Bonsoir !

Me revoilà avec ce nouveau chapitre, un peu plus court. Je suis heureuse que le précédent vous ait plu, merci à ceux qui m'ont laissé un message :)
Je suis désolée si le rythme peut paraître lent... J'estime que cela est nécessaire au vu des caractères de nos héros ! En tout cas, j'entrevois la fin de l'histoire, même si je n'ai pas encore déterminé le nombre de chapitres nécessaires pour y arriver, mais nous connaîtrons tous le fin mot !

Bonne lecture !


« La rumeur publique est plus forte que toutes les puissances de ce monde. »
{Gilles Vigneault}


L'air glacé lui fit du bien. Tom se tint un long moment ainsi, les yeux clos, debout dans le parc du château de Durmstrang. Ses pensées s'entrechoquaient dans son esprit, mais il était incapable de les saisir au vol pour les analyser. Le froid les effaça une à une, mais le vide qu'il ressentait dans son buste ne disparaissait pas. Lorsque les frissons se firent plus violents, faisant vibrer sa mâchoire, il ouvrit enfin les yeux. Les milliers d'étoiles qui brillaient dans le ciel se reflétaient dans l'immense lac. Cela ramena Tom, malgré lui, au souvenir de cette soirée à Beauxbâtons, exactement une semaine plus tôt. Le visage d'Hermione s'ancra dans son esprit, contre son gré.

Pour quelqu'un qui se targuait de ne rien ressentir, il en était pour ses frais. Lorsque Miss Jean l'avait entraîné sur la piste, il n'avait pas été capable de découvrir sa motivation. Ne s'était-elle pas fâchée contre lui, il y avait quelques heures de cela ? N'était-elle pas froide et méfiante, quelques semaines plus tôt ? N'était-elle pas dévouée à Morovitch, qui espérait sans doute finir chanceux ce soir-là ? Alors il avait fait quelque chose qui ne lui arrivait jamais. Il avait cessé de réfléchir.

Avant cette soirée, il aurait été incapable d'affirmer avec sincérité qu'il savait valser. Il en connaissait les notions, oui, comme tous les jeunes de son âge. Mais faute de pratique, il aurait tout aussi pu se montrer incapable de tenir la mesure, sachant qu'il ne pouvait pas compter sur sa partenaire. Il avait vu la jeune femme danser avec Morovitch un peu plus tôt et il était clair qu'elle n'avait aucun sens du rythme. Pourtant, leur tempo avait été impeccable et Tom avait fait tournoyer l'ex-Gryffondor sans effort. Dans ses bras, loin de s'abandonner, elle accompagnait le moindre de ses pas, sans qu'ils n'aient besoin de se concerter d'un regard. Le monde autour d'eux n'existait plus. Seules comptaient la musique et l'union de leurs corps dans cette danse, une main au creux de son dos et l'autre enfermant la sienne. Ils ne faisaient plus qu'un. Il ne se souvenait pas de la dernière fois qu'il avait été aussi proche, physiquement, d'une autre personne. Ou bien était-ce la première fois ?

C'est alors qu'elle avait soufflé son prénom. Ce nom maudit, que lui avait légué son Moldu de père, ne semblait plus aussi terrible sur ses lèvres. Peut-être qu'il pourrait le tolérer. Il l'avait regardée à ce moment. Non, elle n'était pas ce qu'on pourrait appeler une belle femme, affirma-t-il en son for intérieur. Pourtant, la forme de ses yeux, leur couleur chocolat au lait, ses longs cils, ses lèvres à peine pulpeuses, son petit nez droit, tout lui était devenu familier en si peu de temps. Et pour une fois, dans ses prunelles, il vit autre chose que la froideur, la colère, le reproche ou même la curiosité. Il y avait une lueur qu'il ne lui connaissait pas et qu'il serait incapable d'interpréter.

