
Il la trouvait tellement belle sous ce feu de camp improvisé dans la pièce principale du château en ruine, qu'il ne résista pas à l'envie de lui apporter son aide.
Il n'était pas originaire de Camelot et n'avait entendu parler de son roi que par les rumeurs qui couraient. Si Uther Pendragon avait une sale réputation, il n'avait jamais entendu personne se plaindre de son fils qui semblait vouloir sincèrement remettre son royaume sur des bases saines.
Il n'avait pas dit le moindre mot depuis la fin du récit de Morgane, que déjà la jeune femme se redressait et s'approchait de l'extérieur. Un dragon blanc descendu du ciel se pencha au-dessus d'elle. Guyamor s'était redressé précipitamment, une main sur son épée, mais se figea sous le spectacle qui se déroulait devant lui.
La dragonne se mit à pleurer. Elle ne versa qu'une seule larme, que Morgane essuya. Elle caressa son museau et la rassura. Guy ne sut jamais ce qui se dit entre elles ce jour-là, mais il avait pu y voir tout l'amour qu'elles éprouvaient l'une pour l'autre.
Et ce fut lorsqu'il la vit sourire à cette créature qu'il en tomba amoureux. Ce fut comme un coup de foudre. Cette femme avait vécu sans aucun doute possible d'horribles sévices et elle brulait de leur faire payer. Comme lui-même chercherait à se venger de ceux qui l'auraient blessé ou torturé. Il se jura alors ce jour-là de l'aider à prendre sa revanche. Sur ces gens et sur la vie.
- Très bien, que dois-je faire ?
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Le lendemain, Merlin se leva plus tôt et s'attela à préparer cette potion qu'il avait promise à Arthur. En arrivant dans le laboratoire très tôt le matin (le soleil n'était même pas encore levé), il découvrit Yvain endormi à même le sol emmitouflé dans une énorme couverture. Merlin ne put résister à cette bouille d'enfant et le porta afin de le déposer dans son propre lit. Il permettait ainsi à Yvain de passer une bonne nuit et aurait le champ libre pour réaliser sa potion en toute discrétion.
Lorsque le soleil pointa le bout de son nez, il sourit devant le flacon qu'il tenait dans la main et décida de surprendre Arthur de par cette bonne nouvelle. Il passa donc en cuisine et récupéra le petit déjeuner de son Roi. Il déposa la fiole sur le plateau et entra dans les appartements.
Il eut un pincement au cœur en répétant ces mêmes mouvements qu'il avait si longtemps réalisé et prit un malin plaisir à tirer les rideaux en criant.
« Debout les morts ! »
Arthur frappa son visage de sa main, cachant ses yeux de la lumière trop vive. Il porta son oreiller sur son visage et cria.
- Merlin !
Ce dernier se mit à rire avant de se prendre ledit oreiller dans la figure.
- Aïe !
- Mais que-ce que tu fais là ? Bougonna-t-il en s'étirant.
Il sortit de son lit et s'assit à table pour manger son petit déjeuner. Merlin ne dit rien, attendant qu'il remarque la fiole qu'il prit en main.
- Que-ce que cela ?
- C'est la potion que vous m'aviez demandé, lui répondit le sorcier avec un grand sourire.
- Vraiment ?! S'exclama Arthur en se levant de sa chaise. Tu l'as vraiment fait ?
Merlin se renfrogna.
- Pourquoi est-ce que vous paraissez si surpris de ma réussite ? interrogea-t-il.
- Peut-être parce que tu ne sais rien faire de bien ?
- Ah, ah, très drôle !
Merlin se laissa tomber sur une chaise.
- Sur qui allez-vous le tester en premier ?
- Guenièvre bien sûr, je ne supporte plus de devoir la laisser ainsi à l'écart.
Merlin hocha la tête. Il était vrai que la pauvre ne devait pas vraiment comprendre pourquoi Arthur s'était autant éloigné et il était injuste que son amie subisse un tel sort sous prétexte que Morgane avait abusé de sa gentillesse.
Cette dernière frappa justement à la porte de la chambre avant d'entrer. Personne n'aurait su dire si sa surprise était due à son époux déjà levé malgré l'heure si matinale, ou bien de la présence de Merlin dans la chambre (alors qu'elle-même y avait été éloignée).
Arthur dissimula la fiole derrière son dos, faisant face à la jeune femme.
- Oh ! Guenièvre…commença Arthur, tu es là.
Merlin se rapprocha d'Arthur afin d'attraper la potion et sans se faire remarquer, il en versa sur le repas qu'il avait apporté. Une fois fait, il se racla la gorge et s'éloigna en direction de la porte.
- Bon eh bien je vais vous laisser profiter de ce repas. Vous devriez manger vite avant que ça ne refroidisse.
- Heu… Merlin ? Il n'y a rien de chaud, fit remarquer la reine.
Et en effet, il n'y avait là que des fruits, du pain, de la confiture et une part de tarte aux pommes.
- Eh bien… j'ai dû oublier le plat chaud, ah c'est tout moi ! Bon et bien à plus tard Sire, Gwen.
Puis il s'éclipsa. Arthur avait du mal à contenir un rire. Il tira donc une chaise, laissant sa femme s'installer et sentit l'angoisse monter en lui.
Merlin avait versé de la potion sur le pain et il en proposa à Guenièvre qui regardait son époux avec étonnement et inquiétude.
- Vous êtes sûr que tout va bien ?
- Oui très bien… mange un peux.
Guenièvre plissa les yeux.
- Arthur, cela suffit. Je sais que quelque chose vous tracasse alors par pitié parlez-moi. Vous pouvez vous confier à moi.
Le roi était partagé entre lui faire confiance et ses doutes.
- Si tu acceptes de manger avec moi avant, je te promets de tout te dire après.
La reine accepta, avalant un morceau de pain. Arthur ignorait ce que devait faire la potion mais voyant qu'il ne se passait rien il poussa un profond soupir de soulagement.
- Excuse-moi je… je suis à cran en ce moment.
- Vraiment ? Demanda-t-elle sarcastique.
Maintenant qu'Arthur savait qu'il pouvait faire à nouveau confiance à sa femme, il se confia à elle.
- Je sais qu'il y a un traitre parmi mes amis les plus proches. Et… à cause de ce que Morgane t'a fait j'ai…
Guenièvre hocha la tête.
- Ne dites rien. J'ai compris. Vous avez peur que quelqu'un d'autre soit ensorcelé et vous ne faites plus confiance à personne, même à moi.
