Bonjour !

Mais qu'est-ce que c'est ? Un nouveau chapitre ?

Eh oui, 10 ans après, j'ai décidé de m'y remettre, pour de bon. Cette période très particulière que nous traversons tous met une partie de ma vie en pause et il n'est que justice que je mène cette histoire jusqu'au bout.

Vos marques d'intérêt, reçues au fil des années m'ont empêchée de renoncer totalement. J'ai relu et "corrigé" l'ensemble de la fic, que j'ai modifié ces deux/trois derniers jours. Aujourd'hui, je vous présente un nouveau chapitre. Je ferai en sorte de poster le prochain d'ici quelques jours.

Merci pour votre lecture et n'hésitez pas à me laisser vos impressions !


« La haine vient de la ressemblance. »
{Jacques Attali}


Assise sur le bord de son lit, Hermione contemplait le livre qu'elle venait de subtiliser à Jedusor. Il ne s'était aperçu de rien lorsque, passant à côté de lui sur son Sombral, elle avait usé d'un Accio informulé pour le faire voler directement dans son propre sac. Elle avait pris un gros risque, elle le savait. Mais elle ne pouvait pas se résoudre à laisser l'ouvrage entre les mains de Lord Voldemort, surtout sans savoir exactement ce qu'il contenait. La jeune femme savait qu'elle avait réagi avec beaucoup d'impulsivité en décidant de tuer Tom Jedusor à l'instant où elle avait vu le titre.

A présent, elle se sentait plus calme. Il ne saurait jamais que c'était elle qui s'en était emparé, car il n'avait aucune raison de la soupçonner. Elle n'était même pas censé être au courant de son existence. Que contenait-il de si important pour qu'il veuille le voler ? A quel point l'avait-il lu ? Il ne comprenait pas le français, il ne pouvait vraisemblablement pas avoir dépassé les dix premières pages.

Sans plus tarder, elle commença à lire les premières lignes de l'introduction. Aussitôt, elle le referma. C'était tout bonnement incompréhensible, sans dictionnaire. Avec un grognement de frustration, elle s'allongea. Si seulement il existait un sort de traduction ! Malheureusement, la plupart était très imparfaits, un seul mot pouvant avoir des significations différentes, selon leur contexte et leur interprétation. Tous ceux que la jeune femme avait pu essayer par le passé s'étaient révélés inutiles. Elle rangea l'ouvrage dans un tiroir de son bureau, à côté de L'Histoire de Beauxbâtons. Elle le traduirait plus tard, avec les outils adéquats. Le plus important, c'est que Jedusor ne pouvait plus mettre la main dessus. Après une courte hésitation, elle protégea magiquement l'accès au tiroir. Il ne faudrait pas qu'un simple Accio permette de le récupérer. Puis, vaincue par la fatigue, Hermione s'endormit aussitôt dans un sommeil agité.

Hermione était assise sous son arbre favori dans le parc de Poudlard, une pile de livres à ses côtés. Elle cherchait frénétiquement quelque chose, mais à présent elle ne savait plus quoi. Peu lui importait, elle devait quand même continuer à chercher.

« Attention, Hermione, derrière toi ! », cria une voix qu'elle reconnut comme celle de Ron.

Se relevant d'un bond, la baguette tendue, elle avisa le danger du regard, tandis qu'Harry et Ron la rejoignaient en courant. C'était un serpent, noir comme la nuit, qui glissait vers ses livres. Paralysée, elle le regardait onduler sur la pelouse. Il avait les yeux rouges comme des rubis et des crocs acérés. Il s'approchait lentement, inexorablement. Hermione hésitait à s'enfuir, mais quelque chose la clouait sur place. La peur.

« Hermione ! »

Harry et Ron couraient toujours. Elle avait l'impression qu'ils n'avançaient pas, comme bloqués dans un mouvement perpétuel. Un couteau gisait au sol devant elle. Avec précaution, elle le saisit et le leva au-dessus de sa tête…

« Hermione, non ! »

Elle planta le couteau dans la tête du serpent. Agité de soubresauts, celui-ci ne mit que quelques secondes à mourir. Elle avait réussi.