Et c'est au moment où elle avait à nouveau ouvert la bouche que la réalité avait refait surface. Bien sûr. Elle l'avait entraîné ici, au milieu de cette pièce pleine de témoins, pour parler de Tillman. Cette idiote de Serdaigle. Pourquoi Hermione s'en préoccupait-elle ? La déception s'insinuait dans ses veines. Il lui avait affirmé qu'il ne savait rien, mais il avait lu dans ses yeux qu'elle ne le croyait pas. Elle avait raison bien sûr, mais il se sentit vexé et même… blessé ? Heureusement, la musique avait pris fin à ce moment-là. Avec urgence et à contrecoeur, il l'avait laissée, non sans l'avoir saluée dans les formes, comme tout gentleman, s'était-il convaincu. Et c'est ainsi qu'il s'était retrouvé à l'extérieur, dans le parc de Durmstrang, à endurer le froid salutaire.

Au bout de ce qui lui sembla être une éternité, Tom Jedusor rentra au château, en direction de sa chambre. Il ne jeta pas un seul regard en direction de la salle de réception où la fête continuait de battre son plein. Hermione Jean était sans doute retournée auprès de Morovitch. Grand bien lui fasse. Voldemort ne s'intéressait à elle que pour percer le mystère de son identité et ensuite, à n'en pas douter, il l'exécuterait, se persuada-t-il. Elle influait beaucoup trop sur son humeur pour continuer à vivre. Il ignora royalement le doute qui naissait en lui.

Le sommeil le fuit, cette nuit-là. Se tournant et se retournant dans ce lit inconfortable, il se replongea, malgré lui, dans les souvenirs. Certains lui étaient agréables, d'autres moins. Il pensa à son enfance à l'orphelinat, à la visite de Dumbledore qui lui avait ouvert les portes d'un nouveau monde. Il se revit en quête de son héritage, d'abord déçu par son père, et enfin la consécration de la Chambre des Secrets, qui lui prouvait qu'il était le descendant du plus illustre fondateur de Poudlard. Il repensa à la stupide jeune fille qui était là, dans les toilettes, alors qu'il libérait le Basilic. Il ne la connaissait même pas. Mais elle était là au moment où il avait eu besoin de créer son premier Horcruxe, le précieux journal qu'il conservait dans un tiroir verrouillé de sa chambre de préfet-en-chef.

Les Horcruxes… Il regarda la bague des Gaunt qui luisait grâce à l'éclat de la lune, posée sur son chevet. Et si c'était les Horcruxes qui étaient en cause dans ses désordres émotionnels récents ? Il avait lu que diviser une âme l'endommageait considérablement. Il ne se souvenait de rien qui ne concernât les émotions en tant que telles, mais il avait divisé son âme en trois. A ce qu'il savait, personne n'était allé aussi loin que lui sur ce chemin, alors qui aurait pu témoigner ? Peut-être que les accès de colère qu'il ressentait ces derniers temps étaient dû à une instabilité structurelle de son âme, qu'il avait fragilisée ? Il allait falloir qu'il se renseigne avant d'aller plus loin. Il n'était pas prêt à perdre toute sa sanité d'esprit pour l'immortalité. Pas encore. Comment devenir le sorcier le plus puissant de tous les temps, s'il était plus que jamais à la merci de ses émotions ? Cette hypothèse avait cependant un avantage non négligeable : elle n'avait rien à voir avec Hermione Jean. Sur ces pensées, il se laissa finalement glisser dans le sommeil.

Il fut réveillé au bout de ce qui lui semblait être une petite heure par des discussions d'étudiants dans le couloir. Il grogna et s'enfonça dans les oreillers, déterminé à se rendormir. La nuit était toujours aussi noire à l'extérieur. Mais des toc toc légers se firent entendre derrière la porte.

« Tom ? »

Il reconnut sa voix sans peine. Hermione. Que lui voulait-elle, au milieu de la nuit ?

