Bonjour,

Je reviens avec ce nouveau chapitre qui continue à faire avancer l'histoire. J'espère qu'il vous plaira. Le prochain est déjà en cours de rédaction. Merci pour vos diverses marques d'intérêt qui font chaud au coeur. J'ai l'intention de finir cette fic comme il se doit ! Je ne vous retiens pas plus longtemps,

Bonne lecture !


« Dans le regard des autres, nous recherchons d'abord notre propre reflet. »
{Bernard Werber}


Cette fois, Tom Jedusor n'eut aucun mal à se lever très tôt. Il avait attendu ce moment tout le long de cette semaine riche en frustrations. Rien, absolument rien ne s'était déroulé comme il le voulait. Ses fidèles avaient fait les frais de son humeur massacrante à plusieurs reprises, malgré tous leurs efforts pour lui plaire.

D'abord, il lui fut impossible de retrouver son ouvrage sur les prophéties et il en était fortement ennuyé. Malgré plusieurs recherches à la bibliothèque de Poudlard, il n'avait pas réussi à en retrouver un équivalent. Tous les stupides livres qu'il avait consulté ne faisaient que de retranscrire des prophéties célèbres ou de narrer l'histoire de sorciers tels que Nostradamus. Ce qui l'ennuyait le plus, c'est qu'il n'avait eu le temps de lire que la première partie historique, qui ne traitait que peu de théorie, la suite devait lui permettre enfin d'entrer dans le vif du sujet. S'il était honnête avec lui-même, son intérêt renouvelé pour cet ouvrage était dû à sa disparition, parce que cela renforçait sa curiosité. Lors des heures passées à la bibliothèque, il avait croisé Hermione Jean à plusieurs reprises. Elle était constamment le nez dans un bouquin et le monde extérieur semblait n'avoir aucune prise sur elle. Elle arrivait la première et quittait les lieux longtemps après le dernier étudiant. Il s'interrogeait sur le sujet de ses recherches qui, visiblement, la consumaient. Chaque fois, Tom s'était retenu d'aller l'aborder. Il ne voulait pas que les étudiants croient la nouvelle rumeur qui avait pris de l'ampleur au sein du château. Il ne savait pas bien pourquoi il y attachait de l'importance, mais il était resté loin d'elle, l'observant parfois à la dérobée, avec une pointe d'admiration pour sa capacité de travail.

Cette rumeur était un autre motif de contrariété. Bien que Tillman ait affirmé à ses camarades de Serdaigle qu'elle ne croyait pas à une idylle entre le préfet-en-chef et Miss Jean, ce point fut vite oublié des étudiants les plus indiscrets de Poudlard. Lestrange avait été le malheureux messager de certains de ces commérages et avait essuyé sa colère. Le propre comportement de Tom l'inquiétait. Jamais auparavant il ne s'était autant senti impuissant contre une rumeur et Abraxas Malefoy avait même osé lui demander ce qui le dérangeait tant. Ne disait-il pas lui même que les filles qui le traquaient dans les couloirs l'ennuyaient ? Plusieurs d'entre elles s'étaient découragées depuis qu'elles lui prêtaient une relation avec Miss Jean. Abraxas avait aussi souligné que c'était la jeune femme qui avait le plus à perdre. C'était elle l'enseignante après tout, fiancée de surcroît. C'était sa réputation qui était le plus en danger. Voldemort ne l'avait évidemment pas admis face à Malefoy, mais il ne manquait pas de jugeote. Pourtant, Hermione semblait ne pas avoir conscience de ces potins ou alors elle s'en contrefichait. Si elle parvenait à rester dans sa bulle, pourquoi n'y arrivait-il pas ? Il avait conscience de gaspiller sa précieuse énergie.

Et enfin, dernière frustration, aucun de ses projets n'avait avancé. Constamment furieux, il n'avait pas daigné exposer à ses suiveurs son plan pour prendre le pouvoir, en utilisant les créatures à intelligence presque humaine. Il n'avait pas non plus eu le temps de mettre au point une stratégie. Et pour couronner le tout, la Dame Grise restait désespérément introuvable.

