Bien le bonjour à vous tous, chers lecteurs !

Tout d'abord, je tenais absolument à tous vous remercier pour vos messages si adorables. Malgré mon aparté qui est arrivé très tardivement pour prévenir que je ne serais pas capable de vous fournir une véritable fin, j'ai reçue tellement de remerciant et de compliment pour cette histoire que même si cette fanfiction date de plusieurs années - et que je n'ai pas revu un seul épisode de la série depuis à peu près cette époque-là - je tenais à tous vous remercier pour votre soutien et votre enthousiasme.

Après une année bien pourrie ou tous mes magnifiques projets de voyage au Canada et aux États-Unis, ainsi que celui de mon roman personnel, sont restés au point mort, je voulais au moins finir sur une note positive. C'est n'est donc pas avec une septième saison que je reviens vers vous, mais un ultime chapitre, comme une sorte de film qui aurait clôturé toute cette belle aventure.

Si je ne dis pas n'importe quoi, ce n'était pas ce qui était prévus normalement après la dernière saison ? Enfin bref, j'ignore si ce n'était que des rumeurs ou pas, mais c'est ce que je vais tenter de faire pour vous. J'ai donc réussi à condenser plus ou moins toutes mes idées pour avoir un début et une fin.

Pour les fautes, je m'en excuse d'avance, tous ceux qui m'ont déjà lu savent que ce n'est vraiment pas ma tasse de thé, j'ai pourtant VRAIMENT fait un effort en utilisant un correcteur à coté et de me relire au moins 2 fois, et sur 108 pages, c'était LONG ! J'espère au moins que ça aura servit à quelque chose !

Sur ce, je tenais encore une fois à tous vous remercier ! Sachez vraiment que c'est grâce à vous tous, à tous vos commentaire, que cette fin voit le jour, alors bonne lecture et bonne année !

La fin n'est qu'un commencement

Dans un pays de légende, où règne la magie, le destin d'un grand royaume repose sur les épaules d'un jeune homme. Son nom ?

Merlin

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Devant la forêt, près du château de Camelot, se tenait une petite chaumière. Pétrifier devant la porte d'entrer, Ellan ne parvenait pas à détacher son regard de la Sorcière qui lui faisait face. Dans son souvenir, Morgane avait toujours été pleine de rancœur et de vilenie, à tel point qu'une aura néfaste l'accompagnait partout ou elle allait. Si elle arborait toujours cette même posture droite et fière et un regard brûlant de colère, les ténèbres n'avaient pas encore envahit son cœur.

Un coup d'œil derrière elle lui permit de remarquer la présence de Mordred. Le jeune druide était encore en vie dans cette époque et représentait la dernière part d'humanité en Morgane, l'empêchant de complètement sombrer dans la magie noire.

Comment la Sorcière avait trouvée cet endroit et avait eu vent de son existence ? Ce fut un mystère pour la jeune Ellan, qui n'eu même pas le temps de prendre conscience de toute l'ampleur de la situation, que déjà la Prêtresse de l'Ancienne Religion dora ses yeux. Sa magie projeta la voyageuse du futur contre le mur de sa maison. Par chance, elle retomba sur des couvertures entassées dans un coin, ce qui amortit sa chute et lui évita probablement de se rompre le cou.

Morgane pénétra à l'intérieur de l'habitacle avec la grâce d'une Reine et s'accroupit devant le corps inerte de la druidesse. D'un doigt, elle caressa sa joue et écarta quelques mèches de ses longs cheveux noirs afin de pouvoir observer son visage plus en détails. Ellan ressemblait étrangement à Merlin, tout comme ses rêves prémonitoires le lui avaient confirmé et cela ne pouvait pas être une coïncidence.

Mordred se racla la gorge, attirant ainsi son attention. Même si elle ne comprenait pas encore très bien ce que tout cela voulait dire, elle aurait bientôt des réponses.

— Quand vous voulez, la rappela-t-il à l'ordre en croisant les bras sur son torse.

Morgane lui jeta un coup d'œil par-dessus son épaule, et sans rien dire elle se releva, exécutant un signe de tête à son acolyte, afin de lui donner le signale. Le jeune homme ne se fit pas privé et plongea les mains dans un sac en tissus qu'il portait en bandoulière. Il y retira un petit coffret, le même qui renfermait le sortilège noir qu'ils avaient tenté d'utiliser sur Merlin quelques jours plus tôt.

La Sorcière ne pouvait réprimer un sourire face à la perspective de renforcer ses rangs avec la présence d'un autre allié magique. Elle avait rêvé de cette jeune femme, sans même l'avoir jamais vu et avait immédiatement sentie comme un sentiment familier qui lui avait laissé un goût amer en bouche. Même si elle ne comprenait pas encore pourquoi, elle pouvait affirmer que leurs destins étaient liés. Ses iris se teintèrent de dorer, tandis que ses lèvres s'entrouvrirent, récitant le sortilège de possession inventé de son cru.

Le couvercle de la boîte s'ouvrit dans un grincement, libérant la brume noirâtre qui y était enfermée. Celle-ci virevolta dans les airs, entoura Mordred qui portait son réceptacle, avant de passer devant Morgane. Le sol vibra et les fenêtres tremblèrent à l'unisson, manquant de les brisées, lorsque la masse diffuse se jeta sur Ellan, toujours allongée au sol et sans défense.

La fumée s'engouffra entre ses lèvres et ses narines jusqu'à finir par disparaître complètement, en même temps que l'agitation des éléments qu'elle avait provoqué autour d'elle. Le corps d'Ellan tressauta et fut prit de violente convulsion qui cessèrent aussi brusquement qu'elles avaient commencées.

Le silence succéda, plongeant les deux comparses dans l'incompréhension. Est-ce que le sort avait fonctionné ? Mordred referma le coffre qu'il rangea dans son sac et s'approcha de sa comparse.

— Est-ce qu'elle est…

— Chut, la coupa Morgane qui guettait toujours les traits inertes de la druidesse.

Elle s'approcha à pas de loup et s'accroupit devant le corps inerte de la druidesse. De deux doigts sur sa nuque, elle s'assura de sentir son pou battre, sursautant lorsqu'Ellan se redressa. Inspirant profondément comme si elle avait manqué de se noyer, sa lourde chevelure d'ébène masquait partiellement son visage qu'elle releva vers les deux ennemis de Camelot, les laissant tous deux stupéfait. L'un de ses yeux, d'ordinaire bleu — si semblable à ceux de Merlin — s'était teinté de cette noirceur qui avait prit possession d'elle, devenant plus sombre que la nuit.

Morgane sourit de toutes ses dents. Elle avait réussi. Cette druidesse était désormais dans son camp. Elle avait bien des questions à lui poser, comme savoir pourquoi elle avait sauvé la vie de Mordred, alors qu'elle semblait constamment se dresser entre ses plans de vengeance contre son frère et son maudit Enchanteur. Elle allait enfin connaître ses réelles intentions.

— Bienvenue ma jeune amie, l'accueillit-elle en se redressant.

Elle lui tendit une main pour l'aider à faire de même et ajouta.

— Nous avons beaucoup de choses à nous dire toutes les deux, à commencer par qui tu es.

Ellan obéissante se remit sur pied, son œil encore bleu versant une larme, tandis qu'il s'assombrissait à vus d'œil, jusqu'à reflété la noirceur du sortilège qui l'avait envahit.

— Viviane Pendragon, répondit-elle d'une voix monocorde.

.

La nuit était fraîche, mais le ciel était dégagé, laissant apparaître une myriade d'étoiles qui scintillaient de mille feux, encadrant une magnifique pleine lune. Les rues de Camelot étaient agréablement éclairées, permettant au groupe de Chevalier chargé de la ronde de cette nuit, de ne se munir que d'une seule torche.

Lancelot, Gauvain et Tristan étaient tout trois de garde, ces deux derniers se disputant sur lequel d'entre eux étaient le meilleur et semblaient prendre un malin plaisir à tourmenter leur camarade qui ne demandait qu'une ronde en silence.

Tristan s'était très vite adapté à la vie de Chevalier et avait fait honneur à ce titre en devenant très vite un des piliers de la table ronde. Même lorsque Hunith avait décidé de regagner son village dont la majorité avait été reconstruite, il avait décidé de rester. Cette décision ne fut pas aisée à prendre, car depuis Iseult, l'ancien brigand avait retrouvé l'amour en cette femme douce et attentionné qu'était Hunith. Pourtant, leur destin semblait les mener à présent sur un chemin différent, car elle ne pouvait quitter les siens ou elle y avait passé toute sa vie, et savait que son nouvel amant avait trouvé sa place au château, entouré de chevalier dont il les considérait plus comme de la famille que comme des collègues de travail. Et celui dont il était le plus proche était Gauvain, appréciant son esprit espiègle et leurs chamailleries répétitives.

Même si Gauvain jouait très souvent le rôle du plaisantin, soûlard et bourreau des cœurs, c'était un homme fidèle aux siens, et l'on pouvait toujours compter sur lui. Lancelot avait eu le rôle de médiateur entre ces deux-là, et il ne se passait pas un jour sans que l'un d'entre eux, ne mette ses nerfs à vif.

Leurs rondes les conduisirent devant l'écurie royale, non loin de la cour du château, reconnaissant la voix de leur Roi. En s'approchant de l'établissement, les trois hommes surprirent Arthur qui enseignait à Yvain la manière de nourrir le poulain qu'il lui avait offert et dont le gamin était complètement dingue. Le Roi avait cependant mis un point d'honneur à ce qu'il soit capable de s'en occuper seul. Qu'il soit capable de savoir quand et comment le nourrir, le laver et le brosser ou encore de le sceller.

Le plus jeune chevalier de toute l'histoire de la table ronde, brossait l'animal avec soin, posant des questions à Arthur auquel il prit plaisir à répondre. Ce qui était le plus surprenant avec cet enfant, c'était de voir combien les animaux l'appréciaient. Il suffisait de regarder ce lionceau qui avait désormais la taille d'un gros chien et un début de crinière, dormir paisiblement.

Le peuple avait finalement cessé de s'effrayer à la présence de l'animal sauvage, car il était si fidèle et obéissant à Yvain qu'il n'avait jamais fait le moindre mal à personne. Oh, bien sûr, lorsque Léodagan avait commencé à apprendre les joies de la chasse et qu'il avait finir par tuer deux bœufs d'un paysan – qui avait été grassement dédommagé – les conseillers du Roi les plus récalcitrant avaient bien tenté d'évoquer une mise à mort du fauve. Proposition à laquelle Arthur avait immédiatement coupé court, décidant, sous les recommandations de Merlin, de l'amener avec eux lors de leur partie de chasse. Depuis lors, le lionceau n'avait plus fait de vague et vivait une petite vie tranquille, se baladant parfois seul dans les rues de Camelot. Désormais, il n'y avait plus que les voyageurs qui prenaient peur en le voyant.

— Maintenant que tu l'as brossé et que tu lui à donner à boire, tu peux ranger le matériel et filé prendre ton bain, lui ordonna Arthur avec un sourire en coin. Il se leva du petit tabouret sur lequel il avait pris place et salua les chevaliers qui s'inclinèrent légèrement devant lui.

— Votre Majesté, le salua Lancelot en observant du coin de l'œil Yvain bâiller aux corneilles en rangeant la brosse. Je vois que vous ne le ménager toujours pas.

— Il a voulu un cheval, il en à un mais il doit savoir comment en prendre soin, rétorqua le Roi en étirant son dos courbaturer. De plus, un cheval bien dressé devient notre meilleur ami sur un champ de bataille. Vous avez terminé votre ronde ? Mince, je n'imaginais pas qu'il était si tard.

— Mais pas trop tard pour aller boire un verre à la taverne, vous venez avec nous Sir ? lui proposa Gauvain avec entrain.

Arthur soupira et secoua la tête. Il ne savait pas comment ce dernier pouvait passer toutes ses nuits à la taverne, tout en continuant de remplir sa fonction de chevalier et d'être aussi performant aux entraînements matinaux. Le Roi en venait presque à le soupçonner d'user d'une des fameuses potions magique de Merlin, pour pouvoir tenir ainsi le rythme.

— Non merci, je vais surtout aller passer une bonne nuit de sommeil, déclina-t-il en levant les bras devant lui en signe de négation. N'oubliez pas la réunion de la Table Ronde demain après midi et ne soyez pas en retard.

Les trois hommes approuvèrent d'un salut officiel, tandis qu'Yvain revenait vers eux. Le lionceau lui arrivait presque à la taille et frottait sa tête contre le flanc de son maître, quémandant des caresses qu'il lui offrit distraitement, bien trop fatigué.

— J'ai fini de ranger, les prévinrent-il en camouflant un autre bâillement à l'aide de sa manche.

— C'est très bien, le félicita Arthur.

Il posa une main dans ses cheveux et les lui ébouriffa avant de venir l'attraper par les épaules pour le serrer contre lui. Yvain grandissait de jour en jour et arrivait désormais à son épaule. Arthur lui embrassa le sommet de la tête, ce qui ne fit même pas réagir le jeune garçon, trop fatigué pour protester.

— File te doucher maintenant et vas te coucher avant que tu ne t'écroules sur le sol, lui conseilla-t-il avec le sourire d'un père aimant.

Lui, qui avait été privé du droit de fonder une famille, il avait réellement trouvé le bonheur en la personne de cet enfant. Il lui rappelait beaucoup lui-même lorsqu'il avait son âge et regretta qu'il n'y avait pas plus de jeune de son âge. Comme lui, il allait grandir entouré d'adulte et grandirait bien trop vite.

Yvain obéit sans broncher et salua les chevaliers en passant devant eux, prenant la direction de ses appartements.

— A demain messieurs, leur traduisirent Arthur en rejoignant son poulain à coup de grande enjambée.

En posant ses mains sur ses épaules, Arthur le guida dans les escaliers et ne put s'empêcher de le charrier un peu.

— Hey marche droit fiston où tu va finir par te cogner quelque part. Tu ne voudrais quand même pas une bosse en plein milieu du front !

Yvain se réveilla presque immédiatement, lorsqu'il entendit Arthur l'appeler fiston. Même si Merlin était devenu officiellement son père adoptif, il adorait tout autant Arthur et se trouvait très chanceux de les avoirs tous les deux dans sa vie.

Ils finirent par arriver devant les escaliers qui menaient à la chambre du jeune garçon qui gémissait d'avance à l'idée de devoir monter toutes ces marches.

— Si je connaissais le crétin qui avait décidé que ma chambre devrait se trouver tout en haut d'une tour…

— Un peu de respect au crétin qui t'a donner une chambre ! rétorqua Arthur sur la défensive. Maintenant fil et n'oublie pas de te laver avant de t'endormir ou l'odeur va s'incruster !

Mais déjà, le garçon remontait les marches en colimaçon, disparaissant de la vision du Roi. Ce dernier ne put s'empêcher de sourire et secoua la tête. Yvain avait véritablement changé sa vie.

— Au fait ! cria-t-il du haut des marches, bonne nuit, Crétin !

Arthur en resta bouche bée. Il n'aurait su dire si c'était le fait qu'Yvain l'ai ouvertement appelé crétin, ou bien si c'était parce qu'il avait oublié toutes les bonnes manières, n'hésitant pas à crier malgré l'heure dans les couloirs vides et donc résonnant du château. En fait, si, c'était bien le surnom de crétin qui l'avait laissé abasourdi.

Le grincement de la porte en haut des marches l'avertit qu'il était rentré et Arthur soupira. Yvain l'épuisait, mais il ne le laisserait pas s'en sortir à si bon compte. Sans plus attendre, il reprit le chemin de ses propres appartements, se laissant allé à bâillement dans les couloirs vide de son château.

Cependant, avant de pouvoir arriver à destination, il fut happé dans la pièce voisine par une force qui lui semblait presque invisible et son dos heurta la porte qui se referma derrière lui. Aussitôt, des lèvres se plaquèrent contre les siennes dans un baiser à la fois tendre et passionné, laissant virevolter dans son bas-ventre une nuée de papillons sauvage qui s'embrasèrent peu à peu.

— Vous m'avez trop manqué, murmura Merlin contre sa bouche, son souffle caressant sa peau.

— Toi aussi, admit-il en l'attrapant par la taille afin de le rapprocher de lui.

Il parcouru sa nuque de baiser et approuva l'initiative de son sorcier, mais ce dernier le repoussa de ses deux mains en fronçant le nez. Sa mine dégoûtée en disait long.

— Vous sentez le cheval, la paille mouillé et le crottin…

Merlin porta une manche à son visage afin d'atténuer les odeurs de son amant et esquiva la botte que lui jeta son amant afin de le punir de son affront.

— Hey, j'y peu rien si vous sentez mauvais !

— Merlin ? interrogea Arthur avec lenteur, le regard brillant de malice.

Le sorcier savait très bien ce qui allait suivre et ne put s'empêcher de sourire.

— La ferme ! s'écrièrent-ils en cœur, l'un très sérieux, tandis que l'autre n'avait fait que l'imiter.

Arthur se débarrassa de son autre botte qu'il laissa à l'entrer et rejoignit Merlin près d'une baignoire qui trônait au milieu de la pièce. Il jeta un coup d'œil à son ami qui avait su anticiper ses besoins et en fut très reconnaissant, même s'il ne l'aurait avoué pour rien au monde.

— Vous étiez encore avec Yvain à cette heure-ci ? finit-il par lui demander le sorcier en attrapant une pile de serviettes propres qu'il déposa par terre. Je sais que je vous avais demandé de ne pas trop le gâter pour pas qu'il finisse par devenir aussi prétentieux et pourri gâter que vous, mais tout de même…

Arthur l'attrapa dans ses bras par-derrière, l'obligeant à respirer son odeur fétide de fumier vivant.

— Ah non, Arthur lâchez-moi ! se débâtit-il sans y mettre vraiment de la forme.

Tout deux savaient très bien que s'il l'avait voulu, Merlin aurait très facilement pu se libérer en usant de magie. Mais il ne le faisait jamais entre eux. Il préférait se la jouer à la loyale, même si quelques petites exceptions venaient s'infiltrer parfois dans ses bonnes résolutions.

— Je ne suis pas prétentieux, ni pourri gâté, le contredit-il en le retournant vers lui, pointant un doigt accusateur sur son torse.

— Plus maintenant, mais quand je vous ai connu vous l'étiez, affirma le sorcier avec amusement.

— Pas du tout, j'étais juste conscient de mes talents et de ma beauté, et je profitais juste de ce que les richesses de mon père pouvaient…

Plus Arthur parlait et plus Merlin avait du mal à contenir son fou rire.

— Bon d'accord, j'étais pourris gâter, abdiqua l'héritier Pendragon avec résolution.

Merlin laissa alors éclaté son rire, ce qui provoquait toujours en Arthur un frisson agréable.

— Merci de le reconnaître.

Merlin lui tapota l'épaule avant de se tourner vers la baignoire au-dessus de laquelle il leva une main. Ses yeux se dorèrent et l'eau apparut au fond du récipient, montant de plus en plus jusqu'à obtenir un niveau acceptable. Des bulles perturbèrent sa surface paisible et bientôt de la vapeur s'en échappa. Arthur ne put s'empêcher de poser ses mains sur les hanches de son Enchanteur, ainsi que son menton sur son épaule, le plaquant contre lui, au diable s'il sentait le cheval.

— J'adore quand tu utilises ta magie…

Merlin essaya de l'observer malgré leur position et utilisa un nouveau sort qui débarrassa Arthur de tous ses vêtements. Nez à nez avec lui, Arthur fut aux premières loges pour pouvoir assisté à ce phénomène qui embrassait ses yeux.

— Et dire qu'à une époque je croyais que la magie rendait mauvais tout ceux qui l'utilisait, murmura-t-il en dégageant une mèche de cheveux qui retombait devant ses magnifiques yeux, tantôt bleu limpides, tantôt doré.

— Et maintenant ? voulu savoir le jeune sorcier subjugué par son Roi, ami et amant.

— Maintenant, je trouve ça juste incroyablement pratique, s'amusa-t-il sous le regard incrédule de son Enchanteur.

Merlin leva les yeux au ciel et soupira en faisant volte-face. Arthur le rattrapa dans ses bras avant qu'il ne quitte son périmètre et lui embrassa la nuque, faisant rougir le jeune homme jusqu'aux oreilles.

— Allez y Arthur, bredouilla-t-il, entrez dans le bain tant qu'il est encore chaud.

Mais le Roi ronchonna, continuant ses baisers le long de sa colonne vertébrale, dégageant la tunique rouge qu'il portait à l'aide d'un doigt.

— Ce n'est pas drôle d'y aller seul…

Merlin soupira, à la fois de plaisir et de lassitude.

— Arthur ne faites pas l'enfant, le gronda-t-il presque, mais sa voix tremblante et gémissante n'était pas vraiment très convaincante.

Mais même s'il ne l'avouerait jamais, il aimait aussi ce côté-là de son Roi. Arthur finit par le lâcher et entra dans l'eau chaude du bain, tempéré à la perfection. Il ne put retenir un gémissement de plaisir et allongea son dos contre le fond de la baignoire, libérant ainsi de la place devant lui.

— Merlin ? l'appela-t-il en tapotant l'espace vide devant lui, faisant trémoussez l'eau qui éclaboussa ses cheveux.

— Arthur, soupira le sorcier en ramassant les derniers vêtements de son Roi qui encombraient le sol de sa chambre.

Les bras chargés de son paquetage, il fit face à l'homme capricieux qui avait ravit son cœur. Ce dernier l'appâtait avec une petite moue triste, mais qui fonctionnait à chaque fois.

— Ce n'est pas raisonnable, imaginez que quelqu'un entre et que…

Merlin se tue sous le poids de la culpabilité qui le pesait un peu plus à chaque instant. Il mentait. Encore une fois, il mentait à tout le monde. Il mentait tout d'abord à sa mère quand il lui affirmait que rien n'avait changé dans sa vie et qu'il ne comprenait pas ce qu'elle insinuait quand elle affirmait qu'il était plus heureux dernièrement. Il mentait à Gaius quand celui-ci lui demandait s'il avait du temps à lui consacrer et qu'il lui répondait qu'il était débordé parce qu'il profitait de ses moments de libre pour les passés avec Arthur. Il mentait aussi aux chevaliers qui n'y voyaient que du feu. Il mentait même à Arthur en lui certifiant que toute cette situation lui allait et qu'il ne regrettait pas — sur ce point-là au moins il ne mentait pas, car il ne regrettait pas sa décision de lui avoir avoué ses sentiments. Mais plus que tout, il mentait à sa meilleure amie en lui volant son époux dans son dos.

Il savait qu'il serait maudit pour ce qu'il avait fait, mais il ne pouvait se résoudre à abandonner. Maintenant qu'il avait goûté aux lèvres d'Arthur et à la douceur de ses caresses, c'était impossible. La seule personne à qui il ne mentait pas dans toute cette histoire, c'était à Lancelot. C'était le seul à qui il pouvait être totalement franc et honnête, et une fois de plus, le chevalier était devenu un pilier dans sa vie. Il ne pouvait imaginer ce qu'il serait devenu si Lancelot n'avait pas réapparu.

Arthur fronça les sourcils et se redressa, croisant ses bras sur le rebord de cuivre de la baignoire et fit signe à Merlin d'approcher. Ce dernier déposa le tas de vêtements sur son lit et s'agenouilla devant son Roi, posant son front contre l'un de ses bras. Une de ses mains se perdit dans ses cheveux ébouriffés, les caressant avec amour et délicatesse.

— Premièrement, il est très tard et personne ne rentrera dans tes appartements à cette heure-ci, auquel cas je me ferais un plaisir de faire exécuter le malheureux sur le champ…

La remarque fit sourire Merlin qui reconnaissait bien là son ami. Il sentit un baiser se poser sur sa tempe, puis remonter jusqu'à son oreille.

— … et deuxièmement j'ai très envie de toi.

La révélation fit à nouveau rougir le Sorcier qui se redressa, plongeant son regard dans les yeux bleus de son vis-à-vis. Ce dernier s'approcha juste pour venir cueillir un chaste baiser sur ses lèvres. Merlin passa une main dans ses propres cheveux et se mordit la lèvre, hésitant à succomber à la tentation. Mais son amour et son désir pour Arthur était bien trop fort. À tel point qu'il se demandait sincèrement comment avait-il fait pour s'en passer jusque-là ?

Il lui rendit son baiser comme unique réponse avant d'y mettre fin en se remettant debout, obligeant Arthur à se tendre pour conserver ses lèvres le plus longtemps possible contre les siennes. Merlin retira ses chaussures et entreprit de se dévêtir, faisant briller ses yeux pour verrouiller toutes les portes de ses appartements, sous le regard brûlant du maître des lieux. Il entra dans l'eau encore chaude et prit place face au Roi, s'assaillant sur lui, un genou de part et d'autre de sa taille.

— Je vous aime… Arthur, lui avoua-t-il en enroulant ses bras autour de son cou.

Déclaration que le bénéficiaire eu tôt fait d'y répondre, par des caresses amoureuses et des baiser tendre. Des soupirs et des gémissements leur échappèrent, mais ils furent très vite avalés par leur baiser.

Si à présent le contact physique leur était familier et que le corps de l'autre n'avait plus de secret pour eux, leur début fut plutôt chaotique. Les deux jeunes amants avaient profité du départ de Guenièvre, qui étaient partit se recueillir sur la tombe de son père pour l'anniversaire de sa mort, pour amorcer un premier contact physique.

Leur première fois fut dans la chambre de Merlin, Arthur avait tout prévus pour l'occasion, repas aux chandelles pour tous les deux et il avait accordé sa soirée à l'Enchanteur pour qu'il ne soit pas dérangé. Tout se passait plutôt bien d'ailleurs, leur complicité aidant beaucoup, même si la gêne de la découverte était bien présente. Si l'un d'entre eux n'avait jamais eu de relation physique avant ce jour, l'autre n'avait connu que le corps d'une femme.

Avec beaucoup de patience et de tendresse, Arthur avait fini par apaiser Merlin qu'il embrassait amoureusement, allongé sur lui dans le confort de son lit à baldaquin. Mais lorsque leur rapport fut plus intime et que le plaisir avait envahit l'esprit du sorcier, ce dernier avait accidentellement mit le feu aux rideaux de son lit. Magie l'oblige, le feu avait été très difficile à éteindre et comme Merlin n'avait plus de contrôle sur celle-ci, la présence d'autant de gardes qui se précipitait dans la chambre pour apporter des seaux d'eau et éteindre le début d'incendie, avait mit un terme à leur première tentative.

Pour la deuxième, le lendemain, Arthur avait amené Merlin en extérieur, près de lac où ils étaient venus s'y rafraîchir une fois avec Yvain. Seuls dans les bois, l'ambiance était toujours légèrement tendue et Merlin était un peu plus angoissé que la veille à l'idée de perdre à nouveau le contrôle sur sa magie. Cela ne lui était jamais arrivé et il craignait que cela ne se reproduise à nouveau. Ce qui ne manqua pas d'arriver. Lorsqu'Arthur avait renversé Merlin sur le dos, s'allongeant sur lui pour venir entamer les préliminaires, Merlin avait tout juste touché le plaisir du bout des doigts que ses yeux se teintèrent à nouveau. S'il n'avait pas usé de ses réflexes pour les faire rouler sur le côté, cette énorme branche d'arbre qui s'était détacher de son tronc les auraient très certainement éventrées tous les deux.

La troisième fut la bonne, lorsque ce fut Merlin qui prit l'initiative. Maitrisant la situation, il avait l'impression de maîtriser sa magie. À califourchon sur Arthur, il avait juste imposé une position laissant Arthur géré le reste. Ils purent ainsi expérimenter leur première fois sans tout faire immoler ou manquer de se faire transpercer. Ce ne fut qu'à la fin, une fois essoufflé et en sueur, qu'ils réalisèrent que le lit ainsi qu'absolument tous les meubles de la pièce étaient en lévitation. Bien sûr, tous retombèrent en même temps, provoquant un tel vacarme qu'Arthur dû se réfugier à quatre pattes sous le lit, pour ne pas se faire remarquer par ses propres gardes.

Cette fois-ci, c'était bien plus simple, et Merlin arrivait mieux à maîtriser sa magie, même si elle lui échappait encore parfois, comme en cet instant, ou l'eau du bain fut prit de tremblement.

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Lancelot était épuisé, entre sa ronde et les chamailleries incessantes de ses deux comparses, il était à bout. Une fois son travail terminé et relevé de sa mission par d'autres chevaliers qui avaient pris la suite, il pouvait enfin prendre du repos bien mérité. Même si certaines journées étaient parfois éreintantes, il ne s'en plaignait jamais, car il était là ou il avait toujours souhaité être. Toute sa vie, il avait rêvé de servir un grand Roi, de se battre à ses côtés et d'obtenir sa reconnaissance pour ce qu'il valait vraiment. Il avait eu le droit à une seconde chance dans la vie et tout le monde n'avait pas cette chance, il ne comptait donc pas la gâcher.

Les appartements des chevaliers se situaient tous aux sous-sols du château, proche de la salle d'armurerie. Tout l'étage avait dû être réaménagé lorsque le nombre de chevaliers avait subi une augmentation exponentielle. Des centaines d'hommes de tout âge s'étaient présenté au château depuis l'inflation qu'avait prit Albion, et la réputation florissante de Camelot. Tant et si bien que seuls les plus anciens chevaliers avaient une place à la table ronde et pouvaient assister aux réunions.

L'espace qui leur était dédié et attribué à chacun n'était pas très grand ni très luxurieux, mais c'était largement suffisant. Il y avait un lit très confortable, une table de chevet ou régnait un candélabre dont les bougies étaient régulièrement changées, une armoire assez grande pour y ranger leurs effets personnels et pour finir un petit bureau muni d'une bibliothèque.

Lancelot se dirigea vers le secrétaire en bois massif sur lequel de nombreux papiers l'encombraient et en attrapa au hasard qu'il parcourut du regard. Au-dessus, accroché au mur à l'aide de petite dague, se trouvait un patchwork de différentes cartes qui tentèrent de représenter le plus fidèlement possible, le Château et ses environs. Une multitude de croix à l'encre noire la parsemait, ne laissant vierge que les endroits les plus éloignés. Un soupire lasse s'échappa de ses lèvres, tandis qu'il attrapait la plume dans son encirer et qu'il entourait une zone, la fixant comme si elle allait lui apporter toutes les réponses qu'ils cherchaient. Il finit par se décourager et posa ses deux mains sur le bureau, fermant les yeux sous la fatigue qui l'envahit soudainement.

Il était épuisé et désespéré. Il avait cherché partout, en vain. La colère finit par le gagner et il dégagea le bureau d'un grand coup de bras. Pinçant l'arrête de son nez, il inspirait et expirait plusieurs fois, tentant de reprendre son calme, lorsqu'un fracas dans le couloir l'interpella. Son entraînement de chevalier l'obligeait à toujours se tenir toujours prêt en cas d'attaque, aussi, il se redressa immédiatement et récupéra son épée personnelle qu'il concevrait toujours dans ses appartements en cas de danger. Regagnant la porte en silence, il s'adossant contre le mur et attendit. Aucun autre bruit ne se faisait entendre, c'était peut-être un serviteur qui avait trébuché ou qui avait fait tomber quelque chose.

Il se décida donc à ouvrir la porte afin de savoir ce qui avait provoqué un tel vacarme, restant toutefois sur ses gardes. Il s'aventura dans le couloir éclairé par les torches qui brûlaient à toute heure du jour et de la nuit et se figea.

— Par tous les dieux, jura-t-il en laissant son épée à l'entrer de sa chambre avant de se précipiter vers la silhouette qui s'était effondrée contre le mur.

Son capuchon s'abaissa, dévoilant une cascade de boucle noire et des yeux bleus si familiers. Malgré la pénombre du couloir, le visage abîmé et meurtrit d'Ellan frappa Lancelot de plein fouet. Sans voix, il ne put que l'observer sans oser bouger, jusqu'à ce que la voix suppliante de la jeune femme, ne le sorte de ses pensées.

— Lancelot…

Sa voix sonnait comme une supplique, résonnant comme un appel à l'aide ce qui fendit en deux le cœur du chevalier. Secoué par les émotions qui l'envahissaient, il lui apporta l'aide que la jeune femme avait besoin. Ayant du mal à tenir debout, il la souleva dans ses bras et l'amena dans sa chambre, refermant la porte à l'aide d'un grand coup de pied. Il l'allongea sur sa couche avec autant de délicatesse qu'il put et rapprocha le chandelier afin de pouvoir analyser ses blessures.

Un hématome parcourait toute sa joue droite de son oreille jusqu'à son œil légèrement violacé. De multiple coupure entaillait son visage et sa lèvre était fendue. Lancelot ne put retenir sa peine plus longtemps et plaqua son point devant sa bouche pour s'empêcher de hurler devant tant de cruauté. Ellan était une jeune femme si douce et si belle, possédant la naïveté de la jeunesse et le grand cœur qui ne faisait que lui rappeler son ami. La voir dans un tel état aussi déplorable, savoir que quelqu'un avait lui infligé un tel traitement le mettait hors de lui.

— Viviane, l'appela-t-il en utilisant son véritable prénom.

Celui qu'Arthur lui avait donné lorsqu'il l'avait trouvé, flottant au-dessus du Lac d'Avalon, peu de temps après la mort de Merlin. Ellan n'était que son nom druidique qu'elle avait utilisé comme nom d'emprunt afin que personne ne sache qui elle était vraiment.

— Viv ? tenta-t-il en l'affublant d'un petit surnom affectif afin qu'elle se sente en sécurité ici. Où étais-tu tout ce temps ?

Les yeux clos, une larme franchit la barrière de ses cils et dévala sa joue meurtrie, terminant sa course sur l'oreiller.

— Oh ma belle, gémit-il en posant une main sur sa tête, caressant ses cheveux avec délicatesse. Dit moi ce qu'il t'est arrivé ma grande… qui t'a fait cela ?

Il devait savoir. Savoir qui haïr pour ce qu'il avait osé faire. Lever la main sur une femme était déjà impardonnable, mais lorsqu'il s'agissait d'une jeune femme aussi dévoué et attendrissante, il savait qu'il ne pouvait s'agir que d'un monstre.

— J'étais… Nous étions mort d'inquiétude avec Guenièvre lorsque nous avons réalisé que tu avais disparu, continua-t-il en arrêtant ses doigts sur son front brûlant. Je suis parti à ta recherche, tous les jours afin de te retrouver, même la Reine à remué ciel et terre pour cela. Nous avons même fini par fouiller les bois et les villages alentour, tellement nous étions inquiets.

Ellan rouvrit des yeux humides d'un bleu plus clair que du cristal et plus intense que du saphir. La considération de Lancelot à son égard était la chose la plus gentille qu'elle avait vécue ces six derniers mois.

— Morgane, répondit-elle dans un sanglot qu'elle tenta en vain de dissimuler.

Mais plus elle essayait de les refouler, plus les larmes coulaient et ses gémissements s'échappaient de sa gorge éraillée.

— Hey, hey… chut…

Lancelot la fit se redresser et la serra précautionneusement dans ses bras. Il ne savait pas qu'elle autre blessure interne ou sur le corps elle pouvait avoir, mais il savait qu'en cet instant, elle avait besoin d'une bonne épaule sur laquelle pleurer. Il la berça ainsi contre lui pendant quelques instants, caressant ses cheveux et son dos d'un geste tendre, tout en lui murmurant des paroles douces et réconfortantes.

Une fois que les sanglots de Viviane s'étaient tus, le chevalier retenta son questionnement. Rester ainsi sans réponse était éprouvant pour ses nerfs, il avait besoin de noms, d'un coupable et de réponse. Il l'écarta légèrement de lui et essuya le visage strié de larme de la druidesse à l'aide de sa manche.

— C'est elle qui t'a fait cela ?

Un timide hochement de tête lui répondit. Viviane avait les yeux baissés, incapable d'affronter le regard de Lancelot, pas après ce que Morgane lui avait obligé de faire. Le chevalier reconnu la honte dans ce geste et l'obligea à le regarder en soulevant son menton d'un doigt.

Ellan avait disparu depuis près de six mois. Six longs et effroyables mois ou elle avait été la captive de cette infâme sorcière. Elle n'avait aucune honte à avoir, elle était la victime dans cette histoire, une de plus au palmarès de Morgane.

— Tu n'as pas à avoir honte, tu as été torturé par cette sorcière pendant tout ce temps, commença-t-il d'une voix tremblante, essayant tant bien que mal de conserver son calme.

Il reprit la jeune femme dans ses bras, callant sa tête contre son épaule et reprit le mouvement de balancier qui l'avait apaisé juste avant. Peut-être parviendrait-il également à atténué sa rage.

— C'est fini à présent, je suis là et tu es en sécurité ici. Je te le promets.

Viviane se laissa dans l'étreinte du chevalier, se sentant comme une petite fille dans les bras réconfortant de son père adoptif lorsqu'elle était prise de chagrin. Lancelot avait la même aura qu'Arthur. C'était un homme bon et loyal.

Et elle avait gâché tout cela. Son impuissance avait souillé l'âme de l'être le plus parfait et le plus admirable qu'elle n'avait jamais rencontré.

.

Six mois plus tôt.

Dans les ruines de ce qui devait être autrefois une magnifique et grandiloquente auberge, accueillant sans aucun doute les plus riches voyageurs, Morgane y avait trouvé refuge. Le hall était vaste et devait, à l'époque, servir de salle à manger. Des tables retournées et des chaises dont plus aucune ne possédaient leurs quatre pieds jonchaient le sol. D'un geste des deux mains, elle les écarta de son chemin, se dirigeant vers la cheminée qui par miracle semblait fonctionné encore. Elle ralluma le feu en faisant briller ses yeux, repérant un fauteuil encore en état sur lequel elle s'avachit.

Frottant son front, la fatigue de ce voyage et du sortilège qu'elle avait utilisé sur cette Viviane Pendragon l'avait épuisé.

— Pendragon, murmura-t-elle en jetant un coup d'œil sur les braises du feu qui réchauffa peu à peu l'air, même si le trou béant au plafond laissait apparaître un ciel dégagé et étoilé.

Morgane ne parvenait pas à croire tout ce que cette druidesse lui avait révéler. Pourtant, sous l'emprise de son sort de possession, elle n'aurait pu le déjouer pour lui mentir, ce qui était plus déroutant que réconfortant.

Mordred la rejoignit après s'être assuré d'avoir enfermé la sorcière au cas où son emprise magique se délirait. Elle ne ferait pas l'erreur deux fois de sous-estimer ses adversaires. Elle ne l'avait que trop fait en ce qui concernait son Frère et Merlin.

— C'est fait, lui rapporta le druide en s'accoudant contre la cheminé. Et maintenant ?

— Je n'en sais rien, lui avoua-t-elle en levant les yeux sur lui. Qu'en penses-tu, toi ?

Le jeune homme soupira et croisa les bras sur son torse. Il haussa les épaules en secouant négativement la tête.

— Je pense que toute cette histoire me dépasse largement. Je ne sais pas si ce qu'elle dit est vrai ou si c'est même faisable de revenir dans le passé pour y changer le futur. Mais si ce qu'elle dit est vrai, alors nous avons là le moyen d'obtenir enfin notre vengeance. Cette femme sait ce qu'il doit ce passé, ce qui pourrait nous donner l'avantage sur eux.

Morgane approuva, pensant la même chose que son jeune ami. Revenir dans le passé pour modifier son avenir, s'était là un doux rêve qui semblait inaccessible. D'autant qu'Ellan lui avait confié qu'elle ne connaissait pas le sort et que c'était le Merlin de son passé qui l'avait inventé. Donc il n'existait pas encore.

Le début d'une migraine commençait à poindre, lui faisant regretter presque d'avoir rencontré cette femme. Pourtant, Mordred avait raison, sa présence lui offrait un avantage considérable.

