Bonjour !

Tout d'abord, je voulais vous remercier du fond du coeur pour vos messages qui m'ont touchée. Cela me motive beaucoup ! Je ne peux pas répondre directement à ceux qui écrivent en anonyme, mais je vous lis et vous remercie !

J'espère que ce chapitre vous plaira :)

Bonne lecture !


« La satisfaction qu'on tire de la vengeance ne dure qu'un moment : celle que nous donne la clémence est éternelle. »
{Henri IV}


Dés son retour à Poudlard, Hermione avait commencé à planifier la destruction des Horcruxes. Il était temps qu'elle s'y attelle et ne laisse pas ses états d'âme se mettre en travers de sa mission. Par prudence, elle détruisait chaque parchemin qu'elle utilisait pour coucher ses idées et l'aider à réfléchir. Elle savait où se trouvait la bague. Tom Jedusor la portait constamment au doigt, sans réaliser qu'il s'agissait d'une relique, ce qu'elle se garderait bien de lui annoncer. Ce serait difficile de s'en emparer sans éveiller les soupçons, donc la priorité était de localiser le journal et de trouver un moyen de détruire les Horcruxes.

La jeune femme songea au Basilic, mais il était toujours vivant et obéissait à Tom. Il y avait la possibilité du Feudeymon, mais il s'agissait de magie noire beaucoup trop instable pour prétendre l'utiliser. Peut-être que si elle pouvait rassembler Jedusor, le journal et la bague au même endroit, elle pourrait… Cette idée lui donna un haut-le-coeur. Elle n'arrivait pas à envisager une chose pareille. Même lorsque c'était Crabbe qui avait péri dans ce feu à Poudlard, elle avait été choquée. Certes, il était une brute pitoyable, mais il restait un être humain qu'elle avait côtoyé pendant quelques années. Et elle réalisa qu'elle commençait aussi à s'attacher à Jedusor.

Elle soupira. Sa tâche allait être très compliquée et la consumerait sans doute. L'ex-Gryffondor n'envisageait plus sérieusement d'y survivre, du moment que cela se solde par un succès. Elle devait détruire Voldemort, c'était une certitude, quand bien même cela lui brisait le coeur, et endommagerait sans doute son âme. Mais le moment n'était pas venu de s'apitoyer sur elle-même. Elle se recentra sur sa froide logique et établit la liste des lieux possibles pour le journal. Jedusor l'avait donné à Lucius Malefoy, qui n'était pas encore né, donc il devait l'avoir en sa possession, quelque part. L'orphelinat était exclu, puisque lorsqu'il quitterait Poudlard, il serait majeur et diplômé, et n'aurait aucune raison d'y retourner. A Poudlard, il se pourrait qu'il garde le journal dans la Salle sur Demande ou dans sa chambre. Elle résolut de commencer par la pièce secrète dés le lendemain.

Avoir un objectif lui faisait un bien fragile, certes, mais réel. Elle passa la journée du lundi, revigorée et décidée à ne plus se laisser troubler par Tom Jedusor. Hermione donna ses cours avec un enthousiasme renouvelé. Au lieu de se rendre à la bibliothèque comme à son habitude, elle commença à explorer la Salle sur Demande, lui demandant de lui montrer où tout était caché. La pièce était immense, telle une cathédrale, et un assemblage hétéroclite d'étagères, de meubles et d'objets en couvrait toute la surface. Devant elle, des bouteilles côtoyaient un Frisbee à dents de serpent, des livres traînaient ça et là, au milieu d'étagères surchargées d'engins non identifiés. La jeune femme ne se laissa pas abattre par l'ampleur de la tâche. Au contraire, elle décida de diviser la salle en sections, qu'elle explorerait les uns après les autres. Sur un parchemin, elle entreprit de créer la carte du lieu. Elle ignorait si c'était possible ou si le lieu était changeant, mais elle se devait d'essayer de commencer ainsi. Elle travailla ainsi, le midi, puis l'après-midi après ses classes jusqu'à l'heure de dîner.

La première chose qu'Hermione nota en arrivant dans la Grande Salle, ce fut l'ambiance un peu étrange. Elle sentit que les autres professeurs étaient moins enclins à lui faire la conversation que d'habitude. Peut-être les avait elle négligés ces derniers temps et ils ne voyaient plus l'intérêt de lui parler ? Elle ne s'en formalisa pas, n'ayant pas tissé de liens particuliers avec eux. Ce ne fut que lorsque le professeur Slughorn la rattrapa dans le couloir à la sortie de la pièce, qu'elle comprit.

