Coucou !
Voici le chapitre 11 de cette fic, le plus long que j'aie rédigé jusqu'ici. J'espère qu'il vous plaira,
parce que les indices continuent à se disséminer... Je sens que je suis vraiment embarquée dans une très grande aventure, et j'espère que vous serez nombreux à suivre Hermione et Tom !
Je tiens à remercier vivement tous ceux qui ont laissé des reviews, ainsi que les anonymes auxquels je ne peux pas répondre directement. L'une d'elles m'a particulièrement demandé si l'idylle arriverait bientôt. Tout ce que je peux dire, c'est : patience.
En effet, comme je l'ai expliqué au début de la fic, mon but est de rester vraisemblable dans la mesure du possible, parce que je suis persuadée que c'est ainsi qu'on retire plus de plaisir à la lecture.
Je suis ravie que les descriptions de Beauxbâtons vous ont plu ! Je vais tenter de vous faire au moins le même effet avec Durmstrang, un peu plus tard !
Voilà, je vais vous laisser lire, et je remercie encore ceux qui me suivent ! J'espère que ce chapitre sera à la hauteur de vos attentes. N'hésitez pas à me faire part de vos impressions et spéculations.
Bonne lecture !
« L'être est un mystère qu'on ne finit pas de creuser. »
{Hélène Ouvrard}
« Voilà, c'est ici. N'oubliez pas, le banquet d'Halloween sera servi à vingt heures. »
Hermione remercia chaleureusement Lucas et regarda sa montre. Il était quatre heures de l'après-midi. Elle n'avait donc que peu de temps pour consulter les livres, avant d'aller se préparer, vers six heures approximativement. Et encore, elle devrait faire vite. Son regard chocolat se tourna vers le préfet-en-chef à ses côtés. Elle ne savait pas ce qui avait motivé Jedusor à l'accompagner, mais cela ne l'arrangeait pas du tout. Avant d'entrer dans la cathédrale de livres que devait renfermer Beauxbâtons, elle lui murmura :
« J'ai quelques recherches personnelles à faire, Tom. Est-ce que cela vous ennuierait de faire les vôtres de votre côté ? »
Il haussa un sourcil, semblant interloqué. Sa voix aussi suave que celle qu'il avait adoptée dans le bureau de Madame Fouquet lui répondit.
« En fait, on m'avait assuré que je ne pouvais entrer à la bibliothèque sans autorisation, et c'est pourquoi j'ai décidé de vous accompagner. Je pensais que vous vouliez, comme moi, consulter des ouvrages sur l'académie, au sujet de ce mystérieux pacte. Et comme nous ne parlons pas couramment le français, j'ai songé qu'à deux, nos efforts seraient plus fructueux. »
Cela plaça Hermione dans un véritable dilemme. D'un côté, Jedusor avait raison, elle ne parlait pas français, et à deux, ils s'en tireraient sans doute mieux que seuls. Pourtant, elle ne pouvait expliquer la raison pour laquelle elle voulait consulter la bibliothèque. Dire que ses motivations étaient les mêmes que celles du Serpentard permettrait de désamorcer d'éventuels soupçons. Et puis, elle pourrait y retourner le lendemain, pour ses vraies recherches, s'ils trouvaient ce que voulait le jeune homme.
Pourquoi le voulait-il, cependant ? Par curiosité ? Hermione doutait qu'il agisse uniquement avec désintérêt, au nom du savoir. Il avait toujours un dessein caché. Elle se reprit mentalement. Ne pouvait-elle pas, tout simplement, concevoir que sa seule motivation soit la curiosité ? Relevant le visage, la jeune femme se prépara à donner sa réponse. A vrai dire, elle n'avait pas tellement le choix, même si cela l'agaçait profondément. Elle aurait dû prévoir cela. Esquissant un sourire forcé, elle tenta de maîtriser le ton de sa voix, pour rester polie et aimable.
« Très bien. Effectivement, cette histoire de pacte m'a intriguée et je voudrais discrètement faire quelques recherches. »
Ils entrèrent alors dans la bibliothèque, et Hermione se prépara à être éblouie. Mais elle fut déçue. Très déçue. Bien entendu, les baies vitrées qui inondaient la salle de lumière embellissaient les rayonnages de livres, propres et colorés. Cependant, aux yeux d'Hermione, ce n'était pas une vraie bibliothèque. Elle respira l'odeur de ce lieu, mais il n'y avait pas celle caractéristique de l'antre de Mrs Pince à Poudlard. Cela sentait le parchemin, oui, mais aussi le propre. Elle aimait les relents de poussière des ouvrages dans lesquels elle se noyait à Poudlard, et cela lui manquait ici. L'ex-Gryffondor concevait un tel endroit comme un lieu de mystères et de découvertes, où l'on pouvait potentiellement toucher des livres qui n'avaient pas été dérangés depuis des siècles.