« Harry, Ron ! Le danger est écarté ! Je l'ai tué ! »

Aucune réponse ne lui parvint. Ses amis avaient disparu. Elle était désormais seule dans ce parc. Que se passait-il ? Un éclair vert raya le ciel, suivi d'un second. Elle s'approcha du lac. Deux corps flottaient à la surface, deux hommes. L'un avait les cheveux noirs de jais et portait des lunettes rondes, l'autre était roux. Harry et Ron.

« Non ! » cria Hermione, se jetant dans l'eau. Elle nageait comme une folle, mais ne pouvait avancer d'un seul centimètre. Le visage ruisselant de larmes, elle s'arrêta et vit enfin son reflet.

Hermione se réveilla en sursaut, le cœur battant à tout rompre. A l'extérieur, le jour n'était pas encore levé. D'un Lumos, elle éclaira sa chambre, découvrant ainsi son visage dans le miroir. Elle était dans un état épouvantable. Ses larmes continuaient à couler le long de son cou, quittant ses yeux rouges et gonflés. Mais au moins, c'était bien elle. La jeune femme se prit la tête entre les mains. Ce rêve semblait tellement réel. Ron, Harry… La nausée la prit violemment. Et ce visage, sur le reflet du lac, ce visage qui n'était pas le sien… Tom Jedusor.

Un coup d'œil à sa montre lui apprit qu'il était six heures du matin. Elle ne pourrait plus se rendormir à présent. Ce n'est qu'un rêve, Hermione, calme-toi. Mais elle était incapable de se calmer. Ron lui manquait tellement. Il lui arrivait de faire des cauchemars, surtout dans les premiers mois suivant la bataille de Poudlard. Ron la prenait alors dans ses bras, sans un mot et la berçait jusqu'à ce qu'elle se rendorme apaisée. Mais à présent, il n'était pas là. Il lui manquait terriblement. Elle s'efforçait de ne pas trop y songer, mais dans des moments comme celui-ci, son absence se faisait cruellement ressentir. Chassant ces tristes pensées, Hermione se leva, déterminée. Ce n'était qu'un cauchemar, qui ne signifiait rien du tout. Harry et Ron étaient en bonne santé et elle n'était pas Tom Jedusor. Tu planifies pourtant son meurtre… susurra une voix ironique dans son esprit. Non, non, c'était différent.

Résolue de ne pas penser à Voldemort non plus, elle se dirigea dans la salle de bain, les jambes tremblantes. Elle avait quelques heures avant le début d'une nouvelle semaine d'enseignement. La bibliothèque était toute indiquée pour reprendre ses recherches. Après la déception de celle de Beauxbâtons, cela lui ferait du bien de retourner dans son repaire.

A cette heure-ci, la bibliothèque était vide. Hermione savoura le privilège de ne plus être une simple étudiante et d'avoir la permission d'aller où bon lui semble dans le château. Elle esquissa un sourire nostalgique en songeant à la cape d'invisibilité qui leur octroyait ce même privilège à Harry, Ron et elle. Elle voulait vérifier plusieurs choses.

La première, c'était au département divination. Il lui fallait vérifier si un livre sur les prophéties s'y trouvait également. Ce serait sans doute là où Jedusor irait vérifier une fois qu'il se serait rendu compte de la disparition de celui qu'il avait volé. Elle observa soigneusement les rayonnages, mais il n'y en avait pas de notable, en tout cas aucun équivalent à celui de Beauxbâtons. Il y avait bien un ouvrage traitant des prophéties de Nostradamus et un autre sur les prédictions de Cassandre de Troie. Par précaution, elle les feuilleta tous les deux, mais il n'y avait rien qui concerne la théorie, donc rien qui pourrait être utilisé contre Harry.

Ensuite, la jeune femme parcourut le rayon d'histoire de la magie. Elle voulait tenter un autre angle de recherche concernant les voyages temporels. Depuis le début, elle avait cherché à mieux comprendre les retourneurs de temps et leur fonctionnement. Elle avait supposé que Dumbledore était d'ailleurs mieux informé à ce sujet grâce aux contacts dont il disposait dans le monde magique. Son intérêt primaire était de trouver un moyen de réparer le retourneur de temps. Maintenant, elle souhaitait retrouver la trace de sorciers ayant fait des voyages temporels eux aussi. D'après ce qu'elle avait compris, les retourneurs de temps étaient récents, ce qui expliquait sans doute pourquoi Dumbledore n'avait pas trouvé de solution. Cependant, il existait sans doute des sorciers, avant 1944, qui avaient tenté de revenir dans le passé. La tâche qui s'annonçait était monumentale. Elle allait éplucher toute l'histoire de la magie ici, dans cette bibliothèque, afin de trouver des indices sur sa situation et, peut-être, trouver une autre solution que l'usage du sablier défectueux. Les livres lui apporteraient la solution, elle le savait.