« Hermione, ma chère, je voulais justement vous parler !
- Bonsoir Horace, que puis-je faire pour vous ? », demanda-t-elle poliment.

Il regarda autour de lui, pour s'assurer qu'ils étaient seuls.

« Bien, bien. Je voulais simplement vous mettre en garde, au cas où personne ne vous aurait prévenue. Les relations avec les élèves sont normalement interdites. Bien sûr, techniquement, vous n'êtes pas un professeur titulaire, et techniquement, vous êtes toujours étudiante, mais je ne suis pas certain que le professeur Dippet voie les choses ainsi. »

Mais de quoi lui parlait-il ? Cette conversation prenait un tour très étrange. Interdite, elle le laissa continuer son monologue. Il se pencha vers elle.

« Vous êtes une jeune femme tout à fait charmante et intelligente et je comprends très bien ce qui vous a plu l'un chez l'autre. Vous faites un couple formidable si vous voulez mon avis, mais il va falloir faire attention…
- Horace, excusez-moi mais il doit y avoir erreur sur la personne, je ne…
- Voyons Hermione, pas de ça avec moi ! » Il fit un clin d'oeil de connivence. « Je sais tout ce qu'il se passe à Poudlard, et comme je vous l'ai dit, je suis de votre côté.
- Horace, je vous assure, je ne sais pas de quoi vous parlez… Je n'entretiens aucune relation…
- Je comprends, je comprends… N'hésitez pas à dire à Tom…
- Tom ? » Ahurie, Hermione rougit et se mit à bégayer de confusion. « Vous voulez dire Mr Jedusor ? Mais… mais que vient-il faire là-dedans ?
- Ah ? » Le doute naquit pour la première fois dans les yeux du professeur. « Vous n'êtes pas…
- Non ! Bien sûr que non, je ne me permettrais pas… Qu'est-ce qui vous fait penser que je ferais une chose pareille ? », répliqua la jeune femme, indignée.

« D'accord, d'accord… C'est bien dommage. Tom est un garçon intelligent, mais il aurait bien besoin d'une présence féminine dans sa vie si vous voulez mon avis… » Hermione ne répondit pas, toujours estomaquée par ce qu'elle venait d'apprendre. « Mais c'est effectivement une bonne chose que vous respectiez le règlement, bien sûr.
- Qui est-ce qui vous a dit que j'entretenais… » Elle ne put terminer sa phrase.

« Mais tout le château, ma chère ! La semaine dernière, il y avait des doutes bien sûr, mais rien de concret… Et voilà qu'on apprend ce qu'il s'est passé à Durmstrang ! C'est une histoire très romantique, si vous voulez mon avis, un homme amoureux qui se bat en duel pour vous, et une valse pleine de passion… Ah quel dommage, vraiment ! Donc rien de tout ça n'est vrai ? »

Hermione sentit ses jambes faiblir. Ainsi, tout Poudlard pensait qu'il y avait quelque chose entre elle et Voldemort ? Comment était-ce possible ? Et pourquoi ne l'apprenait-elle que maintenant ? Etait-ce lui qui avait répandu cette rumeur, tout comme celle qu'il avait lancée sur Roselyn ? Elle réalisa soudainement : c'était sans doute à cela que faisait référence Tom et cela expliquait son comportement vis-à-vis de son homologue. D'une manière ou d'une autre, elle devait avoir raconté ses week-ends et les bruits s'étaient répandus, déformant la vérité. S'il l'apprenait, il allait tuer Roselyn. Littéralement.

« Rien ne s'est passé comme vous le laissez entendre, Horace. La rumeur est complètement fausse, soyez-en assuré. Si vous voulez bien m'excuser, il faut que j'y aille… »

Elle le planta là sans cérémonie. Elle devait absolument trouver Roselyn, avant Tom. Par chance, elle était toujours en train de dîner, à la table de Serdaigle, et Jedusor n'était nulle part en vue.

« Miss Tillman, auriez-vous un instant, s'il vous plaît ? », demanda-t-elle du ton le plus aimable qu'elle put.