« Il est neuf heures et demie du matin et nous sommes attendus dans trente minutes dans le bureau du directeur… »

Neuf heures et demie ? Comment était-ce possible ? Il se rappela alors qu'ils étaient dans le Grand Nord… Miss Jean manifesta son impatience par de nouveaux toc toc. Complètement réveillé à présent, il n'eut aucune intention de répondre. Pourquoi le devrait-il ? Il prétexterait un sortilège d'insonorisation. Il se dirigea vers la salle d'eau pour faire une toilette et s'habiller.

« Tom ? Est-ce que vous m'entendez ? »

Un rictus naquit sur ses lèvres. Combien de temps tiendrait-elle, avant qu'elle ne perde patience ? Il l'entendit tenter d'ouvrir la porte. Irait-elle jusqu'à l'ouvrir avec la magie ? Apparemment non.

« Tom ? », répéta-t-elle, d'une voix rendue aigüe par l'anxiété qui commençait à la gagner. « S'il vous plaît, répondez-moi si vous m'entendez ! »

Elle devait devenir folle, là-derrière. Il se délectait de sa détresse. Ne l'avait-elle pas mérité, après ce qu'il s'était passé hier ? Il passa un dernier coup de peigne dans ses cheveux. Il était prêt. Il se dirigea finalement vers la porte pour mettre fin à son supplice.

« Tom Jedusor ! Je te promets que si tu te moques de moi, je ferai sauter cette porte, que ça te plaise ou non ! Je compte jusqu'à trois ! »

Allait-elle oser ? Bien qu'il fut infiniment tenté de la pousser dans ses derniers retranchements, il estima plus sage de s'arrêter là. Il n'avait aucune envie d'essuyer sa mauvaise humeur toute la matinée et il était certain que cela ne jouerait pas en sa faveur. Il appuya sur la poignée alors qu'elle arrivait à « deux » et ouvrit la porte. Tom feignit la surprise lorsqu'il la découvrit, le visage furieux et la baguette tendue dans sa direction. Il eut le plus grand mal à ne pas éclater de rire. Elle allait vraiment le faire !

« Miss Jean ? Que se passe-t-il ?
- Ne joue pas à ça avec moi, Tom, ça fait dix minutes que je frappe à ta porte et que je t'appelle ! »

Elle avait le teint cramoisi de colère et n'avait pas encore baissé sa baguette, dont des étincelles jaillirent. La journée commençait à merveille et Tom esquissa un sourire poli.

« Oh vraiment ? Je n'ai rien entendu, mais c'est sûrement à cause du sort d'insonorisation que j'ai utilisé pour pouvoir dormir. »

Elle ne parut pas convaincue, mais il vit le doute naître dans ses yeux bruns et cernés de fatigue. La nuit avait dû être longue pour elle aussi. Le visage triomphal de Morovitch traversa alors son esprit, et il n'eut plus envie de rire du tout.

« Nous n'avons pas le temps pour ça », reprit-il sèchement. « Allons signer ces documents. »

Le jeune homme quitta aussitôt les lieux, laissant une Hermione outrée derrière lui. Il s'attendait presque à recevoir un maléfice dans le dos, mais il n'en fut rien. Elle finit par le suivre, mais il sentait d'ici sa colère bouillonner contre lui. Tant mieux. Il regretta de ne pas l'avoir laissée exploser la porte, qu'elle ressente un peu de sa rage, elle aussi, et qu'elle en ait honte.

Miss Jean l'ignora toute la matinée, ce qui lui convenait très bien. La signature des accords fut beaucoup plus rapide que celle de Beauxbâtons, sur des termes à peu près semblables. Voldemort songea que l'Institut Durmstrang était finalement décevant, car il n'avait pas pu consulter la bibliothèque, ni retrouver d'éventuels fidèles de Grindelwald parmi les étudiants. Au moins, il y avait réellement des cours de magie noire, qui pourraient être utiles à ceux qui le serviraient dans le futur. Il ignorait si les professeurs faisaient en sorte de rendre leur séjour le plus agréable possible pour améliorer leur réputation, ou si l'école était réellement plus fréquentable que ce que les rumeurs suggéraient.

