Dans ce chapitre, on y apprend beaucoup plus sur Beauxbâtons, et je tiens à préciser que toutes les inventions à propos de l'école, les clans, la description, etc. m'appartiennent.
J'ai imaginé tout cela lorsque j'avais construit un forum RPG, et j'ai récupéré ces informations pour ma fic. J'espère que cela ne vous paraîtra pas trop rébarbatif, que ces détails vous paraîtront plausibles et que les sous-intrigues que je commence à mettre en place vous plairont.

D'autre part, merci à tous ceux qui me laissent des reviews, cela me fait chaud au cœur, ainsi qu'à tous ceux qui m'ont ajoutée dans leurs favoris ou leurs alertes :)


« Nous devons nous y habituer : aux plus importantes croisées des chemins de notre vie, il n'y a pas de signalisation. »

{Ernest Hemingway}


Jedusor observait le professeur Bourdon avec défiance. Il ne pensait pas que cet homme soit dangereux, mais sa familiarité, voire sa condescendance joviale ne lui plaisaient pas. Il n'avait pas pu s'empêcher de le reprendre lorsqu'il avait désigné Miss Jean comme une simple mademoiselle. Il fallait que ce professeur se rende compte qu'il ne tolérerait pas que Poudlard et ses professeurs soient rabaissés, tout aussi gentil qu'il veuille paraître. Cela avait semblé fonctionner, sans dépasser les bornes de la politesse.

Le carrosse dans lequel ils se trouvaient était d'une splendeur à laquelle il ne s'était pas attendu. Pourtant, il y avait quelque chose ici qui ne lui revenait pas. Tant d'esthétisme, cela devait forcément cacher quelque chose, de la laideur qu'on s'efforçait de faire oublier dans la magnificence. Les deux femmes semblaient dupées, bien que Miss Jean tentât de minimiser l'impression que les lieux avaient sur elle. Elle ne disait plus un mot, se contentant de regarder la fenêtre avec suspicion. Tillman, quant à elle, s'exprimait avec enthousiasme, posant une foule de questions sans intérêt au Français.

Jedusor resta de longues minutes, songeur, avant de se lever. Il voulait débusquer la saleté qui devait forcément être quelque part ici. Il n'imaginait pas qu'une école puisse surpasser Poudlard. Cette beauté n'était qu'un leurre, il en était sûr. L'académie Beauxbâtons lui donnait à présent l'impression d'être une Vélane, une de ces femmes splendides mais qui restaient, au fond, de vulgaires créatures lorsque l'on y regardait bien. Il passa devant les tableaux qui ornaient les murs. Quelque chose clochait, et il fronça les sourcils.

« On dirait qu'ils s'ennuient. »

La voix derrière lui avait raison. Les personnages représentés bougeaient à peine, et se regardaient les mains et leurs vêtements, qui avaient été fraîchement repeints. Dociles, il n'y avait pas chez eux la même agitation que celle qui animait les peintures de Poudlard. La scène qu'il avait sous les yeux représentait Thésée combattant le Minotaure dans le labyrinthe du roi Minos de Crète. Thésée dominait la créature, mais sans grande conviction, tandis que le Minotaure se débattait mollement. Une telle œuvre à Poudlard aurait dû être reléguée au fond du château pour éviter le vacarme féroce qu'aurait provoqué ce combat.

« Ils ont l'air… aseptisés, reprit-elle. Toute cette couleur… J'ai déjà lu quelque part que retoucher trop souvent un tableau pouvait endommager l'âme de l'auteur qui s'y trouve. »

Hermione Jean se tenait à côté de lui et regardait la scène d'un air soucieux. Il lui jeta brièvement un coup d'œil, et ne répondit pas. Il ne s'intéressait que peu à l'art et ignorait ce fait. Mais maintenant qu'il était là, il trouvait ce phénomène réellement étrange. Pour sublimer le tableau, les peintres de Beauxbâtons semblaient l'avoir tué. Intéressant… Mais parfaitement inutile. Ce ne serait pas avec des tableaux qu'il conquerrait le monde.