Avec Jedusor, elle choisit la plus petite table ronde, cachée dans une zone d'ombre, ne supportant pas cette lumière aveuglante qui polluait ce lieu de savoir. Le jeune homme n'émit aucune protestation et il dut comprendre qu'elle n'était pas d'humeur, à la façon dont elle fit claquer son sac sur le support. Des élèves se tournèrent vers eux, cherchant la source du son, mais Hermione était déjà partie au rayon des dictionnaires. Elle en choisit deux franco-anglais et les apporta à sa table, sans que ses bras n'émettent la moindre protestation.
« Je pense que si on veut trouver des informations fiables, il faut remonter à la source. J'ai lu que l'académie Beauxbâtons telle que nous la connaissons a ouvert pour la première fois en 1715. Je propose que l'on recherche au rayon Histoire de la magie, c'est une expression assez transparente en français par rapport à l'anglais, et que l'on sélectionne les livres datant du dix-huitième ou dix-neuvième siècle. »
Jedusor acquiesça. Il avait déjà sorti du parchemin, une plume et un encrier, et avait placé un des dictionnaires à sa gauche. Hermione s'installa à sa droite, pendant qu'il se levait pour arpenter le rayon correspondant à leurs recherches. Restée seule, la jeune femme ouvrit le dictionnaire et commença à noter des mots clefs, tels que droits des créatures, Gobelin, Centaure, Etre de l'eau, Sirène, Triton, pacte, contrat, construction... Elle avait l'impression d'être de retour à Poudlard avec Harry et Ron, lorsqu'ils faisaient des recherches sur Nicolas Flamel en première année…
Cependant, le retour de Tom la ramena brusquement au présent, comme réveillée en sursaut. Bouche bée, elle regardait le jeune homme qui avait apporté une dizaine d'ouvrages et qui la regardait à présent avec une surprise mêlée de suspicion. L'incongruité de la situation lui apparut enfin et Hermione secoua la tête en bredouillant.
« Excuse-moi, je… J'étais en train de penser à quelque chose, et tu m'as un peu surprise… » Elle se tut et changea précipitamment de sujet avant qu'il ne puisse l'interroger. « Alors, qu'est-ce que tu as trouvé ? »
Les yeux plissés en signe de réflexion, Jedusor lui tendit néanmoins la pile, commentant brièvement chacun des livres trouvés. Avec entrain, Hermione parcourut la table des chapitres des différents livres et en donna un à étudier au jeune homme, intitulé Les droits des Centaures au cours des siècles. Leur technique était de survoler les pages jusqu'à trouver un des mots clefs sélectionnés par Hermione. Elle-même s'attaqua au chapitre sur Louis XIV, le roi sorcier dans une biographie qui datait du dix-neuvième siècle.
Pourtant, ils ne trouvèrent aucune mention d'un quelconque pacte. Une heure et quarante-cinq minutes s'étaient écoulées depuis qu'ils étaient arrivés, et alors qu'elle se penchait sur Les Gobelins en France, une histoire sanglante, elle entendit le jeune homme pousser vers elle le livre qu'il étudiait.
« Je crois que j'ai quelque chose. »
Avec voracité, elle lut à toute vitesse le passage qu'il lui indiquait de son long doigt fin. Elle ne comprenait pas tout, mais Jedusor attendait manifestement qu'elle ait fini pour répondre à sa question silencieuse.
« D'après ce que j'ai compris, après la construction de Beauxbâtons, les êtres de l'eau ont obtenu un territoire suite à la construction de l'école, une zone marine exclusive. On dit qu'il y aurait une véritable ville sous la mer Méditerranée. J'ai continué un peu la lecture, mais cela passe directement à autre chose. Toutefois je pense que l'essentiel est là.
- Où se trouve-t-elle ?
- Aux abords de Beauxbâtons, vers le Sud. »
Ils se regardèrent et Hermione sut que la même idée avait frappé Jedusor. Elle murmura :
« Il faut aller les voir. Le plus vite possible. »
Il acquiesça, mais elle bondit lorsqu'elle consulta sa montre.
« Oh non, je n'ai pas le temps ! Il faut qu'on se prépare pour ce soir. Enfin, j'imagine que tu mettras moins de temps… » Elle s'arrêta, semblant se rendre compte pour la première fois qu'elle tutoyait Voldemort. Elle fit cependant comme si de rien n'était, et continua sur sa lancée. « On ira les voir demain matin avant le petit déjeuner, d'accord ? Je veux être là. »
Elle ignorait s'il accepterait de l'attendre, mais il donna son assentiment. Hermione écrivit rapidement ce qu'ils venaient de trouver en-dessous des mots clefs et commença à prendre des livres pour les ranger.
« Laissez-les, je vais rester encore un peu ici. »
Si elle était profondément étonnée, elle n'en laissa rien voir, cachant son visage sous la table pour attraper son sac. Lorsqu'elle émergea pour fourrer ses affaires, elle murmura un remerciement hésitant, mais Jedusor n'eut aucune réaction. Enfin, elle quitta la bibliothèque sans un regard en arrière, pressée de s'éloigner de lui au plus vite.
