« Nous nous réfugions dans l'orgueil, parce que nous avons peur de nous dire la vérité à nous-mêmes. »
{Okakura Kakuzo}

Tom Jedusor était dans sa chambre de préfet-en-chef, une pièce personnelle jouxtant la salle commune de Serpentard. Pour cette tranquillité, cela valait le coup d'être préfet. La compagnie l'ennuyait profondément lorsqu'elle lui était imposée. On n'est jamais mieux servi que par soi-même. Il était étendu sur son grand lit et faisait tournoyer distraitement sa baguette magique entre ses longs doigts fins. Il réfléchissait, plongé dans ses pensées, sans s'apercevoir qu'à la fenêtre, le lac devenait de plus en plus sombre, signe que le soleil disparaissait à l'horizon. Il lui restait une demi-heure avant de monter prendre le dîner, à dix-neuf heures tapantes.

Mais Tom Elvis Jedusor ne se préoccupait pas du monde extérieur, pas quand il avait un mystère à résoudre. Il détestait que quelque chose échappe à sa connaissance, même s'il ne s'agissait que d'une femme insignifiante. Il ne comprenait pas le comportement d'Hermione Jean. Pour autant, il n'était pas inquiet. Il percerait son secret, comme il avait percé ceux de tant d'autres. Il pourrait encourager Malefoy à s'en rapprocher, celui-ci n'y verrait aucune objection. Cela lui permettrait de connaître au moins ses origines. Tom était quasiment sûr d'avoir affaire à une Sang-de-Bourbe ou au moins une Sang-Mêlée à la rigueur, puisqu'il ne connaissait aucune grande famille de sorciers s'appelant Jean. Peut-être aux Etats-Unis… Il en doutait.

Il se remémora le cours de Métamorphose. Il était arrivé en avance, comme à son habitude, et pour être honnête, il voulait la voir d'un peu plus près. Il était désormais sûr qu'elle avait un problème avec lui. Quand il était entré, il l'avait subtilement provoquée en l'appelant Miss, sachant que bientôt elle serait Mrs. Mais il ne s'attendait pas à ce qu'elle joue le même jeu, cette fois avec son prénom, Tom. Comme si elle avait voulu le rabaisser, sous son air faussement aimable. Se faisait-il des idées ? Pourquoi ferait-elle ça ? Pourtant, il l'avait vue ensuite se mêler aux autres étudiants, et elle n'était que sourires et conseils assénés avec bienveillance et perspicacité. Ses yeux pétillaient de joie lorsqu'enfin ses idiots de camarades progressaient. Mais pas à lui. Il avait lu la méfiance, qui empreignait discrètement ses traits, lorsqu'enfin elle avait posé les yeux sur lui. Il lâcha un rire sarcastique. Cela n'avait aucune importance, elle était sans doute jalouse de son statut. Il se la mettrait dans la poche, comme l'ensemble des autres professeurs. Ce défi n'était pas pour lui déplaire et il en engrangerait une satisfaction personnelle.

D'ailleurs, il devait reconnaître que Malefoy avait finement joué le matin-même. Tom ne se serait pas permis de faire apparaître une réplique de la bague de fiançailles, comme Abraxas, surtout pas sous le nez de Dumbledore… Le collier qu'il avait fait apparaître lui-même était plus impressionnant. Ce n'était pas une réplique, mais une œuvre originale. Il avait d'ailleurs pu lire dans ses yeux, à défaut de pouvoir entrer dans son âme surtout sous la surveillance du professeur de métamorphose, qu'elle était impressionnée. Cela lui avait plu. Enfin… Cela avait surtout satisfait son orgueil. Comme d'habitude, il était resté impassible. Tant qu'il ne l'avait pas cernée, il ne préférait pas essayer de la charmer, comme il l'avait fait avec les autres membres du corps professoral. Mais par la suite elle pourrait lui être utile, surtout si elle était proche de Dumbledore…

