Bonsoir !

Ce chapitre est arrivé un peu plus rapidement que le précédent ;) Sachez tout de même que j'écris au fur et à mesure, et je fais en fonction de mon temps libre (je n'ai jamais arrêté le travail). De plus, je ne veux pas bâcler les chapitres donc je prends le temps de les relire pour que cela me convienne.

En tout cas, merci pour vos commentaires adorables, comme toujours ! C'est motivant, surtout que je n'étais pas sûre que le dernier chapitre vous plaise... Les retours m'ont fait très plaisir ! :)

Bonne lecture !


« Refuser d'aimer par peur de souffrir, c'est comme refuser de vivre par peur de mourir. »
{Anonyme}


Décidément, Tom ne portait pas Morovitch dans son coeur. Adossé au mur, il suivait d'une oreille distraite la conversation de Malefoy et Lestrange avec deux étudiants de Durmstrang, dénommés Raknor et Sven. Toutefois, il ne parvenait pas à se concentrer, des milliers de questions se bousculaient en lui. Il tentait de ne pas fixer le couple formé par Hermione et Morovitch, mais cela se révéla exceptionnellement difficile. Chaque mouvement, chaque expression de la jeune femme était prétexte à interprétation. Il était incapable de déterminer ce qu'elle ressentait pour le professeur. Elle riait en dansant, mais la paire était remarquablement désaccordée. Ils se marchèrent sur les pieds, les improvisations chorégraphiques de Morovitch tombaient régulièrement à plat, ils n'évoluaient tout simplement pas sur le même tempo.

Parfois, les yeux de Tom et d'Hermione se croisaient, et son coeur ratait un battement. Morovitch pouvait bien la faire tournoyer tant qu'il voulait. Il savait qu'elle avait refusé d'accompagner ce parvenu au bal, qu'elle lui accorde une danse ne voulait rien dire. Le professeur de duel n'aurait jamais, avec elle, cette harmonie qui les liait tous les deux, chacun anticipant les mouvements de l'autre, sans même avoir à y penser.

Il songea à ce qu'il s'était passé dans le parc quelques instant plus tôt. Rien n'avait été planifié. Ses yeux chocolats, encore brillants des larmes qu'elle tentait de cacher, avaient déclenché autre chose que du mépris chez lui, cette émotion à laquelle il commençait à s'habituer. Il n'avait pas voulu lui demander pourquoi elle pleurait, parce que, s'il était dans sa situation, il aurait envoyé promener n'importe quel malheureux qui aurait eu l'audace de le questionner. Sans le réaliser, Tom avait fait preuve d'empathie.

Leur discussion était riche en enseignements, mais un élément majeur comptait à ses yeux : il ne s'était pas fait des idées. Elle l'évitait bel et bien et il en connaissait la raison. Paradoxalement, les révélations l'avaient soulagé. C'était une chose de se convaincre qu'il n'était pas fautif, c'en était une autre que de se l'entendre confirmer. Elle culpabilisait de l'avoir amené à utiliser la magie noire. Si elle savait ! Il en était imprégné jusqu'à la moelle, si elle savait ce qu'il avait fait… Sa confiance avait alors vacillé un court instant. Comment réagirait-elle en apprenant qu'il était un assassin ?

Il avait balayé cette pensée, en la regardant s'exprimer avec passion, étincelante dans sa robe dorée. Les mots pour la convaincre se tarirent surprenamment vite. Et il avait finalement cédé à l'envie dévorante qui l'avait envahi tout au long de leur échange, d'un élan de spontanéité qui ne lui ressemblait pas. Cette fois, c'était lui qui avait initié leur contact physique, se plongeant dans un état second à partir du moment où il avait glissé son bras autour d'elle. Hermione n'avait pas résisté. L'hésitation dans ses yeux bruns, ses rougissements, son souffle erratique, si près de lui, tout cela avait provoqué un tsunami d'émotions en lui, impossible à réprimer. Il en avait eu mal, mais étonnamment, cette douleur n'était pas désagréable. Il s'embrasait de l'intérieur, en silence, et il se surprit à aimer ça. Il recherchait surtout une délivrance, mais il ne savait pas comment…

« Vous allez voir, Morovitch est un excellent professeur de duel, il va manquer à nos camarades de Durmstrang. C'est un ancien étudiant qui le remplace pendant son absence », expliquait Sven avec un accent marqué.