Ce n'était pas la première fois qu'elle le tutoyait, mais cela devenait trop naturel à présent. Elle ne devait pas oublier qui il était. Ils ne seraient jamais sincèrement amis, c'était une certitude. Même si elle décidait de l'aider, elle ne voyait pas comment elle pourrait le considérer comme un intime… Cette idée la fit rire nerveusement. Imaginer Jedusor et elle courir joyeusement comme deux enfants était parfaitement incongru…
Hermione ferma les yeux et respira profondément. Elle se rendit dans la suite qui leur avait été attribuée et qu'ils avaient visitée le matin même. Une fois le mot de passe prononcé devant la statue d'une sorcière à l'air hautain, celle-ci s'écarta et la jeune femme s'engouffra dans le passage. La suite comprenait un petit salon luxueux et trois chambres ayant chacune une salle de bain personnelle. Elle soupçonnait que le nombre de pièces variait en fonction des besoins, un peu comme la Salle sur Demande, mais en moins complexe.
S'engouffrant dans sa propre chambre, Hermione regarda à peine la pièce claire aux tentures bleues et dorées pour gagner la salle de bains. Là, elle s'enferma à double-tour, par réflexe plus que par nécessité et entreprit de se préparer.
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Tom était resté à la bibliothèque, avec l'intention de consulter quelques ouvrages de magie noire. Il n'avait que peu d'espoir, cette bibliothèque respirait la frivolité, au contraire de la sagesse mystérieuse de celle de Poudlard. Il empila les livres étalés sur la table pour les remettre à leur place. Il ne savait pas très bien pourquoi il avait proposé à miss Jean de ranger les livres, mais ses gestes brusques et précipités l'avaient irrité quelque peu, et il ne désirait qu'une seule chose : qu'elle s'en aille.
Pendant qu'il rendait à chaque ouvrage sa place originelle, il songeait à ce qu'il venait de découvrir. Si pacte il y avait, les êtres de l'eau étaient forcément au courant. Cela ne l'enchantait pas plus que cela d'attendre miss Jean pour aller les voir, mais elle le lui avait demandé, et il aurait été impoli de refuser…
S'orientant vers le coin le plus profond de la bibliothèque, là où il y avait moins d'étudiants et moins de lumière, il trouva quelques livres de magie noire. Ils étaient facilement reconnaissables par leur aspect repoussant au premier abord, et parce qu'il avait cherché le terme correspondant dans le dictionnaire. Il reconnut même quelques couvertures d'exemplaires qu'il avait déjà lus à Poudlard. Rien d'intéressant… Il remarqua enfin un livre sur les prophéties. Etrange… La divination était une science nébuleuse, que faisait-elle au rayon de la magie noire ?
Par curiosité, il s'en empara, délaissant les autres ouvrages qui semblaient n'avoir qu'un intérêt limité. Beauxbâtons avait des progrès à faire dans ce domaine. Sans explorer les frontières de la magie, l'école ne pourrait jamais progresser et devenir un centre de formation d'excellents sorciers. Le jeune homme retourna à sa table, maniant le volume avec soin. Il soupira en voyant l'introduction en français, et fit tourner les pages au hasard, en cherchant les titres de chapitre. Il s'arrêta vers la moitié du livre et remarqua avec étonnement que la seconde partie était en anglais. En réalité, il s'agissait de la traduction de la première partie. Il ignorait le pourquoi du comment de ce phénomène, mais peu lui importait. Ce qui comptait, c'est qu'il y avait ici un livre qu'il pouvait lire de manière fluide et qui se trouvait au rayon de la magie noire.
Il se jeta avec avidité sur le premier paragraphe et commença sa lecture. Ce livre traitait des prophéties et de leurs conséquences. Il était écrit que lorsqu'une prophétie était prononcée, elle pouvait déjouer toutes les règles de la physique et de la magie. Curieux. Il l'ignorait. Mais les vraies prophéties étaient rares et ceux capables de les énoncer ne couraient pas les rues, ne se rappelaient jamais de leur prophétie et par conséquent, ignoraient souvent leurs pouvoirs. Les prophètes les plus célèbres étaient sans doute Cassandre de Troie et l'Oracle de Delphes. Il y avait toutefois une réserve sur cette dernière, la plupart de ses prédictions étant faites sur commande.
Tom apprenait énormément de choses, et malgré sa réserve naturelle envers tout ce qui touchait à la divination, il devait admettre que l'approche historique choisie par l'auteur donnait de la crédibilité à ce qu'il lisait. Mais en consultant sa montre, il réalisa qu'il avait passé trop de temps à lire et que s'il voulait se préparer convenablement et être ponctuel, il devait quitter la bibliothèque immédiatement. Le jeune homme rechignait à remettre le livre à sa place, et se contenta de le glisser dans une étagère voisine à la table en prenant soin de retenir le numéro de la page.
Il regagna la suite qui avait été attribuée aux ambassadeurs de Poudlard. Les portes des deux demoiselles étaient fermées. Evidemment, elles devaient se préparer depuis un moment déjà. Il s'introduisit d'un pas nonchalant dans la sienne. Tom enfila la robe de soirée qu'il avait emportée, qui lui donnait un air chic et propre sur lui et peigna sa chevelure avec application. Il était parfait sans avoir besoin de passer des heures dans la salle de bains. Réprimant un rictus satisfait, il s'apprêta à sortir pour se rendre dans la salle à manger. Les deux portes étaient encore closes. Aucune importance.