La préfète-en-chef obtempéra, tandis que ses amis les regardèrent toutes les deux, incertains. Ils savaient très bien de quoi il retournait. Sans un mot, elle guida Roselyn à travers les couloirs jusqu'au bureau de Dumbledore, qu'elle occupait en cas son absence. Hermione lui offrit un siège et s'assit sur le bureau, face à elle.

« Savez-vous pourquoi je vous ai convoquée ? », lui demanda-t-elle, d'une voix douce.

« Non, Miss Jean. Y a-t-il un problème ? Je suis désolée si j'étais un peu distraite en cours ce matin, je…
- Non, Roselyn. C'est beaucoup plus sérieux. »

L'incompréhension se peignit sur les traits de la Serdaigle. Elle ne se rendait vraiment compte de rien, ou alors elle était une excellente comédienne.

« Roselyn », reprit-elle, prenant garde de ne pas hausser le ton. « Avez-vous décrit nos week-ends à l'étranger à vos amis ?
- Oui, Miss Jean, mais j'ai pris garde de respecter le secret des écoles, comme cela nous a été demandé, j'ai fait attention…
- Il ne s'agit pas des secrets des écoles non plus. Pensez-vous qu'il y a quelque chose entre Mr Jedusor et moi ? »

La jeune fille écarquilla les yeux, sa bouche légèrement entrouverte. Sa surprise ne semblait pas feinte, mais Hermione ne pouvait pas s'y fier. Peut-être était-elle simplement surprise d'avoir été démasquée.

« N… Non, Miss Jean, je sais que vous êtes très professionnelle. Vous avez toujours fait en sorte que nous nous sentions bien, Tom et moi, loin de nos repères, et je suis heureuse que vous soyez venue. Pourquoi demandez-vous cela ?
- Roselyn, je vais être franche avec vous. Il semblerait que vos récits de nos voyages aient été relayés dans tout le château et malheureusement, ils laissent entendre… En réalité, des personnes pensent, dur comme du fer, que j'entretiendrais une relation inappropriée avec Mr Jedusor. »

La préfète poussa un cri de stupeur, au bord des larmes. Hermione n'eut pas le coeur à la gronder.

« La rumeur s'éteindra d'elle-même au bout d'un moment, comme cela arrive toujours. Mais je voulais vous mettre au courant. Nous contrôlons ce que nous disons, mais pas la façon dont cela va être utilisé ensuite. Cela peut faire beaucoup de mal. Je vous encourage à être plus prudente à l'avenir.
- Oui, bien sûr Miss Jean ! Je suis tellement désolée ! Je ne voulais pas… je ne cherchais pas à vous blesser, c'est horrible que des personnes puissent penser cela de vous ! S'il le faut, je témoignerai auprès du professeur Dippet, je… je lui dirai que c'est de ma faute ! »

Elle pleurait à présent, des larmes roulant le long de ses joues roses. A vrai dire, Hermione ne faisait pas grand cas des bruits de couloir. Elle en avait déjà fait les frais, de manière bien plus vicieuse et avait survécu… Cependant, il était probable que Tom ne serait pas de son avis… Il s'était vengé pour les vagues doutes dont parlait Slughorn, comment allait-il réagir quand il apprendrait la manière dont son comportement à Durmstrang était interprété ? Elle devait absolument le convoquer lui aussi et le dissuader de se venger. Par Merlin, et voilà qu'elle allait encore devoir se confronter à lui… Un regard vers Roselyn la persuada que c'était la meilleure chose à faire.

Le lendemain matin, elle se leva tôt pour envoyer un hibou à Tom Jedusor, lui disant simplement de la rejoindre au bureau de Dumbledore, lorsqu'il le recevrait. Cela allait sûrement donner du grain à moudre aux commérages, mais elle n'avait pas bien le choix. A peine une demi-heure plus tard, il frappa à la porte.

« Entrez. »

Tom Jedusor se glissa dans la pièce, fermant la porte derrière lui avec précaution. Comme d'habitude, ses traits ne laissaient rien transparaître de ses émotions. C'est normal, il n'en a pas, se dit-elle. Puis elle se corrigea. Elle en avait, au contraire, vu beaucoup ces dernières semaines. De la colère surtout, de la fierté, mais aussi autre chose, qu'elle avait été incapable de qualifier. Par Merlin, pourquoi avait-elle du mal à se concentrer en sa présence ? Elle lui fit signe de s'asseoir en face d'elle, dans le même siège où Roselyn avait fondu en larmes la veille.