A propos de rumeur, Tillman avait les traits tirés, mais Miss Jean faisait tout pour lui remonter subtilement le moral. Apparemment, elle ne lui avait rien dit de la rumeur qu'il avait lancée à son sujet. Quel dommage… Cette idiote méritait de se faire prendre à son propre jeu. Il ne savait pas à quel moment elle avait quitté la soirée hier, et il n'en avait cure. Si Hermione savait ce que cette idiote avait fait, il n'était pas certain qu'elle réagisse de la même manière.

A la fin de la matinée, ils retrouvèrent Oliver et embarquèrent avec Morovitch, qui les accompagna jusqu'à la porte de Gotland. En sa présence, Tom se plongea dans ses devoirs, fermant totalement ses sens au monde extérieur. Il ne l'écouterait pas, une nouvelle fois, parader devant les deux femmes comme le coq prétentieux qu'il était. Il lui serra simplement la main au moment où le professeur les quitta enfin. Bon débarras et au plaisir de ne jamais te revoir.

Quelques minutes après leur départ de Gotland, il entendit Miss Jean suggérer à Tillman d'aller se reposer un peu dans la cabine, parce que cela lui ferait du bien. Celle-ci accepta avec reconnaissance. Au moment où elle ferma la porte, Miss Jean verrouilla tous les accès du salon et lança un sort d'insonorisation. Tom leva enfin les yeux sur elle, surpris. Que lui voulait-elle ? Il fut refroidi par le regard plein de reproches qu'elle lui lançait. D'accord, il l'avait fait un peu attendre ce matin, mais sa réaction n'était-elle pas exagérée ?

« Je sais que c'est toi qui a raconté à tout le monde cette horrible histoire à propos de Roselyn. »

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Hermione laissa enfin son indignation transparaître. Elle s'était retenue toute la matinée de le démasquer, par prudence. Elle avait déjà failli perdre patience devant la chambre de Jedusor, un peu plus tôt, de manière tout à fait disproportionnée. La nuit avait été longue. Bien qu'elle eut pris congé des réjouissances peu après lui, elle avait passé une bonne partie de la nuit à revivre les évènements de la veille. Et cette valse… Elle avait mis de longues minutes à l'admettre, avec honte. Elle s'était sentie remarquablement bien, à sa place même. Ce qui était complètement illogique, n'est-ce pas ? Il s'agissait de Voldemort, un dangereux assassin qui avait passé une grande partie de sa vie à rechercher le pouvoir et l'immortalité. Le visage accusateur de Ron était apparu dans son esprit. Elle devrait en faire le deuil, mais elle n'y arrivait pas. Pas vraiment.

En ce qui concernait Roselyn, elle ne comprenait toujours pas la motivation de Tom. Cela ne lui ressemblait pas de faire une chose pareille pour le simple plaisir d'humilier. Quel bénéfice en retirait-il par rapport au risque qu'il avait pris ? Si la jeune fille l'avait identifié, la réputation de Tom en aurait pris un coup. Peut-être pensait-il s'en tirer sans être découvert ou comptait-il sur leur silence ? En tout cas, Hermione ne pouvait pas rester les bras ballants, sans ne rien dire. Si personne n'était là pour le reprendre, elle avait pour devoir moral de le confronter. Après tout, elle n'était pas censée savoir à quel point il était dangereux…

Jedusor ne répondit pas tout de suite, le visage toujours baissé sur son devoir. Puis, il la regarda, les traits inexpressifs, ses yeux noirs calculateurs. Elle l'avait encore tutoyé.

« De quoi parlez-vous, Miss Jean ? Je vous ai déjà répondu hier soir que je ne savais rien.
- Tom. Je connais la vérité. On me l'a dit.
- Alors, vous auriez plus tendance à croire cette personne que moi », constata-t-il d'un ton neutre.