Il arrivait à l'entrée derrière la statue lorsqu'une voix l'interpella :
« Tom, attends un peu s'il te plaît, nous sommes presque prêtes ! »
Il se retourna. Tillman se tenait dans le petit salon, une épingle à cheveux entre ses dents, tandis qu'elle en mettait une autre dans ses cheveux blonds ramenés en un chignon élégant. Elle portait une robe rose pâle qu'il n'apprécia pas, mais il se doutait que d'autres que lui la trouveraient sublime. Il ne pouvait lui faire aucun reproche en vérité.
« Miss Jean est encore dans sa chambre, mais elle m'a dit il y a deux minutes qu'elle n'avait plus que ses chaussures à mettre. Il vaudrait mieux que tu nous attendes, non ? » Sa voix faiblissait au fur et à mesure qu'elle parlait, se rendant compte de l'audace dont elle avait fait preuve en l'interpellant. « Je pense que ça serait mieux vu, si nous arrivions tous ensemble… »
Le Serpentard ne se donna pas la peine de répondre et acquiesça. Il était vrai que cela donnerait plus de visibilité à leur arrivée, puisqu'ils étaient les invités d'honneur de la soirée. Tillman était maintenant entièrement prête et ils attendaient Miss Jean. Combien de temps fallait-il pour mettre des chaussures ? Il réprima un soupir d'agacement.
« Voilà, voilà ! Excusez-moi du retard, on peut partir tout de suite ! »
Hermione Jean venait enfin de sortir, et elle se précipitait littéralement sur la porte. Il avait à peine eu le temps de la voir passer, qu'elle était déjà dans le couloir. Son parfum fleuri flottait encore dans les airs lorsqu'il laissa Tillman sortir à la suite de leur professeur. Il quitta leur suite le dernier et se retourna face aux deux jeunes femmes pour les accompagner jusqu'à la salle à manger. Sa réplique mourut sur ses lèvres lorsqu'il vit enfin l'ex-Gryffondor.
Assurément, elle était toujours pleine de surprises, et si on l'avait décrite la veille telle qu'il la contemplait aujourd'hui, il ne l'aurait pas cru. Il s'était maintes et maintes fois moqué de Miss Jean en son for intérieur, persuadé qu'elle ne saurait jamais se départir de son apparence de travailleuse acharnée, et il se rendait compte à quel point il avait eu tort. Sa robe couleur lilas épousait ses formes sans trop en faire, simple et élégante à la fois. Sa crinière brune habituellement indomptable avait été domestiquée de force pour retomber en boucles gracieuses et rassemblées vers l'arrière avec une pince. Le visage de la jeune femme ne montrait plus aucune trace d'encre et son teint d'un rose soutenu trahissait sa gêne.
Sans s'attarder sur elle, Tom détourna la tête au bout d'une demi-seconde et s'avança dans le couloir sans dire un mot. Cette femme avait le don de le surprendre et il enrageait de ne pas savoir prévoir quoique ce soit à son sujet. Il n'irait pas jusqu'à dire qu'elle était belle, mais il concéda que Poudlard n'aurait pas à rougir d'elle, contrairement à ce qu'il avait cru. Combien de secrets cachait-elle encore sous ses airs innocents ?
Il ne s'arrêta que sur le seuil de la salle à manger, et passa derrière les deux jeunes femmes pour entrer à leur suite. Elles traversèrent la salle et il remarqua que tous les étudiants et professeurs de de Beauxbâtons qui étaient déjà présents les regardaient avec admiration. Un sourire satisfait vint fleurir sur ses lèvres, rictus qui s'agrandit lorsqu'il remarqua qu'on les conviait à la table d'honneur, celle des professeurs, au lieu de les reléguer avec les élèves comme le midi même. Il en comprit la raison lorsque Miss Jean se pencha vers la préfète-en-chef pour lui murmurer qu'elle avait insisté pour qu'ils prennent place à ses côtés.
La salle était somptueuse, il ne pouvait le nier. Les tables rondes étaient toujours en place. En leur centre, trônait une citrouille contenant une bougie allumée, et des tentures d'un orange doux s'alignaient le long des murs. Du haut de l'estrade centrale dont Tom venait de grimper les escaliers, la vue sur l'ensemble des élèves lui donna un sentiment de puissance, et il s'installa comme un prince à la droite de Miss Jean, tandis que Tillman était assignée à la gauche de celle-ci. Leur nom était inscrit sur un petit carton en face de leur assiette et il remarqua que Mr Bourdon s'assiérait à sa propre droite. Celui-ci arriva justement et complimenta Miss Jean sur sa tenue, mais il ne put rien ajouter de plus. Tom entre les deux, il aurait plus de mal à tenir une conversation avec la stagiaire. Et rien ne pouvait faire plus plaisir au jeune homme que d'ennuyer cet enseignant médiocre. Il regarda attentivement les étudiants présents dans la salle et remarqua la Vélane qu'il avait éconduit un peu plus tôt dans la journée. Elle semblait le regarder avec fureur et il vit qu'elle faisait glisser son regard de sa voisine à lui-même. Qu'elle soit jalouse si cela lui chantait, il n'en avait cure.
