Bonsoir,

Je vous présente le chapitre 19. J'espère qu'il vous plaira :)

Merci beaucoup pour vos reviews, je suis touchée et vous avez dépassé la barre des 100 reviews, ce qui est dingue !

Je voudrais en profiter pour répondre à une question de Catsamy, puisque je ne peux pas répondre en MP : en ce qui concerne la "mocheté" d'Hermione, il faut regarder qui est le seul à dire cela... Tom ne ferait-il pas un peu de méthode Coué ? ;) En réalité, Hermione est plus comme dans les livres, elle s'intéresse peu à son physique, d'où le côté "négligé" contrairement à Tom qui est toujours soucieux de son apparence. J'espère que ça répondra à votre questionnement ! :D

Je ne vous retiens pas plus longtemps et vous souhaite une bonne lecture !


« Aimer un être, n'est-ce pas lui dire implicitement : 'toi tu ne mourras point' ? »
{Gabriel Marcel}


Encore sonnée par son heurt contre le mur invisible, Hermione esquiva le sort de Ligotage d'un Protego rapide. Le dénommé Aleksi courait dans sa direction. L'adrénaline se répandait dans ses veines et la jeune femme se releva d'un bond, oubliant la douleur. Au moins, elle n'avait rien de cassé. Elle analysa la situation. Aleksi n'était plus qu'à quelques mètres et brandissait sa baguette, un sort au bout des lèvres, tandis que la femme attendait près du portail, les bras croisés. Son instinct lui dictait de surtout se méfier d'elle. Si elle s'engageait dans un combat avec Aleksi, il était possible qu'elle intervienne au moment où elle s'y attendait le moins.

Vigilante, Hermione enchaîna les sorts de désarmement. Elle esquiva les jets de lumière de son adversaire et, s'inspirant du duel de Tom, elle lança un sort de terrassement qui fit s'écrouler le sol sous Aleksi. L'homme, surpris, lâcha sa baguette et Hermione le stupéfixa avant de se tourner vers la femme.

Celle-ci abaissa sa capuche, révélant une longue chevelure rouge et des yeux d'un bleu brillant. L'air ennuyé, elle marchait vers elle, comme si s'abaisser à un combat était indigne d'elle. Hermione savait qu'il était inutile de s'enfuir. Elle aurait bien tenté d'envoyer un Patronus pour avertir un habitant, mais elle était bien trop concentrée pour se remémorer un souvenir heureux. Elle tenta de la stupéfixer elle aussi, mais la femme lui renvoya le sort avec une facilité déconcertante. Hermione allait devoir être patiente et se protéger le plus possible.

« Tiens, c'est que la petite sait se défendre ! Gellert ne l'avait pas mentionné. Mais qu'importe… », susurra-t-elle avec un accent marqué.

Hermione ne répondit pas. Elle regarda l'environnement autour d'elle pour trouver quelque chose d'exploitable, n'importe quoi.

« Je comprends mieux pourquoi tu n'avais pas participé au tournoi de duel de Durmstrang… », reprit l'inconnue avec un clin d'oeil.

La Forêt Interdite était proche. Si elle pouvait passer par là… Mais elle savait que la femme la bloquerait. Hermione marcha à son tour vers elle. Si celle-ci en fut surprise, elle ne le montra pas. L'ex-Gryffondor sentit soudain qu'elle tentait de s'introduire dans ses pensées. Elle décida de ne pas la bloquer et de mettre des faux souvenirs au premier plan, comme elle l'avait appris lors de sa formation au Ministère. Sans forcer, elle pensa à sa vie en tant qu'Hermione Jean, stagiaire en métamorphose, incapable de comprendre pourquoi elle se retrouvait en embuscade.