— Je vais aller lui rendre une petite visite, l'informa-t-elle en se relevant avec la grâce et l'élégance d'une reine.

Quittant l'auberge elle remonta le chemin qui menait à un puits dont le trou avait été recouvert d'une grille que Mordred avait scellé magiquement. L'ironie du sort avait placé cette prison à porté de main. Enfermant dans cet espace humide et froid tout comme elle-même l'avait été en compagnie d'un dragon en pleine croissance. Le simple fait d'y songer lui glaçait le sang.

La surplombant de toute sa hauteur, Morgane s'accouda au rebord du muret de pierre qui composait le puits. Viviane avait été enchaînée, pied et poing liés et restait assise sans bouger, complètement soumise à son sortilège. Cette vision ravit la Prêtresse de l'Ancienne Religion, ses lèvres s'étirant dans un sourire mauvais.

— Si ce que tu m'as divulgué est bien vrai, même si cela semble complètement abracadabrant, il y a toutefois une zone d'ombre dans ton histoire que je ne parviens pas à élucider.

Ellan leva le visage vers sa maîtresse, ses deux yeux noirs la fixant sans vraiment la voir. Ce qui était le plus terrible dans ce châtiment, c'était que l'hôte possédé conservait une pleine conscience de ce qui l'entourait. Il voyait, ressentait et subissait, tout ce qu'il se passait, sans parvenir à trouver la force d'intervenir et de mettre fin à son calvaire.

— Pourquoi Merlin aurait-il pris le risque de se mettre les deux Sœurs du Destin à dos, dans l'unique but de ramener ce chevalier ?

Même si elle l'aurait voulu, Ellan ne pouvait ni lui mentir, ni l'ignorer. C'était bien pire qu'être sous l'influence d'une potion de vérité. C'était comme si elle avait été mise à nue, prisonnière de son propre corps. Plus aucune de ses pensées ou de ses souvenirs ne lui appartenait plus.

— Vous aviez piégé Arthur dans le Val sans Retour, lui avoua la druidesse sans faillir, alors que son âme pleurait et saignait de ne pouvoir résister et de livrer ainsi autant d'information capitale à son ennemi. Lancelot était le seul qui pouvait l'en sortir.

Morgane fronça les sourcils, néanmoins intriguée par cette nouvelle. Elle prit place sur le petit muret de pierre et se pencha au-dessus de la grille, s'assurant que son emprise était toujours maintenue.

— Qu'est-ce que… le Val sans Retour ?

— Après votre peine de cœur causé par le Chevalier Guyamor, vous avez créé le Val sans Retour dans une partie de la forêt de Brocéliande. Vous désiriez punir les faux amants enfermant l'âme des hommes infidèle comme l'a été le vôtre en vous trompant pour suivre la cause d'Arthur et de Merlin. Il l'aimait plus que vous, ce qui vous à rendu avide de vengeance. Ainsi, tout homme infidèle qui s'en approchait, fut piégé à jamais dans une dimension ou le temps s'écoule à toute vitesse, incapable d'en sortir pour y retrouver l'être aimé. Condamné à y errer pour l'éternité, assaillit par les visions de cet amour désormais impossible.

Le sourire de la Sorcière s'agrandissait, au fur et à mesure que parlait son interlocutrice. Ainsi donc elle avait réussi à obtenir réparation sur cet homme qui lui avait si sciemment brisé le cœur, tout en se débarrassant de son frère au passage ? Voilà qui était une bien douce victoire dans ce futur qui était le sien.

— Quel est le rapport avec ce Lancelot ? lui demanda-t-elle en restant concentré sur ses objectifs.

Les chaînes qui entouraient les poignets de la druidesse tintèrent, résonnant dans le trou lugubre et sombre ou elle avait été jetée comme un animal. Sa joue était contusionnée et son visage ainsi que tout son corps avait souffert lorsque Mordred l'avait poussé à l'intérieur. Les parois rugueuses lui avaient écorché le visage et elle soupçonnait même d'avoir une jambe cassé, mais une fois de plus elle n'avait rien pu dire, ni rien faire.

— Seul un homme resté fidèle envers une seule femme dans toute sa vie, peu trouver les portes du Val sans Retour une fois à l'intérieur. Mais la fidélité est subjective. Il peu s'agir d'un amour chaste comme consommer. Lancelot était le seul chevalier à la connaissance de Merlin, qui n'avait jamais aimé qu'une femme, et qu'il lui était resté fidèle, donnant même sa vie pour obéir à sa dernière requête.

Celui de protéger Arthur, pensa Morgane en hochant la tête. Commençant déjà à mettre en marche un plan d'attaque, elle se demandait quel maléfice de sa connaissance serrait suffisamment puissant pour provoquer une réaction telle que décrite. Soudain, une incompréhension dans cette histoire l'interpella.

— Comment mon frère a-t-il pu se retrouver piégé dans ce Val sans Retour ? À ma connaissance, il n'a jamais aimé que Guenièvre ? Même si je ne comprendrais jamais pourquoi…

Mais la réponse lui apparut, au moment de poser la question.

— Ainsi donc, Arthur n'est pas aussi preux et parfait qu'il veut bien le prétendre, ricana-t-elle. Je serais curieuse de savoir qu'elle est donc l'identité cette femme qui est parvenu à détourner le grand Arthur Pendragon de son si grand amour ?

— Vous-même, Morgane, répondit la voyageuse temporelle, sous le regard incrédule et dégoûté de la Sorcière.

— Quoi ?

— Vous aviez pris l'apparence de la Reine afin de partager la couche d'Arthur, faisant de lui un homme déloyale.

Le dégoût s'imprégna sur les traits de la Sorcière qui reteint un haut-le-cœur en plaquant une main sur sa bouche. Était-elle réellement prête à aller jusque-là pour obtenir ce qu'elle avait toujours désiré ? Elle n'en était plus aussi certaine que cela. La simple idée d'imaginer cet homme la toucher, lui donnait envie de vomir.

— Mais vous n'en avez plus besoin aujourd'hui, révéla Ellan qui récupéra l'attention de sa geôlière, lui parvenant comme une délivrance.

— Poursuit, la pressa-t-elle, désireuse de connaître la raison de son salut.

— Dans cette époque, Arthur a déjà trompé la Reine.

La révélation eue l'effet d'une gifle pour Morgane qui n'aurait jamais pensé que son Saint Frère Arthur Pendragon avait trompé délibérément Guenièvre. Ainsi, il existait bien une femme en ce monde qui l'avait détourné de ses grands idéaux.

— Vraiment ? s'étonna-t-elle à voix haute en caressant son menton avec d'un geste penseur. Si je sais de qui il s'agit, je pourrais peut-être l'utiliser contre lui… tu sais sûrement de qui il s'agit n'esse pas mon amie.

Son ton minaudant était insupportable pour Viviane, mais elle n'eu d'autre choix que de lui répondre.

— Merlin.

Morgane ne comprit pas immédiatement pourquoi le nom d'Emerys venait d'être prononcé et s'apprêta à lui poser à nouveau la question, lorsqu'elle réalisa que s'était la réponse la plus évidente qu'il soit.

— Non ! fulmina-t-elle en se relevant, sa magie faisant trembler le sol. C'est impossible… Arthur et… Merlin ?

— Ils sont les deux faces d'une même pièce, continua Ellan sans s'arrêter malgré la rage profonde de la Sorcière qui faisait gronder la grille qui maintenait sa cellule close. Il est normal qu'ils partagent un lien qui dépasse tout entendement. Même le vôtre.

Morgane bouillonnait. Ainsi donc Arthur lui avait bien volé l'amour de Merlin. Elle allait définitivement le lui faire payer et quoi de mieux que de justement mettre en place ce plan que son moi du futur avait entreprit ? Avec toutes les pièces du puzzle en main, cette fois-ci, elle ne pourrait échouer.

— Lancelot, est-il vraiment le seul chevalier de Camelot à pouvoir prétendre revenir de ce Val sans Retour ? voulu-t-elle savoir.

— Son amour pour Guenièvre en fait le meilleur candidat, à l'époque, Merlin n'en avait pas d'autre, répondit Ellan tandis que son œil droit reprenait peu à peu de sa couleur azure. Mais vous ne réussirez pas. Leur amour est plus pur, que votre magie n'est noir.

Morgane se redressa et d'un bras tendu vers elle, elle la fit léviter. Les chaînes lourdes à ses poignets meurtries lui arrachèrent la peau, tandis qu'elle la levait jusqu'à la grille, afin de pouvoir lui parler face à face.

— Tu vas me dire exactement tout ce que tu sais, et dans les moindres détails, lui ordonna-t-elle avec autorité.

— Si… ce n'est pas Merlin, commença-t-elle, c'est moi qui vous tuerais Morgane.

Ayant repris peu à peu de ses esprits, elle ne parvenait toujours pas à reprendre le contrôle de son corps, mais au moins ainsi, elle parvenait à communiquer à nouveau.

— Je ne crois pas non.

D'un geste, Ellan percuta le sol de pierre et s'écrasa avec violence au fond de ce puits qui devint sa prison durant les six prochains mois, entrecoupés de torture physique et psychologique. Elle lutta de toutes ses forces contre la noirceur de cette chose qui avait prit possession d'elle, en vain.

.

Ellan avait raconté à Lancelot sa captivité, sans oser lui parler du Val Sans Retour. Cela aurait impliqué le rôle qu'elle avait joué et elle n'en était pas encore capable. Elle avait été obligée de revêtir l'apparence de Guenièvre à l'aide du pendentif magique de Brisène que Morgane avait en sa possession, et toujours sous l'emprise de son sortilège, l'avait forcé à passer une nuit avec le chevalier.

Cela avait été leur première fois, que ce soit pour elle, comme pour lui. De ce qu'elle savait de son passé, Guenièvre avait été la seule femme qu'il n'avait jamais, refusant tout autre femme, malgré sa beauté légendaire. Cet instant qui aurait du leur être si précieux, n'avait été ni plus ni moins qu'un viol.

C'était ce qui rendait la chose aussi horrible et si difficile à annoncer. Elle ne savait même pas comment elle aurait pu lui avouer une telle chose ? « J'ai été contrainte d'usurper l'identité de ton unique amour, pour te voler ta première fois et je t'ai effacé la mémoire juste après afin de te priver de ce qui faisait de toi un être si exceptionnel, ta loyauté. » ? Non, elle ne pouvait définitivement pas lui dire une telle chose.

— Je suis tellement désolé, répétait-elle en cachant son visage entre ses mains.

Lancelot la serra à nouveau dans ses bras, ce qui pétrifia la jeune femme. Sa tendresse lui rappela cette nuit qu'ils avaient partagée, sans qu'il n'en ait plus aucun souvenir. Même si elle savait que c'était mal et qu'elle ne méritait pas une telle gentillesse de sa part, elle ne pouvait s'empêcher de s'y abandonner. Le contact de sa peau sur la sienne, lui donnait de violent frisson qui l'électrisait complètement.

— Tu n'as rien fait de mal Viviane. Tu as juste été une autre victime de cette sorcière et elle paiera pour cela, je t'en fais la promesse.

Il dégagea son visage en repoussant ses mèches derrière son oreille et posa son revers de main sur son front qu'il sentait bien chaud sous ses doigts.

— Tu as beaucoup de fièvre, lui avoua-t-il avec inquiétude. Je t'en pris, laisse-moi appeler Gaius pour qu'il puisse te soigner.

Viviane était au bord de l'inconscience, la fièvre lui faisant perdre toute clarté d'esprit. Aussi, elle ne comprit même pas ce qu'il lui demandait et sombra peu à peu dans le néant.

.

Cinq mois plus tôt.

Morgane se terrait toujours dans cette auberge insalubre, et fomentait sa petite vengeance en créant son propre sortilège. La tâche n'était pas aisée, et même en connaissant le résultat, elle ne parvenait pas à obtenir la bonne formule.

Travaillant dessus depuis plus de deux jours sans avoir fermé l'œil de la nuit, ou avoir pris le temps de manger, elle fut néanmoins tirée de sa transe par la visite surprise d'un être qui lui était bien connu.

— Roi Claudas, s'étonna-t-elle en se levant du bureau qu'elle avait poussé près du feu de cheminée afin d'avoir assez de chaleur et de lumière. Où devrais-je juste vous appelez simplement Claudas à présent. Je crois savoir de source sûr, que c'est votre fils qui à récupérer ce titre.

Son arrogance et son sarcasme se lisaient dans le ton de sa voix. Voir cet homme revenir devant elle, la queue entre les jambes, après lui avoir tourné ainsi le dos était quelque peu jouissif. L'homme n'était pas seul, son fils, Dorin l'accompagnait, ainsi qu'une vingtaine d'hommes qui lui étaient restés fidèle, pour elle ne savait quelles raisons.

— Morgane, la salua ce dernier en prenant sa main qu'il baisa, s'agenouillant à ses pieds. Votre beauté m'avait manqué…

Il redressa la tête et l'affubla d'un sourire carnassier que Morgane trouvait dégoûtant. Elle retira aussi vite sa main, l'essuyant contre les jupes de sa robe et reporta son attention sur le père, faisant fit du fil.

— Que me vaut le plaisir de votre visite ?

— Je sais que notre alliance ne c'est pas terminé dans les meilleures conditions possible, mais j'aimerais toujours vous prêter main forte. Vous êtes toujours à la recherche d'un moyen pour attaquer Camelot, je ne me trompe pas ? Dans ce cas, vous ne pourrez le faire seule.

Morgane explosa de rire, tenant son ventre douloureux entre ses bras.

— La dernière fois, vous aviez une armée et un château à votre disposition, et vous ne m'avez été d'aucune utilité, cracha-t-elle en retrouvant son sérieux. Qu'auriez-vous de plus à m'apporter aujourd'hui ?

Claudas affronta la menace de cette sorcière sans broncher, ce qui ne manqua pas d'impressionner celle-ci.

— Cette fois, on vient avec cela, lui répondit Dorin en posant un lourd ouvrage sur la table.

Le bruit résonna dans l'habitacle vide et se répercuta dans l'air. Son regard fut attiré par le livre qu'elle parcourut du bout des doigts. Il s'agissait là d'un livre très rare, écrit par les Prêtresses de l'Ancienne Religions avant la Grande Purge. Obligé de s'asseoir pour supporter la surprise et l'émotion qui l'envahissait, Morgane ouvrit la première page et la découvrit recouverte de signature. Toutes les sorcières qui y avaient apporté leur savoir, l'avaient signée de leurs noms. Elle caressa du bout des doigts les lettres qui formaient un nom qu'elle avait cru ne jamais revoir.

Morgause.

Elle relava les yeux sur Dorin qui lui offrit un sourire à la fois plein de malice et séducteur. Finalement, ces hommes allaient peut-être lui être plus utiles qu'elle ne l'aurait pensé.

— Ou avez-vous eux cela ? s'enquit-elle tout de même.

— Les druides le gardaient bien caché, lui expliqua Claudas, et j'ai pensé qu'il vous serait utile dans votre entreprise… et je l'espère, notre objectif commun.

Morgane hésita un instant. Mordred était avec la prisonnière et s'assurait qu'elle soit toujours sous contrôle, il ne pouvait donc pas lui apporter le précieux conseil qu'elle aurait aimé avoir. Avec la druidesse du futur et cet ouvrage, le monde se plierait à ses désirs. Ce roi et son ignoble fil, ne lui servaient plus à rien. Mais elle avait toujours eu un penchant pour les insectes qu'elle pouvait manipuler et écraser à sa guise.

D'autant plus que si elle avait fait une croix définitive sur l'amour, ce Dorin pourrait devenir un jouet plutôt agréable, une fois bien dressé.

.

Lancelot tambourina à la porte du laboratoire du médecin de la cour. Viviane s'était évanouie dans ses bras et il n'avait absolument aucune idée de ce qu'il devait faire. Et si elle avait des blessures internes plus graves qu'il n'avait pas su voir et que c'était trop tard ? Trop inquiet pour pouvoir faire preuve de respect en cette heure avancée de la nuit, il continua de frapper du poing contre le bois, avec acharnement.

— Oui, oui j'arrive, je ne suis pas encore totalement sourd, répondit la voix éraillée et bougonne de Gaius avant que le cliquetis du loquet ne retentisse. Lancelot ?

La surprise se lisait sur son visage. Lancelot avait de meilleures manières d'ordinaire. S'il le réveillait ainsi en plein milieu de la nuit, c'était que la situation devait être grave. Il jeta un coup d'œil dans le couloir, mais ne vit personne d'autre.

— Que se passe-t-il ?

— J'ai besoin de votre aide pour une consultation.

Gaius l'observa de haut en bas, ne comprenant pas l'affolement du chevalier qui semblait pourtant bien portant.

— Ce n'est pas pour moi, le contra-t-il aussitôt. C'est… pour une amie. Est-ce que vous pourriez me suivre, s'il vous plaît ?

Devant l'air surpris et incrédule du médecin, Lancelot insista.

— Je suis vraiment navré de vous déranger aussi tard Gais et je ne le ferais pas si ce n'était pas pour une urgence. Mais j'ai besoin de votre aide…

Le vieil homme le lui concéda et fit demi-tour, laissant la porte ouverte. Il récupéra une sacoche accroché au portemanteau proche de la porte qui contenait tout le nécessaire à une consultation en extérieur. Merveilleuse idée d'Alice. Cette femme avait révolutionné sa manière de travailler et l'avait surtout ordonnée d'une main de maître, facilitant grandement son activité.

Il attrapa également un chandail qu'il enfila à la vas vite et sortit en refermant la porte derrière lui.

— Très bien, je vous suis jeune homme, lui signala Gaius en lui faisant signe d'ouvrir la marche.

Lancelot le remercia à demi-mot et s'empressa de le conduire à ses appartements. Une fois à l'intérieur, il resta en retrait, laissant le médecin ausculté sa nouvelle patiente avec professionnalisme. Rongeant l'ongle de son pouce, il observait de loin les gestes de Gaius et les réactions de Viviane.

Par chance, il s'était avéré qu'après lui avoir administré une potion contre la fièvre, Ellan avait reprit connaissance, ce qui, selon Gaius, était une bonne nouvelle. Il lui posa plusieurs questions d'ordre médical, sans jamais outrepasser son rôle en lui demandant qui elle était, ce qu'elle faisait ici ou ce qu'il lui était arrivé.

Il retira la couverture que Lancelot lui avait mise pour lui tenir chaud, et dégagea légèrement son haut afin de pouvoir examiner son ventre. Tout comme son visage, celui-ci présentait des écorchures. Il le frappa de deux doigts à plusieurs endroits, lui demandant si elle cela était douloureux, mais la jeune femme secouait négativement la tête à chaque fois.

Une autre bonne nouvelle.

— Bien, termina-t-il en replaçant le vêtement sur sa peau avant de se tourner vers son sac.

Il en sortit deux flacons qu'il lui présenta.

— Le premier est une concoction, si jamais votre fièvre revient, quant à la seconde, il s'agit d'un onguent pour vos hématomes. C'est une petite merveille de notre Enchanteur, et c'est vraiment très efficace, vous verrez.

Ellan soupira de soulagement et lui offrit un sourire reconnaissant, qui perturba le vieil homme. Cette sensation ne provenait pourtant pas du contraste entre la douceur de son sourire et la dureté de son visage abîmé, mais d'un sentiment plus… familier ?

— Est-ce qu'on ne se serait pas déjà rencontré mademoiselle ? ne put-il s'empêcher de demander.

La panique gagna la jeune femme, prise au dépourvus, lorsque Landelot lui vint en aide, en bon preux chevalier qu'il était.

— Impossible, merci infiniment pour tout, lui répondit-il en le guidant vers la porte, une main sur son épaule pour le faire sortir. Et merci aussi de… votre discrétion Gaius. Merci infiniment.

— Il n'y a pas de quoi mon garçon, votre loyauté n'est plus à prouver et je vous fais entièrement confiance.

Il se retourna toutefois une dernière fois vers lui, avant que Lancelot n'ait eu le temps de refermer la porte.

— Toutefois, ce n'est plus de mon âge de passer une nuit dans un cachot…

Lancelot hocha la tête, comprenant parfaitement le sous-entendu du vieil homme. Si seulement il savait. S'il savait que cette jeune femme, qu'il venait de soigner, n'était autre que la fille de Merlin venu du futur pour essayer de le sauver d'une fin tragique.

Une fois seul, Ellan ferma les yeux et murmura des mots qu'il ne comprit pas, ce qu'il déduisit être de la magie. Mais rien ne se passa, et Lancelot en venait presque à se demander s'il n'avait pas rêvé. Pourtant, lorsque Viviane rouvrit des yeux dorés et qu'elle se redressa sur la couche, il réagit au car de tour et se précipita vers elle.

— Qu'est-ce que tu fais ? Hey… ne bouge pas, tu n'as peut-être pas de blessure grave mais tu dois te reposer.

— Merlin, murmura-t-elle les larmes aux yeux, agrippant les bras du chevalier avec désespoir. Il meurt… toujours. De façon différente mais… à chaque fois que je regarde, je n'y vois que sa mort… encore et encore… pourquoi ?

Ses gémissements et sa peine touchaient beaucoup le chevalier, lui-même très attaché à Merlin. Le Sorcier était le premier ami qu'il s'était fait ici à Camelot, et il aurait également donné sa vie pour le protéger et lui éviter une fin tragique.

— Je dois… je dois faire quelque chose mais, je ne sais plus quoi faire… maintenant que Morgane sais tout, je…

La panique commençait à la priver d'air et Lancelot la calma aussitôt en la serrant très fort contre lui.

— Je dois… je dois trouver comment le sauver, murmurait-elle au bord de la folie. Je n'aurais jamais dû venir ici… c'est bien pire que ça ne l'était avant… j'ai tout fait de travers.

— Chut, chut. Calme-toi, lui intima-t-il en la serrant un peu plus. Tu n'y es pour rien… pour rien, ma grande.

Après un moment passé dans cette position, le murmure de la jeune femme brisa le silence apaisant qui s'était installé entre eux.

— Je ne peu pas rester ici…

— Justement, la coupa-t-il en l'écartant de lui pour pouvoir la regarder en face.

Il essuya ses yeux humides à l'aide de son pouce et poursuivit.

— Tu devrais rester. De plus où irais-tu ? Morgane connaît l'endroit où tu vivais, et tu ne peux pas partir sans avoir au moins vu Guenièvre. Elle sera tellement soulagée de te revoir… même dans ce triste état.

Il faisait allusion à l'ecchymose sur sa joue et lui offrit un petit sourire triste.

— Elle était si inquiète pour toi, continua-t-il sans voir le trouble de la druidesse. Nous avons fouillé les bois à ta recherche ainsi que les villages voisins. La Reine à même demandé qu'une garde personnelle lui soit attribuée, afin de pouvoir s'aventurer plus loin.

Si ces mots auraient dû lui faire du bien, mais ils lui déchirèrent le cœur. Sa disparition avait finalement rapproché Guenièvre et Lancelot. C'était une bonne chose pour eux, pour leurs avenirs communs et après tout, c'était ce qu'elle avait essayé de faire depuis le début. Elle n'avait juste pas prévus de les trahir tous les deux au cours de son périple.

Elle approuva néanmoins, ne pouvant retenir une autre larme.

— Tout va bien, tu n'es plus seule, d'accord ? Et surtout, tu es en sécurité ici.

Ellan essuya ses joues à l'aide sa manche, grimaçant sous la douleur. Elle savait que tôt ou tard, elle devrait lui avouer la vérité. Le Val sans Retour et… eux. Et plus elle attendait, plus se serait dure par la suite. Mais pour l'instant, c'était au-dessus de ses forces.

Dans cette époque, Lancelot était la seule personne sur qui elle pouvait réellement compter. Il était devenu son repère et son roc, même lorsqu'elle avait eux les idées embrouillées par la magie noire de Morgane. Lancelot était son encre, si elle le perdait maintenant, elle ne le supporterait pas.

— Viviane, ajouta-t-il en lui prenant la main dans les siennes, lui apportant ainsi chaleur et réconfort. Je pense qu'il serait judicieux que tu racontes enfin la vérité à Arthur et à Merlin. Maintenant que Morgane sait ce que son avenir lui réserve, je pense que nous n'avons rien de pire à craindre, qu'ils l'apprennent eux aussi. Au contraire, ils pourraient nous être d'une aide très précieuse.

Devant son air paniqué, le jeune homme lui offrit une légère pression sur sa paume et ajouta immédiatement afin de la rassurer.

— Je ne t'obligerais pas à le faire si tu ne le veux pas ou si tu penses que c'est une mauvaise idée, mais je pense qu'au point où on en est, c'est ce qu'il y a de mieux à faire.

Ellan comprenait son résonnement et c'était plutôt une bonne idée en soit. Maintenant que Morgane avait en sa possession un tas d'information de la plus haute importance, cela pourrait finalement rétablir l'équilibre si Arthur et Merlin possédaient les mêmes armes qu'elle. Mais cela l'obligeait alors à surmonter beaucoup d'épreuves. Comme affronter le regard de ce père qui l'avait élevée et qui lui avait tout donné, jusqu'à son nom, sans qu'il ne la reconnaisse. Rencontrer son véritable père qu'elle n'avait jamais eu la chance de connaître et lui avouer que son avenir se raccourcissait de plus en plus, sans qu'elle ne puisse rien y faire. Et faire face au dégoût de Lancelot lorsqu'il apprendrait ce qu'elle lui avait fait, sous les ordres de Morgane.

C'était trop pour elle. Jamais elle ne serrait capable de faire face à autant d'émotion en une seule fois. Mais la chaleur et la douceur qui se dégageait de la pression des mains de Lancelot lui rappelaient qu'elle n'avait pas le choix. Si elle voulait avoir une chance de sauver Merlin et d'accomplir ce pourquoi elle était venu ici, lui seul pourrait peut-être désormais l'aider.

— Si tu le veux, je t'y accompagnerai, lui proposa-t-il. Nous pourrions aller les voir lors de l'une de leur doléance demain matin et… tout leur raconter. Qu'est-ce que tu en penses ?

Ellan acquiesça d'un timide geste de la tête. Même si elle n'était pas certaine de parvenir à trouver la force de le faire, elle ne pouvait y échapper.

— Tu… tu seras avec moi ?

— Bien sur… j'ai promis de t'aider et tu devrais savoir que je suis un homme de parole.

.

Merlin ouvrit les yeux sous les premiers rayons du soleil et s'étira dans un soupir d'aise, bien au chaud sous les couvertures de son lit. Un grognement à sa droite le fit sourire. Il caressa le bras qui reposait sur sa taille, et qui se resserrait autour de lui.

Que c'était plaisant de se réveiller au chaud, pelotonner dans la douceur d'un lit bien moelleux et de sentir l'être aimé contre soit. Merlin ouvrit soudainement les yeux, parfaitement réveillé et se redressa aussitôt, sous les protestations de son amant.

— Merde, Arthur, levez-vous ! s'écria-t-il dans un murmure pour ne pas réveiller tout le château.

Il s'habilla, aussitôt ses pieds ayant touché le sol et retourna vers le lit dans lequel Arthur s'était retourné, plaquant son oreiller sur sa tête.

— Je vais le tuer, jura l'Enchanteur en faisant briller ses yeux.

Arthur fut alors poussé par une force invisible qui le fit tomber à terre. Ce n'était pas un réveille très orthodoxe, mais cela eux au moins le mérite de fonctionner.

— Aie, gémit-il en se frottant le crâne, assis par terre, sa nudité cachée par la couverture qu'il avait emporté avec lui. Tu es tombé sur la tête, pourquoi tu a fais ça ?

— On c'est endormit !

Et c'est sensé être une réponse ? s'étonna Arthur en se frotta les cheveux qu'il ébouriffa au passage. Il commençait tout juste à faire jour dehors. C'est alors que son esprit encore endormi s'éveilla aussitôt.

— Mince, quelle heure est-il ?

— Peut-être celle pour vous de rejoindre sa propre chambre et votre propre lit, avant que la Reine ou qui que ce soit d'autre, ne découvre que vous avez découchez !

Arthur remit son pantalon en sautillant sur place et enfila sa chemise, réalisant qu'elle était bien trop juste. Un coup d'œil au sorcier et l'air débraillé qu'il arborait résolut le problème.

Dans sa chemise trop grande, qui dégageait une de ses épaules, Merlin était incroyablement attirant. Ce n'était clairement pas le moment d'avoir de tel pensé, et il se fit violence pour ne pas continuer sur cette voie, retirant sa chemise pour la lui lancer. Merlin l'attrapa, mais ne comprenait pas ce qu'il attendait de lui.

— Quoi vous voulez que je vous l'agrandisse ? Auriez-vous pris du poids récemment Arthur ? Ne put-il s'empêcher de le taquiner un peu.

— Tu porte la mienne imbécile ! le gronda-t-il en lui lançant un oreiller qu'il esquiva comme toujours.

Merlin s'exécuta immédiatement, et une fois tous deux à peu près présentable, Arthur se dirigea vers la porte mitoyenne qui séparait sa chambre de celle de Merlin. Dans un soupir, il l'ouvrit avec lenteur, la faisant grincer malgré tout. Faisant ses adieux au sorcier dans un chaste baiser, il rentra dans sa chambre royale en catimini.

La silhouette de Genièvre endormit dans leur couche commune lui pinçait le cœur. Il avait réalisé depuis près de six mois qu'il ne parvenait plus à faire semblant. Il aimait sincèrement la jeune femme, mais pas comme elle le méritait. Il déposa ses bottes près de la cheminée et sa tunique sur le dossier d'une chaise, lorsqu'il se figea, tel un voleur pris en plein flagrant délit.

— Arthur ? l'appela Guenièvre en se redressant la tête toujours dans les vapes. Vous rentrez seulement ?

Un coup d'œil à la fenêtre et au jour qui avait déjà débuté, suffit à lui faire comprendre que quelque chose clochait. Elle fronça les sourcils, reportant son attention sur son époux et ce fut précisément lorsqu'il se retrouvait face à ses yeux là, qu'il se détestait le plus. Lui mentir devenait de plus en plus douloureux, car elle ne méritait vraiment pas cela, mais malgré tout ce que sa raison lui criait de faire, il ne pouvait mettre un terme à sa relation avec Merlin.

— J'ai fini tard avec Yvain hier soir, commença-t-il sur un fond de vérité. Et comme je ne voulais pas te réveiller, j'ai… j'ai dormi dans la chambre de Merlin.

Une fois de plus, c'était la vérité, il omettait juste deux ou trois détailles.

— Mais il semblerait que je t'ai tout de même réveillé, consentit-il en gage d'excuse. Te devrait te rendormir, il est encore tôt.

Pourtant, Guenièvre ne l'écouta pas et enfila sa robe de chambre par-dessus sa chemise de nuit et gagna la table sur laquelle y restait quelques fruits de son dîner de la veille.

— Non, c'est très bien comme cela, je devais de toute façon me lever.

Arthur soupira, sachant très bien ce que sa Reine avait en tête.

— Gwen, l'appela-t-il plus affectueusement. Cela fait des mois que tu essayes de la retrouver mais… si ton amie est une médium et que tu ne parviens pas à lui mettre la main dessus, n'as-tu jamais pensée que c'était peut-être parce qu'elle ne le désirait pas ?

Guenièvre soupira en laissant reposer la pomme qu'elle avait prise dans sa main. Le regard rivé sur la table. Ellan avait disparu depuis six mois, mais ne serait jamais partit sans le lui dire. De plus, elle sentait que ce n'était pas naturel. Elle savait peu de choses sur la druidesse, mais une chose lui était évidente, c'était qu'elle s'évertuait à protéger Camelot, Arthur et Merlin du mieux qu'elle le pouvait.

— Je dois quand même essayer, lui répondit-elle avec conviction.

Arthur soupira, mais il la comprenait parfaitement. Lorsqu'il avait une fois été séparé de Merlin, alors que ce dernier était blessé et qu'il n'avait pas eu de ses nouvelles pendant plusieurs jours, il avait cru devenir fou. Il était partit lui-même à sa recherche, et ne pouvait que comprendre que rester sans réponse, pouvait être pire que la mort.

— Très bien, je comprends.

Guenièvre lui offrit un sourire sincère et l'embrassa amoureusement avant de partir se changer, le laissant seul avec sa culpabilité. Faire semblant devenait de plus en plus difficile, et il ne parvenait même plus à être convainquant lorsqu'il échangeait des moments intimes ou tendres avec sa femme. Le pire était qu'il avait d'avantage le sentiment de trahir Merlin dans ses moments-là, que Guenièvre.

Arthur s'effondra sur son lit, mais les draps étaient froids et l'odeur de Merlin lui manquait. Il posa un bras sur ses yeux et entreprit de se reposer un peu avant les doléances du matin qui allaient être vraiment difficile. Si entendre certaines absurdités de ses sujets lui donnait de forte migraine, le plus difficile était de rester au côté de Merlin aussi longtemps, sans même pouvoir esquisser un geste vers lui.

Mais il ne put se reposer bien longtemps, que des coups à la porte le sortirent de ses sombres pensées, nullement reposées. Léon pénétra dans ses appartements et s'inclina devant lui.

— Désolé de vous déranger Sir, mais une information de la plus haute importante nous est parvenus ce matin. Nous avons retrouvé la trace de Morgane et localiser l'emplacement de son camp.

Désormais, Arthur était plus que réveillé. Ainsi, il savait où sa sœur se trouvait, ne lui restait plus qu'à savoir comment la vaincre une bonne fois pour toute.

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Quatre mois plus tôt.

Morgane se dirigeait vers le puits, son nouveau livre de chevet sous le bras. Elle l'avait parcouru pendant des jours et des jours, lorsqu'un détail l'avait interpellé. Soulevant la grille à l'aide de sa magie, elle fit léviter sa prisonnière qui s'agenouilla, une fois libérée. Même après avoir été asservi pendant des mois et traiter comme un moins-que-rien, son sort lui assurait toujours sa loyauté et sa reconnaissance. Elle pouvait lui faire subir tous les sévices, Viviane lui obéirait toujours.

— Qu'est-ce que le Cuélèbre, lui demanda-t-elle sans préambule.

Son nom revenait plusieurs fois dans le grimoire, et il était décrit comme le gardien de l'Ancienne Religion. Si elle pouvait lui faire obéir à lui aussi, elle serait certaine de l'emporter lors de la bataille finale.

Trop souvent elle avait sous-estimé ses adversaires et n'avait pas assez exploité ses possibilités. À présent qu'elle savait ce que l'avenir lui réservait, elle devait s'assurer que rien ne viendrait se mettre en travers de sa route.

— Les Prêtresses de l'Ancienne Religion en parlent comme s'il s'agissait d'un dieu.

— C'est une créature de l'Ancienne Religion qui annonce l'avènement d'une Prêtresse Sombre, lui révéla Viviane avec servitude.

— Ou je peux le trouver ?

— On ne le trouve pas, c'est lui qui vous trouve.

Morgane fronça les sourcils, contrariée par cette réponse. Si elle voulait pouvoir contrer la magie du dragon que Merlin pouvait contrôler, il lui fallait trouver une force comparable à la sienne pour pouvoir l'écraser.

— Bien, dans ce cas, comment faire pour qu'il trouve le chemin ?

— Le Cuélèbre n'obéira qu'à un Sorcier qui aura embrasé les Ténèbres et abandonné toute part de lumière.

— Très bien, ricana-t-elle, je suis donc celle qu'il lui faut.

Elle se voyait déjà triomphé, Arthur englouti dans la gueule de sa créature, lorsque Viviane brisa ses fantasmes.

— Pas encore, il reste encore de l'amour en vous… aussi infime soit-il.

Morgane ne parvenait pas à comprendre de quoi elle parlait. Elle avait fermé son cœur à jamais et l'avait empêché d'être piétiné à nouveau, il n'y avait plus rien à quoi elle tenait. Mais lorsque son regard se posa sur Mordred qui revenait de la rivière en contrebas, ramenant de l'eau qu'il venait d'y puiser, elle comprit. La seule personne encore chère à son cœur était ce jeune druide.

.

Guenièvre rejoignit la chambre de Lancelot comme elle avait prit l'habitude de le faire pratiquement tous les matins à l'aube, afin qu'ils puissent partir ensemble à la recherche de leur amie commune.

Ce matin, le chevalier tarda à lui répondre et lorsqu'il le fit, un large sourire illuminait son visage et le rendait irrésistible, malgré la fatigue qui cernait ses yeux.

— Elle est revenue, l'avertit-il en ouvrant un peu plus sa porte, dévoilant la silhouette de la jeune femme allongée sur son lit.

Guenièvre entra avec précaution, les mains portées à sa bouche, retenant un cri de surprise. Mais sa joie ne fut que de courte durée lorsqu'elle remarqua les nombreuses blessures de son amie. Elle se précipita vers elle et prit place sur le lit.

— Ellan… Par tous les dieux, mais que vous est-il arrivée ?

La druidesse se redressa, faisant face à la Reine, incapable de retenir une larme en croisant son regard si sincèrement inquiet. Elle l'avait trahit elle aussi et de la pire des façons. Dans quelques heures, elle le serait elle aussi et lui tournerait le dos.

— Oh… paniqua Guenièvre en jetant un regard affolé à Lancelot qui leurs vint à toutes les deux en aide.

— Elle à été capturée par Morgane et… elle l'a obligée à faire ce qu'elle lui ordonnait.

— Mais c'est horrible… ma pauvre amie je suis…

Sans prévenir elle la serra dans ses bras, essayant de lui apporter un peu de soutient et de réconfort. Elle-même avait été sous l'emprise de Morgane et de sa vile magie, forcée de la servir contre son gré. Seule l'intervention de Merlin, lui avait sauvée la vie. A cette réflexion, la jeune femme réalisa qu'elle ne l'en avait jamais remercié comme il se devait.

— J'ai moi aussi été asservi par sa magie vile, lui raconta-t-elle en la regardant droit dans les yeux. Quoi qu'elle t'ait obligée de faire, tu n'es pas responsable. Tu m'entends ? Tu n'as rien fait de mal. Ce n'était pas toi.

Ellan sourit devant le tutoiement que la Reine avait instinctivement adopté et hoche la tête, légèrement rassurée par ces paroles. Lancelot s'étonnait d'ailleurs qu'elle soit parvenue en quelques mots à la calmer, alors qu'il avait lui-même échoué à cela toute la nuit.

— Tu es en sécurité à présent, continua-t-elle.

— Nous irons parler à Arthur et à Merlin ce matin, lors de leur doléance au peuple, lui expliqua Lancelot sans trop en dire. Ellan sait beaucoup de choses sur le futur et sur nous tous. Information que Morgane possède aussi désormais.

Guenièvre comprenait la gravité de la situation et approuva cette sage décision. Elle ne pouvait s'empêcher de s'en vouloir. Elle aurait dû insister pour qu'Ellan demeure au château. Entre ces murs, elle aurait été protégée. Mais elle lui avait semblé si invulnérable, qu'elle s'était laissée guider par le courant, sans même s'y opposer.

— Très bien, mais avant cela je vais faire un tour aux cuisines et te ramener un énorme plateau de nourriture, le plus grand que je trouverais, et le remplirais des meilleures mets, lui offrit-elle en se levant avec une mine réjouit. On réfléchit toujours mieux le ventre plein.

— Gwen, Merci, susurra Ellan avec trouble.

— Ne t'en fait pas, tout ira bien, lui répéta-t-elle en posant une main sur son bras. Arthur et Merlin seront t'aider. Ils gagnent toujours.

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L'heure fatidique avait sonné et Ellan se tenait devant la porte menant à la salle du trône avec une énorme boule dans l'estomac. Peut-être avait-elle trop mangé ? Mais elle n'avait plus avalé quelques choses depuis si longtemps, qu'elle s'en était donnée à cœur joie, dévorant tout ce qui lui passait sous la main.