Mais ce week-end, tout ne pouvait que bien se dérouler. Il brûlait d'impatience de découvrir Durmstrang, le terreau de Gellert Grindelwald. Cet institut gardait jalousement ses secrets mais il avait mauvaise réputation en raison de ses accointances avec la magie noire. Avant tout, il y rechercherait l'inspiration et des contacts. Il espérait, une fois encore, accéder à la bibliothèque et s'abreuver, peut-être, de nouvelles connaissances.

Il arriva le premier sur les berges du lac, sous une pluie battante. Là, un bateau de taille moyenne les attendait, tanguant docilement sur les remous. Un employé du département de la Coopération Magique Internationale s'activait à bord. Le vieil homme était chargé de manoeuvrer l'embarcation magique jusqu'à l'institut Durmstrang. Hermione Jean arriva quelques instants plus tard, le visage étrangement lisse et apprêté. Elle avait noué ses longues boucles en une tresse, dégageant ses traits. Elle n'était pourtant pas sujette à la coquetterie habituellement. La seule fois où il l'avait trouvée physiquement agréable, c'était au moment du bal d'Halloween de Beauxbâtons. Elle devait avoir fait un effort pour leurs hôtes de Durmstrang, ce qui était tout à son honneur, il fallait le reconnaître. La jeune femme les salua tous les deux et entreprit de poser des questions à leur capitaine.

« Combien de temps devrait durer le voyage ?

- Difficile à dire, Miss », répondit vieil homme d'un ton bourru. « Les instructions que nous avons reçues de l'institut Durmstrang sont de nous rendre à la porte aquatique de Gotland et de là, un professeur nous rejoindra pour terminer la route. D'ici à la porte de Gotland, il faut compter six heures. Il faudra emprunter quatre autres portes aquatiques, qui nous permettront de gagner du temps, parce qu'on ne dirait pas comme ça, mais ça en fait des milles marins ! »

Tillman arriva sur ces entrefaites. L'employé les invita alors à se mettre à l'abri, sous le pont, où se trouvait un salon aux fauteuils dépareillés autour d'une grande table. Tom s'installa le plus loin possible de la préfète-en-chef. Il était toujours furieux contre elle et sa stupide rumeur. Pourquoi avait-il fallu qu'elle ouvre sa grande bouche ? Il avait déjà prévu de se venger à Durmstrang, et ce ne serait qu'un avant-goût.

Miss Jean prit place entre eux et sortit une liasse de parchemins. Son expression était enjouée et Tom remarqua alors qu'elle ne portait plus sa bague de fiançailles. A nouveau.

« Je vais en profiter pour faire des corrections », expliqua-t-elle en tapotant le paquet de copies. « Et vous, qu'avez-vous apporté pour vous occuper ?

- J'ai pris l'ensemble de mes notes depuis le début de l'année. Je voudrais les relire à nouveau, pour préparer les examens », répondit aussitôt Tillman. « Peut-être pourrais-je vous poser quelques questions sur les points que je ne comprends pas ? »

Tom leva les yeux au ciel. Elle était en septième année, par Salazar ! Ne savait-elle pas faire ses propres recherches ?

« Bien entendu, Roselyn, vous le pouvez. Et vous, Tom ? », reprit-elle à son adresse.

« J'ai apporté également de quoi étudier, mais je devrais m'en sortir seul. »

Tillman eut la décence de rougir et de baisser les yeux, tandis qu'Hermione le regarda avec sévérité, les sourcils froncés. Il était extrêmement rare que quelqu'un se permette de prendre cette expression face à lui. Il lui rendit son regard, les sourcils haussés. Je ne vois pas où est le problème. Elle roula les yeux, sans rien ajouter, et se pencha sur ses devoirs à corriger. Il réalisa alors qu'il souriait et l'effaça aussitôt. Personne ne prenait cet air moralisateur avec lui et il n'était pas censé le tolérer… mais quelque part, elle lui avait manqué. Son estomac se révulsa aussitôt. Non, elle ne lui avait pas manqué, puisqu'elle n'était rien pour lui ! Rien de plus qu'une menace potentielle à surveiller de près et à percer à jour.

