Et oui voilà ENFIN la suite! J'aurais mis un mon mois à écrire celui-là mais si ça peut vous rassurer c'est le plus long que j'ai jamais écrit! ^^' Non... pas rassurés? Bon bah... tant pis! lol
Même si j'essaye de répondre aux reviews dès que je les reçois, je tiens encore à vous remercier pour tous vos encouragements. C'est un réel plaisir et c'est ce qui me permet de prévoir la suite selon vos remarques et vos envies.
Sur ce bla bla bonne lecture!
Réédité le 27/09/2015 : Bonne nouvelle pour vous, le chapitre à été corriger ! Je voudrais donc faire un ovation à Aconit ! Tous les chapitres précédents ont été donc corrigés et sont sans danger pour vos yeux !
Le tombeau maudit
Dans un pays de légende, où règne la magie, le destin d'un grand royaume repose sur les épaules d'un jeune homme. Son nom ?
Merlin
.
Le lac était calme et la nuit était à son apogée. Une ombre se tenait près du lac, un capuchon sur son visage.
L'inconnue tendit une main vers le lac et murmura une incantation magique. Une voix de vieille femme s'échappait de ses lèvres et ses yeux se dorèrent.
Une brume se forma à la surface de l'eau mais rien d'autre ne se produisit. Il fallut un long moment avant qu'une barque n'apparaisse, s'approchant du bord de la rive. Le corps de Lancelot dans ses vêtements noirs y était allongé, entouré de fleurs. Sa peau était pâle et la femme souleva son corps pour venir le traîner sur la terre ferme. Elle le traîna sur plusieurs mètres avant de l'allonger sur le couvercle d'un tombeau, celui-là même sur l'île fortunée où Morgause avait péri.
Elle caressa la joue du chevalier mort et prononça à nouveau une incantation. Celle-ci fit frémir les murs et la terre se mit à trembler.
- Qui vient donc troubler ma tranquillité, demanda la Cailleach en apparaissant devant la sorcière.
- Mon nom n'a pas d'importance, murmura la sorcière.
- Quelle insolence, vous croyez pouvoir pénétrer en ces terres et m'obliger à apparaître devant vous ? Quelle est donc la raison de votre venue ici ?
- Libère l'âme de ce chevalier.
La Cailleach se mit à rire à gorge déployée.
- Pour quelle raison le ferais-je ?
- Parce que je peux le faire moi-même si vous refusez.
La gardienne cessa de rire. Elle ne plaisantait plus, cette sorcière allait payer pour son affront. Elle prononça une incantation mais l'inconnue la contra en la repoussant d'une seule main. Sans avoir prononcé un seul mot.
La gardienne du monde des esprits se retrouva au sol et vit la sorcière forcer le voile à s'ouvrir. Les dorochas se firent entendre et leurs hurlements s'élevèrent dans le ciel. Les esprits tournèrent autour de la sorcière tandis qu'elle se lançait dans une grande incantation. Le voile se referma et la Cailleach se redressa.
- Qu'avez-vous fait ? murmura-t-elle, transie de peur.
La sorcière se tourna vers elle et ce fut une capuche dont l'ombre masquait son visage qui se tourna vers elle.
- Qui êtes-vous ?
- Mon nom est Viviane...
- La Viviane ? murmura la vieille femme. La sorcière qui provoquera la chute d'Emrys.
Deux orbes lumineux s'échappèrent de la capuche de la sorcière et firent courber l'échine de la Cailleach.
- Ne parlez pas de lui comme si vous le connaissiez, menaça-t-elle.
- Votre destin est bien sombre, sorcière... pourquoi être venue ici pour ramener cet homme à la vie ?
Viviane s'approcha du corps étendu de Lancelot et caressa son front.
- Parce qu'il a un rôle très important à jouer.
C'est alors que le chevalier ouvrit les yeux, respirant comme s'il avait manqué de se noyer. Il tomba au sol et porta sa main à sa gorge, cherchant de l'air.
Il releva les yeux sur la vieille sorcière.
- Que...
Mais il n'arrivait plus à parler.
- Retourne à Camelot... Ton roi aura bientôt besoin de toi.
Lancelot voyait des taches noires devant les yeux et il avait de plus en plus de mal à rester conscient.
- Une dernière chose, Cailleach, si vous tenez à la vie je vous conseille de...
Mais Lancelot n'entendit pas la suite, un bourdonnement résonnait dans ses oreilles. Et lorsqu'il sentit les effets secondaires de son retour à la vie s'évanouir, il était seul. Le bruit caractéristique des dorochas retentit, faisant sursauter le chevalier. Ils l'entourèrent un moment avant de s'évanouir dans la nature.
.
Merlin, Arthur et ses chevaliers les plus fidèles étaient à cheval en route pour un village voisin.
- Ce druide voulait quoi au juste ? demanda Gauvain.
- Il fuyait quelque chose dans la région, expliqua Merlin pour la centième fois.
- Et il t'a appelé à l'aide ? s'enquit Perceval, juste comme cela, par... télépathie ?
- Oui Perceval, par télépathie.
- Et il fuyait quoi exactement ?
- Je ne sais pas, Léon, soupira Merlin. C'était une bête sauvage, je crois... mais c'est flou.
- Et il est où ce fameux druide ?
- Mais je n'en sais rien ! s'exclama le sorcier. J'ai entendu un appel à l'aide qui m'a réveillé en pleine nuit et je suis venu voir pour vérifier, aucun de vous n'avait à être là, j'aurais très bien pu venir seul !
- Avec tous ces gens qui en ont après toi là dehors ? demanda Arthur. Certainement pas, Merlin.
- Génial et vous allez me suivre partout où je vais dorénavant ?
- Seulement si tu veux quitter l'enceinte du château, Merlin.
Merlin soupira, levant les yeux au ciel. Il adorait les chevaliers, mais les avoir sur le dos chaque fois qu'il voudrait faire un pas en dehors de Camelot, c'était autre chose.
- Mais dis-moi Merlin, j'ai une question, si tu peux communiquer par la télépathie, cela veut-il dire que si nous t'appelons à l'aide tu répondras ? questionna Perceval.
- Je vous ai expliqué maintes fois que je ne peux communiquer ainsi qu'avec les druides !
- Cela fait de toi un druide alors ? questionna Arthur.
Mais Merlin ne répondit pas, ignorant la réponse. Sans doute.
- Quoi qu'il en soit, c'est rassurant de savoir que tu ne fouines pas dans nos têtes pour y lire nos pensées, crut bon de préciser Gauvain.
- Ne vous en faites pas, Gauvain, même si je le pouvais, je ne voudrais sous aucun prétexte lire les vôtres.
Les chevaliers rirent à l'unisson, tandis qu'Arthur faisait ralentir sa monture au niveau de celle de Guy, silencieux jusqu'à présent.
- Tout va bien ?
Le jeune homme avait les yeux rivés sur Merlin et sortit de ses songes en entendant Arthur l'appeler.
- Oui, Sire.
- Vous semblez ailleurs.
Il secoua la tête tandis que Merlin arrêtait sa monture. Il mit pied à terre et vis des traces de pas au sol.
- Le druide était bien ici, s'exclama-t-il. Il faut retrouver sa trace.
- Quoi, tu ne peux pas l'appeler ? s'enquit Gauvain avec amusement.
- Faites ce qu'il dit, ordonna le roi en descendant lui aussi de son cheval.
Ils fouillèrent la zone un moment avant que Léon ne les interpelle.
- Sire, Merlin... appela Léon. Je crois que vous devriez venir voir cela.
Merlin et Arthur rejoignirent le chevalier. Ce dernier était blanc et fixait son roi avec effroi.
- Je crois que nous avons un problème...
C'est alors qu'ils virent le corps d'un druide mort. Sa peau était glacée, comme s'il avait été tué par...
- ... les dorochas, murmura Merlin.
Il comprenait à présent pourquoi il avait ressenti de telles sueurs froides la nuit et pourquoi il s'était réveillé en sursaut.
.
Ils avaient tous rejoint Camelot et Arthur avait réuni ses chevaliers de la Table ronde. Gaius, Guenièvre et Merlin étaient bien évidement présents. Arthur avait un visage sombre et exposait à ses hommes la nouvelle qu'ils avaient découverte.
- Gaius, vous pensez que le voile a été ouvert à nouveau ?
Le vieil homme secoua la tête.
- La dernière fois que le voile a été déchiré, Merlin en avait ressenti de violents effets.
- Mais là aussi il l'a ressenti, contra Léon. Tu as bien entendu ce druide t'appeler Merlin, non?
Le sorcier secoua la tête.
- Non, c'était différent. La première fois j'ai vu la Cailleach. Elle m'appelait et j'ai ressenti toute la peine et la douleur des dorochas. Là, c'était différent, c'était... de la peur. Juste, la peur de cet homme. Comme s'il... s'était retrouvé là au mauvais endroit au mauvais moment.
- Quoi qu'il en soit, nous devons retourner sur l'île fortunée.
- Et laisser Camelot sans défense?
- Sir Léon a raison, approuva Perceval, c'est Morgane qui a ouvert le voile la première fois, il est possible que ce soit elle à nouveau. Qui sait quel sombre dessein elle prépare en secret ?
Guy réagit à la remarque. Il savait que Morgane n'avait rien à voir avec cette attaque et se demandait bien qui en était le véritable auteur.
- Très bien, je partirai sur l'île fortunée, expliqua Merlin. Je dois savoir si le voile a été déchiré.
- Merlin, tu ne quitteras pas Camelot, coupa Arthur.
- J'apprécie votre sollicitude à mon égard, Sire, mais je suis le grand enchanteur de Camelot. Si un incident magique se déclenche, je dois m'en occuper. C'est mon travail.
Arthur n'avait vraiment pas envie de se disputer avec Merlin et l'intervention de Guy coupa court à ce début d'engueulade.
- Peut-être que deux personnes passeraient inaperçues et pourraient voyager sans encombre jusqu'à l'île fortunée.
Arthur trouvait que c'était une bonne idée, une excellente même, avant d'entendre la suite du plan de Guyamor.
- J'accompagnerai Merlin là-bas. Si Morgane attaque Camelot, vous serez alors là pour la défendre, Sire.
Arthur n'aimait soudainement plus cette idée. Mais il ne pouvait dire devant tous que laisser Merlin seul avec Guy était hors de question.
- Non.
- Non ? s'enquit Guenièvre. Je trouve que c'est plutôt une bonne idée.
- Je suis de leur avis, approuva Merlin.
Arthur se rendit compte qu'il avait parlé à voix haute et qu'il ne pouvait plus se défiler désormais.
- Guy devrait rester et... Perceval devrait accompagner Merlin.
- Sans vouloir vous contrarier, sire, je pense que Guyamor est le mieux placé pour accompagner Merlin, protesta Léon.
- Il a vécu comme un bandit pendant de nombreuses années et, qui plus est, il est le meilleur d'entre nous, ajouta Perceval.
Arthur jura intérieurement. Tous ses chevaliers avaient donc décidé de se liguer contre lui, ou ils le faisaient tous exprès ? Il refusait de laisser Merlin et Guyamor seuls. Mais il refusait également de le dire et l'avouer à voix haute. Il hocha donc la tête à contrecœur.
- Très bien, nous ferons cela.
- Partir le plus tôt serait le mieux, ajouta Guyamor.
- Très bien, approuva le roi en serrant les dents. Merlin, Guy... Préparez-vous... Vous partez dans deux heures.
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Arthur était devant les remparts et observait Merlin et Guyamor dans la cour. Ils se préparaient à partir et le roi ruminait son désaccord avec cette situation. Seulement, il n'avait personne à qui en parler. Ses chevaliers ? Comment pourrait-il seulement évoquer le sujet ? Guenièvre ? Hors de question, que penserait-elle. Ou Gaius ? Pour lui dire quoi, qu'il n'aimait pas le rapprochement de Guy avec Merlin ?
Il soupira et voulut s'éloigner avant de changer d'avis lorsqu'il vit Guyamor aider Merlin à monter sur son cheval.
- Quoi ? murmura-t-il, Oh mais c'est une plaisanterie... ? Je le savais...
- Qu'est-ce que tu savais ? demanda une petite voix qui fit sursauter si violement le roi que lui-même crut que son cœur allait s'arrêter.
Yvain le regarda avec un haussement de sourcil ce qui rassura Arthur, qui porta sa main à sa poitrine.
- Yvain... que... qu'est-ce que tu fais là ?