Elle avait bien vu la mine renfrognée de Lancelot, ce dernier s'en était voulu de ne pas avoir pensé à la nourrir avant. Guenièvre l'avait rassuré en saluant sa réactivité pour avoir pensé à la faire soigner par un professionnel en priorité et lui avoir laissé le temps de se reposer.

D'un regard en coin, Ellan avait bien sur repérer leur rapprochement, aussi subtil soit-il. Une main attardée trop longtemps sur un bras, un regard qui s'éternisait et des sourires qui ne pouvaient tromper.

Quand ils apprendraient la vérité, comment réagiraient-ils ?

— Ellan ?

La jeune femme secoua la tête en reculant, percutant le mur de pierre derrière elle.

— Je ne peux pas… je n'y arriverais pas, je… je suis désolé… je ne peux pas.

Sa respiration se faisait de plus en plus saccader et sa vision se troublait.

— Calme-toi ma grande, calme-toi, lui intima-t-il en la faisant s'asseoir contre le mur, s'agenouillant face à elle.

— Je ne peux pas entrer là-dedans et leur dire de but en blanc qui je suis-je… je ne sais même pas comment je dois m'y prendre, commença-t-elle à débiter à toute vitesse. Et si…

— Chut, la coupa alors le chevalier en capturant son visage entre ses mains, l'obligeant à le regarder droit dans les yeux. Je suis là. Tu n'es pas seule. Je suis là et si je dois prendre la parole à ta place, je le ferais.

— Lancelot, murmura-t-elle au bord des larmes.

— Allez ma grande, tu peux le faire, l'encouragea-t-il avec sincérité. Et s'il te plaît, ne pleure plus, cela me brise le cœur de te voir ainsi.

Ellan sourit timidement devant sa remarque et essuya les prémices de ses larmes d'un geste de la main. Afin de se redonner du courage, elle serra le pendentif qui pendait à son cou, arborant le symbole des druides et repensa à tous ceux qu'elle abandonnée, sacrifiée et à ce qu'elle avait endurée, pour se retrouver ici, aujourd'hui. Lancelot avait raison. Elle pouvait le faire et n'était plus seule. Elle était ici pour sauver Merlin, et l'aider à défaire Morgane une bonne fois pour toutes, et c'est bien ce qu'elle comptait faire.

Se redressant sur ses jambes encore légèrement tremblantes, elle inspira et expira profondément, revigorée par cette détermination nouvelle.

— C'est bon… je suis prête.

Lancelot approuva avec fierté et la devança, tandis qu'elle plaçait la capuche sur son visage. La salle du trône était telle qu'elle l'avait gardé dans ses souvenirs. Baignés de lumières grâce à ces grandes fenêtres, ses pas résonnèrent dans la pièce vide, à l'exception des trois trônes qui dominaient l'assemblée.

Son regard osa enfin se poser sur Arthur. Elle l'avait déjà rencontré dans cette époque, et il était aussi beau que dans ses souvenirs, quelques rides en moins et le sourire plus facile. Plus ils s'avançaient vers eux, et plus sa détermination flanchait. Et s'ils ne la croyaient pas ? Et si tout le monde lui en voulait d'avoir servi tout Camelot sur un plateau d'argent à leur pire ennemie ?

— Lancelot ? s'étonna Merlin. J'ignorais que c'était vous qui deviez suivre.

Il consulta le registre d'un œil avisé, mais le chevalier l'en dissuada.

— Ce n'est pas pour moi que je suis ici mais… pour accompagner une amie.

Arthur fronça les sourcils. Pourquoi tous les sorciers devaient-ils toujours se présenter à eux, encapuchonné ? Sans doute une habitude qu'ils avaient prise, lorsqu'ils étaient encore traqués et tués pour le don qu'ils possédaient.

— Bonjour, la salua l'Enchanteur avec gentillesse. Les amies de Lancelot sont toujours les bienvenus.

Ellan se pétrifia littéralement. C'était sa voix. À la fois douce et puissante, elle lui glaça le sang et raviva son malaise. Elle n'osait toujours pas le regarder en face et était murée dans un mutisme qui l'empêchait même se bouger. Par chance, ce fut Lancelot qui prit les commandes.

— Votre Majesté, je suis venu aujourd'hui accompagné par une personne que vous avez déjà rencontrée, il s'agit de la druidesse Ellan.

Arthur se redressa sur son siège, se souvenant parfaitement de sa rencontre avec la jeune femme et de ce qu'elle avait fait pour lui. Merlin savait également que c'était grâce à elle que sa Mère vivait toujours et se leva aussitôt de son trône pour s'approcher.

— Ellan… vous avez toute ma gratitude pour ce que vous avez fait pour ma mère, je… je ne pourrais jamais assez vous remercier assez pour cela, mais je tenais toutefois à vous présenter mes plus sincères remerciements.

La jeune femme hasarda un hochement de la tête à peine perceptible, la redressant à peine afin de pouvoir admirer en face de ce père qu'elle n'avait jamais connu. Ils avaient la même taille, la même carrure et les mêmes yeux d'un bleu limpide.

C'était comme regarder son âme dans un miroir.

Le sol fut soudain pris de tremblement qui s'intensifia de plus en plus, tandis que le ciel se couvrait d'épais nuage noir. Le tonnerre gronda avec gravité et un éclair zébra le ciel avec violence, juste avant que tout cessa, aussi soudainement que c'était survenu. Le ciel fut à nouveau dégagé et le sol retrouva sa quiétude. La seconde qui suivit, Ellan et Merlin s'effondrèrent au sol, le percutant dans une parfaite synchronisation.

Lancelot se précipita sur la jeune femme qu'il secoua pour tenter de la réveiller, alors qu'Arthur avait rejoint Merlin, prenant son corps dans ses bras. Sa voix cria aux gardes d'appeler Gaius, tandis qu'il tapotait la joue de son ami afin d'essayer de le réveiller.

— Merlin ? Merlin !

Il échangea un regard tout aussi inquiet et perdu que lui avec Lancelot, lorsque Léon, Gauvain et Guenièvre les rejoignirent dans la salle du trône, alerté par les appels à l'aide de leur Roi.

— Oh mon dieu, jura la Reine en état de choc.

Elle s'approcha pour essayer de les aider et posa avec délicatesse la tête de la jeune femme sur ses genoux, après avoir fait tomber sa capuche. Lancelot en profita pour rejoindre Merlin et Arthur, inquiet également pour son ami.

— C'est pas vrai ou est Gaius ? S'impatienta Arthur qui ne comprenait rien à ce qu'il se passait.

— Sir ! s'écria Perceval en entrant dans la salle du trône avec empressement.

Mais il se figea devant le spectacle qui se présentait à lui et en resta sans voix. Suivit par Tristan, ils restèrent tous deux interdit face à la gravité de la situation qui se présentait à eux.

— Qu'y a-t-il ? le pressa Arthur, ou est Gaius ?

— Gaius est, commença-t-il sans savoir comment annoncer une telle chose. Gaius s'est effondré, Sir. En même temps qu'Alice.

— Yvain et Gili aussi, ajouta l'ancien bandit qui revenait du terrain d'entraînement.

— Quoi ? s'étrangla Arthur. Mais qu'est-ce qu'il ce passe ici à la fin !

Il frappa encore une fois la joue de Merlin, espérant le ramener à la raison, en vain.

— On dirait que… toutes les personnes possédant de la magie ce sont comme… éteintes, prononça Gauvain tout haut, ce que tout le monde pensait, et redoutait, tout bas.

Guenièvre échangea un regard perdu avec Lancelot qui était plus pâle que jamais. Ellan lui avait avoué avoir peur de se retrouver face à face avec Merlin, ignorant ce que cela pourrait provoquer. La jeune femme avait vu le jour à la mort de Merlin, afin de le remplacer. Il était donc paradoxal qu'ils puissent coexister tous deux dans une même époque.

Le choc de cette rencontre avait littéralement fait exploser la magie et avait plongé tous ceux qui la touchaient de près ou de loin, dans une inconscience qui pourrait bien être définitif.

Qu'ais-je fais ? pensa Lancelot avec effrois.

.

Trois mois plus tôt.

Morgane passait le plus clair de son temps entre ses recherches pour créer le Val Sans Retour et ses discussions avec Ellan avant d'en apprendre toujours d'avantage sur son futur et sur la façon dont elle se débarrassait d'Arthur et de Merlin. Sa victoire à porté de main, plus rien d'autre n'avait d'importance, tant et si bien qu'elle laissa Claudas et ses hommes faire ce qu'ils voulaient.

Ces derniers chassaient dans les environs et avaient profané un lieu sacré sans que Morgane ne s'en préoccupe. Si cette dernière n'en avait cure, ce n'était pas le cas de Mordred qui fulminait.

— Morgane, je dois vous parler.

— Pas maintenant, je suis sur le point de trouver comment faire pour spécifier le sortilège, l'éluda-t-elle sans même lever les yeux de son grimoire.

Mais la main ferme se plaqua avec violence sur la page qu'elle lisait, l'obligeant à lever les yeux sur lui.

— Quoi ? Que peut-il y avoir de si important, pour que tu viennes me déranger ?

— Morgane, regardez-vous… vous n'êtes plus la même, vous ne mangez plus et je sais aussi que vous ne dormez pas… vous êtes comme… un spectre qui n'est animé que par sa soif de vengeance. Depuis que cette Ellan - ou peu importe son vrai nom - est là, vous buvez ses paroles sans même savoir si ce qu'elle dit est vrai ou non. Et après cela, vous laissez ces hommes répugnants rester ici, les laissant piller et saccager les terres sacrés qui nous entourent…

Morgane garda le silence, mais n'avait pas détourné le regard du visage de son jeune ami.

— Je ne vous reconnais plus Morgane…

Son inquiétude était sincère et justifiée. Il avait raison, la Sorcière se perdait dans les méandres de sa vengeance, qu'elle savait à porté de main. Les druides avec lesquels il avait grandi une partit de sa vie lui avait déjà raconté que certaines personnes étaient tombé dans la folie en découvrant leur futur. En voulant désespérément trouver un moyen de le changer ou de le réaliser, certains esprits se perdaient en cours de route, jusqu'à finir par l'aliénation totale.

— Autre chose ? fut tout ce que Morgane lui répondit avec un haussement de sourcil. Si tu n'as plus rien à me reprocher dans ce cas tu peu cessez de me déranger et me laisser trouver le moyen de jeter ce foutu sort !

Au ton de sa voix qui se fit plus virulent, le ciel s'était assombri comme s'il reflétait les émotions de la Sorcière.

— Je refuse de rester là et de vous regarder vous détruire, termina-t-il en tournant les talons.

Morgane observa son dos s'éloigner, sentant la rage monter en elle. Une fois de plus, on l'abandonner à nouveau.

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Merlin avait été amené dans sa chambre, Arthur l'avait déposé avec délicatesse sur ce lit ou ils avaient partagé tant de bon souvenir. Il avait entrepris de le rafraîchir à l'aide d'un linge humide, ouvrant le col de sa tunique pour lui laisser plus d'air. C'étaient là toutes ses compétences médicinales. Il pesta sur le fait que ses seuls médecins soient dotés de magie, et que personne d'autre ne possédait pas même une petite notion dans ce domaine, même infime.

— Allez… réveille-toi maintenant, lui murmura-t-il en posant son front contre le sien, espérant vainement que cela suffirait à faire se redresser Merlin.

Il se serait redressé avec un grand sourire et se serait sans aucun doute moquer de lui, se laissant ensuite se faire traiter de tous les noms pour avoir autant inquiété les autres. Deux petits coups frappèrent à sa porte et le ramenèrent à la triste réalité. Merlin était toujours inconscient.

Il autorisa l'intrusion, entendant Léon s'annoncer et entrer en s'inclinant, avant de prendre la parole.

— Nos éclaireurs et nos alliées nous ont tous rapportés que le phénomène qui touche notre Enchanteur ne s'arrête pas qu'à Camelot, Sir, commença-t-il. Il semblerait que tout Albion ait été touchée. Toutes les créatures magiques, les druides et les Sorciers de toutes les contrées on semblent-ils tous, subit le même sort.

Arthur hocha la tête avec gravité. S'il n'y avait plus un seul sorcier en éveil pour lui venir en aide, comment allait-il pouvoir les sauver ?

— Autre chose ? demanda Arthur au bord de la crise de nerf, parvenant néanmoins à conserver une façade devant le capitaine de ses chevaliers.

— Sir… me permettrez-vous de prendre la parole et de parler en toute franchise ?

— Toujours, Léon. Tes conseils m'on toujours été d'une grande aide.

Le chevalier en fut profondément honoré et posa une main sur le cœur en s'inclinant légèrement.

— J'ignore si ce qui à frappé Merlin est de son fait mais… et si Morgane était elle aussi sous l'emprise de ce fléau qui touche la magie ? Ce serait peut-être là notre seule chance de…

— … l'éliminer, acheva Arthur en approuvant d'un hochement de tête. Mais si c'est à cause d'elle que la magie s'est… arrêter, alors nous tomberions tout droit dans un piège.

Arthur soupira de lassitude en se frottant le visage. Il avait le sentiment que si Morgane n'était pas arrêtée, il n'aurait jamais un moment de paix digne de ce nom. Leurs vies à tous étaient constamment menacées par sa sœur et il était temps qu'il y mette un terme.

— C'est tout ce que je voulais vous dire, Sir, s'excusa le chevalier en s'inclinant à nouveau. Si vous me le permettez, je vais retourner voir les hommes et essayer d'en apprendre plus sur Morgane.

— Très bien, approuva le Roi.

Mais avant que Léon n'est quitté ses appartements, il l'interpella, détournant pour la première fois son regard de son ami et amant.

— Attend ! Est-ce que tu as des nouvelles de cette jeune femme. Ellan, je crois ?

— De ce que je sais, elle est dans le même état que lui, je le crains.

Arthur le remercia d'un geste de la tête.

— Dit à Lancelot que je veux lui parler, tout de suite.

Léon acquiesça d'un signe de la tête, avant de prendre congé. Quelques instants plus tard, Lancelot entra. Il s'enquit immédiatement de l'état de Merlin et déplora l'absence d'une quelconque amélioration.

— Vous saviez ce que cette femme voulait nous dire, n'est-ce pas ? l'interrogea Arthur en se levant afin de lui faire face. Qui est-elle et qu'est-ce qu'elle voulait ? Est-ce que c'est elle qui à provoqué tout cela ? Est-ce à cause d'elle si toute la Magie est dans cet état ?

Le chevalier se retrouva alors au pied du mur. Il devait prendre une décision et vite. Conserver le secret de Viviane, ou révéler toute la vérité à Arthur. Un coup d'œil au visage endormi de l'Enchanteur ne lui laissa pas le choix. Sa décision était prise depuis longtemps.

— Si on veut, admit-il à demi-mot. Mais ce n'était pas délibérer, je vous l'assure. Sir… nous avons essayé de vous dire la vérité ce matin, mais au vus de la situation c'est à moi d'en prendre la responsabilité. Ce que je vais vous dire va sans doute vous paraitre complètement dingue, et si je ne l'avais pas entendus moi-même, de la bouche de cette jeune femme alors qu'elle était sous l'emprise d'une potion de vérité… je n'y aurais jamais cru.

Arthur était de plus en plus intrigué et invita Lancelot à prendre place sur l'un des deux fauteuils qui siégeaient près de la cheminée. Lancelot le remercia pour cette attention et prit place mal à l'aise. Il se racla la gorge afin de se donner contenance et réfléchit par ou commencer. Ellan avait raison, c'était bien plus difficile qu'il n'y paraissait.

— Cette jeune femme est une druidesse et le nom qu'elle utilise, Ellan, n'est que son nom druidique.

Emerys, songea Arthur. Tout comme celui que la magie utilisait pour parler de Merlin.

— Son véritable nom est, Viviane Pendragon.

Arthur ricana. Lancelot n'était vraiment pas doué pour les plaisanteries, il n'en faisait jamais d'ailleurs. Ce qui était étonnant, c'était que le jeune homme était toujours porté sur la droiture et la loyauté, sans pour autant être risible ou ne pas savoir comment s'amuser avec les autres lorsque cela était nécessaire.

— Je suis épuisé et à bout de nerf, lui répondit Arthur en pinçant l'arrête de son nez d'un geste de fatigue. Vous n'êtes pas porté sur les plaisanteries d'ordinaire, est-ce une idée de Gauvain ?

Incommodé dans ce siège trop confortable sans pouvoir bouger, Lancelot se tourna vers son Roi et afficha la mine la plus sombre et la plus sérieuse qu'il lui était possible. Aussitôt, Arthur blêmis. Avait-il encore une autre sœur dont il ignorait l'existence ?

— Je sais que… commença son vis-à-vis en cherchant ses mots. Juste, ne m'interrompez pas je vous pris, et vous verrez que tout ce que je dis à du sens, il suffit de… me laisser finir.

Il se leva de son siège et fit les sens pas devant le feu qui crépitait dans la cheminée, répétant ses allées et venue inlassablement, passant une main dans ses cheveux.

— Elle vous l'aurait bien mieux expliquée que moi mais… vu son état et la situation, je me dois de le faire pour elle. Vous n'êtes pas sans savoir qu'elle avait disparut depuis plus de six mois. Avec la Reine nous l'avons cherché partout et elle est finalement revenue vers nous, cette nuit. Morgane l'avait séquestré tout ce temps durant et à utiliser sa magie noire sur elle afin de pouvoir la contrôler.

Arthur ne put retenir un frisson d'effroi au souvenir de cette vapeur de ténèbres qui avait essayé de prendre possession de Merlin, manquant de peu d'y parvenir.

— Pendant ces six derniers mois, enchaîna Lancelot, Morgane l'a obligée à lui révéler absolument tout ce qu'elle savait du futur.

Arthur se souvenait effectivement que cette jeune femme avait un puissant don de clairvoyance, capable de voir les événements du passé, du présent et du futur. Force était de constater que si Morgane avait eu un tel pouvoir en sa possession, alors ni lui, ni une armée, ni même Merlin, ne pourraient plus la vaincre. La réflexion de Léon perçait de plus en plus dans son esprit, se demandant si ce n'était pas là sa seule chance de se débarrasser de cette infâme sorcière, une bonne fois pour toute.

— Elle ne m'en à révélé que très peu et je ne connais qu'une partie de son histoire mais…

Lancelot se tourna vers son Roi, arborant une expression qu'Arthur ne lui connaissait pas. Était-ce bien de la peur ? Si son plus vaillant chevalier était si alarmé, qu'est-ce que cela pouvait bien prédire pour l'avenir de Camelot ?

— … Viviane vient en réalité d'une vingtaine d'années dans le futur, c'est pourquoi elle sait autant de choses sur ce qu'il va se passer. Elle a absolument tout mis en œuvre pour le changer, ma résurrection, le sauvetage de Merlin et celui d'Hunith… mais surtout son aide pour démasquer Mordred lors de la réunion des Chefs de Clans… ce qui a permis d'unir le royaume et de crée Albion.

Arthur n'en revenait pas. En omettant le fait que cette Viviane viendrait du futur, il ne pouvait contester son implication dans tout ce que Lancelot venait de citer. Une fois de plus, une tierce personne avait agit dans l'ombre pour l'aider à accomplir tout ce pour quoi il s'était battu. Il n'avait finalement aucun mérite dans tout cela. Tout le monde ne cessait de venter son destin particulier, Roi présent et à venir ? Baliverne ! Tout cela était le fruit du dur labeur de puissant sorcier. Lui n'avait été qu'un pantin dans toute cette histoire. Que ce soit Merlin, ou cette Viviane, il n'avait été qu'un enfant qu'ils n'avaient cessé de protéger.

— C'est également elle qui…

Lancelot hésita et se mordit les lèvres, détournant le regard.

— … c'est également grâce à elle que vous et Merlin vous… vous vous êtes trouvés.

Arthur rougit violemment et se racla la gorge, dissimulant ainsi sa gêne. Comment diable Lancelot pouvait-il être au courant de cela et pourquoi ? La réponse était bien sur très simple et se résumait en un prénom, Merlin. Cependant, il n'était plus certain de pouvoir à nouveau regarder son chevalier en face à présent, surtout sans savoir ce que Merlin lui avait vraiment raconté.

— Je vais faire comme si je n'avais jamais entendu cela, intervint Arthur pour la première fois en avalant difficilement sa salive. En admettant que je vous crois, qu'est-ce qu'elle veut modifier de son passé de si terrible, pour venir jusqu'ici ?

— La mort de Merlin, répondit Lancelot avec tristesse.

Arthur cru que son cœur avait cessez de battre l'espace d'un instant et que son souffle s'était coupé au même moment.

— C'est n'importe quoi ! s'écria-t-il finalement en se levant d'un bon, faisant grincé sur le sol les pieds de son fauteuil. Ecoutez Lancelot, je vous ai laissez parler et si je veux bien croire en certaine chose d'ordre magique, je refuse de croire que cette femme est revenus du futur pour sauver Merlin d'une mort prochaine. Il a déjà été sauvé, j'étais là ! Je l'ai vu de mes propres yeux et de plus, cela n'a aucun sens, pourquoi voudrait-elle le sauver, elle ne le connaît même pas !

Arrivait ce que Lancelot craignait. Arthur était en plein dénis. Était-ce la peur qui parlait ? Se voilait-il la face en refusant d'admettre que Merlin pouvait à nouveau mourir dans ses bras ? Il devait bien avouer que c'était déjà douloureux pour lui de l'admettre, alors il n'imaginait pas ce qu'Arthur devait ressentir. Pourtant, il fallait qu'il l'écoute.

— Votre Altesse, je vous en pris écoutez-moi, le supplia Lancelot avec insistance en lui attrapant le bras pour le forcer à lui faire face.

— Lancelot si vous ne me lâcher pas tout de suite, je vous ferais jeter en prison, le menaça le Roi d'un ton grave.

Quelqu'un frappa à la porte et Guenièvre entra, trouvant les deux hommes en plein échange houleux. Elle resta figée sur le pas de la porte, effrayé à l'idée qu'ils ne se s'affrontent, tous les deux.

— Je… je vous dérange peut-être ? s'enquit-elle en hésitant à partir.

— Pas du tout, nous n'avions terminé, répondit Arthur en tournant les talons en direction du lit sur lequel reposait Merlin.

— Ma Reine je vous en pris, l'implora Lancelot en se tournant vers la jeune femme qui referma la porte derrière elle. Vous devez m'aider…

— Ne mêlez pas Guenièvre à vos divagations Lancelot, menaça Arthur furieux en se retournant vers lui. Vous avez l'air d'un fou ensorcelé et si vous persistez, je vous ferais enfermer, vous et cette Ellan.

— Quoi ? s'étrangla Guenièvre en panique. Mais enfin Arthur vous n'y pensez pas… qu'est-ce qu'il se passe exactement ici ?

— Lancelot à perdu la tête, voilà ce qu'il se passe. Et au lieu de trouver une solution à nos véritables problèmes, je dois écouter ces inepties.

— Votre Majesté je vous supplie de me croire, je vous dis la vérité… je peux même vous le prouver en allant chercher une potion de vérité dans l'atelier de Merlin… là maintenant et la boire devant vous.

— Cela ne prouverait rien de plus, hormis que vous êtes persuadé de connaître la vérité et c'est exactement ce que cette sorcière voulait ! cracha-t-il amer. Combien de fois ais-je été trompé par la magie ? Combien de fois une personne en qui j'avais une totale confiance m'a mentit à cause de la magie ? Vous avez ramené cette sorcière ici et depuis, Merlin ainsi que tous ceux comme lui, se retrouve dans un état léthargique ! Ne voyez-vous pas ce que vous avez fait ?

Il chercha le regard incrédule de Guenièvre qui ne comprenait pas très bien le sens de cette dispute.

— Et vous aussi vous vous êtes faites avoir, accusa Arthur en pointant sa femme d'un doigt accusateur. Vous avez tous les deux fait confiance à cette femme et sous quel prétexte ? Je n'en sais rien et je m'en moque, mais de mon point de vu, c'est bien contre cette même femme que la Cailleach nous avait mis en garde, Merlin et moi ! Elle devait le conduire à sa perte regardez ou nous en somme ! A cause de vous deux, elle a parfaitement réussi !

Il pointa le lit de Merlin d'un geste de la main, secouant la tête face à leur stupidité. Ils s'étaient faits duper tous les deux et refusaient de le voir. Lancelot et Guenièvre échangèrent un regard lourd de sens. Si Lancelot savait la vérité, Guenièvre n'avait que son intuition comme preuve à l'appui. Pourtant, elle refusait de croire qu'Ellan était vile. Elle avait toujours été là pour les aider, dans toutes les situations périlleuses. Elle avait ramené Lancelot d'entre les morts !

— Allez savoir, elle vous à peut-être ramené à la vie pour mieux vous manipuler !

— Et toutes ces fois ou elle nous a aidé ? demanda Guenièvre avec fermeté sans pour autant élever la voix.

— Ce n'est pas nous qu'elle à aider, mais Merlin, contra Arthur avec aplomb. Elle voulait peut-être le préserver jusqu'à provoquer sa perte, après tout ce ne serait pas la première fois, Guyamor nous à bien sauvé la vie afin de s'attirer nos bonnes grâces !

La colère d'Arthur était justifiée. Il avait été tellement de fois trahi dans sa vie, qu'il devenait complètement paranoïaque lorsqu'il s'agissait de complot. Guenièvre avait beau essayé de le résonner, il ne parvenait pas à décolérer et trouvait toujours un très bon argument. Si seulement il avait parlé un peu plus à Ellan, il aurait vu.

Dans le brouhaha que provoquait la dispute du couple marié, Lancelot ne les écoutait même plus, cherchant un moyen de convaincre son Roi. Même s'il buvait une potion de vérité, s'il le pensait manipuler alors tout ce qu'il pourrait dire n'aurait aucun crédit à ses yeux. Il n'avait plus qu'une dernière carte en main à jouer et misait absolument tout là-dessus.

— C'est la fille de Merlin…

Arthur et Guenièvre s'arrêtèrent soudainement, lorsque Lancelot répéta cette même phrase, la criant presque. Recueillant leurs expressions choquées, il avait désormais obtenu leur attention et le silence pour pouvoir continuer.

— Ellan vient du futur, reprit-il avec conviction. Dans un an, peut-être moins maintenant, Merlin mourra.

Guenièvre porta ses mains à sa bouche, étouffant un cri de surprise.

— Non, gémit-elle avec tristesse.

— Et lorsque cela arrivera, Viviane viendra au monde. Elle n'est pas sa fille au sens propre du terme, mais le même sang coule dans ses veines, la même magie…

— C'est ridicule, contra Arthur en rejetant cette nouvelle avec toutefois beaucoup moins de virulence.

Lancelot tenait peut-être là sa chance de lui faire entendre raison.

— N'avez-vous donc pas remarqué leurs ressemblances ? Les mêmes yeux, la même douceur dans leur voix, la même gentillesse. Jurez-moi que vous n'avez pas senti quelques choses de familier en elle ?

Guenièvre, qui la connaissait bien mieux qu'Arthur, fut la première à accepter la réalité. Toutes les pièces du puzzle se mettaient en place, l'une après l'autre et dressait le tableau dans son ensemble.

— Oh mon dieu… Mais bien sur….

— Nous l'avons tous ressenti lorsque nous l'avons rencontré pour la première fois, sans savoir ce que c'était, approuva Lancelot sans lâcher Arthur du regard.

Ce dernier avait les sourcils froncés et semblait en proie à une tempête intérieure.

— Vous avez dit… que son véritable nom était Viviane Pendragon, c'est bien cela ? Si c'est le cas, pourquoi sa fille porterait mon nom ?

— Parce que c'est vous qui l'avez recueillit, répondit Lancelot comme une évidence. Merlin n'étant plus, ce n'était qu'un bébé lorsque vous l'avez trouvé, et vous l'avez élevée comme votre propre fille.

— Pourquoi Viviane ? interrogea Guenièvre qui n'en revenait toujours pas d'avoir tissé un tel lien avec… la fille de Merlin.

— C'était le nom de…

— … la mère d'Hunith, coupa Arthur en s'asseyant sur le lit.

Lancelot approuva, étonner de savoir qu'Arthur savait cela, lui-même l'ignorait jusqu'à ce que la jeune femme ne le lui apprenne.

Arthur avait le regard perdu dans le vide. Si ce que Lancelot disait était vrai, cela voulait dire que Merlin allait mourir ? Encore ? Il reporta son attention sur lui, refusant d'imaginer de le perdre à nouveau.

— Ellan à toujours refusé de rencontrer Merlin, parce qu'elle avait peur de ce que cela pourrait provoquer. Elle était née à une époque ou Merlin n'existait plus, dans le but de le remplacer. Lorsqu'ils se sont retrouvé face à face tout à l'heure, j'ai bien peur que cela n'ait provoqué ce qu'elle craignait. Et maintenant, je ne sais pas quoi faire…

Le silence s'installa, le temps que toutes ces informations ne prennent racine dans leurs esprits. Si Guenièvre ignorait quoi faire et si c'était même réversible, Arthur se releva avec toute la présence d'un monarque. C'était peut-être une erreur, mais si tout ce que Lancelot disait était vrai, alors cette situation pourrait peut-être tourner à leur avantage.

— Moi je sais.

.

Lancelot n'était pas certain que ce soit une bonne idée, mais comme il n'avait pu en fournir une meilleure, il laissa Arthur partir en compagnie de deux de ses meilleurs chevaliers à destination de la dernière position connu de Morgane. Si celle-ci était affectée par le sort qui avait plongé toute la magie dans un sommeil profond, alors ils tenaient peut-être là, leur seule chance de protéger Camelot et d'éliminer définitivement la plus grande menace qui pesait sur le royaume. Si dans le cas contraire, c'était un piège, trois hommes seraient suffisant pour une mission d'éclaireur, et passeraient plus facilement inaperçue. Il était vrai que cette solution était des plus alléchantes, et que c'était un excellant plan en soit, seulement de savoir Merlin et Viviane hors concours, incapable de pouvoir consulter leur précieux avis, le rendait nerveux.

Arthur avait sélectionné parmi ses hommes, Gauvain et Tristan. Ils étaient tous deux désignés pour cette tache, grâce à leur passé de vagabond pour l'un et de roublard pour l'autre. Aussi bon bretteur l'un que l'autre, c'étaient les chevaliers parfait pour cette mission. Trois hommes habillés de vêtements neutres, passeraient bien plus inaperçue dans les bois que toute une troupe vêtue des couleurs et des armoiries de Camelot. Ainsi, ils pourraient aisément se faire passer pour des voyageurs, dans le meilleur des cas et pour des bandits, dans le pire.

Lancelot avait été désigné pour veuillez sur le château et sur Guenièvre qui remplacerait son Roi en son absence. Tous deux très proches de Merlin et d'Ellan, Arthur savait qu'ils les laissaient entre de bonnes mains. Léon était resté lui aussi, chargé de défendre Camelot en cas d'attaque.

En tête de file, Arthur était plongé dans ses pensées. Il n'arrivait toujours pas à croire que ce que Lancelot lui avait révélé, puisse être vrai. Car cela voulait dire qu'il devait accepter l'idée que Merlin allait mourir et cette fois-ci aucune magie ne viendrait le sauver.

Après une chevauché qui sembla duré des heures, Arthur réalisa soudainement qu'un épais brouillard s'était levé, dissimulant le paysage tout autour d'eux. Jetant un coup d'œil par-dessus son épaule, il parvenait à peine à voir les deux autres chevaliers qui l'accompagnaient.

Etonné, il s'arrêta et posa pied à terre, serrant la bride de son cheval dans son poing. Il reconnaîtrait cette sensation entre mille.

— C'est étrange, commenta Tristan en tirant une carte de sa besace. D'après les informations des éclaireurs nous aurions déjà du atteindre le camp de Morgane depuis longtemps.

— J'ai suffisamment été confronté à elle pour la reconnaître lorsque je la vois, révéla le Roi en échangeant un regard avec ses hommes.

Il n'eu pas besoin d'en dire plus, ils avaient tous compris.

La Magie.

— Mais je croyais que toute forme de magie avait été figée ? interrogea Gauvain pris d'un désagréable frisson.

— Je le pensais aussi, avoua Arthur avec une boule au ventre.

Avait-il fait une erreur ? Était-il tombé tout droit dans le piège de sa sœur ?

— Ne nous éloignons pas de trop les uns des autres, ordonna-il. Rebroussons chemin, nous devrions bien finir par sortir de ce brouillard à un moment ou à un autre.

Mais après des heures de marche, rien n'y fit. Le décor ne changeait pas, ce n'était qu'une succession d'arbres, camouflé par une brume si dense, qu'il était impossible de se repérer. Épuisé, les trois hommes finirent par faire une halte, se jetant presque au sol. Aussi étrange que cela puisse paraître, si Arthur ne sentait plus ses jambes, il ne ressentait ni la faim, ni la soif, juste une profonde fatigue.

— Vous pensez qu'on est perdu ? demanda Gauvain en se posant au côté de son Roi.

— Probablement, lui avoua-t-il en passant une main dans ses cheveux avec lassitude.

Il aurait dû écouter Lancelot et ne pas se précipiter. Il avait vu là une belle opportunité de se débarrasser une bonne fois pour toute de Morgane et de sauver ainsi Merlin de sa triste destiné. Mais il semblerait que sans l'aide d'un puissant sorcier, il ne valait rien. Ne pouvait-il donc rien accomplir seul ?

Un craquement dans les fourrées alerta les trois hommes qui se redressèrent comme un seul, arme au poing. Se plaçant dos à dos afin de protéger leurs arrières.

— Qui va-là ? interpela le seigneur d'Albion sur un ton autoritaire.

— Arthur ? s'étonna une voix désagréablement familière.

Une grande silhouette franchit le périmètre que leur imposait le brouillard et fit face aux chevaliers de Camelot. Plusieurs hommes le suivaient, certain arborait une armure aux armoiries d'autre clan, d'autres de simple tenue de paysan.

— Guy ? s'étonna Gauvain.

— Qu'est-ce que vous faites ici ? les interrogea Guyamor en rengainent son épée, faisant signe aux autres d'abaisser leurs armes.

— Je pourrais vous poser la même question, contra Arthur en conservant son arme.

Il n'avait pas oublié la traîtrise de cet homme et contrairement à Merlin, il ne le lui pardonnerait pas aussi facilement. Sa jalousie parlait sans doute à sa place, mais cela, il ne l'avouerait jamais.

— Et c'est où ce « ici » ? intervint Gauvain avec impatience.

Guyamor arborait une mine sombre et n'avait pas quitté Arthur du regard.

— Bienvenu au Val Sans Retour, annonça Claudas qui suivait l'ancien chevalier de Camelot.

Aussitôt, Arthur remonta son épée devant lui, prêt à se battre. Ainsi donc, Guy était de mèche avec cette ordure ? Il savait qu'il ne pouvait décemment pas lui faire confiance.

— Doucement, tenta l'ancien chevalier en s'interposant entre eux, une main tendue vers chacun.

Claudas avait porté une main à sa propre arme, près à se défendre si le jeune Roi attaquait. Son ignoble fils était également de la partie, mais son air béat et sa passivité suffit à Arthur pour l'interpeller. Cet endroit était réellement étrange. Le jeune homme semblait errer sans même prendre conscience de ce qu'il entourait.

— Qu'est-ce qu'il a ? s'enquit Arthur en montrant d'un geste de la tête le malheureux qui fixait le vide, parlant comme s'il s'adressait à une dame.

L'ironie de la scène lui avait fait relâcher sa vigilance et il abaissa son arme, près à écouter leurs explications.

— Il est envoûté, lui répondit l'ancien Roi avec un soupire las lorsqu'il regardait son fils.

— Vous avez dit qu'on était ou déjà ? s'enquit Gauvain en observant des silhouettes s'approcher.

Une centaine d'hommes déambulait dans ce brouillard, passant parfois entre eux sans même les voir, ce qui était plutôt déroutant au vu de l'atmosphère tendue qui planait entre Arthur, Guy et ce Claudas.

Le Val Sans Retour, répéta Guyamor d'une voix grave. C'est un endroit magique qui a été conçu par Morgane pour emprisonner l'âme des hommes infidèles.

Son regard perçant foudroya Arthur qui se figea d'effroi. Infidèle ? Le visage de Merlin s'imposa à son esprit et il abaissa les yeux.

— Vous voulez dire que tous les hommes ici présent… son infidèle ? voulu être certain Tristan.

Lui-même avant de rencontrer Iseult - et Hunith par la suite - avait été un véritable bourreau des cœurs, ressemblant probablement un peu trop à Gauvain, ce qui créait toujours d'interminable dispute entre eux. C'est alors que la lumière ce fit dans l'esprit des deux chevaliers de Camelot. C'était la même raison pour laquelle Guyamor continuait de foudroyer le Roi de Camelot.

— Attendez, cela veux dire que vous aussi ? s'étonna Gauvain avant d'exploser de rire. Alors ça pour une surprise ! Dite-moi c'était avant ou après votre mariage ?

Arthur se renfrogna et éluda sa question, comment avait-il fait pour se retrouver dans un tel pétrin ?

— Comment est-ce que l'on sort d'ici ?

— On ne peut pas, rétorqua Guyamor dans un soupir las. Si on le pouvait, on l'aurait déjà fait vous ne croyez pas ?

— D'après ce gars là, ajouta Claudas en désignant Guy, cela ne fais que qu'un mois que nous somme ici… alors que pour nous, cela fait près de trente ans.

Arthur blêmie, son visage se décomposant complètement.

.

Au cœur d'une forêt couverte par le brouillard, Merlin se tenait là, debout au milieu des arbres. Il ignorait comment il s'était retrouvé là et ne s'en préoccupa même pas. Seul le murmure d'une voix appelant son nom avec légèreté, méritait son attention.

Se dirigeant vers cette présence, il se retrouva nez à nez avec une belle jeune femme, aux mêmes yeux bleus et aux longs cheveux noirs. La terrible sensation de familiarité qui l'envahit en cet instant lui donnait le sentiment de regarder son âme dans un miroir. C'était à la fois déconcertant et incroyable. Sans même avoir déjà vu cette personne auparavant, il pouvait affirmer qu'elle ne lui voulait aucun mal.

La jeune femme ne semblait pas avoir peur de lui non plus et lui offrit même un chaleureux sourire qui plissa joliment le coin de ses yeux, accentuant son charme naturel. La silhouette d'Arthur passa entre eux, les interpellant immédiatement. Ce dernier marchait sans savoir ou il allait, le regard vide et le visage dénué d'expression. Plusieurs autres âmes suivirent, chacune avançant dans une direction et une autre comme s'ils étaient perdus.

Le Val Sans Retour, murmura la femme en regagnant l'attention de Merlin qui fronça les sourcils. On doit sauver Arthur de cet endroit…

Merlin ne comprenait pas vraiment qui elle était et pourquoi elle les aidait, mais lorsqu'elle tendit la main vers lui, il n'hésita pas. Il s'approcha sans aucune hésitation et posa sa main dans la sienne. Aussitôt, une vive lumière se dégagea de leurs mains jointes et les engloba entièrement, chassant le brouillard qui les entourait.

.

Lancelot était installé dans le fauteuil qu'il avait tiré jusqu'au pied du lit où sommeillait Merlin. Les sourcils froncés et la mine sombre, ses coudes reposaient sur ses genoux. Depuis le départ d'Arthur, il n'avait cessé de réfléchir afin de trouver une solution à cette terrible situation. Las, il passa une main dans ses cheveux et s'enfonça contre le dossier, lorsque la porte s'ouvrit doucement.

Guenièvre entra, de lourds cernes sous les yeux témoignaient de sa fatigue. Tout comme lui, elle était bien trop inquiète pour parvenir à fermer l'œil. Entre son époux partit avec une garde composer que de deux hommes pour affronter la plus grande menace que Camelot n'avait jamais connu et ses deux meilleurs amis plongés dans un sommeil qui pourrait bien être éternel, les événements récents lui rongeaient les sangs et l'empêchaient définitivement de trouver le repos.