Le bateau tangua soudain violemment. Les parchemins volèrent dans la salle, aussitôt ramenés en piles nettes par un sort rapide d'Hermione, mais ils furent tous les trois secoués. Les fauteuils n'étaient pas fixés au sol et glissaient dans tous les sens. Cette sensation désagréable dura quelques dizaines de secondes puis s'arrêta net.

« Je crois que nous venons de passer la première porte aquatique », commenta stoïquement la stagiaire.

Tillman se leva, le visage blafard. Visiblement, elle ne se sentait pas très bien. Elle se précipita sur le pont et il l'entendit vider ses tripes. Hermione se leva aussitôt et avant de franchir la porte, elle se tourna vers lui.

« Tom, vous devriez vraiment être plus aimable avec elle… Ne me regardez pas comme ça, vous savez très bien de quoi je parle ! »

Encore une fois, il aurait dû se vexer et la remettre à sa place. Mais encore une fois, il ne dit rien et sourit, ce qu'il regretta, encore une fois.

oO0OoO0Oo

Hermione se précipita à l'étage pour aider Roselyn. Elle prononça un Recurvite à la hâte afin d'épargner la pauvre Serdaigle la honte de le faire elle-même. Celle-ci avait le teint verdâtre. La jeune femme la prit par le coude et l'aida à s'installer sur une banquette du pont. Il ne pleuvait plus. Oliver, le vieil homme qui les accompagnait, s'approcha d'elles et proposa une potion contre le mal de mer à la Serdaigle, qui s'empressa de l'accepter et la vida d'un trait.

« Merci d'être venue à mon secours, Miss Jean. »

Elle bailla profondément, s'allongea sur la banquette et s'endormit aussitôt. Interloquée, Hermione interpella Oliver. Celui-ci se confondit immédiatement en excuses. Il avait échangé par mégarde la potion contre le mal de mer avec une potion de sommeil sans rêve. Il lui offrit aussitôt d'ouvrir l'accès à la cabine adjacente au petit salon sous le pont, afin de la laisser se reposer. Après un rapide examen, Hermione convint qu'il n'était pas prudent de la réveiller immédiatement et rassura le vieil homme dont l'intention était bonne malgré tout. Elle le conseilla tout de même d'étiqueter ses potions à l'avenir afin d'éviter tout accident. Cette fois, ce n'était pas très grave, mais que ce serait-il passé s'il lui avait donné du produit nettoyant ou un autre breuvage équivalent ? Puis, elle utilisa un sort de lévitation pour porter Roselyn et descendit avec précaution à sa suite. Elle l'installa délicatement sur un lit et laissa la porte à peine entrouverte pour la surveiller. Et c'est ainsi qu'elle se retrouva seule avec Tom Jedusor pour toute compagnie.

La nuit avait été horrible. Hermione avait à peine trouvé le sommeil et s'était réveillée dans un état tellement épouvantable qu'elle dut utiliser des sorts de soin pour camoufler sa mauvaise mine. Elle ne voulait pas que sa détresse se voie. Elle avait craqué dans la bibliothèque, heureusement vide, assommée par les découvertes qu'elle avait faites. Sa bague était définitivement rangée dans sa boîte, dans le tiroir avec le livre sur les prophéties. Même si elle parvenait à retourner à son époque, Ron ne voudrait pas d'une femme aux 80 bougies passées. Elle devait l'admettre une bonne fois pour toutes, ce qu'elle savait déjà au fond de son coeur, il lui fallait faire le deuil de cette relation.

Malgré tout, elle avait mis un point d'honneur à se comporter normalement. Pendant toute la semaine, elle avait enchaîné les cours et les recherches, délaissant toute vie sociale. Ce week-end, elle allait, au contraire, devoir se consacrer à cela. Alors, légèrement inhibée par la fatigue, elle fit ce qu'elle savait le mieux faire : être elle-même.