Arthur lui prit immédiatement les mains.
- Guenièvre cela ne change en rien les sentiments que j'ai pour toi. Comprend-moi je…
Elle l'arrêta d'un doigt sur ses lèvres et lui sourit.
- Tu n'as pas à t'excuser, je comprends parfaitement la situation. Et je suis heureuse que tu es finalement pris sur toi et décidé de me faire confiance malgré tout. Cela ne vaut peut-être pas grand-chose mais je puis t'assurer que je ne suis pas possédée.
Arthur sourit face à la gentillesse de sa femme. Il n'était pas question de lui parler de la potion mais au moins maintenant, il était sûr. Il l'embrassa avec amour et fit le vide dans son esprit. Désormais tout allait rentrer dans l'ordre. Du moins c'est ce qu'il pensait.
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Merlin marchait dans les couloirs lorsqu'il croisa Guy. Ce dernier l'approcha et le salua.
- Bonjour Merlin.
- Oh ! Bonjour Guy, vous êtes bien matinal.
- Oui, je voulais passer plus tôt au camp d'entrainement.
Merlin le regarda en coin avec un sourcil levé.
- Vous êtes pratiquement le meilleur chevalier de camelot, vous allez faire de l'ombre à Arthur si vous continuez.
C'est un peu cela l'idée, pensa-t-il.
- Je cherche juste à devenir meilleur. Car même avec mon épée, je ne pourrais jamais faire le poids face à quelqu'un comme vous.
Merlin s'en sentit gêné.
- Peut-être bien mais je ne suis absolument pas résistant. Assommez-moi juste et vous aurez le dessus sur moi en un rien de temps !
Guy rit de sa plaisanterie. Ils avaient marché jusqu'au laboratoire de Gaius et leurs chemins devaient se séparer. Mais Guy se retourna au dernier moment.
- Vous… Vous m'accompagnez ? Il n'y aura personne avant une bonne heure et je me disais que…
- Si vous avez à l'esprit de me vêtir d'une armure et d'un bouclier pour vous permettre de vous entrainer, non merci.
- Non ! Bien sûr que non, rit Guy. Je me disais juste que nous pourrions passer un peu de temps ensemble. Les autres parlent tous le temps de vous et je me rends compte que je ne vous connais pas vraiment.
- Attendez, vous avez dit « ils parlent tout le temps de vous » ? Qui parle de moi ?
Guy lui offrit un sourire.
- Vous m'accompagnez, et je vous dirais tout.
Merlin regarda la porte derrière lui et acquiesça.
- Marché conclu.
Ils partirent donc tous les deux en direction du camp d'entrainement.
- Alors dites-moi tout, qui parle de moi et… en bien j'espère !
Le chevalier hocha la tête.
- Oui en bien ne vous en faites pas. Ils semblent tous vous connaitre bien et s'accordent à dire que s'ils sont là aujourd'hui c'est grâce à vous.
- Oh non, contra Merlin, j'ai peut-être aidé un peu mais s'ils sont là c'est grâce à leurs capacités et leur fois en Arthur.
- Mais ils n'y seraient pas arrivés sans vous.
Merlin sourit timidement.
- C'est faux voyons. Sir Léon était déjà chevalier bien avant ma venue ici et puis… vous-même êtes ici pour Arthur et uniquement grâce à vos talents.
- Peut-être pas, lui répondit-il avec un sourire charmeur.
Merlin se mit à rire.
- Vous avez eu combien de femmes à vos pieds avec ce sourire-là ?
- Plus que je ne peux en compter.
Ils arrivèrent au camp et entrèrent dans la remise. Guy se changea, mettant sa cotte de maille. Il eux du mal à attacher son plastron, et Merlin vint à son secours. Il l'attacha sans aucune difficulté.
- J'ai été le serviteur d'Arthur pendant de très longues années, répondit-il au regard étonné de Guy. Je sais attacher une armure et vous… visiblement non.
- Je suis désolé, je n'en ai jamais porté avant de devenir chevalier de Camelot.
Merlin s'attela à installer les autres parties de l'armure du Chevalier.
- Vraiment ? Vous avez dit venir d'où déjà ?
- Du royaume de Carleon.
- Oh, laissa échapper Merlin, avez-vous déjà rencontré la Reine Annis ?
- Une fois, et de loin seulement.
Guyamor était arrivé à Camelot il y avait moins d'un an, et Merlin se rendit compte qu'il ne connaissait rien sur lui.
- Vous avez de la famille ?
- Non, orphelin depuis… toujours.
Merlin finit d'attacher l'armure du chevalier et l'observa satisfait.
- Parfait !
- Merci, le taquina le chevalier.
Merlin le regarda étonné avant de réaliser ses propos ainsi que les propos de son vis-à-vis. Il rougit soudainement et balbutia.
- Oh ce n'est pas ce que je… je ne…
Guy se mit à rire et posa sa main sur l'épaule du sorcier. Il serait si facile de trancher sa gorge. Là, juste comme ça, en une seconde se serait fait et Morgane aurait alors le champ libre pour attaquer Camelot et prendre la place de reine sur le trône. Mais il devait s'en tenir au plan.
- Je plaisantais, lui répondit-il avec un magnifique jeu d'acteur.
Merlin lui sourit timidement, et aussi improbable que cela puisse paraitre, le cœur de Guy manqua un battement. Pourquoi ? Il n'en avait pas la moindre idée et il préféra l'ignorer, poursuivant à la lettre les indications de sa complice.
Il entraina Merlin sur le champ de bataille et tout en commençant à frapper un mannequin de bois, il parla au sorcier.
- Vous ne le réalisez sans doute pas mais, les chevaliers de la table ronde, et surtout notre Roi, ne sont soudés que grâce à vous. Si vous veniez à disparaitre, je pense que tout Camelot s'effondrerait.
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Guy avait attendu la fin de l'entrainement pour commencer à mettre en marche la première phase de leur plan. Il avait jusqu'au coucher du soleil pour agir. Il était à la recherche de l'enfant et passa voir au laboratoire mais ne le trouva pas. Il décida d'aller faire un tour, peut-être était-il avec Merlin, et quel ne fut pas sa surprise en voyant ce dernier arriver au bout du couloir, le jeune Yvain, endormit dans ses bras. Guy ne put retenir un sourire sincère.
- Oh, Sir Guyamor.
Il s'arrêta devant eux et fixa le visage endormi d'Yvain. Il en profita pour y glisser le pendentif dans la poche du garçon en toute discrétion et lui caressa les cheveux pour faire diversion.