« Ce n'est pas la peine de jouer avec moi Hermione. Nous savons que tout cela est un leurre. » Hermione la renvoya alors brutalement dans ses cordes par la pensée, érigeant de puissantes défenses mentales. « Peu importe. Gellert saura te faire cracher la vérité. »

Elle fit alors un geste sec pour lui lancer un maléfice, mais Hermione l'avait anticipé. Elle doubla son sort de Protection d'un Expelliarmus qui atteint sa cible, prise par surprise. Il semblerait que ses réflexes avaient été ralentis par l'usage épuisant de la Légilimancie. Et peut-être bien que cette femme l'avait sous-estimée. Hermione se mit à courir vers la Forêt et lança un Stupéfix dans son dos. Il serait bien plus difficile pour eux de l'y retrouver. Un cri de rage se fit entendre derrière elle, et elle sut qu'elle avait manqué sa cible. Elle se retourna, sans ralentir sa course, et vit que la femme courait vers sa baguette. Utilisant des sorts de protection, Hermione ne s'arrêta pas, après avoir dépassé le couvert des arbres.

Ni le point de côté lancinant qui était apparu, ni les branches d'arbre qui la griffaient sur son passage ne la dissuadèrent. Ses jambes faiblissaient néanmoins et son souffle de plus en plus court la força finalement à s'écrouler au pied d'un arbre, près d'un ruisseau. Son coeur menaçait de sortir de sa poitrine et elle n'avait plus les pensées claires. Elle ne savait pas dire combien de temps elle avait couru. Dix minutes ? Quinze ? Trente ? L'oreille aux aguets, elle n'entendit aucun bruit suspect. Au bout de quelques minutes, elle lança les sorts anti-détection qu'elle pensait ne plus jamais avoir à prononcer. Ses larmes roulèrent sur ses joues, lorsqu'elle répéta ceux qu'elle avait maintes et maintes fois prononcés lors de sa cavale avec Harry et Ron. Trop épuisée pour réfléchir et drainée de toute énergie physique et magique, Hermione sombra dans le sommeil.

Elle se réveilla en grelottant de froid. La Forêt était bien plus sombre que précédemment et elle distingua des lueurs orangées qui transperçaient le feuillage dru des arbres. Le soleil commençait certainement à disparaître à l'horizon. Que faire ? Elle ne pouvait pas rester là indéfiniment. Elle n'avait, avec elle, qu'une cape, une baguette, une bourse peu remplie et une lettre au fond de sa poche. Le sortilège de Chauffage était inutile dans un endroit non fermé. Elle ne souhaitait pas passer la nuit seule dans la Forêt Interdite, quelque soit la puissance de ses sortilèges de protection. Mais elle ignorait si les deux sorciers qui avaient tenté de la kidnapper étaient toujours à Pré-au-Lard. La possibilité qu'ils viennent la chercher à Poudlard n'était pas exclue non plus.

Elle avait été victime d'une embuscade. La lettre avait-elle réellement été écrite par Dumbledore et avait-elle été interceptée par des partisans de Grindelwald ? Ou était-ce une imitation ? Elle penchait plutôt pour la seconde solution. Elle voyait mal Dumbledore la mettre sciemment en danger et s'il lui avait réellement donné rendez-vous, il aurait été présent sans nul doute.

Quelle était leur motivation ? D'après ce qu'avait dit la femme aux cheveux rouges, Grindelwald savait qu'elle était à Durmstrang et qu'elle n'avait pas participé au tournoi. Il savait également qu'elle cachait une autre identité. Comment était-ce possible ? Dumbledore lui avait-il dit quelque chose… ? Non. C'était inenvisageable… Que lui voulait le mage noir et jusqu'à quel point était-il renseigné ? Cherchait-il à atteindre Dumbledore à travers elle ? Hermione s'était mise dans un sacré pétrin. Elle pensait devoir s'inquiéter uniquement de Voldemort à cette époque, mais elle fuyait Grindelwald aussi à présent…

Par précaution, elle ne pouvait pas retourner à Poudlard, pas maintenant. Il fallait qu'elle trouve un endroit où s'abriter et envoyer un hibou à Dumbledore. Alors, elle marcha jusqu'au ruisseau et, examinant son visage, elle entreprit de soigner ses blessures et de se façonner un physique différent. Une cascade de cheveux blonds foncé roula sur ses épaules en vagues soyeuses, ses yeux devinrent verts, ses joues se firent plus rebondies et son nez plus grand. Elle était méconnaissable. Elle détestait vraiment ce genre d'enchantements. Elle répara magiquement ses vêtements déchirés par sa course et changea leur couleur en un vert bouteille passe-partout. Avec une profonde inspiration, elle leva les sortilèges de son camp improvisé et transplana devant le Chaudron Baveur.