Les bruits de sabots plus bas lui indiquèrent qu'ils étaient partis et Arthur jura intérieurement. Il n'aurait jamais dû les laisser partir, et c'était désormais trop tard.
- Alors ? interrogea l'enfant encore une fois. Qu'est-ce que tu savais ?
Arthur hésita une seconde. Allait-il vraiment se confier à Yvain ? Après tout, c'était bien le seul qui ne le jugerait pas.
- Je n'aime pas... que Merlin quitte Camelot, lui confia-t-il.
- Pourquoi ? demanda l'enfant innocemment.
- On sait qu'il n'y a pas que Morgane qui en a après lui et... ça m'inquiète.
- Oh... dis... tu trouves pas que Guy et Merlin sont super proches ?
Arthur ne put que le regarder sans rien dire.
- Moi qui pensais que les super amis, c'étaient toi et Merlin.
Arthur se laissa tomber contre les remparts en soupirant.
- Ouais... moi aussi.
Yvain s'assis à côté de lui et soupira en tapotant ses genoux de ses doigts.
- Tu es jaloux c'est ça ?
Arthur le regarda, indigné.
- Non! Je... pourquoi est-ce que je serais jaloux ?
- Pourquoi ? Parce que Guy est beau, intelligent, meilleur à l'épée que toi, énuméra l'enfant en comptant sur ses doigts, drôle, gentil...
- Stop! Cria Arthur. Que de qualités tu énumères là... tu sous-entends que je n'en ai aucune de celles que tu viens de citer?
L'enfant haussa les épaules.
- N'importe qui te dira que je suis beau !
L'enfant haussa un sourcil dédaigneux.
- De tout ce que j'ai pu citer, c'est le seul point qui te contrarie ?
Yvain se mit à exploser de rire.
- Je comprends mieux pourquoi Merlin est allé voir ailleurs.
Arthur ne s'était jamais trouvé plus idiot. Il était roi de Camelot et se confiait à un enfant de moins de dix ans parce qu'un de ses chevaliers allait lui voler son meilleur ami. Il était pathétique.
- Tu as raison... Je suis jaloux...
Yvain ne dit rien mais laissa Arthur se confesser.
- Je suis jaloux parce que c'est moi qui aurait dû accompagner Merlin aujourd'hui et que je n'aurais jamais dû laisser Guy y aller à ma place...
- Pourquoi ?
Arthur secoua la tête en soupirant...
- Parce qu'avant toute cette histoire, avant de savoir pour sa magie, on était... inséparables. Il était toujours là pour moi et ...
Il se frappa le front avec la paume d'une de ses mains et poussa un soupir désespéré.
- Non... je ne te demandais pas pourquoi tu étais jaloux, ça c'est évident. Mais pourquoi tu ne les rattrapes pas pour les accompagner ?
Arthur ouvrit la bouche pour protester mais se retrouva à balbutier bêtement.
- ... C'est plus compliqué que cela, Yvain. Je suis roi, je ne peux pas partir comme cela alors que Morgane menace Camelot plus que jamais.
Yvain se leva en croisant ses bras sur son petit torse.
- Quand Merlin a été porté disparu une fois, tu n'as pas hésité à mettre tes obligations de côté pour aller le chercher toi-même...
Arthur le regarda, effaré.
- Comment est-ce que tu sais cela, toi ?
- Je me suis renseigné, répondit-il avec un sourire vainqueur.
Arthur lui fit son regard perçant et Yvain se résigna.
- C'était au début, quand je te détestais, j'ai demandé à Merlin pourquoi il tenait tant à toi et il m'a tout raconté.
Arthur ne savait s'il devait en être touché ou indigné.
- Qu'est-ce qu'il t'a raconté au juste ?
- Ho heu... La fois ou tu avais bravé une bête sauvage pour trouver un antidote pour lui sauver la vie. Celle des brigands et tout plein d'autres mais ce n'est pas la question, si tu veux vraiment garder ta place de meilleur ami tu devrais te dépêcher...
- Me dépêcher ? interrogea Arthur. Me dépêcher pour quoi ?
Yvain soupira et piétina le sol de ses pieds.
- Mais tu n'es pas possible... Va donc les rattraper !
- Mais je ne peux pas... Je ne peux pas laisser Camelot sans...
- C'est des histoires ! C'est ton royaume qui est menacé par ces... créatures bizarres et c'est Merlin que tu envoies pour régler le problème alors que c'est lui qui est recherché ?
Arthur regarda cet enfant avec effarement. Il ne savait pas quoi répondre lorsqu'un attroupement et des cris se firent entendre plus bas.
Yvain se pencha pour voir ce qu'il se passait tandis qu'Arthur le suivait. Il blêmit soudainement, n'en croyant pas ses yeux. Yvain fit la moue en voyant les chevaliers s'approcher d'un homme qu'il ne connaissait pas, soupçonneux.
- C'est qui lui ? Vous le connaissez ?
Il se tourna vers le roi et vit son expression horrifiée.
- Lancelot...
Arthur descendit en hâte les escaliers du château et dégaina son épée avant d'arriver près de Lancelot.
- Vous, accusa-t-il d'une voix dont il avait du mal à en dissimuler sa colère.
Guenièvre était elle aussi présente sur le pas de la porte du château, Yvain à ses côtés, ne comprenant rien à ce qu'il se passait.
- Qui c'est celui-là ?
Mais la reine était trop perturbée par la vision de son amant, censé être mort deux fois déjà.
- Arthur, murmura Lancelot... Je sais que vous m'en voulez mais vous devez m'écoutez...
- Pourquoi le devrais-je ? s'exclama le roi.
- Écoutez... Je sais que vous m'en voulez pour...
Il leva les yeux sur Guenièvre, ce qui suffit à Arthur pour pointer sa lame sous sa gorge.
- Ce n'était pas moi ! J'étais manipulé par Morgane à cette époque-là... d-demandez à Merlin... il vous le dira.
A ces mots, des flashes que la vilias lui avait montrés traversèrent son esprit, mais tout était flou.
- Merlin n'est pas là, expliqua Léon.
- Où est-il ? s'enquit l'ancien chevalier.
- Cela ne vous regarde pas, répliqua Arthur. C'est moi qui pose les questions... que faites-vous ici ? Et en vie !
- Une sorcière m'a ramené à la vie. Une vieille femme, j'ignore qui c'était, elle avait le visage masqué mais elle a ouvert le voile, celui où mon âme était prisonnière.
- Vous parlez de l'île fortunée ? s'enquit Léon.
Lancelot hocha la tête.
- Écoutez, j'ignore ce qu'il se passe, mais cette sorcière m'a dit de venir ici, que vous aviez... besoin de moi.
Yvain s'approcha, inquiet.
- Merlin est parti pour l'île, murmura-t-il en cherchant le regard d'Arthur. Est-ce que ça veut dire qu'il est en danger ?
- Si le voile a été ouvert, cela veut dire que... Oh non... Merlin...
- Vous croyez qu'il va chercher à se sacrifier pour le refermer ? s'enquit Perceval.
Arthur blêmit. Il abaissa son épée tandis que Lancelot se détendait un peu. Après tout, il n'avait pas vraiment envie d'avoir une... troisième chance de rester en vie pour la gâcher en étant tué par son roi pour quelque chose qu'il n'avait pas vraiment fait.
- Le voile a bien été déchiré, expliqua Lancelot, mais lorsque j'ai quitté les lieux, il était refermé.
- Cela veut dire que... commença Léon.
- Que les dorochas sont enfermés de ce côté-ci du monde, expliqua Gaius en les rejoignant.
Arthur l'observa s'approcher.
- J'étais présent avec Merlin lorsque nous avons compris que Sir Lancelot était manipulé par Morgane, expliqua le vieil homme. Et si je puis me permettre, ces dorochas sont notre priorité, sire.
- Comment s'en débarrasse-t-on ?
- C'est étrange, si le voile est refermé, les dorochas ne devraient plus se trouver dans ce monde ci. Il doit se passer quelque chose là-bas, expliqua Gaius.
- Alors Merlin est en danger, gémit Yvain.
- Gaius, trouvez un moyen de savoir si Lancelot est une fois de plus manipulé par Morgane.
Il continuait de parler tandis qu'il faisait signe à son palefrenier de lui apporter son cheval.
- Je dois ramener Merlin et Guyamor avant que la nuit ne tombe.
Il regarda au loin et vit le soleil sur le point de se coucher. Il n'avait que quelques heures devant lui.
.
Merlin et Guyamor s'étaient arrêtés. La nuit allait tomber et ils décidèrent de monter un camp. Ils s'attelèrent tous les deux à la tâche de rechercher du bois pour faire un feu. Guy observait le dos de Merlin depuis un moment. Ce dernier s'était accroupi pour ramasser de gros morceaux de bois.
Le traître posa sa main sur le pommeau de sa dague et s'approcha du sorcier. Il savait que Morgane lui avait demandé de tuer le sorcier. Il savait que la colère et la tristesse de Morgane venait de cet homme. Il l'avait trahie, il avait cherché à tuer celle qu'il aimait, c'était tout ce qu'il avait besoin de savoir. Mais maintenant qu'il se retrouvait là, il n'arrivait plus à bouger.
Merlin se redressa enfin et retrouva nez-à-nez avec le chevalier. Il sursauta légèrement de surprise, tandis que le chevalier lâchait son arme.
- Heu... oui ? questionna le sorcier en voyant que son ami ne bougeait pas.
Ce dernier déchargea les bras de Merlin de son fardeau et retourna près du petit campement qu'ils avaient installé.
- Vous allez bien ? s'enquit Merlin.
Depuis quelques temps, Guy se comportait différemment, il était étrangement distant.
- Je sens bien que vous n'allez pas bien... commença Merlin. Je peux vous aider ?
Guy soupira.
- Vous savez... cette personne que j'apprécie et que tous me conseillent d'éviter...
Merlin hocha la tête, se rappelant parfaitement de leur discussion.
- Votre relation a évolué ?
Guy releva la tête et fronça les sourcils.
- Notre... relation ?
Merlin sourit avec timidité.
- Oh...excusez-moi j'ai sauté à la conclusion que vous étiez amoureux d'elle.
- Elle ? Oh ! s'exclama le chevalier.
- Ce n'est pas le cas ? s'étonna le jeune homme.
Guy secoua la tête en fronçant les sourcils.
- Non !
- Dans ce cas, se demanda Merlin à voix haute, pourquoi vous donnez-vous autant de mal à essayer de donner une chance à cette personne ?
Guy ouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit. C'est alors qu'il réalisa. Il referma la bouche en posant ses yeux sur Merlin. C'était donc cela la raison de son attachement au sorcier ? Mais pourtant c'était de Morgane qu'il était tombé amoureux, il ne pouvait pas...
Il porta sa main à son front et soupira. Comment allait-il réussir à tuer Merlin maintenant qu'il connaissait la nature de ses sentiments ?
Un bruit les fit se redresser, l'un armé de son épée et l'autre de sa magie. Le chevalier se plaça instinctivement devant le sorcier lorsqu'un ours énorme sortait des bois et se jetait sur eux. Guy poussa Merlin sur le côté tandis que l'animal se redressait sur ses pattes arrière et retombait sur lui, le plaquant au sol.
Merlin se redressa et vit l'épée de Guy qui avait volé un peu plus loin. Il l'empoigna fermement et la planta dans le flanc de l'animal. Ce dernier poussa un rugissement d'agonie avant de tomber sur le côté.
Guy se redressa et gémit de douleur. Il porta la main à son épaule et vit trois longues griffures qui avait percé sa cotte de mailles et l'avait blessé.
- Mais vous saignez ! s'affola Merlin.
Il s'agenouilla près de lui et regarda la blessure de son ami.
- Que vient-il de se passer ? demanda le chevalier.
Merlin regarda l'animal avant de trouver sa fourrure glacée à certains endroits. Cela lui rappelait un souvenir peu agréable.
- Merlin ?
Ce dernier revint à la réalité et vit l'épaule blessée de son ami.
- Déshabillez-vous.
Guy crut s'étouffer en entendant ces mots, mais, en regardant le sorcier, il vit que celui-ci lui montrait innocemment son épaule et décrochait un sac de son cheval, revenant près de lui.
- Montrez-moi ça...
Guyamor retira son plastron, gémissant sous la douleur de la blessure.
- Attendez, je vais vous aider.
Il l'aida à retirer ses brassards et sa cotte de mailles. Sentir les mains du sorcier le déshabiller le rendit étrange, mais ce n'était rien comparé à la sensation de ses mains sur sa peau nue pour y venir désinfecter sa blessure.