Il se détourna pour observer les autres peintures. Elles dégageaient toutes cette impression d'agonie. Il avait raison. Cette beauté cachait une part de laideur. Et qu'y avait-il de plus laid que la mort ? Il finit par se poster devant la fenêtre, celle opposée à la table occupée par Tillman et le professeur Bourdon. Ce paysage était également un leurre, il l'avait rapidement compris en montant à bord. Il avait clairement sous-estimé les Français. Chez eux, tout leur art résidait dans la tromperie et l'illusionnisme. Peut-être pourrait-il apprendre quelque chose d'eux, tout compte fait ?

Finalement, le carrosse s'arrêta. Le professeur les escorta jusqu'à la sortie, et ils eurent le souffle littéralement coupé devant le palais qui se dressait devant eux. Si Tom n'en laissa rien voir, il devait avouer que s'il s'était attendu à quelque chose du même acabit que la diligence qu'ils avaient empruntée, l'institut de Beauxbâtons en lui-même dépassait l'imagination. Le palais était en verre et étincelait de mille feux sous le soleil, sans qu'on n'en puisse voir l'intérieur pour autant. Le parc, parfaitement entretenu, fourmillait d'élèves qui s'y promenaient et de jardiniers qui taillaient les allées de plantes rivalisant de couleurs. La construction, digne de figurer parmi les plus beaux châteaux de France, était à peine plus petite que Poudlard. L'académie de Beauxbâtons était une œuvre d'art en elle-même.

Avec un petit sourire satisfait qui donna à Tom des envies de meurtre, le professeur Bourdon les guida jusqu'à l'entrée du palais de Beauxbâtons. Ses portes en verre indestructible, ornée de ce qui semblait être des diamants, s'ouvrirent devant eux. Les élèves de l'école, habillés d'un uniforme léger bleu pâle, les observaient avec curiosité. Redressant le menton et ajustant sa cravate verte et argent, Tom se concentra sur sa destination, sans daigner accorder un regard à la foule qui s'amassait lentement.

Ils pénétrèrent dans l'entrée, un hall majestueux, n'égalant cependant pas celui de Poudlard en taille. Des tentures bleues et dorées représentant l'emblème de l'école étaient suspendues aux murs en marbre blanc. Il remarqua d'autres armoiries, dont il ne connaissait pas la signification. Il perçut le murmure précipité d'Hermione Jean derrière lui qui semblait expliquer quelque chose à Tillman.

« La Rose, le Soleil et l'Epée. Ce sont les trois clans de Beauxbâtons. Cela fonctionne un peu comme le système des quatre maisons de Poudlard, et comme à Poudlard, ces symboles représentent les fondateurs. Il s'agit ici des trois peuples fondateurs de Beauxbâtons, la Rose pour les Etres de l'Eau, le Soleil pour les Centaures et l'Epée pour les Gobelins. Le roi de France, Louis XIV, qui était lui-même un sorcier leur a commandé de faire la plus belle école de sorcellerie au monde et… »

Il se tourna vers la jeune femme qui s'était interrompue en voyant qu'ils arrivaient devant la directrice de Beauxbâtons. Jean eut une expression presque défensive devant le regard un peu surpris de Tom. Elle chuchota en remuant à peine les lèvres.

« Je l'ai lu dans L'Histoire de Beauxbâtons. Je l'ai commandé quand j'ai su qu'on y allait, mais il n'y a malheureusement pas de version traduite, alors j'ai dû me débrouiller avec un dictionnaire. Je n'ai pas eu le temps de le finir… »

Elle se tut et prit un air solennel, tandis que son regard se concentrait sur Madame Fouquet, la directrice de Beauxbâtons. Ils esquissèrent tous les trois une légère courbette. La femme était vêtue d'une robe bleue et vaporeuse, semblable aux uniformes que portaient les élèves et un chapeau pointu de la même couleur. Elle était entre deux âges, ni jeune, ni âgée, et un sourire fin se dessinait sur ses lèvres abondamment maquillées.