Sur place, elle réserva une chambre et réalisa qu'elle n'avait pas emmené assez d'argent pour y rester plus d'une semaine, si elle voulait manger au moins deux repas par jour. Elle ne comptait pas disparaître aussi longtemps… Elle ne l'espérait pas, mais il n'était pas question qu'elle se rende à Gringotts et retirer l'argent de son salaire. Grindelwald avait sûrement des yeux partout. Sans doute était-elle un peu paranoïaque, mais elle avait l'impression de revenir au temps de la puissance de Voldemort. Sur le Chemin de Traverse, elle acheta du parchemin, de l'encre et consulta les tarifs du bureau de poste. Finalement, elle devrait se limiter à un repas par jour…

Dans le secret de sa chambre, elle rédigea un court message à l'attention de Dumbledore : Embuscade à Pré-au-Lard. Je suis en sécurité. Instructions ? HJ. Elle voulait en dire le moins possible et que le parchemin n'alourdisse pas inutilement le hibou. Elle ensorcela la missive pour qu'un message différent apparaisse aux yeux indiscrets. Puis, elle se rendit au bureau de poste, et regarda le hibou s'envoler. Et maintenant, elle ne restait plus qu'à attendre.

Une réponse arriva le mardi, sous une forme surprenante. Elle ruminait, enfermée dans sa chambre, lorsqu'un phénix argenté surgit. Le Patronus de Dumbledore ! Elle se maudit de ne pas y avoir pensé plus tôt. C'était un moyen bien plus sûr que les hiboux pour communiquer…

« Retrouvez-moi à la Tête de Sanglier demain soir à vingt-et-une heures. Demandez du jus de citrouille avec un soupçon de citron au barman. Il comprendra. »

Le Patronus disparut dans un panache de fumée. Demain soir ! C'était bien trop long. Mais Dumbledore avait sans doute ses raisons. Entendre sa voix l'avait réconfortée et revigorée quelque peu. Elle fut tentée d'envoyer un Patronus à son tour, mais elle ne savait pas où se trouvait le professeur en ce moment. Elle ne pouvait pas risquer que quelqu'un d'autre soit témoin de son message. Elle soupira et s'allongea à nouveau sur le lit inconfortable.

Ces derniers jours s'étaient révélés interminables. Elle osait à peine mettre le nez dehors, de peur d'être repérée. Même des pas dans le couloir Elle ne mangeait désormais qu'à midi, le plat le moins cher que proposait le Chaudron Baveur. La faim commençait à faire souffrir son estomac, mais elle se rappela de ses mois de cavale. Elle y avait survécu, elle survivrait ici aussi. Jusqu'à ce qu'elle affronte Voldemort.

oO0OoO0Oo

Que faisait Dumbledore, tranquillement assis à la table des professeurs, comme s'il n'était jamais parti, comme si Hermione n'avait jamais existé ? Cela n'avait aucun sens.

« Tiens, le vieux est de retour ? Miss Jean a dû démissionner finalement », ricana Lestrange.

Tom ne répondit pas, laissant Avery et Lestrange commenter le retour de Dumbledore, qui n'avait de toute façon aucune incidence sur leurs cours. Il réfléchissait à la manière dont il pourrait confronter le professeur et obtenir des réponses sur ce qu'était devenue la stagiaire. Il ne pouvait pas croire qu'elle ait purement et simplement démissionné. Il n'y avait eu aucun signe…

Dumbledore se leva de sa chaise et quitta la Grande Salle. Tom quitta sa place à son tour et le suivit d'un pas décontracté. Il attendit de se retrouver seul avec Dumbledore dans le couloir. Au bout de quelques mètres de marche, le professeur se retourna. Tom fut frappé de voir à quel point Dumbledore semblait vieilli. On aurait dit qu'il avait pris dix ans depuis leur dernière rencontre.

« Vous souhaitiez me parler, Tom ? »

Le jeune homme conserva l'expression la plus neutre et désintéressée possible.

« En tant que préfet-en-chef, il est de mon devoir d'informer mes camarades sur la date de report du cours de métamorphose qui n'a pas eu lieu ce lundi. Les ASPICs sont très importants, vous comprenez », récita-t-il, tel qu'il avait préparé sa réplique.