La directrice de Beauxbâtons, qui était assise aux côtés de Tillman, se leva et annonça le début du repas. Jedusor se servit avec prudence, estimant qu'il y avait un peu trop de denrées françaises à son goût. Il y avait notamment une espèce mixture aux poissons dont il se détourna rapidement. Cela n'échappa pas à Miss Jean, qui le regarda d'un air amusé.
« Tu devrais goûter la bouillabaisse, c'est excellent. »
Lorsqu'il bougonna un refus poli, elle faillit éclater de rire, mais son visage s'assombrit aussitôt et elle piocha dans son assiette, avec une tristesse indéfinissable. Il n'en comprenait pas tellement la raison. Le fait qu'il ait pu la rendre triste simplement en refusant de manger de la bouillabaisse lui semblait inconcevable, sinon risible. Sa curiosité prit le dessus néanmoins et il demanda avec prudence :
« Ai-je dit quelque chose ? »
Sa réplique avait des allures d'excuse, voire d'inquiétude, mais il s'agissait du meilleur moyen de libérer les confidences, plutôt qu'un Qu'est-ce qu'il y a encore ? qui n'aurait pas forcément été bien accueilli.
« Non, ce n'est pas ça. » Hermione Jean garda les yeux fixés sur son assiette un instant, se mordillant la lèvre. Elle releva enfin ses prunelles vers lui et esquissa un sourire forcé et ajouta, sur le ton de la boutade : « En fait si, maman est triste que tu ne lui fasses pas confiance. »
Ces paroles l'ébranlèrent. Maman ? Ce mot, le sens profond qu'il avait pour le commun des mortels, lui était inconnu. Des souvenirs affluèrent à sa mémoire. Il se revoyait à l'orphelinat, quand des inconnus venaient prendre des enfants pour les emmener chez eux, tandis qu'il restait toujours dans cette bâtisse sinistre. Il se revoyait, petit enfant, espérant qu'un parent vienne le chercher et le sortir de là, avant qu'il ne prenne conscience de ses pouvoirs. Il s'arrêta violemment, fermant la porte au reflux de sa mémoire. Les yeux flamboyant soudain de haine, il surprit le regard inquiet d'Hermione Jean. Sa réminiscence ne lui était pas passée inaperçue, et elle articula avec douceur.
« Je plaisantais, Tom. Disons juste que ce n'est pas la première fois que j'observe une telle réaction face à de la bouillabaisse. »
Elle détourna les yeux, comme gênée d'une telle confidence. Elle n'avait pas le droit de réveiller en lui des souvenirs cachés et qui perçaient sa carapace, si impitoyablement construite au fil des années. Elle n'en avait surtout pas le droit. Il la haïssait tellement, en cet instant. Son visage d'ange et ses paroles sucrées ne l'endormiraient pas.
Le reste du repas demeura silencieux de son côté. Ses oreilles bourdonnaient et il n'avait qu'une hâte. Sortir d'ici. Il ne supportait plus les œillades soucieuses de sa voisine, ni les rires idiots de son voisin. Malgré tout, Tom conservait une impassibilité à toute épreuve et nul ne pouvait deviner à quel point il bouillonnait de l'intérieur. Seule Hermione Jean semblait en avoir conscience et cela ne fit qu'accroître sa frustration.
Son parfum flottait dans l'air et emplit ses narines lorsqu'elle se pencha à nouveau vers lui. Il éprouvait le désir de fuir au loin, de ne pas écouter ses phrases dégoulinantes de pitié. Et de pitié pour quoi ? Elle n'avait sans doute aucune idée de ce qu'elle avait déterré avec ses mots, ce mot qu'il avait maudit de tout son être, de tous ses êtres devrait-il dire. Mais il ne craquerait pas. Parce que Lord Voldemort n'était pas homme à craquer, ni à se faire déstabiliser par une femme.
« On pourrait y aller directement après le dîner, voir les sirènes. J'ai peur que demain matin, on n'ait pas le temps, et qu'on soit repérés. »
S'offrait-elle sur un plateau ? Elle lui proposait de sortir seule avec lui dans le parc, près de la mer, au beau milieu de la nuit. Ne le craignait-elle donc pas ? Il n'y avait pas de véritable cohérence dans son comportement. Mais il savait déjà qu'il ne l'assassinerait pas cette nuit. Elle cachait trop de mystères pour disparaître purement et simplement. Et de toute manière, cela lui convenait de rencontrer les sirènes dés ce soir.
Une fois le dessert terminé, il entendit Miss Jean prétexter la fatigue et proposa poliment à Tillman de l'accompagner. Comme elle devait s'y attendre, elle refusa, et Tom ne put que s'incliner devant sa ruse. Il accepta lorsqu'elle se tourna vers lui, et après avoir salué le reste de la table des professeurs, ils prirent congé.