« Bienvenue à Beauxbâtons, mes chers Angliches. »

Tom Jedusor s'avança vers elle et lui tendit le cadeau offert par le collège Poudlard. Lorsque le professeur Dippet le lui avait donné, il avait eu des doutes quant au bien-fondé du présent, mais maintenant qu'il avait découvert l'école, il était vrai que c'était parfait. Il s'agissait d'un tableau qu'il avait rétréci par magie pour le faire entrer dans son sac, et auquel il rendit sa taille originelle. Cela représentait des élèves de Beauxbâtons serrant la main à des étudiants de Poudlard devant l'école de sorcellerie anglaise. C'était censé symboliser l'amitié entre les deux écoles. Madame Fouquet les remercia chaleureusement et reprit la parole.

«Avant de nous préoccuper des formalités administratives, nos deux représentants des élèves vont vous faire visiter notre école. Puis, vous vous joindrez à nous pour le déjeuner. J'espère que vous passerez un bon séjour ici. »

Deux étudiants qui semblaient avoir le même âge que Tillman et lui, s'avancèrent. La fille était blonde aux yeux clairs, à la peau de porcelaine, et ressemblait un peu à son propre homologue féminin, si ce n'était qu'elle dégageait plus de grâce et de prestance que la jeune fille de Poudlard. Quant à l'autre étudiant, il était châtain clair avec des yeux verts, une peau hâlée par le soleil et un sourire espiègle. Ils se présentèrent. Camille arborait des broderies de couleur rose sur son uniforme et une rose, étonnante de réalisme, fleurissait sur le revers de sa robe bleue. Lucas, le garçon, semblait provenir du clan du Soleil, eu égard aux broderies orangées et au soleil mouvant de lumière incrusté sur son habit. L'anglais dans lequel ils s'exprimaient était relativement bon, meilleur en tout cas que ceux du professeur Bourdon et de Madame Fouquet. Les deux femmes qui accompagnaient Tom lancèrent tout de suite la conversation tandis que leurs guides les emmenaient plus profondément dans le château.

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Hermione parlait avec animation aux deux élèves de Beauxbâtons. Camille était d'une gentillesse incroyable, et Lucas n'était pas en reste, bien qu'il ait un ton un peu supérieur lorsqu'il leur présentait les différentes pièces du château. La Française le reprenait à chaque fois et leur fit un sourire d'excuse.

« J'ai de la famille à Poudlard, mes deux cousins y sont, à Serdaigle. »

Roselyn sauta aussitôt sur l'occasion pour connaître leur identité. Les deux filles s'entendaient à merveille. Tom restait légèrement en retrait, peu désireux de se joindre à la conversation, mais cela n'étonna pas Hermione. Elle avait clairement lu sur son visage dans le carrosse qu'il n'aimait pas Beauxbâtons, et la beauté de cette école semblait le laisser indifférent, voire méfiant. Elle le traiterait bien d'insensible, si les tableaux du carrosse ne l'avaient pas bouleversée. Les personnages agonisants l'avaient marquée et la jeune femme décelait à présent la part sombre de toute cette splendeur. Elle regarda à nouveau Jedusor. On pouvait en dire de même en le voyant. Son élégance froide n'était pas à nier, ses traits fins et réguliers le rendaient très séduisant. Mais il y avait cette noirceur dans son âme que son physique cachait, dont Hermione n'était absolument pas dupe.

Elle remarqua le mutisme de Lucas. Il avait essayé d'adresser la parole à Jedusor, mais celui-ci ne s'était montré guère bavard, bien que poli. Elle en profita pour en savoir plus sur les différents clans de Beauxbâtons. Elle avait réussi à traduire quelques lignes du livre commandé, mais le résultat n'était pas brillant. Hermione ne connaissait que peu de mots français et même avec un dictionnaire, ce n'était pas évident. Ils étaient à présent à l'extérieur pour visiter les jardins, dignes de Versailles.