Le comportement de Jedusor était quelque peu étrange. Elle l'avait aperçu quelques fois dans la semaine et feint de ne pas le voir. Il avait eu constamment la mâchoire serrée et les yeux flamboyants de colère. Etait-ce la disparition de son livre qui le mettait dans un tel état ? Ce matin pourtant, il semblait de meilleure humeur, certainement dû à la perspective de se rendre à Durmstrang. Elle avait même surpris, du coin de l'oeil, deux vrais sourires, si brefs qu'elle soupçonna la fatigue de lui jouer des tours. Voldemort, sourire sincèrement, on aura tout vu !

Un silence inconfortable s'installa entre eux. Il y avait tant de choses qu'elle brûlait de lui dire, mais elle se retint. Elle n'était pas assez en forme pour se lancer dans une joute verbale. Elle sentait instinctivement qu'elle prenait déjà bien trop de libertés avec lui et, étonnamment, il n'avait pas réagi. Malheureusement, une fois n'est pas coutume, son cerveau était embrumé, se débattant avec la fatigue. Hermione enviait à présent Roselyn et envisagea de demander une autre potion de sommeil sans rêve à Oliver. Avec un profond soupir, elle se pencha sur les copies de ses étudiants de première année concernant le sortilège de Transfert. Distraitement, elle corrigea des notions erronées, écrivit des encouragements ou des félicitations à l'adresse des étudiants les plus studieux. Le bateau la berçait agréablement à présent, dans son fauteuil délicieusement confortable et peu à peu ses paupières se firent lourdes, très lourdes…

Une violente secousse la réveilla soudainement et tous ses sens se mirent en alerte. Hermione bondit de son fauteuil, baguette dégainée. Une profonde surprise se peignit sur les traits de Jedusor, qui n'avait pas bougé de son siège. Une simple porte aquatique… Embarrassée, elle se rendit dans la cabine adjacente pour masquer sa confusion. Roselyn était toujours endormie, inconsciente de ce qui se passait autour d'elle. Elle la laissa seule, fermant délicatement la porte, et retourna s'asseoir.

Comment avait-elle pu être assez stupide pour s'endormir en présence de Voldemort ? Furieuse contre elle-même, elle consulta sa montre. Elle ne pouvait avoir été endormie plus de dix minutes. C'était déjà beaucoup trop. Et s'il en avait profité pour explorer ses pensées ? Elle s'autorisa enfin à lever les yeux vers lui. Elle se persuada que s'il avait tenté de s'introduire dans son esprit, elle l'aurait senti et se serait réveillée immédiatement. Cela restait inacceptable de sa part…

« Désolée, j'ai dû m'assoupir un instant… »

Tom la regarda avec une expression étrange. Etait-ce… de l'admiration ?

« Vous avez d'excellents réflexes, Miss Jean », commenta-t-il sobrement. Son visage devint alors plus sérieux. « Peut-être avez-vous besoin de repos ?

- Non ! », s'écria Hermione, un peu trop rapidement. Les yeux noirs de Tom s'étrécirent. « Je veux dire… Non, vous êtes censés être sous ma responsabilité tous les deux et je ne peux pas me permettre de… Enfin… » Par Merlin, qu'elle était ridicule avec sa voix tremblotante et son ton mal assuré ! Elle se redressa s'éclaircit la gorge. « Ce serait un laisser-aller inacceptable et indigne d'un professeur, vous comprenez ? »

Jedusor inclina légèrement la tête, pensif. Un léger sourire amusé naquit brièvement au coin de ses lèvres, illuminant temporairement son visage et adoucissant ses traits. Pour un peu, elle crut apercevoir une faible lueur dorée au fond de ses yeux, habituellement si noirs. Mais cela devait être un effet d'optique. Etait-elle toujours en train de rêver ? La jeune femme eut besoin d'air. Elle se leva à nouveau, moins brusquement cette fois, et se dirigea vers le pont la nuque raide.

La brise marine la soulagea immédiatement et nettoya les dernières brumes qui subsistaient dans son cerveau. Elle fit le vide dans son esprit et inhala les vapeurs salées qui lui emplissaient délicieusement les narines. Quand elle s'estima rassérénée, elle reprit sa place sous le pont. Le trajet promettait d'être encore long.