Le vieil homme le regarda d'un air étrange, ce qui mit le jeune homme légèrement mal à l'aise et l'incita à faire usage d'Occlumancie. Les yeux bleus de Dumbledore lui donnaient toujours l'impression de voir à travers lui.

« Je ne sais pas encore », répondit-il finalement. « L'information vous sera donnée en temps voulu. »

Pour le professeur, la discussion était close. Il tourna les talons et continua son chemin.

« Attendez ! »

Tom Jedusor n'avait pu se retenir. Il ne s'était pas attendu à être ainsi congédié. Il pensait qu'il aurait des informations sur Hermione. Il ne voulait pas en parler lui-même, mais il ne pouvait pas laisser le vieil homme le laisser ainsi sur sa faim. Dumbledore se retourna, le sourcil froncé, le regard surpris. Il ne savait pas comment poser la question qui le taraudait.

« Où est Miss Jean ? », demanda-t-il simplement.

Visiblement, son interlocuteur ne s'attendait pas à cette question, ce qui agaça Tom. Il tenta de se justifier en affirmant que c'était scandaleux qu'elle ait quitté son poste de cette manière, mais même lui ne fut pas convaincu par le ton de sa voix, ce qui n'arrivait jamais. Les yeux bleus le jaugèrent. Tom ne baissa pas le regard, ses barrières mentales toujours solidement en place.

« Suivez-moi, Tom », articula enfin le professeur Dumbledore.

Il s'exécuta aussitôt, et les deux hommes se rendirent dans le bureau du professeur Dumbledore. Rien ne semblait avoir changé depuis sa dernière visite, un peu plus d'une semaine plus tôt. Le vieil homme s'assit et croisa les mains devant lui, l'observant toujours avec curiosité. N'étant pas invité à l'imiter, le Serpentard resta debout et croisa les bras. Il regrettait déjà sa question. Il n'était pas question que Dumbledore s'intéresse à lui, mais il était trop tard pour cela, n'est-ce pas ?

« Pourquoi souhaitez-vous savoir où se trouve Miss Jean ? Y a-t-il quelque chose que je devrais savoir, Tom ? »

Maudit soit Dumbledore ! Il avait l'art de retourner les questions sans répondre réellement. C'était habituellement un de ses talents à lui aussi, mais ce soir, il ne savait pas s'il en aurait la patience.

« Rien, professeur. Je trouve seulement… étrange qu'un professeur disparaisse et que rien n'est fait pour la retrouver.
- Qu'est-ce qui vous dit que rien n'est fait ? Qu'est-ce qui vous dit qu'elle a réellement disparu, Tom ? », répondit Dumbledore avec son calme irritant, le regard froid.

« Une intuition », répondit-il simplement. « Si vous avez des nouvelles, dans ce cas, pardonnez-moi d'avoir posé la question, Professeur, loin de moins l'idée de me mêler de ce qui ne me regarde pas. »

Il espérait ainsi endormir la méfiance de Dumbledore et obtenir sa réponse tant attendue. Les détours que prenait le professeur le convainquaient, malgré tout, que quelque chose était anormal.

« Très bien. Je ne manquerai pas de vous informer de la suite, Tom, pour que votre cours soit rattrapé dans les plus brefs délais. Bonne nuit. »

Bonne nuit. Bonne nuit ? Comment osait-il le congédier ainsi ? En temps normal, Voldemort aurait su reconnaître sa défaite et aurait reculé pour mieux sauter, plus tard. Mais pas ce soir. Toutes les émotions, qu'il avait accumulé durant ces trois jours, jaillirent avec une telle force qu'il fut incapable de les contrôler.