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S'assurant que personne ne les regardait, Hermione tourna en direction de la porte d'entrée avec Jedusor. Elle pourrait toujours prétexter une balade nocturne dans le parc, mais elle aimait mieux ne pas être vue. Et puis, en compagnie d'un étudiant, aussi âgé et mature soit-il, cela pourrait être mal interprété. La jeune femme jeta un coup d'œil à Tom. Il semblait aussi froid que pendant le dîner, mais elle ne parvenait pas à oublier son visage, ses yeux, lorsqu'elle avait lancé sa plaisanterie de diversion… et de mauvais goût, avait-elle pensé après coup. Cet homme avait beau avoir fait tant d'orphelins dans son futur, elle n'aurait pas dû oublier qu'il en était un. Il avait beau être un assassin, elle culpabilisait à présent sans pouvoir s'en empêcher.
Et tout cela, parce que l'épisode de la bouillabaisse s'était déroulé des années auparavant, dans son propre passé, lorsque des élèves de Beauxbâtons étaient venus à Poudlard et que Ron avait refusé de toucher à la soupe aux poissons. Voir Jedusor en faire de même l'avait replongée dans des souvenirs attendrissants, mais elle s'était rapidement reprise. Elle ne pouvait pas se permettre de se laisser aller.
Hermione lui avait alors proposé d'aller voir les sirènes dès ce soir. D'un côté, elle craignait bel et bien de ne pas en avoir l'occasion le lendemain matin, et d'autre part, l'attitude de Jedusor l'avait un peu inquiétée et elle se doutait qu'il ne désirait que de sortir de là. S'inquiéter pour Voldemort… C'était le monde à l'envers, mais c'était dans son caractère.
Avançant dans l'obscurité et le silence, elle se sentait étonnamment bien. Le vent soufflait doucement, faisant gonfler sa robe par moments, sans qu'elle ne ressentît tout à fait le froid. Même à la fin du mois d'octobre, les températures restaient douces par ici. Seuls les pas de Tom à un mètre d'elle lui rappelaient qu'elle n'était pas seule.
Après quelques minutes de marche, ils parvinrent devant une grande étendue d'eau. La mer Méditerranée de toute évidence. L'eau étant peu profonde là où ils se tenaient, Hermione et Jedusor s'avancèrent plus loin, jusqu'à ce que l'eau scintillante leur atteigne la taille, sans avoir besoin de se consulter. Le palais de Beauxbâtons baignait dans une lueur irréelle derrière eux, et la jeune femme eut subitement l'impression de marcher dans un rêve.
« Sortilège Têtenbulle ? »
Jedusor acquiesça et ils se l'appliquèrent tous deux à eux-mêmes. Avec cela, ils pourraient respirer sous l'eau. Pour communiquer, cela allait être plus difficile, mais ils n'avaient guère le choix. Regardant l'eau noire, elle respira profondément et plongea complètement. C'était dommage pour sa robe, mais un sortilège de séchage ferait l'affaire. Sinon… Eh bien, ce n'était toujours qu'un vêtement. Avec un Lumos informulé, sa baguette illumina les profondeurs. Jedusor en fit de même, et ils disparurent dans les profondeurs, de plus en plus froides au fur et à mesure qu'ils s'enfonçaient.
Après de longues minutes de nage, Hermione remarqua au loin une tour sous-marine. Elle supposa qu'il s'agissait de la cité des sirènes et fit un signe à son partenaire aquatique. Il l'avait également remarquée. Au fur et à mesure qu'ils approchaient, des sirènes et des tritons sortaient de leurs demeures, et les regardaient avec une curiosité mêlée de méfiance. Lorsqu'ils parvinrent au centre de la majestueuse cité, elle put observer l'architecture de tout son soûl. On reconnaissait bel et bien l'empreinte des êtres de l'eau sur le château de Beauxbâtons. La structure des maisons était identique, ainsi que le matériau utilisé, une sorte de cristal sans tain. Et sous les lumières des deux baguettes magiques, les bâtisses luisaient d'un éclat verdâtre. Leur structure ne ressemblait en rien aux maisons des sirènes de Poudlard qu'Harry lui avait décrites.
Hermione n'arrivait pas à réaliser qu'elle se trouvait à présent sous la mer, dans une cité sous-marine. Cela paraissait tellement incroyable ! Ses yeux capturaient tout ce qu'elle pouvait, avec avidité. Deux gardes s'approchèrent d'eux et leur fit signe de les suivre. Ils obéirent, alors que les tritons les conduisaient au palais. Celui-ci dominait toute la ville sous l'eau et se trouvait adossé à une falaise de roche noire. Sa splendeur et son gigantisme rappelaient Beauxbâtons. Le hall était tout aussi impressionnant, et ils furent menés d'escaliers en escaliers. Cela amena l'ex-Gryffondor à se faire la réflexion qu'ils auraient tout simplement pu nager par une fenêtre, mais elles devaient sans doute être protégées.