Roselyn ne sortit toujours pas de son sommeil, malgré la quatrième et, espérons-le, dernière secousse. Elle était allée la voir plusieurs fois pour vérifier son état de santé. Elle était toujours paisiblement endormie et un examen lui apprit que la potion commençait à se dégrader dans son système. Avec un peu de chance, elle serait réveillée avant leur arrivée à Durmstrang. Quant à Tom Jedusor, il s'était intensément plongé dans une dissertation de défense contre les forces du mal et avait étalé des notes et des livres autour de lui. Cela lui avait donné l'étrange impression de se trouver face à un miroir et Hermione n'avait pu s'empêcher de glisser quelques coups d'oeil dans sa direction. Comme elle, il avait le don de s'enfermer dans une bulle pour se concentrer sur sa tâche.

Une voix grave se fit entendre sur le pont du bateau au-dessus d'eux. Le professeur de Durmstrang ! Attrapant un manteau hivernal, la jeune femme grimpa aussitôt les escaliers pour l'accueillir comme il se doit. L'étranger, un grand blond à peine plus âgé qu'elle, se tourna alors vers elle, ses yeux bleu-gris pétillant d'enthousiasme. Son uniforme était intégralement rouge, orné d'une imposante fourrure noire. Il se dégageait de lui une chaleur réconfortante, malgré le vent glacial. Elle lui tendit aussitôt la main.

« Hermione Jean, professeur de métamorphose, je suis ravie de vous rencontrer.

- Tout le plaisir est pour moi, professeur », lui répondit l'homme avec un accent à peine marqué, retirant ses gants noirs. Il lui saisit délicatement la main qu'elle lui offrait et y apposa un baiser. « Klaus Morovitch pour vous servir. »

Cela n'aurait pas dû la faire frissonner. Elle était fiancée, n'est-ce pas ? Mais des fourmillements parcoururent agréablement son corps et elle retira rapidement sa main.

« J'enseigne le duel à l'institut Durmstrang. » Il regarda derrière elle. « Et vous êtes ? »

Hermione se retourna rapidement, pour découvrir Tom Jedusor, le regard glacial. Elle fronça les sourcils, surprise. N'était-il pas censé être heureux de rencontrer de potentiels pairs ? Brisant le silence, elle en profita pour faire les présentations

« Oh, professeur Morovitch, voici Tom Jedusor, le préfet-en-chef de Poudlard…

- Appelez-moi Klaus, je vous en prie ! » Elle ne put s'empêcher de rougir. C'était complètement stupide. « Je suis ravi de vous rencontrer, mon garçon. »

Les yeux d'Hermione s'écarquillèrent légèrement et regarda nerveusement Jedusor. S'il était agacé, il n'en laissa rien paraître et il hocha simplement la tête. Ses jointures blanches de fureur n'échappèrent cependant à la jeune femme qui se sentit obligée de faire diversion.

« Alors, appelez-moi Hermione, Klaus. La préfète-en-chef de Poudlard est également présente, mais elle est en train de se reposer. Le voyage a été long.

- J'ai bien peur qu'il ne soit pas encore terminé, ma chère », répliqua Klaus avec un sourire lumineux. Elle rougit à nouveau et blâma le froid. « Mais j'ai ramené un excellent chocolat chaud pour patienter et nous avons tout le temps de faire amplement connaissance ! »

Sans attendre de réponse, il se dirigea vers le poste de commande du bateau, qu'Oliver avait déserté pour se retirer dans sa propre cabine. Il fit quelques réglages et tapota le tableau du bout de sa baguette magique. Hermione se retourna pour s'enquérir de Tom. Celui-ci avait déjà déserté le pont sans un mot, son dos disparaissant dans les escaliers.