Et puis, cette Hermione Jean avait voulu faire la démonstration de ses compétences. Et honnêtement, il devait avouer qu'elle en avait. Ce n'était pas parce qu'il était le meilleur sorcier au monde qu'il ne savait pas reconnaître le talent quand il le voyait. La réplique de Poudlard était fidèle, et pour un peu, il aurait presque envie de la reproduire pour le moment où il quitterait son seul foyer. Il ricana inconsciemment. Comme s'il allait s'encombrer avec d'un tel bibelot ! Un jour, Poudlard serait à lui. Alors, à quoi bon ? Mais il avait été troublé par l'envol du Sombral. Si elle l'avait fait apparaître avec la Forêt Interdite, c'était qu'elle en avait déjà vu… Et donc qu'elle avait vu la mort. Et cela, c'était rare. Grindelwald ne faisait pas de vague en Grande-Bretagne, pour une raison inconnue. Bien sûr, lui l'avait vue, puisqu'il l'avait gracieusement offerte aux Jedusor, il y avait à présent un peu plus d'un an…

Il n'en avait pas l'ombre d'un regret. Son géniteur n'avait eu que ce qu'il méritait. Un Moldu… Il ne l'avait évidemment pas évoqué à ses fidèles. Ce n'étaient pas ses amis, Tom n'en avait pas et n'en voulait pas. Tout au plus, il feignait d'apprécier certaines personnes qui lui étaient utiles. Son cœur était en acier et il en tirait une grande fierté. Il n'aimait que lui-même. Il ne pouvait pas risquer d'aimer, et de devenir dépendant d'une autre personne qui le trahirait forcément un jour ou l'autre. Et si cette personne décédait, quand lui ne voulait pas mourir ? Lord Voldemort survirait à tous ses contemporains et leurs descendants, éternellement. Même si ce n'était que de l'amitié, il ne pourrait pas supporter d'être faible, de se sentir redevable à quelqu'un.

Sortant quelque peu de sa torpeur, Tom leva sa bague au niveau des yeux. Il n'était pas prudent de porter un Horcruxe au doigt, mais il ne pouvait pas résister à la tentation de porter cet objet si précieux. Quand il sortirait de Poudlard, il savait déjà où il la cacherait. Là où personne ne ferait jamais le lien.

Examinant l'heure sur son horloge où se mouvaient des planètes – cadeau du directeur aux préfets-en-chef – il s'aperçut qu'il était bientôt dix-neuf heures. Il se leva prestement, repassa un coup de peigne dans sa chevelure noire et sortit de son antre. Dans la salle commune des Serpentards, il aperçut Abraxas Malefoy qui l'attendait, ce qui tombait bien. Il avait une mission à lui confier. Malefoy faisait partie d'une de ces riches et influentes familles de Sang-Pur, et était également l'un des élèves les plus intelligents de Serpentard, après Tom bien sûr.

« Abraxas, j'ai besoin que tu fasses quelque chose », commença Tom, d'une voix doucereuse qui le mettait au défi de répondre par la négative.

Malefoy l'avait parfaitement compris. Ils sortirent de la salle commune et s'assurèrent que personne ne les suivait, ni n'écoutait leur conversation.

« Bien sûr que non, Lord Voldemort. Que voulez-vous ? »

Seuls ses intimes l'appelaient ainsi. Tom détestait son prénom, qui était trop banal à son goût. Au cours de sa scolarité, après s'être rendu compte que son père n'avait jamais mis les pieds à Poudlard, il avait découvert l'anagramme « Tom Elvis Jedusor » qui devenait « Je suis Voldemort ». Il s'était promis qu'un jour, ce nom serait tellement craint que plus personne n'oserait le prononcer.