- On dirait votre fils, commenta-t-il en se redressant comme si de rien n'était.
Il était vrai que Merlin sentait un lien indéniable qui le liait à ce petit garçon.
- Il est adorable n'est-ce pas ?
- Lorsqu'il dort oui, répliqua Guy.
Merlin redressa l'enfant dans ses bras, le sentant glisser. Il salua donc le chevalier et continua sa route pour venir déposer l'enfant dans son lit.
- Maman… papa, gémit Yvain dans son sommeil.
Le sorcier porta sa main dans les cheveux de l'enfant et le cajola un moment avant de retourner dans sa chambre.
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Morgane et Mordred se tenaient non loin des remparts de Camelot. Tous deux dissimulés derrière de lourde cape à capuche. Le jeune druide observait les alentours, son épée magique dans la main. La prêtresse de l'ancienne religion attendit le signal. Une torche au loin s'agitait en haut du mur de protection. Guy avait fait du très bon travail et elle se sentit envahir d'une puissante détermination. Elle échangea un regard avec Mordred qui contrairement à elle, affichait une mine renfrognée.
Sans même lui adresser la parole ils se prirent la main et récitèrent une incantation. Celle-ci fit s'assombrir le ciel et un éclair tomba au sol au milieu de la cour de Camelot. Un grondement sourd et un tremblement de terre réveilla tout Camelot en plein milieu de la nuit et bientôt, des centaines de torches s'allumèrent.
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Merlin se réveilla en sursaut et rejoignit la chambre d'Arthur par la porte mitoyenne de leur appartement. Gwen se tenait fermement au lit tandis que le sol tremblait toujours.
- Arthur ! Cria Merlin. Vous n'avez rien ?
- Mais enfin que se passe-t-il ?
- Je ne…
Merlin s'arrêta sentant une puissante magie s'élever non loin d'eux. Un éclair bleu brisa la fenêtre et se dirigea vers le Roi, prêt à s'abattre sur lui. Merlin s'interposa, un bras levé et recréa sans aucune difficulté le bouclier magique qui absorba l'attaque destiné à tuer son roi.
Il se précipita vers la fenêtre et y découvrit une créature des enfers. Un homme, dont la peau du visage n'était plus que squelette. Il semblait entre la vie et la mort et portait une longue cape déchirée ainsi qu'une robe de sorcier. Un long bâton dans la main et un casque sur la tête il leva deux orbes rouges vers le jeune homme et lança un autre sortilège.
Merlin se baissa, se dissimulant derrière le mur.
- Camelot est attaqué ! Cria-t-il à Arthur. Il faut vous mettre à l'abri !
Merlin quitta sa cachette. Il devait aller affronter cette chose avant qu'elle ne fasse d'innocentes victimes. Arthur l'arrêta par le bras.
- Merlin ! Sois prudent.
Le sorcier serra le bras de son ami qui le retenait et hocha la tête. Il courut à travers les couloirs où la panique se faisait sentir. Le château était attaqué et personne n'était préparé à cela.
Le jeune homme se retrouva vite dehors et lança un sort à la créature qui n'avait cessé de lancer ses attaques sur le château. D'horrible créatures semblables à des gargouilles descendirent du ciel et se mirent à attaquer la population. Cette situation rappela à Merlin le Sorcier Sigan, mais cette pensée venait juste de traverser son esprit, que la créature se mit à rire. Sa voix était lourde et pesante.
- Tu te souviens de moi, Merlin ?
Le sorcier descendit les marches et s'approcha de la créature. Il était impossible de déterminer le visage qu'avait pu avoir ce squelette défraichi. Mais il était sûr que son intuition était la bonne.
- Sigan ? Répéta-t-il.
La créature fit claquer ses dents et écarta ses doigts, créant ainsi une boule lumineuse. Merlin recula d'un pas.
- Je vous ai déjà affronté une fois et je le ferais encore, répliqua le brun prêt à affronter le sorcier.
Les lumières de leurs différents sorts éclairèrent la cour du château. Des chevaliers s'étaient déjà attroupés, combattant les familiers de Sigan, mettant la population à l'abri. Lorsque Merlin vit Arthur parmi les défenseurs de la ville, son cœur manqua un battement. Il aurait préféré le savoir hors de tout danger, mais il savait que jamais Arthur n'abandonnerait ses hommes, son peuple ou qui que ce soit. C'était ce qu'il aimait tant chez lui, mais cela l'inquiétait de le savoir dehors.
Sigan profita de la seconde d'inattention de Merlin pour l'attaquer. Merlin eut du mal à contrer mais sa magie instinctive s'éveilla d'elle-même, lui sauvant probablement la vie. Il reprit rapidement le dessus sur son opposant, mais lorsque l'un de ses sortilèges qui aurait dû le tuer échoua et que le squelette se redressa ses yeux toujours lumineux, Merlin recula.
Il avait lancé le même sort qui avait éliminé Sigan quelques années plus tôt et cela n'avait rien fait. Il bougeait toujours et ne semblait pas le moins du monde affecté par les enchantements qu'il lui lançait. Merlin fut alors soudainement projeté contre le mur, assommé.
Les chevaliers se précipitèrent vers lui et formèrent un demi-cercle afin de le protéger. Arthur s'était agenouillé près de son ami et lui présenta sa main, trois doigts levés.
- Combien est-ce que tu en vois ?
- Six… neuf, gémit Merlin en se tenant la tête.
Arthur appela Perceval et Gauvain. Léon et Gili les protégeaient toujours de leurs boucliers, même si le squelette avait cessé de les attaquer.
- il faut ramener Merlin à l'intérieur. Gaius dois l'ausculter.
Les deux chevaliers soulevèrent Merlin et passèrent ses bras autours de leurs épaules. Voyant que leur intention était d'éloigner le sorcier, Sigan leva la main et envoya le même genre d'éclairs sur eux.
Gili poussa Léon derrière lui. Il usa de sa bague magique pour augmenter son sort de protection sur son bouclier.
Le sort percuta le métal et le brisa sous l'impact. Son porteur fut épargné mais secoué et si Léon ne l'avait pas tiré vers la porte que les autres s'étaient accordés à fermer, il aurait probablement succombé à la seconde attaque du sorcier qui hurlait sa colère. Le sol trembla sous ses cris mais les chevaliers avaient gagné un bref sursis.
- Allez-y, s'exclama Léon en bloquant la porte, je resterais là pour le retenir le plus longtemps possible.