Il posa sa main sur la joue du sorcier qui leva les yeux sur lui. Ce regard bleu lui fit complètement perdre la tête et, sans réfléchir, il déposa ses lèvres sur les siennes. Ce dernier avait des yeux comme des soucoupes et était tellement choqué qu'il en oublia de respirer.
Et comme la providence était contre lui, c'est ce moment-là que choisit Arthur pour les retrouver et apparaître. Ses bruits de pas indiquèrent aux deux jeunes hommes sa présence et Guy le fusilla presque du regard. Tandis que Merlin continuait à faire le poisson ne sachant plus ce qu'il devait penser.
- Et moi qui m'inquiétais pour vous, annonça Arthur d'une voix un peu plus dure qu'il ne l'aurait voulu.
Mais en voyant l'ours mort et la blessure de Guy, il fronça les sourcils.
- Que s'est-il passé ?
- Il nous a attaqués, lui expliqua son chevalier.
- Venez voir cela, Arthur, demanda le sorcier d'une voix encore mal assurée en s'accroupissant devant la carcasse de l'animal.
Arthur s'exécuta et vit la fourrure glacée de l'animal.
- Les dorochas, murmura-t-il, en pleine journée...
- Des dorochas ? Ce n'est pas vrai, ce que nous craignions est arrivé.
- C'est quoi ces... dorochas ? s'enquit Guy en renfilant sa cotte de mailles non sans un gémissement pour son épaule.
- Les pires créatures du monde, répondit Arthur.
Merlin s'assit sur le sol, le regard dans le vide. Lancelot, l'un de ses meilleurs amis, avait perdu la vie pour mettre fin à ce cauchemar. Qu'allait-il devoir sacrifier cette fois-ci ?
- Comment vous le saviez ? demanda soudainement Guy.
Arthur ne comprit pas vraiment la question et le chevalier dut préciser sa pensée.
- Quand vous êtes venus, vous avez dit que vous vous inquiétiez pour nous, vous saviez donc que ces... choses étaient dans la nature. À moins que vous ne vous inquiétiez pour autre chose ?
Il n'y avait aucune animosité dans sa voix, pourtant Arthur pouvait y sentir une sorte de provocation.
- Je savais que des dorochas étaient en liberté, expliqua le roi, et nous ferions mieux de trouver un abri avant la nuit.
Merlin approuva et se précipita pour rassembler leurs affaires tandis que Guy poussait un gémissement de douleur en essayant de récupérer son épée du corps de la bête. Merlin s'approcha de lui.
- Vous avez mal ?
- Ma blessure me lance.
Merlin souleva le col de la cotte de mailles et regarda le bandage qu'il lui avait fait. Il était déjà rouge. Cette attitude ne put empêcher Arthur de les regarder du coin de l'œil avec beaucoup de colère.
Il ignorait pourquoi il avait tellement envie de tuer son meilleur chevalier mais il finit par craquer.
- Guyamor... votre blessure a l'air sérieux, vous devriez rentrer à Camelot et la montrer à Gaius.
- Et laisser Merlin seul ? Certainement pas, pas avec ces créatures qui semblent tant vous effrayer.
Arthur avait de plus en plus envie de le frapper. Pourquoi devait-il toujours être si... chevaleresque ? C'en était insupportable.
- Qui vous dit qu'il sera seul ?
Guyamor regarda son roi et haussa un sourcil.
- Vous ? Et qui va veiller sur Camelot ?
- Guenièvre est parfaitement apte à gérer le royaume. Et c'est un ordre, Sir Guyamor, rentrez à Camelot.
Arthur et Guy s'affrontèrent du regard. Merlin sentait des tensions entre eux et préféra intervenir avant que la situation ne tourne au vinaigre.
- Votre blessure est vraiment sérieuse, Guy, vous devriez rentrer et montrer cela à Gaius.
Guy observa le sorcier et approuva d'un hochement de tête.
- Bien, si vous pensez que c'est le mieux.
Il lança un dernier regard à Arthur avant de rejoindre sa monture.
- Soyez prudent Merlin.
Le sorcier hocha la tête tandis que le chevalier s'éloignait. Et maintenant qu'il n'était plus là il se tourna vers Arthur qui ne dit pas un mot et retrouva son propre cheval.
- Il y a un village pas loin, nous pourrons nous y abriter pour la nuit.
Merlin savait que ce voyage serait long.
.
Ils arrivèrent au village le plus proche et prirent une chambre à l'auberge. La vieille femme qui les reçut n'avait rien d'aimable. Arthur ne portait aucun vêtement à l'effigie de Camelot. Il n'était pas assez stupide pour se promener seul dans la nature alors que Morgane en avait après sa tête.
- Nous aimerions une chambre, s'il vous plait.
- Vous avez de quoi payer ? s'enquit la vieille grosse dame.
Arthur sortit une bourse et l'agita devant les yeux de la bonne femme.
- Une chambre pour deux, vous et votre mignon vous pouvez prendre la douze.
Elle lui tendit des clefs et laissa Arthur et Merlin bouche bée. Ils rejoignirent la chambre et y trouvèrent deux petits lits collés contre le mur, à l'opposé l'un de l'autre. Merlin s'assit sur l'un d'eux et soupira, laissant retomber toute la pression de la journée.
- Comment il était ?
- Qui donc ? demanda Arthur en décrochant son arme de sa ceinture.
- Lancelot. Vous avez dit qu'il était revenu... comment était-il ?
Arthur grogna.
- Il était... égal à lui-même.
- Et vous avez dit qu'une sorcière l'a ramené à travers le voile ?
- Oui... et d'après lui, le voile était bien fermé quand il est parti.
- Vous pensez que cette femme est de mèche avec Morgane ?
Arthur haussa les épaules.
- Je n'en sais rien Merlin, je n'en sais rien... mais si cette sorcière était de notre côté, je doute qu'elle aurait pris le risque de libérer les dorochas dans la nature...
Merlin approuva d'un hochement de tête.
- Bien, si nous n'allons pas là-bas pour refermer le voile, comment on détruit ceux qui restent ?
- Je n'en sais rien Merlin ! s'énerva Arthur.
Merlin fronça les sourcils.
- Pourquoi me criez-vous dessus ? s'indigna-t-il, je n'y suis pour rien moi !
- Je te crie dessus parce que ces choses sont à nouveau dans la nature et que nous n'avons aucun moyen de les vaincre ou de les renvoyer d'où elles viennent !
Le roi se laissa tomber sur son propre lit et passa ses mains sur son visage.
- La Cailleach pourra certainement nous éclairer et nous dire ce qu'on doit faire, proposa Merlin.
Arthur hocha la tête
- Nous partirons à l'aube.
Il se tourna, montrant son dos au sorcier. Ce dernier voyait bien que quelque chose n'allait pas et il ne parvenait pas à comprendre ce qu'Arthur lui reprochait.
- Sire...
- Dors, Merlin, ordonna le roi en se rallongeant sur le dos.
- Il y a quelque chose qui vous tracasse ?
- Qu'est-ce qui te fait dire cela, Merlin ? demanda le roi en le regardant dans le noir, la lumière de la lune éclairant suffisamment la chambre pour lui permettre de discerner les contours du visage de Merlin.
- Vous êtes... différent, comme si vous étiez en colère, et je ne sais pas pourquoi...
- Désolé de ne pas être d'aussi agréable compagnie que Sir Guyamor, grogna-t-il en se retournant dos au sorcier.
Merlin se redressa sur un coude et fronça les sourcils.
- Quoi...vous êtes jaloux ? demanda-t-il, incrédule.
- Que mon meilleur chevalier embrasse mon ancien serviteur ? Je ne crois pas, Merlin. Je suis juste surpris de... tes préférences.
Merlin écarquilla les yeux.
- Vous vous trompez, sire, il n'y a rien entre Guy et moi, c'était juste... un baiser.
- Ta vie privée ne me regarde pas, Merlin, contra Arthur dont le timbre de sa voix démontrait clairement qu'il n'était pas aussi insensible qu'il le prétendait.
- Avouez-le ! insista Merlin. Vous êtes jaloux !
- Pourquoi est-ce que je serais jaloux de toi, Merlin ?
- Pas de moi... de Guy !
- Pourquoi, parce qu'il t'a embrassé ?
- Vous allez cesser de parler de ce baiser à la fin, gronda Merlin sans vraiment y mettre de la colère mais plus de l'amusement.
Oui, il s'amusait de cela. De la réaction qu'avait Arthur face à ce baiser que Guy lui avait donné. Même s'il devait avouer avoir été touché et particulièrement choqué par son geste, le chevalier était sans conteste un homme d'honneur qui n'avait certainement pas agi de cette façon sans une bonne raison.
- À croire que vous auriez vraiment voulu être à sa place.
- Ne prend pas tes rêves pour la réalité, Merlin, grogna Arthur.
Et la conversation prit fin, tandis que les deux hommes réfléchissaient plus intensément aux derniers événements. Merlin repensa à Guy, mais également à son ami, qu'il avait hâte de revoir.
Quant au Roi, il ne pensait qu'à une chose, tout en faisant tout son possible pour ne pas se l'avouer. Oui, il était jaloux.
.
Ils prirent la route à l'aube comme Arthur l'avait ordonné et ni l'un ni l'autre n'avait beaucoup dormi. Ils arrivèrent cependant non sans embuches jusqu'au lac où l'île fortunée les attendait. Le ciel était recouvert de nuages noirs et il était même difficile de dire s'il faisait nuit ou pas tant la pénombre envahissait les lieux.
- Laissons les chevaux ici, ordonna Arthur.
Ils mirent pied à terre et attachèrent leurs montures avant d'embarquer sur une barque que Merlin naviguait. L'île était sombre et aucun bruit ne s'en dégageait. Une présence magique s'en dégageait, ce qui glaça le sang du sorcier.
- Il y a quelque chose ici...
- Ne traînons pas.
Ils quittèrent la barque, une torche à la main, mais ne firent pas plus de deux pas que le son strident des cris des dorochas se firent entendre. L'une des âmes cria et passa derrière eux, les faisant sursauter.
- Allons Merlin... taquina le roi, ne me dis pas que tu as peur.
- Je n'ai pas peur, protesta-t-il.
- Alors pourquoi est-ce que j'entends des genoux s'entrechoquer ?
Un autre dorocha passa devant eux, ce qui fit reculer Arthur et percuter le sorcier.
- C'est vous qui avez peur ! plaisanta Merlin.
- La ferme, grogna Arthur en avançant. Avançons, je ne voudrais pas m'éterniser ici trop longtemps.
Ils continuèrent leur route tandis qu'une dizaine de squelettes blancs translucides se mettaient à les encercler. Ils s'approchèrent parfois d'eux, mais sans jamais chercher à les toucher. Ils les poussaient à rebrousser chemin et les empêchaient d'avancer.
Quelque chose ne tournait pas rond. Ce lieu était chargé de magie noire. Une magie puissante et sombre. Pourtant les dorochas qu'ils avaient croisés n'avaient pas réagi comme ceux de la dernière fois. Ils n'avaient pas cherché à les tuer mais plutôt... à les empêcher de venir jusqu'ici.
Merlin ne comprit que trop tard qu'il s'agissait d'un piège, que le vent se mit à se lever et qu'une tempête se déclencha. Les dorochas s'évanouirent dans la nature, les laissant seuls.
- Merlin ? appela Arthur. Que se passe-t-il ?
- Comment voulez-vous que je le sache ?
La tempête redoubla d'intensité, éteignant leur torche et les empêchant de voir autour d'eux. Elle se matérialisa en une tornade gigantesque qui fonça droit sur eux. Merlin leva la main mais rien ne se produisit. Ses yeux ne se dorèrent même pas. C'était comme si toute forme de magie avait disparu de ces terres.
- Merlin ! pressa Arthur.
Le sorcier recommença son geste, mais rien à faire. Sa magie n'était plus.
- Fais quelque chose, bon sang !
- Courez !
Ils ne se le firent pas répéter deux fois et lorsqu'ils rejoignirent l'embarcation, ce fut avec effroi qu'ils la virent être engloutie par les eaux tumultueuses du lac.
- Ce n'est pas vrai ! Ragea Arthur.
- Nous devons trouver un abri ! avertit le sorcier en criant pour se faire entendre.
Ils retournèrent alors sur l'île, rejoignant la salle où le voile avait été déchiré quelques années plus tôt et où le sorcier avait vu son meilleur ami y laisser la vie.