« Les trois clans… J'ai lu qu'ils étaient censés représenter les différentes espèces qui ont aidé à la fondation de l'école, mais je n'en ai pas appris davantage. »

Le jeune garçon se tourna vers elle. Il avait l'âge de Jedusor, mais paradoxalement, il semblait plus juvénile. Le Français ne semblait pas aussi mature que l'était Tom. Il devait être choyé par ses parents et au vu de son rang équivalent à celui de préfet-en-chef, il faisait sans nul doute partie des meilleurs élèves de l'institut.

« Je suis moi-même au clan du Soleil. » Il désigna sa poitrine du doigt pour montrer son emblème. « Et Camille est chez les Roses. Traditionnellement, le clan du Soleil est celui des Centaures, et les valeurs clés sont le charisme, l'imagination et aussi la jugeote.

- Et le défaut le plus observé est sans doute l'arrogance. »

Camille avait entendu leur conversation et adressait à présent un sourire espiègle à Lucas qui lui fit une grimace. Jedusor leva les yeux au ciel et marmonna quelque chose. Camille le vit et l'encouragea à répéter. Avec courtoisie, il reprit, sans aucun doute en édulcorant ses propos.

« Ce clan ressemble beaucoup à la maison Gryffondor de Poudlard. L'intelligence en moins peut-être. Celle-ci semble être l'apanage des…

- Serdaigle. »

Roselyn était intervenue. La France semblait lui faire du bien et elle était plus assurée qu'elle ne l'était à Poudlard face à Jedusor. Elle n'osait cependant pas le regarder.

« Oui, mes cousins m'ont parlé de Poudlard, et de ses quatre maisons. Mais comme chez vous, le fait que chaque clan ait ses qualités clefs ne signifie pas que les autres étudiants ne les possèdent pas. Simplement, on va dire que c'est plus développé chez eux peut-être. Je prends le relais pour les Roses, n'est-ce pas Lucas ? » Le garçon acquiesça, goguenard. « Donc les Roses ont pour peuple fondateur celui des Etres de l'eau. Ce sont eux qui ont fait les finitions du château. » Elle désigna d'un geste de la main le palais derrière eux. « Les étudiants de ce clan sont censés avoir une créativité exacerbée et un certain goût pour le beau. C'est de ce clan que sortent la plupart des artistes et des architectes, tandis que celui du Soleil forme les hommes politiques en majorité.

- Et les Roses sont aussi de vrais pleurnichards. On ne peut rien leur dire. »

La réflexion de Lucas lui valut un coup de baguette sur la tête de la part de Camille, qui riait cependant. Jedusor, qui semblait très intéressé par les différentes maisons, intervint.

« Et les Epées ?

- Oh ceux là… » Lucas leva les yeux au ciel, une légère moue désapprobatrice fleurissant sur ses lèvres. « Ce sont les principaux rivaux des Soleils, les Roses se tiennent plutôt à l'écart dans cette histoire de clans. Les Epées représentent les Gobelins, et sont censés être d'un naturel rigoureux et secret.

- Tout le contraire des Soleils quoi.

- Tais-toi Camille. Traditionnellement, on y forme aussi les meilleurs duellistes, et ceux qui auraient des prédispositions pour l'Occlumancie. De bons petits soldats en somme.

- En fait, ils sont les plus forts d'un point de vue mental et on dit que les Gobelins leur enseigneraient les secrets de la création d'objets magiques. Mais à mon avis, ce sont des balivernes. Et comme chaque clan a son métier privilégié à la fin des études, en ce qui concerne les Epées, ils deviennent souvent des entrepreneurs reconnus. Mais bon, je pense que cette histoire de clans est surtout basée sur la mystification. »

Lucas n'avait pas l'air tout à fait d'accord, mais il n'ajouta rien. Les ambassadeurs de Poudlard se murèrent dans le silence pour réfléchir à ce qui venait d'être dit. Hermione trouvait cette légende des trois peuples aussi fascinante, si ce n'était plus, que celle des quatre fondateurs de Poudlard. Beauxbâtons était bien plus récente, bien sûr, mais il y avait quelque chose qu'elle ne comprenait pas dans cette histoire, c'était comment les peuples de créatures avaient accepté de construire l'école. Elle interrogea à nouveau Lucas, et remarqua que Jedusor les écoutait. Il semblait emmagasiner un maximum d'informations. Dans quel but ? Hermione préféra l'ignorer.