oO0OoO0Oo

Il bouillonnait de colère. Que lui arrivait-il ces derniers temps ? Cela ne ressemblait pas à Tom Jedusor d'éprouver des émotions aussi puissantes sans aucune raison valable. Mais dés qu'il avait vu ce Morovitch poser ses lèvres sur la main d'Hermione Jean, il avait senti son estomac se retourner. C'était un sentiment très étrange et très désagréable. Pourquoi Miss Jean rougissait-elle comme une adolescente face ce bellâtre ? Et pour qui se prenait-il avec son ton condescendant envers lui ? Mon garçon… Il lui avait fallu tout son self-control pour ne pas réagir. Dans d'autres circonstances, cet homme aurait fini à la mer avant de reprendre son souffle. Inexplicablement, la stagiaire semblait en avoir conscience, à voir ses grands yeux inquiets posés sur lui et la rapidité avec laquelle elle avait reprit la parole. Il avait alors quitté le pont. Qu'il se le garde son maudit chocolat chaud !

Il repensa au moment où la jeune femme s'était endormie dans son fauteuil, à quelques mètres de lui. Ses yeux s'étaient clos petit à petit, sa respiration de plus en plus calme à travers ses lèvres à peine entrouvertes, son menton pivotant sur son épaule. Médusé, il l'avait observée pendant quelques minutes. Lui faisait-elle confiance au point de baisser sa garde devant lui ? Cette pensée l'avait troublé. Il fut alors tenté de s'introduire dans ses pensées, mais renonça. Cela pouvait tout aussi bien être un piège… Si elle sentait son intrusion, elle l'aurait pris en flagrant délit et il ne pouvait pas se le permettre. Et puis, il y avait eu la secousse. Il n'avait jamais vu quelqu'un sortir du sommeil et bondir aussi vite, la baguette prête et un sortilège au bout des lèvres. Jamais. Cela forçait le respect. Lorsqu'il l'avait surprise sous son arbre dans le parc de Poudlard, elle était vive mais ne dormait pas.

Qui est-elle ?, se demandait-il inlassablement. Les semaines passaient et il n'en finissait plus d'être surpris, au point qu'il anticipait désormais son prochain coup d'éclat. Elle devait avoir été entraînée, d'une manière ou d'une autre… Par qui ? Dans quel but ? Il commençait à présent à regretter sa décision de ne pas explorer son esprit. Le moment était passé, il avait laissé filer cette opportunité. Il y a deux mois, il n'aurait pas hésité une seconde…

Il reprit son devoir là où il l'avait laissé, ignorant les tremblements dans ses mains. Ce fut sans compter les deux professeurs qui descendirent les escaliers en bavardant et s'installèrent à leur tour autour de la table. Morovitch fit apparaître trois mugs et versa le chocolat, qu'il fit léviter vers chacun d'entre eux. Il fut complètement ignoré par Jedusor qui se concentra exclusivement sur ce qu'il écrivait et n'avait aucune intention d'y toucher.

« Merci beaucoup Klaus… C'est délicieux.
- Voyons Hermione, vous ne pensiez tout de même pas que je vous avais menti ? »

La jeune femme laissa échapper un petit rire, mais n'ajouta rien. Il l'entendit ranger les parchemins pour dégager la table et elle entreprit de poser des questions sur l'institut. Il n'écouta que d'une oreille distraite, décidé à faire comme s'ils n'étaient pas là. Cela ne sembla pas déranger Morovitch, au contraire. Après une vingtaine de minutes, il fut rapidement clair qu'il était un fervent opposant à Grindelwald. Ce qui était tout aussi clair, c'est qu'il flirtait avec Hermione.

« Nous sommes vraiment reconnaissants de votre séjour chez nous. Avec tout ce qu'il s'est passé, nous n'imaginions pas que… eh bien… vous envisageriez un échange avec nous.
- Comment ça, Klaus ?
- Grindelwald est sorti de notre formation après tout. Notre réputation était déjà assez mauvaise… Maintenant le monde entier croit que nous baignons tous nos étudiants dans la magie noire !
- Non, tout le monde ne pense pas ça… », commença Miss Jean.

« Vous êtes une perle, Hermione. Tout le monde n'a pas votre ouverture d'esprit. »

Jedusor leva les yeux au ciel. Quelle subtilité ! Mais pourquoi lui-même s'y intéressait-il autant ? Miss Jean était assez grande pour faire ses propres choix et loin d'être stupide. Si elle était attirée par ce bellâtre sans subtilité et qui lui coupait constamment la parole, grand bien lui fasse.