« A Poudlard, c'est aussi une étudiante qui assure nos cours de métamorphose à la place du vieux Dumbledore… », indiqua Malefoy d'une voix traînante.

« Ah oui, miss Jean, n'est-ce pas ? », ricana Raknor. « Nous en avons entendu parler, oui. Elle a fait forte impression sur Morovitch. »

Lestrange et Malefoy esquissèrent un sourire narquois pour la forme, mais leurs regards inquiets en sa direction, n'échappèrent pas à Tom. Ils avaient compris depuis quelques mois que Voldemort était imprévisible en ce qui concernait la jeune stagiaire, et ils n'avaient aucune envie d'essuyer son irascibilité. Il se contenta d'hausser les épaules, indifférent, et Lestrange se hâta de faire dériver la conversation vers des eaux plus sûres.

La danse se termina. La jeune femme lança furtivement un regard en sa direction et rougit subtilement lorsqu'elle s'aperçut qu'il ne la lâchait pas des yeux. Clairement, Morovitch menait une bataille perdue d'avance et Tom en éprouva une vive satisfaction.

Ce fut d'un pas conquérant qu'il se dirigea vers la classe de métamorphose, en ce lundi matin, accompagné des quatre étudiants étrangers qui souhaitaient choisir cette spécialité pour leur semestre à Poudlard. Une excitation sauvage l'envahit à la perspective de passer les prochaines heures face à elle. Il avait passé la journée de la veille à décrypter ce qu'il ressentait, parfois assommé par la violence de ses sentiments, parfois horrifié par cette connexion de plus en plus puissante entre la jeune femme et lui. C'était une disgrâce, se disait-il, et une faiblesse impardonnable de sa part. Mais il ne pouvait lutter contre la chaleur qui l'envahissait lorsqu'il pensait à Hermione, ni contre les réactions physiques qu'elle déclenchait. Il n'avait aucune véritable envie de les faire cesser. Ces émotions, une fois qu'il avait accepté leur existence, le guidaient à la découverte de nouvelles sensations. Voldemort se sentait étrangement plus vivant que jamais.

Il s'installa à sa place habituelle, jalousement gardée, et nota qu'Hermione faisait tout pour éviter de croiser son regard. Cependant, parfois elle n'y parvenait pas et s'humectait les lèvres, confuse. Contrairement aux semaines précédentes où il se posait des questions, cette fois, il savait qu'elle ne lui était pas totalement indifférente. Cette sensation le grisait. De toute manière, elle ne pouvait tout simplement pas l'être. Elle avait eu ses préjugés, tout comme il avait eu les siens, il sentait qu'il abattait petit à petit les barrières qu'elle mettait en place. Tom se posait toujours des questions à son sujet, mais il n'était plus aussi inquiet qu'au début.

A la fin du cours, il rangea ses affaires avec une lenteur calculée, s'assurant de rester seul avec Hermione dans la salle. Assise à son bureau, elle grattait des mots sur un parchemin, les sourcils froncés. Tom se découvrit une hardiesse inhabituelle.

« J'avais raison. »

La jeune femme se redressa sur sa chaise, surprise par sa présence. Comme il s'y attendait, elle rougit.

« A propos de quoi donc ?

- Morovitch. Visiblement, il n'était pas au courant qu'il n'était pas votre cavalier. »

Il sembla un instant qu'elle allait se mettre en colère, mais devant le sourire sarcastique du jeune homme, elle saisit l'ironie de son ton. Alors, elle esquissa à son tour un sourire embarrassé.

« Ne dites pas de bêtises, Tom. Il sera votre professeur à présent, alors vous devriez faire preuve d'un peu plus de respect…

- Oh vraiment ? Qui a dit que je choisirais de suivre sa spécialité ? » Tom s'approcha du bureau de la jeune femme et prit appui de ses deux mains. « Il me semblait avoir établi que je suis meilleur que lui dans ce domaine », souffla-t-il, sans se départir de son rictus.