« Ah oui… Il y a une controverse à ce sujet. En fait, l'école de Beauxbâtons existait déjà avant l'intervention de Louis XIV mais était de réputation médiocre. Et ce roi voulait que l'école dépasse ou au moins égalise Poudlard. C'est pour cette raison qu'il dota l'école des meilleurs professeurs et son goût pour la grandeur le conduisit à solliciter l'aide des créatures à intelligence presqu'humaine en plus de celles des sorciers. Ce sont les Etres de l'eau qui guidèrent les architectes dans la réalisation de l'école afin d'en faire une merveille comme on n'en voit jamais, digne de la France. Ils protégèrent également l'école des éventuelles colères marines. Les gobelins ont réalisé la décoration intérieure du château que vous avez vue, en fournissant des épées magnifiques et des armures étincelantes. Techniquement, tout cela leur appartient, il s'agit surtout d'un prêt indéfini accordé à l'école. Mais surtout, ils l'ont sécurisée à la manière des banques, à l'intérieur même du palais.

- Quant aux Centaures, ce sont eux qui ont donné des directives pour les plantes des jardins et qui ont installé la forêt aux abords, qu'ils ont également protégé. Ce qui fait qu'ajoutée la puissance des sortilèges des Sorciers, l'école est ultra-sécurisée. »

Hermione était subjuguée par tous ces détails. Une coopération était donc possible entre les peuples non-humains et les sorciers ! Mais il n'en restait pas moins que les deux Français n'avaient pas répondu à sa question.

« Mais comment se fait-il que ces peuples, qui habituellement veulent se tenir à l'écart des sorciers, aient accepté de mettre leurs pouvoirs au service des humains ? »

Aucune réponse ne lui fut apportée immédiatement. Elle fronça les sourcils, étonnée. Cette histoire était décidément étrange. Le frisson bien connu de l'aventure revint effleurer son échine, mais elle se décida à l'ignorer. Son mystère à elle était de rentrer chez elle, pas une construction d'école ! Jedusor semblait intrigué, lui aussi.

« En fait, il y a juste une légende qui dit que le roi aurait signé un pacte avec les créatures afin de solliciter leur aide en échange de droits. » Lucas fronça les sourcils en prononçant ces mots. « Mais c'est ridicule ! Le plus plausible, c'est que Louis XIV les a capturés et les a forcés à aider les sorciers en échange de leur liberté. Et pour sauver leur honneur, on aurait inventé ce mythe du pacte. »

La visite tirait à sa fin et Hermione s'était gavée de connaissances jusqu'à plus soif. Cette académie était réellement fascinante, et elle regrettait de ne pas en avoir appris plus lors de sa quatrième année. Durmstrang lui était moins étranger grâce à la description que Krum lui en avait faite, mais elle n'avait pas cherché à lier d'amitié avec un étudiant de la délégation de Beauxbâtons. C'était dommage, en y réfléchissant. Quoiqu'elle ait dit à Ron à cette époque, elle avait été aveuglée par les préjugés et ne s'était fiée qu'à leur apparente arrogance. Ce voyage dans le temps chamboulait ses certitudes et elle apprenait de plus en plus à ne pas faire confiance au paraître.

« Nous allons vous conduire dans la salle à manger à présent. »

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Jedusor avait clairement sous-estimé l'importance de ce voyage à Beauxbâtons. Il y avait sans doute là une mine d'informations et de savoir inestimable. La première chose qu'il avait l'intention de faire, était de découvrir le moyen par lequel le roi de France avait réussi à contraindre ces créatures à intelligence presqu'humaine. A voir le château, il se rendait bien compte que leur puissance combinée pourrait être très utile pour sa propre ambition. Mais il devait savoir comment il pouvait les utiliser, sans être trop lié à eux. Et apparemment, il n'était pas le seul à se poser la question, car il connaissait assez miss Jean à présent pour savoir qu'elle était curieuse et ne laisserait pas la question irrésolue. Une éventuelle collaboration serait peut-être envisageable. Cela lui ferait gagner du temps.