Arthur arriva devant le tombeau, cherchant du regard un abri capable de les protéger de cette tempête magique. Il doutait fortement que quoi que ce soit puisse leur venir en aide, mais il devait essayer. C'est alors qu'une idée germa dans son esprit.
- Merlin, viens m'aider !
Il poussa le couvercle du tombeau et ordonna à Merlin d'y entrer.
- Arthur, je ne pense pas que...
- Vas-tu donc un jour obéir à mes ordres sans protester ! grogna Arthur en le poussant dans le tombeau.
Il y entra à sa suite et, avec toute la force dont il était capable, il le referma sur eux. Merlin était allongé sur le dos et Arthur s'écrasa sur lui de tout son poids.
Le bruit de la tornade s'intensifia, faisant trembler le tombeau avant de s'éloigner. Il faisait trop sombre pour apercevoir quoi que ce soit. Le son de leurs respirations saccadées fut bientôt le seul bruit qu'ils entendirent.
- Je n'entends plus rien, murmura Arthur.
- On dirait que la tempête est passée, approuva le sorcier.
Arthur se redressa, poussant le couvercle du tombeau de son dos, mais celui-ci ne bougea pas d'un millimètre. Il répéta l'opération, sans plus de succès.
- Que se passe-t-il ? s'enquit le jeune homme qui pouvait ressentir l'angoisse de son roi.
- Le couvercle est bloqué, murmura le blond.
- QUOI ?!
- Ne hurle pas dans mes oreilles, je te dis qu'il est bloqué !
- Arthur, si c'est une plaisanterie, ce n'est vraiment pas drôle...
- Je ne plaisante pas Merlin !
Ce dernier posa ses deux mains à plat sur le couvercle et essaya de le soulever.
- Tu te moques de moi ? demanda Arthur. Si je n'ai pas réussi à l'ouvrir, tu crois vraiment qu'avec ta carrure tu y arriveras ?
- Excusez-moi de vouloir essayer de nous faire sortir d'ici !
- Ta magie ne peut donc pas nous faire sortir d'ici ?
Merlin essaya de lancer un sortilège, mais comme précédemment, rien ne se passa.
- Rien...
- Cela m'aurait étonné... tu es décidément toujours aussi inutile Merlin !
Les yeux s'habituant à la pénombre, ils parvinrent à déterminer le contour de leurs formes et Arthur réalisa soudainement sa proximité avec son ami. Il se retenait sur ses avant-bras, ne déposant pas tout son poids sur le sorcier qui ne cessait de gesticuler sous lui.
- Je peux savoir ce que tu essayes de faire?
- Il y a quelque chose qui me rentre dans le dos, gémit le sorcier en attrapant dans sa main l'objet en question.
Il s'agissait d'un os et il réalisa que leur cachette était un tombeau, et qu'ils le partageaient donc avec l'homme enterré ici.
- Oh... je vais vomir, murmura Merlin.
- Il n'en est pas question ! grogna Arthur en essayant encore de frapper de son dos le couvercle qui refusait de bouger.
- Cela ne sert à rien ! s'emporta Arthur. Il refuse de bouger.
Merlin soupira et Arthur put sentir son souffle sur son visage. La situation était particulièrement gênante. Jamais ils n'avaient été aussi proches. Les accolades étaient souvent évitées et Arthur ne sut comment réagir.
- Vous pensez qu'ils mettront combien de temps avant de venir nous chercher ? demanda Merlin soudainement.
Arthur secoua la tête.
- Je n'en ai aucune idée Merlin... Sans doute pas avant deux jours.
- Deux jours, geignit le sorcier... super...
Arthur ne répondit rien, mais n'en pensait pas moins.
.
À Camelot, Guenièvre se tenait devant la fenêtre de sa chambre, attendant le verdict de Gaius sur la nature de Lancelot. Elle l'avait vu revenir pour la deuxième fois et la première ne s'était pas vraiment bien passée. Elle redoutait que le chevalier ne fasse remonter ses sentiments pour lui. Elle savait qu'Arthur ne le lui pardonnerait pas.
Un léger coup porté à la porte la fit se retourner. Le physicien s'approcha, inclinant la tête.
- Dites-moi tout Gaius, la pressa-t-elle.
- J'ai effectué tous les tests dont j'étais capable, ma Dame, et si je peux affirmer qu'il n'est pas possédé par un quelconque sort, je ne peux encore dire par quel miracle il est revenu d'entre les morts.
Guenièvre approuva d'un hochement de tête.
- Vous pouvez me laisser, murmura-t-elle.
Le vieil homme s'éloigna, laissant la reine en proie à ses angoisses. Un autre coup retentit à la porte et sa jeune servante entra.
- Bonjour, Ellaine, salua la reine le plus poliment qu'elle put.
Celle-ci s'inclina devant sa maitresse en déposant un vase de fleur sur la table.
- Ce sont de belles fleurs, approuva Guenièvre.
- J'ai pensé que vous les apprécieriez. Je les ai cueillies ce matin pour vous, murmura-t-elle en s'approchant du lit pour venir le faire.
La reine s'en approcha et vint sentir leur odeur.
- Elles sont magnifiques. Dis-moi, comment se porte ton enfant?
- Oh, très bien, ma Dame. Il ne fait pas encore ses nuits, mais c'est un tel plaisir de le tenir dans mes bras et de le bercer jusqu'à ce qu'il s'endorme.
Guenièvre prit place à la chaise près du miroir et se tourna vers sa servante.
- Viens par ici un moment, lui proposa la reine.
Ellaine s'exécuta. Elle avait de longs cheveux bruns noués en natte, dégageant son visage. Guenièvre lui prit la main.
- Ce n'est pas trop dur pour toi de venir travailler toute la journée pour moi, avec le bébé ?
- C'est très aimable à vous de penser à moi ma Dame, mais je peux vous assurer que je suis encore apte à vous servir.
- Là n'est pas ma question, répondit Guenièvre. Si jamais tu ressens le besoin de rentrer plus tôt, je te le permets. Ne force pas de trop, c'est tout.
Ellaine se leva et offrit un magnifique sourire à sa reine.
- Merci infiniment, ma Dame. Voulez-vous que je vous coiffe ?
Guenièvre hocha la tête et Ellaine s'attela à sa nouvelle tâche.
- Vous verrez lorsque cela vous arrivera, affirma la jeune servante, porter un enfant et le mettre au monde est la plus belle chose qui soit.
Guenièvre reçut cette nouvelle en plein cœur, sachant qu'elle ne pourrait jamais porter l'enfant d'Arthur. Et sans même qu'elle ne s'en rende compte, elle laissa une larme couler sur sa joue. Ellaine s'en aperçut et déposa la brosse sur la coiffeuse, s'agenouillant près de sa reine.
- Ai-je dit quelque chose qu'il ne fallait pas ? s'enquit-elle.
Guenièvre secoua la tête et chassa ses larmes.
- Ce n'est rien, soupira-t-elle. Vous ne pouviez pas le savoir.
- Voulez-vous m'en parler? proposa la jeune femme.
Guenièvre hésita, mais elle gardait ce lourd secret depuis trop longtemps et elle avait besoin de se confier.
- J'ai appris... très récemment, qu'Arthur ne pouvait pas me donner d'enfant.
Ellaine porta ses mains à sa bouche.
- Je suis tellement désolée, murmura-t-elle.
- Je ne m'étais jamais vraiment demandé si je voulais un enfant ou pas, lui avoua-t-elle. Je pensais juste que cela se ferait naturellement. Mais depuis que je sais que je ne pourrais pas en avoir... j'en désire un plus que tout au monde...
Guenièvre versa d'autres larmes.
Ellaine se permit de prendre les mains de sa reine dans les siennes.
- Puis-je parler librement ma Dame ?
Guenièvre hocha la tête en silence.
- Avez-vous pensé à... la magie ?
Guenièvre écarquilla les yeux.
- Je ne peux... La magie ne peut donner une vie sans en prendre une en échange, lui apprit la reine. Je ne peux faire cela à Arthur.
Ellaine se releva.
- Je suis certaine que vous auriez fait une mère formidable et que cet enfant aurait été le plus heureux du monde. Peut-être votre destin vous réserve des surprises dont vous n'avez pas conscience.
- Que voulez-vous dire?
Ellaine reprit la brosse dans sa main et continua là où elle s'était arrêtée.
- Pendant ma grossesse j'ai eu... quelques complications et j'ai consulté une voyante. Une femme qui vit dans la forêt. J'avais peur que mon fils ne soit faible et pas apte à vivre dans ce monde et à en supporter toute les vicissitudes. Elle a alors lu mon avenir et celui de mon fils. Elle m'a appris qu'il se nommerait Loth et qu'il deviendrait un chevalier de Camelot. J'étais peu apte à la croire, mais elle m'a également dit qu'il porterait une tache de naissance sur le poignet gauche. Et devinez quoi...
- Votre fils porte cette marque? demanda Guenièvre.
- Oui, approuva la servante. Je pense que si vous voulez connaître votre avenir et ce que le destin vous réserve, vous devriez aller la voir. Je peux vous indiquer l'endroit où elle se trouve.
Guenièvre hocha la tête distraitement tandis qu'un coup était frappé à sa porte. Après avoir reçu l'ordre d'entrer, Léon expliqua la raison de sa présence ici.
- Sir Guyamor est revenu, ma Dame, et il souhaiterait vous parler.
Guenièvre ne mit pas longtemps avant de rejoindre la salle du trône où la Table ronde avait été installée. Le chevalier était assis sur l'une des chaises, tandis que Gaius examinait la blessure qu'il portait à l'épaule.
- Que vous est-il arrivé ? Demanda-t-elle.
- Un ours nous a attaqués, Merlin et moi, lui expliqua-t-il. Il était comme... possédé par quelque chose que Merlin et sa Majesté ont reconnu. Des... dorochas je crois.
Le visage de Guenièvre s'assombrit.
- Et où est Arthur ? Et Merlin?
- Ils ont poursuivi leur route pour rejoindre l'île fortunée. Ils pensaient que le phénomène venait de là-bas.
C'est alors que Lancelot sortit de l'ombre et s'approcha. Lorsque la reine croisa son regard, son cœur s'emporta.
- Si je puis me permettre, j'étais là-bas. Le voile a bel et bien été déchiré mais il a également été refermé, je l'ai vu de mes yeux.
- Si le voile est refermé, les dorochas auraient dû disparaître aux aussi, expliqua Gaius.
Guenièvre jeta un regard par la fenêtre, observant la nuit qui commençait à tomber.
- Nous partirons à l'aube, ordonna la reine. Nous devons retrouver Arthur et Merlin au plus vite.
Tous approuvèrent d'un hochement de tête.
.
Arthur et Merlin étaient désormais bloqués là depuis des heures. Les avant-bras du blond commençaient à s'engourdir et il avait du mal à garder sa position. Il souleva un de ses bras, portant tout son poids sur l'un d'eux et l'étira du mieux qu'il put.
- Je ne vais pas pouvoir garder cette position bien longtemps, avertit le roi en étirant son autre bras de la même façon.
- Si vous vous allongez sur moi, je vais mourir étouffé, avertit le sorcier en espérant que son humour suffirait à cacher sa gêne.
- Insinuerais-tu que je suis obèse ?
Merlin rit.
- Sans être obèse, sire, vous faites le double de mon poids.
- Alors échangeons nos places, proposa-t-il.
Il s'agita alors, essayant de se rapprocher du sorcier pour les faire tourner et échanger leurs positions, mais deux corps vivants et un squelette dans un tombeau ne leur laissèrent pas la place nécessaire.
- Aie ! Vous m'écrasez la jambe ! s'exclama Merlin. Et là c'était mon intestin ! Cela suffit, arrêtez de bouger !
- Oui et bien tu es peut-être à ton aise, commenta Arthur, mais mes bras ne me soutiendront pas une seconde de plus.
- À mon aise ? Je suis allongé sur les morceaux d'un squelette décomposé qui s'enfonce dans mon dos et j'ai un gros balourd sur moi ! Quand vous voulez on échange nos places !
Arthur frappa alors délibérément la tête de Merlin qui s'exclama à nouveau.
- Aie ! Et là c'était ma tête !
- Vraiment ? Désolé, le grand balourd ne l'avait pas vu !
Merlin frappa le bras d'Arthur avant de constater qu'il était froid.
- Vous êtes glacé ! s'exclama-t-il.
- Normal, vu la température qu'il fait ici... Tu... tu n'as pas froid ?
Merlin secoua la tête, avant de se rendre compte qu'Arthur ne le voyait pas. Il s'apprêta à répondre mais Arthur l'avait vu.