« Comment osez-vous ? Elle est peut-être en danger, et vous restez là, confortablement assis dans votre fauteuil ! Vous avez déserté votre poste pendant des semaines, elle a assuré pour vous et maintenant vous la laissez tomber ? »

Oh par Salazar. Il n'avait pas fait ça. Ses mains tremblaient tandis que, le souffle court, il réalisait qu'il avait hurlé contre un professeur. Et pas n'importe lequel… Il s'était ouvert devant le professeur Dumbledore. Il ignorait pourquoi il avait dit ces choses, il n'avait pas eu le temps de retenir les mots qui se déversaient de lui, tels à un fleuve en colère brisant les digues qui l'emprisonnaient. Il n'arrivait pas à y croire. Il tenta de se recomposer une expression neutre et de calmer les battements de son coeur. Dumbledore, n'avait pas réagi et la perplexité peignait ses traits. Il y avait aussi autre chose dans son regard…

« Excusez-moi, professeur. Il y a dix jours, nous étions à Durmstrang. Il est possible que des espions de Grindelwald qui se soient intéressés à nous et ont cherché à atteindre Poudlard à travers elle », dit-il d'un ton égal. « Je suis en colère à l'idée qu'un sorcier étranger nous attaque dans l'enceinte-même de notre école. Je me suis emporté et je ne pensais pas ce que je vous ai dit. Je vous prie d'accepter mes plus plates excuses, professeur. »

Il ne croyait pas du tout à cette thèse en réalité, mais il s'efforçait de se raccrocher aux branches. Certes, Hermione avait sûrement beaucoup parlé à Morovitch, a priori un opposant de Grindelwald. Mais il était ridicule que ce mage noir s'en prenne à elle, même si elle était sûrement beaucoup plus que ce qu'elle prétendait être. Par contre, il était hors de question que quiconque s'imagine que lui, Voldemort, tienne à Miss Jean. Car c'était absolument faux. Tout était de la faute des Horcruxes.

Le professeur Dumbledore jeta un regard rapide sur l'horloge qui indiquait vingt heures trente. Tom comprit le message, lui souhaita une bonne soirée, puis se détourna en direction de la porte. Il devait s'avouer vaincu pour cette fois. Alors qu'il posait la main sur la poignée, il entendit enfin la voix de Dumbledore.

« Il n'y a pas de honte à éprouver de la peine, Tom. C'est ce qui nous rend humain. »

Incapable de répondre, le préfet-en-chef hocha simplement la tête, sans jamais se retourner. Il ne pouvait pas céder à nouveau. Alors il sortit du bureau de Dumbledore, et se précipita vers la bibliothèque. Il allait devoir mettre sa fierté de côté et étudier tout ce qui avait trait aux émotions. Se pouvait-il qu'il ressente de la peine ? Il ne pouvait pas y croire. Il ne voulait pas être un simple humain. Ce serait un échec retentissant de sa part. La perplexité l'envahissait toujours lorsqu'il songea à la manière dont il avait hurlé sur Dumbledore. Il réalisa soudain que le vieil homme l'avait laissé faire.

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Durant son confinement désoeuvré à l'intérieur de la petite chambre du Chaudron Baveur, Hermione avait eu le loisir de réfléchir. En particulier, elle avait pensé à Tom. Beaucoup. Avec honte, elle réalisait qu'elle connaissait désormais bien mieux ses traits que ceux de Ron et Harry. Le temps qui s'était écoulé n'avait pas apaisé la douleur de ne plus les voir, mais leurs visages commençaient à s'estomper de sa mémoire. Elle en fut accablée. Le même phénomène lui était arrivé lorsqu'elle avait effacé les souvenirs de ses parents. Bien qu'elle pensait à eux très souvent, elle s'était efforcée de refouler sa tristesse pour se concentrer sur sa tâche et cela avait contribué au flou qui entourait désormais leur visage. Elle ne s'en était jamais réellement remise. Lorsque la jeune femme les avait retrouvé en Australie et rendu la mémoire, elle pensait se sentir bien plus heureuse et soulagée. Mais non, quelque chose s'était cassé entre eux. Elle avait espéré que le temps remédie à cela. Et à présent, elle ne les reverrait plus non plus… En ce qui concernait Ron, c'était pire. Elle avait entamé un processus de deuil car tout espoir de le serrer dans ses bras un jour était perdu. Pour ne pas trop souffrir, elle y songeait le moins possible.

La chambre libérée, Hermione avait réglé son dernier repas et était restée toute l'après-midi, camouflée sous des traits qui n'étaient pas les siens, dans le bar du Chaudron Baveur. Elle avait déniché un magazine qui traînait et l'avait épluché pendant ses heures d'attente. Malheureusement c'était un Sorcière Hebdo, l'intérêt était réellement limité. Le magazine n'avait pas beaucoup évolué en cinquante ans… Ses pensées vagabondèrent à nouveau.