« J'ai l'impression que tu apprécies la stagiaire de Dumbledore, est-ce que je me trompe ? »

Abraxas s'arrêta de marcher. Le regard gris pensif, il semblait choisir ses mots avec soin. Finalement, il lâcha :

« Apprécier est un bien grand mot, mylord. Disons qu'elle a l'attrait de la nouveauté pour elle, que le fait qu'elle soit fiancée est très... intriguant. Et elle est plutôt mignonne, dans son genre. »

C'était vrai qu'elle n'était pas laide. Mais il y en avait des bien plus jolies, auxquelles il ne prêtait pas la moindre attention. A vrai dire, Tom considérait que le physique ne servait qu'à tromper les esprits. Lui-même en était la preuve vivante. Hermione Jean, elle, était… banale. Ce n'était pas son physique qui la démarquait. Il reprit.

« A ce que je vois, tu aimes les défis. Et que dirais-tu de le relever ? »

Abraxas esquissa un sourire narquois. S'il avait la permission, il n'allait pas refuser. De toute façon, on ne refusait rien à Lord Voldemort quand il demandait quelque chose aussi directement. Malefoy se demanda quand même quelles étaient ses motivations, l'espace d'un instant, mais pas longtemps. Il savait que Lord Voldemort aimait contrôler les gens, tout savoir sur eux. Et lui-même, aimait effectivement les défis, sans pour autant se compromettre. Il était de la maison Serpentard, rusé et malin, mais pas tête brûlée pour autant. Il y avait une différence entre foncer la tête la première dans le danger comme ces abrutis de Gryffondor, et savoir admettre que l'on n'était pas à la hauteur, pour endormir la méfiance et ainsi attaquer quand on s'y attendait le moins.

« Bien sûr. »

oO0OoO0Oo

Aujourd'hui, une semaine et cinq jours s'étaient écoulés depuis qu'Hermione était arrivée à Poudlard. Et tous les jours, elle ne pouvait s'empêcher de poser la même question implicite au professeur Dumbledore au petit-déjeuner. Elle le regardait, les yeux interrogateurs, et il répondait par un signe de dénégation discret. Elle ne savait pas où il en était dans les prises de contact avec les chercheurs les plus éminents du monde de la magie... De son côté, elle ne chômait pas. Tous les soirs, après ses cours de la journée, elle se rendait à la bibliothèque, dans la Réserve, pour de longues heures. Pour le moment, elle avait axé ses recherches sur le diagnostic d'artefacts magiques, espérant trouver des sortilèges qu'elle ne connaissait pas sur le sujet. Elle les testait ensuite, dans le secret de sa chambre, sur le sablier, sans succès. Il lui était arrivé de croiser Jedusor, mais il l'avait superbement ignorée. Elle le lui rendait bien, n'ayant pas de temps à lui consacrer, ni d'énergie à gaspiller en haine stérile.

Ce matin-même, elle avait à nouveau cours avec les septièmes années. Quand elle émergea de la salle de bains, elle entendit un hibou frapper à la fenêtre, une enveloppe attachée à la patte. Ouvrant délicatement la vitre, Hermione laissa le volatile déposer son courrier sur le bureau avant de s'envoler à tire d'aile vers la volière. Vers la volière ? C'était pourtant logique. Elle n'était connue, en 1944, qu'au sein de Poudlard. Dépliant le parchemin, elle lut la missive du professeur Dumbledore.

Hermione,

J'ai été convoqué de toute urgence au Ministère et j'ai bien peur de ne pouvoir être présent aujourd'hui. J'ai décidé de vous confier les classes prévues aujourd'hui. Je n'ai aucun doute sur votre aptitude à relever ce défi avec brio. Je vous ai observée toute la semaine dernière : vous êtes une jeune femme extrêmement douée et mature pour votre âge. Je vous fais entièrement confiance.

Albus.