Hermione ne répondit pas, les bras croisés, le visage dur. Elle ne voulait pas rentrer dans son jeu, pas quand il faisait preuve d'une telle mauvaise foi.

« De toute façon, elle a eu ce qu'elle méritait », finit-il par ajouter froidement.

« Comment ça ?
- Miss Tillman n'est pas aussi innocente que vous semblez le penser, Miss Jean. A Poudlard, elle s'adonne joyeusement au commérage, en lançant des rumeurs sans se soucier de leurs conséquences. »

Mais de quoi parlait-il donc ? Cela ne ressemblait pas à Roselyn. Certes, elle était très enthousiaste et devait être un peu bavarde quand elle était avec ses amis, mais elle ne la voyait pas répandre des bruits de couloir dans le but de nuire. L'indignation de Tom semblait pourtant réelle. D'une manière ou d'une autre, elle devait avoir endommagé sa réputation au sein de l'école.

« Donc c'est bien vous qui avez lancé cette rumeur à Durmstrang, afin que personne ne l'approche », reprit-elle plus posément. « Admettez-le, Tom…
- Vous refusez de me croire, c'est votre droit. Vous n'avez aucune preuve », conclut-il avec arrogance.

Ce qu'il était borné ! Cela lui fit mal de l'admettre, mais c'était un défaut qu'elle partageait. Alors, elle tenta une autre approche.

« De quels commérages Roselyn se serait-elle rendue coupable, d'après vous ?
- Quelle importance ?
- Je souhaiterais le savoir, Tom.
- Demandez-lui vous-même, puisque vous l'appréciez tellement.
- Cela n'a rien voir. » Hermione sentait l'agacement la gagner. « Je trouve simplement que la situation dans laquelle elle a été placée est injuste et vous ne voulez pas l'admettre !
- Si vous n'étiez pas trop occupée à boire les belles paroles du professeur Morovitch, peut-être que vous auriez pu faire quelque chose », esquiva-t-il d'un ton glacial, déterminé à ne pas la regarder. Comme toujours, il se montrait glissant et insaisissable, tel un serpent.

« Qu'a-t-il à voir là-dedans ? », interrogea Hermione, surprise. « Je parlais simplement de ce que pouvait ressentir Roselyn et…
- Tout le monde a bien vu ce qu'il se passait entre vous hier et… »

Cette fois, elle laissa éclater sa fureur.

« Ce qu'il se passait entre nous ? Il n'y a absolument RIEN entre Klaus et moi, et je ne vois pas en quoi ça te concerne ! Je côtoie qui je veux…
- Vous devriez mettre en pratique vos propres sermons et admettre les choses vous-même, surtout lorsqu'elles crèvent les yeux ! » Etonnamment, Tom semblait lui aussi furieux. Comment en étaient-ils venus à parler du Suédois ? « Vous ne voyez donc pas que vous ne pouvez pas lui faire confiance ? C'est un étranger, il ne vous connaît pas, et il vous séduit uniquement pour voler nos secrets. »

Tom s'efforçait de se calmer, toujours assis sur son siège. Hermione vit rouge. L'image fugitive de Ron, lui assenant les mêmes arguments injustes et vexants au bal de Noël de Poudlard, lui traversa l'esprit.

« Bien sûr, j'oubliais, je ne suis qu'une pauvre femme crédule et sans défense ! Il était évident que Klaus ne s'intéresserait à moi que pour les secrets de Poudlard, que suis-je bête ! Je te remercie pour ta clairvoyance », cria-t-elle et, incapable de retenir sa baguette, elle fit exploser un mug.

Cela lui fit l'effet d'une douche froide. Mortifiée, Hermione s'excusa, puis répara la tasse qui n'avait heureusement fait aucun blessé. Elle avait perdu le contrôle d'elle-même, ce qui était impardonnable. Une pensée surgit soudainement. Ce n'était pas la seule chose qui avait explosé lorsqu'ils étaient à bord de ce bateau.