— Je ne vous dérange pas ? s'enquit-elle en le rejoignant, apportant un plateau repas composer de quelques restes trouvé en cuisine.

Elle le posa sur la table de chevet, près du chevalier qui ne posa pas même un regard dessus. Son estomac était bien trop noué pour pouvoir réclamer à manger.

— Du nouveau avec Viviane ?

Mais Guenièvre secoua la tête avec tristesse.

— Et Merlin ?

Lancelot lui répondit à l'identique, les faisant tous deux soupirer de concert.

— Tout cela est de ma faute, murmura le jeune homme en portant ses deux mains à son visage. Si seulement je n'avais pas insisté pour qu'ils se rencontrent…

Guenièvre posa une main sur son épaule, debout derrière lui, son regard était rivé sur son ami dont le visage si paisible laissait simplement pensé qu'il avait trouvé un profond sommeil.

— Vous n'y êtes pour rien Lancelot. Vous avez juste essayé de les aider… tous les deux.

Le chevalier secoua la tête, mais ne put s'empêcher de poser une main sur celle de la Reine, resté sur son épaule. Sa chaleur et son contact étaient en cet instant son seul réconfort.

— Viviane m'a un jour dit que c'est lorsque l'on veut changer le futur qu'on finit par le précipiter, commença-t-il sous l'attention de Guenièvre qui était – dans tous les sens du terme – suspendu à ses lèvres. Le changer est extrêmement difficile, et pourtant, même en sachant cela, elle à absolument tout sacrifiée pour revenir à notre époque afin d'essayer de le sauver.

Les paroles de Lancelot la piquèrent au vif, et Guenièvre retira sa main de son épaule comme si elle avait reçu une décharge. Elle serra sa main endolorie contre elle, sentant encore le picotement au bout de ses doigts. Le futur était difficile à changer ? Cela voulait-il dire que Viviane lui avait menti et qu'elle et Lancelot… que cet enfant qu'elle avait vu, étaient inéluctable ?

— Le précipiter ? répéta-t-elle avec lenteur afin d'être certaine d'avoir bien comprit.

Lancelot approuva, jetant un coup d'œil à la Reine par-dessus son épaule, le regard attristé de son geste d'éloignement. Guenièvre réalisait alors que peu importe les efforts qu'elle ferait, elle était destinée à aimer Lancelot et à vive une belle histoire d'amour avec lui. Elle avait si fortement renfermé toutes ses émotions en elle, pour rien finalement.

Aussi étrange que cela puisse paraître, cette nouvelle lui enleva un poids des épaules qu'elle ne soupçonnait même pas d'avoir. Plus légère que jamais, elle comprit enfin que pendant toutes ces années, elle s'était fourvoyée.

Il était triste qu'il ait fallu une telle catastrophe magique pour qu'enfin, elle en prenne conscience. Mais à présent, elle savait. Le destin était si capricieux, mais quelquefois, il réservait son lot de surprise. Ce qui était sûr, c'est que jamais rien n'arrivait au hasard et que tout semblait suivre le fil conducteur de leurs destinées respectives.

C'est alors que son visage s'illumina soudainement.

— Mais bien sûr, pourquoi n'y avons-nous pas songé plus tôt ! s'écria-t-elle en faisant sursauter le chevalier.

Guenièvre contourna le fauteuil et s'agenouilla devant Lancelot, posant ses mains sur ses genoux afin d'obtenir son attention.

— Vous avez bien dit que Viviane avait été… conçue à son époque par la magie, pour remplacer Merlin qui n'était plus, c'est bien cela ?

Un hochement de tête lui répondit, ce qui lui permit de poursuivre immédiatement.

— Vous également dit que Viviane avait peur de ce que sa rencontre avec Merlin dans cette époque pourrait provoquer ?

Un nouveau mouvement de tête se fit, plus lent.

— Et vous avez aussi affirmé que changer le futur était presque impossible, qu'on ne faisait que le provoquer en essayant ?

— Je ne comprends pas où vous voulez en venir Guenièvre, je…

— C'est justement cela la solution ! s'écria-t-elle à nouveau en serrant ses mains dans les siennes. Notre future est gravé dans le marbre peu importe ce que l'on fait !

Lancelot fronça les sourcils, peu certain que c'était une bonne nouvelle. Dans ce cas, cela voulait dire que Merlin était condamné à mourir, qu'il aurait bien une relation avec Guenièvre, que celle-ci porterait son fils et qu'elle mourait de la main de Morgane quelques années plus tard. Non vraiment, il n'y avait aucune raison de se réjouir de cela.

— Tout ce que nous savons vous et moi, c'est que la magie à été chamboulé parce que Merlin et Viviane, qui sont en quelques sorte une seule et même personne, se sont rencontrés ici, dans une époque où Viviane n'avait encore aucune raison d'exister et que Merlin n'était pas encore mort.

Lancelot conserva le silence, toujours perdu.

— Vous l'avez dit vous-même Lancelot, le destin ne peu être changé ! Leur destin ne peu pas être évité ! Si celui de Merlin est de protéger Arthur et Albion, Viviane possède celui de le remplacer.

— Alors quoi, que proposer-vous ?

A part tuer Merlin en espérant que cela remette les choses en ordre, il ne voyait pas comment faire pour que tout redevienne comme avant.

— Si les faires se rencontrer tous deux à provoqué ce cataclysme magique, alors les réunir à nouveau pourraient les en délivrer, lui expliqua-t-elle avec enthousiasme.

— Ou bien les achever, rétorqua Lancelot incrédule.

Mais au moment où il prononça ses mots, un déclic bouleversa ses pensées. Il se releva en bouillonnant, relatant toutes les informations qu'il avait. Leur présence à un même endroit dans une même époque avait provoqué une sorte de big bang monumental qui avait touché tout le pays, et peut-être plus encore. Mais personne n'était mort. Si cela devait être leur destin, ils auraient déjà péri.

Non. Merlin et Viviane ne pouvaient pas mourir. Pas encore, et surtout pas en même temps.

— Vous pensez comme moi ? demanda la Reine avec inquiétude. Dites-moi que ce n'est pas une idée complètement insensée et que je ne vais pas provoquer la mort de mes deux meilleurs amis ?

— Je pense plutôt que vous êtes un génie, lui avoua-t-il en prenant la jeune femme par la taille afin de la soulever et la faire tournoyer.

— Comme vous l'avez si justement dit, leur destin n'était pas de mourir ainsi ! Mais je pense qu'ils ont provoqué quelque chose qui nous dépasse tous. Et eux seuls peuvent y remédier.

Guenièvre rougit, toujours serrer contre le chevalier et sans plus perdre une seconde, elle l'embrassa. Ce fut un baiser rapide et volé, mais elle l'avait tellement désiré qu'elle n'avait pas pu se retenir. Elle plaqua immédiatement ses mains sur sa bouche et se confondit en excuses, jusqu'à ce que Lancelot ne l'enlace avec force, répondant à son baiser avec toute la passion et la sauvagerie de son amour.

Lorsqu'ils se séparèrent, il n'y avait plus aucune gêne, juste de la joie et du plaisir. Ce fut sans plus perdre de temps que Lancelot quitta la chambre afin de revenir près de Viviane qui avait été placé dans ses propres appartements.

— Faite que nous avons raison, la supplia-t-il en la soulevant dans ses bras afin de la ramener près de Merlin.

Plus ses pas le rapprochaient de la chambre de l'Enchanteur, plus l'inquiétude le gagnait. Cela devait marcher. Morgane ne pouvait pas gagner et la magie ne pouvait pas cesser d'exister, pas après tout ce qu'elle avait subi, et fait subir.

La Reine lui ouvrit les portes afin de lui faciliter son arrivé, les bras chargés de son colis. Il déposa avec délicatesse le corps de Viviane Pendragon sur le lit, au côté de Merlin et recula comme s'il s'attendait à une effusion magique.

Mais rien ne se passa, ce qui plongea les futurs amants dans un méandre de déception et de soulagement. Les secondes défilaient et semblèrent durer des heures sans que rien ne se passe. Comme mué par une force supérieure, Lancelot posa son genou sur le lit qui grinça et s'enfonça sous son poids, tandis qu'il attrapait leur main et qu'ils les placèrent l'une dans l'autre. Ils s'étaient effondrés lorsqu'il y avait eu un contact entre eux, peut-être en fallait-il un autre pour les ramener ?

C'est alors qu'une vive lumière jaillit de leurs mains et explosa dans la chambre, l'inondant d'une douce chaleur réconfortante. Leurs yeux mordorés s'ouvrirent à l'unisson, faisant trembler les fenêtres, raviver les flammes dans la cheminée et trembler le sol.

Reprenant peu à peu leur esprit, leur magie respective se calma aussi soudainement qu'elle s'était affolé. Lancelot serra immédiatement Merlin et Viviane dans chacun de ses bras.

— Vous êtes sain et sauf, souffla-t-il enfin.

Guenièvre resta en retrait, au bord des larmes qu'elle tentait tant bien que mal, de contenir.

— Arthur est… tenta l'Enchanteur avec une voix rêche, s'arrêtant afin de racler le fond de sa gorge.

— … dans Le Val sans Retour, termina Viviane en échangeant un regard avec Guenièvre qui hésitait entre le plaisir de revoir ses amis en vie, et l'inquiétude de ce qui arrivait en ce moment même à son époux.

Merlin et Viviane échangèrent un premier regard, s'observant une fraction de seconde avant de tomber dans les bras l'un de l'autre. Viviane était en larmes et Merlin les retenait difficilement. Tout deux se serrèrent comme si leur vie en dépendait, envahit par une sorte de bouffée d'air frais et une vague de magie qui manquait de déborder.

— La Magie est revenu, les prévint Viviane au son de l'agitation qui retentissait dans les couloirs.

— Toute la Magie se réveille, précisa Merlin en posant une main sur la joue de la jeune femme, observant son visage avec émerveillement.

Leurs sourires identiques étaient sans équivoque et Viviane chassa des larmes d'un battement de cils, lutant contre le trop-plein d'émotion qui la submergeait.

— J'ai cru que je ne te rencontrerais jamais, lui avoua-t-elle sans le quitter des yeux. Pourtant, j'ai l'impression de t'avoir toujours connu et de tout savoir de toi…

Merlin approuva d'un signe de la tête, partageant cette sensation de faire face à une amie de longue date ou en l'occurrence, d'un double magique.

— Je suis vraiment ravie de vous revoir tous les deux, et surtout sains et sauf, interrompit la Reine en prenant place sur le lit. Mais dite-moi… vous avez parlé d'Arthur ? Qu'est-ce que ce Val Sans Retour dont vous avez parlé ?

.

Guenièvre s'était enfermée dans sa chambre, répétant sans cesse les informations qu'elle avait eues un peu plus tôt. Merlin entra sans y avoir été invité, ne pouvant laisser son amie dans cet état plus longtemps.

— Gwen…

— Je ne veux pas en parler Merlin, l'arrêta-t-elle sans détourner son regard de la cour du château, qu'elle observait depuis sa fenêtre.

Mais l'Enchanteur ne put se résoudre à se taire plus longtemps. Il était temps d'être honnête et de tout lui avouer. Toute la vérité. Si sa fille – cela était toujours aussi étrange à dire – avait pu trouver la force de le faire en leur révélant ce que Morgane l'avait obligé à faire, il devait se montrer fort lui aussi. Il devait lui avouer que si Arthur se retrouvait piégé dans ce val des faux amants, c'était à cause de lui.

— Je n'arrive pas à croire que…

Même si elle avait dit qu'elle ne voulait pas en parler, sentir la présence de Merlin la poussait à prendre la parole. Ce dernier avait toujours été une oreille attentive et de bon conseil, c'était par ailleurs pour cela qu'Arthur l'avait également prit comme conseiller.

— Je suis tellement en colère Merlin…

Ce dernier ferma les yeux, appréhendant le châtiment qui allait lui tombé dessus lorsque la vérité éclatera. Il humecta ses lèvres sèche et ouvrit la bouche pour prendre la parole, mais aucun son n'en sortait.

— Je n'ai jamais été autant en colère, continua-t-elle serrant plus fermement ses bras contre elle.

Merlin tremblait de devoir lui avouer que tout cela était de sa faute et de devoir faire face à cette rage qui se dirigerait, à juste titre, contre lui. Il savait que mentir avait été une mauvaise idée depuis le début, car la vérité finissait toujours par se savoir à un moment ou à un autre.

— Tu sais ce qui est la pire ? lui demanda-t-elle d'une voix chevrotante, une larme dévalant sa joue. Ce n'est pas de savoir que mon mari m'a été infidèle, ni que Morgane est osé pousser le vice aussi loin en commettant un acte aussi ignoble…

Elle porta une main à ses lèvres, s'empêchant d'aller plus loin, tandis qu'une autre larme suivit.

— Je… je savais depuis un moment qu'Arthur et moi ce n'était plus ce que s'était. Nous n'avons plus partagé de moment intime depuis que nous avions appris qu'il ne pourrait pas me donner d'enfant…

Elle secoua la tête, se tournant enfin vers lui avec un visage grave.

— Non… avant cela même, réalisa-t-elle soudainement, depuis qu'il à crus te perdre à Camelann…

Merlin sursauta et blêmit, mais ne disait mot, épongeant le flot d'émotion que Guenièvre avait besoin d'évacuer.

— J'ai tout de suite su que je ne serais jamais aussi importante pour lui que toi… et j'en ai été si jalouse. J'en venais même à me demander s'il aurait réagi pareil si ça avait été moi ce jour-là. C'est là que j'ai compris que tant qu'il t'avait toi dans sa vie, alors il pourrait survivre à n'importe quoi.

Déglutissant, l'Enchanteur conserva le silence, la nervosité faisait tressauter sa jambe droite dans un rythme effréné.

— Et puis j'ai vu cet enfant… mon enfant. Mon petit garçon. J'ai alors reprit espoir, me prenant à espérer que je pourrais alors reconquérir le cœur de mon époux et prendre une place importante dans sa vie.

Guenièvre secoua la tête et ricana.

— Mais j'avais fait fausse route… Arthur n'était pas son père, c'était Lancelot ! Et même en sachant cela, j'ai été incapable de faire un choix ! J'étais trop aveuglé par mon mariage et mon amour passé avec Arthur pour voir qu'entre nous la flamme s'était éteinte depuis longtemps. Et puis je n'ai rien fait. Absolument rien…. au lieu d'aller voir Lancelot et de lui avouer ce que je ressentais pour lui, Morgane à profité de ma faiblesse pour s'emparer de sa loyauté et de sa vertu.

Elle plaqua une main sur sa bouche afin d'essayer d'apaiser la douleur dans son cœur. Malheureusement, tout ce qui parvenait à l'atténuer, était de tout libérer.

— J'ai fait souffrir tout le monde dans cette histoire et maintenant… je ne reverrais peut-être jamais Arthur, quant à Lancelot il a…

Couché avec ma fille, continua Merlin pour lui-même. Il avait été aussi surpris et écœuré de voir que la cruauté de Morgane n'avait pas de limite pour obtenir sa vengeance. Guenièvre était immédiatement parti après l'annonce de Viviane qui n'avait pu supporter son rejet et avait elle aussi fuit. Il avait dû sortir Lancelot de sa transe, encore en état de choc, lui demandant de partir après elle, lui assurant qu'il s'occupait de Guenièvre.

— Il vous aime, intervint Merlin pour la première fois, cessant le débit incroyable de mot que Guenièvre avait prononcé en quelques minutes. Il vous aime et vous à toujours aimé Guenièvre. Aucun stratagème de Morgane ne pourra changer cela. Je partage votre colère et désir plus que tout lui faire payer ce qu'elle a osée leur faire subir…

Merlin s'approcha de son amie qui renifla et lui tendit un magnifique mouchoir avec une lettre M brodé dessus. Guenièvre l'attrapa et le remercia d'un geste de la tête.

— Même si je sais que cela ne changerait rien, commença-t-elle, j'ai besoin de savoir. Arthur m'a-t-il trompé avec plusieurs femmes ? Était-ce par amour ou bien parce que je ne le satisfaisais plus ?

Elle leva les yeux sur lui et ajouta ce qui termina de briser le cœur du sorcier.

— S'il y a bien une personne dans tout Camelot qui puisse savoir cela, c'est bien toi Merlin.

L'air se faisait plus rare, et tout tournait autour de lui comme s'il se tenait sur un navire en pleine tempête. Son souffle se fit plus rapide, au rythme de ses battements de cœur, tandis que la température s'élevait comme si le feu de cheminée allait engloutir la chambre.

Devant le silence de son ami, Guenièvre insista, prenant sa main dans la sienne avec un regard meurtrie par tant de questions.

— Avec qui Arthur m'a-t-il trompé ? Est-ce que je la connais ? Est-ce qu'il la voit toujours ? Tu es plus proche d'Arthur que quiconque, tu dois bien le savoir, tu passes tout ton temps avec lui et plus encore derniers mois, à moins que cela aussi ne soit un mensonge et que tu ne leurs servent l'alibi ou bien que…

Guenièvre s'arrêta soudainement et lâcha la main de Merlin reculant d'un pas comme si elle s'était brulée. Non, c'était impossible. Elle devait se faire des idées, c'était impensable. Et pourtant, le silence de Merlin ainsi que le secouement de sa tête étaient on ne peu plus éloquent. Il se laissa tomber à genoux devant elle et baissa les yeux, incapables d'affronter plus longtemps son regard.

— Je suis tellement désolé Guenièvre… je n'avais pas prévu de tomber amoureux de lui et encore moins que ce soit réciproque. J'ai…

Il observa ses mains comme si elles étaient souillées et serra les poings.

— J'ai essayé… j'ai essayé de toutes mes forces de résister à l'attraction que j'avais pour lui, je te le jure, j'ai lutté encore et encore mais… tout me ramenait vers lui. C'est comme si… comme si c'était plus fort que ma simple volonté. Je… j'aurais dû te dire la vérité, on… on aurait dû te le dire dès que cela à commencer mais… j'avais peur de perdre ton amitié et je ne me pardonnerais jamais pour ce que je t'ai fait je…

Merlin cessa de parler, perdu dans des sanglots qu'il ne parvenait plus à retenir et gardait résolument la tête baissé. Si elle voulait le condamner à mort pour avoir osé entretenir une relation avec son époux, il serait bien incapable d'y résister.

Le silence se faisait de plus en plus pesant et Merlin ne savait pas quoi faire, hormis attendre. Le froissement de tissus le prévint que la Reine se déplaçait et le bas de la robe l'avertit qu'elle se tenait juste devant lui. Il ferma les yeux, incapable de supporter ce qui allait ce passé et Guenièvre s'agenouilla devant lui. Les épaules du sorcier tressautèrent tandis qu'il retenait un autre sanglot, une autre larme dévalant sa joue déjà striée de leurs consœurs.

Des bras s'enroulèrent autour de son cou et l'étreinte de Guenièvre le figea. L'incompréhension s'en suivit, incapable de trouver une explication plausible à cette réaction. Avait-elle mal compris ? Ne l'avait-elle pas entendu lui révéler qu'il l'avait trahi honteusement en partageant la couche de son époux ?

— Je suis désolé Merlin…

Ce dernier redressa enfin le visage, cherchant des réponses dans le regard de son amie. Aussi étrange que cela puisse paraître, il n'y vit aucune colère aucune rage, juste de la compréhension.

— Ce que tu as dit, chaque mot que tu as prononcé… était le reflet de mon propre cri intérieur. Depuis des années, je fais tout ce que je peu pour étouffer les sentiments que j'ai pour Lancelot et depuis qu'il est revenu, je n'ai cessé de lutter, pour ne pas rester trop proche de lui. Parce que je savais que je tomberais dans ses bras si je le faisais. Alors j'ai lutté tous les jours depuis et… je te comprends.

Elle lui offrit un sourire attristé et essuya ses larmes à l'aide de sa manche.

— Quand j'ai réalisé que c'était toi… mon meilleur ami qui m'avait trahit, j'ai… je ne te cache pas que j'ai eu envie de t'arracher le cœur, lui avoua-t-elle dans un ricanement. Mais après… quand je t'ai écouté parler… j'ai réalisé que tu n'étais en réalité qu'une victime, comme moi. Condamné à aimé et à être aimé par un homme que tu ne peu avoir.

Merlin secoua la tête, ne pouvant retenir une autre larme. La gentillesse de cette femme et son taux de compréhension dépassaient tout entendement.

— Oh Guenièvre, comme je suis désolé…

La Reine le serra à nouveau dans ses bras.

— Ne t'excuse pas, grâce à toi, j'ai réalisé que j'étais bien plus affecté de savoir que Viviane et Lancelot avaient eu une relation… plutôt que par le fait que mon époux m'ait trompé avec mon meilleur ami.

Merlin serra la jeune femme contre lui, il ne saurait comment la remercier. Jamais il ne saurait lui montrer combien il était reconnaissant pour ce qu'elle venait de faire, et jamais il ne pourrait le lui rendre.

— Je te propose de sécher ces larmes, et cela est valable pour moi aussi, commença-t-elle en essuyant une nouvelle larme qui venait de couler, arborant toutefois un sourire encourageant. Et de nous concentrer sur l'essentiel. Nous reparlerons de tout cela une fois qu'Arthur sera parmi nous, qu'en penses-tu ?

Merlin approuva et imita la jeune femme, allégé d'un lourd poids qui pesait sur sa conscience. Guenièvre avait raison, leur priorité était de retrouver le Roi et de le ramener en sécurité au château, après cela, ils auraient toute la vie pour se faire pardonner.

.

Ellan arriva dans la cour, arrêtant sa course folle sur les marches de l'escalier. Un magnifique lever de soleil se levait à l'horizon, contrastant avec l'état de désespoir dans lequel elle se trouvait. L'air frais du matin lui glaçait le visage, mais refroidissait également son esprit qui tournait à plein régime. De la vapeur s'échappait de ses lèvres lorsqu'elle expirait, mais le froid avait au moins le mérite de l'empêcher de pleurer. Elle rabattit la capuche sur son visage afin de se couper du froid, et descendit les marches.

Elle n'avait pas pu affronter le regard de Lancelot après leur avoir avoué la vérité et était partit juste après que Guenièvre ne se soit retirer dans ses propres appartements. Ainsi, ils en étaient là, tout le monde allait la détester après le foutoir qu'elle avait provoqué. Il n'y avait peut-être pas de fin heureuse possible à son histoire, ni à la leurs. Celle qu'elle avait connue était peut-être la plus heureuse d'entre toute. Après tout, Guenièvre et Lancelot s'étaient marié et avaient eu un enfant ensemble, avant que la jeune femme ne soit tuée par Morgane. Quant à Arthur… et bien, Arthur avait pleuré la mort de son âme sœur toute sa vie, jusqu'à finir par le rejoindre dans la mort.

Ce n'était sans doute pas une fin parfaite, mais elle n'était peut-être pas pire que celle qui était en train de ce profilé. Arthur était perdu à jamais dans le Val Sans Retour sans espoir de revoir un jour celui qu'il aimait, Merlin allait mourir seul, sans même avoir pu revoir l'amour de sa vie, Guenièvre ne ferait sans doute plus confiance, ni a Lancelot, ni a elle-même. Quant au chevalier, il allait certainement la haire de lui avoir volé sa loyauté pour elle, l'empêchant ainsi de fonder une famille avec celle qu'il avait sincèrement aimée depuis la première seconde ou leurs regards s'étaient croisés.

Elle s'arrêta et fixa le sol. Il n'y avait plus de doute possible, la situation actuelle était bien pire. Un autre soupire s'échappa de ses lèvres, créant un autre nuage de vapeur.

— Tous ces sacrifices… et pour quoi ? chuchota-t-elle, le regard perdu au loin sur ce ciel qui changeait de couleur au fur et à mesure que le jour s'éveillait.

Elle serra d'une main le pendentif qui pendait à son cou, représentant le symbole druidique, et qui avait autrefois appartenu à la personne la plus importante pour elle. Cette même personne qui avait trouvé la mort, pour rien.

— Je suis désolé Yvain, j'ai échoué…

— Vous avez échoué à quoi ? s'enquit une petite voix derrière elle, la faisant sursauter.

La surprise de s'être ainsi fait surprendre, fut très vite rattrapée par celle de se retrouver nez à nez avec le jeune Yvain de cette époque. Un lionceau à ses côtés trottinait vers lui tel un chien de garde. Yvain pencha la tête sur le côté, le regard vif et le nez légèrement rougi par la fraîcheur ambiante.

— Vous avez dit mon nom, ajouta-t-il, on se connaît ?

Ellan se retrouva bouche bée, incapable de réponde à cet enfant. Son cœur se serra à l'idée qu'elle avait perdue son Yvain pour pouvoir venir ici, et que tout cela n'avait servit à rien, à part empirer les choses.

— Ellan ? l'appela Lancelot qui venait de franchir les portes du château, descendant les premières marches de l'escalier.

Le chevalier était resta un moment immobile, ne sachant quoi dire à la jeune femme. Il l'avait suivi sans trop réfléchir et se retrouvait à présent comme un imbécile, incapable de prononcer un seul mot.

Viviane avait le regard baissé et fuyait le sien, attendant avec crainte le moment où il lui annoncerait qu'il souhaitait ne jamais plus la revoir. Mais rien ne vient, seul le silence perdura. Finalement, ce fut le jeune Yvain qui le brisa, ignorant la tension qui pesait dans l'air.

— Oh, au fait, vous n'auriez pas vu Merlin ? Gaius m'a raconté ce qu'il s'était passé et j'aurais bien aimé savoir comment il va.

Mais le pauvre garçon n'eu aucune réponse. Il fronça les sourcils et s'impatienta.

— Je ne trouve pas non plus Arthur et… vous m'écoutez ?

— Viviane, commença Lancelot en ignorant ouvertement le jeune chevalier qui bougonna.

Il observa du coin de l'œil la jeune femme sursauté, la tête résolument baissée. Même lorsqu'il faisait des bêtises, il n'affichait pas un air aussi peiné, elle avait du faire quelque chose de terrible pour attirer la colère de Lancelot.

— Je, commença-t-elle d'une voix chevrotante. Je vais partir… c'est ce qu'il y a de mieux à faire. Je dois trouver Morgane et… réparer ce que j'ai fait.

Lancelot n'arrivait même plus à réfléchir, il n'avait absolument aucun souvenir de cette nuit dont elle avait parlé et avait du mal à l'assimiler. Merlin et Guenièvre arrivèrent à leur tour, les yeux rougis et le cœur encore lourd.

— Merlin ! s'écria Yvain en se jetant dans ses bras, ou il y fut accueilli avec la même joie.

Le sorcier lui embrassa le haut de la tête, et le serra fort contre lui, avant de relever les yeux sur celle qui partageait son sang et sa magie. Le mot fille était encore difficile à utiliser en ces circonstances.

— Ou vas-tu ainsi ? s'enquit Guenièvre avec inquiétude.

Ellan recula précipitamment, faisant tomber la capuche qui masquait une partie de son visage. Yvain écarquilla les yeux, stupéfait par sa beauté. Il ne pu s'empêcher de rougir, soudainement très intimidé.

— Tout ce que je voulais, amorça-t-elle avec tristesse, c'était un futur meilleur pour vous tous. Je voulais juste empêcher Morgane de tous vous détruire, vous ainsi que mon futur.

Le sol se mit à trembler soudainement, faisant reculer la Reine qui comprit très vite que ce n'était pas d'origine naturelle. Viviane était submergée par un torrent d'émotions contradictoires et laissait sa magie intuitive l'envahir. Merlin en avait lui-même fait l'expérience quelques fois, lorsque ses sentiments prenaient le pas sur tout le reste, et il était le mieux placé pour savoir que c'était véritablement effrayant pour quelqu'un comme lui qui avait toujours su maîtriser la magie, avant même d'apprendre à marcher ou à parler.

Tout d'abord, il y avait la colère. Celle de ne pas avoir réussi la mission qu'elle s'était attribué et contre Morgane, pour lui avoir tout pris. Contre elle-même, pour ne pas avoir su la contrer. Puis il y avait la tristesse. Celle de devoir perdre ceux qu'elle aimait, encore, et d'avoir provoqué tellement de malheur autour d'elle. Vint ensuite l'inquiétude, d'un futur pire que le précédent qu'elle aurait provoqué. Suivit par l'impuissance, incapable de savoir ce qu'elle devait faire à présent. Et finalement, de la fatigue suite à ses échecs répétés.

Tout autour d'elle se mit à léviter, allant des simples sceaux, jusqu'aux charrettes, en passant par chaque pierre qui parsemaient le sol de la cour. Merlin s'avança devant les autres, un bras tendu vers la jeune femme.

— Viviane… calme-toi. Je sais ce que tu ressens et c'est normal. Tu a porté tellement de responsabilités sur tes épaules pendant tellement de temps…

Il avança d'un pas de plus vers elle, qui paniquait de plus en plus, en réalisant qu'elle provoquait tout cela et ne parvenait pas à le contrôler.

— Je ne fais rien, je…

Mais ses yeux mordorés démontèrent ses propos. Lancelot était passé devant la Reine qui avait attiré Yvain à elle.

— … je sais et tu n'y es pour rien, ce sont tes sentiments qui prennent le contrôle sur ta magie, lui apprit Merlin en continuant d'approcher. Tu dois te calmer…

— Mais comment ? cria-t-elle presque, encore plus apeuré.

— Respire avec moi.

Merlin inspira et expira, très vite rejoint par sa fille qui fit de même. Assez vite, le sorcier arriva à son niveau et la prit immédiatement dans ses bras. Viviane s'accrocha à lui comme à une bouée en pleine tempête.

Aussitôt, tous les objets en lévitation s'écrasèrent au sol et Guenièvre poussa un couinement de surprise, serrant un peu plus Yvain contre elle. Lancelot posa une main sur son épaule, s'assurant qu'elle n'avait rien. Leurs regards se croisèrent et se plongèrent l'un dans l'autre, un long moment, jusqu'à ce que les pleures de leur amie commune, ne les sortent tous deux de leurs échanges.

Lancelot fut le premier à les rejoindre. Il n'avait pas su trouver les mots lorsqu'il s'était retrouvé face à elle, mais à présent, il ne pouvait garder le silence et la laisser souffrir ainsi sans réagir.

— Viv… tu n'es pas à blâmé pour les agissements que cette infâme sorcière t'a obligé à faire. Auquel cas, nous tous… le serions aussi.

La jeune femme, osa enfin regarder le chevalier dans les yeux. S'écartant brièvement des bras de son père, elle sentit son cœur exploser lorsqu'elle comprit que personne ne lui en voulait.

— J'ai été moi-même manipulée pendant des mois par Morgane, lui raconta Guenièvre en se joignant à eux, Yvain sur ses talons. J'étais incapable de résister à ce qu'elle me demandait de faire et j'ai mis en péril l'avenir de Camelot et de tous ceux que j'aimais.

— Moi aussi, j'ai été utilisé par cette sorcière afin de piéger Arthur et Guenièvre, révéla le chevalier sans pour autant en avoir le moindre souvenir. J'ai même failli provoquer leurs pertes à tous les deux.

— Quand à moi, elle m'avait donné l'ordre de tuer Arthur, continua Merlin en séchant ses larmes d'un geste du pouce.

Il y en avait décemment trop eu aujourd'hui, et il n'était pas certain de pouvoir en supporter d'avantage.

— Fort heureusement pour nous, elle ignorait à ce moment-là que j'étais un puissant sorcier et que j'étais un bien piètre assassin, poursuivit-il avec amusement.

Ce qui eu le mérite d'arracher un sourire à la jeune femme.

— Pour ma part, Morgane à fait en sorte que je me retrouve au centre de l'un de ces plans machiavélique, et Arthur à bien faillit me faire exécuter pour ça, intervint Yvain qui écopa de toute l'attention, rougissant violemment. Quoi… c'est vrai ? On a tous été utilisé d'une façon ou d'une autre par cette femme, mais ça ne fait pas de nous les méchants.

Viviane approuva d'un signe de tête. Même dans le corps d'un enfant, et avec l'esprit d'un enfant, Yvain parvenait encore à la rassurer et à lui faire entendre raison.

— Voilà des paroles très sages pour un jeune garçon, reconnu-t-elle avec un petit sourire.

Le rose de ses joues s'intensifia et il croisa les bras, bougon. Il ne voulait pas être un enfant à ses yeux.

— J'ai bientôt treize ans, je ne suis plus un petit garçon.

Le rire balaya le petit groupe, apportant un vent de légèreté dans la cour du château.

— Quoi qu'il en soit, si toi aussi elle t'a fait du mal, ça veux juste dire que tu fais partit des nôtres, acheva-t-il en échangeant un regard avec les autres. Pas vrai ?

Merlin fut le premier à approuver, serrant l'enfant contre lui avec fierté. Guenièvre fut la suivante. Ce n'était pas à elle qu'elle en voulait, mais bien à Morgane, qui avait fomenté toute cette machination. Il était plus que temps de mettre un terme à son règne de terreur. Lancelot ferma la ronde. Lui aussi ne pouvait en vouloir à Viviane. Il ne savait que trop bien tout ce qu'elle avait enduré pour en arriver jusqu'ici, et une fois de plus, son destin lui avait réservé une nouvelle épreuve à affronté.

Viviane venait de prendre une piqûre d'adrénaline, car la rage de vaincre lui rongeait les entrailles. Elle se pencha pour se mettra au niveau du jeune garçon qui s'empourpra aussitôt.

— Merci pour tout jeune homme… merci de m'inclure parmi les vôtres, c'est un véritable honneur.

Elle retira le pendentif de son cou afin de venir le placer dans la paume de sa main, bien plus petite et frêle qu'elle ne l'avait connu, mais qui présentait toutefois des traces de cornes dû au maniement de l'épée.

— J'aimerais que tu gardes ce pendentif pour moi en gage de ma gratitude, lui révéla-t-elle en refermant ses doigts sur le bijou. Il a appartenu autrefois à un jeune homme aussi généreux et exceptionnel que toi qui a donné sa vie pour sauver le monde tel que tu le connais. Ce serait un très grand honneur pour moi, si tu acceptais de le porter.

Yvain aussi rouge qu'une tomate face à tant d'attention venant de cette femme magnifique, babilla, ne parvenant pas à aligner deux mots cohérents les uns derrière les autres.

Merlin observa le magnifique bijou en argent avec consternation et blêmit. Il avait acheté exactement le même, sur la place du marché il y avait quelques jours, en prévision de l'anniversaire du jeune garçon. Il échangea un regard avec Viviane qui hocha la tête, comprenant que l'homme dont elle parlait était bien l'Yvain de son époque.

La tristesse l'envahit soudainement, ainsi lui aussi avait trouvé la mort ? Il comprenait à présent pourquoi Viviane avait traversé le temps et tout sacrifier pour modifier l'histoire. Il ne connaissait aucun détail de ce futur, mais du peu qu'il en avait compris, il ne présageait rien de bon. Qu'à cela ne tienne, il n'était plus seul à présent et Morgane ne pourrait rien contre deux êtres sorciers à la puissance magique inégalée. Camelot n'avait plus de raison de douter de l'avenir et de leur réussite. Morgane allait payer pour ce qu'elle avait fait, et serrait une bonne fois pour toute mise hors d'état de nuire.

— Ensemble, on peu réussir à vaincre Morgane, affirma Merlin avec aplomb.

Non, il n'était plus seul et avait bon nombre de compagnons incroyable qui se battaient à ses côtés.

.

Gauvain était assis par terre, le dos callé contre le tronc d'un énième arbre qui peuplait cet endroit maudit. Sa tête frappait l'écorce à intervalle régulier tandis que sa main créait un rythme différent lorsqu'elle s'abattait sur sa cuisse. Cela commençait sérieusement à taper sur le système de ses compagnons, ce que son roi ne manqua pas de lui signaler.

— Tu veux bien cesser cela, le supplia-t-il presque en frappant sa jambe de son pied. C'est agaçant et à force et cela me donne la migraine.

Arthur frotta son front d'où la douleur lui avait prit il y avait plusieurs jours. Il avait fait plusieurs rayures sur son bouclier avec son épée, comptant les jours qui s'écoulaient tandis qu'il était toujours bloqué ici. Les marques s'élevaient au nombre de vingt. Cela faisait vingt jours qu'il était bloqué ici sans savoir ce qu'il se passait à Camelot pendant ce temps-là. Le temps ne semblait pas s'écouler de la même façon dehors, mais cela ne l'empêchait pas de s'inquiéter.

Merlin, s'était-il réveillé ?

— Si vous me racontiez plutôt avec qui vous avez trompé Guenièvre ? J'ai dit le nom de toutes les femmes que je connaissais… et j'en connais un rayon. Mais aucune ne vous à fait réagir.

Gauvain jeta un regard à Tristan à ses côtés qui haussa un sourcil, lui demandant silencieusement de le laissé en dehors de cette histoire.

— Quoi, je suis le seul ici à être curieux sur l'identité de cette mystérieuse femme ?

Tristan haussa les épaules. Après tout, la vie sentimentale de son Roi ne le regardait en rien. Même si écouter Gauvain en parler et émettre des suppositions étaient sa seule distraction ici. Les autres hommes passaient parfois vers eux toujours sans les voir et s'éparpillait, ne restant jamais au même endroit. Guyamor s'était posé non loin d'eux, et ne lâchait pas Arthur de son regard assassin. Un coude posé sur son genou relevé, il arborait une pose décontracté qui contrastait grandement avec son attitude menaçante. Claudas avait trouvé une place sur une souche plate qui lui offrait un siège plutôt agréable. Il avait ligoté son fils à un arbre afin de garder un œil sur lui, celui-ci ne le réalisant même pas.

— Si en temps normal, je n'en aurais rien eu à faire, avoua Tristan en se redressant du sol sur lequel il s'était allongé, je dois bien avouer que me focaliser sur quelque chose, est la seule raison pour laquelle je n'ai pas encore perdu la tête.

Il ne l'avouerait sans doute pas à ses compagnons d'infortune, mais depuis peu, il lui arrivait parfois d'apercevoir à travers la brume, la silhouette d'Hunith. Mais dès qu'il s'en approchait, elle s'évanouissait comme si elle n'avait jamais été là. La veille, il avait même cru entendre sa voix.

— Mais oui c'est ça, s'écria Gauvain en frappant dans ses mains, faisant sursauté tout le monde. Si ce n'est pas une femme du château, c'est qu'elle doit venir d'un autre clan. Quel était le nom de cette princesse déjà avec qui vous aviez failli vous fiancer… hum…

Arthur soupira en détournant le regard, lorsqu'il aperçut une silhouette familière dans le brouillard. Il se releva soudainement, attirant l'attention de ses chevaliers.

— Merlin ? appela Arthur en s'approchant de lui.

Son cœur explosa de joie en sachant son ami et amant s'était éveillé. Pour une fois, il ne lui en voulait guère d'être venu à son secours et l'accueillait même à bras ouverts. Mais lorsque ses pas l'approchèrent de son ami, ce dernier disparut juste avant de prononcer son prénom. Un frisson parcourut son échine, pinçant son cœur au passage.

— Qu'est-ce que…

Il tourna sur lui-même à la recherche de son ami, en vain. Merlin n'était plus là. Gauvain le rejoignit, portant une main à son épaule afin de le ramener à la réalité.

— Arthur ? Vous allez bien ?

— Je… je ne comprends pas, il était juste là à l'instant, bégaya-t-il en cherchant l'approbation de ses chevaliers. Vous l'avez vus, vous aussi n'est-ce pas ?

Gauvain secoua résolument la tête.

— Il n'y avait personne Sir.

Tristan les rejoignit, commençant doucement à comprendre. Le rire jaune de Guyamor s'éleva tout à coup dans l'air. Le visage dissimulé derrière la paume de sa main, il finit par calmer son fou rire et mordit sa lèvre inférieure tout en secouant la tête.