Elle se laissa tomber sur le lit, livide. La convocation urgente devait sûrement concerner Grindelwald… Elle allait rester seule avec les étudiants de septième année ce matin. Elle aurait pensé qu'il aurait libéré les élèves, mais non ! Pour eux, c'était l'année des ASPIC, ce qui signifiait que chaque cours était irrattrapable. Ce qui l'inquiétait, ce n'était pas spécialement de diriger le cours, mais surtout de rester seule avec Jedusor. Elle le haïssait, et de temps en temps, elle ne pouvait s'empêcher de penser qu'elle ferait mieux de le tuer immédiatement, avant qu'il ne fasse des ravages. Elle savait déjà qu'il avait tué ses grands-parents et son père, puisqu'il portait la bague de son oncle Morfin, qui devait déjà être emprisonné à Azkaban pour un crime qu'il n'avait pas commis. Elle savait aussi que cette bague était un des Horcruxes, celui qui allait mener le professeur Dumbledore à sa perte.

Elle se demanda alors s'il en avait déjà conçu. Bien sûr que oui, il en avait au moins deux : le journal et la bague. Harry lui avait expliqué que Jedusor avait seize ans lorsqu'il avait tué Mimi Geignarde. Au souvenir d'Harry, elle eut les larmes aux yeux. Le journal ne pouvait être que dans le château… Non, elle ne devait pas s'aventurer dans cette voie, elle ne pouvait pas jouer avec le temps. Même si c'était pour le Bien, elle ne savait pas où cela la mènerait. Elle n'avait pas le droit de jouer avec la vie des personnes nées après 1944. On ne pouvait pas deviner ce qui allait se passer. En vérité, elle se refusait à porter une telle responsabilité sur ses bien jeunes épaules, qui en avaient pourtant vu d'autres.

Reprends-toi Hermione. Elle avait survécu à tant de malheurs, ce n'était pas pour un simple cours avec un Tom Elvis Jedusor qui n'avait aucune raison de la tuer, du moins pour l'instant, qu'elle allait angoisser. Elle se leva, déterminée. Elle n'était pas à Gryffondor pour rien ! Attrapant son sac, elle se dépêcha de prendre son petit déjeuner dans la Grande Salle, avant de rejoindre sa salle de cours, bien en avance.

Comme elle pouvait s'y attendre, Dumbledore lui avait laissé des instructions sur son bureau, lui expliquant ce qu'ils devaient faire aujourd'hui. Ils allaient commencer une partie extrêmement compliquée sur la métamorphose humaine. Heureusement, Hermione avait eu l'occasion de s'entraîner, pour ses révisions pour les ASPIC et saurait aborder le sujet en connaissance de cause. Ils allaient surtout aborder la théorie, ce qui lui convenait très bien. Devait-elle faire une démonstration ? Elle craignait de se ridiculiser… Pourtant, il le fallait : comment expliquer quelque chose sans exemple ? Mais comme elle ne voulait pas perdre la face, surtout devant Jedusor, Hermione décida qu'elle changerait la couleur de ses cheveux. Elle les ferait passer au blond platine. Ainsi, si elle ne parvenait pas à reprendre sa couleur habituelle avec un informulé, ce n'était pas un drame, et pourrait survivre ainsi jusqu'à la fin du cours. Oui, elle avait parfaitement conscience qu'il s'agissait d'un orgueil mal placé. Elle imagina avec tendresse la réaction de Ron si elle avait partagé cela avec lui. Il aurait levé les yeux au ciel et répliqué « C'est vrai que tu rates tellement souvent tes sorts ! »

Comme la semaine précédente, Jedusor arriva en avance, mais cette fois, elle ne fut pas prise par surprise. Certes, elle ne l'avait pas entendu arriver, mais elle avait eu le temps de se préparer mentalement à être aimable.

« Bonjour Miss Jean.
- Bonjour Tom. »

Cette fois, elle était fière d'elle. Elle avait relevé la tête, et lui avait lancé un sourire enjoué. Il y répondit avec un sourire poli, mais elle eut le temps d'apercevoir un éclair de surprise traverser ses pupilles. Il est vrai qu'elle s'était montrée particulièrement… froide avec lui auparavant. Elle se contrôla pour rester ordinaire, et ne pas laisser la haine prendre le dessus. Sa pratique de l'Occlumancie lui avaient heureusement donné une plus grande maîtrise d'elle-même.