« L'avion », murmura-t-elle, les yeux écarquillés. « C'était toi, n'est-ce pas ? »

Si Tom Jedusor fut surpris par cette question, il ne le montra pas. Au lieu de cela, il resta impassible et se remit au travail.

« Puisque vous êtes décidée à m'accuser de tous les maux du monde, vous me permettrez de ne pas vous répondre. »

Elle hocha simplement la tête. Il la rendait tellement folle ! Comme Ron, songea-t-elle. Non, cela n'avait rien à voir, rien du tout. Il était inutile de continuer à le confronter. Elle ne lui arracherait pas la vérité et elle lui avait au moins fait comprendre que quelqu'un, dans ce monde, ne fermait pas les yeux quand il allait trop loin. Et tant pis pour le profil bas. Il était clair qu'ils ne parvenaient pas à rester durablement loin l'un de l'autre. Elle l'observa un instant, ses cheveux noirs impeccablement coiffés, son visage séduisant aux traits tendus. Avec stupéfaction, Hermione crut y lire une forme de douleur. Mais c'était impossible, n'est-ce pas ? Elle poussa un soupir, leva les sortilèges d'insonorisation et de verrouillage, puis quitta le salon.

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Il lui était très difficile de garder son sang-froid. Tom s'était retenu de lui jeter un sort et par Salazar, comme il en avait eu envie ! Tout ce qu'il souhaitait, c'était de la soumettre à sa merci, de lui faire comprendre qu'il n'était pas un simple adolescent qu'elle pouvait gronder à sa guise… Mais cela lui était impossible. Pourquoi était-il autant affecté chaque fois qu'ils se disputaient ? Il allait vraiment falloir qu'il étudie cet effet secondaire des Horcruxes… Il n'aurait pas dû lui parler de Morovitch. A présent, elle allait se douter de sa jalousie… elle avait déjà fait le lien avec l'avion. Il se maudit mentalement : quelle jalousie ? Tout ce qu'il ressentait était dû à l'instabilité de son âme !

Voldemort niait absolument tout. L'envie d'évincer toute personne qui s'approcherait d'un peu trop près de Miss Jean ? C'était à cause du secret qu'elle gardait précieusement et qu'il voulait découvrir avant quelqu'un d'autre. Le fait qu'elle occupe ses pensées de plus en plus souvent ? L'instabilité de son âme était sûrement en cause. Le sentiment de fierté et de plénitude qu'il avait ressenti lorsqu'elle était dans ses bras, lors de cette trop courte danse ? Il n'y avait eu aucun sentiment particulier, la fatigue lui jouait des tours et réécrivait l'histoire. La tension et la déception qui l'animaient lorsqu'elle l'accusait de quelque chose, dont il était de toute façon coupable ? La peur d'être démasqué. Tout avait une explication logique.

Mais chaque fois qu'il repensait à cette danse, cette harmonie qui les avait liés, il ressentait un frisson incontrôlable et un vide. Il voulait recommencer et pour cela, il ne trouva aucun argument rationnel. Alors, de dépit, il tenta de fermer son esprit. Juste avant qu'il y parvienne, une petite voix lui souffla : peut-être que l'idée de bal de Noël de Tillman n'était pas si mauvaise ? Il ressentit une bouffée de chaleur, se fâcha contre lui-même et s'empêcha violemment de penser à autre chose qu'au devoir sous ses yeux.

Le retour à Poudlard se déroula dans un silence buté, de part et d'autre. Même Tillman sembla se rendre compte que quelque chose n'allait pas et leur jetait des regards inquiets à tous les deux, sans oser prendre la parole. C'est ainsi qu'ils regagnèrent le château juste à temps pour le dîner. Hermione Jean ne se rendit pas dans la Grande Salle et prit congé d'eux jusqu'au lendemain. Quant à Tom, il rejoignit ses fidèles, le visage fermé. Il n'avait toujours pas prononcé un mot lorsqu'il se laissa enfin gagner par le sommeil, réparateur cette fois.