Hermione jeta un coup d'oeil inquiet vers la porte. Visiblement, elle craignait qu'on les surprenne dans cette posture. Sa respiration était plus rapide, erratique même. Tom se maîtrisait beaucoup mieux, maintenant qu'il prenait le contrôle. Il savait pourtant à quel point sa position était fragile en cet instant et cela lui plaisait. Beaucoup.

« Eh bien, techniquement, tu n'as pas gagné ce duel », murmura-t-elle à son tour, soudain mutine. Elle le tutoyait à nouveau, ce qui provoqua des crampes dans la région de son estomac. « Mais c'est probablement mieux ainsi. Je ne sais pas ce que tu as contre Klaus, qui est absolument charmant. » Oh vraiment ? « Je ne voudrais pas que vous vous engagiez dans un combat puéril où l'un de vous pourrait finir blessé….

- Par un de nous, tu veux sans doute dire ce cher Klaus. » Il l'avait tutoyée à son tour, involontairement, mais il ne pouvait pas laisser penser qu'il s'agissait d'une erreur de sa part. Elle se mordit la lèvre inférieure, sans doute gênée par leur proximité. « Soyons sérieux une minute… »

Elle ne répondit pas, ses grands yeux chocolat posés sur lui. Les siens glissèrent irrésistiblement vers ses lèvres pleines et rougies par le mordillement. Il se demanda alors quel goût elles auraient. L'image qui se forma dans son esprit provoqua une accélération soudaine de son rythme cardiaque et une intense vague de chaleur dans son corps. Les pupilles dilatées, il serra la mâchoire dans l'espoir de contenir le trouble dans lequel il se trouvait plongé. Hermione se mordit à nouveau la lèvre dans un geste non contrôlé et il crut que toutes les digues allaient céder. Dans un effort surhumain, il se redressa et s'éclaircit la gorge.

« Je souhaitais savoir si nous avions éclairci ce malentendu concernant mon intervention.

- Votre intervention ? » Elle fronça les sourcils, reprenant contenance à son tour. Elle le vouvoyait à nouveau.

« Vous savez… votre cicatrice.

- Oh oui, bien sûr Tom. Je ne cherchais pas à vous éviter, ma colère n'est dirigée que contre moi-même.

- Pourtant, vous ne devriez pas. » Il résista à la tentation de saisir son bras et de le dénuder à l'endroit où se trouvait la blessure.

Elle acquiesça doucement, mais il lut l'incertitude dans ses yeux. Elle n'était pas convaincue. Il recula de deux pas, s'éloignant symboliquement de la tentation.

« Permettez-vous que je ferme la porte, Miss ? J'aimerais mieux que notre discussion reste privée. »

oO0OoO0Oo

Elle aurait dû refuser. Hermione devrait éviter toute occasion de se retrouver seule avec Voldemort, car c'était dangereux pour son secret. Sa raison criait de trouver un prétexte pour quitter la pièce et retourner à son quotidien. Mais son instinct la fit acquiescer. Tom s'exécuta d'un mouvement de baguette magique. Les images indécentes défilèrent dans son esprit alors qu'elle observait le lent glissement de la porte. Par Merlin, qu'est-ce qui n'allait pas chez elle ? L'étrange tension, survenue quelques minutes plus tôt, aurait dû l'alerter. Il était clair que Tom Jedusor flirtait avec elle, et elle le laissait faire !

« Je sais que nos opinions concernant les formes… alternatives de la magie diffèrent », commença-t-il d'un ton sérieux, qui la soulagea paradoxalement. Elle maîtrisait bien mieux ce terrain. « Cependant, j'aurais aimé vous convaincre que vos arguments sont inutilement alarmistes.