« Le professeur Dumbledore n'est pas là aujourd'hui. C'est donc moi qui assurerai ce cours. »

Elle ne savait pas pourquoi elle le lui avait dit. Elle n'avait aucune raison de se justifier. Le jeune homme ne s'était toujours pas assis, mais commençait à poser sa plume et ses parchemins sur la table. Elle le vit esquisser un léger sourire, qui l'énerva. Se moquait-il d'elle ? Hermione décida cependant de se calmer. Cela ne servait à rien de lui sauter à la gorge au moindre prétexte, il n'y avait pas de place pour la susceptibilité. Evidemment, c'était sans compter la légère reprise de confiance de Jedusor, qui lui demanda :

« Et quel est donc le programme aujourd'hui, Miss ? »

Il le savait parfaitement. Elle était sûre qu'il avait pris la peine d'ouvrir son manuel avant de venir. Elle ne connaissait pas le mode de fonctionnement de Dumbledore, et n'avait de plus, pas étudié dans le même manuel que celui que tenait Jedusor à cet instant. Hermione ne se démonta toutefois pas, et répondit d'une voix égale.

« La métamorphose humaine. Partielle, pour commencer. Nous étudierons principalement la théorie aujourd'hui.

- Et je suppose que vous allez nous faire une démonstration, Miss ? »

Heureusement qu'elle s'y était attendue ! Jedusor avait cet air innocent qui lui hérissait le poil, car elle savait que ce n'était qu'une façade. Si seulement tout le monde pouvait le voir à travers ses yeux… Relevant fièrement le menton, elle déclara qu'en effet, elle en ferait une. Il hocha la tête, indifférent et s'assit. A ce moment précis, la porte de la salle de classe s'ouvrit à nouveau, et Malefoy entra. Il lui adressa un grand sourire charmeur qui la mit légèrement mal à l'aise. Mais elle ne s'en préoccupa pas, et lui répondit gentiment, triturant inconsciemment sa bague. Hermione n'allait pas l'attaquer alors qu'il ne lui avait rien fait… pour l'instant. Si Drago Malefoy l'avait regardée ainsi, elle se demanderait quel était la ruse qu'il avait préparé…

Quand la classe fut au complet, elle ferma la porte de sa baguette magique. Faisant face aux étudiants qui la regardaient d'un air dubitatif, elle commença d'une voix posée et assurée.

« Bonjour à tous. Comme vous avez dû le remarquer, le professeur Dumbledore est dans l'incapacité d'assurer ses cours ce matin. Mais je m'assurerai que vous n'ayez pas de retard, n'ayez aucune crainte ! La semaine dernière, nous avons revu le sort d'Apparition, qui concerne les objets inanimés. Aujourd'hui, nous allons attaquer le vif du sujet en vue des ASPIC : la métamorphose humaine. Dans un premier temps, nous aborderons la métamorphose humaine partielle. Quelqu'un peut-il m'en donner la définition ? »

Tout allait bien, sa voix ne trembla pas une seule fois. Bien que ce n'était pas la première fois qu'elle enseignait, elle n'avait jamais eu à le faire à un niveau si élevé. Deux doigts se levèrent. Roselyn Tillman et Malefoy. Elle en fut surprise, et par curiosité, interrogea ce dernier.

« Oui, Mr…
- Malefoy. Abraxas Malefoy. »

Elle ne voyait pas l'intérêt de donner son prénom, mais c'était peut-être la coutume. Hermione réalisa qu'elle appelait bien Jedusor par son prénom, même si ce n'était que pour l'énerver… C'était sûrement dû au fait qu'elle était jeune, à peine quelques années de plus que ses élèves. Pour eux, elle était une étudiante comme eux.

« Allez-y, Abraxas.

- La métamorphose humaine partielle est la transformation d'une partie du corps humain, que ce soit au niveau de la couleur ou de la forme. Parfois, on peut même rendre animale ladite partie du corps.