— Je n'en reviens pas… jusqu'ici il faut que vous me le voliez…

Gauvain soupçonnait son ancien compagnon de devenir complètement sénile, sans doute était-ce un effet secondaire de cet endroit qui devait ronger leur esprit jusqu'à ce qu'ils finissent par devenir complètement dingue.

Tristan quant à lui remettait les pièces du puzzle, une par une. Certains des hommes qui s'étaient présenter à eux avait avoué être ici depuis près de cent ans et avait encore toute leurs têtes. Mais eux qui étaient là depuis peu, commençait déjà à devenir dingue et à être sujet à des hallucinations. Lui-même avait eu des visions de la douce Hunith qui appelait son nom, et son roi venait également d'en faire les frais.

— Mais bien sûr, murmura-t-il en portant une main à la barbe de trois jours qui rongeait le bas de son visage, dissimulant à peine son étonnement. Alors là, je dois dire que je ne m'attendais pas du tout à cela de votre part Altesse.

Arthur l'ignora et surplomba Guyamor de toute sa hauteur en le foudroyant d'un regard furieux. Il le releva en l'attrapant par le col de sa chemise et le rapprocha de lui d'un air menaçant.

— Qu'est-ce que tu as dit ? Si tu tiens à mourir, je peux y remédier tout de suite.

— Je ne suis pas sûr que vous y arriveriez… même avec de la bonne volonté, le nargua-t-il avec un sourire goguenard. Sans vouloir vous vexez Sir, je suis bien meilleur bretteur que vous.

— Arrêtez, cela ne servira à rien de vous battre entre vous, gronda Claudas. Cela ne nous fera pas sortir d'ici plus vite, et au lieu d'épuiser votre énergie en de futiles bagatelles, vous feriez mieux de trouver un moyen de sortir d'ici.

Arthur et Guy ne se quittèrent pas du regard, jusqu'à ce que Gauvain ne soit obligé de les séparer.

— Sir, il à raison, calmez-vous. Vous avez dit avoir vu Merlin, cela veux donc dire qu'il est réveillé et qu'il doit vous chercher, c'est plutôt une bonne nouvelle non ?

Mais la mine sombre des autres lui fit immédiatement perdre son sourire. Il était complètement perdu et ne comprenait plus rien à la situation.

— Vous lui dites ? Ou vous préférez que je le fasse, s'enquit l'ancien chevalier de Camelot avec suffisance.

— La ferme ! Fermez-là, ou je jure que je vous…

— Quoi ? le coupa Guyamor en se plaçant devant lui, les bras tendus. Vous allez me faire quoi ? Me tuer ? Oh, mais allez-y, ce serait avec plaisir. Mais suis-je bête, on ne peu pas mourir… pas ici. Et oui, nous sommes condamné à erré ici en pensant à l'être aimé que l'on ne retrouvera jamais. Mais vous savez quoi… même si je parvenais à sortir de cet enfer, je ne le retrouverais jamais quand même.

Il posa un doigt accusateur sur son torse et ajouta en crachant presque ses mots.

— C'est vous qu'il a choisi, alors rien, vous m'entendez rien de ce que vous pourriez me faire ou dire, ne pourra être pire que cela. Et dire que vous n'avez même pas le cran de l'accepter et de le reconnaître devant vos hommes.

Il secoua la tête, fou de rage.

— Allez-y Arthur ! Dîte leur ! De toute façon on est coincé ici pour toujours alors à qui bon craindre de ce que votre peuple ou vos hommes dirons !

— Je vous interdis de présumer de ce que je peux penser, l'arrêta Arthur avec véhémence. Vous ne savez absolument rien de ce que j'éprouve, ou du fait que j'aimerais lui offrir le monde et pouvoir crier au monde entier que je l'aime, et que je ne suis rien sans lui…

Arthur s'arrêta, incapable de continuer. Si Tristan avait compris depuis un moment, il devait bien avouer que d'entendre le cri du cœur de son roi était déchirant. Son amour était impossible, aussi fort soit-il. Gauvain quant à lui alternait entre, Arthur et Guy, de plus en plus largué par toute cette histoire.

— Mais enfin de qui vous parlez ?

Tristan décida de venir en aide à son ami, frappant son épaule avec compassion.

— D'après toi Gauvain ? Cet endroit à été conçue par la jalousie d'une femme, qui condamner ses prisonniers à voir l'être aimée, sans jamais plus pouvoir le revoir.

Mais Gauvain n'était vraiment pas une lumière, ce qui désola son camarade autant qu'il le fatiguait.

— Qui notre Roi à-t-il cru voire ?

La question restait en suspens dans l'esprit du jeune homme qui mit plusieurs minutes avant de percuter, réalisant soudain l'indéniable. Ce fut dans un juron qu'il s'exclama avant de s'écrier.

— Merde… c'est Merlin !

Jamais il n'y aurait pensé ! Il était vrai que ces deux-là partageaient un puissant lien qui s'était renforcé au fil des années passé ensemble, mais de là a imaginé qu'ils pouvaient avoir tous deux des sentiments amoureux l'un pour l'autre. Gauvain blêmit lorsqu'il réalisa toute l'ampleur de cette nouvelle. Arthur avait eu une relation avec Merlin, dans le sens physique du terme ?

— Bah ça alors… Merlin…

Tristan leva les yeux au ciel essayant tant bien que mal de dissimuler son amusement. Gauvain avait le don pour mettre les pieds dans le plat. Devant l'expression torturée du roi, le chevalier lui vint en aide, entourant les épaules de son ami.

— Quand l'amour, le vrai vient frapper à ta porte, malheureusement peu importe de qui il s'agit, tu ne peu que le suivre aveuglément en direction du véritable bonheur.

Arthur ne disait rien, mais remerciait silencieusement son chevalier de le soutenir sans le juger comme l'avait fait Gauvain un peu plus tôt. Il avait bien conscience que sa relation avec Merlin n'était pas normal et que si cela venait à se savoir, son peuple et ses alliées ne le prendraient sans doute pas aussi bien qu'eux. L'acceptation de la magie avait déjà du mal à se faire dans l'esprit de ses alliés les plus récalcitrants, et si sa relation avec son Enchanteur venait à ce savoir, il ne doutait pas que quelqu'un crierait à la sorcellerie tôt ou tard. Il serait enfermé dans ses propres cellules en attendant d'être libéré du maléfice qui le rongeait, condamnant le sorcier responsable de son état à mort. Merlin trouverait alors soit la mort, brûlé sur le bûcher, ou l'exile en échappant à sa condamnation, replongeant le royaume d'Albion dans la crainte de la magie et le cercle vicieux de la chasse aux sorcières reprendrait.

Oui, Arthur s'était déjà imaginé la réaction des siens s'il leur avouait son lien avec Merlin, mais dans tous les scénarios qu'ils imaginaient cela ne se finissaient jamais bien, et tout le monde en souffrait. Il avait tellement peur que la situation lui échappe et que cela tourne au désastre qu'il imaginait toujours le pire. Pourtant, ses sentiments pour son ami ne cessaient de croître, jour après jour et ils étaient devenus bien plus puissants que sa raison ne pourrait jamais l'être.

Arthur avait eu un avant-goût de ce que serait sa vie s'il venait à perdre Merlin, il avait cru mourir avec lui. Il était incapable de continuer sans lui, et la magie semblait être du même avis que lui, puisqu'elle s'était réunie pour le ramener à la vie.

— Voilà ou vous ont mené votre incapacité à assumer vos sentiments, rétorqua Guy en sortant Arthur de ses sombres pensées.

Arthur le foudroya du regard et explosa.

— Je ne vous permets pas de me juger, pas alors que vous l'avez vendu à Morgane et à lui !

Il pointa Claudas de son épée avant de poursuivre.

— A cause de vous et de votre incompétence, il à été battue, enchaîné, poursuivit et traquer et j'en passe. Pour tout cela, vous mériteriez la mort par pendaison et encore, je suis clément. S'il n'en tenait qu'à moi, cette sentence est bien plus méritée.

Gauvain se pencha discrètement à l'oreille de Tristan et lui demanda, peu certain d'avoir tout compris.

— Il se passe quoi au juste ?

L'ancien brigand se désespérait vraiment de la stupidité de son ami et leva les yeux au ciel, résigné à devoir lui expliquer quelque chose de si évident.

— Il semblerait que notre ancien camarade Guyamor ici présent, soit également épris de Merlin. Si Hunith savait que son fils avait autant de succès, ajouta-t-il avec amusement.

Un sourire étira ses lèvres tandis qu'il imaginait la discussion qui aurait suivit. Mais il perdit très vite sa bonne humeur lorsqu'il réalisa qu'il ne la reverrait peut-être jamais. Il avait déjà perdu un premier grand amour et avait pensé ne jamais pouvoir en retrouvé un, un jour. Pourtant, la vie lui avait offert ce merveilleux cadeau, avant de le lui arracher brutalement. Et dire qu'il l'avait laissé partir lorsqu'elle avait voulu retourner à Eldore.

— J'ignorais que Merlin était si populaire, lui avoua Gauvain avec amusement sans quitter son Roi et Guy qui se disputait, ne les écoutant que d'une oreille.

Tristan lui jeta un regard dubitatif.

— Vraiment ? Je trouve que c'est plutôt évident. Trouve-moi une personne qui n'apprécie pas ce gamin ? Hormis Morgane et Mordred. Il a au moins contribué à chacune de nos promotions au poste de chevaliers, sans parler du fait qu'il est toujours prêt à aider tout le monde. Les servantes du château son toute choses quand elles le voient, et l'ensemble des chevaliers lui vouons tous un immense respect. On donnerait tous notre vie pour lui s'il le fallait…

Gauvain ne répondit pas, mais son silence fut sans équivoque. Il n'avait jamais vraiment pris le temps d'y songer, mais Tristan avait raison, il donnerait sa vie pour sauver celle de son ami. Merlin était bien plus qu'un Enchanteur, même avant cela, en tant que simple valet, Gauvain l'avait toujours apprécié. Merlin était un homme loyal, bon, honnête et d'une incroyable gentillesse.

— Et à cause de vous, continua Arthur à l'intention de son rival, je suis moi-même emprisonné dans cet endroit sans même savoir si Merlin est sain et sauf ou si Morgane à décider d'attaquer Camelot. Alors pour les leçons de morale, vous n'êtes clairement pas mieux placé que moi !

Guy tira son épée de son fourreau, la fureur s'échappant de lui, telle une aura meurtrière. Tristan et Gauvain réagirent immédiatement et voulurent prêter main forte à leur souverain qui leur fit signe de ne pas bouger.

— Restez en arrière, leur ordonna-t-il sur un ton qui ne tolérait aucun refus. C'est entre lui et moi.

Les deux hommes échangèrent un regard, ne sachant s'ils devaient réellement obéir à un tel ordre. Guy était très fort et Arthur était leur roi, même s'il excellait au maniement de l'épée, ils ne pouvaient permettre que leur souverain ne soit blessé.

Selon Guy, ils ne pouvaient mourir ou être blessé ici, ce qui rassura les deux hommes, laissant Arthur et Guyamor se jeter l'un sur l'autre, arme au point. Tous deux s'était déjà affronté de nombreuse fois, mais cet échange là n'avaient rien à voir avec ceux qu'ils avaient déjà tout partagé lors de l'entrainement. Cette fois-ci, ils se battaient avec l'intention de blesser, et peut-être même de tuer.

.

— Répète-moi encore ce que tu viens de dire ? sollicita Gaius en plissant les yeux, peu certain d'avoir tout compris.

— Je sais que c'est difficile à croire Gaius, mais… tout ce que Viviane à dit est vrai. Elle vient bien du futur et c'est ma… fille magique, avoua Merlin devant le regard incrédule de son mentor.

Le vieil homme prit place sur une chaise, sentant ses jambes flageolées de ce trop-plein d'informations. Il était vrai qu'il avait eu une étrange sensation familière en observant la jeune femme et maintenant qu'il le savait, il trouvait leur ressemblance encore plus frappante. C'était même tellement évident, qu'il n'y aurait même jamais pensé.

— Et tu es venu dans cette époque-ci pour sauver ton… père, c'est bien cela ? Résuma Alice en apportant le thé qu'elle déposa sur la table à l'aide d'un plateau.

Elle serra l'épaule de son amant afin de lui apporter un peu de soutien. Pratiquant la magie depuis longtemps, la vieille femme avait déjà eu affaire à bien d'étrange phénomène, celui-ci n'était pas plus extraordinaire que la fois ou elle avait vu de ses propres yeux le corps d'un homme qui était décédez depuis plus d'un mois, se réveiller dans sa tombe afin de retrouver sa famille comme si de rien n'était.

— C'est bien cela, approuva la jeune femme avec une grande patience.

— Et vous dite que notre Roi est piégé dans…

— Le Val Sans Retour, répondit Merlin, venant en aide à l'homme qu'il considérait comme son père.

— Et cet endroit à été conçu par la Sorcière Morgane pour piéger l'âme des hommes infidèles, continua Alice qui arrivait à bien mieux assimilé toutes ces nouvelles que son compagnon.

Viviane approuva d'un signe de tête, jetant un bref coup d'œil à Merlin qui gardait résolument la tête baisé.

— Cela veux donc dire que notre Roi à trompé la Reine, ajouta la guérisseuse, impressionnant les deux puissants sorciers par sa perspicacité.

Cette femme avait un tel vécu, que rien ne parvenait plus à la perturber. Elle prenait chaque nouvelle avait un tel détachement, que cela en devenait presque effrayant.

— Si quelqu'un d'autre que toi m'avait appris cela mon garçon, je n'aurais pus le croire, avoua Gaius perplexe.

Merlin redressa enfin la tête et affronta le regard inquisiteur de son mentor.

— C'est moi… annonça-t-il avec une petite voix.

Alice comprit plus vite que son amant, mais si elle en fut surprise, elle n'en fit rien paraître. Gaius quant à lui fronçait tellement les sourcils que ceux-ci manquaient de se rejoindre pour ne former qu'une ligne.

— Voilà qui est… Peut-être moins surprenant que tout ce que je viens d'entendre.

Soulagé, Merlin se permit enfin se souffler, expirant l'air bloqué dans ses poumons. Deux des personnes les plus chères à son cœur avaient approuvé sa relation avec Arthur. Il ne lui manquerait plus que l'aval de sa Mère et celle d'Yvain pour qu'il puisse alors véritablement se sentir libéré.

— Vous avez toujours partagé un lien qui me dépassait, leur révéla-t-il avec nostalgie. Je me rappellerais toujours de cette fois ou, même empoisonné et agonissant, tu as utilisé ta magie pour guider et sauver Arthur de la mort. Ce jour-là, j'ai réalisé que vos destins s'entremêlaient de façon à ne faire plus qu'un. De plus que le Grand Dragon semblait toujours répéter que vous étiez les deux faces d'une même pièce, il est donc plutôt logique que vous soyez des sortes de…

— Des âmes sœur, acheva Viviane avec un petit sourire en direction de son père.

Merlin le lui rendit, le cœur battant à tout rompre dans sa poitrine.

— Et donc si vous nous révélés tout cela, c'est pour une raison bien précise je suppose ? s'enquit la vieille femme qui ne perdait pas le nord.

— C'est exacte, je me demandais si vous aviez déjà entendu parler d'un tel maléfice, ou quoi que ce soit s'en rapprochant.

Gaius frotta son menton avec lenteur, remuant ses méninges.

— Crée une dimension qui offre un accès sélectif d'entrée, résuma-t-il. Cela doit déjà demander une grande précision et énormément de concentration auquel cas, la sélection peu très vite différer et ne plus remplir ses objectifs. D'autant plus qu'elle devait se trouver à l'endroit précis ou elle voulait que le sortilège ne soit appliqué.

Morgane avait dû épuiser toutes ses forces dans l'élaboration de cette malédiction, ce qui avait expliqué pourquoi Viviane n'avait croisé personne lors de son évasion. Mordred n'était pas à son poste de geôlier et elle n'avait croisé personne. Était-ce possible que le sort de Morgane avait déjà affecté les lieux ?

Elle avait lutté des mois durant contre ce sortilège de possession qui l'avait obligé à trahir absolument toutes les personnes qu'elle aimait, s'aidant de son amour pour chacun d'entre eux afin de s'en délivrer. Elle savait que seule la magie la plus pure pouvait contrer la noirceur de celle de Morgane.

Si la Prêtresse de l'Ancienne Religion connaissait à présent tous les détails du futur, il y avait cependant une chose importante qu'elle avait oubliée dans cette histoire. C'était que tout ce que Viviane ignorait, elle l'ignorait aussi. Ce qu'elle lui avait obligé à faire, avait tout changé. Cette nuit avec Lancelot avait à scellé son destin, car en passant une nuit avec le chevalier, la druidesse en était tombé amoureuse, créant les seuls sentiments au monde qui pouvait la délivrer de son emprise.

Affamée et assoiffée, elle avait couru, puis marché pendant des jours durant, jusqu'à ce que les tours du château de Camelot n'apparaissent devant elle, tel un mirage dans son désert. Elle n'avait plus la force d'avancer depuis bien longtemps et sans sa magie qui avait prit le contrôle de son enveloppe charnel, elle n'aurait jamais pu arriver à destination.

— Mais savoir ou elle se trouve ne nous aidera pas beaucoup à sauver notre Roi, cru bon d'ajouter Merlin en sortant la jeune femme de ses souvenirs. Tu nous as bien dit qu'à ton époque, seul Lancelot était capable d'en trouver la sortie, c'est bien ça ? Pourquoi personne d'autre ne l'aurait pu ? Tous nos chevaliers ne sont tout de même pas tous, des hommes infidèles. Perceval, Léon…

— Mais ils n'ont pas non plus trouvé l'amour envers qui resté fidèle, contra aussitôt la druidesse en soupirant. Crois-moi, tu avais pensé à tout le monde, même à toi-même…

— Tien c'est vrai cela, pourquoi pas Merlin ? Il a bien été toujours fidèle à Arthur non ? s'enquit Gaius interloqué.

— Mais oui ! s'écria Merlin avec enthousiasme.

— Et bien… il se trouve que non, avoua Viviane en fuyant le regard de son père, étouffant immédiatement son optimisme dans l'œuf.

— Quoi ?

— Lorsque tu as décidé de sauver cette druidesse, Freya, expliqua-t-elle la voix malhabile. En l'aidant à s'échapper, t'as trahit Arthur. Tu étais prêt à partir avec elle…

Merlin crut que son cœur avait été recouvert de plomb et sombrait peu à peu dans les méandres de ses remords. Freya… voilà bien des années qu'il n'avait plus pensé à la jeune femme.

— Et toi mon enfant ? s'enquit Alice en s'adressant à la jeune femme.

— Le sort n'affecte que les hommes, lui rappela-t-elle. Je n'y trouverais qu'une forêt normale.

— Nous revoilà donc à la case départ, conclus Alice avec la perspicacité qui lui était propre.

Gaius soupira, réfléchissant à quelqu'un qui aurait pu rester loyale en amour toute une vie durant. Tout le monde faisait des erreurs dans la vie, c'était le propre de l'être humain. Lui-même en avait commis des centaines.

— Si seulement on pouvait inverser le processus de ce maléfice…

Ce fut à ses mots qu'une idée germa dans l'esprit de la voyageuse temporelle. Tout devenait clair, aussi limpide que du cristal.

— Mais bien sûr, s'écria-t-elle en se levant. Gaius, vous êtes un génie !

Elle tendit les mains devant elle, paume vers le haut, attirant une carte à elle par la magie, qu'elle plaqua ensuite sur la table. Elle y chercha la forêt de Brocéliande, qu'elle pointa du doigt.

— C'est ici que Morgane m'a retenu prisonnière, leur expliqua-t-elle. Quand j'ai pu m'échapper du puits ou elle m'avait enfermé, j'ai sentie sa magie extrêmement faible. Mordred n'était pas à son poste de garde et ses alliés n'étaient pas là, c'était comme si… il n'y avait plus personne. Sur le coup, je n'ai pas cherché à comprendre, je venais de trouver pour la première fois en six mois de torture et de supplice, l'occasion parfaite de m'échapper. Mais maintenant, j'en suis certaine, le Val sans Retour avait déjà été créé à ce moment là. C'est donc là-bas que l'on trouvera Morgane.

— Elle savait qu'elle serait affaiblit par le sort, approuva Merlin en pleine réflexion. Elle est donc restée au seul endroit ou elle savait que personne ne pourrait venir la trouver. Force est de constater que Morgane n'a rien perdu de sa vivacité d'esprit.

— Mais je croyais qu'on savait déjà où elle se trouvait, s'enquit Alice en fronçant les sourcils.

Devant le regard surpris des trois autres, la vieille femme soupira.

— Voyons Gaius, l'un des éclaireurs qui avait été envoyé pour la retrouver est venu pour se faire soigner, tu ne t'en rappelles pas ? Une blessure à la main qui s'était légèrement infectée lors de son voyage.

— Ah oui, cela me revient maintenant, approuva-t-il. Dans ce cas, en quoi est-ce une bonne chose de savoir ou elle se trouve ? D'autant plus si l'on sait que sa position se situe au cœur de ce Val Sans Retour ?

Ellan et Merlin échangèrent un regard, ayant tous deux eux, là même idée.

— Voyons, vous n'avez tout de même pas oublié…

Alice fut la première à comprendre ou leurs convives voulaient en venir et arbora le même air enchanté qu'eux.

— Mes petits, c'est vous les génies. C'est tellement évident que je n'y ai même pas pensé !

Elle se tourna vers Merlin avec un petit sourire taquin et lui frappa le bras d'un coup de coude amical.

— On dirait bien que cette jeune femme ressemble de plus en plus à son père, mon garçon.

Merlin ne pu qu'approuver. Viviane était magiquement aussi puissante que lui et sa compréhension de la magie était instinctive, tout comme lui. Pour la première fois de sa vie, Merlin se sentait réellement épaulé et n'avait pas le sentiment de porter sur ses seules épaules, le poids de tant de responsabilités.

— Quelqu'un aurait-il l'amabilité de bien vouloir m'expliquer ? s'impatienta Gaius en bougonnant.

— Voyons Gaius… Quel est le meilleur moyen de faire cesser n'importe quel maléfice ?

Le vieil homme fronça les sourcils, ne comprenant toujours pas.

— Et bien, je dirais que ce serait d'éliminer son créateur, mais si Morgane se trouve bien au cœur de son sortilège, comment comptez-vous faire pour l'atteindre ?

Ce fut comme deux parfait reflets que Merlin et Viviane sourirent en cœur.

— Gaius, m'avez-vous écouté ? interrogea la jeune femme avec amusement.

Ce fut à cet instant seulement que le vieil homme comprit ou les jeunes voulaient en venir. Le Val Sans Retour n'affectait pas les femmes.

— Je refuse de croire que le destin n'était pas mêlé à tout cela, ajouta Alice avec conviction. Pourquoi la magie aurait-elle donné naissance à une femme pour succéder à Merlin si ce n'était pas en prévision de cet instant précis ?

Merlin approuva. Alice avait raison, Viviane était venus au monde à sa mort et n'avait eu de cesse de vouloir changer le futur, mais peut-être était-elle en réalité son instrument.

— Finalement Viviane, tu n'as peut-être pas déréglé le court du temps, exposa Merlin avec enthousiasme. Tu étais sans doute destiné depuis toujours à faire exactement ce que tu as fait, jusqu'à ce jour précis. C'est toi qui es destiné à combattre Morgane… pas moi.

— Tout ceci est bien beau, argumenta Gaius en attirant l'attention de son ancien pupille. Mais comment comptez vous vaincre Morgane ? De plus, je ne voudrais pas te manquer de respect jeune fille, mais si tu échoue… il nous faut un plan de secours.

— Je suis d'accord, approuva-t-elle sous l'étonnement général.

— Il est de toute façon ors de question que je reste sagement en retrait, sans rien faire, contra aussitôt le sorcier. Et je pense savoir quoi faire.

— De plus, nous ignorons encore si c'est bien là le but de ma destiné, ajouta Viviane au même moment que son père, et on ne peu pas tout misé sur cette théorie. Cependant, j'ai une autre idée pour brisé la malédiction du Val sans Retour.

Elle échangea un regard avec Merlin qui hocha la tête.

— Tu pense à la même chose que moi ? s'enquit-il entre l'étonnement et l'excitation.

Viviane lui sourit comme unique réponse.

.

Arthur était blessé à la jambe, mais se tenait toujours fermement debout faisant face à Guyamor dont le bras droit pendant le long de son corps, probablement cassé. Pas chance pour lui, son ambidextrie lui permettait de continuer le combat.

— C'est ridicule, soupira Tristan, avachit contre un rondin de bois.

Gauvain, qui se tenait non loin, debout face à un arbre, jouait avec sa dague en repassant sur un trait qu'il avait tracé dans le tronc de cet arbre, comptant les jours qu'ils avaient passé ici. Rien n'était précis, car le manque de nuit pouvait parfois le détromper, mais il repassait, encore et encore sur la trente six mille trois cent vingt cinquième marque qui recouvrait l'énorme tronc criblé de marque identique.

Pendant toutes ces années passé à attendre, Arthur et Guyamor n'avaient cessés de s'affronter, tantôt en faveur de l'un, tantôt de l'autre. La plupart des autres hommes qui erraient ici avaient perdu la tête, parlant à des personnes qui n'étaient même pas là. Tristan perdait très souvent la raison, voyant Hunith de plus en plus souvent. Mais les plus atteints, étaient définitivement ces deux idiots qui n'avaient cessé de s'affronter.

Au début, Gauvain avait bien essayé de les en empêcher, mais finalement il n'en avait plus eu la force. De toute façon, leurs blessures disparaissaient le lendemain, et même si l'un d'entre eux mourrait, ils revenaient à la vie, inlassablement, encore et encore. La première fois, Arthur avait planté Guy de son épée, lui perforant le cœur. Ils avaient tous assisté à son dernier souffle, Arthur s'en était même voulu de l'avoir tué. Mais voilà que quelques heures plus tard, Guy étaient revenus à la vie, condamner à purger sa peine pour l'éternité.

Le combat cessa enfin, sans que Gauvain ne cherchât à savoir qui l'avait remporté. Il ne souhaitait qu'une chose, c'était de sortir d'ici. Il ne cessait de se demander combien de temps s'était écoulé là dehors et si tout le monde allait bien. Même s'il plaisantait toujours, il était très attaché à Camelot et à ses gens. Les chevaliers étaient sa famille, Perceval son meilleur ami, et Merlin était à la fois le petit et le grand frère qu'il n'avait jamais eux. Sa vie là-bas lui manquait tellement.

— Merlin, gémissait, murmura Arthur dans un sanglot.

Gauvain soupira, le cœur brisé. À chaque fois, c'était la même rengaine. Arthur et Guy se battaient en duel et une fois terminé, Merlin leur apparaissait. Tous deux incapable de l'approcher ou de le toucher. Condamné à voir l'être aimé sans jamais pouvoir l'atteindre. Pour la première fois, Gauvain regrettait presque de ne pas avoir encore trouvé le grand amour. Sans cela, il n'était pas affecté comme les autres par cet endroit et ne pouvait tomber dans la folie comme les autres. Il restait étrangement lucide, contraint d'assisté à l'aliénation des autres.

Il fit volte face, prêt à venir une fois de plus en aide à son Roi, mais se figea. Il se frotta les yeux plusieurs fois, s'assurant de ne pas être lui aussi atteint d'hallucination. Certain de n'avoir jamais eu de sentiment secret pour Merlin, s'il voyait l'Enchanteur en ce moment, cela voulait dire que…

— Merlin ! s'écria Gauvain en attrapant ses cheveux dans ses mains, prêt à se les arracher.

Il était tellement fou de joie de voir son ami, qu'il déchanta très vite lorsqu'il réalisa que le brouillard les entourait toujours et que rien d'autre n'avait changé. Il jeta un coup d'œil alentour, avant de lui faire un signe de la main.

— Non, non, non, gémissait Arthur. Ce n'est pas réel, ce n'est pas réel, ce n'est pas…

Répétant ces mots comme un mantra, Le Roi présent et à venir, se refusait de relever la tête et de croiser le regard de l'être aimé qui était en train de détruire son esprit. Merlin chercha une explication dans le regard de Gauvain, mais celui-ci se contenta de secouer la tête.

— Arthur ? tenta l'enchanteur en posant ses mains sur son visage afin de l'obliger à le regarder. Arthur, est-ce que vous m'entendez ?

— Tu n'es pas réelle, répétait-il encore et encore.

— Je suis bien réelle Arthur, essaya-t-il à nouveau, prenant sa main pour venir la poser sur sa joue. Vous voyez ? Je suis bien là…

Arthur secouait la tête, ses yeux brumeux de larmes contenues.

— Non…

Il récupéra sa main et fit demi-tour, errant comme une âme en peine. Merlin ne pouvait rien faire d'autres que d'assisté à cette scène avec résignation.

— Que fais-tu là Merlin ? lui demanda Gauvain qui était celui qui avait suffisamment de lucidité pour comprendre ce qu'il se passait.

— Nous allons vous faire sortir d'ici.

— Qui ça nous ?

Merlin n'ajouta rien, il avait une totale confiance en leur plan et en Viviane.

— Ma fille et moi.

.

Viviane approchait du camp de Morgane. Le fait que Merlin avait disparu lui permit de savoir qu'elle venait de trouver le Val Sans Retour. Il ne lui restait plus qu'à découvrir ou se terrait la sorcière, et en finir une bonne fois pour toute. Elle jeta un coup d'œil par-dessus son épaule, dorant ses yeux pour voir les autres d'ici.

Lancelot était resté à l'orée de la forêt, en compagnie de quelques hommes, avec l'interdiction d'approcher, tant qu'ils ne recevaient pas le signal magique qui les préviendraient que le sort avait été levé.

— Ne vous en faites pas, le rassura Guenièvre qui avait insisté pour venir elle aussi. Nous devons avoir confiance en Merlin et en Viviane. Ils réussiront.

Lancelot partageait son avis, mais rester ici sans rien faire d'autre que d'attendre, était tellement frustrant. Son cheval s'impatientait et ses doigts étaient tellement serrés sur la bride, que ses doigts blanchirent.

— Attendre sans rien pouvoir faire, est la pire position, ne pus que compatir Perceval.

Viviane reprit contact avec la réalité et fut remplit d'une force nouvelle. Même seule, elle pouvait battre Morgane, elle en était convaincue à présent. C'était sa destinée.

Très vite, elle reconnut les lieux et passa devant le puits ou elle y avait été enfermé six longs mois, sans même qu'on ne prenne le temps de lui jeter un morceau de pain ou un peu d'eau. Sans sa magie, elle serait morte ici.

Elle reporta son attention sur la vieille ferme abandonnée qui s'étendaient devant elle. Il n'y avait pas un bruit, ni âme qui vive. Pourtant, elle en était certaine, Morgane était ici, elle pouvait sentir la puanteur de sa magie noire. Ses pas s'enfoncèrent dans la terre qui menait à l'entrée de la bâtisse dont le toit était à moitié effondré.

Un vrombissement retenti soudainement, alertant la druidesse qui tira son épée de son fourreau. Dans un fracas monstrueux, une masse noire s'échappa du bâtiment, explosant le reste de toiture qu'elle possédait. Le cuelèbre étira ses larges ailes noires avant de pousser un puissant rugissement qui fit s'enfuir ses habitants.

Viviane partit en courant dans le sens inverse, se cachant derrière le pan d'un mur encore debout. Le cœur battant la chamade, elle inspira et expira avant de parler la langue des dragons. Sa voix s'éleva dans les cieux avec force et vigueur, arrivant jusqu'aux chevaliers rester en retrait.

— Qu'est-ce que c'était ? s'enquit Léon qui n'en croyait pas ses yeux.

— Le cuelèbre, murmura Lancelot avec effroi. Il a trouvé son maître.

Guenièvre blêmit, observant la direction dans laquelle se trouvait ce monstre, craignant pour la vie de son amie. Sans hésiter une seconde, elle s'approcha de Lancelot et l'embrassa sans crier gare devant tout le monde. Léon détourna le regard, gêné, tandis que Perceval se raclait la gorge afin de leur rappeler qu'ils étaient tous présent.

Mais leur baiser avait un goût de passion et de désespoir. Guenièvre y mit fin avant de murmurer à l'intention de son amant.

— Je vous aime…

Puis elle tourna les talons, emportant son épée qu'elle venait de lui dérober, avant de chevaucher sa monture, s'élançant au galop vers la bataille qui faisait rage un peu plus loin. Étant une femme, elle ne serait pas affectée par le maléfice, et même si elle n'était pas une grande guerrière, elle ne laisserait pas Viviane se battre seule.

Filant à travers les bois, sa longue tresse fouettait l'air derrière elle. Guenièvre avait passé sa vie entière à se laisser porter par le courant sans jamais rien entreprendre. Elle n'avait fait que subir les épreuves qui lui étaient tombé dessus, en commençant par la mort de son père, puis celle de son frère Elyan. Elle n'avait pas vu venir la trahison de Morgane, alors qu'elle était son amie la plus proche et elle n'avait cessez de se faire manipuler par cette dernière, dans l'unique but de causer du tort à Arthur et à Camelot.

Et lorsque l'occasion de prendre une décision capitale pour son avenir s'était enfin présenté à elle, elle n'avait pas su quoi faire. Tout son être lui criait de choisir Lancelot, mais parce qu'elle avait refusé de prendre les responsabilités d'une telle décision, Guenièvre avait simplement fait ce qu'elle faisait toujours. Elle se laissait bercer par le courant. Ne cessant de rester en retrait dans sa propre vie.

Le hurlement d'un dragon la fit sursauter et elle tira brusquement sur les rênes de son cheval. Celui-ci s'arrêta net, secouant sa passagère. Dans son sillage, les arbres plièrent sous la puissance de ses battements d'ailes, créant une bourrasque qui manqua presque de faire tomber la jeune femme.

Sa monture finie par l'amené devant l'ébauche de ce qui fut autrefois une magnifique auberge. Dans une clairière non loin de l'édifice, les deux créatures ailées s'affrontèrent à coup de crocs et de griffes. Kilgarrah – elle avait retenu que Merlin l'appelait ainsi – était moins vigoureux et semblaient plus vieux que son adversaire. Ses petites pattes griffues au bout de ses ailes se plantèrent avec hargne dans ses écailles s'enfonçant suffisamment profondément dans sa chaire pour le blesser jusqu'au sang.

Son regard chercha la silhouette de Viviane dans cet affrontement titanesque, mais fut interrompu lorsque les deux créatures prirent leur envol, continuant leur duel dans les cieux. Guenièvre parvenait difficilement à en détacher son regard. Elle avait fait face à la colère de ce Dragon qu'elle voyait à présent protéger ce même Camelot qu'il avait tenté de détruire. Arthur et Merlin avaient tous deux accompli l'impossible, car si même un être aussi ancien et puissant qu'un dragon avait pu changer d'avis sur eux, alors rien n'était perdu.

Elle lança son cheval au galop, rejoignant les ruines de l'auberge. À l'intérieur, dont la toiture avait été arrachée, mais dont certains étages tenaient encore debout, un autre duel faisait rage. Morgane et Viviane s'affrontaient, toutes deux usant de magie et de leur talent d'épéiste.

Guenièvre serra la garde de l'épée qu'elle avait dérobée à Lancelot d'une main tremblante. Elle ne savait pas se battre et ignorait si elle serait d'une quelconque utilité à la druidesse, mais elle ne se le pardonnerait jamais si elle ne tentait rien et qu'une fois de plus, un être chère mourait à cause de sa passivité.

— J'aurais dû te tuer lorsque j'en avais l'occasion, grogna la Sorcière en enchaînant une multitude d'attaques et de parades.

Mais Viviane maniant l'épée comme Arthur. Même une novice en la matière telle que Guenièvre reconnaissait là son style de combat. Elle attaquait et feintait comme lui, utilisant parfois quelques bottes secrètes de Gauvain ou bien encore de Lancelot. Guenièvre réalisa alors pour la première fois, que la jeune femme avait grandit entouré des chevaliers les plus vaillants de Camelot et qu'ils lui avaient tous appris quelque chose.

— Tu aurais dû en effet Morgane, mais tu as manqué ta chance. À moi de prendre la mienne.

Morgane avait beau avoir appris les bases du maniement de l'épée lors de son séjour à Camelot en tant que pupille du Roi, elle ne faisait clairement pas le poids contre Viviane.

Guenièvre manqua un cri de surprise lorsque Morgane fut désarmée et que son épée alla se planter dans la rambarde de l'escalier qui menait au second étage. Viviane, haletante la menaçait de son épée, mais Morgane explosa de rire.

Toujours faible, elle chancelait en reculant, s'adossant contre un mur de pierre qui tenait encore par miracle, debout.

— Tu ne peu pas me tuer… Viviane. Aucune arme de mortel ne peu me blesser…

Viviane fronça les sourcils et leva les yeux sur l'arme abandonnée de Morgane, c'était l'épée de Mordred. Ce dernier était par ailleurs toujours introuvable et Viviane avait beau se concentrer, elle ne parvenait pas à sentir sa présence.

Ce fut lorsque le hurlement du Cuélèbre retentie dans les airs, que la druidesse compris. Une énorme masse tomba du ciel et s'écrasa à quelques mètres d'eux, emportant avec elle ce qui fut autrefois l'écurie. Guenièvre se protégea le visage de ses bras lors de l'impact, qui manqua de souffler tout ce qui se trouvaient à proximité, faisant voler les débris du bâtiment dans tous les sens.

Puis tout cessa. Guenièvre constata avec effrois que ce qui se tenaient au sol n'était autre le corps de Kilgarrah. Le Grand Dragon qui leur était venu en aide, ne bougeait plus. De multiples blessures parsemaient ses écailles et certaine manquaient parfois, dévoilant des blessures bien plus profonde et grave qui suintait de sang. Une de ses ailes était tellement blessée qu'elle manquait de s'arracher d'une seconde à l'autre.

— Kilgarrah, murmura Viviane avec déchirement.

Elle secouait la tête avec désespoir et reporta avec lenteur son attention sur la Prêtresse de l'Ancienne religion.

— Qu'avez-vous fait ? gémit la voyageuse temporelle, laissant une larme couler sur sa joue.

— Tu l'as dis toi-même, si je voulais gagner contre vous, il me restait une seule chose à faire, avoua Morgane en reprenant peu à peu de la vigueur et de la force.

Morgane avait sacrifié la dernière part d'humanité qui lui restait, en tuant Mordred de ses propres mains. Des flashs assaillirent soudainement la druidesse au talent de devin, tandis qu'elle percevait également l'allégeance du Cuélèbre envers son véritable maître. Morgane avait renoncé à la seule personne qui lui avait toujours été fidèle, par simple esprit de vengeance, signant ainsi son avènement dans l'obscurité.

.

Gauvain voulait être sur de comprendre, aussi, après un temps d'arrêt, il redemanda pour la troisième fois.

— Tu peux me répété tout ça encore une fois ?

— Gauvain ! s'impatienta l'Enchanteur avec exaspération, s'il te plait ne m'oblige pas à recommencer.

— Désolé de trouver l'idée que tu es une fille… magique qui est revenu du futur pour empêcher ta mort prochaine, soit difficile à encaisser.

— Et pourtant, c'est le meilleur résumé que je puisse te faire sur la situation, le réconforta le sorcier avec un petit sourire. Elle se bat en ce moment même contre Morgane pour faire se lever cette malédiction qui vous maintient tous dans cette dimension.

Gauvain approuva d'un hochement de tête. Cela, il l'avait bien assimilé.

— Ok, mais ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi toi tu es là… et bloquer comme nous ici ?

Merlin baissa les yeux, ne souhaitant pas lui raconter son histoire avec Freya, aussi brève fut-elle. C'était du passé pour lui, et que cela l'empêchât aujourd'hui de sauver Arthur, le tuait à petit feu.