« Vous souhaitiez me voir, Miss Jean ? », demanda-t-il d'un ton poli.

La bague des Gaunt brillait à son doigt.

« Oui Tom. Voyez-vous, j'ai été informée hier soir d'une rumeur qui semblerait avoir fait le tour du château en quelques heures.
- Et quelqu'un vous a dit que c'était moi, n'est-ce pas ? », répondit-il d'un ton amer.

« Ne commencez pas, Tom…
- Je vous prie de m'excuser, Miss Jean. Je me suis laissé emporter », répondit-il d'un ton mielleux.

Il se rapprocha et posa nonchalamment les coudes sur son bureau. Hermione n'eut aucun mouvement de recul. Si c'était l'effet escompté, il en serait pour ses frais. Pourquoi se comportait-il ainsi ?

« Je pense que vous voyez très bien de quoi il s'agit. Vous l'avez mentionné ce week-end, n'est-ce pas ? »

Il ne répondit pas, l'observant d'un air calculateur. Elle s'efforça de ne pas s'attarder sur ses yeux noirs hypnotisants.

« Tom », reprit-elle d'une voix douce. « Pourquoi ne m'en avez-vous pas parlé ? Après tout, je suis concernée aussi. »

Il se redressa et haussa les épaules.

« Je pensais que vous le saviez déjà et que cela ne vous affectait pas.
- Je l'ignorais, et clairement non, cela ne m'affecte pas. Ce commérage s'essoufflera de lui-même. Ce que je ne comprends pas, Tom, c'est en quoi cela vous affecte, vous.
- Qui a dit que c'était le cas ? », demanda-t-il, indifférent.

« Vous-même. Vous m'avez semblé particulièrement remonté contre Roselyn.
- A raison.
- Vous avez de bonne raisons pour cela, bien sûr, même si je ne comprends pas lesquelles. C'est faux, nous le savons, et les personnes qui comptent le savent aussi, n'est-ce pas ? »

Il sembla pris au dépourvu pendant un cout instant.

« Quelles personnes qui comptent… ?
- Eh bien… Vos amis, par exemple. »

Il ne répondit pas et la fixa d'un air étrange.

« Quoiqu'il en soit Tom, je vous ai fait venir pour vous demander quelque chose.
- Quoi donc ? » Son expression était toujours aussi impénétrable, mais elle décela une lueur de curiosité.

« Ne cherchez pas à vous venger. S'il vous plaît. »

La déception peignit temporairement ses traits, mais il reprit rapidement son masque neutre. Hermione se demanda s'il était normal qu'elle observe son visage avec autant d'attention.

« Et qu'est-ce qui vous fait penser que je voudrais me venger ? », demanda-t-il, un mince sourire se dessinant sur ses lèvres.

Elle soupira. La subtilité n'était pas son fort, donc elle ne tourna pas autour du pot.

« Tom. Vous savez que je sais. Je n'ai pas de preuve, certes, mais s'il arrive quoi que ce soit à Roselyn, je saurai que c'est vous et je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour le prouver cette fois. »

oO0OoO0Oo

Tom jaugea pendant un long moment les options qu'il avait face à lui. Il la croyait sur parole. Sa soif de vengeance valait-elle de prendre ce risque ? Il l'observa. Elle était déterminée à n'en pas douter. Un instant, il avait cru qu'elle lui demanderait de corriger Tillman, mais il avait eu tort. Il aurait dû s'en douter, il avait oublié qu'elle avait la noblesse d'âme dont se targuaient les étudiants de Gryffondor.

« S'il vous plaît, Tom. »

Il l'observa longuement, les yeux légèrement plissés, ce qui semblait la mettre un peu mal à l'aise, à en juger par son teint rougissant. Il réalisa que le fait qu'elle utilise autant son prénom ne le dérangeait plus.