- C'est vrai j'avais presque oublié. Tu n'avais déjà pas ressenti ce froid mordant des dorochas à l'époque.
- C'est sans doute ma magie, expliqua le sorcier.
- Celle-ci ne se manifeste vraiment que lorsqu'elle en a envie, grogna Arthur.
- C'est cet endroit qui a un effet sur elle, avoua Merlin. Je n'avais jamais été incapable de jeter un sort. Hormis à cause de la poupée vaudou, mais cette fois-ci, c'est différent.
- Qu'est-ce qu'il y a de différent ?
- Je la ressens toujours en moi, elle est là je le sens, mais c'est comme si... toute cette pénombre l'empêchait de sortir.
Arthur ne cessait de gigoter, sentant ses bras faiblir. Il recula le plus qu'il put et s'allongea, posant sa tête sur le torse de Merlin.
- Désolé, je repose juste mes bras quelques minutes.
Merlin ne s'était pas attendu à cela et sentir le corps de son roi tout contre le sien le gêna plus qu'il ne le pensait encore. Il se contenta alors de murmurer.
- Ce... ce n'est rien.
Et il ne dit plus rien. Il avait trop peur que sa voix ne trahisse ses émotions.
- Ton cœur bat super vite, murmura Arthur.
De sa position il pouvait entendre les battements du cœur de son ami et il sourit lorsqu'il les sentit s'accélérer à ses mots.
Merlin ne répondit rien et ferma les yeux. Il devait se reposer, lui aussi.
.
Après ce qu'elle avait appris, Guenièvre doutait que c'était une bonne idée d'aller voir cette voyante, mais Ellaine lui assurait qu'elle était vraiment incroyable et qu'elle pourrait peut-être lui en apprendre plus sur la situation du royaume.
Ce fut donc de nuit que Guenièvre enfila une cape et rejoignit sa servante hors de l'enceinte du château.
- Pourquoi vit-elle si loin ? demanda la reine.
- Elle m'a expliqué qu'elle avait vécu ici il y a longtemps et que les événements ne s'étaient pas très bien passés.
- Uther, approuva Guenièvre.
Ellaine hocha juste la tête et s'arrêta devant une petite chaumière dans les bois.
- C'est ici, lui expliqua-t-elle. Voulez-vous que je vous accompagne?
Guenièvre hésita et finit par acquiescer. Les deux femmes frappèrent à la porte et contre toute attente, la reine vit une belle et jeune femme ouvrir la porte.
- Je vous attendais, Guenièvre.
La jeune femme portait une magnifique robe pourpre, qui dégageait son décolleté généreux. Elle portait une cape de la même couleur qui retombait sur son visage mais Guenièvre pouvait voir de longs cheveux noirs s'en dégager.
La sorcière prit place à même le sol, devant un autel sur lequel étaient posés des cartes en demi-cercle et un cristal blanc.
- Vous saviez que j'allais venir ?
- Oui, répondit-elle simplement. Prenez place, je vous prie.
Guenièvre échangea un regard avec sa servante qui la rassura d'un sourire. Elle s'exécuta alors et retira sa propre cape.
- Je suis là parce que...
- Je sais pourquoi vous êtes là, coupa la voyante.
Guenièvre hocha juste la tête, ne sachant quoi dire de plus. La voyante invita Guenièvre à s'asseoir en face d'elle.
- Je connais la raison de votre venue ici. Et si je peux répondre à l'une de vos interrogations, pour l'autre, c'est encore trop tôt pour vous la révéler.
La reine tritura ses doigts.
- Vous parlez de... de ma capacité à enfanter? demanda-t-elle doucement.
- Oui. L'heure n'est pas encore venue pour vous de connaître la réponse à votre question, mais ce temps-là arrivera très bientôt.
La reine hocha la tête, déçue.
- Je sais que ce n'est pas ce que vous vouliez entendre, répondit la voyante, mais vous avez une autre question, il me semble.
Guenièvre hocha la tête.
- Oui... mon époux, le roi Arthur est parti sur l'île fortunée pour essayer d'y régler des problèmes liés à la magie, expliqua la reine. Seulement, je m'inquiète pour lui...
- Le voile a été brisé par une autre personne que sa gardienne, expliqua la jeune femme. Cela a provoqué un déséquilibre dans le monde. Les formes que vous prenez pour des dorochas ne sont en réalité que des esprits bienveillants qui cherchaient à éloigner le Roi et Merlin de l'île. Une personne a été récupérée par-delà le voile, cela n'est arrivé qu'une fois. Et les forces de la nature qui équilibrent le monde chercheront à récupérer cette âme.
- Lancelot, murmura Guenièvre.
- Il ne doit pas tomber, ma Dame, expliqua la voyante d'une voix grave. Peu importe ce qu'il se passera, Lancelot doit rester en vie.
- Pourquoi ? s'enquit la reine.
- Parce que s'il a été ramené en ce monde, c'est pour une raison. Son rôle dans l'unification d'Albion ne fait que commencer.
Guenièvre hocha la tête.
- Que dois-je faire ?
- Protégez le chevalier et Camelot. Ayez foi en Arthur et Merlin. Ils trouveront une solution à cette malédiction.
La reine approuva et se redressa. Elle renfila sa cape et observa la sorcière, inquiète.
- Puis-je vraiment vous faire confiance ?
La jeune femme lui sourit.
- Je savais que vous me poseriez cette question. Je ne fais jamais cela en temps normal, avoua-t-elle. Mais pour vous, je vais vous le montrer.
- Me montrer... quoi ? Demanda la reine avec inquiétude.
- Votre avenir. Un aperçu de ce que vous recherchez.
Hésitante, la jeune femme posa ses mains sur celles de la voyante et fut prise d'une vision, comme un flash qui déferla devant ses yeux. Elle se vit, elle-même, le ventre rond, le caresser avec tendresse et le visage serein. Puis elle le vit.
Son fils. Elle le vit grandir. Par bribes, mais elle aperçut ce qu'il deviendrait et elle ne put qu'éprouver de l'amour et de la fierté.
Lorsque la voyante retira ses mains, Guenièvre se laissa aller en pleurant.
- Ma dame, murmura la servante, qu'avez-vous vu ?
Guenièvre se tourna vers elle et murmura entre deux sanglots.
- Mon fils...
.
Arthur ouvrit les yeux. Il ne savait pas depuis combien de temps il était coincé dans ce tombeau ni même l'heure qu'il était. Il sentit cependant le torse de Merlin se soulever au rythme de sa respiration.
Le roi se redressa comme il le put, sentant la souffrance de ses bras se réveiller. Il ne put retenir un gémissement de douleur qui réveilla Merlin.
- Moi qui avais espéré que ce n'était qu'un cauchemar, murmura-t-il.
- Je suis un cauchemar ? Demanda Arthur.
- C'est cette situation qui l'est, murmura Merlin en essayant de s'étirer.
- Cesse de bouger ainsi, grogna Arthur.
- Facile à dire pour vous, vous m'avez écrasé de votre poids pendant des heures.
- Tu aurais sans doute préféré être coincé ici avec Sir Guyamor.
Merlin n'en croyait pas ses oreilles, il n'allait pas encore reparler de ça !
- Je ne préfère pas non... s'il avait été à votre place, je serais sans doute mort écrasé sous lui.
Arthur haussa juste un sourcil, sceptique.
- Il a tout de même une carrure plus imposante que la vôtre, ajouta Merlin.
- Désolé de ne pas être aussi grand et aussi fort que lui. Je suis certain que tu n'aurais pas râlé ainsi s'il avait été là à ma place.
- Et après vous osez dire que vous n'êtes pas jaloux ? Pour la centième fois, Arthur, il n'y a rien entre Sir Guy et moi !
- Que tu peux être naïf, Merlin. Il te tourne autour depuis qu'il est arrivé. Il faudrait être aveugle pour ne pas le voir !
Merlin se sentit soudainement gêné et n'appréciait pas vraiment de parler de cela, étant aussi proche physiquement d'Arthur.
- Ou jaloux pour s'imaginer tant de choses ! répliqua-t-il en voulant mettre fin à cette discussion.
Mais Arthur ne l'entendait pas de cette oreille-là.
- Et bien oui ! Oui peut-être que je suis jaloux du fait que vous passez du temps ensemble et que...
Il se tut, n'osant pas aller plus loin dans ses propos.
- Quoi ? encouragea Merlin d'une petite voix.
- Depuis que j'ai fait de toi le sorcier de Camelot, nous passons peu de temps ensemble. Il arrive même que je ne te croise plus pendant des jours puisque tu es toujours cloîtré dans ta tour.
- Même si j'apprécie ma nouvelle fonction, je dois avouer que cela me manque aussi, murmura le sorcier.
- J'ai l'impression que Guy prend la place que j'avais avant et... tu ne fais rien pour l'en éloigner. C'est comme si tu cherchais à me remplacer.
- Bien sûr que non Arthur. Jamais je ne chercherais à vous remplacer.
Arthur se mit à rire.
- Et il faut que l'on soit pris au piège dans un tombeau, probablement condamnés à mourir là, pour que l'on s'ouvre un peu...
Merlin se mit lui aussi à rire.
- Merci en tout cas... de m'avoir dit tout cela.
- Tu sais... j'ai toujours dit que si nos situations avait été différentes, on aurait pu être de très bons amis... mais la vérité c'est que tu es le meilleur que j'ai jamais eu. Dès notre première rencontre, tu m'as traité comme si j'étais un homme comme les autres. Et même lorsque tu as appris qui j'étais, tu n'as jamais cherché à gagner mon affection à tout prix ou à obtenir les faveurs que mon rang pouvait t'accorder.
Merlin ne parlait pas, écoutant Arthur se confier à lui ainsi. C'était étonnant de sa part, mais la situation était plus que favorable à de telles discussions. Depuis que la magie de Merlin avait été annoncée, il était rare pour les deux amis de se retrouver ainsi seul à seul. Et jamais ils n'avaient ouvert leur cœur à l'autre.
Se dire qu'ils étaient les meilleurs amis et que l'un était tout pour l'autre était inutile, ils le savaient tous deux. Et pour la première fois depuis qu'ils se connaissaient, ils ressentaient le besoin de se le dire. Sans doute parce qu'Arthur voyait son ami si précieux s'éloigner de lui.
- Je ne te l'ai jamais dit, Merlin, mais... la vérité c'est que même si tu es mon serviteur et moi le roi, tu restes le meilleur et le seul ami que j'ai jamais eu. Sans toi dans ma vie, hormis les sauvetages innombrables, je ne sais pas ce que je serais devenu.
- Vous êtes un grand roi Arthur. Vous auriez réussi à en prendre conscience sans moi.
- Je n'en suis pas si sûr.
- C'est une déclaration ? murmura Merlin en plaisantant, essayant de dissimuler son émotion et les larmes qui lui montaient aux yeux.
Arthur se mit à rire et frappa l'épaule de Merlin.
- Aïe !
- Cesse donc d'être un idiot, Merlin, gronda-t-il sans aucune colère.
Arthur cachait lui aussi sa gêne et ne voulant pas s'éterniser sur le sujet, il enchaîna.
- J'ai faim...
Merlin sourit légèrement et ajouta.
- Et moi je meurs de soif.
- Alors économise ta salive !
Le sorcier gesticula sous le roi et murmura, plus sérieusement.
- Nous ne tiendrons pas trois jours sans boire ni manger Arthur. Si personne ne vient nous sauver, nous...
- Merlin... si tu veux vivre assez longtemps pour sortir d'ici, je te conseillerais d'arrêter de parler de notre mort prochaine !
Arthur put alors sentir le souffle du soupir du magicien sur son visage, faisant monter une sensation étrange du bas de son ventre jusqu'à sa poitrine. Il chassa cette sensation de son esprit et pensa à tout sauf à la fatigue dans ses bras.
Il les étira l'un après l'autre et se retrouva nez à nez avec Merlin. Plus près encore qu'il ne l'était avant. Il détourna la tête, regardant ailleurs et soupira.
- Je pris pour que quelqu'un vienne nous sortir de là... et vite.
.
Guenièvre se tenait debout dans la salle du trône et faisait face à ses chevaliers, et leur incompréhension.
- Pardonnez-moi, Majesté, mais, commença Léon, ne devrions-nous pas partir à la recherche d'Arthur et de Merlin ?
- Je sais que cela peut vous paraître étrange, mais ayez confiance en moi. Gaius, essayez de voir si vous trouvez dans vos livres quelque chose qui parlerait du voile et de sa gardienne. Sir Léon, demandez aux chevaliers de fouiller la ville basse et de demander l'aide de tous les sorciers qui accepteraient de nous l'offrir. Ne forcez personne, mais précisez bien qu'il en va de la survie de Camelot.