Arthur voulut protester, mais Perceval ne le lui en laissa pas le temps, déposant le bras de Merlin sur ses épaules.
- Partez, haletait Gili.
Arthur croisa le regard de chacun de ses hommes et avec Gauvain, ils montèrent les marches. Gaius avait établi son camp dans la salle du trône et il savait que Guenièvre était avec lui.
Arrivés à destination, Gaius et Alice se précipitèrent vers eux.
- Où est Guenièvre, s'enquit le roi en n'apercevant pas son épouse sur les lieux.
- Elle est partie me chercher de l'eau, répondit Gaius en leur montrant une couche vide pour y fait s'assoir Merlin.
Voyant la mine renfrognée d'Arthur, le physicien crut bon d'ajouter.
- C'est sans danger, lui assura-t-il.
- Je voulais y allez moi-même, intervient Alice, mais la reine s'est proposée. Je crois qu'elle voulait se sentir utile, tout comme ce jeune garçon. Par précaution, Sir Guyamor les a accompagnés.
Arthur approuva d'un hochement de tête tandis que Gaius examinait son presque fils. Il observa le mouvement de ses pupilles tout en écoutant Arthur lui expliquer ce qu'il c'était passé. Il palpa la tête du jeune homme à la recherche d'une bosse ou d'une blessure et en trouva une à l'arrière de la tête.
- Tu as une légère commotion, expliqua-t-il en lui tendant une potion. Bois ça.
Merlin s'exécuta et grimaça lorsque le liquide brula sa trachée.
- Je n'ai rien pu faire Gaius… Cette… chose dit être Sigan, mais tous les sorts que je lui ai lancé ne lui ont rien fait.
- Sigan ? s'enquit le physicien. Mais tu l'avais pourtant définitivement éliminé.
- Eh bien il faut croire que quelqu'un l'a ramené à la vie – ou tout du moins à rappeler son âme.
- Qui est ce Sigan ? S'enquit Gauvain.
- Un puissant sorcier qui avait juré de se venger et de détruire Camelot, expliqua Arthur. Il avait réussi à enfermer son âme dans une pierre précieuse et quiconque la touchait en était possédé. Mais je pensais que Merlin avait détruit la pierre ?
- Il est tellement plus fort qu'il ne l'était à l'époque, gémit Merlin. Qu'est-il ? Un Spectre ?
Gaius et Merlin échangèrent un regard lourd de sens avant de fixer Arthur et son épée.
- Dans ce cas, seule excalibur pourrait le vaincre. Du moins, si c'est un Spectre.
Merlin se frotta la tête là où il était blessé.
- Alors on envoie notre Roi en première ligne et on attend de voir si il peut tuer cette chose ou pas ?
- Ne soit pas stupide, contra Merlin. Même si c'est un spectre, savoir comment le tuer ne nous aidera pas beaucoup si nous ne pouvons pas l'approcher. Il reste un sorcier malgré tout et si mes sorts ne fonctionnent pas sur lui, les siens, eux, sont plutôt efficaces.
- Alors nous devons savoir ce qu'est cette chose, répliqua Arthur. Gaius vous devez savoir ce que c'est…
Le vieil homme secoua la tête.
- Je l'ignore mais il doit y avoir la réponse dans l'un de mes livres.
- Nous n'avons pas le temps pour cela, désapprouva Arthur. Il n'y a pas un moyen plus rapide ?
- Parfois il faut prendre le temps d'analyser la situation avant de pouvoir résoudre un problème.
Merlin se releva doucement.
- Très bien, je vais allez voir ce que je peux trouver, Arthur vous…
- Merlin ! Le coupa-t-il. Je suis encore le roi il me semble, c'est à moi de donner les ordres.
Le jeune homme arqua un sourcil réprobateur.
- Vous voulez vraiment parler de cela maintenant ?
- Cessez donc vos disputes de vieux couple, les remballa Gauvain, et allons trouver ce qu'est cette chose avant qu'elle ne tue tout le monde ici !
Le chevalier passa entre les deux amis et sortit de la pièce. Merlin et Arthur échangèrent un regard entre gêne et mécontentement avant de suivre le jeune homme.
Tous trois s'engouffrèrent dans les couloirs et arrivèrent jusqu'au laboratoire de Gaius sans encombre. Ils fermèrent la porte derrière eux et observèrent la petite pièce. Elle était remplie de toutes sortes de livres, de fioles vides ou pleines et d'herbes en tous genres. Merlin se dirigea vers une étagère et en sorti plusieurs livres.
- Ceux-là abordent le sujet des créatures magiques, peut-être que nous trouverons ce que nous cherchons.
Il dégagea un coin de la table de son bras et y déposa les trois énormes volumes. Chacun en prit un et ils se mirent à feuilleter les ouvrages avec le plus de rapidité qu'ils le pouvaient.
- Hé ! les appela le chevalier, je crois que j'ai trouvé.
Sa voix était rauque et il ne riait plus du tout. Le livre était ouvert sur une page ou le dessin d'une créature semblable à ce qui avait attaqué Camelot semblait les menacer.
- Une liche, lut Merlin à voix haute, est un sorcier mort qui a été ramené à la vie. Immortel, la liche, est une créature entre la vie et la mort. Détruire l'enveloppe physique d'une liche ne sert à rien si l'on ne détruit pas son phylactère car celui-ci permet à la créature de se reconstituer complètement. Une liche est indépendante, dotée d'une intelligence et d'une pensée qui lui sont propres, même le sorcier qui la ramène dans le royaume des vivants ne peut devenir son maitre.
Merlin venait de finir de lire le paragraphe et sentit son sang taper contre ses tempes. Il avait mal à la tête et se demandait comment ils allaient trouver ce fameux phylactère.
- Il y a une note en bas de page, remarqua Arthur «la liche est liée à son phylactère et sera toujours où il se trouve. »
- Charmante créature, grogna Gauvain. Qu'est-ce que ça veut dire ?
- Probablement que la liche sait où se trouve son phylactère, expliqua Merlin.
- Bien et comment on trouve ce phylactère, on ne sait même pas à quoi il ressemble ? Demanda Arthur. On demande à cette chose s'il peut nous indiquer sa cachette afin qu'on le détruise ? A tous les coups c'est signé Morgane et je suis prêt à parier qu'elle à ce maudit phylactère sur elle.
- Je ne pense pas, contra Merlin. Si c'était le cas, la liche essayerait de l'attaquer pour récupérer son indépendance.