- Très bien. Dix points pour Serpentard. »

Des souvenirs la traversèrent. Viktor Krum avec une tête de requin, qu'elle n'avait pu qu'entrapercevoir en sortant de l'eau. Drago Malefoy en fouine rebondissant sous la baguette de Maugrey. Et Tonks… Sa chère Tonks, la défunte Métamorphomage, capacité dont avait hérité son fils, Teddy. Elle se força à ne pas regarder Jedusor, sachant qu'elle risquait de se crisper de colère en pensant à ses victimes. Elle se raisonna en se disant qu'il n'avait pas commencé cette guerre. Pas encore.

Pendant deux heures, ils étudièrent le manuel et les notions indispensables à la mise en application des différents sortilèges permettant la métamorphose humaine partielle et d'annuler le sortilège. Quand elle estima qu'ils avaient fait le tour de la question, au moins pour le moment, Hermione annonça le début des travaux pratiques.

« A présent, je pourrais par exemple changer la couleur de mes yeux, ou celle de mes cheveux. Je vais vous faire une démonstration, puis vous vous mettrez par binôme, et tenterez de reproduire ce résultat avec les couleurs de votre choix. »

Hermione prononça la formule avec application et une longue chevelure lisse blonde platine cascada sur ses épaules, remplaçant ses cheveux bruns et bouclés. Cela devait faire un effet étrange sur son teint légèrement hâlé, mais personne ne fit de commentaire désobligeant. Seul Malefoy se passa une main dans les cheveux, visiblement fier qu'elle ait choisi la teinte naturelle et caractéristique de sa famille. En réalité, elle avait simplement estimé que la blondeur était ce qui trancherait le mieux avec sa couleur habituelle. Tandis que les élèves tentaient les métamorphoses à leur tour, elle utilisa le contresort informulé et retrouva avec soulagement sa réconfortante chevelure brune.

Comme on pouvait s'y attendre, Jedusor se montra le plus rapide. Il avait transformé les cheveux de Malefoy du blond lumineux au roux foncé. Hermione ne put s'empêcher de détourner les yeux un moment, pour empêcher la tristesse de la submerger. Il ne ressemblait pas à Ron, bien entendu, mais la tignasse caractéristique lui déchirait le coeur.

« Oh non, on dirait un Weasley ! », s'exclama Abraxas, un peu vexé.

Hermione ne put s'empêcher de sursauter au nom, et s'approcha d'eux en demandant d'un ton rieur.

« Qu'avez-vous contre les Weasley ? »

Tom resta égal à lui-même, et se contenta d'un sourire poli avant de rendre à Malefoy sa teinte naturelle.

« Rien du tout, Miss Hermione, répondit précipitamment Malefoy, un peu penaud. Simplement, ils sont connus pour leur chevelure… flamboyante ! »

Elle n'ajouta rien, et lui demanda de s'occuper de Jedusor. Elle l'observa essayer plusieurs fois, en vain. Le visage de Malefoy était moins tendu par la concentration que par la crainte de ce qui lui arriverait s'il jetait un sort à Voldemort. Voyant qu'il n'y parvenait pas, la jeune brune commença à s'agacer. Miss Hermione n'était pas d'un naturel très patient. Elle lui saisit doucement le bras pendant qu'il prononçait la formule, pour corriger son geste. Tom Jedusor eut alors le bonheur de devenir un Malefoy à son tour. Elle s'efforça de ne pas sourire devant l'incongruité de la situation, sentant qu'il le prendrait très mal. Il ne s'agissait pas de ménager sa susceptibilité, mais davantage de ne pas attirer l'attention sur elle plus que de raison. Hermione s'en était tellement bien sortie aujourd'hui, ce n'était pas le moment de tout gâcher. Quand Jedusor eut repris sa couleur normale sans peine, elle alla aider les autres binômes. Ils se débrouillaient bien dans l'ensemble et elle fut fière d'avoir réussi à assurer ce cours seule. Elle demanderait tout de même à Dumbledore de reprendre la théorie à nouveau, pour s'assurer que tout avait été bien acquis selon les standards de l'époque.