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Tom Jedusor était resté éveillé une grande partie de la nuit, malgré sa fatigue, ce qui n'améliorai absolument pas son humeur. Plusieurs hypothèses étaient possibles pour expliquer la mystérieuse disparition du livre sur les prophéties. Soit il était protégé par un sort qui l'avait empêché de s'éloigner d'une trop grande distance de Beauxbâtons, soit il était tombé au cours du voyage, soit quelqu'un l'avait volé. L'hypothèse qui le convainquait le plus était la dernière. Il ne connaissait aucun sort qui permette d'empêcher un objet de quitter un lieu déterminé et il était sûr d'avoir désactivé le faible sort antivol apposé dessus. De même, il ne croyait pas à la simple chute car le livre était le seul objet manquant de son sac.

Mais qui pouvait le lui avoir volé ? La dernière fois qu'il l'avait vu en sa possession, c'était dans le carrosse de Beauxbâtons, lorsqu'il avait vérifié à nouveau sa présence après avoir laissé son sac sans surveillance. Cela réduisait la liste des suspects à trois personnes : le professeur Bourdon, Roselyn Tillman et Hermione Jean. Il doutait que l'agaçant François Bourdon soit en cause. S'il l'avait vu, il n'aurait pas manqué l'occasion de faire un scandale. Il ne voyait pas non plus Roselyn Tillman fouiller dans ses affaires. Quant à miss Jean… Il n'arrivait pas à la cerner. Elle en savait clairement plus qu'elle ne le laissait voir, et il ne serait pas surpris que ce soit elle qui ait « emprunté » son livre. Mais pour quelle raison l'aurait-elle fait ? Par désapprobation pour son vol ? Il avait l'intime conviction qu'elle ne se serait pas gênée pour le sermonner.

Il avait bien tenté le sortilège d'attraction, mais rien n'était venu. Alors, vers trois heures du matin, avant d'enfin sombrer dans le sommeil, il s'était résolu d'aller dans la bibliothèque de Poudlard, à l'ouverture. Avec un peu de chance, l'école possédait aussi une version du livre.

A sept heures et quart, Tom entra enfin dans la bibliothèque. Il commença par la Réserve, regardant rapidement l'ensemble des tranches des livres qui s'y trouvaient, sans succès. Puis, il alla dans la partie qui abritait les livres de divination. Aucune copie de Les Prophéties ne s'y trouvait non plus. La colère commençait à le gagner, aggravant encore son humeur. La bibliothèque de Poudlard, sa bibliothèque, ne l'avait encore jamais trahi. Comment se pouvait-il qu'un exemplaire soit présent dans l'insipide collection de Beauxbâtons et que Poudlard n'en dispose pas ?

Ses mains commençaient à trembler et il résistait à la tentation de jeter un sort de réduction sur l'ensemble de la bibliothèque. Non. Il devait se contrôler. Il trouverait une solution. C'est à ce moment que le regard du jeune homme se posa sur la seule autre occupante de la bibliothèque à cette heure-ci.

Miss Jean n'avait pas l'air d'avoir passé une nuit plus reposante que la sienne. Ses boucles folles étaient revenues, tout comme les taches d'encre sur le visage et ses mains. Il l'observa lire un grimoire trois fois plus épais qu'elle à une vitesse stupéfiante. Ses sourcils étaient froncés et elle se mordait régulièrement la lèvre inférieure, complètement inconsciente du monde qui l'entourait. Elle prenait peu de notes, raturant plus qu'elle n'écrivait. Il n'avait jamais vu quelqu'un lire autant que lui même. Qui était-elle ? Qui es-tu Hermione ?