Un bruit retentit dans le laboratoire et les deux chevaliers se mirent en garde. Une fiole vide sur la table tremblait. Merlin fit signe au deux guerriers d'abaisser leurs armes. Il s'approcha de la table en bois et s'agenouilla. Il soupira de soulagement et tandis les bras.
- Hé…viens là, tu ne crains rien.
Yvain sortit de sous la table et se jeta dans les bras du jeune homme, pleurant et tremblant. Merlin lui caressa les cheveux un moment.
- Qu'est-ce que tu fais là ? demanda Arthur. Tu n'étais pas avec Guenièvre ? Est-ce qu'elle va bien ? Qu'est-ce que…
- Arthur ! l'arrêta Merlin. Laissez-le respirer.
- Où est ma femme ? Répéta-t-il néanmoins.
- Elle est sans doute avec le chevalier… Guyamor, répondit Yvain entre deux sanglots. On devait juste aller chercher de l'eau pour les blessés… je-je voulais juste aider. Il ne devait pas y avoir de danger mais… ce… cette chose nous a attaqué. Il… je ne savais pas quoi faire…
- Et Guenièvre ? S'impatienta Arthur. Où est-elle ?
- La créature m'a suivi et je me suis caché là, j'ignore ce qui leur est arrivé et… j'avais trop peur pour sortir.
Merlin le consola du mieux qu'il put et regarda Arthur.
- Nous devons retrouver Guenièvre.
- Je vais m'en charger, répondit Gauvain, vous deux, vous devez vous occuper de cette liche. Trouver son phylactère et détruisez-le !
Arthur serra l'épaule de son ami. L'on pouvait sentir son inquiétude et sa peur, mais Gauvain se contenta de lui rendre son étreinte.
- Je la retrouverais Sir et si elle est bien avec Guy, alors elle ne risque rien !
Arthur hocha la tête et Gauvain quitta la pièce. Merlin se releva, redressant l'enfant avec lui.
- Très bien, écoute-moi bien Yvain, tu vas retourner dans la grande salle. Tu y trouveras Gaius et Alice et tu seras en sécurité…
- Non ! Cria-t-il en entourant la taille de Merlin de ses bras. Ne me laisse pas tout seul.
- Nous ne pouvons pas l'emmener avec nous, protesta Arthur, c'est beaucoup trop dangereux.
- Très bien, alors nous ferons un détour pour le déposer, élabora Merlin. Gaius pourra peut-être nous en dire plus sur cette liche.
Seulement, ils n'arrivèrent jamais à destination. A peine avaient-ils quitté le laboratoire du physicien que le sorcier mort-vivant était déjà visible au bout du couloir. Arthur passa instinctivement devant Merlin et Yvain, dégainant Excalibur de son fourreau.
- Inutile de vous cacher, petites souris, chantonna Sigan.
Merlin posa sa main sur l'épaule d'Arthur, le tirant en arrière et jeta un sort sur la torche accroché au mur près de la liche. Celle-ci s'enflamma plus que de raison détournant l'attention du sorcier mort-vivant, laissant au trio le temps de prendre la fuite.
Ils mirent le plus de distance qu'ils purent entre ces choses et eu, tandis que Merlin s'écroula soudainement au sol, poussant un cri de douleur. Il se tenait le ventre de sa main et serrait sa chemise là où la douleur le prenait. Arthur qui était en tête revint sur ses pas.
- Qu'est-ce que tu fais Merlin ? appela Arthur, ce n'est pas vraiment le moment de trainer !
- Je… je vais bien, murmura-t-il en se relevant, j'ai juste…
- On dirait que ta blessure se rappelle d'elle, menaça une voix derrière eux.
De l'autre côté du couloir, se tenait Mordred. Le druide tenait dans sa main son épée, du même pouvoir qu'Excalibur. Merlin croisa son regard, pressant son ancienne blessure de sa main, comme si appuyer dessus en atténuerait la douleur.
- Mordred ! hurla Arthur en voyant l'ex chevalier.
Sa rage et sa colère était telle que ses doigts blanchirent tant il serrait son épée.
- Je te tuerais Mordred, le menaça le roi. Je te jure que je te tuerais.
- Comment osez-vous ?! rugit le jeune homme. Vous avez tué Kara, vous me l'avez enlevé à jamais. Vous devez mourir pour ça !
- Kara a essayé de me tuer! protesta Arthur. Je lui ai pourtant laissé une chance, j'étais près à lui pardonner mais elle a scellé sa propre fin !
- Vous l'avez assassinée ! cracha Mordred. Je pensais avoir ma revanche en vous tuant, mais lorsque Merlin s'est interposé... voir votre visage décomposé était une satisfaction bien plus grande pour moi.
Il s'approcha d'eux, son épée prête à attaquer si Arthur bougeait.
- Peu importe ce que vous disiez, tout le monde savait que Merlin était votre meilleur ami, toujours fidèle à son poste. Et voilà que vous vous retrouviez seul. C'est à cet instant que j'ai compris que si je voulais vraiment me venger de vous, je devais éliminer tous ceux à qui vous teniez. Vous alliez enfin comprendre ce que cela faisait de perdre une personne que l'on aime…
Il s'arrêta, respirant difficilement avant de hurler.
- Mais la magie vous la rendu, à vous le fils de l'homme qui a causé tellement de maux sur ces terres ! Alors que ma Kara ne reviendra jamais…
Merlin usa de sa magie et projeta le druide au loin, le coupant dans son discours. Arthur voulut s'approcher et en finir une bonne fois pour toutes mais Merlin le retint.
- Nous n'avons pas le temps Arthur… la liche… nous devons l'éliminer.
- Il est juste là, à ma merci, s'emporta Arthur. Je ne le laisserais pas filer, pas une nouvelle fois.
- Arthur écoutez-moi, Mordred est peut-être redoutable, mais il n'est pas immortel. Nous devons tout d'abord retrouver la liche et la détruire !
- Et comment comptes-tu t'y prendre ? Tu connais un sort qui peut retrouver un phylactère de liche en furie peut-être ?
- Non, avoua Merlin, mais il suffit de réfléchir : il est dit que la liche est liée à lui et qu'elle voudra le récupérer.
- Si c'est le cas, cela doit vouloir dire que Morgane est quelque part ici, en déduit le roi, sinon la liche ne nous attaquerait pas.
- Ou peut-être un complice, proposa le jeune homme.
Ils regardèrent Mordred et le fouillèrent. Mais aucune trace de l'artefact.
- Bien si ce n'est pas Mordred, qui est-ce ? S'enquit Arthur.