— Ce serait trop compliqué à t'expliquer, mais je ne suis pas venu ici sans un plan. Nous savons depuis un moment à présent qu'il n'y a qu'une forme de magie qui fonctionne contre celle de Morgane. Je suis déjà parvenu à l'utiliser, Yvain en à lui-même fait l'expérience contre le Cuélèbre et Viviane également, lorsqu'elle c'est libéré du sortilège de possession.

Gauvain peinait à suivre les propos du sorcier, non pas qu'il n'y mettait pas de la bonne volonté, mais il ne possédait pas toutes les pièces du puzzle, restant parfois perplexe lorsque Merlin lui parlait de certaine chose. Cependant, la confiance qu'il avait en lui était sans faille, aussi le laissa-t-il continuer sans l'interrompre.

— Tu compte faire quoi ? fut la seule question qui lui importait vraiment.

Car resté plus longtemps ici, allait le rendre dingue. Il fallait qu'il sorte de cette forêt, qu'il retrouve le plaisir d'un ciel normal, de la vie active d'une ville et de l'odeur d'une bonne vieille taverne.

Merlin posa une main sur son épaule et lui offrit un de ses sourires, dont lui seul avait le secret. À la fois charmeur et espiègle.

— Je vais avoir besoin de ton aide. Rassemble tous les hommes les plus touchés par le sortilège que tu peu trouver, ici-même, mais ne t'éloigne pas de trop, reste toujours en vue.

Gauvain leva le bras et pointa les cinq hommes qui erraient autour d'eux sans même semblé les voir ou les entendre.

— Tu veux dire... comme eux ?

Merlin haussa un sourcil devant l'air béat qu'arborait Arthur en fixant le vide devant lui. Il ne put que difficilement contenir un rire, et fut rejoint par Gauvain qui ne s'en priva pas.

— Ne t'en fais pas, ils sont tellement assujettis qu'ils ne se rendent compte de rien.

Guy se releva précipitamment, attirant leur attention. Merlin prenait conscience de sa présence que maintenant. Il se sentait si mal pour lui. Il savait que s'il se retrouvait ici s'était en partie de sa faute et il s'en voulait de n'avoir jamais cherché à avoir de ses nouvelles. S'il s'en était inquiété plus tôt, peut-être aurait-il pu éviter tout cela.

Il ne fallut pas longtemps pour réaliser que Claudas et Dorin étaient tous deux présents et qu'ils semblaient aussi affectés par le sort, qu'Arthur, Guy et Tristan. Merlin serra fermement son bâton magique entre ses mains, prenant sur lui-même. Se retrouver face à ces deux hommes lui rappelait de terrible souvenir.

— Désolé, lui murmura Gauvain en excuse. Je peu essayer d'en trouver d'autre si tu veux…

— Pas la peine, lui rétorqua-t-il en prenant sur lui, nous n'avons pas beaucoup de temps.

Aussitôt, Merlin se détourna d'eux et de leur air béat qu'il fixait, pour tracer un cercle au sol à l'aide du bout de son bâton magique. Puis il y dessina à l'intérieur, un épais Triskèle. Fier de son travail, il redressa la tête vers son ami.

— Tu peux les placer sur les trois spirales.

Merlin alla chercher lui-même Tristan qu'il entendait murmurer dans sa barbe. Reconnaissant le prénom de sa mère, il se figea une seconde, avant de se reprendre. Cela ne le regardait pas après tout, même s'il avait pensé leur relation fini quand elle était retournée à Ealdor et non lui.

Il le positionna là ou il le voulait et parti cherché Guy qui gémissait en appelant son propre prénom. Cela ne manqua pas de le faire rougir, mais il ne s'en formalisa pas, il devait rester concentré. Il termina par Arthur, prenant une seconde pour lui caresser le visage, à l'abri des regards. Son regard vide lui fendit le cœur, mais de pouvoir le revoir était un réel soulagement.

— Je vais vous sortir de là Arthur… je vous le promets.

Merlin plaça son Roi au côté de Guy et prit place au centre du Triskèle. Il ferma les yeux, souffla un bon coup et fit craquer ses doigts entre eux, prêt à se jeter à l'eau. S'il échouait maintenant, tout reposerait sur Viviane. Même s'il avait confiance en elle, la jeune femme était un peu comme son reflet. Quand l'on savait que lui-même n'avait jamais réussi à vaincre la sorcière depuis toutes ces années d'affrontement, c'était une perceptive plutôt effrayante.

Ses yeux s'ouvrirent sur le mordoré typique de l'usage de sa magie, sous le regard attentif de Gauvain qui était resté en retrait. Le jeune homme observait en retrait, ignorant tout ce que son ami avait en tête. Merlin ne prononça pas un mot, il laissa juste sa magie se libérer et enveloppé tout le cercle. Elle virevolterait autour de chaque homme, s'imprégnant de leur désir avant de prendre l'apparence de l'être aimé. Sans grande surprise, Arthur et Guy avaient tous deux une copie de Merlin qui leur faisaient face. Pour Tristan, il s'agissait d'Hunith, aussi belle qu'au jour où il l'avait laissé pour partir venir vivre à Camelot.

Merlin porta alors son attention sur leurs deux ennemis, se demandant bien quelles femmes avaient bien pu ravir le cœur de deux être aussi vils. Contre toute attente, Dorin avait face à lui Morgane, avec son port de tête fière et hautain, ce qui était en soit peu étonnant. Tout deux étaient suffisamment mauvais pour bien s'associer. Quant à l'ancien Roi Claudas, il pleurait devant une très belle femme qui n'était pas tout à fait inconnu à l'Enchanteur. Il mit quelques secondes à la reconnaître, choqué par cette découverte.

— Ygerne ? s'estomaqua Merlin incrédule.

Ainsi donc Claudas avait convoité la mère d'Arthur, depuis toutes ces années ? Contraint de faire fit de cette découverte pour se concentrer sur son plan, Merlin fit mouvoir chaque être aimé, vers son âme-sœur. Chaque manifestation leurs offrirent un geste tendre, avant de venir les embrasser. Chaque baiser permettait à Merlin de puiser dans leurs amours respectifs la puissance nécessaire pour briser le maléfice de l'intérieur.

Seule la magie pure, l'amour, pouvait rivaliser avec la magie néfaste de Morgane, aussi Merlin utilisa tout cet amour à disposition pour l'aider à renforcer la sienne et devenir suffisamment puissant. Cette magie pure et instinctive était encore bien trop instable pour lui, ainsi, il pouvait puiser dans celle qui l'entourait. Un faisceau lumineux semblable à celui qu'il avait déjà provoqué au tombeau maudit, s'éleva dans les cieux, perçant le dôme de magie noire qui avait crée le Val Sans Retour.

Le sort s'étiola en millier de petites particules qui s'évaporèrent dans les airs, libérant les hommes du maléfice qui les condamnaient à rester prisonniers, mais également leur esprit qui s'égarait dans les méandres d'un amour perdu à jamais.

Gauvain n'en revenait pas, il n'avait jamais trouvé un ciel aussi beau que celui qu'il apercevait entre les feuillages des arbres. Enfin, le vent venait caresser son visage, et le vide sidérale qu'il avait ressenti pendant ces centaines d'années s'apaisaient peu à peu, laissant place à la faim, la joie et la fatigue.

Arthur était encore un peu troublé et avait du mal à comprendre ou il était et ce qu'il faisait juste avant cela. Mais lorsqu'il croisa le regard de Merlin, son corps réagit de lui-même et il se jeta sur lui. Sans même faire attention à ce qui les entourait, Arthur se jeta sur lui et l'embrassa avec fougue, comprenant peu à peu qu'il en avait été privé pendant des centaines d'années. Il le souleva du sol et avec la force de ses bras, refusant de le lâcher.

Si Merlin partageait sa joie de le retrouver, il n'était pas aussi embrumé qu'Arthur et prit plus vite conscience du monde autour d'eux qui les fixaient. Il cru même entendre Gauvain se racler la gorge et il dut mettre fin à leur baiser, bien à contre cœur.

— Merlin, bredouilla son amant en l'observant comme s'il avait oublié à quoi il ressemblait.

Il dégagea son visage en plaquant ses cheveux en arrière avant de le serrer contre lui, prenant peu à peu conscience qu'il avait bien failli ne jamais le revoir.

— A-Arthur, gémit le jeune homme en essayant de se dégager de son étreinte. Tout le monde nous regarde.

Il parvint à s'écarter suffisamment de lui, mais il était tellement embarrassé qu'il n'osait plus relever la tête. Sa relation avec Arthur était secrète, et ils venaient de la dévoiler ainsi ouvertement devant des chevaliers de camelot.

— Ne t'en fais pas Merlin, on le savait déjà, le rassura Tristan avec amusement.

— Quoi ? s'étonna-t-il. Depuis quand ?

Gauvain posa une main sur son épaule, attirant son attention.

— Il y a, à peu près cent ans, lui révéla-t-il avec soulagement.

Soulagement d'être enfin libéré de cet endroit. Merlin au droit à une accolade de son ami qui ne le remercierait jamais assez. Finalement, il y avait des destins pires que la mort. Merlin croisa enfin le regard de Guy qui lui offrit un bien triste sourire. Le sorcier se dégagea de l'embrassade de son ami avant de le rejoindre. Arthur voulut l'en empêcher, mais Tristan l'en empêcha en lui intimant silencieusement de ne pas intervenir.

— Oh Guy… je suis tellement désolé. Si seulement j'avais cherché à avoir de vos nouvelles, j'aurais su ce qu'il se passait bien plus tôt et j'aurais pu…

— Non ! l'arrêta-t-il en levant la main.

Il la posa sur sa joue et secoua la tête, arborant ce même visage accablé chaque fois qu'il le voyait. Son pouce caressa sa peau et un frisson le parcourut.

— Vous n'avez rien à vous faire pardonner. Tout cela était de ma faute. J'ai vraiment cru que je pourrais arranger les choses. Que je pouvais faire amande honorable. Mais je crois que rien de ce que je pourrais faire ne pardonnera ce que je vous ai fait.

Se voulant rassurant, Merlin lui offrit l'un de ses si charment sourire, avant de se jeter dans ses bras pour une puissante accolade.

— Je suis tellement content de vous voir et de vous savoir sain et sauf, lui murmura-t-il à l'oreille.

Guyamor se figea lorsque les bras de Merlin l'encerclèrent. Il finit par entourer sa taille de ses bras et enfouie son visage dans sa nuque, sous le regard noir d'Arthur. Mais il ne s'en priva pas. Lui aussi avait passé plus d'une centaine d'années à croire qu'il ne le reverrait jamais plus. Sentir ainsi son odeur et sa chaleur, était un doux rêve devenu enfin réalité et il comptait bien en profiter le plus possible.

— Qu'est-ce qu'il se passe ici ? interrogea une voix qui ne leur étaient pas inconnu.

Claudas retrouvait peu à peu ses esprits, se rappelant de son errance ainsi que de sa libération grâce à ce jeune homme. Merlin s'écarta de Guy et fit face à l'ancien roi qui avait tyrannisé son peuple et croisa les bras sur son torse avec assurance.

— Il semblerait que vous n'ayez été une fois de plus que les pions de Morgane, Votre Altesse, lui répondit-il en insistant sur son titre qu'il ne possédait plus.

— Tu mourras pour cela, le menaça Dorin de son épée, mais son père l'arrêta aussitôt.

Son fils ne bougeait pas, choqué de sa décision.

— Père ? Que faite vous ? Il est à votre merci…

— Tait-toi imbécile, le rabroua-t-il sans lâcher Merlin du regard avant de ricaner en s'adressant à lui. Tu as l'aplomb de ton père.

Merlin haussa un sourcil. Hormis Gaius – et sa propre mère bien évidemment – c'était la première fois qu'il rencontrait quelqu'un qui avait connu son père de son vivant.

— Vous… vous avez connu Balinor ? ne put-il s'empêcher de demander, sa voix trahissant son désespoir.

Claudas laissa échapper un autre ricanement. S'il connaissait Balinor ? Oh ça oui, il le connaissait, et ce dernier lui avait tout prit.

— A l'époque je n'étais qu'un chevalier de Camlot, tout comme lui, narra-t-il, et j'avais été choisi pour devenir un Seigneur des Dragons.

Merlin écarquilla les yeux, incrédule.

— Attendez, je croyais que l'on ne devenait Seigneur des Dragons que de père en fils ? intervint Arthur.

— C'est exact, mais pour ceux qui n'ont pas la chance d'en avoir, il peu alors choisir un descendant, et réaliser un rituel afin de lui transmettre le don, lorsqu'il sent son heure approcher.

— Alors mon père n'est pas né avec le don ?

— Non, et j'étais celui qui avait été choisi par son prédécesseur, cracha-t-il presque. Je nous pensais même ami, jusqu'à ce qu'il me fasse bannir de Camelot afin de dérober mon titre et mon dragon.

— Vous aviez dû le mettre sacrément en rogne pour qu'il vous trahisse, non ? hasarda Gauvain.

Merlin voulait que ce soit vrai. Que Balinor avait eu une bonne raison pour trahir son ami et lui prendre sa place. Il ne voulait pas croire que son père puisse être aussi mauvais. Arthur ne disait mot, mais il savait. Il savait exactement quel tourment envahissait son ami et amant en cet instant. Il le connaissait trop bien pour cela. Lui-même avait eu tellement mal en apprenant ce que son propre père avait fait à sa mère, qu'il ne pouvait que comprendre la peine de Merlin.

— Même pas, contra-t-il en foudroyant le chevalier d'un regard noir. À cette époque là, mon seul crime était mes sentiments pour la femme promise à mon prince.

Ygerne, réalisa Merlin.

Claudas avait eu la vision d'Ygerne dans le Val Sans Retour. Il l'avait aimé si fort depuis le premier jour ou il l'avait rencontré. La belle jeune femme irradiait de beauté et de gentillesse, et même si elle était promise au Prince Uther, il n'avait pu faire taire ses sentiments. Il aimait trop cette femme pour l'oublier et s'était montré imprudent. Lorsque Balinor les avaient surpris en haut des remparts au beau milieu de la nuit, il s'était empressé d'aller le rapporté à Uther qui avait fait en sorte que Claudas soit évincé du poste de Seigneur des Dragons, et muté dans une autre garnison, loin de Camelot et de sa future femme. Il avait alors prit sa place à la cour, celle qui lui aurait revenu de droit.

— Voilà ce que ton père à fait, lui expliqua Claudas. Je devais être lié à Kilgarrah et devenir un Seigneur des Dragons. Pas ton père, ni toi, un simple roturier… mais moi !

Sa colère, aussi justifiée soit-elle, ne lui donnait toutefois pas le droit de tyranniser son peuple comme il l'avait fait. Merlin comprenait parfaitement qu'il en voulait à son père, mais tout comme Arthur, ils n'étaient pas responsables de leurs actions. On ne pouvait condamner un fils, pour les actions de ses parents. L'Enchanteur ignorait pourquoi Balinor avait fait ce qu'il avait fait, mais peu lui importait ses pouvoirs, il ne pouvait revenir en arrière et effacer le tort qu'il lui avait causé.

— Je comprends que vous en vouliez en mon père et que vous cherchiez à récupérer ce qui devait vous revenir de droit, commença Merlin sous l'étonnement d'Arthur et de ses proches. Vous ne méritiez peut-être pas ce qu'il vous est arrivé à cette époque-là, et votre colère vous à fait vous éloigner du droit chemin que vous auriez sans doute emprunté sans le concours de Balinor.

Claudas avait perdu de sa fureur, intrigué par le contraste d'un jeune homme qui parlait avec tant de sagesse.

— Vous avez commis depuis lors de nombreux crimes, qui vous incombe, à vous et à vous seuls, enchaîna-t-il. Mais regarder ou cela vous à menée ? Vous aviez une famille et un peuple qui comptait sur vous, et pourtant, malgré cela, vous n'arriviez pas à vous satisfaire de ce que vous aviez, trop englué dans cette spirale de haine. Vous méritiez sans doute mieux que ce que mon père vous à fait et… croyez-moi je suis le mieux placé pour savoir que nous ne choisissons pas la personne pour qui nous tombons amoureux. Nous ne devrions jamais être jugés pour cela. L'amour est la forme de magie la plus pure en ce monde, regardez ce qu'elle à permis de faire !

Il présenta la forêt alentour de ses bras avec un visage qui exprimait l'émerveillement.

— Elle vous a libérée de ce maléfice dans lequel Morgane vous avait plongé. Votre amour, à tous, à permis de briser le sortilège le plus puissant que je n'avais jamais vu.

Ses bras s'abaissèrent le long de son corps, le sorcier laissa le temps à ses interlocuteurs d'intégrer ce qu'il venait de dire.

— Je n'ai connu mon père que très peu de temps et... je n'ai pas eu la chance d'apprendre à le connaître. Lorsque ce fut le cas, s'était un homme rongé par le remord, et il me plaît de croire que ce qu'il vous a fait, faisait parti de son fardeau. En son nom, je vous présente toutes mes excuses.

Il s'inclina devant Claudas qui resta pantois. Il n'en revenait pas de ce qu'il se passait. Pour la première fois depuis cette trahison, son cœur semblait enfin apaiser. Sa colère qui le rongeait de l'intérieur, s'était tue, laissant en lui un grand vide. À bien y réfléchir, il avait fait bien pire que ce que Balinor lui avait fait, et avait justifié ses actes de la pire des façons. Il avait fait énormément de mal à ce jeune homme et pourtant, il avait trouvé la force de lui pardonner.

— Pourquoi ? Pourquoi me demander pardon après tout ce que je vous au fait subir ?

— On ne brise pas un cercle de haine avec de la haine. Regardez autour de vous, ce qui permet vraiment de nous libérer, est le pardon. Je vous pardonne… et vous demande de le faire à votre tour. Ne devenez pas comme Morgane, ne vous laissez pas ronger par les ténèbres, libérez vous en, et devenez celui que vous auriez du être.

Claudas sourit pour la première fois depuis bien des années. Ce jeune homme était réellement incroyable. Il n'imaginait pas un jour rencontrer quelqu'un comme lui, avec une telle bonté et une telle justesse d'esprit.

— Jeune homme, il semble que je t'ai mal jugé, avoua l'ancien roi Claudas avec résignation. Je t'ai causé bien du tort à toi, ainsi qu'à vous, votre Altesse.

Il s'inclina devant eux, un genou à terre.

— J'implore votre clémence, et je me plierais à la sentence que vous jugerez la meilleure.

Arthur ne pouvait qu'approuver. Il ferait bien pâle figure à côté de son conseillé, ami et amant, s'il ne mettait pas en pratique ses préceptes.

— En ce qui me concerne, vous êtes pardonné, se prononça-t-il sous l'étonnement de son vis-à-vis. Mais je pense que ce n'est pas auprès de moi que vous devriez vous inclinez et demander pardon. Je crois savoir que vous avez d'autre fils à qui vous avez fait bien plus de tort qu'à moi.

En effet, Claudin, son véritable fils de sang, ainsi que Bohort et Lionel, ces deux orphelins qu'il avait recueillit avaient énormément souffert de ses erreurs et de ses actions. Il ne méritait même pas leur pardon. Claudas releva la tête, Arthur avait hérité de la gentillesse et de la clairvoyance de sa mère.

— Merci Votre Altesse… avec tout le respect que je vous dois, vous avez les yeux de votre mère.

Arthur ne pue qu'en être touché, lui qui ne l'avait que brièvement aperçue lors d'une apparition magique. Il réalisa soudainement que si elle avait choisi cet homme plutôt qu'Uther, il n'aurait peut-être pas vu le jour, mais elle serait certainement encore en vie.

— Sa perte fut pour moi un déchirement, avoua Claudas dans une ultime révélation qui réconforta Arthur dans ses pensées.

Cet homme l'avait sincèrement aimé et n'aurait jamais pris le risque de la sacrifier au prix de sa propre vie. Son destin avait été bien tragique.

— J'aurais volontiers échangé ma vie avec la sienne si cela avait été possible.

Arthur était bien trop ému pour répondre. Merlin avait une fois de plus sauvé quelqu'un de la perdition. L'étendue de ses talents ne cessait de s'accroître et sa sagesse bien plus encore. Sans ses précieux conseils, il savait que Camelot n'aurait jamais eu la moitié de l'éclat qu'elle possédait aujourd'hui.

Soulagé du dénouement que prenait toute cette histoire, Gauvain fut toutefois le premier à sentir venir le danger. Claudas avait peut-être fait amande honorable, mais qu'en était-il de son fils ? Où était Dorin ? Ce dernier avait fait preuve de tant de cruauté et de malveillance lors de son règne en tant que prince au côté de son père, et ne pouvait le valoir qu'à la noirceur de son âme. Son attachement pour Morgane en était une autre preuve, ne réalisant même pas qu'elle n'était que noirceur.

En le cherchant du regard, Gauvain finit par le trouver, en retrait, tenant son arbalète d'une main, pointé sur Arthur.

— Votre Altesse, attention ! cria le chevalier à l'intention de son roi.

Claudas fit volte face, et croisa le regard hargneux de son fils qu'il ne reconnaissait même plus. Se précipitant sur lui, il tenta de lui arracher son arme des mains, mais ne fit que dévirer la trajectoire du carreau qui partit à toute allure, non plus en direction du Roi d'Albion, mais de Merlin.

À l'aide d'un coup de coude dans la tête, il le désarma et récupéra son arme, incapable de détourner son regard de son fils qui ne lui inspirait que du dégoût.

— Qu'as-tu fait, pauvre fou ?

— Morgane me reprendra à ses côtés si je lui apporte la tête de l'Enchanteur ou du Roi, clama-t-il avec exultation. J'ai tué votre ennemi ma Reine…

Claudas osa à peine un regard en arrière, effrayé de ce qu'il allait découvrir. Si Merlin mourait, Arthur le condamnerait à mort, lui et son fils. Mais quel ne fut pas sa surprise, de découvrir que Guyamor avait fait écran de son propre corps. Le jeune homme ne tenait debout que par la force de sa volonté, mais chancelait dangereusement.

Après un supplice qui sembla durer des heures, il finit par s'effondré, immédiatement retenue par l'Enchanteur qui le fit s'allonger au sol en tenant son buste dans ses bras.

— Guy, gémissait-il en posant une main sur sa blessure, le carreau planté à quelques centimètres de son cœur. Je… attendez, je vais vous…

Sa main ensanglantée enserra le projectile, près à le déloger de là et à lui prodiguer les premiers soins magiques, mais Guyamor l'arrêta aussitôt. Il attrapa ses doigts entre les siens, et le força à le regarder.

— Non… Laissez-là, le supplia-t-il presque.

— Pourquoi ? Je…

Une fois la surprise de l'attaque passée et Merlin hors de danger, Arthur s'assura que Dorin ne pourrait plus leur nuire. Il s'approcha de lui en dégainant son épée, mais fut arrêté par Claudas qui le devança.

— Ne prenez pas les agissements de ce fou pour les miens votre Altesse, lui demanda-t-il en serrant le manche de son arme. Cet idiot n'a rien comprit… il est de mon devoir de père de le corriger comme il se doit.

Il échangea un regard avec Arthur qui approuva. Claudas fit relever son fils et l'amena plus loin, suivit par Tristan qui devait s'assurer que Dorin serait bien exécuté. Rengainant son épée dans son fourreau, Arthur reporta son attention sur son ancien chevalier, mourant. Il préféra rester en retrait, connaissant mieux que quiconque l'attachement que Merlin avait pour lui.

— Vous nous avez libéré d'un monde ou nous étions condamner à ne jamais pouvoir être avec ceux que nous aimons… mais pas moi, lui avoua Guy en posant sa main à la joue de Merlin comme il le faisait souvent, gravant une dernière fois son visage dans sa mémoire.

Ni sa joue souillée de son sang qu'il avait laissé sur sa joue, ni ses traits tirés par le chagrin, ne parvenait à occulter sa beauté. Les larmes qui s'accumulèrent dans ses yeux les rendaient plus bleus qu'ils ne l'étaient d'ordinaire. Il n'avait qu'un seul mot à l'esprit. Magnifique.

— Vous êtes un homme incroyable Merlin… vous avoir rencontré est la plus belle chose qu'il me soit arrivé.

Une de ses larmes s'échappa à travers la barrière de ses cils et retomba sur sa joue.

— Je ne regrette pas d'être tombé amoureux de vous, ajouta-t-il plus bas, comme s'il cherchait à n'être entendu que par lui.

Son seul et dernier moment intime et privilégié qu'il pourrait partager avec le sorcier qui avait su ravir son cœur.

— Je vous en pris, murmura ce dernier en laissant d'autre larme ternir son beau visage.

— Chut… le calma-t-il en essayant de mémoriser chaque détail.

Le bleu de ses yeux, la forme de son nez, ses lèvres tremblotantes et légèrement rougit, se damnant pour pouvoir les embrasser.

— M'accorderiez-vous un dernier souhait…

Merlin n'avait plus la force de parler, mais il hocha la tête, retenant tant bien que mal la tristesse qui lui enserrait le cœur. Guy avait mérité tellement mieux.

— Tout ce que je demande… est un dernier baiser.

Sans s'en rendre compte, Merlin mordit ses lèvres au souvenir des précédents qu'ils avaient déjà échangées. Ses mains se posèrent sur ses joues et il se pencha au-dessus de lui, s'arrêtant à quelques centimètres de ses lèvres.

— Merci pour tout, Guy…

Puis il lui offrit un chaste baiser, qui lui fut rendu avec fougue. Guy pouvait à présent mourir en paix, son dernier souffle se perdant dans cet ultime baiser. Merlin se redressa, conscient que son ami venait de mourir dans ses bras.

Arthur s'agenouilla derrière lui, et posa une main sur son épaule, mettant sa jalousie de côté pour se concentrer sur la peine de son ami. Il savait qu'aucun mot ne saurait apaiser son chagrin et que tout ce qu'il pouvait faire, c'était de se montrer présent pour lui.

— Nous ramènerons son corps à Camelot et lui offriront les hommages attribués à ceux d'un chevalier, lui annonça-t-il, faisant réagir Merlin qui l'observa par-dessus son épaule.

Sans lâcher le corps de son sauveur, Merlin attrapa la main qu'Arthur avait posée sur son épaule et y posa sa joue contre. Sa chaleur atténuait la douleur.

— Merci, lui murmura-t-il.

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Viviane se retrouvait désormais seule, face au Cuélèbre et à Morgane. Celle-ci restait en retrait récupérant ses forces tandis que sa créature se chargerait du sale travail. La druidesse avait combattu bien des ennemis différents au cours de sa vie, mais jamais elle n'avait eu à faire à pareille créature.

Elle avait essayé à plusieurs reprise d'appeler Aithusa à la rescousse, mais le Dragon Blanc était bien trop jeune et trop indisciplinée pour entendre son appel d'aussi loin, alors qu'elle n'avait aucun lien avec elle.

Ses pas reculant devant la menace qui lui faisait face, la créature au sol usait de ses petites pattes en haut de ses ailes pour avancer, son regard rouge perçant la terrifiait. Ses écailles d'ébènes semblaient impénétrables, et le ciel se couvrit de sombre nuage amorçant le début de plusieurs goûtes de pluie.

Je vais mourir ici, réalisa-t-elle tristement tandis que ses jambes refusaient de bouger. Je vais mourir ici et tout ce que j'aurais fait n'aura servit à rien.

La créature gronda, accumulant de la fumée dans sa gueule, avant de le recracher sur elle. Viviane cru réellement sa dernière heure arrivée, mais fut écarté du danger par une force qui la projeta au sol, à l'abri des flammes qui ravagèrent tout sur son passage.

Guenièvre se redressa non sans peine. Elle s'était jetée sur Viviane sans même réfléchir, et s'étaient toutes deux effondrées au sol avec rudesse.

— Gwen ? s'étonna Viviane les yeux écarquillés. Qu'est-ce que vous faites là ?

— Je n'allais tout de même pas te laisser combattre seule, lui avoua-t-elle avec un faible sourire. Tu n'es pas seule Viviane… nous sommes tous là, avec toi.

Sentant une autre salve venir, la druidesse se redressa juste à temps et créa un puissant bouclier magique qui dévia la trajectoire des flammes. L'auberge en ruine s'embrasa aussi vite que du foin, faisant fit de la pluie qui ne cessait de s'accroître.

— Genièvre, allez vous mettre à l'abri, lui intima-t-elle, forte d'une détermination nouvelle.

— Certainement pas, dit moi comment t'aider !

Viviane ne fut qu'à moitié surprise par le revirement de position de la Reine, et fut fière d'en être l'investigatrice. Comme prise d'un malaise, elle entendit une voix étrangement familière s'élever dans les airs.

« Une épée forgée par le souffle d'un Dragon, peu tué n'importe quoi. »

Viviane ne serait pas expliquée comment elle avait su ou regarder, mais elle trouva immédiatement l'épée de Mordred qui avait été abandonné à l'intérieur de l'auberge. Son aura brillait et révélait sa position malgré la pénombre et la pluie ambiante.

— L'épée, lui demanda-t-elle alors en la pointant d'un doigt.

Guenièvre suivit son regard et comprit quel était son rôle à jouer dans tout cela. Sans perdre de temps elle se redressa et parti en courant dans le bâtiment en flamme. Une poutre enflammée, plus grande qu'elle, s'effondra du plafond presque totalement inexistant, condamnant les escaliers avec un rideau de flamme.

Viviane faisait face à la créature avec tout le courage dont elle pouvait faire preuve. Expirant l'air de ses poumons, elle ferma les yeux afin de concentrer en elle toute la magie qui gravitait autour d'elle, cherchant un moyen de lui venir en aide.

Toujours affaiblie, Morgane fuyait. La vitesse avec laquelle les flammes embrassaient les ruines ne lui laisserait que peu de temps pour s'échapper. Conjurer un maléfice de cette trempe l'avait complètement épuisé, mais elle parvint toutefois à se mettre à l'abri. Elle avait une totale confiance en son nouvel ami, le Cuélèbre vaincrait. Il ne ressentait ni douleur, ni peine, ni fatigue, juste une insatiable soif de sang.

Comme pour répondre à ses attentes, l'animal poussa un violent rugissement, s'avançant vers sa proie à l'aide de ses petites pattes au bout de ses ailes. Mais Viviane attendait toujours, les yeux résolument fermés, comme si elle n'avait pas conscience de ce qui se passait autour d'elle.

Lorsque le Cuélèbre fut devant elle, près à la tailler de ses griffes acérées, la druidesse sortir de sa transe, s'écarta d'un pas sur le côté et enfonça son épée dans son œil rouge. Comme attenu, il ne frémit même pas sous l'attaque et chercha à la croquer. Viviane usa de la prise sur son épée pour monter sur son dos et l'obligea à redresser la tête vers le ciel.

Sa force brute n'aurait pas suffi contre une telle créature, mais sa magie lui procura celle nécessaire pour gagner ce bras de fer qui semblait perdu d'avance. Un flash doré anima ses yeux et des mots de l'ancienne religion terminèrent son sort, tandis que le brasier qui commençait à s'allumer dans la gorge du dragon noir ne fit sortir que de la vapeur.

Perdant l'équilibre, Viviane tomba à la renverse alors que le Cuélèbre déployait ses ailes pour prendre son envol et se débarrasser du parasite qu'elle représentait pour lui. Récupérant son épée pleine de sang dans sa chute, elle la planta dans la membrane de son aile droite, la déchirant sur toute la longueur.

L'atterrissage fut plus rude que prévu, et Viviane eue du mal à se redresser. Sonnée, sa tête bourdonnait et tout son corps était douloureux. Ce ne fut qu'à l'approche de l'ombre imposante de son adversaire que ses réflexes prirent le dessus, roulant sur elle-même afin d'éviter de finir écrasé.

Guenièvre n'avait pas d'autre choix que de sauté par-dessus les flammes, priant pour que tout se passe bien.

— Aller Gwen, tu peu le faire… tu peu le faire.

Se redonnant du courage en se parlant à elle-même, la Reine prit son élan et bondit au-dessus de son obstacle incandescent. Lorsqu'elle retomba de l'autre côté sans séquelle, la joie et le soulagement s'emparèrent d'elle.

— J'ai réussi ! s'écria-t-elle devant son public inexistant. J'ai réussi.

Le temps pressait, mais ne perdant pas de vu son objectif, Guenièvre fonça vers l'épée plantée dans le bois de la rambarde. Semblable à la légende qui avait parcourut Albion quand à la libération d'Excalibur par son époux, Guenièvre délogea l'arme magique qui vibrait au creux de sa main. Cependant, les réjouissances arrivèrent trop vite, car le sol se déroba sous ses pieds, l'envoyant s'écraser à l'étage en dessous. Assommez, Guenièvre serrait toujours dans ses mains l'épée forgée par le feu du Dragon s'y accrochant comme si sa survie en dépendait.

Viviane entendit le fracas qui provenait de la bâtisse et blêmit lorsque celle-ci s'effondra. Esquivant un coup de queue, elle roula sur le côté et tandis une main vers son ami. Aussitôt, sa magie opéra et les flammes se rassemblèrent entre ses deux mains. Canalisant la magie entre elles, elles se transformèrent en éclairs que la druidesse envoya directement dans la gorge du Cuélèbre qui était près à la croquer. L'électricité parcourut son corps depuis l'intérieur et le paralysa quelques précieuses secondes.

C'est alors que contre toute attente, Kilgarrah se redressa en usant des dernières forces qui lui restèrent et s'élança sur son ennemi, enfonçant ses crocs dans sa gorge dévoilé. Pris au piège, la créature sombre lui assénât une pluie de coups de griffes, sans parvenir à se libérer. Le Cuélèbre fut maintenu au sol par le Grand Dragon, sous l'œil malavisé de Morgane.

— Non !

Ayant retrouvé ses forces, la sorcière jeta une attaque magique qui provoqua une explosion, soufflant tout sur son passage, elle-même y comprit.

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— Les chevaliers attendent le signal pour nous rejoindre, les prévint Merlin en se relevant, abandonnant le corps de Guy à ses pieds.

Les traces de ses larmes sur ses joues étaient encore visibles lorsqu'il leva la main et lança un trait rougeâtre qui fila dans le ciel. Celui-ci prit la forme d'un dragon, s'envolant toujours plus haut, crachant des flammes qui s'éparpillèrent en trombe dans toute la zone.

Le son d'un cor retenti juste après, confirmant à Merlin qui le signale avait bien été reçue. Arthur ne savait comment lui communiquer toute sa compassion, mais le sorcier savait. Il savait qu'Arthur n'avait jamais apprécié Guy et qu'il ne l'appréciait pas plus à présent. S'il lui offrait les honneurs d'un chevalier, c'était avant tout pour lui et c'était bien suffisant à ses yeux.

Une explosion retentie au loin et la déflagration leur parvinrent avec soudaineté, faisant s'envoler tous les oiseaux qui peuplaient la forêt. Merlin n'eu pas le temps de se poser la question, que le râle d'une créature s'éleva dans la forêt. Son cœur se serra et son souffle se coupa. Il tomba à genoux sous les exclamations de ses amis, Arthur étant le premier à se tenir devant lui, à la recherche d'une blessure quelconque.

— Merlin ? Merlin ! l'appela-t-il en élevant la voix.

Mais pour l'Enchanteur, tout n'était que silence. Il voyait les lèvres d'Arthur bouger, mais aucun son n'en sortait. Seul le battement d'un cœur qui ralentissait lui parvenait. La douleur le suivit de près, et une larme coula sur sa joue lorsque cette voix si familière et réconfortante prononça ses derniers mots.

« Adieux, mon jeune ami. »

La douleur était telle que Merlin devait l'expulser de son corps en hurlant, sa magie lui faisant écho en créant un tremblement de terre qui finit par cesser lorsque les bras réconfortant d'Arthur l'encerclèrent. Il ne parvenait pas à comprendre ce qu'il lui disait, mais il savait qu'il lui murmurait des mots apaisant.

Après Guy, c'est au tour de Kilgarrah, réalisa-t-il tristement. Quand Morgane cessera-t-elle de tuer ceux que j'aime ?

Gauvain ne comprenait pas non plus ce qu'il se passait. Ce fut en la personne de Claudas, qui revenait en compagnie de Tristan, l'épée tachée du sang de son fils, que la réponse leur parvinrent.

— Kilgarrah est mort, leur annonça-t-il en partageant la peine de Merlin.

Arthur ne parvenait pas à en croire ses oreilles. Serrant toujours Merlin dans ses bras, il comprenait à présent pourquoi il était aussi perturbé et accablé par cette perte.

— Nous devons arrêtez Morgane avant qu'il ne soit trop tard, murmura Merlin en se relevant, imité par Arthur qui n'était pas certain qu'il soit en état de se battre.

Pas maintenant, pas après avoir perdu deux êtres chers en quelques secondes d'intervalle.

— Si nous ne faisons rien, d'autre suivrons, l'averti-t-il, comme s'il était parvenu à lire ses pensées.

Arthur plongea son regard dans celui de Merlin, déterminé à mettre fin à ce carnage et à arrêter Morgane, une bonne fois pour toute.

— Très bien, je t'écoute. Tu as un plan ?

— Viviane se bat actuellement contre Morgane et j'ignore depuis combien de temps. Nous devons aller l'aider et mettre fin à tout ceci…

Il ne poursuivit pas, mais Arthur comprit sans qu'il n'ait eu besoin de prononcer les mots. Sans plus attendre, il se tourna vers ses deux chevaliers et distribua ses ordres.

— Attendez les renforts et aidez ces hommes à sortir d'ici. Retournez à Camelot ensuite et préparer le Château contre une attaque au cas où… on échouerait.

Gauvain n'était pas certain de comprendre, et observa son Roi et son ami alternativement. Il suffisait de voir leur expression pour en avoir le cœur net.

— Quoi, vous comptez aller l'affronter seul ? s'énerva-t-il. C'est bien trop dangereux, Lancelot est là avec une armée alors pourquoi est-ce qu'on n'attend pas ? Si nous y allons tous, nous aurons l'avantage sur elle et…

Merlin l'arrêta en posant une main sur son épaule. Mais il ne parvenait toujours pas à comprendre pourquoi il devait rester ici avec les autres.

— C'est à nous d'arrêter Morgane et Mordred. Tout à commencé avec nous, et doit prendre fin avec nous.

Arthur approuva d'un hochement de tête, dégainant l'épée magique que Merlin avait faite forger pour lui. Kilgarrah avait insufflé de la magie sur sa lame, et celle-ci semblait brillée plus que d'habitude.

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Lorsqu'ils arrivèrent sur les lieux de l'affrontement, de la fumée s'élevait encore du sol et d'une carcasse à peine reconnaissable tandis que l'odeur de chaire carbonisée qui envahissait l'atmosphère, agressèrent tout de suite leurs sens. Leurs yeux les piquèrent, et leurs narines se froncèrent sous la puanteur des lieux.

Les pas du sorcier se rapprochèrent de la carcasse encore fumante qui était en réalité composer de deux énormes corps.

— Oh Kilgarrah, gémit le jeune homme en posant une main sur ce qui fut sa tête.

S'agenouillant devant elle, il la souleva pour la prendre dans ses bras. Son plus vieil ami s'était sacrifié pour eux, et il n'avait même pas pu assister à ses derniers instants. Arthur observait les alentours, n'y trouvant rien d'autre que du silence et des ruines.

Laissant à Merlin le temps de faire son deuil, il observa les alentours silencieux. Il ne semblait y avoir personne par ici, ce qui était plutôt étrange et inquiétant. Pourtant, lorsqu'il fit le tour de la créature, quel ne fut pas leur surprise de découvrir Guenièvre assise au sol, dos à lui. Elle tenait dans ses bras, le corps d'une femme agonisante qui ne laissait dépasser qu'une chevelure noir de jais.