Au bout de quelques instants, elle regarda sa montre et sursauta, comme si elle émergeait d'un rêve. Elle rangea précipitamment ses affaires et referma son livre. C'est à ce moment-là qu'elle croisa son regard. Tom lui sourit poliment et se détourna nonchalamment vers le rayonnage, comme s'il ne venait pas de passer plusieurs minutes à l'observer. Plus il apprenait à la connaître, moins il la cernait et cela le frustrait. Il tirait une grande fierté de sa capacité à comprendre les désirs, les peurs et les motivations de chacun, qui lui permettaient d'asseoir son pouvoir sur les individus qui l'entouraient. Miss Jean faisait exception, soufflant alternativement le chaud et le froid avec lui, comme si elle lisait dans son âme, comme si elle connaissait les désirs, les peurs et les motivations de Voldemort… Mais c'était impossible, n'est-ce pas ? Même Dumbledore était incapable de le percer à jour…

Tom rejoignit le couloir de la classe de métamorphose, sachant pertinemment que Miss Jean n'y serait pas encore, mais il voulait avoir le temps de recevoir un rapport complet d'Abraxas Malefoy sur ce qui s'était déroulé en son absence dans le week-end. Malefoy était bien là, mais également Tillman et trois autres camarades à qui elle racontait avec animation leur visite à Beauxbâtons. Par chance, elle se tut à son arrivée et un silence inconfortable s'installa. Ignorant totalement les autres personnes présentes, il fit signe à Abraxas de commencer, tandis que la conversation à côté d'eux reprenait avec un entrain bien moindre.

« Mylord, murmura Abraxas, Tillman discutait de rumeurs à votre sujet concernant ce que vous avez fait à Beauxbâtons.

- Quelles rumeurs ? » gronda Tom à voix basse. Son homologue lui tapait décidément sur les nerfs. Un petit Endoloris lui ferait le plus grand bien…

« C'est à propos de Miss Jean, il semblerait que des Français se soient émus de votre… supposée relation. Elle déclare ne pas en croire un seul mot, mais cela la faisait beaucoup rire. »

Hermione Jean arriva à cet instant, interrompant toute conversation. Elle leur fit à tous un grand sourire et les laissa s'installer dans la classe.

« Nous en reparlerons. » chuchota-t-il avec colère à Malefoy, qui acquiesça.

Cette stupide préfète. L'humilier ainsi, sur son territoire ? Le moment était venu de lui donner une bonne leçon. Elle aurait ce qu'elle mérite et personne n'en saurait jamais rien. Cette idée le fit sourire. Oui, il ne pouvait pas permettre un tel manque de respect sans conséquence. Se sentant observé, il leva les yeux vers Miss Jean. Elle détourna rapidement le regard, la mâchoire crispée. Ton tour viendra aussi Hermione, n'aie crainte…

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Les tempes douloureuses, Hermione s'accorda enfin un instant pour fermer les yeux. Elle hésitait à passer à l'infirmerie pour demander un remède contre son mal de tête lancinant. Mais elle balaya cette idée. Elle avait simplement besoin de repos. Heureusement, son cours avec les étudiants de première année de cet après-midi n'avait lieu que de quinze heures à seize heures. Elle pouvait se permettre de faire une sieste en attendant. Elle rassembla ses affaires et se dirigea vers ses appartements privés.

La veille au soir, elle avait résolu de débarrasser le monde de Tom Jedusor. En secret, elle localiserait ses Horcruxes, puis les détruirait après une préparation minutieuse. Il fallait aussi qu'elle se documente à nouveau sur ces objets, pour être sûre de ne rien laisser de côté. Elle s'accorda tout de même le sursis de trouver une solution à son problème temporel, un moyen de retourner à son époque exactement au moment où elle l'avait quitté. C'était nécessaire car elle n'avait pas droit à l'erreur. Au moment où elle l'affronterait, elle devrait effacer sa mémoire au cas où elle se ferait capturer et torturer. Elle déglutit à cette pensée. Elle ne voulait vraiment pas en arriver là. Ce matin encore, la jeune femme avait été témoin de cette lueur rouge qui traversait les pupilles de Tom Jedusor. Hermione ne savait pas à quoi il pensait à cet instant précis, mais cela n'augurait rien de bon. Elle devait avancer vite dans ses lectures afin de trouver la réponse et ne pas devoir se mettre à la recherche des Horcruxes, une nouvelle fois.

Elle s'interrompit dans le couloir, juste devant l'escalier qui la mènerait vers son lit. Avec un soupir, elle décida de revenir sur ses pas, en direction de la bibliothèque. Le temps pressait, et celui du repos n'était pas encore venu. Et tant pis pour son mal de tête.