Que Salazar maudisse les concepteurs de son emploi du temps ! Il aurait préféré assister à n'importe quel cours plutôt qu'à celui assuré par Hermione Jean. Elle ne montrait aucun signe de fatigue, aussi enjouée que d'habitude. Il ne cessait de l'observer, cherchant des preuves de fragilité qui trahiraient un esprit aussi perturbé que le sien. Mais elle ne croisa jamais son regard, bien décidée à l'ignorer, ce dont il était à moitié reconnaissant, à moitié vexé. Il ne chercha pas à attirer son attention, attendant simplement que le cours se termine. Il avait cependant la désagréable impression que les autres étudiants de la classe lui jetaient régulièrement des coups d'oeil, mais il ne put les prendre sur le fait. Devenait-il paranoïaque ?

C'en était assez. Il devait se reprendre, et vite. Comment pouvait-il être tombé aussi bas ? Peut-être devait-il complètement couper les ponts avec Miss Jean. Après tout, il n'avait plus de raison de lui parler maintenant qu'ils avaient signé les accords et sa présence ne lui serait désormais imposée qu'une matinée par semaine. Il devait s'éloigner, le temps qu'il comprenne à quel point les Horcruxes détraquaient ses émotions et comment y remédier. Il ne savait pas comment, mais la présence de la jeune femme semblait accentuer le problème. Il se sentit plus calme. Avoir un plan lui faisait toujours cet effet.

Mais cette sensation vola en éclats ce soir-là.

Ce fut Abraxas qui lui annonça la nouvelle. Le jeune homme blond était visiblement réticent et apeuré lorsqu'il s'approcha d'un Voldemort confortablement installé dans son fauteuil favori de la salle commune. Pour éviter les oreilles indiscrètes, il s'était penché, tout en conservant une distance de sécurité.

« Mylord, il y a une nouvelle rumeur à Poudlard », murmura-t-il. « Il semblerait que vous ayez… officialisé votre intérêt pour Miss Jean… »

Tom se figea et ne répondit pas immédiatement. Lentement, il se tourna vers Abraxas, qui eut un mouvement de recul devant ses yeux flamboyant de haine.

« Et comment est-ce que j'aurais… officialisé une chose pareille ? » demanda-t-il d'une voix doucereuse.

« Le bruit court que… » Abraxas hésita et jeta un coup d'oeil autour de lui. Les autres occupants de la pièce ne leur prêtaient aucune attention. « Vous auriez affronté en duel un prétendant de Miss Jean, que vous auriez remporté, si elle n'était pas intervenue. Et… hum… il paraîtrait que vous vous êtes fâchés à cause de cette interruption, puis que vous vous êtes réconciliés lors de la soirée, au cours de laquelle vous auriez dansé de manière plutôt… intense. Je tiens à vous répéter que ce n'est que ce que l'on m'a rapporté, my…
- Continue », coupa Jedusor d'une voix abrupte.

« Tout de suite, mylord. Depuis, il paraît que vous vous parlez uniquement quand vous êtes seuls et feignez de vous ignorer en public. Et vous feriez cela parce que… pardonnez-moi mylord… Parce que vous entretenez une relation secrète. »

La terreur se lut sur les traits d'Abraxas, tandis que Voldemort rassemblait un trésor de sang-froid pour ne pas le torturer sur place. Après une profonde réflexion, il lui fit signe de rassembler les autres. Malefoy acquiesça aussitôt, et déguerpit sans demander son reste. Tillman n'avait pas compris la leçon. Il allait falloir relever le niveau pour s'assurer qu'elle tienne sa langue de manière définitive. Personne ne se moquait impunément de Lord Voldemort.


Alors, quelles sont vos théories ? ;)

Prenez soin de vous.