Le cœur d'Arthur battit la chamade tandis qu'il s'approchait. Par pitié que ce ne soit pas Viviane, demanda-t-il intérieurement dans une prière silencieuse. Il savait que Merlin ne supporterait pas une autre perte aussi lourde. D'autant qu'il était lui-même indéfectiblement lié à cette jeune femme.

Lorsque qu'il put voir de qui il s'agissait, tout son corps se raidit.

— Morgane, murmura-t-il en s'agenouillant aux côtés de son épouse qu'il n'osa même pas regarder en face.

La Sorcière avait perdu de sa prestance. Son regard fuyant n'était plus hautain et sa voix faible n'était plus cassante. Aussi étrange que cela puisse paraître, Arthur avait le sentiment de la retrouver tel qu'elle était lorsqu'ils étaient enfants. Une petite fille apeurée comme le jour ou elle avait découvert sa nouvelle maison.

— Je ne veux pas mourir seul, gémit-elle en laissant couler une larme.

Malgré tout ce qu'elle avait fait, tout le mal qu'elle avait commit et toutes les vies qu'elle avait prises, Guenièvre n'avait pas pu la laisser. Elle avait partagé tellement de bons moments avec elle, et ne se rappelait en cet instant que des bons, balayant les mauvais d'un coup de vent.

— Vous n'êtes pas seule, lui répondit-elle en lui offrant un triste sourire.

Morgane leva les yeux sur Arthur et ricana faiblement.

— Vous êtes venus vous repaître de ma mort Arthur ? demanda-t-elle avec ce ton cassant dont elle seule avait le secret.

Merlin les rejoignit, restant légèrement en retrait. Ainsi donc, tout était terminé ?

— Non, Morgane, je ne prends aucun plaisir à vous voir souffrir, répondit Arthur en fronçant les sourcils.

Ses yeux se posèrent sur Merlin qui secoua la tête avec désolation.

— Tout ce que l'on voulait… c'était vous aidez Morgane.

La sorcière humecta ses lèvres sèches et ensanglantées, offrant un sourire narquois tiraillé par la douleur.

— Et moi tout ce que je voulais… c'était toi.

Merlin resta stupéfait par une telle révélation. Jamais il n'avait pensé que Morgane avait eu des sentiments pour lui. Ouvrant la bouche et la refermant sans savoir quoi dire, la sorcière continua.

— Lorsque tu m'as empoisonné j'ai su… j'ai su que jamais tu ne m'aimerais assez pour trahir Arthur.

Elle rit à nouveau, entrecoupée d'une toux qui annonçait bientôt sa fin.

— Je regrette tellement, lui avoua-t-il avec désespoir. Si je vous avais confié que j'étais un sorcier moi aussi, les choses auraient été tellement différente…

Elle approuva d'un hochement de tête, laissant une autre larme couler sur sa joue. Les souvenirs de cette époque-là qu'elle croyait avoir perdus à jamais affluaient comme un raz-de-marée. Morgane avait vécu toute sa vie dans la peur constante d'être seule. Mais pour la première fois, elle se sentait entourée.

Arthur ne savait pas quoi lui dire. Morgane avait commis bien trop d'impaires pour qu'il soit réellement attristé par sa mort. Pourtant, voir les yeux brumeux de sa sœur se voiler et laisser échapper son dernier souffle, l'ébranla bien plus qu'il ne l'aurait imaginé.

— Reposez en paix Morgane, lui souhaita Guenièvre en passant une main sur ses paupières afin de les lui fermer.

Puis le silence se fit, laissant Arthur et Merlin au dépourvus. Ils s'étaient attendus à livrer une cuisante bataille, mais ils n'avaient trouvé que le corps mourant d'une jeune femme finalement effrayée d'être seule. Tout cela avait un goût amer. La guerre était-elle réellement terminée ? Toute cette bataille incessante entre Morgane et eux, allait-elle vraiment prendre fin ici ? Sans même un affrontement ?

— Vous deviez y aller, commença la Reine en posant sa cape sur le corps de Morgane après avoir essuyé ses joues pleines de larmes.

— Allez où ? s'enquit Merlin. Que c'est-il passer ici ?

Guenièvre se redressa, et secoua la tête en portant ses mains à sa bouche, comme si cela allait l'empêcher de se remettre à pleurer.

— C'est Viviane… elle…

Elle avait du mal de parler, car tout ce qu'il venait de ce passer était encore flou dans son esprit.

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Guenièvre était restée évanouie assez longtemps et ne fut sortie de sa torpeur que par le vacarme qui se jouait près d'elle.

— Viviane ? appela-t-elle d'une voix rauque.

Guenièvre redressa juste la tête, et assista au duel de Viviane et Morgane, à la fois magique et physique. Le contact froid du pommeau de l'épée qu'elle serrait toujours dans son poing la fit se redresser vivement. Elle devait donner l'épée à Viviane !

Une vive douleur traversa sa cheville, réalisant que sa jambe était coincée sous des gravats qui lui était tombé dessus lors de sa chute. À l'aide de toute la force pure de ses bras pour pousser la poutre qui la bloquait, elle ne parvint même pas à la faire bouger d'un centimètre. Rageant contre elle-même, elle finie par avoir un éclair de génie et utilisa l'épée pour faire office de levier et libérer ainsi sa jambe prisonnière.

Viviane et Morgane s'affrontaient toujours et aucune d'entre elles ne semblait prêter attention à ce qu'il se passaient autour. Morgane s'était arrêté et levait une main devant elle, créant un éclair qui zébra dans le ciel et s'effondra à l'endroit ou s'était tenu son adversaire. Viviane ne devait sa survie que grâce à ses réflexes hors du commun.

Toutefois, sa chute lui fit baisser sa garde et elle se retrouva démunit devant la Prêtresse de l'Ancienne Religion, qui était prête à l'éliminer.

— Viviane ! Hurla la voix si familière aux oreilles des deux sorcières qui s'affrontèrent.

Guenièvre lança l'épée en direction de la druidesse qui usa de sa magie pour ralentir le temps. Elle pu ainsi se relever sans peine, attraper la garde de l'épée qui avait bien faillit tuer Merlin et d'un joli moulinet du poignet qui était si semblable à celui d'Arthur, elle enfonça sa lame dans le ventre de Morgane.

Celle-ci gémit sous l'impact, et s'agrippa à Viviane pour ne pas s'effondrer tout de suite. Son regard ne se décrochait pas de celui de celle qui venait de la blesser mortellement, incapable de croire en ce qu'il se passait. L'épée quitta son corps, semblant emporter avec elle un morceau de sa vie qui s'éteignait.

Elle avait échoué et mourrait seule ici. Sa poigne sur la manche de sa némésis se raffermit, approchant son visage du sien, pour venir murmurer à son oreille.

— Il est trop tard pour sauver Merlin, et tu sais pourquoi… tu refuses juste de le voir.

Puis elle glissa au sol, ses yeux dorés reprenant leur couleur d'origine d'un magnifique vert d'eau. Se tenant le ventre ou sa blessure lui faisait perdre beaucoup de sang, elle s'allongea sur l'herbe roussi par l'explosion.

Le ciel était dégagé et présentait un magnifique ciel clair, dépourvus de nuages. Même le temps se réjouissait de sa mort. Il n'y avait donc plus personne pour pleurer sa perte. Elle avait fini par tout perdre.

Viviane chancela en reculant, une main poser sur son cœur qui palpitait, dangereusement vite. Les visions que Morgane lui avait donné confirmèrent ses pires craintes. Comme elle l'avait justement dit, elle avait en réalité toujours su ce qu'il fallait faire. Le destin lui jouait un bien triste tour. Lorsqu'elle redressa la tête et croisa le regard de Lancelot qui avait galopé jusqu'ici, seul, son cœur se serra.

Lorsque le signale de Merlin avait retenti, il avait quitté les autres pour partir sur les traces de Guenièvre. Depuis qu'elle était partit pour venir en aide à Viviane, le jeune homme n'avait eu de cesse de s'inquiéter, ses nerfs à rude épreuve. En arrivant sur les lieux, il avait pu voir que Viviane avait remporté cette bataille et fut prit d'un tel soulagement qu'il aurait pu en pleurer.

Pourtant, lorsqu'il croisa le regard de Viviane, il sut immédiatement que quelque chose n'allait pas. Il chercha à s'approcher d'elle, mais la jeune femme laissa tomber l'épée au sol, et tourna les talons. Filant à vive allure, son corps fut très vite englouti entre les arbres de la forêt et disparut à l'horizon. Lancelot rejoignit Guenièvre en premier, descendant de sa monture avant de la prendre dans ses bras, la serrant si fort qu'il était certain de lui faire mal.

Pourtant, aucun d'entre eux ne voulait se défaire de cette étreinte. Guenièvre en profite en prenant son visage entre ses deux mains et l'embrassa enfin.

— Je vous aime, lui avoua-t-elle soulagé d'avoir enfin libéré ces trois mots qui avaient pesé si lourd à son cœur.

Lancelot lui offrit son plus beau sourire et l'embrassa à nouveau avant de lui répondre.

— Moi aussi je vous aime. Je vous ai toujours aimé, depuis le premier jour ou je vous ai vus.

Guenièvre était si émue qu'elle était incapable de prononcer le moindre mot. Tout ce qu'elle parvenait à faire, c'était d'observer le visage de son si bel amant.

— Tout est vraiment fini ? ne put-il s'empêcher de lui demander.

Guenièvre n'eu pas le temps de répondre, que le ricanement de Morgane les interpella.

— Que tu crois joli cœur, cracha-t-elle en toussant, ayant de plus en plus de mal à respirer.

— De quoi parlez-vous ? s'enquit le chevalier en s'écartant de sa douce pour venir la surplomber de toute sa hauteur.

Morgane conserva le silence un moment. Elle savait que dès qu'elle leur parlerait, ils partiraient et elle serait seule. Elle ne voulait pas mourir seule.

— Morgane, murmura son ancienne servante en s'agenouillant à ses côtés. Qu'avez-vous fait ?

Guenièvre avait bien vu que Morgane avait jeté un dernier sort, mais comme rien ne s'était produit, elle avait supposé qu'il avait échoué. À présent, elle s'avait qu'elle avait eu tort et que le sort avait fonctionné.

— Je n'ai fait que lui ouvrir les yeux sur son véritable destin.

Une quinte de toux s'échappa de ses lèvres entrouvertes.

— Qu'avez-vous fait ? répéta Lancelot avec moins de patientes que la première fois.

— Elle sait ce qu'elle doit faire à présent, leur révéla-t-elle en toussant à nouveau.

Cette fois-ci, du sang coula de ses lèvres. Dans un élan de compassion, Guenièvre prit sa tête dans ses bras et la posa sur ses genoux. Le regard de Morgane s'adoucit et elle leva la main vers elle.

— Je voulais juste que l'on m'aime… que l'on m'aime plus que tout. Mais personne n'en à jamais été capable…

Uther, Arthur, Guenièvre, Merlin, Morgause, Guy, Aithusa, Mordred… non. Mordred l'avait toujours aimé lui. Il l'avait abandonné parce qu'elle n'était plus elle-même et que la noirceur avait envahit son âme. Réalisant qu'elle l'avait sacrifié pour un peu plus de pouvoir, un sanglot s'échappa de sa gorge.

— Oh, Mordred…

Sa voix tremblante brisa le cœur de Guenièvre. Pour la première fois depuis des années, elle revoyait enfin la Morgane qu'elle avait connue à l'époque.

— Cela ne nous dit pas ce que vous avez fait ! gronda Lancelot sans se laisser attendrir le moins du monde.

— Une vie à été réclamé…

Lancelot, qui connaissait l'histoire de Viviane, blêmit tout à coup. Viviane avait absolument tout sacrifié pour venir jusqu'ici et mettre fin au règne de terreur de Morgane. Et à présent elle apprenait que Merlin ne pouvait être sauvé? Aussitôt, il s'élança sur sa monture, tirant sur les reines pour le faire s'approcher de Guenièvre.

Il n'eu même pas besoin de lui demander si tout irais bien, qu'elle lui intima de partir à la poursuite de leur amie.

— Va, tout ira bien pour moi.

Lancelot approuva et lança son cheval au galop. Il devait la rattraper, même s'il ne pouvait rien faire pour changer le futur, il se devait d'être prêt d'elle.

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Viviane s'arrêta lorsque ses pas la menèrent au lac d'Avalon. C'était ici qu'elle avait vu le jour, c'était ici qu'elle mourrait. Son regard se porta au loin à l'horizon, tandis qu'elle avançait dans l'eau glacée et s'y enfonça jusqu'aux genoux, lorsque la voix de Lancelot l'arrêta.

— Viviane, arrête ! hurla-t-il en descendant de son cheval sans même s'être arrêté, courant dans l'eau pour la rejoindre. Je t'en pris ne fait pas cela !

La jeune femme tourna la tête vers lui, l'observant par-dessus son épaule, les joues striées de larme. Ses yeux étaient semblables à la couleur du lac dans lequel elle s'enfonçait.

— N'approche pas, le supplia-t-elle en usant de sa magie pour l'arrêter.

Lancelot chancela et tomba à la renverse, se redressant avec peine, les cheveux mouillés.

— Viviane, je t'en pris… ne fais pas cela. On peu peut-être trouver une solution…

— Viviane ! Cria Merlin.

Assis à l'arrière de l'étalon que montait Arthur, ils rejoignirent tous deux très vite le chevalier qui ne lâchait pas la jeune femme des yeux, comme si elle allait s'évaporer d'un instant à l'autre.

— Que fais-tu ? tenta Arthur.

La jeune femme les observa chacun leur tour, ses larmes échappant totalement à son contrôle.

— Je dois mourir, leur expliqua-t-elle avec émotion.

Elle posa son regard sur Arthur. L'homme qui l'avait élevé et qui avait fait d'elle la femme qu'elle était aujourd'hui. Il l'avait élevé comme sa fille et lui avait donné une belle vie. Même si leur temps ensemble fut court, elle avait reçue tout l'amour qu'un père pouvait donner.

— C'est ici que tu m'as trouvée, commença-t-elle en écartant les bras au-dessus du lac. Je flottais au-dessus de l'eau, maintenue à la surface par les bras d'une femme qui t'a appris que j'étais la fille de Merlin. Son sang et sa magie coulent dans mes veines. J'étais celle qui devait le remplacer dans ce monde où il n'était plus.

Elle s'arrêta en secouant la tête avec résignation, faisant claquer ses bras le long de son corps.

— Mais j'en ai été incapable. Peu importait ce que je faisais, Morgane gagnait toujours et plus je grandissais, plus le poids de ma destinée pesait sur mes épaules. J'étais incapable de te remplacer auprès de ceux qui t'avaient connu et aimer Merlin…

Ce fut vers lui que son regard se porta alors, le cœur lourd. Cet homme à qui elle ressemblait tellement, sans jamais parvenir à arrivé à sa grandeur.

— J'ai passé ma vie entière à entendre les gens parler de toi. C'était toujours en des termes si élogieux, que je ne me suis jamais sentie à la hauteur. Quand Morded à assassiné Arthur devant moi, quand Morgane à envahit Camelot… j'ai su. J'ai su que je ne pourrais jamais t'égaler.

Merlin voulut prendre la parole, mais Viviane enchaîna.

— J'ai su alors que la seule chance que j'avais de gagner contre Morgane, c'était de te sauver avant que tu ne sois tué. J'ai alors absolument tout fait pour te sauver Merlin… mais peu importait ce que je faisais, ce que je modifiais du futur que j'avais connu, rien n'y faisait cela se terminait toujours par ta mort.

Le sorcier ne trouvait pas les mots. Le nombre d'épreuves que cette jeune femme avait dû traverser et surmonter seule, était ahurissant. Elle affirmait ne pas être à sa hauteur, mais lui n'avait jamais rien accomplit seul. Il avait toujours été guidé, en grande partie par Gaius et par Kilgarrah qui avaient tout deux su être de sages mentors. Viviane, une fois arrivée à cette époque, avait du tout entreprendre seule, et cela, jamais il n'en aurait été capable. Loin de tout ceux qu'il aimait, il n'aurait jamais pu surmonter leur perte et continuer d'aller de l'avant, en étant obliger de côtoyer ces mêmes personnes chères à son cœur, mais qui n'avait aucun souvenir de son existence.

— Tu te trompe, affirma-il en s'enfonçant un peu plus dans l'eau du lac qui lui gela la peau même à travers ses bottes. C'est toi qui à réussi à vaincre Morgane, pas moi. C'est toi qui à ramener Lancelot d'entre les morts, pas moi ! C'est encore toi qui a sauvé ma mère d'un terrible sort et c'est grâce à toi que j'ai pu enfin avouer à Arthur mes véritables sentiments ! Je n'ai rien pu faire face à tout cela, mais toi… toi tu as réussi !

Viviane fut touchée par de telles paroles et en versa quelques larmes qu'elle chassa d'un geste de la main.

— Peut-être, mais cela n'a plus d'importance, parce qu'il y a une dernière chose que je dois encore accomplir ou tout ceci n'aura servie à rien.

— De quoi est-ce que tu parles ? l'interrompit Arthur qui ne parvenait pas à comprendre tout l'enjeu de ce qui était en train de se passer, ici et maintenant.

Ils avaient gagné non ? Alors pourquoi Viviane semblait-elle faire ses adieux ? Et pourquoi son cœur était-il si serré de douleur ?

— Je n'ai cessé de me demander pourquoi je n'arrivais pas à empêcher la destinée de Merlin de se réaliser. La réponse était pourtant si évidente et si fataliste, que je n'ai pas voulu la voir.

Le vent balaya ses longues boucles noires, et fit s'envoler les manches de sa tunique, la rendant presque irréelle. Tout son être criait au surnaturel et à la magie, c'était un spectacle à la fois incroyablement magnifique et extrêmement triste.

— Ce jour-là, à Camlann, Arthur était destiné à y trouver la mort, tuée de la main de Mordred. C'était ce que votre destin vous réservait à tous les deux. Mais lorsque Merlin l'a su, il n'a pas pu s'y résoudre et à préférer donner sa vie plutôt que de vous perdre.

Arthur échangea un regard avec son ami, ne pouvant y exprimer toute sa reconnaissance et son amour pour cet homme. Merlin n'avait jamais eu de cesse de lui sauver la vie, bien trop souvent au péril de la sienne.

— Seulement ce qu'il ignorait, c'était que vous n'étiez pas près à vivre dans un monde sans lui, ajouta la voix de Viviane, faisant écho aux réflexions du Roi. Personne ne l'était, pas même ce monde et surtout pas la Magie. C'est pourquoi elle s'est réunit pour te ramener.

Merlin approuva d'un geste de la tête. S'il n'avait gardé aucun souvenir de sa mort, il savait que le sujet était encore très douloureux pour tout le monde. S'il avait lui-même cru perdre Arthur, il n'était pas certain qu'il aurait pu continuer sans lui. Sans lui, sa vie n'avait plus aucun sens.

— Malheureusement, cette résurrection miracle, n'était qu'un peu de temps en plus, un sursis jusqu'à ce qu'un remplaçant ne te succède…

« Jusqu'à ce qu'un remplaçant ne te succède » ? Ces mots résonnèrent dans son esprit comme le glas annonçant la fin. Merlin comprit enfin ce que Viviane essayait de leur expliquer. Mais cette solution était horrible et il s'affola aussitôt.

— Non ! hurla-t-il presque. Tu n'as pas à faire cela !

Ses mots sonnaient comme une supplique, laissant Arthur et Lancelot inquiet et ignorant.

— Il le faut, lui répondit-elle seulement dans un triste sourire.

— De quoi parle-t-elle ! s'impatienta Lancelot qui ne parvenait plus à garder son calme.

Merlin secouait la tête de gauche à droite, répétant le geste comme s'il allait pouvoir révoqué l'inévitable. Il plaqua ses mains sur sa bouche et y étouffa un sanglot. Son chagrin était tel qu'une vague de tremblement le fit presque s'effondrer à terre. Arthur ne parvenait pas à comprendre ce qu'il se passait, réalisant que leur lien était si puissant qu'ils partageaient la même façon de penser et les mêmes idées.

— Le destin réclame une vie, et fera tout pour la récupérer. Merlin l'a empêché d'obtenir la votre Arthur et de ce fait, il a vendu la sienne à la place, leur révéla-t-elle.

La lumière se fit alors dans l'esprit de Lancelot. Viviane allait se sacrifier pour rétablir l'ordre dans l'écosystème qui régissait le monde.

— Si le destin veut une vie, alors qu'il prenne la mienne ! s'écria alors le chevalier avec toute la bravoure et la loyauté qui lui était dû. Après tout, moi aussi j'étais mort et j'ai aussi été ramené…

Viviane lui sourit, reconnaissant bien là l'esprit chevaleresque du jeune homme.

— Ton destin ne doit pas prendre fin ici, ton avenir te réserve encore de belles choses.

Lancelot en fut presque anéanti. Viviane ne pouvait pas avoir pour destinée de mourir ici, c'était trop horrible ! De se battre toute sa vie et à tout perdre jusqu'à la fin. Si Viviane était la fille magique de Merlin, sa destinée était bien trop semblable à celle de Morgane. À la différence près qu'elle ne méritait absolument pas un tel sort.

— Mais même si cela avait été possible, j'aurais refusé de te sacrifier Lancelot, toi plus que quiconque.

Malgré les larmes qui souillaient ses joues, celles-ci se rosirent légèrement.

— Quand je suis arrivé ici, seule, alors que je venais de perdre tous ceux qui m'étaient chère, tout me semblait si insurmontable, lui avoua-t-elle en baissant les yeux, refusant d'affronter son regard. Mais avoir été contrainte de te raconter toute la vérité fut la meilleure chose qu'il me soit arrivé dans ma vie. J'ai retrouvé quelque chose que je pensais mort à jamais…

Elle s'arrêta une seconde, rassemblant tout son courage pour murmurer ces trois mots qui fut emportée par le vent.

— Je t'aime.

La douceur avec laquelle ils furent prononcés, contrasta avec la rudesse de l'effet qu'ils infligèrent au principal intéressé.

— Quand Morgane m'a… obligé à faire ce que j'ai fait, enchaîna-t-elle avec émotion. Ton souvenir, ton image, ta tendresse, ta voix… absolument tout de toi m'a permis de ne pas sombrer et ma ramener un peu plus à la vie à chaque jour qui passait. L'amour que j'avais pour toi m'a permis de me libérer du sort de possession de Morgane…

Un ricanement aussi léger qu'une brise s'échappa de ses lèvres.

— Quel ironie n'est-ce pas ? Si Morgane ne m'avait pas obligé à te séduire, j'aurais été incapable de retrouver la raison, et serais encore maintenant sous son contrôle. Mais je ne regrette pas… je t'aime et je ne me suis jamais sentie aussi vivante depuis lors.

— Oh Viviane, gémit Lancelot sans savoir quoi lui dire.

Il aimait aussi cette jeune femme, si forte et fragile à la fois. Il l'aimait sincèrement, mais son cœur appartenait depuis longtemps à une autre.

— Je ne te demande rien en retour… je sais… je sais que tu aimes Guenièvre et que tu n'aimeras qu'elle. Et cela me va…

Elle marqua un temps de pause, laissant les trois hommes les plus important de sa vie, se remettre de leurs émotions.

— Lancelot n'est peut-être pas destiné à mourir aussi tôt, commença Arthur sous l'étonnement de Merlin.

Il plongea son regard dans celui de Merlin qui avait comprit ce qu'il allait proposer avant même de prononcer les mots. Ce qui termina de déchirer le cœur du sorcier. Choisir entre son amant ou sa fille ? Était-ce seulement un choix faisable ?

— Mais moi, si. Tu l'as dit toi-même, je devais mourir à Camlann… alors ma vie pourrait sauver celle de Merlin.

Le silence se fit, laissant plané une atmosphère lourde et pesante sur le lac d'Avalon, contrastant avec la beauté des lieux. Le soleil à l'horizon entamait sa descente, créant un sublime couché de soleil qui jura avec la gravité de la situation.

— Non, affirma-t-elle alors, créant un léger sentiment de soulagement au plus profond du jeune sorcier qui se haïssait d'avoir finalement fait son choix. C'est Merlin, lui et lui seul, qui à contrarier le destin. C'est lui qui, en toute connaissance de cause, à décider d'aller à son encontre en te sauvant la vie. C'est à lui et à lui seul que revient cette tâche.

C'était la raison qui faisait que peu importait ce qu'elle faisait, Merlin mourrait toujours. Ce fut lorsque Morgane lui avait montré ces visions d'elle-même se sacrifiant, que Merlin restait en vie. Merlin devait mourir, lui et personne d'autre, mais il avait la chance de ne pas être seul. Pour la première fois, le lien qui unissait Viviane à Merlin lui permettait enfin d'accomplir quelque chose. Il n'y avait qu'elle et elle seul qui pouvait réparer ce que Merlin avait brisé.

— Je ne suis de toute façon pas faite pour vivre dans cette époque, et maintenant que Morgane et Mordred ne sont plus, je n'ai plus d'endroit ou retourner, acheva-t-elle avec détermination. Ne soyez donc pas triste pour moi, j'ai finalement la plus belle fin que je puisse avoir. Je ne changerais rien à mon destin, car j'ai pu avoir la chance de rencontrer mon père, de le sauver et de lui apporter le bonheur qu'il mérite tant dans sa vie.

Merlin fondit une fois de plus en larmes. Il ne méritait vraiment pas une fille aussi gentille, aussi droite et aussi fidèle. Lui qui avait ressenti avec honte ce soulagement de savoir qu'Arthur ne pourrait se sacrifier à sa place.

— Viviane… gémit-il.

Celle-ci s'avança dans l'eau à la rencontre de Lancelot qui, ému, resta sans voix. Les mots avaient fui son esprit et il ne parvenait pas à trouver quoi dire. La jeune femme posa une main sur sa joue avec tendresse et affection, le faisant fermer les yeux sous cette chaleur. Viviane était celle qui l'avait ramené de l'au-delà en lui permettant d'avoir une seconde chance. Une nouvelle vie dans laquelle il pourrait aimer Guenièvre pleinement. Jamais il n'aurait pensé cela possible. Il lui devait tout.

— Merci, le remercia-t-elle dans un murmure.

Ce mot le fit sortir de son mutisme. Comment pouvait-elle le remercier ? C'était à lui de montrer toute sa gratitude ! Viviane avait tellement apporté à tout le monde, et pas qu'à lui. Elle avait offert un avenir heureux pour tout le monde. Mais tandis qu'il ouvrit la bouche pour prendre la parole, la jeune femme lui coupa l'herbe sous le pied en posant ses lèvres sur les siennes. Elle lui vola un dernier baiser qu'il ne pus que lui rendre, même s'il ne pourrait jamais partager ses sentiments.

Dans un monde ou Guenièvre n'aurait pas existé, il était certain qu'il l'aurait follement aimé lui aussi. Mais ce n'était pas leur destin. Les yeux de Viviane se rouvrirent, arborant la teinte dorée qui caractérisait la manifestation de la magie. Puis un bruit de métal s'en suivit. Les cris de Merlin et d'Arthur alertèrent le chevalier qui s'écarta de la jeune femme. Lancelot fut pris d'effroi, sa main serrant le pommeau de son épée qui transperçait Viviane de par en part.

— Non !

Il voulut la retirer, mais Viviane posa sa main sur la sienne et secoua la tête. Prise de soubresaut, elle lui offrit malgré la douleur, son plus beau sourire. Sa peau s'illumina et tandis qu'elle s'effondrait dans l'eau du lac, elle se désintégra.

Des milliers de particules magiques incandescentes flottèrent au-dessus de l'eau, tel un nuage de luciole. Lancelot se laissa tomber à genoux, l'eau glacée lui arrivant jusqu'à la taille. Enfouissant son visage dans ses mains, il n'entendit même pas Merlin s'effondrer lui aussi, ni ne vit Arthur passer une main sur son visage pour camoufler les larmes qu'il ne parvenait plus à retenir.

.

Le retour à Camelot se fit en demi-teinte. La joie de leur victoire contre Morgane fut très vite ternie par le nombre de cadavres qui avait été laissé derrière. Beaucoup trop de vie avait été perdu lors de cet affrontement.

Guyamor eu les honneurs que l'on réservait aux chevaliers, Arthur ayant préparé un discourt émouvant qui reconnaissait les valeurs de cet homme.

— Les erreurs que l'on peut engendrer au cours de notre vie, ne nous définissent pas, annonça Arthur en se tenant en haut des marches du château faisant face à deux énormes bûches funéraires.

Le corps de Guyamor avait été déposé sur le premier, revêtu de sa tenue de chevalier de camelot. Merlin se tenait à la gauche d'Arthur et masquait difficilement sa tristesse. D'entre tous, c'était lui qui avait le plus perdu lors de cette guerre. Proche de tous ceux qui avait périt, Guy, Kilgarrah et Viviane, Merlin vivait un terrible deuil, sombrant un peu plus chaque jour dans la dépression. Entièrement vêtus de noir, les cernes sous ses yeux étaient témoins de son manque de sommeil et son teint blafard n'arrangeait rien.

Guenièvre avait pris place à la droite de son époux, vêtue elle aussi de vêtement de deuil. Les mains croisées devant elle, cherchant sans cesse du regard Merlin, s'assurant qu'il tenait le coup.

— Il nous arrive à tous de trébucher ou de faire fausse route. C'est le propre de l'Homme, nous faisons tous des erreurs, mais ce qui nous définit réellement, c'est de ce que nous décidons de faire pour les réparer. Guyamor à su quoi faire pour racheter ses fautes. C'était un homme perdu qui avait suivit les mauvaises personnes, mais il n'en était pas une.

Le deuxième corps qui occupait le bûché funéraire n'était autre que celui de Morgane. Aussi belle qu'au premier jour ou Merlin l'avait rencontré.

— Morgane à commis beaucoup de crime contre Camelot et ma personne. Mais ce n'était pas un monstre. Elle ne méritait pas de finir comme cela. Je l'ai connu enfant, douce et gentille avec tout le monde. C'est la peur, celle que mon père à instauré au gens comme elle, qui a eue raison d'elle. La doctrine sur la magie qui était néfaste à fini par la ronger. Grandissant avec une telle pensée, cela a fini par rendre Morgane comme elle pensait qu'elle devrait le devenir. Mais elle n'était pas comme cela… et j'aurais dû me rendre compte plus tôt qu'elle souffrait et qu'elle se sentait seule. Tout ce qu'il aurait fallu, était une main tendue vers elle, et je n'ai pas su l'être.

Il exécuta un signe de tête à l'attention de Gauvain et de Perceval qui tenaient tous deux une torche. Les deux bûchés s'enflammèrent laissant les flammes s'élever bien haut dans le ciel.

— Je vous souhaite à tous deux de reposer en paix. Vous êtes tous deux pardonné de vos pêchés.

Ce fut avec solennité qu'un banquet fut ensuite tenu, en hommage à tous les défunts. Celui-ci était festif et joyeux, même si certaine personne restaient muré dans leur chagrin. Merlin y comprit. Ni Gauvain, ni Perceval, ni aucun de ses amis ne parvinrent à lui remonter le moral.

Yvain le rejoignit finalement en prenant place à ses côtés, sur une des marches qui menait aux trônes. Il resta anormalement silencieux, ce qui finit par intriguer Merlin l'obligeant à brisé ce silence.

— Qu'est-ce qu'il y a ?

— Guenièvre m'a expliqué qui était cette belle femme, même si je n'ai pas tout comprit, lui avoua-t-il. Elle m'a dit que c'était ta fille magique, ou quelque chose comme ça, et qu'elle s'était sacrifiée pour te sauver la vie.

Merlin sentit ses yeux lui piquer face à cette réalité, et détourna la tête du garçon, refusant de se laisser aller devant lui. Pourtant, même après une semaine, parler de Viviane finissait toujours par le faire s'effondrer.

— Tu sais, je ne la connaissais pas vraiment mais… si j'avais été à sa place, je serais vraiment en colère contre toi.

Insistant sur le mot, Yvain s'allongea presque sur les marches, observant le plafond avec insistance. Il le fixait juste pour ne pas avoir à croiser le regard étonné que Merlin lui jetait. Il devait s'attendre à tout, sauf à ce qu'il lui dise une telle chose.

En colère ? Vraiment ?

— Si j'avais donné ma vie pour te sauver, je n'aurais pas aimé te voir comme ça. J'aurais préféré que tu continues de vivre une longue, et incroyablement ennuyante, vie pleine d'amour et de joie. Et surtout, j'aurais voulu que tu te rappelles de moi en bien, pas que tu sois triste à chaque fois.

Yvain se redressa et regarda enfin Merlin en face. Ce dernier était incroyablement étonné des propos très sages qui sortaient de la bouche de cet enfant.

— Je sais ce que cela fait de perdre des personnes que l'on aime. D'être le dernier qui survit, et que tous les autres son mort en donnant leur vie pour que toi, tu puisses continuer à vivre…

Il parlait de ses parents, ce qui serra un peu plus le cœur de son père adoptif.

— J'ai été longtemps triste, et puis j'ai fini par ne plus y penser chaque jour. C'était plus par… période. La douleur devenait de moins en moins forte, jusqu'à finir par disparaître. Maintenant, je peu penser à eux en me souvenant des bons moments. Tout ça pour dire que…

Il se frotta les cheveux, hésitant avec les mots.

— Si j'avais abandonné avant, je n'aurais pas eu la chance de vous rencontrer, toi et Arthur. Alors… n'abandonne pas.

Il lui offrit alors un petit sourire, avant de finir écraser par une énorme embrassade de Merlin. Ce dernier le serrait si fort, qu'il lui faisait mal.

— Hey… tu m'étouffe, bougonna l'enfant en tapotant son dos.

— Merci, Yvain…

Merlin tremblait légèrement, et cachait son visage dans son cou. Yvain finit par cesser de vouloir se dégager et resta dans cette position un moment. Ce n'était pas dérangeant en soit, même si parfois les gens les observaient bizarrement, mais Yvain était contant de pouvoir venir en aide à Merlin pour une fois.

.

Arthur s'était éclipsé de la fête en compagnie de Guenièvre. Ils avaient rejoint le sommet des remparts, du haut duquel ils pouvaient admirer un superbe couché de soleil. La reine s'accouda contre le muret, tandis qu'Arthur y posa juste les mains, levant les yeux au ciel.

— Je crois qu'il est temps que l'on ait cette conversation, commença-t-il en faisant face à son épouse.

— Je le crois également, confirma-t-elle en l'imitant.

Arthur avait longtemps imaginé cette situation, et il avait tellement de fois réfléchi à ce qu'il devrait dire qu'il se retrouva désormais sans voix.

— J'aime Lancelot, commença Guenièvre en voyant combien Arthur semblait perdu. Et vous aimez Merlin.

Son sourire encourageant permit au roi de se détendre, expirant l'air de ses poumons qu'il n'avait même pas eu conscience de retenir.

— Je… je n'ai aucune excuse pour t'avoir trompé, s'excusa-t-il platement. Quand j'ai pris conscience de mes sentiments pour Merlin, j'ai tout fait… absolument tout pour les contenir et les enfouir très profondément… mais plus j'essayais de les cacher, plus ils débordaient. Plus j'essayais d'y résister, plus je plongeais profondément dedans. C'était un cercle infernal et j'ai fini par te trahir…

Arthur n'osait même pas regarder sa femme dans les yeux, honteux de ce qu'il lui avait fait. Mais Guenièvre l'obligea à redresser la tête à l'aide d'un doigt sous son menton.

— Je sais… je sais ce que cela fait de lutter contre des sentiments que l'on ne devrait pas avoir. J'ai moi-même tenté de les enfouir encore et encore, sans succès…

— A la différence que toi, tu ne m'as pas trahit. Tu m'es resté fidèle alors que moi…

Arthur soupira, accablé par sa propre traîtrise.

— Le pire est que, je n'ai jamais été aussi heureux qu'avec lui. Je… je t'ai sincèrement aimé Guenièvre… oh oui, je t'ai tellement aimé…

Il prit les mains de Guenièvre dans les siennes et les lui embrassèrent, plongeant son regard dans le sien.

— … de tout mon cœur. Et je n'aurais jamais pensé tomber amoureux un jour de quelqu'un d'autre, et encore moins de Merlin.

La jeune femme ne put retenir un rire. Il était vrai qu'à leur début, aucun d'entre eux n'aurait parié sur l'amour. Et pourtant, c'était plutôt naturel finalement. C'était venu sans qu'aucun des deux ne s'en rende compte et les sentiments avaient éclos aux fils des années. Ils étaient si liés par le destin, qu'il ne leur manquait plus que cela pour ne former qu'un.

— Moi aussi je vous ai sincèrement aimé Arthur. Et je pense que je vous aimerais toujours. Je suis certaine que dans cent ans, on parlera encore de notre amour.

Arthur approuva, il s'avait pourquoi il l'avait épousé. Guenièvre était si tolérante, à l'écoute et compatissante. C'était une perle rare comme il n'en existait plus.

— Tu mérite de trouver le bonheur, vraiment.

— Je l'ai déjà trouvé.

Se prenant tous deux dans les bras l'un de l'autre, Guenièvre finit par s'écarter, retirant la bague qui ornait son doigt, la replaçant dans la main de ancien époux.

— Vous êtes sur de vouloirs faire cela ? s'enquit Arthur.

Guenièvre approuva avec un grand sourire.

— Cela sera plus facile à accepter pour le peuple qu'une Reine ce soit enfuit avec son amant, plutôt que la vérité.

Il ne pouvait contredire cela. Avouer à son peuple que leur Roi était tombé amoureux d'un homme, d'un roturier et d'un sorcier de surcroit… Non, c'était bien trop tôt pour cela.

— Je crois que mon père se retournerait dans sa tombe, s'il savait cela.

Se dressant sur la pointe des pieds, Genièvre plaqua un baiser sur sa joue.

— Il serait fier de vous pour ce que vous avez accomplis, et il n'aurait pu que partager ce sentiment après avoir vus l'homme et le souverain incroyable que vous êtes. Quoi qu'il en soit, je suis certaine que nous avons fait le bon choix. C'est ce qu'il y a de mieux à faire, pour nous tous.

— Est-ce que tu sais où vous irez vivre ?

La jeune femme afficha une moue espiègle, ayant une petite idée derrière la tête. Le hennissement d'un cheval les avertit sans même avoir besoin de regarder, que Lancelot était prêt et qu'il l'attendait.

— Il se trouve que oui.

S'éloignant, leurs doigts s'accrochèrent afin de prolonger un peu plu longtemps leur contacte. Ils savaient tous deux que lorsqu'ils se sépareraient, tout prendrait fin.

— Ce n'est pas un adieu Arthur, les rassura Guenièvre en reculant. Nous nous reverrons… j'en suis certaine.

Puis elle tourna les talons, rejoignant son amant qui l'attendait en contre bas. Leur plan était de faire endosser la responsabilité de leur séparation aux deux amants en fugue. L'histoire conterait un amour impossible, mais si puissant qu'ils auraient affrontés tous les dangers afin de pouvoir vivre leur idylle ensemble.

Guenièvre dévala les marches de l'escalier qui la mena à l'homme qu'elle méritait vraiment et monta derrière lui, enserrant sa taille de ses bras. Lancelot leva les yeux vers son Roi et lui offrit un simple signe de tête, mais si significatif. Il résumait à lui seule, sa gratitude de les laisser vivre ainsi leur vie à deux, libérant Guenièvre de ses obligations, mais aussi toute sa reconnaissance d'avoir servi au côté d'un Roi aussi bon et juste que lui.

Donnant un coup de talon dans les flancs de sa monture, Lancelot partir au galop, quittant Camelot sans jamais y revenir. Arthur avait perdu non seulement l'un de ses meilleurs chevaliers, mais également sa meilleure amie.

— Ils sont parti ? s'enquit la petite voix de Merlin.