La salle à manger dans laquelle on les avait amenés était à l'image du reste du château. Somptueuse. Il se doutait bien que l'on ne leur avait pas présenté le quart de la bâtisse, pour des raisons de secrets jalousement gardés par chaque école. La pièce n'était pas aussi grande que la Grande Salle de Poudlard, comme la plupart des autres pièces qui ne soutenaient pas la comparaison avec son école d'origine. Au lieu des quatre grandes tables qui s'alignaient, il y avait une multitude de tables rondes faisant tenir d'une dizaine pour les plus petites à une vingtaine de personnes. Les clans de Beauxbâtons étaient mélangés mais l'on voyait que les étudiants restaient le plus souvent entre eux. Au centre, sur un disque de marbre blanc qui lévitait dans les airs et auquel on accédait par un unique escalier qui faisait face à la porte de la salle, trônait la table des professeurs. Au centre de chacune, des plats vides en or attendaient vraisemblablement d'être remplis. Sur les murs en marbre, des tableaux aussi aseptisés que ceux du carrosse s'alignaient dans l'indifférence générale. Des sculptures de cristal étaient disposées aux quatre coins de la pièce, représentant un sorcier, un gobelin, une sirène et un centaure.

Pour Tom, il était scandaleux que le sorcier soit mis au même niveau que les autres créatures à peine intelligentes, mais cela devait faire partie des concessions accordées par le roi-sorcier. Cela le fit soupçonner que le mythe du pacte n'en était peut-être pas un… Il devait en savoir plus, pour son gain personnel. Le professeur Bourdon vint à leur rencontre et offrit à Hermione Jean de s'installer sur la table des professeurs entre lui et Madame Fouquet, ce qu'elle accepta. Quant à Tillman et lui, ils pouvaient s'asseoir n'importe où parmi les élèves. Il ne s'attendait pas à cela et fut déçu, quelque part. Il se résigna à suivre Tillman qui s'asseyait déjà avec Lucas et Camille. De là où il se trouvait, il avait la table des professeurs dans son champ de vision et, bien décidé à ignorer ceux qui l'entouraient, il détailla les professeurs qui mangeaient là.

Les plats apparurent, et Jedusor choisit avec prudence du ragoût qui semblait bien anglais. Il était hors de question qu'il touche aux mixtures françaises et son regard hautain dissuada ses voisins de l'encourager à goûter. Il se rattrapa bien vite en offrant un sourire poli à la Française à côté de lui, issue du clan du Soleil et qui semblait l'avoir pris en affection. Elle ne cessait d'agiter sa chevelure blonde aux reflets blancs comme si elle espérait lui faire du charme. Cela n'eut aucun effet, sauf renforcer son rictus. Miss Jean lui jeta un coup d'œil discret, mais il aurait juré que son regard était noir lorsqu'elle regarda la Vélane qui lui parlait. Car c'était une demi-Vélane à n'en pas douter, sa magie commençait à faire effet sur tous les garçons attablés, même Lucas qui se trouvait deux sièges plus loin. Mais à lui, Tom, cela ne lui faisait rien. Il ne dirait pas qu'il était immunisé, mais il était incapable de reconnaître les charmes d'une femme et, lorsqu'il s'était assis et avait mesuré l'ampleur du danger, il avait usé d'Occlumancie. L'un des avantages de ce don, c'est qu'il permettait d'empêcher les Vélanes de percer ses défenses.

La jeune fille fut manifestement intriguée et déçue par son échec. Elle mit un terme à son envoûtement, après avoir essuyé des remarques agacées de camarades féminines, et parut vexée. Jedusor entreprit de désamorcer la situation en posant quelques questions sur l'école et sur le pacte, usant de son propre charme, parfaitement humain, lui. Il lui demanda des précisions sur les trois peuples, mais n'obtint rien de plus que ce qu'il avait déjà appris. Il se désintéressa alors d'elle, et lorsque la Vélane devint trop insistante, Tom sourit d'un air hautain en lui affirmant qu'il était déjà pris. Qu'importe si c'était un mensonge, du moment qu'elle le laisse !