Elle se demandait où Dumbledore s'était rendu. Etait-il retourné à Poudlard ? S'étaient-ils aperçus de sa disparition là-bas ? Le professeur les avait-ils informés qu'elle était en sécurité ? Son cheminement de pensées la conduisit vers Tom Jedusor. Elle se demanda comment il avait réagi à son absence ce lundi matin. Etait-il satisfait de ne plus l'avoir dans les pattes, puisque les dernières conversations avaient toutes impliqué des reproches de la part d'Hermione, voire des menaces ? Et s'il décidait de s'en prendre à Roselyn en son absence ?

Elle songea, à nouveau, à la manière dont il avait failli l'appeler par son prénom, à leur dispute irrationnelle à propos de Morovitch, à cette valse envoûtante. Elle était forcée d'admettre que le jeune homme n'était pas aussi terrible qu'il aurait dû. Mais peut-être que tout était faux et qu'elle ne voyait que ce qu'il voulait bien lui montrer. Il avait su charmer un grand nombre de professeurs, il jouait certainement un rôle auprès d'elle aussi. En réalité, elle savait que c'était une fausse excuse et ces objections ne la convainquirent. Balayant ces pensées irritantes, elle se concentra sur la lecture de l'insipide magazine qu'elle avait gardé ouvert devant elle.

Comment savoir s'il vous aime ?

Quel titre ridicule ! se dit-elle, puis elle ferma précipitamment le torchon qui avait pour seul mérite de lui avait fait perdre du temps. Vingt heures quarante-cinq. Il était temps pour elle de se rendre au rendez-vous. Saluant le barmaid d'un léger signe de tête, elle sortit à l'abri des regards, puis transplana devant la Tête du Sanglier.

Il n'y avait personne, ce qui était un soulagement. Hermione s'était presque attendue à retrouver la femme aux cheveux rouges. Au moins, le Patronus de Dumbledore l'assurait de l'authenticité de ce message… Elle ne se défit pas de son déguisement pour autant. Pas tout de suite… La Tête de Sanglier était presque vide. Seules deux personnes, encapuchonnées elles aussi, jouaient aux cartes dans un coin. Les surveillant du coin de l'oeil, la jeune femme se rendit au bar. D'une voix assurée, elle lança « Jus de citrouilles avec un soupçon de citron, s'il vous plaît. »

Abelforth Dumbledore la regarda, vaguement indifférent. Elle se souvenait de leur dernière rencontre comme si c'était hier, mais il était impossible de lui en parler. Il avait les mêmes yeux remarquablement bleus que son frère. Il lui fit signe de le suivre à l'étage, s'assurant que les deux autres sorciers ne leur prêtaient aucune attention. Il ouvrit la porte d'une chambre et lui fit signe d'entrer. Sans un mot, il la referma et Hermione l'entendit redescendre d'un pas lourd.

Elle examina la pièce d'un regard circulaire. Les draps du lit simple étaient d'une propreté douteuse et la poussière ne semblait pas avoir été faite depuis longtemps. Il n'y avait aucune fenêtre. Deux fauteuils dépareillés avaient été installés autour d'un guéridon, mais Hermione doutait qu'ils fassent partie du mobilier habituel. Sous la lumière grelottante de la torche nue fixée au mur, elle attendit, accablée de fatigue par le stress et la faim.

Quelques instants plus tard, des pas approchèrent. Instinctivement, Hermione serra sa baguette, prête à agir au cas où elle serait à nouveau prise au piège. Mais ce fut bien Albus Dumbledore qui entra dans la pièce, le visage songeur et les traits creusés. Il avait l'air plus fatigué que la dernière fois qu'elle l'avait vu, quelques semaines auparavant.

« Bonjour Hermione. J'espère ne pas vous avoir fait attendre trop longtemps. »

Ce fut le moment précis que choisit son estomac pour émettre un grognement de protestation. Gênée, elle hocha la tête en signe de dénégation. Le regard de Dumbledore pétilla d'un éclat amusé.