Arthur ne bougea pas, le regard figea sur l'horizon qui engloutissait la silhouette des deux amants en fuite, mais lui répondit par un signe de tête. Son expression trahissait sa peine et Merlin le rejoignit. Il écarta les bras afin d'y loger le corps de son ami. Depuis qu'ils étaient rentrés, Merlin avait été extrêmement distant, comme s'il se refusait de vivre une vie heureuse après tout le malheur qui avait frappé à cause de lui.

Serrer ainsi Merlin contre lui, était exactement ce dont Arthur avait besoin. Il l'embrassa sur la joue, avant de plonger son regard dans le sien. Il crut y déceler une ouverte et esquissa un mouvement vers ses lèvres, mais se figea, effrayer que c'était encore trop tôt. Merlin franchit la distance restante et lui offrit un tendre baiser.

Pour Arthur, sa séparation avec Merlin datait de plus de cent ans et depuis leur retour, ils n'avaient pas vraiment pu profiter l'un de l'autre. Ce baiser portait le goût du désir et de l'amour.

— J'ai été un peu distant ces derniers temps, reconnu l'Enchanteur en s'écarta, mordant ses lèvres. J'en suis désolé, Arthur.

Ce dernier secoua la tête, replaçant une mèche de cheveux trop longue de son amant derrière l'une de ses oreilles.

— Non… tu n'as pas à t'excuser, tu étais en deuil et c'est normal.

— Peut–être, mais je n'aurais pas dû m'éloigner de vous… pas après ce que l'on a traversé. À ce propos, c'était un magnifique éloge que vous avez fait tout à l'heure.

— Ravis qu'il t'ait plus. J'aurais aimé pouvoir en faire un pour elle aussi, mais je ne suis pas sûr que le peuple comprendrait… moi-même je ne suis toujours pas certain d'avoir tout comprit.

Merlin s'écarta juste ce qu'il fallait pour pouvoir regarder son Roi dans les yeux et tendis à nouveau ses lèvres vers lui afin d'échanger un autre baiser. Son Roi l'avait terriblement manqué à lui aussi. Ses mains s'accrochèrent à sa veste, tandis que ceux d'Arthur s'enfouirent dans ses cheveux en bataille.

— J'ai terriblement envie de toi, lui murmura ce dernier avec un regard remplis de désir.

— Moi aussi…

Merlin prit alors la main de son Roi et les guida tout deux dans la chambre royale, s'embrassant déjà devant la porte après vérification des lieux. La porte s'ouvrit et se referma sans même qu'ils n'aient besoin de la toucher, et leurs vêtements furent jetés dans toute la pièce. Uniquement vêtue de son pantalon, Merlin fut soulevé du sol par la poigne ferme de son roi, tout aussi peu vêtue.

Le sorcier passa ses mains sur son torse en se mordant les lèvres. Tous ces entraînements avaient au moins le mérite de forger un corps parfaitement musclé et sa force lui permettait toujours de le soulever avec tellement de facilité. C'était relativement grisant, et le sorcier fut ainsi jeté sur le lit, très vite rejoint par son amant qui rampa au-dessus de lui pour venir dévorer à nouveau ses lèvres.

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Trois mois plus tard

Lancelot posa pied à terre, tout en flattant l'encolure de son fidèle destrier. Il sortit une pomme de son sac en bandoulière et la lui présenta en récompense de ses bons et loyaux services. L'animal, affamé et fatigué par cette chevauchée, la dévora en quelques secondes, hennissant sous les caresses de son maître.

— Merci mon grand, tu peux te reposer un peu à présent.

Lancelot l'attacha à un arbre, le laissant brouté à sa guise tandis qu'il s'en éloignait peu à peu. Ses pas le menèrent finalement devant ce lac, si spécial à son cœur.

Le Lac d'Avalon. Toujours aussi magnifique, peu importait comment on le voyait, la pureté de ses eaux, en faisait un lieu magique à lui seul. Qu'il soit recouvert de glace, bordé d'arbre en fleur ou baigné de lumière, jamais il ne perdait son éclat, comme s'il était doté d'une vie propre.

Le regard porté sur l'horizon, le jeune homme se sentait toujours très triste lorsqu'il venait ici. Sa main plongea la main au fond de sa besace, et en sortie une petite couronne de fleurs. La composition était très simple, mais magnifique, ornée de petites branches et de plusieurs chrysanthèmes blanches. Il la déposa sur la surface de l'eau, donnant une petite impulsion pour l'aider à voguer sur la surface calme et paisible de ses eaux.

Le jeune homme avait pris l'habitude de venir ici au moins une fois par mois, refusant de laisser se périr le souvenir de Viviane Pendragron. Personne ne savait réellement tout ce qu'elle avait fait et tout ce qu'elle avait sacrifié pour leur permettre à tous de vivre une vie de paix.

— Tu me manque, murmura-t-il au lac comme s'il porterait son message jusqu'à elle. Guenièvre n'a pas pu venir avec moi aujourd'hui, elle ne se sentait pas très bien et s'en excuse. C'est… c'est elle qui a fait la couronne. J'espère qu'elle te plaira.

Le bruissement du vent dans les arbres lui répondit, ainsi que le chant guilleret des oiseaux en plein saison des amours. Il ne savait pas vraiment à quoi il s'attendait en venant ici, mais il ne pouvait s'empêcher de revenir.

— Comme je te l'avais déjà dit, nous nous sommes installés dans ta chaumière, j'espère que tu ne nous en veux pas, continua-t-il en souriant. J'y ai fait quelques travaux d'agrandissement pour Guenièvre et moi. C'était, je pense, important pour nous deux de venir vivre ici. De plus, cela nous permet de ne pas trop nous éloigner de Camelot.

Le vent souffla légèrement tel un murmure qui lui répondait. Peu lui importait qu'on le croit fou ou complètement stupide, Lancelot était certain que Viviane pouvait l'entendre, ou qu'elle soit.

— J'ai été destitué de mon statut de chevalier. Je ne serais jamais reconnue comme étant le plus loyale des chevaliers, mais je suis heureux. Je peux enfin vivre une belle et agréable vie. Guenièvre à commencé un potager dans le jardin, quant à moi, je pense que je vais essayer de me mettre à la forge. Je ne sais pas si cela m'irait, mais Guenièvre est connaît un rayon sur le sujet et je sais que dans le village d'à côté, ils recherchaient un apprenti.

Lancelot attendit un long moment en silence, avant de finalement retourner vers son cheval. Remontant en scelle, il jeta un dernier regard sur le lac et ajouta avant de lancer sa monture.

— A la prochaine, Ellan

Puis il rentra chez lui. C'était toujours étrange de ce dire qu'il possédait un chez lui et qu'il le partageait avec Guenièvre, mais il n'avait jamais été aussi heureux de toute sa vie. En arrivant sur les lieux, il vit son épouse s'affairer dans son jardin, et la rejoignit après avoir libéré sa monture dans l'étable qu'il avait construit lui-même. Elle était très modeste et légèrement bancale, mais c'était suffisant pour mettre son fidèle compagnon à quatre pattes, à l'abri du froid.

— Tu ne devrais pas faire cela si tu ne te sens pas bien, lui reprocha-t-il sur un ton plus inquiet que fâché.

Il s'approcha de sa femme et l'embrassa pour la saluer. Celle-ci lui sourit, tenant dans ses bras un panier ou reposait quelques légumes frais.

— Je me sens beaucoup mieux et puis, je voulais préparer un bon repas pour ce soir.

— Ce soir ? Qu'y a-t-il de si spécial ? s'enquit le jeune homme avec étonnement.

La joie illuminait le visage de Guenièvre qui répondit de façon énigmatique.

— Nous recevons un invité de marque.

Lancelot devinait qu'il s'agissait de Merlin, sans même qu'elle n'ait besoin de le lui avouer et s'en réjouissait d'avance. Ne plus faire partit des chevaliers de Camelot ne lui manquait pas vraiment, ce qui était le plus difficile était l'éloignement de ses amis. Merlin le premier. Lui qui avait toujours été son plus proche confident. Pour la première fois depuis leur exil, il allait revoir son ami. Rien n'aurait pus le rendre plus heureux qu'en cet instant.

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Lorsque Merlin se présenta devant la porte de cette chaumière très charmante, il fut immédiatement assailli par Guenièvre qui le serra dans ses bras avec une force qu'il ne lui soupçonnait pas.

— Je suis tellement contente de te voir, lui avoua-t-elle en claquant deux baisers sur ses joues. Viens entre donc !

La chaleur qui se dégageait à l'intérieur était agréable et la cheminé procurait une douce atmosphère qui le fit immédiatement se sentir chez lui. La maison devait faire deux à trois fois la taille de celle que Guenièvre partageaient avec son père lorsqu'il l'avait rencontré, et elle était très joliment décorée de fleur et de composition florale que Guenièvre prenait plaisir à fabriquer de ses mains. Lancelot fut le suivant à l'accueillir, n'échappant pas à une nouvelle étreinte.

— Merlin… je suis vraiment revis que tu sois là, le salua-t-il avec autant de joie que sa femme.

— Moi aussi, si vous saviez comme vous m'avez manqué tous les deux, leur répondit le Sorcier avec un grand sourire. Vous avez l'air en pleine forme, et vraiment heureux ici, c'est vraiment charment.

Lancelot approuva, et chacun échangèrent les dernières nouveautés. L'ambiance était légère et agréable. Tous parlaient et riaient tout en dégustant un délicieux plat fait maison. Guenièvre finit par se retirer, fatigué de sa journée, s'excusant platement auprès de son invité qui dus lui promettre de revenir très prochainement.

Les deux hommes en profitèrent pour prendre l'air, sous le ciel étoilé de cette fraîche nuit de printemps.

— Tu veux me parler de ce qu'il te tracasse ? finit par demander Lancelot en sirotant la tasse de thé qu'il avait emporté avec lui.

Merlin soupira en se frottant le front.

— Je ne peux décidément rien te cacher mon ami, rétorqua-t-il avec amusement.

— Ce n'est pas plus mal, non ? Alors ?

Merlin hésita, les yeux résolument baissés.

— C'est… à propos d'Arthur.

Lancelot eu, pendant une seconde, peur que la situation de son ami ne soit pas aussi idyllique que la sienne, mais lorsqu'il remarqua le rougissement qui colora ses joues ainsi que le sommet de ses oreilles, il comprit.

— Qu'est-ce qu'il se passe ?

L'Enchanteur poussa un nouveau soupire, refusant de regarder son ami en face, bien trop gêner pour le faire.

— Depuis… ce qu'il c'est passé, Arthur est…

Incapable de parvenir à poursuivre sans mourir de honte juste après, Merlin ouvrait et fermait la bouche tel un poisson hors de l'eau.

— Voyons Merlin c'est moi, le rassura Lancelot. Tu peux tout me dire, tu sais.

— Disons qu'en se moment, la… libido d'Arthur est… insatiable et… je l'aime vraiment de tout mon cœur mais… entre mes obligations et mon travail, je suis tellement épuisé…

Merlin rougissait jusqu'au bout de ses oreilles. Il n'y avait plus personne à Camelot à qui il pouvait se confier sur des sujets aussi intimes, depuis le départ de Lancelot et Guenièvre. Il avait définitivement perdu ses deux meilleurs amis ce jour-là. Même si Gauvain savait pour sa relation avec Arthur, il n'avait certainement pas la patience et la délicatesse de Lancelot. Il ne serait pas levé, le jour où il chercherait des conseils auprès de Gauvain, sur sa relation intime avec le roi !

Lancelot ne put s'empêcher de rire, bien qu'il fît l'effort d'essayer de le cacher.

— Ne te moque pas de moi je t'en pris, je suis déjà mortifié à l'idée d'avoir dit cela à voix haute.

— Mais non, ne le sois pas. Je n'imaginais juste pas notre roi comme ça. Mais tu sais… je pense que c'est à lui que tu devrais parler de tout cela, pas à moi.

— Je sais, soupira le sorcier, mais… je l'aime vraiment et je ne veux pas le blesser, d'autant plus que… il est vraiment doué, si tu vois que ce je veux dire.

Il se racla la gorge, essayant de se redonner contenance, avant de poursuivre.

— C'est juste que… j'ai l'impression que chaque fois qu'on se retrouve ensemble, cela se finit toujours de la même façon et… on ne parle presque plus.

Lancelot hocha la tête, essayant de comprendre le comportement d'Arthur. Il ne pouvait parler en son nom, toutefois, il avait une petite idée derrière la tête.

— Tu ne lui as vraiment jamais demandé ?

— Je n'ai pas osé, lui avoua-t-il à contre cœur. Et à cause de cela et bien, parfois je… le fuis.

Lancelot sourit, mais frappa amicalement l'épaule de son ami.

— Peut-être que maintenant qu'il est libéré de ses engagements envers Guenièvre, il veut tout simplement en profiter ?

— Comme s'il cherchait à rattraper le temps perdu ?

— En quelque sorte oui, après je ne suis pas Arthur tu sais, je ne peux pas répondre à sa place.

C'était certain que la communication n'était plus leur fort depuis quelque temps, cependant les propos de Lancelot se frayèrent un chemin dans son esprit.

— Merci Lancelot, je vais te laisser à présent.

— Tu vas rejoindre ton amant ?

Merlin rougissait toujours lorsqu'il entendait cela provenir de la bouche de quelqu'un d'autre. Il savait très bien que Gauvain et Tristan qui avaient été emprisonné au Val Sans Retour avec Arthur, étaient désormais au courant de la relation qu'il entretenait avec le Roi. Si Tristan était reparti à Ealdor pour retrouver Hunith, Gauvain étant Gauvain, avait dû en parler à tous les chevaliers qui avaient probablement colporté la nouvelle à qui voulaient bien l'entendre. Mais s'entendre parler de lui en tant qu'amant du Roi, c'était toujours particulier.

—Oui, répondit-il timidement. Merci pour tout Lancelot.

— Pas de quoi, tu sais que notre porte te sera toujours ouverte n'est-ce pas ? Revient quand tu veux et… n'attends pas trop longtemps d'accord ?

Merlin le lui promit et lui offrit une accolade, espérant lui transmettre toute sa reconnaissance.

— C'est promis. Bonne nuit, Lancelot.

Ce dernier attendit le départ de Merlin avant de retourner à l'intérieur et de rejoindre le confort de son lit douillet, où Guenièvre l'y attendait.

.

Lorsque Merlin rentra dans les appartements royaux, ou, il fallait bien l'avouer, il y passait toutes ses nuits, il y trouva Arthur confortablement installé dans un fauteuil, près de la cheminée. En pleine lecture d'un document qui semblait officiel, il ne l'entendit pas et ne remarqua pas non plus que Merlin en profitait pour l'admirer.

L'Enchanteur fini par rejoindre son ami et prit place dans le fauteuil adjacent.

— Oh, Merlin, se réjouit-il en laissant tomber ses papiers. Alors, Guenièvre et Lancelot vont bien ?

— Très bien, ils semblent aussi heureux que possible, lui apprit-il, réjouissant le Roi qui leur avait sincèrement souhaité le meilleur.

Il se leva pour venir se placer devant son amant, qu'il embrassa. Ses mains tentèrent de dévêtir le jeune homme de sa veste, mais Merlin l'arrêta en s'écartant légèrement.

— Arthur je… je viens de rentrer, je ne suis pas lavé et je suis épuisé, tenta-t-il.

Mais le roi n'avait pas dit son dernier mot et continua de l'embrasser dans le cou, ce qui provoquait toujours une effusion de papillon dans le bas-ventre du sorcier. Il perdait toute volonté dans ces moments-là, penchant même légèrement la tête pour lui offrir plus de marge de manœuvre.

Cependant, sa discussion avec Lancelot lui revint à l'esprit et il le repoussa, peut-être un peu plus violemment qu'il ne l'aurait voulu. Les yeux écarquillés, Arthur ne comprenait pas ce qu'il avait fait de mal et chercha une réponse qui ne venait pas. Merlin ouvrait et fermait la bouche sans cesse, ne trouvant pas la bonne façon de lui annoncer une telle chose.

Déclarant forfait, il laissa retomber sa tête sur son épaule et soupira.

— Je vous aime sincèrement Arthur, du plus profond de mon cœur, mais je n'en peu plus.

Arthur cru qu'il allait lui annoncer qu'il souhaitait mettre fin à leur relation, lorsque la douche froide tomba.

— Depuis près de trois mois, nous l'avons fait absolument tous les jours et… pas plus tard qu'hier, on est même allé jusqu'à cinq fois, gémit-il sans oser redresser la tête, parfaitement caché ainsi dans la nuque du principal concerné.

Cette fois-ci, ce fut Arthur qui ne sut quoi répondre. L'ascenseur émotionnel qu'il venait de subir, lui avait complètement retourné l'esprit.

— C'est vraiment exceptionnel, à chaque fois, mais on ne prend même plus de temps pour discuter simplement. Entre notre travail et toutes ces… activités physique, je suis épuisé.

Si Merlin c'était imaginé toutes les réactions possible, il n'aurait jamais parié sur celle-ci. Arthur explosa littéralement de rire, obligeant le sorcier à se redresser pour l'observer, intrigué.

— Je ne pensais pas avoir dit quelque chose d'aussi drôle ? rétorqua le sorcier bougon.

Il n'avait rien dit de particulièrement hilarant, ce qui voulait dire qu'Arthur se moquait ouvertement de lui.

— Non, avoua Arthur en reprenant son sérieux, toussant plusieurs fois pour cela. C'est juste que… tu avais l'air si grave et si désespérer, que je m'étais attendus à tout sauf à cela, je…

Il étouffa un nouveau gloussement, ce qui agaça assez vite Merlin. Aussi, il lui ébouriffa les cheveux de ses deux mains, ce qui eu le mérite de lui faire immédiatement reprendre son sérieux. Merlin haussa les sourcils d'un air de défi, qu'Arthur prit très au sérieux, en se relevant. Il tira le fauteuil dans lequel Merlin avait pris place, faisant grincé les pieds sur le sol. Merlin fut obligé de s'accrocher aux accoudoirs, pour ne pas tomber.

— Arthur ? Qu'est-ce que vous faites ? Non ! Arrêter… je suis désolé je…

Il poussa un cri lorsqu'il fut renversé sur le lit, s'y étalant de tout son long tandis qu'Arthur écarta le siège en y déposant son manteau. Il s'allongea sur Merlin après l'avoir retourné, croisant son regard.

— Arthur… vous m'avez écouté ? tenta de s'énerver le jeune homme tout essayant de le repousser.

Mais Arthur ne se laissa pas faire et s'allongea finalement sur lui, posant sa tête sur son torse. Ils restèrent un moment ainsi sans qu'aucun des deux ne prennent la parole. Arthur jouait avec les doigts de la main de Merlin, profitant juste de sa chaleur.

— Arthur ? l'interpella finalement le sorcier.

— Quand j'étais prisonnier dans le Val Sans Retour, cela ne dura pour toi que quelques jours tout au plus et tu étais inconscient la moitié du temps, commença Arthur sans bouger.

Sentir et entendre battre le cœur de son amant étaient réellement salvateurs. Si apaisant et réconfortant, qu'il aurait pu rester ainsi pour l'éternité.

— Mais pour moi, ce fut quatre vint quatre années… avant que je ne perdre la raison et que je ne sois même plus capable de compter les jours qui passaient. J'ignore finalement combien de temps cela à durer après.

Il redressa enfin la tête et l'observa comme s'il ne l'avait pas vu depuis des années.

— Tu m'as tellement manqué… c'était une véritable torture de te savoir si loin de moi sans pouvoir jamais te retrouver, te toucher ou t'embrasser…

Merlin n'avait pas réalisé à quel point Arthur avait souffert de son voyage au Val Sans Retour, de même que Tristan qui avait immédiatement rejoint Hunith. Cela devait être épouvantable de ne jamais pouvoir être avec celui ou celle que l'on aime. Il attrapa le visage d'Arthur entre ses mains et l'obligea à se redresser afin de lui offrit un tendre baiser, même s'il savait qu'il n'aurait pas le pouvoir d'effacer ses tourments.

Arthur passa une main dans les cheveux de Merlin, et ajouta.

— Devoir être avec toi toute la journée devant tout le monde, sans pouvoir te toucher ne fait que me rappeler ces moments-là. Alors… je suppose que dès que l'on était seul, je voulais rattraper le temps perdu…

Le temps perdu. Lancelot avait finalement vu plus juste qu'il ne le croyait. Merlin se promit de retourner le voir rapidement pour le remercier, mais pour l'heure, penser à un autre était plutôt inconvenant.

Merlin échangea leur position et se retrouva au-dessus, assis à califourchon sur son Roi. Si on lui avait dit un jour à leur début qu'il se retrouvait aussi intime avec ce prince arrogant et incroyablement irritant, jamais il n'aurait pu le croire.

Sa destinée était plutôt bien faite, finalement.

.

Lancelot se réveilla en pleine nuit, alerté par les pleurs d'un bébé. Il s'assura que Guenièvre dormait toujours avant de retirer précautionneusement le bras qui entourait sa taille. Il enfila sa chemise et un manteau, avant de sortir de chez lui. Le soleil n'était pas encore levé et il n'y avait personne au alentour.

Il conclut à un rêve et s'apprêta à rebrousser chemin pour se remettre au chaud, lorsque les pleurent reprirent. Sursautant, il fit volte-face, mais il n'y avait toujours rien. Les pleurent étaient pourtant suffisamment proche pour que l'enfant soit à porter de vue.

Transporté par une sorte d'intuition, il enfila botte et vêtement plus chaud, avant de récupérer son cheval et de le lancer au galop. Sur le chemin qu'il empruntait, sans même savoir ou était sa destination, ce sentiment familier ne l'abandonnait pas. Ces pleurs ne cessaient pas, peu importait la distance qu'il parcourait.

Ce ne fut que lorsqu'il arriva à l'aube, au Lac d'Avalon, qu'il comprit. Sans plus attendre, il sauta à terre et s'élança dans l'eau glacé du petit matin. Devant lui se tenait un nourrisson, emmitouflé dans une couverture blanche, maintenu par deux bras de femme.

Les paroles de Viviane lui revinrent en mémoire. D'après son histoire, c'était exactement de la même façon qu'Arthur l'avait découverte. Le destin avait-il finalement décidé de laisser une deuxième chance à cette jeune femme incroyable ?

S'avançant toujours plus dans l'eau, il se retrouva finalement devant le bambin et ces bras qui semblaient sortir de nul par. Avec des mains tremblantes, il prit l'enfant dans ses bras, s'assurant de maintenir sa tête. Il écarta légèrement le tissu qui couvrait son visage et vit la petite bouille adorable qui lui souriait.

Les bras de femme avaient disparu et Lancelot tourna sur lui-même pour essayer de la retrouver, en vain. Il reporta son attention sur l'enfant et lui murmura.

— Viviane ?

— C'est un garçon, lui répondit une voix familière qui provenait de derrière lui.

Lancelot se retourna vivement, se retrouvant nez à nez avec Viviane, identique à celle qu'elle était lorsqu'elle les avait quittés. Son sourire était toujours aussi agréable, et sa beauté était à son apogée. Lancelot porta l'enfant d'un bras, dégageant l'autre pour venir la serrer contre lui.

— Par tous les dieux, tu es en vie…

Viviane lui rendit son étreinte, avec plus de douceur et de délicatesse. Elle s'écarta finalement de lui et baissa les yeux sur l'enfant.

— Si ce n'est pas toi alors… qui est-ce ? lui demanda-t-il perdu.

— C'est ton enfant, lui révéla-t-elle sous son regard ébahit. Notre enfant…

Lancelot blêmit, comprenant que la nuit qu'il avait partagé avec la jeune femme, sous le maléfice de Morgane, avait finalement provoquée bien plus de conséquence qu'il ne l'avait pensé.

— Notre… fils ? voulut-il être sûr d'avoir bien compris.

Viviane approuva d'un hochement de tête, posant une main sa tête. L'enfant rit à son contact et tandis les bras vers elle.

— Je lui ai donné le nom de Galaad.

Lancelot la regarda avec incrédulité. Comment pouvait-elle savoir cela ? Il ne l'avait jamais révélé à qui que ce soit.

— Je sais que c'était le nom que tu as reçue à ta naissance, avant que ta mère ne meurt et que tu ne sois recueilli dans une autre famille ou ils t'on renommé Lancelot.

Il n'avait plus repensé à tout cela depuis si longtemps, tellement longtemps qu'il avait même fini par l'oublier. Ces parents adoptifs lui avaient juste révélé qu'il portait un médaillon en argent sur lequel était écrit son nom lorsqu'ils avaient l'avait trouvé, abandonné près du corps sans vie de sa mère. Sa mère lui avait appris en larme qu'ils avaient vécu des temps si difficile, qu'ils n'avaient pas eu d'autre choix que de vendre le médaillon. Celui-ci représentait une coquette somme d'argent et leur avait permis de survivre à plusieurs rudes hivers.

— Ce sont les villias qui me l'on apprit. Elles sont pleines de sagesse et leur savoir est infini…

Lancelot observa le visage de l'enfant qui le regardait avec de grands yeux et lui sourit en retour. Galaad, cela lui allait bien.

— Comment ? Comment est-ce possible ? s'enquit-il en reportant son attention sur la jeune femme. Je croyais que tu étais…

Il ne pu prononcer ce dernier mot, n'ayant jamais accepté sa mort. Le dire à voix haute aurait lui aurait alors donné tout son sens, et il n'en était pas prêt.

— J'ai été récompensé pour avoir vaincu Morgane, sauver Albion et rétablie l'ordre cosmique. Comme le Grand Dragon n'est plus, je suis devenu la Gardienne du monde Magique. Ainsi, lorsque ces temps de paix prendront fin et qu'Albion sera à nouveau en danger, Arthur et Merlin pourrons compter sur moi.

Lancelot observa la jeune femme avec admiration, elle était devenue une véritable créature magique à part entière. Aussi éblouissante que puissante, elle avait eu l'honneur de remplacer Kilgarrah auprès de Merlin, devenant un nouveau guide magique pour le sorcier lorsque celui-ci en aurait besoin. C'était là un rôle qui lui sied à merveille.

— Comment doit-on t'appeler à présent ? lui demanda-t-il intrigué.

— Je suis toujours Viviane… ou Ellan, le rassura-t-elle avec amusement. Mais dans le monde magique, l'on m'a attribué un autre nom… celui de la Dame du Lac.

Elle écarta les bras, enveloppant ce qui l'entourait afin d'illustrer ses propos.

— Comme je ne peux quitter ces lieux pour l'instant, c'est une petite plaisanterie que les Sidhes ont trouvé amusante. Pour des créatures aussi petites, ces fées son incroyablement malicieuses et espiègles, mais les autres créatures on fini par adopter ce surnom aussi donc…

Lancelot ricana, buvant les paroles de la jeune femme. C'est en se retrouvant face à elle, qu'il réalisa qu'elle l'avait manqué bien plus qu'il ne l'aurait pensé. Pourtant, elle était restée égale à elle-même, aussi amusante et douce que dans son souvenir.

— Il y a pire comme surnom, relativisa-t-il.

Il reporta son attention sur le bambin qui riait lui aussi, comme s'il avait comprit ce qu'il ce disait autour de lui. Pour un enfant d'aussi bas âge, il se montrait extrêmement tranquille et calme. Il ne pleurait pas et se contentait d'observer le monde qui l'entourait avec de grands yeux émerveillés. Avec une telle mère, ce garçon était sans aucun doute promit à un brillant avenir.

Soudain, l'eau autour de la jeune femme lévita autour d'elle, faisant fit de la gravité.

— Mon temps ici touche à sa fin, je n'avais la permission d'apparaitre qu'un cout instant, le prévint-elle en observant l'eau qui l'entourait de longues trainées.

— Quoi, déjà ? Non ! J'ai encore tellement de chose à te dire !

Viviane devenait de plus en plus translucide sous le regard effaré de son amant d'un soir.

— Ne t'en fais pas, parfois, la fin n'est qu'un commencement, dévoila-t-elle avec douceur. De plus, tu l'as déjà fait. Ce lac est ma nouvelle maison, et j'entends tout ce qu'il ce dit dans ces environs. Par ailleurs, n'oublie par de remercier Guenièvre de ma part pour ce magnifique présent.

Ce n'est qu'en cet instant qu'il remarqua la couronne de fleur que Guenièvre avait faite pour elle, trôner fièrement sur le sommet de son crâne. Ainsi, elle l'entendait bien ! Il n'était pas fou !

— A ce propos, ajouta-t-elle tandis que l'eau s'élevait si haut qu'il était pratiquement impossible de l'apercevoir de l'autre côté. Mes félicitations à vous deux.

L'eau éclata soudainement, prenant la forme d'une paire d'ailes semblable à celles d'un papillon. Tout son corps était désormais fait d'eau et elle se jeta en arrière, rejoignant la surface du lac afin de s'y fondre. Telle la chenille qui quittait sa chrysalide, Viviane avait quitté l'ombre de Merlin pour devenir quelqu'un à part entière, trouvant ainsi sa place dans ce monde et cette époque.

Le silence s'en suivit, laissant un vide immense derrière elle, comme si rien ne s'était passé. Seul ce bébé dans ses bras, témoignait de ce qu'il c'était réellement passé ici.

La Fée Viviane, murmura-t-il en sachant qu'elle l'entendait toujours. Voilà un autre surnom qu'ils auraient pu te donner.

.

Guenièvre attendait de pied ferme sur pas de la porte, grelottant malgré le chandail enroulé autour de ses épaules. L'inquiétude et la colère se lisaient aisément sur son visage. Lancelot était parti sans même la prévenir, ne lui laissant aucune indication, et cela, depuis plusieurs heures à présent. La jeune femme s'était réveillée avant l'aube, nauséeuse et avait fait la terrible découverte de découvrir sa couche vide, et froide.

Trop malade pour prendre la route à la recherche de son époux, elle avait attendu en se rongeant les sangs. Aucune boisson chaude n'avait pu apaiser, que ce soit son inquiétude, ou son mal de ventre. En entendant le hennissement d'un cheval, elle s'était précipitée dehors en toute hâte.

Ses mouvements trop rapides lui avaient donné le tournis, mais ce qui la surprenait le plus, était de voir Lancelot revenir vers elle, les bras chargés d'un nourrisson. Sa colère s'évapora comme neige au soleil, laissant l'inquiétude dominer.

— Lancelot ? À qui est cet enfant ? s'enquit-elle en s'approchant de lui, observant son visage joviale et ses yeux d'un bleu limpide. Oh mon dieu… c'est elle ?

Bien entendus, Lancelot lui avait narré toute l'histoire de Viviane ainsi que le secret de sa naissance. Tout comme son amant, elle avait immédiatement pensé à sa réincarnation, mais sa joie fut de courte duré lorsque Lancelot secoua la tête.

— C'est un garçon, lui expliqua-t-il avec hésitation. Mon enfant…

Guenièvre ne comprenait pas où il voulait en venir, ce qui poussa le jeune homme à poursuivre.

— C'est notre fils… à Viviane et à moi.

Ces mots laissèrent la jeune femme stupéfaite. Des sentiments contradictoires l'envahirent, créant une tornade qui se bouscula dans sa tête.

Tout d'abord, ce fut la jalousie. Celle qui lui rappelait ce que Morgane avait obligé à faire à sa meilleure amie et à son amant. Malgré toute sa bonne volonté, elle ne parvenait pas l'oublier. Elle savait que Viviane était tombé amoureuse de Lancelot, et l'ironie du sort avait été que tout au long de leur amitié, elle avait tout fait pour la poussé dans ses bras.

Vint la tristesse. Cet enfant serait une preuve constante sous ses yeux que son mari avait eu une autre femme avant elle, qu'elle ne pouvait détester ou haïr. Viviane était comme une sœur pour elle, une fille qu'elle n'aurait jamais.

Puis l'espoir suivit. Si cet enfant était venu au monde, cela voulait-il dire que Viviane était en vie ? Avait-elle une chance de la revoir un jour ?

La joie s'enchaîna très vite. Son amie la plus proche, celle à qui elle devait tout, sa liberté et son bonheur actuel, était en vie !

— Viviane n'est plus celle que l'on à connu, lui avoua-t-il en la faisant sortir de ses pensées. C'est devenu la Dame du Lac, la Gardienne de la Magie, mais elle ne peu quitter pour l'instant le domaine du Lac d'Avalon.

Guenièvre reporta son attention sur le visage de l'enfant que Lancelot plaça dans ses bras. La compassion prenait désormais le pas sur tout le reste. Ce petit garçon portait le meilleur des deux personnes les plus chères à son cœur. Viviane ne pouvait pas s'en occuper elle-même, ce qui expliquait pourquoi elle l'avait confié à son père. Guenièvre savait que si leurs rôles avait été inversé, la druidesse aurait pris soin de son enfant à elle, comme si c'était le sien et l'aurait élevé en lui donnant tout l'amour du monde.

— Bonjour toi, murmura-t-elle au petit qui lui souriait.

— Il s'appelle Galaad, lui apprit son époux avec une expression désolé. Je sais que ce n'est pas l'enfant que tu aurais voulus Guenièvre, mais je…

— Non, le coupa-t-elle. Non, ne dis pas cela… ce petit est un miracle, et nous l'élèverons ensemble.

Lancelot serra sa femme dans ses bras, plus amoureux que jamais.

— Au faite, Viviane te remercie pour la couronne de fleurs et t'invite à venir au Lac pour lui parler. Elle a également ajouté que je devais te féliciter, mais… elle n'a pas eu le temps de m'expliquer pourquoi.

Guenièvre ne comprit pas non plus tout de suite. Ce ne fut que lorsque sa nausée ne se manifesta à nouveau, qu'elle lui apporta la réponse.

— Oh mon dieu, s'écria-t-elle en baissant la voix lorsqu'elle réalisa qu'elle tenait toujours Galaad dans ses bras. Lancelot je… je crois que je suis enceinte.

Le jeune homme écarquilla les yeux comme des soucoupes. Il allait à nouveau être père ? Voilà qui allait annoncer un train de vie bien différent pour eux et beaucoup d'aménagement dans leur nouveau foyer.

.

Deux ans plus tard.

Arthur et Merlin se tenaient eu bord du Lac d'Avalon. Lancelot était présent lui aussi, portant contre sa hanche le petit Galaad. Ce dernier arborait les cheveux foncé de sa mère ainsi que ses yeux d'un bleu incroyablement perçant. Guenièvre était à ses côtés et portait un enfant d'un an contre elle, à la peau mâte dissimulé sous une tignasse noir bouclés.

Yvain les devançait légèrement, le lionceau déjà bien grand sagement assis à ses pieds. Âgé de quinze ans, il avait grandi très vite et ses entraînements répétés à l'épée lui avaient forgés un corps de futur chevalier. Ses deux pères entrèrent dans l'eau du lac qui reflétait les étoiles et la lune, donnant l'illusion qu'il s'illuminait réellement de millier de petites lumières incandescentes. Les deux hommes se tenaient l'un en face de l'autre, tous deux focalisé sur Viviane qui avait pris place entre eux.

— Si vous êtes prêt, nous pouvons commencer, leur informa-t-elle. Lever vos bras et joignez vos mains.

S'exécutant, La Dame du Lac leva la main, mouvant l'eau à sa guise afin de créer un ruban qui vint s'enrouler autour de leurs poignets, prenant la forme d'un foulard blanc une fois noué. Puis elle plaça entre leurs mains liées, une coupe en argent. Elle attrapa l'eau du lac entre ses mains et souffla dessus le faisant prendre une couleur rougeâtre, semblable à du vin. Le liquide s'écoula dans la coupe sous le regard émerveillé d'Arthur qui déglutit.

— En prononçant votre allégeance l'un envers l'autre en ce lieu sacré, continua-t-elle en posant une de ses mains sur chacune des deux hommes qui entouraient le calice. Vous jurez fidélité à l'autre et promettez de vous aimer, dans la vie comme dans la mort. Vos âmes serons à jamais liée et se retrouveront dans l'au-delà. Arthur Pendragon, prêtez-vous ce serment, devant témoin humain et magique ?

Le roi releva les yeux sur son amant, et ce fut le cœur battant la chamade qu'il acquiesça.

— Dans cette vie comme dans la prochaine, je serais à tes côtés Merlin. Que la magie m'en soit témoin et m'accorde le droit et le privilège de passé l'éternité avec toi.

Merlin lui offrit un franc sourire, mordant sa lèvre inférieure pour empêcher ses émotions de déborder. Il se sentait si fébrile, le cœur au bord de l'explosion.

— Merlin, prêtez-vous ce serment, devant témoin humain et magique ? lui demanda Viviane en se tournant vers lui, gardant ses mains sur les leurs.

— Dans cette vie, comme dans la prochaine, commença-t-il. Je serais à vos côtés, Arthur Pendragon. Que les humains m'en soit témoin et m'accorde le droit et le privilège de passer l'éternité avec vous.

Viviane intima à Yvain d'approcher. Ce dernier se leva et hésita presque à avancer dans l'eau, émerveillé par la scène qui se déroulait sous ses yeux. Sous le regard bienveillant de la Dame du Lac, il rougit, mais trouva le courage de les rejoindre. Il attrapa la gourde de vin qu'il lui avait été confié avant la cérémonie et la serra entre ses mains, attendant le signale.

— Tu peu le verser dans la coupe, en acceptant l'union d'âme de ces deux hommes, lui intima-t-elle sans bouger pour autant.

Yvain s'exécuta et ajouta le nectar parmi le liquide déjà présent. Les deux fluides se mélangèrent, tourbillonnant dans le récipient sans jamais cesser.

— Maintenant, vous pouvez boire son contenu, leur informa la maîtresse de cérémonie en retirant ses mains, cessant tout mouvement à l'intérieur.

Merlin fut le premier à y tremper le bout de ses lèvres, et bue une longue gorgé, suivit par Arthur qui la termina. D'un geste de la main, Viviane désintégra le calice et le foulard qui se liquéfièrent, reprenant leurs formes d'origines. Merlin souleva la manche de son bras droit et découvrit le tatouage d'un triquetra, symbole de l'éternité, englobant les concepts les plus essentiels de l'univers. A savoir la vie, la mort, la naissance et la réincarnation. Arthur l'imita et découvrit le même emblème tatoué sur son avant-bras.

C'était officiel, il était lié à Merlin et ne pourrait jamais plus être séparé de lui.

— Vous pouvez vous embrasser, leur confia Viviane avec un petit clin d'œil à l'intention d'Yvain qui affichait un large sourire.

Tous deux plongèrent leurs regards l'un dans l'autre et avec lenteur, échangèrent le baiser le plus chaste et le plus amoureux d'entre tous.

La Dame du Lac fit danser l'eau autour d'eux, créant un artifice de magie qui prit la forme d'un dragon. Celui-ci plongea dans l'eau et nagea un moment faisant le tour des personnes qui troublait la quiétude du lac. Puis il s'éleva dans le ciel et déploya ses deux immenses ailes, faisant vibrer dans l'air une voix rauque et profonde.

« Merlin. »

.

Fin

J'y suis arrivée ! Oh mon dieu je n'en reviens pas, j'ai ENFIN pu mettre un point final à cette histoire ! Je n'y croyais plus ! J'ai tout fais pour essayer de vous le livré pour Noël, mais par manque de temps, je vous l'offre au moins pour cette fin d'année.

J'espère que cette fin vous plaira et qu'elle terminera en beauté cette fiction qui m'en aura donné du fil à retorde ! Je suis toutefois tellement contente d'avoir pu la terminé ! J'ai hâte maintenant de savoir ce que vous en avez tous pensés ! N'hésitez pas à m'en faire par, c'est vraiment grâce à tous vos commentaires que même des années après, je n'ai pas abandonné et que j'ai pu aller jusqu'au bout.

Un grand MERCI à vous tous, c'est donc ici que ce termine notre voyage ensemble. Je vous souhaite à tous un bon réveillon, soyez prudent et prenons soins les uns des autres.

Et bonne année !

Mariko