- Peut-être le traitre, en déduisit Merlin. Elle lui donne le Phylactère et s'en serre comme d'un appât pour attirer la liche ici.
Arthur écarquilla les yeux et secoua la tête, incrédule.
- Tu… tu m'étonneras toujours Merlin. C'est… brillant. Ainsi Morgane serait arrivée à ses fins en détruisant Camelot, sans même avoir à se salir les mains. Donc… Si je te suis bien. On trouve la liche, elle nous conduit à son phylactère et donc… au complice de Morgane.
Merlin se mordit le pouce. Il avait un mauvais pressentiment avec toute cette histoire. Il approuva néanmoins, regardant Mordred.
- Elle voudra sans doute le récupérer.
- Alors enfermons le quelque part en attendant et retrouvons ce traitre !
- Heu… les gras, appela Yvain. Il nous a retrouvés !
Merlin et Arthur déglutirent en voyant la liche lancer un éclair sur eux. Merlin contra et les poussa tous deux à prendre leurs jambes à leurs cous.
- Courez ! Courez !
.
Guyamor jeta un coup d'œil dans le couloir et fit signe de le suivre. Guenièvre arriva près de lui, regardant sans cesse derrière elle.
- Vous l'avez trouvé ? S'enquit-elle.
Il secoua la tête. Yvain avait été séparé d'eux, et l'énorme créature obéissant au cadavre de Sigan les avait attaqués. Il l'avait éliminé sans problème et il savait que le plan se déroulait à la perfection, mais le danger était énorme pour lui. Il continuait à suivre les instructions de Morgane, mais tout cela ne lui plaisait pas. Quelque chose de terrible allait se passer et il n'était pas sûr que cela vaille un tel sacrifice.
Ils traversèrent le couloir, Guy demandant à la reine de rester près de lui et arrivèrent en haut des escaliers menant aux portes extérieures.
Celles-ci avaient fini par céder. Les chevaliers étaient tous évanouis au sol. La jeune femme se pencha au-dessus de Léon, prenant sa tête le plus doucement entre ses mains.
- Léon, m'entendez-vous ?
Ses yeux papillonnèrent et il finit par tousser avant de se redresser.
- Vous allez bien ? demanda le seul chevalier encore debout.
- Cette chose, déglutit Léon. Ce sorcier… est beaucoup trop puissant, nous n'avons rien pu faire.
Gili et Perceval gémirent et se réveillèrent à leur tour.
- Nous devons les amener à Gaius, ordonna Gwen en aidant son ami à se relever.
- Ma Dame, protesta Guy. Je dois vous mettre à l'abri, et si cette… créature est effectivement entrée dans le château je doute que quiconque ne soit en sécurité ici !
- Il a raison, approuva Gili. Cette chose est ici pour détruire Camelot.
- Ce qui revient à tuer notre roi, ajouta Perceval en essuyant le sang de sa tempe de la main.
- Que pouvons-nous faire alors ? interrogea la reine, de plus en plus inquiète.
- Merlin est notre meilleure chance, expliqua Gili.
- Je ne me suis jamais senti aussi inutile, ragea Perceval.
- Je comprends ta colère mon ami, approuva Léon.
- Je propose donc que nous devrions mettre notre reine en sécurité, intervient Guyamor. Il faut l'amener hors de Camelot, ce n'est plus sûr ici.
- Et pour Yvain ? Nous ne pouvons l'abandonner. Ce n'est qu'un enfant et s'il lui arrivait malheur par ma faute je…
Guy leva la main. C'était un contretemps dans son plan, mais il réfléchit à toute vitesse et élabora un autre plan.
- Très bien, Perceval, amenez la Reine hors de Camelot.
- Il est hors de question que je parte si Arthur est toujours ici, protesta-t-elle.
Le grand chevalier ne mit qu'une seconde à trouver un compromis.
- La ville basse semble épargnée, ces choses ne s'attaquent qu'au château. Je vous amènerais là-bas si vous me le permettez.
Les autres approuvèrent et Guy enchaina l'explication de son plan.
- Léon vous m'accompagnerez, nous chercherons cet enfant. Gili vous, vous allez rejoindre Gaius et Alice. Si la liche est ici, ils pourraient bien avoir besoin de votre aide.
Le jeune chevalier acquiesça.
- Ne perdons pas de temps, pressa Perceval. Et soyez prudents.
Guenièvre était en proie à d'énormes doutes, elle finit par suivre son protecteur tandis que Guy et Léon retournèrent dans les couloirs à la recherche de l'Yvain.
- Nous avons été séparés un peu plus loin, peut-être a-t-il trouvé refuge dans le laboratoire de Gaius.
Léon ne pouvait que saluer le sang-froid du chevalier. Il était celui qui avait le plus d'expérience parmi ses amis en tant que chevalier de Camelot, mais cet homme faisait preuve d'une telle intelligence.
Ils tombèrent sur Arthur et les autres. Le sang de Guy ne fit qu'un tour. Si Yvain était avec eux, alors la liche ne devait pas être loin.
- Sir, commença Léon.
- Léon vous êtes en vie, soupira Arthur de soulagement. Que faites-vous ici, où sont les autres ?
- Perceval conduit la reine hors du château pour la mettre en lieu sûr, expliqua Guy en alerte, et Gili est parti en renfort aider Gaius et Alice.
- Très bien, approuva Arthur. Ramenez Yvain auprès d'eux, la liche est juste derrière nous.
Mais déjà le sorcier les avait rattrapés.
- Je le sens… il est là.
- De quoi parle-t-il ? S'enquit Léon en se préparant à combattre.
- Du phylactère, murmura Merlin.
Il réalisa alors que si la liche en avait après eux s'était pour une raison et Guy en vint à la même conclusion. Il se félicita alors d'avoir choisi Léon pour l'accompagner. Le blond vénitien était un homme dont la parole n'était jamais mise en doute et dont sa loyauté était également inébranlable. Tout le monde avait confiance en lui et après son coup de maitre avec l'assassin, Arthur avait désormais une totale confiance en lui. Il ne restait donc plus qu'Yvain dans le tableau.
Et lorsqu'il croisa le regard d'Arthur, il comprit que le roi en était venu à la même déduction que lui.
- C'est Yvain, accusa-t-il. C'est lui qui a le phylactère !
- Quoi ? S'indigna Merlin.
- Réfléchis une seconde ! Tu l'as dit toi-même, la liche nous conduira au traitre et Yvain était avec nous lorsque la liche nous a attaqués.