Cet après-midi là, Hermione avait consulté sans succès Les grands évènements de la sorcellerie de 1900 à 1940 d'Audric Buchetier et Histoire de la magie, par l'auteur qui avait précédé Bathilda Tourdesac dans le domaine. Le mardi, elle lut entre autres Les grandes découvertes magiques et Guide de la sorcellerie médiévale. Puis, elle feuilleta de plus en plus de livres d'histoire de la magie divers et variés, tels que La Vie des Trolls au XIIe siècle ou Les Bavboules à travers les âges. Ce fut le vendredi qu'elle dénicha enfin un passage prometteur dans les Mémoires d'un guérisseur de Ste Mangouste.

A l'extérieur, la nuit était tombée depuis longtemps, même si le diner n'avait pas encore été servi. Des éclairs zébraient le ciel pluvieux. Le lendemain, elle devrait encore partir tôt, avec Jedusor et Roselyn, pour Durmstrang cette fois. Au lieu des Sombrals, un bateau avait été prêté par le Ministère, ce qui était un soulagement. Pourtant, la perspective de quitter à nouveau Poudlard pour un week-end ne l'enchantait pas. Les yeux fatigués, elle parcourait les pages d'un énième grimoire, lorsqu'elle tomba sur les mots « voyages temporels ». Electrisée, Hermione revint au début du passage.

15.09.1899 : Mrs E. est arrivée dans notre service cet après-midi à 15h34 et placée immédiatement en quarantaine. Son cas est remarquablement complexe. Je n'ai jamais vu une personne d'un âge aussi avancé. Sa peau est parcheminée au point qu'un frôlement d'aile de Billywig la déchirerait sans peine. Toutes ses veines sont apparentes, tant la peau est translucide. Les os sont également visibles et friables comme du papier. Deux côtes et une jambe ont déjà été brisées avant son arrivée, puis réparées par nos soins. Un grand nombre de fragilités ont été relevées par ailleurs et nous ne savons pas combien de temps nous pourrons empêcher de nouvelles cassures. Ses organes font leur office avec peine et il est incroyable qu'ils aient fonctionné si longtemps.

La santé mentale de la patiente est gravement affectée. Son langage est compréhensible et cohérent, malgré la faiblesse de ses cordes vocales. Cependant, elle affirme avoir 45 ans, ce qui est évidemment impossible et avoir passé 5 jours en 1402, ce qui est tout aussi impossible. De plus, elle ne cesse de réclamer son neveu, un certain Mick Jaggehar qui serait Auror, mais le Ministère affirme n'employer personne sous ce nom.

Hermione continua, le cœur battant à tout rompre. Et si cette E. disait la vérité ?

16.09.1899 : Mrs E. est décédée en début d'après-midi, à 13h53. Ses organes, trop vieux, ont lâché. L'analyse du corps nous a permis d'estimer son âge à 540 ans environ. Cela ferait de Mrs E. l'une des personnes à avoir vécu le plus longtemps sur cette planète. Des agents du Ministère se sont déplacés ce matin pour l'examiner, analyser ses souvenirs et récupérer l'ensemble de ses données médicales. L'un d'eux m'a demandé de ne pas encore répandre la nouvelle, car cette personne aurait été portée disparue 5 jours auparavant et des vérifications devaient être faites, car ladite personne disparue avait 45 ans. Il apparaît qu'elle étudiait les voyages temporels depuis plusieurs années. Fascinant, mais je soupçonne le Ministère de s'emballer. Une potion ou un sort raté est plus probablement en cause.

Mr. S semble continuer à progresser jour après jour depuis son arrivée le…

La jeune femme tremblait de tous ses membres. Les larmes perlant au coin des yeux, elle feuilleta frénétiquement les Mémoires. Plus aucune mention de Mrs E. Calme-toi Hermione, cela peut être n'importe quoi d'autre, une potion de vieillissement qui aurait mal tourné par exemple. Refusant de se laisser abattre devant si peu d'informations, elle résolut de consulter les journaux de l'époque. Elle allait éplucher la Gazette du Sorcier à partir du 14 septembre 1899 jusqu'à quelques semaines suivantes. Si réellement il s'agissait d'un voyage temporel, cela aurait fait les gros titres.