Enfin, après une dizaine de minutes, ils parvinrent dans une gigantesque salle au dernier étage, bien plus vaste encore que la Grande Salle de Poudlard, au bout de laquelle se trouvait un trône perché à cinq mètres au dessus du sol. Dessus, était assise une sirène à la peau grisâtre et aux cheveux verts, semblables à des algues, coiffés d'une couronne en verre étincelant. Sa longue queue de poisson argentée ondoyait sous elle et ses yeux jaunes les évaluaient silencieusement. tout autour d'elle, une vingtaine de sirènes et de tritons les regardaient en échangeant des murmures. Hermione fit une courbette respectueuse et tenta de prendre la parole, mais elle ne parvint pas à se faire entendre, à cause de la bulle d'air qui recouvrait son nez et sa bouche. Jedusor fut plus vif d'esprit et traça des lettres à l'aide de sa baguette magique.
« Nous serions intéressés par l'histoire de la construction de Beauxbâtons, et nous avons estimé que pour avoir un récit fiable, il valait mieux vous faire confiance plutôt qu'aux sorciers. Nous sollicitons donc un entretien à l'air libre. »
Il y eut un instant de flottement. Tout le monde ne comprenait pas leur langue, et certains membres de la cour échangeaient entre eux, dans leur langue gutturale. Soudain, la reine quitta son trône à une vitesse surprenante et fit signe aux deux sorciers de la suivre. Ils quittèrent le palais par une fenêtre de la salle, qui s'ouvrit au passage de la sirène, et remontèrent jusqu'à la surface, au niveau d'une petite grotte, taillée dans la falaise. La sirène s'exprimait étonnamment bien en anglais et Hermione supposa qu'elle devait avoir des racines britanniques au moins dans sa famille. C'était une chance, car aucun des deux ne parlait la langue des êtres de l'eau.
« Cela fait longtemps que nous attendions la venue des hommes dans nos mers, depuis que nous avons signé le pacte avec le roi de France. Mais nous n'avions certainement pas anticipé qu'il s'agirait d'étrangers. »
Dire qu'Hermione fut surprise par cette révélation était un euphémisme. Elle leva le sortilège de Têtenbulle et s'appliqua un sort de séchage rapide, avant de s'accroupir au bord de l'eau d'où la tête de la sirène sortait.
« Le pacte ? Il y a donc réellement eu un pacte ? »
Les yeux de l'être des eaux s'étrécirent. Ses cheveux semblèrent crépiter sous l'effet de la colère, tandis qu'elle grondait d'une voix sourde.
« Bien sûr ! Comment pouvez-vous imaginer qu'un peuple comme nous se soumette aux sorciers ? » Aucun des deux Anglais ne répondit. « En l'an 1714, le roi de France Louis XIV convoqua les trois espèces qui vivaient aux abords du collège de Beauxbâtons, qui n'était alors qu'une insignifiante école de magie. Ce roi nous promit des privilèges et une avancée en matière de droits des créatures à… » Elle renifla d'un air de dédain. « …intelligence presque humaine. Ce fut mon arrière-grand-père qui se rendit à Versailles à la signature du pacte, le premier septembre. Le voyage fut ardu, mais nous n'imaginions pas que les sorciers ne respectent pas le pacte. Il en allait de la sécurité de leur école. »
Hermione écoutait avec passion cette histoire narrée d'une voix profonde par la reine des sirènes. Jedusor lui-même semblait très intéressé et tendait l'oreille avec attention, ses traits indéfinissables à moitié cachés par l'obscurité. Seule une de ses prunelles était visible, et elle brillait de curiosité.
« Aux gobelins, il fut promis le droit de porter une baguette magique, sans néanmoins leur confier le secret de leur fabrication, puisqu'ils ne livraient pas les leurs. Aux centaures, on concéda le statut de créature à intelligence humaine et par là même, le droit d'être un peuple régissant ses propres lois, avec un ambassadeur auprès des sorciers. Ils n'avaient pas de territoire bien à eux cependant, et on leur confia un espace forestier dans les Vosges. J'en ai oublié la taille, mais je sais qu'il est conséquent. Quant à nous, nous avons obtenu le même statut de créature à intelligence humaine, avec un ambassadeur également, ainsi qu'une zone marine exclusive, celle que vous venez de traverser.
« Le pacte signé, un délai de deux cent trente et un ans fut accordé pour appliquer tous les droits qu'on nous avait promis, et nous nous mîmes au travail. Beauxbâtons renaquit sous nos doigts et elle devint sans conteste la plus belle école au monde. La plus puissante, je ne sais pas, c'est le problème sorciers. Toujours est-il que nous avons accompli notre part du contrat. Cependant, le pacte n'est toujours pas respecté… La mort de Louis XIV en 1715 et la Révolution Française en 1789 ont marqué la rupture complète entre le pouvoir du ministère de la magie, qui n'était auparavant qu'un ministre du roi, et le pouvoir exécutif des Moldus. Ces évènements ont certainement contribué à faire sombrer le pacte dans l'oubli.