- Et il était aussi avec la reine Guenièvre et moi aussi lorsque sa créature nous est tombée dessus, ajouta Guy.
Merlin lui lança un regard d'outre-tombe.
- Mais…
La liche s'approchait très lentement, avec ses yeux rouges brillant braqués sur eux.
- Je n'ai rien fait ! protesta le garçon.
- Fouillez-le ! Ordonna Arthur.
La liche attaqua et Merlin du passer devant pour contrer le sort. Arthur en profita pour attraper Yvain qui se débâtit comme la première fois où il l'avait rencontré. Yvain criait qu'il n'avait rien fait de mal, mais lorsqu'Arthur retira le phylactère de sa poche le garçon se figea.
Arthur jeta au sol et l'écrasa sous sa botte tandis que la liche usait de toute sa force pour l'en empêcher mais Merlin contra tout.
Le pendentif se brisa et la liche fusilla du regard le Roi. Elle se jeta sur lui dans un ultime accès de rage mais Arthur enfonça Excalibur dans ce qui aurait dû être le cœur de la liche. La créature tomba en un tas de poussière devant les yeux étonnés et soulagés des autres.
Dehors, les créatures de Sigan se rechangèrent en pierre et le calme revient petit à petit. Merlin était cependant debout et fixait Yvain. Ce dernier regardait les morceaux du phylactère comme s'ils lui parlaient mais se raidit lorsqu'Arthur donna son ordre.
- Enfermez-le dans l'une des cellules. Nous le jugerons demain.
- Arthur vous ne…
- J'ai un peuple à aider à se remettre d'une attaque de sorcier… nous parlerons plus tard.
Léon et Guy amenèrent l'enfant avec eux tandis que Merlin n'en croyait toujours pas ses yeux.
.
Morgane posa un bandeau gorgé d'eau froide sur le front de son jeune ami et murmura lorsqu'il sortit de son inconscience.
- Chut… Tu es en sécurité, reste calme.
- Morgane ? Appela-t-il. Où suis-je ? Avons-nous réussi ?
La mine renfrognée de la jeune femme suffit à lui répondre. Il était au beau milieu de la forêt, allongé sur un lit de fortune et sentit les flammes du feu de camp lui réchauffer les doigts.
- J'étais si près, gémit-il.
Il posa son bras sur ses yeux et soupira.
- Kara…
Morgane lui caressa les cheveux dans un geste tendre.
- Je t'avais pourtant demandé de ne pas y aller, le gronda-t-elle. Si Guy ne t'avais pas retrouvé et profité de la panique à Camelot pour te ramener ici, qui sait où tu serais en ce moment même.
Mordred retira son bras de ses yeux et regarda son amie.
- Je n'en peux plus, lui avoua-t-il. Je n'en peux plus de souffrir autant et de les savoir si heureux, comme s'ils ne nous avaient jamais fait du tords !
Morgane approuva. Elle aussi voulait se venger, c'était certain. Elle désirait plus que tout prendre la place qui lui revenait de droit.
- Nous leur ferons payez, lui murmura-t-elle, je te le promets.
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La nuit fut longue pour tout le monde. Arthur et les chevaliers aidèrent les blessés et s'organisèrent pour réparer les dégâts occasionnés par la Liche.
Merlin et Arthur ne s'étaient pas adressé la parole depuis que ce dernier avait fait enfermer le jeune Yvain. L'ancien serviteur avait l'accès refusé au cachot et il fulminait de colère. Ce fut à l'aube, lorsqu'il eut vent du jugement du jeune garçon sans y avoir été convié, qu'il explosa. Il entra dans la salle du trône, tandis que l'audience avait déjà commencé.
Yvain était à genoux au sol devant les deux trônes. Ses yeux étaient gonflés et rouges, mais il se tenait droit et essayait tant bien que mal de garder sa dignité. Lorsque Merlin entra, tout le monde le regarda. Il y avait là les chevaliers, des conseillers et probablement quelques serviteurs.
Arthur ne daigna même pas lever les yeux sur lui, et continua son discours.
- Tu es accusé d'avoir aidé notre ennemi, Morgane, à infiltrer Camelot. Fourni des renseignements et participé à cette attaque.
Merlin s'avança d'un pas déterminé.
- Pourquoi n'ai-je pas été convié à ce procès ? Ne suis-je pas votre conseiller…Votre Altesse ?
Il avait les dents et les poings serrés et était beaucoup trop poli avec son roi pour que ce soit normal.
- Ta place de conseiller a été remplacé dans cette affaire, expliqua Arthur. Tu es trop impliqué personnellement dans cette histoire pour avoir un jugement impartial.
- Impartial ? s'étrangla le jeune sorcier. C'est vous qui parlez d'impartialité !
- Merlin, murmura Gaius en s'approchant du jeune homme.
Le physicien avait posé sa main sur son bras pour essayer de le calmer, mais le jeune homme recula pour se défaire de son contact.
- Puis-je vous parler, Sir ? En privé, crut-il bon de préciser.
- Nous sommes au beau milieu d'un jugement Merlin, je n'arrêterais pas cette audience.
Merlin s'avança plus encore, se plaçant devant l'enfant. Yvain était étonnement calme. Il avait l'attitude d'un coupable pris de remords. Merlin était pourtant persuadé que ce n'était pas cet enfant le responsable de tout cela.
- Très bien dans ce cas, je parlerais maintenant…
- Il ne me semble pas te l'avoir permis Merlin, contra Arthur.
- Arthur je vous en prie réfléchissez…
L'utilisation du prénom du roi fit retomber l'atmosphère chargée de colère. Désormais, l'on pouvait y sentir toute la détresse du jeune sorcier.
- Morgane aurait très bien pu dissimuler le phylactère n'importe où.
- Et pourquoi ce donner tant de mal ? Questionna le roi. Elle n'avait qu'à attirer la Liche ici. Pourquoi prendre le risque d'une telle manigance ?
- Peut-être bien pour vous tromper Sir… mais enfin regardez-le… ce n'est qu'un enfant. Un petit garçon effrayé par tout cela, croyez-vous seulement qu'il soit responsable d'un tel désastre ?
- C'est peut-être un enfant, mais n'oublie pas qu'il possède un énorme pouvoir…
- C'est donc cela ? S'indigna Merlin. Vous le blâmez pour sa magie ?
L'assemblée avait retenu son souffle et Yvain jonglait son regard entre Arthur et Merlin.