« C'est cette femme sur la table des professeurs que tu regardes depuis tout à l'heure, celle qui vous accompagne, n'est-ce pas ?! » s'exclama la jeune fille, faisant sursauter la moitié de la table.

Dire que Jedusor fut pris au dépourvu était un euphémisme. Lui et miss Jean ? Et pire, lui avec une femme ? Bien qu'il soit celui qui avait lancé le mensonge, l'image s'imposa à lui, et il la repoussa avec violence. Il se tourna vers la blonde avec une froideur contrôlée. Tillman le regardait avec anxiété.

« Ma vie privée ne te regarderait en rien, même si c'était vrai. Et pour ta gouverne, j'admirais votre table et je cherchais des figures célèbres parmi vos professeurs, ce qui manifestement… »

Il retint la suite de la réplique qui lui brûlait les lèvres, mais qui aurait été indigne de lui. Il lui avait cloué le bec et personne d'autre autour de la table ne sembla s'intéresser à la discussion, en dehors de l'agaçante Serdaigle. Un succès complet en somme. C'était la vérité, il ne s'amusait pas à dévorer la stagiaire des yeux comme le premier imbécile venu. Non, il était jaloux qu'elle soit sur la table des professeurs, contrairement à lui. Et il aurait aimé qu'elle insiste pour avoir les deux étudiants avec elle plutôt que de les laisser se débrouiller seuls. La voir sourire à une plaisanterie de Bourdon lui retourna l'estomac. Cet homme était arrogant et imbu de lui-même, et elle préférait sa compagnie à la sienne !

Le Serpentard prit le parti de se calmer. Il se fichait complètement qu'elle lui préfère Mr Bourdon. Ce ne serait pas la première fois qu'il y avait quelque chose de pas net à son sujet. Il ne savait toujours rien pour les Sombrals et n'était pas convaincu par l'explication qu'elle lui avait fournie à propos de sa méfiance envers lui. Et son intelligence hors normes, qui pourrait presque rivaliser avec la sienne, n'était certainement qu'un leurre destiné à le tromper, tout comme son apparence négligente. Il soupira à nouveau mentalement. Il virait à la paranoïa et ce n'était pas bon. Il devrait peut-être apprendre à lâcher prise, à ne pas se laisser empoisonner l'esprit… Mais il ne pouvait pas. Abandonner serait une faiblesse. Au mieux, il pouvait faire semblant de laisser tomber. Rien de plus. Il se pencha vers Lucas d'un air conciliant, pour lui demander où se trouvait la bibliothèque.

« Désolé, Tom. Pour cela, il faut une autorisation écrite parce que tu n'es pas interne à Beauxbâtons. »

Si seulement il l'avait su avant ! Il aurait demandé au professeur Slughorn par exemple, qui lui aurait rédigé une lettre de recommandation à l'attention de la bibliothécaire pour souligner à quel point il était brillant… A ce moment-là, Hermione Jean et Madame Fouquet se levèrent et se dirigèrent vers leur table, la directrice étant légèrement en retrait. Tillman se leva et les rejoignit, et Tom ne tarda pas à l'imiter. Tous les étudiants les regardaient à présent avec curiosité, et la rumeur des conversations s'évanouit lorsqu'ils traversèrent la salle à manger, Madame Fouquet ouvrant la marche.

Une fois arrivés dans le cabinet directorial, ils s'installèrent face à son bureau en verre devant lequel s'installa la femme. Derrière celle-ci, la grande fenêtre offrait à la vue les mille et une couleurs des jardins de Beauxbâtons. Le directeur adjoint et les représentants des élèves de Beauxbâtons entrèrent à leur tour.