Sans poser de questions, Léon acquiesça et tous s'apprêtèrent à quitter la salle du trône.
- Sir Lancelot, l'arrêta la reine. Restez ici, je vous prie.
Le jeune homme hésita et d'un regard avec ses amis, il fit volte-face et s'inclina devant la femme qui fut et qui sera toujours celle de son cœur.
- Je ne voulais inquiéter les autres sur cette menace qui s'approche de Camelot, expliqua-t-elle en essayant de rester professionnelle. Mais je sais que si elle se dirige ici, c'est pour vous.
- Pour moi ? S'enquit le chevalier.
Guenièvre hocha la tête.
- Que voulez-vous dire, ma Dame ?
- Je ne peux vous révéler comment je sais cela, ni même ce qu'il se passe...
- Alors ne me dites rien, coupa le jeune homme en posant un genou au sol. Dites-moi juste quoi faire et je vous obéirai. Je refuse de mettre Camelot, son peuple et sa reine en danger.
Profondément touchée, Guenièvre redressa la tête.
- Vous devez vivre.
Étonné, le jeune homme redressa la tête et plongea son regard dans celui de la jeune femme.
- Vous avez été ramené d'entre les morts pour accomplir de grandes choses. Si cette sorcière que vous avez vue a brisé les lois de la magie pour vous, c'est qu'il y a une raison à cela. J'ignore ce que c'est, mais vous devez rester en vie.
Lancelot hocha la tête.
- Je comprends cela, ma Dame, mais je refuse que ma vie se fasse au détriment d'autres.
Guenièvre l'observa et sentit cette sensation au fond de son ventre remonter jusqu'à sa poitrine. Cette sensation qu'elle connaissait bien.
- Je vous demanderais juste de ne pas quitter le château. Peu importe ce qu'il peut se passer dehors. Sachez que je ne vous le demande pas, Sir Lancelot, mais je vous l'ordonne en tant que votre reine.
Le chevalier approuva d'un hochement de tête et quitta la salle, laissant Guenièvre seule. Elle soupira et se leva, s'approchant de la place qu'occupait Arthur sur la Table ronde et caressa le bois du fauteuil de ses doigts avant d'y prendre place. Elle posa sa tête sur ses bras et soupira.
- J'espère que vous allez bien Arthur... et que je ne fais pas une erreur.
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Cela faisait maintenant deux nuits et un jour qu'Arthur et Merlin étaient enfermés dans ce tombeau, sans eau et sans nourriture. Arthur avait relâché son attention et s'était endormi sur le sorcier qui ne bougeait pas.
Merlin n'avait que peu fermé l'œil et tenait le décompte du temps qu'ils avaient passé ici. La gêne qu'il avait ressentie, au début, à rester enfermé dans un endroit si confiné avec Arthur était passée et laissait place à des sensations étranges qu'il n'arrivait pas à éclaircir.
Arthur bougea alors et se redressa. Il observa Merlin et se frotta le visage.
- Tu n'as pas dormi ?
- Très peu, lui avoua-t-il d'une voix enrouée.
Arthur soupira.
- Toujours enfermés, grogna-t-il en frappant de son dos le couvercle du tombeau.
- Arthur... Arrêtez...
Le roi plissa les yeux, se réhabituant à la pénombre et put voir le visage de Merlin étonnement blanc.
- Est-ce que ça va ? s'enquit-il, inquiet.
Le sorcier ferma les yeux, espérant qu'Arthur ne remarquerait rien.
- J'ai mal à la tête...
- Que t'arrive-t-il ?
- Je crois... que c'est la magie néfaste qui règne ici et qui bloque la mienne. Elle m'épuise.
- Tu devrais te reposer, murmura Arthur.
Le sorcier sourit et bougea légèrement.
- Qu'est-ce que tu fais ?
- J'essaye de me mettre sur le côté... J'ai tellement mal au dos que j'ai l'impression de ne plus avoir de dos !
Arthur essaya de s'éloigner le plus qu'il put, laissant l'occasion à Merlin de détendre son dos.
- J'ai toujours aussi soif, gémit-il.
- Et faim ! rajouta Arthur.
- Heureusement que vous ne pouvez pas manger ou je serais vraiment écrasé !
- Merlin !
- La ferme ?
- La ferme !
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Guenièvre se tenait sur les remparts du château et observait le coucher de soleil à l'horizon. Léon la rejoignit, annonçant sa présence avant de commencer son rapport.
- Nous avons réunis cinq sorciers, Gaius, Alice et Gili sont bien évidement à votre disposition.
- Ou sont-ils ?
- Dans la salle du trône.
- Et Gaius ?
- Toujours dans son laboratoire.
- Très bien, approuva la reine. Faites les attendre, Sir Léon. Je dois allez voir Gaius et je les recevrai comme il se doit.
Elle prit donc le chemin du laboratoire et trouva le physicien en pleine discussion avec Yvain.
- Si la reine a besoin de sorciers, alors je me porte volontaire moi aussi ! s'exclama le garçon.
- Yvain, c'est trop dangereux, s'il t'arrivait quelque chose alors que Merlin et Arthur ne sont pas là, ils ne me le pardonneraient jamais.
L'enfant croisa ses bras sur son torse et soupira.
- Ce ne sont pas mes parents.
- Mais ils sont tout comme et se considèrent chacun comme tel.
- Gaius ? murmura la reine.
Yvain fut emmené plus loin par Alice qui lui servit un chocolat chaud.
- Majesté, salua le vieil homme. J'ai trouvé quelque chose.
La reine s'approcha de lui et se pencha sur le livre qu'il lui montra.
- J'ai trouvé ici que le voile était toujours gardé par un gardien. Il y a très longtemps, l'un de ces gardiens, Gwynn ap Nudd, a voulu défier les lois et a déchiré le voile sans en payer le prix. Il est écrit qu'une âme en avait été extirpée, mais l'âme fut rattrapée par une magie puissante et le gardien, châtié pour son erreur.
- Vous voulez dire qu'il est mort ?
Gaius approuva d'un hochement de tête.
- Donc Lancelot est bien en danger, murmura-t-elle. Est-ce qu'il existe un moyen pour contrer ces règles ?
- Oui, Majesté. Il est dit que si le voile venait à être ouvert sans échanger une vie en retour, cet homme, Gwynn ap Nudd reviendrait d'entre les morts et chercherait à rétablir l'équilibre, en retrouvant l'âme qui a échappé à son royaume. Il est dit que seule la source de magie la plus pure et la plus puissante au monde parviendrait à apaiser sa haine et à le renvoyer d'où il vient, sans accomplir sa vengeance.
Guenièvre assimila ces informations avant de regarder le vieil homme.
- Quelle est cette forme de magie dont vous parlez ?
- Je n'en ai aucune idée, Majesté, répondit le vieil homme. Je vais poursuivre les recherches.
La reine rejoignit les sorciers qu'elle avait rassemblés et se donna du courage avant d'entrer dans la salle du trône.
- Merci à vous d'être présents ici. Sachez que Camelot vous en sera à jamais reconnaissant.
Elle prit place sur son fauteuil et observa ces cinq sorciers. Un vieil homme aux cheveux blancs, un grand homme à la peau foncée, un plus jeune dont la partie gauche de son visage était balafrée de son front jusqu'à son menton, et une vieille femme aux yeux bleus étonnement clairs.
- Si je vous ai fait venir ici, c'est pour une raison des plus importantes. Une menace s'approche tout droit de Camelot. De nature magique, et vous êtes les seuls capables de nous aider.
- Où est l'enchanteur de la cour ? s'enquit le vieil homme aux cheveux blancs.
- Il est parti à la source même de cette menace avec notre roi pour l'éradiquer. Mais pour protéger Camelot, j'ai besoin de vous.
Tous les sorciers se regardèrent entre eux et ce fut la vieille femme qui parla pour eux.
- Je parle au nom de tous en disant que nous acceptons, ma Reine.
Guenièvre redressa la tête bien droite, les prochaines heures allaient devenir tendues pour tous. Les cloches se mirent alors à sonner. Guenièvre et les sorciers arrivèrent dans la cour tandis que Léon et les chevaliers les rejoignaient.
- Que se passe-t-il ? s'enquit-elle.
- Vous devriez venir voir cela, proposa le chevalier.
La reine fut conduite sur les remparts et vit au loin le ciel s'assombrir et une tornade arriver tout droit sur Camelot. La peur l'envahit au plus profond d'elle-même. Elle ignorait ce qu'elle devait faire.
- Vous aviez raison, murmura Gauvain. Une menace s'approche tout droit vers nous.
- Je dois avouez que je ne l'imaginais pas ainsi, ajouta Perceval.
- Que faisons-nous ? demanda Léon.
Guenièvre avait tous ces regards sur elle et sentit la pression monter. Tant de vies dépendaient de sa décision.
- Demandez aux sorciers de défendre Camelot, avec des sorts de protections ou... que sais-je, ordonna-t-elle.
- Si seulement Merlin était là..., soupira Gauvain.
Guenièvre retourna dans la cour et demanda à faire préparer son cheval.
- Majesté, où allez-vous ? s'enquit Guy qui la croisait tandis que ses compagnons la suivaient de près.
- Je dois voir quelqu'un, prévenez les sorciers de la situation et demandez-leur de protéger la cité.
- C'est trop dangereux de sortir, ma Dame, protesta Perceval.
- Je dois y aller, répliqua-t-elle avec assurance.
Elle monta sur son cheval et donna son dernier ordre.
- Faites instaurer un couvre-feu. Que tout le monde se réfugie au château. Faites y entrer les gens de la ville basse !
Et elle lança sa monture au galop.
- Guenièvre ! Cria Léon.
Mais la reine était déjà loin. Lancelot avait assisté à la scène et savait que tout cela avait un lien avec lui. Cette menace qu'avait évoquée la reine était là pour lui. S'il quittait Camelot, alors la population serait sauvée.
Sans que personne ne le remarque, il vola un des chevaux des écuries et partit à la poursuite de la reine.
Il avait promis de rester en vie, mais pas de mettre la vie de centaines de personne en danger.
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Merlin se sentait de plus en plus mal. Ce son qui tambourinait dans ses tempes le rendait fou. Il était épuisé, mais n'arrivait pas à fermer l'œil. Ces lieux étaient malsains et il se sentait sans cesse tiraillé dans tous les sens. Comme si la pénombre et la noirceur de ces lieux le rendaient fou.
Mais le plus perturbant pour lui, hormis la soif et la faim, était qu'il n'était jamais resté aussi longtemps sans être capable d'user de sa magie. Il se sentait pathétique et inutile.
Arthur, quant à lui, avait du mal à rester sur ses coudes, et ses avants bras étaient tellement ankylosés qu'il ne les sentait même plus. Il avait posé son front contre l'épaule de Merlin et se concentrait sur la faim qui le faisait trembler et la soif qui l'empêchait de parler.
- Personne ne viendra, murmura-t-il au bout de longues heures de silence.
Merlin s'étonna de ces mots. Lui qui avait essayé d'évoquer cette possibilité quelques heures plus tôt, voilà que désormais c'était Arthur qui l'envisageait.
- Cela va faire trois nuits et deux jours, ajouta Merlin, la gorge sèche.
- Je n'aurais jamais pensé mourir ainsi, murmura le roi de Camelot. J'ai toujours pensé que je perdrais la vie sur un champ de bataille, au cœur de l'action. Mais il faut croire que je n'aurai pas cet honneur.
Merlin ne savait quoi répondre. Lui non plus n'avait pas imaginé une telle fin.
- Vous ne pouvez pas mourir ici, rassura Merlin. Vous avez un grand destin à accomplir.
Arthur ricana.
- Quel destin, Merlin ? Qu'ai-je accompli de si exceptionnel ? Je vis dans l'ombre de mon père depuis toujours. Quand il était encore de ce monde, tout ce que je faisais était dans l'unique but de le rendre fier et maintenant... je passe mon temps à réparer ses torts.
Merlin humecta ses lèvres sèches.
- Vous n'avez rien à vous reprocher, Arthur, vous n'êtes pas votre père. J'ai toujours su que vous deviendrez un grand roi.
- Tu avais peut-être tort, Merlin, murmura le blond.
Le sorcier secoua la tête.
- C'est au-delà d'une simple conviction, Arthur. C'est votre destin.
- Et bien, il semblerait que le destin a misé sur le mauvais roi.