« Je vous propose un marché », reprit-elle. « Si vous promettez de ne pas vous venger et qu'effectivement il n'arrive rien à Roselyn, je vous promets que je vous devrai une faveur. »

Voilà qui devenait intéressant. En quoi pouvait-elle lui être utile ? Il ne le savait pas encore, mais l'idée qu'elle lui doive quelque chose lui plut. Il acquiesça simplement et il vit le soulagement se peindre sur le visage de la jeune femme. Elle devait vraiment tenir à cette Serdaigle pour se mettre ainsi dans la balance…

La veille, avec Malefoy, Avery et Lestrange, ils avaient prévu une expédition punitive pour la conduire tout droit vers la Chambre des Secrets où personne ne la retrouverait jamais. Il lui faudrait avorter ce projet, sans qu'ils ne soupçonnent un ramollissement de sa part…

« Que comptez-vous faire à propos de Miss Tillman ?
- J'ai déjà eu une discussion avec elle hier soir. Elle n'avait pas réalisé à quel point ses propos avaient été déformés et elle sera plus prudente à l'avenir. C'est tout ce que nous avons besoin de savoir. »

Miss Jean semblait considérer que l'affaire était réglée. Elle croyait réellement en la pureté morale de Tillman, ce dont Tom était moins certain, mais il avait donné sa parole, alors il la tiendrait. Hermione lui était désormais redevable. Il ignora la petite voix dans sa tête qui lui rappelait sa décision de couper les ponts, prise pas plus tard que la veille. Cette résolution avait cédé à l'instant même où il avait ouvert sa lettre ce matin. Elle était concise, et sa convocation aurait dû l'énerver. Que lui voulait-elle encore ? Mais ce n'était pourtant pas ce que son corps avait exprimé. Il avait senti son coeur rater un battement, ce qui était très étrange, et une chaleur inhabituelle se répandre dans son corps.

Troublé, il avait un instant songé à ignorer la demande, mais il s'était raisonné. Il ne pouvait pas décemment ignorer un professeur, fut-il stagiaire, n'est-ce pas ? Méfiant, mais le coeur secrètement léger, il s'était rendu dans le bureau de Dumbledore, qu'occupait actuellement Hermione. Les palpitations l'avaient repris et il s'était demandé, un instant, s'il ne devrait pas se rendre à l'infirmerie. Peut-être qu'il était souffrant.

« Espérons-le », répondit-il d'une voix sèche. « Si je puis me permettre, comment avez-vous su ? »

Elle déglutit, se triturant nerveusement les doigts.

« Le professeur Slughorn. Il m'a euh… informée que les relations avec les élèves étaient prohibées. Je lui ai répondu que je ne savais pas de quoi il parlait. Il ne m'a pas cru, puis il m'a… comment a-t-il dit déjà ? assuré qu'il était de notre côté. » Son visage se teinta d'un rouge soutenu, tandis qu'elle tentait de maîtriser sa voix. « Je l'ai assuré que c'était faux, et il m'a expliqué la nature de ces commérages. J'ai alors fait le lien avec ce que vous m'avez dit dimanche. Je n'avais aucune idée que quelqu'un puisse insinuer… »

Elle avait répondu avec une franchise désarmante, mais avait eu la délicatesse de ne pas paraître scandalisée. Il hocha la tête. Cela ne l'étonnait guère de Slughorn. Il aimait les potins et avait dû se délecter de la situation. Il se demanda si le professeur tenterait de lui en parler aussi, mais il en doutait. Depuis leur discussion sur les Horcruxes, il se montrait un peu moins curieux envers lui, bien qu'il l'invite toujours à ses petites soirées. Sans nul doute, Hermione allait commencer à recevoir des invitations à son tour…

« Tom, est-ce que… », commença la jeune femme. Elle se mordit la lèvre inférieure, incertaine, ce qui attisa la curiosité du Serpentard.

« Oui, Herm… Miss Jean ? »

Par Salazar, il n'avait pas fait cette erreur à voix haute. Mais la surprise dans les yeux bruns de Miss Jean ne laissèrent aucune place au doute. Il se sentit rougir, pour la première fois de sa vie, et fut incapable de contrôler la bouffée de chaleur qui le saisit aussitôt. Heureusement, elle ne fit aucun commentaire, ce dont il lui fut reconnaissant. Il était vraiment temps de consulter…

« Je voulais vous demander comment vous vous sentez », répondit-elle simplement.