« A ce jour, seul le territoire marin nous a été accordé. Mais en secret, les trois peuples ont signé une alliance, il y a deux cent trente ans. S'il s'avérait qu'au terme du temps écoulé, les sorciers ne respectaient pas leur engagement, alors nous frapperions et nous frapperions fort. »
Hermione était estomaquée par ces révélations. Elle ne se serait jamais doutée de ces faits s'ils ne lui avaient été narrés par la sirène. Un rapide calcul lui apprit que le pacte tirerait à sa fin l'an prochain. Pourtant, fouillant dans sa mémoire, elle ne se souvint pas que de tels faits lui aient été rapportés, ni que des droits aussi colossaux aient été accordés aux trois peuples. Cela se serait su ! Si en France, les droits des créatures avaient été enfin reconnus, la nouvelle aurait fait le tour du monde. Il n'y avait que deux explications à sa non-connaissance : soit leur rébellion échouerait, soit le ministère de la Magie français trouverait un consensus secret pour éviter d'ébruiter l'affaire.
« Mais… et les élèves ? »
La sirène regarda Hermione droit dans les yeux. Elle plongea brièvement sous l'eau pour remonter aussitôt et répondre :
« Aucun mal ne leur sera fait. Nous ne sommes pas des humains. »
L'injure à peine voilée fit sourire Hermione légèrement. Elle songeait à toutes les horreurs qu'elle avait vécues, dont la plupart étaient du fait du jeune homme accroupi à côté d'elle. Cela fit cependant réagir Jedusor.
« Et c'est comme ça que vous comptez obtenir vos droits ? Sans moyen de pression ? »
Il peinait à cacher son sourire condescendant, et elle devina ce qu'il pensait. Pour Voldemort, la seule solution était la violence. Ainsi, les adversaires reculaient, de peur d'en faire également les frais. L'être de l'eau parut également saisir l'insinuation et gronda à nouveau
« A quel moment ai-je dit que nous n'avions aucun moyen de pression ? Nous ne nous en prenons pas aux innocents. Nous voyons très bien ce que vous faites, vous autres humains, sorciers ou non sorciers. La guerre est arrivée à nos portes et nous luttons pour éloigner les conséquences de nos territoires. »
Sur ce, elle dut considérer que l'entretien était terminé puisqu'elle s'enfonça sous l'eau et ne reparut pas. Un silence mortel tomba sur la grotte tandis qu'ils réfléchissaient tous deux à ce qu'ils venaient d'apprendre.
« Eh bien… Je suppose qu'il ne reste qu'à prévenir les autorités de Beauxbâtons.
- Pour leur dire quoi ? Que nous avons défié les règles de la bienséance en rendant visite aux sirènes au milieu de la nuit sans leur autorisation ? Si la zone marine est réellement exclusive, nous n'avons pas le droit d'être ici. »
Hermione se mordit la lèvre inférieure en se réalisant que Jedusor avait raison. Pourtant, elle ne pouvait concevoir de laisser Beauxbâtons s'exposer au courroux des créatures, ni les créatures être ainsi lésées par les sorciers.
« Ce ne sont pas nos affaires. Cela concerne les Français et nous serions accusés d'ingérence. Le professeur Dippet nous a bien recommandé de ne pas provoquer d'incident diplomatique. »
La jeune femme haussa un sourcil narquois dans la semi-pénombre. La lumière de la lune éclairait en partie la grotte dans laquelle ils se trouvaient.
« Mais nous y sommes déjà. Nous avons fouiné et… nous savons quelque chose ! Si nous ne faisons rien… Nos propres étudiants se rendront à Beauxbâtons en janvier !
- Vous les avez entendus, Miss. Ils ne toucheront pas aux innocents. Et si j'ai bien suivi, le pacte expirera en septembre 1945. Les étudiants de Poudlard ne seront donc pas concernés. Laissons les Français faire face à leur arrogance. »
L'ex-Gryffondor se tourna vers Jedusor et l'observa attentivement. Il avait toujours ce visage impassible et détaché. Elle se sentait furieuse, mais ne pouvait qu'admettre qu'il avait raison. Elle songea à son fiancé et à son meilleur ami. Qu'auraient-ils dit ? Ils auraient sans doute foncé dans le tas, en bons Gryffondors qu'ils étaient, sans réfléchir aux conséquences… Et quelque part, Hermione soutenait la cause de ces peuples en colère. De plus, elle se persuada qu'elle l'aurait su s'il y avait eu des morts dans cette affaire. Ne valait-il mieux pas laisser l'Histoire suivre son cours ? Mais qu'il était difficile de se taire !
Au bout de quelques minutes, elle acquiesça enfin, réticente. Même si cela lui pesait, elle parvenait au même résultat que le froid calcul du Serpentard. Jedusor la regarda d'un air satisfait, s'appliqua le sortilège de Têtenbulle et plongea dans l'eau devenue froide. Il devait être près de minuit. Avec un soupir, Hermione l'imita et s'enfonça à nouveau dans les eaux noires de la Méditerranée.