La bibliothèque se vidait de ses occupants, petit à petit. Il était presque dix-neuf heures à présent. Mais Hermione n'en avait cure. Elle retrouva les archives de la Gazette du Sorcier et repéra la décennie 1890-1899. Puis, elle sortit les journaux de la fin de l'année 1899. En moins de cinq minutes, elle revint à sa table, avec la semaine qu'elle cherchait précisément.

Le 14, le 15 et le 16 septembre, il n'y avait rien de notable. Le 17 septembre, dans les avis de décès, elle déduisit que Mrs E. était Eloïse Roulet-Bouley, Langue-de-Plomb au département des mystères, décédée des suites d'un sortilège accidentel à l'âge de 45 ans. Mais en dehors de ces lignes succinctes, il n'y avait rien d'autre concernant un éventuel voyage temporel. Les éditions du 18 et du 19 septembre s'avérèrent aussi décevantes. La une du 20 septembre en revanche piqua son intérêt : Le jour le plus long : un mardi de 60 heures ! Que fait le Ministère ? La jeune femme ouvrit alors le journal à la page 3 et s'attela à la lecture de l'article. Eloïse Roulet-Bouley n'était pas mentionnée, mais en lisant entre les lignes, Hermione comprit que l'incident au département des mystères dont il était fait état devait concerner des expériences sur le temps. Le reste du quotidien relayait les protestations des employés dans l'ensemble du monde magique qui se demandait comment les heures supplémentaires ainsi réalisées allaient être payées et comment les officiels allaient gérer la situation auprès des Moldus. Le journal du 22 septembre ne comportait qu'une feuille et titrait : Scandale : un jeudi de quatre heures. Arrêtez de jouer avec nos horloges ! Cette fois, c'était les patrons qui protestaient sur la durée trop courte de la journée et les journalistes s'excusaient de la non-exhaustivité du journal du jour, à cause d'un problème de délai d'impression.

Le cerveau d'Hermione fonctionnait à toute allure, tandis qu'elle terminait de consulter les autres journaux. Il n'y avait rien d'autre d'étrange à relever. Selon toute vraisemblance, le Ministère avait étouffé l'affaire et il y eut un simple communiqué officiel se bornant à annoncer que les Moldus ne se souviendraient plus des incidents du mardi 19 septembre et du jeudi 21 septembre. Elle se souvint alors qu'un de ses collègues Langue-de-Plomb avait rédigé un mémoire sur les retourneurs de temps, avant leur destruction. Elle n'avait jamais eu l'occasion de le lire et le regrettait amèrement à présent. Il lui avait dit que le Ministère avait interrompu les recherches au début du siècle, pour une trentaine d'années, à cause d'un incident gravissime, mais elle n'avait jamais rien appris de plus. Les dates concordaient. Cela signifiait donc qu'Eloïse Roulet-Bouley s'était très probablement rendue dans le passé et avait réussi à retourner à son époque d'origine, mais au prix de sa vie et de perturbations temporelles. Il était également probable que des personnes n'étaient jamais nées, ce qui paraissait logique car en voyageant dans le passé, elle avait sans doute fait des rencontres et changé imperceptiblement des parcours de vie. Il fallait qu'elle vérifie l'existence de ce Mick Jaggehar, mais en son for intérieur, elle savait déjà qu'elle ne trouverait rien.

Il n'était pas difficile d'en tirer des conclusions. Elle était restée plus de deux mois ici à présent. Combien de destins avait-elle déjà modifié ? Et si par miracle, elle réussissait à rentrer dans son époque, le Temps la punirait, comme il avait puni la pauvre Eloïse. Elle reviendrait vieillie de près de soixante ans. Il devait bien y avoir un moyen d'éviter cet effet secondaire, mais elle en doutait. S'il y avait bien une chose qu'elle avait apprise dans son travail, c'est que le Temps était une force mystérieuse et bien plus puissante que toute autre forme de magie. A son échelle, comment pourrait-elle espérer la vaincre ? Même Dumbledore n'avait pas de solution. Elle devait faire le deuil de sa vie d'avant. Assaillie par cette certitude et son impuissance, Hermione finit par craquer. Silencieuse, la tête plongée dans les bras, elle libéra toute l'étendue de son désespoir et de son chagrin.