Cette fois, il maîtrisa sa réaction. Il ne pouvait pas répondre sincèrement à cette question, pas à elle. Il ne pouvait pas lui dire qu'il ressentait des émotions étranges lorsqu'il était en sa présence ou qu'il pensait à elle. Il ne pouvait pas avouer qu'elles ne lui étaient pas désagréables, car il ne l'admettait pas lui-même. Il ne pouvait surtout pas lui dire qu'il soupçonnait les Horcruxes d'être la cause de ces désordres. Alors, il lui répondit simplement qu'il allait bien. Elle acquiesça, sans chercher à aller plus loin. Il y avait quelque chose de Dumbledore en elle, songea-t-il. La discussion semblait close alors il se leva. Toujours mortifié par sa familiarité, il lui fit un signe de tête et quitta le bureau précipitamment.

Il avait deux possibilités : l'infirmerie ou la bibliothèque. Il abandonna vite l'option infirmerie, tant qu'il ne saurait diagnostiquer ce qu'il avait. Pas question qu'il y soit vu, ce serait un aveu de faiblesse. Alors, avant son premier cours de la journée, il se réfugia dans la Réserve pour consulter Secrets les plus sombres des forces du Mal à l'abri des regards. Il tourna fébrilement les pages, prenant garde de ne pas les abîmer, jusqu'au passage qu'il l'intéressait, celui concernant les conséquences de la création d'Horcruxes.

Les répercussions de la division de l'âme, consécutive à la création d'Horcruxes, sont peu documentées et, par conséquent, peu connues. La théorie du prix est toutefois plébiscitée par les chercheurs en magie noire. Selon cette thèse, chaque acte de magie noire a un prix, proportionnel à ses effets. La création d'un Horcruxe enfreint une des règles fondamentales de l'humanité : la mortalité. S'en affranchir reviendrait à s'endetter d'un prix équivalent à celui d'une vie. Certains théoriciens affirment que le meurtre ne suffit pas à payer cette dette, car elle est ainsi réglée par un tiers. Le prix serait donc payé par la personne qui déchire son âme, qu'elle le veuille ou non.

Il se souvenait de ce passage cryptique. Autant le livre avait été clair sur les modalités pratiques de la création des Horcruxes, autant il ne l'était pas sur son implication pour l'âme. Le peu qu'il comprenait, il le découvrait d'un autre oeil. Si la théorie du prix était exacte, cela signifiait-il qu'en brisant son âme, il l'affaiblissait, le rendant plus perméable aux émotions ? L'auteur ne se prononçait pas là-dessus. Que c'était frustrant ! Tom allait devoir se pencher sur cette fameuse théorie et sur les études concernant les âmes. Il continua sa lecture.

Il existe un unique moyen pour rendre sa stabilité à l'âme humaine déchirée par la création d'un Horcruxe : le remords. Le sujet doit ressentir profondément la portée de l'acte qu'il a commis. Ce remords est si intense qu'il peut potentiellement tuer le sujet, au moment de reconstituer son âme.

Sa mâchoire contractée, il referma brutalement l'ouvrage. Dire qu'il pensait avoir trouvé le moyen parfait pour vaincre la mort ! Il se retint de pousser un cri de rage. Il s'inquiétait à présent pour son âme. Il n'était pas question qu'il renonce aux Horcruxes déjà créés, surtout s'il pouvait en mourir…

Ce fut dans cette humeur massacrante qu'il se rendit aux cachots pour le cours de potions du professeur Slughorn. Tillman était déjà là, avec un ami. Elle prétendit ne pas le voir. Quelle idiote… Il lui tardait de mettre son plan en oeuvre. Tu as promis. Il soupira. Miss Jean lui était désormais redevable, se remémora-t-il, tant qu'il n'arriverait rien à Tillman. Lorsque Malefoy, le seul de ses camarades à avoir le niveau requis pour suivre ce cours, le rejoignit, Tom lui fit signe de s'approcher. Il lui murmura que le plan était avorté et qu'ils en parleraient plus tard.

Il n'avait aucune intention de parler de son accord avec Miss Jean, car cela ne concernait qu'eux deux. Tout ce que ses fidèles avaient besoin de savoir, c'était que sa stratégie avait changé. Il allait leur dire que tout compte fait, il allait assumer cette rumeur et s'en servir pour ses propres intérêts. Cela ne plairait peut-être pas à Hermione, mais elle ne lui avait pas demandé de nier. Seulement de ne pas se venger.