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Guenièvre arriva devant la chaumière de la sorcière et frappa à sa porte. Celle-ci l'ouvrit et cette dernière observa la reine avec un calme déconcertant.
- J'ai besoin de votre aide, murmura la reine.
La voyante la fit entrer.
- Cette menace dont vous m'avez parlée arrive droit sur Camelot, j'ignore quoi faire pour la contenir et... je suis toujours sans nouvelles d'Arthur... ou de Merlin.
- Ne vous en faites pas, ma Dame, Merlin saura trouver un moyen pour contrer cette malédiction.
- Comment ? Est-ce lui la source de cette magie pure ?
- En quelque sorte, répondit la jeune femme dégageant son visage et ses longs cheveux noirs.
La reine était paniquée et ne savait quoi faire. Face à sa détresse, la sorcière s'approcha d'elle et lui prit les mains.
- Gardez votre calme, ma reine, et ayez foi. Je peux vous assurer que ni votre heure ni celle des habitants de Camelot n'est encore arrivée.
Face à la quiétude et la tranquillité de la jeune femme, la reine se rassura.
- Que dois-je faire ?
- Rentrez chez vous... et gardez le chevalier dans Camelot. Les sorciers que vous avez rassemblés pourront créer une barrière magique qui vous fera gagner du temps.
La reine hocha la tête et quitta la chaumière. Sur le pas de la porte, elle se ravisa et demanda timidement.
- Ne voulez-vous pas trouver refuge à Camelot ?
La voyante secoua la tête avec un grand sourire.
- Je suis en sécurité ici. Ne vous en faites pas pour moi.
Guenièvre se rassura et reprit la route vers Camelot. Le vent se levait de plus en plus et finit par devenir violent, à tel point que son cheval se cabra. La reine tomba au sol et vit sa monture s'en aller au loin.
- Oh non... gémit-elle en se redressant.
Elle continua sa route à pied mais la tempête qui se levait l'empêchait de voir au loin. La situation était plus que désespérée pour elle, mais elle fit confiance à la jeune femme. Et ce fut lorsqu'elle pensa à elle qu'un cavalier arriva.
- Dame Guenièvre !
La reine redressa la tête et vit Lancelot. Monté sur son cheval, il lui tendit la main.
- Venez avec moi !
Guenièvre prit la main du chevalier et monta derrière lui tandis que le jeune homme lançait son cheval au galop en direction de Camelot.
Ils ne mirent pas longtemps à trouver refuge dans l'enceinte du château où les attendaient les chevaliers, inquiets pour leur reine.
- Majesté, vous allez bien ?
- Oui, répondit-elle sûre d'elle. Avez-vous pu mettre tout le monde à l'abri ?
- Il n'y a plus personne dans la ville basse, lui expliqua-t-il. Et nous avons pu faire entrer tout le monde dans la salle du trône.
- Très bien, approuva-t-elle. Où sont les sorciers?
Léon l'accompagna jusqu'à la salle du trône.
- Majesté, saluèrent les cinq sorciers.
- Pouvez-vous créer un sortilège de protection autour du château ?
Ce fut l'homme aux cheveux blancs qui répondit.
- Face à une telle force magique, aucun sort de protection ne durera bien longtemps, avertit-il.
- Faites ce que vous pouvez, demanda-t-elle.
Les cinq sorciers se placèrent tous à un endroit stratégique et prononcèrent leur formule magique. Leurs yeux se dorèrent et un dôme transparent se créa tout autour du bâtiment.
Guenièvre regardait le phénomène avec une pointe d'émerveillement et d'inquiétude lorsqu'elle vit la tornade entrer dans la ville basse. Les maisons furent saccagées et volèrent dans les airs sous la force de la catastrophe.
Postée devant la fenêtre, dans un couloir désert, elle était étonnement calme. Lancelot arriva derrière elle et se racla la gorge pour marquer sa présence.
- Excusez-moi de vous déranger, ma Dame, mais... si je suis bien la raison de cette tempête... pourquoi me garder ici ?
La reine se tourna vers lui et le regarda un moment sans rien dire. Elle ignorait la véritable raison et ne pouvait décemment pas lui dire qu'une voyante le lui avait fortement conseillé. Voyant son trouble, le chevalier s'approcha légèrement.
- Je ne voulais pas vous importuner. Je ne veux juste pas créer de problèmes.
- Je le sais... Lancelot. Je sais que vous êtes un homme bon. Vous avez sacrifié votre vie parce que je vous ai demandé de veiller sur Arthur, sachez toutefois que jamais... jamais je n'ai voulu votre...
N'arrivant pas à prononcer ces mots, Guenièvre se tut.
- J'ai fait ce qui était juste. J'ai sacrifié ma vie pour le bien de tous. Je vous avais promis de protéger Arthur. Ce que j'ai fait. Comme un chevalier de Camelot. Mais j'ai également protégé un ami cher qui aurait sans doute sacrifié sa vie à ma place.
- Merlin, murmura-t-elle.
Lancelot approuva.
- Je regrette de ne pas l'avoir revu avant de...
Guenièvre lui sourit timidement. Et soupira en regardant à nouveau le désastre s'approcher du château. La tornade frappa la barrière magique et fit trembler ses fondations.
- Nous n'avons plus beaucoup de temps, murmura-t-elle. Je t'en prie... Merlin... fais quelque chose.
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Merlin ouvrit les yeux subitement. C'était comme s'il avait entendu l'appel au secours de Guenièvre.
- Il y a un problème, murmura-t-il.
Arthur le regarda, dépité.
- Sérieusement Merlin ? Tu ne t'en rends compte que maintenant ?
- Pas pour nous ! répliqua le sorcier, mais pour Guenièvre.
- Quoi ? s'enquit le roi avec inquiétude. Que se passe-t-il ?
- Je n'en sais rien, j'ai... ressenti comme un appel au secours.
Arthur se redressa autant qu'il le put et frappa contre le couvercle du tombeau. Il frappa de son poing contre la pierre, en ignorant la douleur et le sang qui s'en écoulait, tant il était pressé de sortir d'ici.
- Arthur... Arthur ! appela Merlin. Arthur, arrêtez !
Le sorcier l'arrêta en lui attrapant le bras, l'empêchant de se faire encore plus mal.
- Cela ne sert à rien !
- Je ne peux pas rester tranquillement ici si Guenièvre est en danger !
- Je le sais, murmura Merlin. Mais nous sommes prisonniers ici... si nous avions pu sortir d'ici, nous l'aurions fait depuis longtemps.
Arthur soupira, espérant se calmer, en vain. Il frappa encore le couvercle et se mit à crier.
- Ah !
- Arthur... je vous en prie...
Mais dans sa crise de colère, Arthur écarta le sorcier de lui en lui donnant un coup de coude dans la tempe.
- Aie !
Arthur se calma instantanément et tâtonna le visage de Merlin à la recherche d'une blessure et trouva un contact visqueux sous ses doigts.
- Tu... tu saignes...
- Bien sûr que je saigne, grogna-t-il, vous m'avez frappé...
- Je suis désolé Merlin...
Le jeune homme porta ses doigts à sa blessure.
- C'est la première fois que vous me frappez, murmura-t-il.
- C'est vrai, approuva Arthur. Je n'ai pas pour habitude de frapper mes serviteurs.
- C'est vrai, vous êtes plutôt du genre à leur mettre un bouclier dans leurs mains et à frapper dessus de toutes vos forces, plaisanta l'ancien valet.
- Tu le méritais ! se défendit Arthur.
- Pourquoi ?
- Pour ton insolence !
- C'est pourtant bien ce qui vous a fait m'accepter et... m'apprécier, non ?
Arthur était piégé, le sorcier avait vu juste.
- Merlin... la ferme. Trouve plutôt un moyen de nous faire sortir d'ici...
- Nous avons déjà essayé Arthur... sans ma magie je... je suis aussi inutile que... qu'un enfant.
Arthur soupira, frappant encore contre le couvercle.
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La barrière magique s'effritait de plus en plus et la tempête n'était pas vraiment apte à se calmer. Le silence était pesant et tous se serrèrent les uns contre les autres, ayant peur de la mort imminente.
Guenièvre passait entre les réfugiés et leur distribuait des couvertures, accompagnées de paroles rassurantes. Elle observa les chevaliers faire de même et chercha Lancelot du regard, mais ne le trouva pas.
- Où est-il ? demanda-t-elle. Où est Lancelot ?
Mais aucun de ses chevaliers ne put lui répondre.
- Il est parti chercher plus de couvertures, intervint Guy.
- Que personne ne bouge d'ici, ordonna-t-elle en quittant la salle du trône.
Elle traversa les couloirs en hâte, descendit les escaliers à toute allure et trouva le jeune homme près des portes.
- Lancelot ! cria-t-elle. Que faites-vous ?
- J'ai essayé, ma Dame, j'ai vraiment essayé de faire selon vos ordres, mais... je ne peux rester là et mettre la vie de tous ces gens en danger...
- Ne faites pas cela, le supplia-t-elle. Ne vous sacrifiez pas... pas encore une fois...
Le jeune homme lui fit un sourire et ouvrit la porte pour sortir. Mais ce fut sans compter sur la ténacité de la jeune femme qui le suivit dehors. La tempête était proche et il ne manquait que peu de temps avant qu'elle ne soit sur eux.
- C'est moi que vous voulez, alors venez me prendre ! cria le chevalier.
Mais Guenièvre se plaça devant lui, collant son corps au sien en criant.
- Non... si vous voulez mettre fin à votre vie ainsi, alors vous m'amènerez avec vous...
Ce fut à cet instant que la barrière se brisa et que la tornade fonça sur eux. Ayant de plus en plus de mal à rester en place, Lancelot attrapa le corps de la reine dans ses bras et s'accroupit au sol pour s'accrocher à la rambarde des escaliers.
Revenir à la vie pour mourir ainsi et y entraîner la femme qu'il avait toujours aimée... était-ce donc là sa destinée ?
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- C'est la fin, murmura Merlin en sentant une larme couler sur sa joue.
Connecté à Camelot par sa puissante magie, il pouvait ressentir toute la détresse et la peine des habitants de Camelot.
- Vous n'auriez pas dû venir me retrouver, ajouta-t-il dans un murmure.
- Tu aurais préféré mourir en compagnie de Sir Guyamor ? s'enquit Arthur avec une pointe de jalousie dans la voix.
Merlin soupira.
- Je vous en prie Arthur... ne me parlez plus de ce baiser...
- Pourquoi ?
- Parce que cela ne voulait rien dire ! C'était juste un baiser... vous n'avez jamais embrassé quelqu'un juste... sur le moment ?
- Pas sans sentiments, non...
Merlin avait envie de crier. Arthur cessait de proclamer qu'il n'était pas jaloux, mais il n'arrêtait pas de remettre ce baiser sur le tapis, encore et encore.
- Ce n'était qu'un baiser sans importance, juste... comme cela !
Et sans prévenir Arthur il prit son visage entre ses mains et déposa ses lèvres sur les siennes. Ce n'était qu'un baiser chaste, pas plus signifiant que celui d'un enfant, mais il fut soudainement envahi par une sensation étrange, et, sans savoir pourquoi, il se mit à fermer les yeux.
Arthur, s'il fut choqué en premier lieu de la réaction de Merlin, sentit lui aussi cette sensation étrange envelopper tout son être. Une sensation de tranquillité et de pureté. C'était comme s'il flottait dans les bras apaisants et réconfortants de l'amour d'une mère, tout en reconnaissant là la sensation du baiser d'une amante... ou en l'occurrence, d'un amant.
Cette sensation était omniprésente et ne lui permettait pas de penser ou de réfléchir à ce qu'il faisait. Tout ce qu'il importait en cet instant, c'était de rester dans cette étreinte le plus longtemps possible.
Le baiser devient alors plus passionné, tendre et incroyablement doux. Ils perdirent complètement la notion du temps dans cet échange. Ils n'étaient plus Arthur, Roi de Camelot et Merlin l'Enchanteur. Ils n'étaient plus personne, ils se laissèrent juste aller à cette sensation et lorsque vint le moment de se séparer, chacun resta les yeux fermés. Le voile qui brouillait leur conscience se dissipa, laissant place à de l'incompréhension et à une gêne profonde.
Arthur ouvrit les yeux le premier. Était-il possible que la faim et la soif l'aient fait délirer au point d'imaginer que Merlin... son ancien serviteur, et son meilleur ami, l'ai embrassé ? Et surtout ce sentiment qui l'avait envahi ?