« J'ai demandé à Abelforth de vous monter un repas. J'ignorais si vous aviez pu vous sustenter ces derniers jours. Vous me raconterez tout après avoir dîné. »

Hermione le remercia et se racla la gorge.

« Pourriez-vous… S'il vous plaît professeur, pourriez-vous me prouver que vous êtes bien celui que vous prétendez être ? »

La méfiance n'avait pas quitté Hermione, la baguette toujours prête à dégainer. Le vieil homme sourit gravement et d'un geste ample, il fit apparaître son Patronus en forme de phénix. La jeune femme se détendit. Elle savait qu'il était impossible de falsifier un tel sortilège. Alors, elle défit les sortilèges qui lui avaient servi à se camoufler et se sentit un peu mieux, elle pouvait être elle-même. Abelforth ouvrit la porte, un plateau garni de nourriture dans les bras. Il marqua un temps d'arrêt lorsqu'il constata la transformation d'Hermione, mais ne fit aucun commentaire.

« Merci Abelforth. Cela a l'air délicieux. »

Il ne fallut que cinq minutes à la jeune femme pour terminer son repas, qu'elle n'avait même pas pris la peine d'identifier. Elle avait tellement faim. Puis, elle leva les yeux vers Dumbledore, qui était profondément plongé dans ses pensées. Il lui semblait plus âgé qu'au moment de son départ, presque un mois auparavant.

« Comment allez-vous, professeur ? », lui demanda-t-elle, inquiète.

Il lui sourit d'un air rassurant.

« Je pense que la véritable question est comment allez-vous, Hermione ? J'ai été très surpris de recevoir votre lettre dimanche. Je suis revenu au plus vite. Que s'est-il passé ? »

La jeune femme lui raconta tout. La lettre qu'elle avait cru avoir reçu de sa part, l'embuscade d'Aleksi et de la femme aux cheveux rouges, la façon dont elle s'était défaite d'eux et ce qu'elle avait appris, sa décision de rester cachée en attendant des instructions de sa part. Dumbledore l'écoutait attentivement et ne l'interrompit pas une seule fois. Il resta silencieux un long moment après la fin de son récit.

« Je peux vous assurer que je n'ai rien révélé à votre propos, Hermione. Il y a eu effectivement… des allusions qui ont été faites… Vous n'êtes pas sans savoir que je me suis entretenu avec Gellert Grindelwald il y a quelques jours. Assez étonnamment, tous les journaux en ont parlé. » Il réfléchissait intensément. « Je ne peux qu'émettre des hypothèses, malheureusement.
- Je vous écoute, professeur.
- Il est possible que Gellert se soit intéressé à la personne qui m'a remplacé à Poudlard. Il pense sûrement que vous avez un accès privilégié à ma personne et a donc creusé votre passé pour connaître vos allégeances. J'imagine qu'il n'a précisément rien trouvé. Cela pourrait signifier qu'il a des yeux à Poudlard, ce qui n'est pas une idée encourageante… Nous savions que votre couverture était précaire mais j'étais loin d'imaginer le danger dans lequel vous vous trouviez et je m'en excuse, Hermione. Il est essentiel qu'il ne sache pas qui vous êtes, sinon les conséquences pourraient être désastreuses. »

La jeune femme ne fut qu'à moitié surprise. Ses conclusions avaient été semblables après des jours de réflexion seule dans sa chambre. Cela ne lui apportait pas la solution pour autant.

« Je soupçonnais que votre passage à Durmstrang n'était pas passé inaperçu, d'après ce que m'a dit Tom Jedusor ce soir. Ce que vous me dites de la femme qui vous a attaqué corrobore cette hypothèse…
- Tom ? Vous lui avez parlé ? »

Dumbledore l'observait avec attention. Elle soupçonna qu'il ne l'avait pas mentionné par hasard et voulait surtout guetter sa réaction.

« Je ne savais pas que vous étiez passé à Poudlard », se justifia-t-elle.