En effet, il avait réalisé quelque chose, avec le recul. Il s'était senti affecté par cette rumeur, non pas par peur des « qu'en dira-t-on », mais bien par crainte personnelle qu'il y ait une part de vérité. Il était désormais presque certain que les Horcruxes étaient en cause et qu'il allait trouver une solution pour résoudre ce problème pour le moins… embarrassant.

Lorsque le professeur Slughorn leur ouvrit la porte, il resta délibérément en arrière pour entrer le dernier. En passant devant lui, Jedusor lui fit un clin d'oeil.

« Je vous remercie pour votre soutien, professeur », murmura-t-il. « Mais gardons cela entre nous, n'est-ce pas ? »

oO0OoO0Oo

Hermione était soulagée par le compromis auquel elle était arrivée. Certes, elle avait promis de rendre une faveur à Jedusor, mais elle savait pertinemment qu'elle préférerait se dédire plutôt que de faire quelque chose de répréhensible. Elle savait néanmoins que Jedusor avait besoin d'une contrepartie et quoi de mieux que de lui laisser penser qu'elle aurait une dette envers lui ? La jeune femme n'avait pas exclu la possibilité qu'il refuse. Dans ce cas, elle aurait prié pour que les légers sorts de protection, destinés à prévenir Hermione, mis en place autour de Roselyn suffiraient…

Elle songea à la manière dont il avait failli l'appeler par son prénom… C'était la première fois qu'il faisait une chose pareille. Cela paraissait anodin, mais elle sentait que ce n'était pas le cas. A vrai dire, ils avaient partagé maintenant quelques aventures, n'est-ce pas ? Cela n'avait rien de comparable avec ce qu'elle avait vécu aux côtés de Ron et Harry, mais elle songea que pour le jeune homme, c'était peut-être la première fois qu'il partageait des expériences, aussi modestes qu'elles soient, avec un autre être humain. Le lien qu'il avait avec ses Mangemorts était foncièrement différent : il ordonnait, ils obéissaient. Avec Hermione, ce n'était pas le cas. Son esprit la ramena à cette danse, qu'elle ne parvenait pas à occulter. Elle se força à éprouver du dégoût, mais c'était un mensonge et elle en était consciente.

Un volatile frappa à la fenêtre de son bec, faisant sursauter la jeune femme et la tirant de ses pensées. Elle s'empressa de lui ouvrir et la petite chouette effraie sautilla dans la pièce. Hermione saisit précautionneusement la missive qu'elle portait et l'oiseau fila sans demander son reste. En la dépliant, elle en reconnut immédiatement l'auteur. Dumbledore !

Je pense que la réponse à vos questions se trouve dans cette page.

Il n'y avait rien d'autre. La page en question, derrière la lettre, était extraite du manuel de métamorphose des septièmes années sur le sortilège d'Apparition. Elle songea aussitôt à un code secret. Un coup d'oeil sur l'horloge lui apprit qu'elle n'avait pas le temps de creuser et elle se rendit en classe pour son cours avec les étudiants de cinquième année.

Toute la journée, elle songea à cette lettre. Dumbledore avait-il trouvé un moyen de réparer le sablier ? Elle en doutait, la missive parlait de réponse, pas de solution… A côté de cette interrogation, elle s'efforça de vérifier que Roselyn allait bien, chaque fois qu'elle en avait l'occasion, principalement aux repas. Tom semblait tenir sa promesse et elle nota qu'il paraissait moins furieux. S'était-il fait une raison ? Ou avait-il un autre plan ? Elle chassa ces suspicions. Les commérages ne l'affectaient pas, pas quand elle avait connu Rita Skeeter… Il y avait sans doute une hypocrisie de sa part de demander à Tom de ne pas se venger, alors qu'elle ne s'était pas privée en ce qui concernait la journaliste de la Gazette…

Les enseignants, en dehors de Slughorn, étaient légèrement plus froids et elle n'en avait cure. Quant aux étudiants, ils la laissaient tranquille. Le potin était croustillant à leurs yeux mais ne semblait n'avoir rien de scandaleux. Tout ce qu'elle espérait, c'est que le professeur Dippet ne s'y intéresse pas et ne termine pas abruptement son contrat…