Le roi fut le premier à franchir le pas et à ouvrir les yeux, mais lorsque son regard croisa celui de Merlin, toute gêne ou question qui s'imposait à eux fut balayée.
- Merlin... tes yeux...
- Qu'est-ce que...
- Ils sont dorés !
Le sorcier se concentra alors sur cette magie qui affluait et la laissa exploser en lui. C'est alors qu'une lumière venant du ciel frappa le tombeau où ils étaient enfermés, brisant le couvercle de leur prison.
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À ce même moment, Lancelot et Guenièvre se redressèrent, réalisant qu'ils étaient toujours en un seul morceau. Le chevalier se redressa, aidant la jeune femme à faire de même.
- Vous allez bien ? murmura-t-il.
- Oui, répondit-elle en regardant autour d'elle. Ils ont réussi... Merlin a réussi.
Et, sans plus tarder, elle tomba dans ses bras se serrant fortement contre lui. Ils avaient survécu, elle était en vie. Toute la pression de ces derniers jours retomba et elle savoura l'étreinte que le chevalier lui rendait.
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Arthur était sorti du tombeau non sans une grimace de douleur due à ses courbatures. Il aida Merlin, qui se massait les épaules, à faire de même. Mais ils restèrent sans voix en constatant que le ciel était non seulement dégagé mais que le soleil brillait haut dans le ciel. Le sol était recouvert d'une couche d'herbe fine et brillante.
- Qu'est-ce que... murmura Arthur.
- Emrys.
Merlin fit volte-face et se retrouva face à la Cailleach. Arthur dégaina son épée et se plaça devant son ami.
- Que voulez-vous ? demanda-t-il, sur la défensive.
Merlin lui retint le bras, abaissant son arme. La vieille femme l'en remercia d'un hochement de tête.
- Que s'est-il passé ? demanda le sorcier.
- Ce tombeau dans lequel vous vous trouviez était celui de Gwynn ap Nudd. Le premier gardien du voile. Il brisa les règles il y a des années, déchirant le voile afin de libérer l'âme de la femme qu'il aimait. Mais l'équilibre du monde était perturbé et l'âme qui avait été extirpée du monde des morts devait retourner de l'autre côté du voile. Le gardien fut alors châtié et condamné à préserver l'équilibre pour l'éternité.
- Alors si je comprends bien, intervient Merlin, Lancelot aurait dû mourir et...
- ...vous aussi, ajouta Arthur à la Cailleach en rengainant son arme.
- C'est exact. Ces lieux étaient maudits par la présence de Gwynn ap Nudd et vous empêchaient d'utiliser votre magie.
- C'est vous qui nous avez enfermés là-dedans? s'enquit Arthur avec une pointe de colère dans la voix.
La Cailleach tourna son visage vers Arthur avec son impassibilité habituelle.
- C'est bien moi...
- Pourquoi ? s'enquit Merlin.
- Seule la forme de magie la plus pure pouvait vous libérer de ce tombeau et annuler la malédiction de Gwynn ap Nudd.
- Quelle est cette forme de magie dont vous parlez ?
- Et quel rapport avec nous et ce tombeau ? voulut savoir Arthur.
La Cailleach s'approcha d'eux.
- Vous l'ignorez donc ?
Merlin et Arthur échangèrent un regard avant que le sorcier ne secoue la tête.
- Qu'est-ce que nous devrions savoir?
La vielle femme sourit.
- Ce n'est pas à moi de vous le dire, mais vous le découvrirez sans doute assez tôt*. Quoi qu'il en soit, je vous remercie de m'avoir sauvée.
Merlin était légèrement perdu. Il ne savait toujours pas pourquoi il avait été enfermé là avec Arthur et quelle était cette forme de magie dont parlait la gardienne du voile.
- Excusez-moi mais... savez-vous qui a ouvert le voile ?
- Une sorcière, une vieille femme que l'on nomme Viviane, répondit-t-elle. Méfiez-vous d'elle, Emrys, cette femme vous mènera à votre perte.
- Pourquoi a-t-elle pris autant de risques pour libérer l'âme de Lancelot ? s'enquit Arthur.
- Elle ne m'a pas révélé ses plans, expliqua la gardienne, mais soyez sur vos gardes. Elle manigance quelque chose et semble connaître beaucoup de choses sur vous deux. Des choses que vous-mêmes ignorez. Et au vu de sa destinée, je doute qu'elle agisse pour votre bien.
Merlin approuva d'un hochement de tête, peu rassuré de savoir qu'une autre menace planait sur lui.
- Emrys, murmura une autre voix.
Le sorcier de retourna et vit Caelia, la sœur de Cailleach.
- J'ai appris ce que vous avez fait, murmura-t-elle. Vous avez sauvé la vie de ma sœur, et pour cela je vous remercie.
Merlin sentit les larmes monter à ses yeux.
- Caelia, si vous saviez comme je regrette...
La jeune femme leva la main.
- Nous faisons tous des choses dont nous ne sommes pas fiers, coupa-t-elle. Si vous le voulez bien, j'aimerais oublier tout cela et repartir sur de bonnes bases.
Merlin approuva d'un hochement de tête.
- Ce serait un immense honneur.
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Arthur et Merlin ne prirent qu'une journée pour le voyage du retour et découvrirent la ville basse sens dessus dessous. Tous les chevaliers étaient présents et aidaient les villageois à reconstruire leurs maisons. Sorciers, paysans et chevaliers œuvraient de concert.
À leur passage, tous s'arrêtèrent et applaudirent. Guenièvre les rejoignit et se jeta dans les bras de son époux, l'embrassant passionnément. Arthur se surpris à trouver cette situation dérangeante et étrange. La reine serra ensuite Merlin dans ses bras.
- Vous nous avez fait peur, murmura-t-elle.
- Je vois que vous avez très bien géré les évènements par ici, répliqua Arthur, impressionné.
- Vous n'imaginez pas à quel point.
Merlin redressa la tête et vit Lancelot qui se tenait au loin. Sans hésiter Merlin courut vers lui.
- Lancelot !
Ils se tombèrent dans les bras l'un de l'autre. Merlin était ému plus que jamais et serrait fortement son ami qu'il éloigna pour l'observer.
- Tu n'as pas changé, mon ami.
- Vous non plus, rétorqua Merlin. Je suis si heureux de vous revoir...
- Moi aussi je suis heureux d'être là. Viens avec moi, tu as beaucoup à me raconter semble-t-il.
Puis ils s'éloignèrent, rattrapant le temps perdu.
.
Mais une fois la nuit venue, Arthur ne parvint pas à trouver le sommeil. Il retira le bras de Guenièvre qui reposait sur sa hanche et se leva. Il quitta la chambre, pensant qu'une promenade l'aiderait à trouver le sommeil, mais se retrouva nez à nez avec Merlin qui revenait de sa tour.
- Tu... travailles aussi tard ? demanda le roi, étonné.
- Je n'arrivais pas à dormir, avoua le jeune homme. Vous non plus, visiblement.
- Non. Je suis resté allongé trop longtemps, plaisanta-t-il.
Mais cette phrase n'eut pas l'effet escompté et la gêne s'installa entre eux lorsque chacun repensait au baiser qu'ils avaient échangé. Arthur ne cessait de penser à cela. La sensation qu'il avait ressentie à ce moment-là ne cessait de le perturber. La magie que Merlin avait retrouvée grâce à cela avait sans doute un lien avec tout cela. Mais ce sentiment si intense ne l'avait pas lâché depuis lors et il ne cessait d'y repenser, encore et encore.
- Arthur... heu... à propos de... de ce qu'il s'est passé...
- Oui... oublions cela et... n'en reparlons plus.
Merlin approuva d'un hochement de tête.
- Oui... oublier... murmura Merlin.
Arthur savait qu'il avait beau dire cela, oublier serait loin d'être évident. Et il poursuivit sa route, mais ne pouvait rester sur cette gêne sans mettre les choses au clair. C'est alors qu'il s'arrêta et se tourna vers Merlin qui l'observait toujours.
- Dis-moi... c'était bien à cause de la magie que...
N'arrivant pas à trouver les mots, Arthur n'acheva pas sa phrase.
- Que ? encouragea Merlin.
- Tu... tu as ressenti aussi quelque chose de particulier, n'est-ce pas?
Arthur faisait un effort surhumain pour paraître impassible mais intérieurement il bouillonnait et n'avait qu'une envie, prendre ses jambes à son cou.
- À vrai dire j'ai... j'ai aussi ressenti quelque chose d'étrange, mais j'ignore si c'était dû à la magie qui revenait en moi.
Arthur hocha la tête.
- Je vois...
Merlin voulut se retourner et s'éloigner le plus loin possible d'ici mais il se ravisa à la dernière seconde.
- Le seul... le seul moyen de le savoir ce serait... de...
- D'essayer, finit Arthur en hochant lentement la tête. Mais nous n'allons pas...
- Oh... non, bien sûr que non... enfin... à moins que... que vous ne vouliez vraiment connaître la vérité.
Arthur déglutit. Il repensa à son baiser avec Guenièvre, à tous ces baisers avec elle et il devait bien avouer que celui échangé avec son meilleur ami l'avait remué bien plus que n'importe quel baiser avec sa femme. Ou qui que ce soit au monde. Ce qui était impossible... c'était forcément la magie qui était responsable. Mais ne pas savoir le rendait dingue.
Et sans prévenir, sans y réfléchir plus longtemps – car s'il ne l'avait pas fait maintenant, il ne l'aurait jamais fait – il s'approcha de son ami et l'embrassa. Merlin était plus que surpris mais ne mit pas longtemps à fermer les yeux et à rejoindre Arthur dans le baiser.
Arthur se retira des lèvres de Merlin et croisa son regard.
- C'est bien ce que je pensais, s'exclama-t-il.
- ...rien, approuva Merlin.
- Oui, rien !
Arthur soupira.
- Je suis rassuré, pendant un instant j'ai cru que... enfin... bonne nuit, Merlin.
- Bonne nuit, Arthur.
Ils continuèrent leurs routes respectives avant de faire demi-tour et de bafouiller en même temps.
- C'est... de l'autre côté.
En effet ils étaient tous deux partis dans le mauvais sens. Arthur rentra dans sa chambre et referma la porte derrière lui en fermant les yeux. Il prit le temps de retrouver ses esprits et porta ses mains à son visage, plaquant ses cheveux en arrière.
Bien sûr, il avait menti. Ce n'était pas la magie qui avait réveillé cette sensation au fond de lui, mais bien le baiser de Merlin. Mais c'était tellement plus facile de faire comme s'il n'y avait rien. Ce qu'il ignorait cependant, c'était que de l'autre côté du mur, Merlin se laissait tomber au sol, dos à la porte, les doigts sur ses lèvres.
Les ennuis allaient commencer, car s'ils pouvaient mentir sur ce baiser, ils ne pouvaient nier que c'était cela qui les avait sauvé. Cette "magie pure".
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Fin du Chapitre 7!
* A votre avis, quelle est cette magie la plus pure dont tout le monde parle? :p
Comme on s'approche de la fin et que j'ai mis un temps fou à écrire ce chapitre, j'ai décidé de vous mettre un aperçu du prochain épisode ;) enjoy :
Preview :
Arthur se tenait en haut des escaliers, habillé de ses plus beaux atours et observait les différents chefs de clans descendre de leur monture. Merlin se tenait derrière lui, ainsi que ses chevaliers. Tous étaient présent, le roi Olaf, la reine Annis, le Roi Rodor et même Odin.
- Arthur ! Cria Lady Viviane en se jetant à son cou.
Le roi de Camelot, gêné, l'éloigna tant bien que mal de lui.
- Ravi de vous revoir, Princesse, salua le roi de Camelot.
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- Arthur si nous ne parvenons pas à libérer Lady Viviane de son envoûtement, nous sommes morts tous les deux ! s'affola Merlin en tournant en rond dans la chambre d'Arthur.
La jeune femme était allongée sur le lit du Roi, endormie.
- Et bien fais quelque chose ! ordonna-t-il. C'est toi le sorcier non?
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- Qu'est-ce que vous mijotez tous les deux ? s'enquit Gaius.
- Rien! répondit Merlin un peu trop précipitamment.
Merlin et Arthur échangèrent un regard avant de continuer leur chemin à travers le couloir.
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Suite au prochain épisode.
Je peux déjà vous dire qu'il se nommera : La réunion des chefs de clan !
Et voilà ! J'espère que ce petit "teaser" vous fera patienter jusqu'au prochain chapitre !
Sur ce... bonne journée !