« Hum, merci Klaus, mais je ne parlais pas uniquement de moi. Il y a beaucoup de monde impliqué dans ce projet et…
- Mais vous êtes la seule qui m'intéresse », lui répondit-il avec un clin d'oeil appuyé.

Cette fois, le Serpentard ne put s'en empêcher. Il renifla d'un air méprisant et laissa échapper un bref ricanement, ce qui lui valut aussitôt un regard de reproche de la part d'Hermione. Mais Klaus ne parut pas se démonter une seule seconde. Au contraire, il s'enfonça plus profondément dans son fauteuil et continua de sourire.

« Ai-je touché une corde sensible, Tom ? »

Piqué au vif, Voldemort calma immédiatement son pouls et ses yeux s'étrécirent, tel un serpent. Pourquoi fallait-il que tout le monde insinue qu'il se passait quelque chose entre lui et Miss Jean ? Comme s'il en avait quelque chose à faire !

« Sauf votre respect, professeur, je n'ai rien dit. Je n'avais pas pour but d'interrompre votre… comment dirais-je… ?
- Tom ! », interrompit Miss Jean, ses yeux chocolat lui lançant un regard d'avertissement. Il n'en tint pas compte.
« … badinage », termina-t-il avec un léger sourire narquois.

« Tom ! », s'écria la jeune femme, d'un ton plus ferme encore. « Ce n'est pas… »

Morovitch eut le culot d'éclater de rire et de l'interrompre, posant sa main sur son bras. Elle fut trop surprise pour continuer. Tant mieux. Il n'avait aucune intention de se laisser gronder comme un petit garçon.

« Il n'y a pas de mal, Hermione. Quand j'avais son âge, moi aussi j'avais le béguin pour…
- Klaus ! Que dites-vous ? »

Elle semblait paniquée à présent, ce qui n'était pas pour déplaire à Tom. Cela lui apprendrait… Et pour une fois, son regard de reproche était dirigé vers quelqu'un d'autre. Impassible, Jedusor soutint son regard et rétorqua :

« Cela ne me viendrait pas à l'idée de séduire une femme déjà engagée par ailleurs…
- TOM ! » Cette fois, Hermione se leva et il crut voir des larmes affluer dans ses yeux. On aurait dit un instant qu'elle allait lui jeter un sort, mais elle poussa un cri de frustration et se détourna.

« Hum… Bonjour », fit une petite voix. Tillman les regardait tour à tour, encore ensommeillée. « Que se passe-t-il ici ? »

Personne ne répondit immédiatement. Morovitch semblait avoir légèrement perdu de sa superbe et regardait Hermione d'un air inquiet. Celle-ci, la respiration saccadée, se calma lentement et adressa un sourire rassurant à Roselyn. Il n'y avait plus aucune trace de larme, mais sa tresse crépitait toujours de colère.

« Roselyn ! Venez donc vous asseoir, je vous expliquerai tout plus tard. En attendant, je vous présente le professeur Morovitch, qui a eu la gentillesse de venir nous guider pour la dernière partie du trajet. Klaus, je vous présente Roselyn Tillman, préfète-en-chef de Poudlard. »

La jeune femme faisait tout pour masquer sa contrariété. Quand Roselyn prit place et commença à discuter avec Morovitch avec animation, Hermione s'excusa et s'éclipsa en direction du pont. Tom hésita. Devait-il la rejoindre ? Une partie de lui voulait la suivre. Mais dans quel but ? Il n'avait pas encore pris de décision lorsque Morovitch prit congé de Tillman, non sans lui avoir versé un chocolat chaud et monta à son tour, certainement pour rejoindre Miss Jean. A nouveau, l'estomac de Jedusor se révulsa, dans un spasme incompréhensible. Que diable lui arrivait-il ?

Furieux contre le monde entier, et surtout contre lui-même, il se replongea dans son devoir. Si Tillman avait l'audace de prononcer, ne serait-ce qu'un seul mot, il ne répondrait plus de rien.