- Vous avez dit vouloir croire en la bonté de la magie, continua Merlin, mais lui en laissez-vous seulement l'occasion ? Vous vouliez changer les choses et leur donner une seconde chance mais qu'avez-vous fait pour eux ?
- Ce que j'ai fait pour eux ? s'emporta Arthur. J'ai levé la loi qui interdisait la magie et j'ai mis fin à cette chasse aux sorcières, et qu'ai-je eu en remerciement ? D'autres attaques liées à la magie !
- Vous êtes un puissant guerrier et un Roi, répliqua Merlin, vous avez le pouvoir, un royaume et vous pourriez déclencher une guerre si l'envie vous en prenait. Vous avez pourtant décidé d'être bon et juste. En quoi un sorcier serait-il différent ?
Arthur se pinça l'arête du nez. L'échange était violent mais personne n'osait les interrompre.
- Cela suffit Merlin…
- Arthur écoutez-moi je vous en conjure… cet enfant est innocent. Montrez que vous pouvez être juste avec ceux pratiquant la magie… laissez leur une chance…
Le silence s'imposa. Arthur alternait son regard entre son ami et Yvain. Il ignorait pourquoi Merlin c'était tellement attaché à cet enfant, mais il devait reconnaitre qu'il n'avait jamais vu Merlin aussi déterminé. Comment pouvait-il être si sûr de son innocence alors qu'ils avaient trouvé l'objet du crime sur cet enfant ?
- Et si Morgane ce servait de son jeune âge pour t'atteindre ? Demanda-t-il soudainement.
- Je vous en prie, souffla Merlin dans un murmure.
Arthur échangea un regard avec sa femme qui lui répondit d'un signe de tête. Le Roi soupira et s'affala sur son trône.
- Très bien, cet enfant ne sera pas condamné. Mais tu es désormais responsable de lui Merlin. S'il s'avère que c'est un traitre ou s'il fait le moindre faux pas, tu devras en assumer les conséquences.
Merlin soupira de soulagement et s'inclina devant lui.
- Merci… Sir.
Il se redressa et s'accroupit devant le jeune garçon. Ce dernier le serra dans ses bras avant de s'approcher d'un pas hésitant vers Arthur, à la surprise de tous.
- Je… je me suis souvenu hier… lorsque vous avez… tué la liche, commença-t-il hésitant. C'était vous il y a six ans…
Arthur s'était redressé et observait l'enfant avec des yeux écarquillés.
- Je me suis rappelé de tout… vous… vous avez trouvé notre camp avec plusieurs de vos chevaliers. Vous étiez à la recherche de quelqu'un… je crois. Ma mère a cru que vous vouliez nous faire du mal et… vous a attaqué.
Arthur n'avait pas bougé, mais il se rappelait. Comment aurait-il pu oublier ?
- Vous avez… utilisé votre épée et vous l'avez tuée… avant qu'elle ne vous blesse. Je n'avais que quatre ans à l'époque mais… je me rappelle… de vos yeux effrayés en découvrant que c'était une femme. Et puis vous m'avez vu. Nos regards se sont croisés et votre visage s'est décomposé…
Il hésita une seconde avant d'enchainer. Ses yeux étaient remplis de larmes, mais aucune ne coulait. Tout le monde était en haleine.
- Mon père est arrivé et il vous a vu. Il vous a attaqué lui aussi. Il y avait des cris partout… et vos hommes ont tué tous les autres. Mais vous… vous êtes resté devant moi.
Une des larmes coula sur sa petite joue et Merlin la lui essuya immédiatement. Toujours à genoux devant lui, le sorcier serrait la taille de l'enfant.
- Le reste est encore flou, mais je me souviens de m'être caché. J'étais effrayé et j'avais peur, mais vous n'avez rien fait. Vous avez demandé à vos chevaliers de partir, puis vous m'avez tendu la main…
Yvain parlait lentement et avec beaucoup d'émotion dans la voix. Arthur quant à lui avait les yeux rivés sur l'enfant.
- Vous m'avez pris avec vous et vous m'avez déposé dans ce camp de druides ou j'ai grandi. Le… le choc de cette nuit-là m'a fait tout oublier, et Iseldir refusait de me le dire. Mais… quand vous avez enfoncé votre lame dans le corps de la liche… je… j'ai revu ma mère et mon père…
Arthur serra le point, ses yeux étaient humides et il luttait pour ne pas se laisser aller devant tant de monde.
- Je… commença Arthur. Je n'ai vu trop tard que c'était une femme… j'étais juste à la recherche de Morgane à cette époque-là.
- Ce jour-là, continua Yvain. Vous avez tué mes parents, mais vous m'avez également sauvé la vie. A moi, un enfant druide.
Arthur se leva et posa un genou à terre devant l'enfant, se mettant à sa hauteur. Il échangea un rapide regard avec Merlin avant de proposer à Yvain d'une voix rauque, remplie d'émotion.
- Peut-être est-il temps pour Camelot et les druides de faire la paix, qu'en dis-tu ?
Yvain acquiesça, d'un hochement de tête. Une main se tendit à nouveau devant lui, la même qu'il y avait six ans et Yvain la lui serra comme à l'époque, tandis qu'Arthur lui sourit.
- Peut-être pourrons-nous nous entendre finalement.
Yvain hocha la tête.
- Je suis entre de bonnes mains… je crois.
Il regarda Merlin lorsqu'il prononça ces mots. Ce dernier fut rempli d'une fierté inconnue encore à ce jour. C'était comme s'il était responsable de ce qu'était devenu cet enfant.
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Fin de l'épisode 3
Enfin ! Seigneur je croyais ne jamais y arriver ! Sachez que j'ai recommencé l'écriture de ce chapitre/épisode plus de 4 fois ! Et à chaque fois, j'écrivais plus d'une vingtaine de pages avant de me dire « hum… non, ça ne va pas, on recommence ! ». Halala, mon souci du détail va finir par m'achever si je continue sur cette voie-là ! -_-
Enfin bref, trêve de blabla j'espère au moins que ce chapitre vous aura plu et que vous ne serez pas déçus (déjà d'avoir attendu aussi longtemps et ensuite qu'il était à la hauteur de vos espérances !)
Je vais donc vous laisser et je pars immédiatement m'atteler à l'écriture de l'épisode suivant ! En plus si je m'en tiens à mon plan (qui a changé à peu près deux fois – notez donc que pour moi c'est un exploit !) le prochain chapitre devrait être… plus… pétillant pour notre duo préféré :D je n'en dis pas plus et vous dit à Bientôt ! (A très vite je l'espère ! ) )