« Eh bien, je pense que nous pouvons lire les contrats d'accord bilatéral ensemble et voir ce qu'il convient de faire. »

La stagiaire, assise entre lui et la préfète-en-chef, parut perplexe.

« Je vous demande pardon, Madame Fouquet ? Je ne comprends pas le sens de votre phrase… »

Elle rougissait à présent, comme honteuse de son ignorance. Pourtant Jedusor non plus n'avait pas compris la directrice. Cette manie qu'avaient les Français à mélanger leur langue avec l'anglais l'agaçait. Pour toute réponse, elle leur sourit et sortit un papier de son bureau, qu'elle leur tendit. Il était rédigé en deux langues. L'accord bilatéral, bien sûr. Tom sortit son exemplaire de son sac, qu'il avait gardé avec lui toute la matinée. Il avait été préalablement signé par le professeur Dippet et était l'exemplaire original. Celui de Madame Fouquet n'était qu'une copie et la lecture devait lui servir à vérifier si l'original correspondait à la copie sur laquelle elle était d'accord.

Le processus se déroula sans problème, mais lorsque vint la question de la mise en pratique de l'accord, cela devint plus compliqué. Les différentes parties s'exprimèrent chacune leur tour et trois heures plus tard, l'affaire fut bouclée après une discussion âpre. Il fut officiellement décidé qu'un échange de quelques élèves, accompagné d'un professeur, aurait lieu à Noël pour le dernier semestre de l'année. Les étudiants devaient suffisamment maîtriser la langue du pays d'accueil pour suivre les cours sans problème, aussi bien à Beauxbâtons qu'à Poudlard. Par contre, au lieu d'envoyer des sixième années, il fut finalement décidé que seuls les septième années auraient droit à ce privilège. Cela permettrait à ceux-ci de compléter leur spécialisation. Le professeur envoyé devait proposer un cours optionnel supplémentaire aux élèves de l'autre école, et Tom s'aperçut de la différence des matières proposées. Cela impliquait cependant de se priver de ce professeur, et ils cherchèrent ensemble des solutions de remplacement : on ne toucherait pas aux professeurs des matières principales qui exerçaient seuls.

Les élèves voulant postuler pour ce semestre international, outre leur maîtrise de la langue, devaient également inscrire cette formation dans la perspective de leur carrière future. Ainsi, quelqu'un voulant s'expatrier après les études avait tout intérêt à se rendre dans l'académie étrangère. De même, ceux voulant faire de la politique ou une carrière dans la Coopération Magique Internationale pourraient en profiter. Enfin, il y avait une exigence d'excellence. Les critères étaient très stricts, et Tom doutait que beaucoup d'élèves partiraient. Lui-même n'avait pas l'intention de quitter Poudlard, quelques soient les attraits de Beauxbâtons ou de Durmstrang.

Lorsqu'ils se levèrent après avoir conclu l'accord, Tom remit l'exemplaire dans son sac. Le professeur Dippet devrait valider après avoir lu le compte rendu de la réunion qu'avait rédigé miss Jean au fil de l'eau. Celle-ci s'approcha de la directrice, et il écouta d'une oreille ce qui se disait.

« J'ai ici une lettre du professeur Dumbledore pour vous, afin de vous demander l'autorisation de consulter la bibliothèque… »

Jedusor sauta sur l'occasion et déclara d'une voix suave à l'intention d'Hermione Jean.

« Me permettez-vous de vous accompagner, professeur ? Je vous assisterai.

- Oui, oui, allez-y tous les deux. Lucas va vous montrer où elle se trouve. Bonne chance dans vos recherches ! »

Miss Jean eut l'air de vouloir répliquer quelque chose, mais se tut, la mine légèrement troublée. Le Serpentard n'en tint pas compte et sourit devant le regard offensé de Lucas, qui n'avait de toute évidence pas le même avis que Madame Fouquet à propos d'ouvrir la bibliothèque à des étrangers. Mais il finit par lui sourire en retour et chuchota à son adresse.

« De toute façon, tous les livres sont en français. »

Tom ne répondit pas. Il ne comprenait pas le français et il se maudit pour cela.