Ce ne fut que le soir même qu'elle eut le temps de se pencher sur l'énigme que lui avait laissée Dumbledore. Elle était ravie d'avoir de ses nouvelles, même brièvement. Au moins, il allait bien. Où était-il ? Pourquoi n'avait-il pas pas déjà confronté Grindelwald ? Elle s'efforça de ne pas y songer. Ce n'était pas son combat. Si le professeur était parti, c'est qu'il savait comment procéder. Il devait y avoir songé depuis longtemps, des années certainement. Il ne lui manquait que cette impulsion, sans doute liée à Ariana…

L'ex-Gryffondor se concentra à nouveau sur la page. Elle lança tous les sorts qu'elle connaissait, et il y en avait beaucoup, pour tenter de découvrir un sort, un message, ou même un mot caché. Ce fut un échec. Rien ne semblait avoir été caché sur cette page. La comparaison de cette page avec celle de son propre manuel ne lui apprit rien de plus. Les deux étaient strictement identiques. Pourquoi Dumbledore l'avait-il envoyée ?

Un déclic se fit dans son cerveau lorsqu'elle lut finalement le contenu de la page. Elle se maudit de ne pas avoir commencé par là, tout simplement.

L'attention des étudiants est attirée sur le fait que le sortilège d'Apparition ne permet pas de créer des objets ayant des pouvoirs magiques à partir de rien. Pour avoir un effet, l'objet apparu doit avoir une existence préalable. C'est pour cette raison que les inventeurs d'artefacts magiques ne se servent pas de ce sortilège pour créer ce qu'ils ont imaginé.

Ce passage, anodin en apparence, prit un sens nouveau pour la jeune femme. En effet, cela ne résolvait pas son problème. Mais cela lui apportait une explication. Elle avait désormais une théorie solide pour expliquer le dysfonctionnement du sablier : dans cette époque, il n'avait pas été encore inventé. C'était si simple… Cela expliquait également pourquoi le sablier ne fonctionnait que par intermittence au Ministère. Il suffisait qu'un collègue ait programmé le sablier pour être envoyé avant sa création, pour que le sablier dysfonctionnel et ne le renvoie pas au moment où il l'avait activé, ce qui signifiait que l'agent devait attendre son invention pour le réactiver. Pourquoi personne n'y avait-il pensé plus tôt ? C'était une règle basique, fondamentale, du fonctionnement de la magie. Plus grave, pourquoi n'y avait-elle pas pensé ? Cela n'expliquait cependant pas pourquoi le retourneur de temps était remonté jusqu'en 1944. Sa baguette, elle, pouvait fonctionner car Ollivander l'avait sûrement déjà créée.

Hermione aurait dû se sentir désespérée par cette confirmation. Elle ne pourrait pas faire fonctionner le sablier avant 2000 ou 2001, soit cinquante-six ans plus tard au minimum. Mais la lecture de l'expérience d'Eloïse Roulet-Bouley n'avait pas abouti à une conclusion différente. Certes, cette femme avait réussi à retourner à son époque, sans doute en utilisant une magie ancienne, mais son corps en avait gardé les stigmates. Qu'elle utilise son retourneur de temps, censé être plus perfectionné, ou qu'elle découvre la magie utilisée par la pauvre Eloïse, le résultat était le même. Cette époque était devenue la sienne et le futur était désormais son passé. Elle commençait à l'accepter, depuis le vendredi précédent. Il était de toute façon probable qu'elle n'y survive pas longtemps, étant donné la tâche qu'elle s'était assignée.

La lettre de Dumbledore termina dans le tiroir, aux côtés de sa bague de fiançailles, qui lui provoquait toujours un pincement au coeur, et des deux livres. Son regard tomba sur le livre sur les prophéties. Elle l'avait complètement oublié. Elle le sortit. Quand elle aurait le temps, lorsqu'elle ne serait pas occupée par l'exploration de la Salle sur Demande, elle s'attèlerait à sa lecture, avec un dictionnaire. Il lui fallait découvrir pourquoi Tom l'avait-il amené avec lui, au retour de Beauxbâtons. Hermione tourna quelques pages, afin d'avoir une idée de la structure du livre, lorsqu'elle réalisa qu'il y avait des pages en anglais. Ce constat lui fit l'effet d'une décharge électrique. L'ouvrage était en réalité en deux parties, la seconde étant une traduction de la première. Sans plus attendre, elle commença avidement sa lecture.


A très vite pour la suite ! N'hésitez pas à livrer vos pensées :)