Les yeux bleus de Dumbledore se firent plus perçants que jamais et la jeune femme eut le réflexe d'ériger un mur mental. Non pas que le vieil homme irait fouiller dans ses pensées…

« Ce soir, Mr Jedusor a exprimé quelques… inquiétudes à votre sujet. » Sa voix était légèrement amusée, ce qui surprit Hermione. « J'ai été accusé d'avoir déserté mon poste, puis de vous… comment a-t-il dit déjà ? - de vous laisser tomber. »

Hermione eut soudain très chaud. Elle sentit le rouge lui monter aux joues. Cela ne ressemblait pas à Voldemort de s'adresser ainsi à un professeur. Le vieil homme se jouait d'elle, ce n'était pas possible autrement. Elle s'efforça de ne pas songer aux implications de ce qu'elle venait d'entendre et contrôla sa réaction physique, consciente du regard scrutateur de Dumbledore sur elle.

« Oh, je pense qu'il voulait simplement savoir si les cours n'étaient pas compromis avec nos absences…
- En êtes-vous bien sûre, Hermione ? »

Elle pesa ses mots avant de répondre. Elle ne voulait pas trop en dire à son propos, uniquement ce qu'elle ne pouvait pas ignorer.

« Tom a un côté un peu… pardonnez-moi, professeur, il est poli, brillant mais il peut être parfois manipulateur. Il a sans doute pensé qu'il obtiendrait des renseignements de cette manière… »

Le vieil homme l'étudia du regard, sans un mot, plongé dans ses pensées. Puis, il se pencha en avant, une lueur de malice dans les yeux. Il semblait vouloir ajouter quelque chose, mais se ravisa au dernier moment.

« Que dois-je faire, professeur ? Concernant Grindelwald ? », demanda Hermione, désireuse de changer de sujet.

« Il est essentiel que vous reveniez à Poudlard et que vous ne quittiez plus l'école. Vous y serez protégée. C'est certainement pour cette raison qu'une fausse lettre vous a été envoyée, pour vous attirer hors de l'enceinte de l'école. En ce qui me concerne… Je m'occuperai de Gellert. »

Sa voix faiblit imperceptiblement à la fin de sa phrase. Hermione mourrait d'envie de savoir ce qu'il s'était dit lors de cet entretien, mais elle sentait qu'elle n'aurait pas la réponse. Il était certain que des plaies avaient été ravivées. Elle ne lui demanda pas, par exemple, pourquoi elle appelait Grindelwald par son prénom.

« En ce qui concerne votre couverture, j'ai pris la liberté de contacter un collègue, qui a toute ma confiance. Tout ce qu'il sait, c'est que vous fuyez votre passé et que vous avez besoin d'un nouveau départ. Il est très doué pour créer de fausses identités et je suis certain que Gellert cessera de s'intéresser à vous dés qu'il en aura connaissance, et vous serez de nouveau en sécurité. »

La jeune femme acquiesça, retenant les questions qui lui brûlaient les lèvres. Elle connaissait assez bien Dumbledore pour savoir qu'il ne révélait que ce qu'il estimait utile. Il se leva de son fauteuil et épousseta sa robe de sorcier.

« Si vous êtes prête, je vais vous raccompagner jusqu'à Poudlard.
- Que vais-je dire, concernant mon absence ? Il y aura des questions…
- Je vous fais confiance pour trouver une explication. La vérité, sans nommer vos adversaires, me semble être envisageable. Sauf si bien sûr, vous y voyez une objection. Je vous mets en garde toutefois. A Poudlard, les bruits courent très rapidement. »

Oh, vraiment ? Elle ne s'en serait pas doutée… Hermione s'accorda la nuit pour réfléchir à un alibi, tant qu'elle pouvait retrouver un lit douillet. De bonne grâce, elle suivit le vieil homme hors de l'auberge, traversant Pré-au-Lard encapuchonnée. Il y avait toujours la crainte d'une attaque, mais au moins elle savait que tant que Dumbledore était là, elle n'aurait rien à craindre. La jeune femme n'avait pas réalisé à quel point elle était épuisée jusqu'à ce qu'elle s'effondre sur ses draps, sans prendre la peine de se changer. Ces derniers jours avaient été désoeuvrés, mais émotionnellement drainants, aussi le sommeil n'eut aucun mal à la gagner.


J'espère que ça vous a plu ! N'hésitez pas à me faire part de vos pensées :)

A très bientôt pour le chapitre 20 et prenez soin de vous...!