- Alarmistes ? Ce sont des faits, Tom. » Il sourit, nullement offensé par son ton tranchant. Il attendait la suite. « Je pourrais vous citer un certain nombre d'études qui prouvent que la magie noire endommage l'âme de celui qui l'utilise. »

Tom tressaillit. Visiblement, elle touchait un point sensible. Au moins, il ne se doutait pas une seule seconde qu'elle savait exactement ce que contenait la chevalière qu'il portait actuellement à la main droite.

« Je serais curieux de les lire, Miss », dit-il d'un ton aimable. « Au cours de mes recherches personnelles, pour assouvir ma curiosité, j'ai trouvé que l'âme était traitée d'une manière souvent… parcellaire.

- En quel sens ?

- L'existence de l'âme est elle-même une théorie et chaque discipline semble avoir sa propre idée sur sa forme et sur son utilité.

- Chez les Moldus, son existence n'est pas prouvée. Cependant, les travaux de Prius Selwyn à la fin du XVIIIe siècle nous apportent des éléments très concrets, des faits, qui tendent à prouver que l'âme existe, même si on ne connaît pas exactement son fonctionnement et ce à quoi elle ressemble. »

Hermione s'animait à mesure qu'elle partageait ses connaissances. Elle n'y était pas habituée, Ron et Harry s'endormaient toujours lorsqu'elle parlait d'un sujet nébuleux s'ils n'en voyaient pas l'utilité. Il n'y avait qu'au Département des Mystères qu'elle avait pensé pouvoir s'épanouir, mais elle n'y était restée que quelques semaines, ce qui était bien insuffisant pour se lier avec d'autres collègues qu'Audrey Weasley.

« Quoiqu'il en soit, nos actions ont un impact sur notre âme. Utiliser la magie noire, c'est faire une entorse aux lois de la nature et cela a un prix.

- Pourtant tout acte magique pourrait être considéré comme une infraction de ces lois, n'est-ce pas ? Donc toute magie devrait avoir un prix. Il semblerait que ce ne soit pas le cas. Et cela soulève une question importante : qui est ce qui détermine ce qu'est la magie noire ? »

L'ex-Gryffondor était en désaccord avec lui, mais son questionnement n'était pas idiot, loin de là.

« La magie noire est avant tout le fait d'utiliser nos pouvoir dans des buts égoïstes ou maléfiques », affirma-t-elle avec conviction.

« Et pourtant, des sortilèges tels que Accio ont été inventés pour nous faciliter la vie. N'est-ce pas égoïste ? Pourtant, personne n'irait les considérer comme de la magie noire. En réalité, tout est affaire de point de vue : je suis certain que l'attribution de cette étiquette est purement sociale.

- Il y a autre chose Tom. La magie noire suppose aussi de puiser notre énergie magique à travers une autre source, s'affranchissant du consentement de celle-ci. »

Tom la regarda avec curiosité, ses pupilles brillant d'avidité. Ils étaient l'un et l'autre tout autant absorbés par cette conversation. Hermione se demanda alors s'il avait déjà eu l'occasion de parler de son attrait pour la magie noire à quelqu'un. Il ne le lui avouait pas explicitement, se retranchant derrière la curiosité intellectuelle.

« Si vous avez des références à me conseiller, Miss Jean, je suis preneur. Peut-être pourrais-je moi aussi vous proposer quelques lectures qui, je l'espère, vous permettront de vous faire une opinion plus nuancée sur la définition des frontières de la magie. »

Elle en doutait sérieusement mais elle acquiesça. Elle prit un nouveau parchemin sur son bureau et griffonna des titres d'ouvrage qui, elle l'espérait, lui permettraient de réaliser à quel point il faisait fausse route. Bien entendu, tous ces livres existaient dans cette époque, à la bibliothèque de Poudlard. Le parchemin roulé fut transmis au jeune homme, qui l'accepta de bonne grâce. Il lui souhaita une bonne journée et quitta la pièce.

Hermione fut saisie d'un doute soudain. Fouillant dans son sac, elle sortit l'exemplaire des Prophéties qu'elle emmenait partout avec elle ces derniers temps. Elle feuilleta l'ouvrage, jusqu'à tomber sur l'extrait qui l'intéressait.

Dans le cadre des déséquilibres les plus importants, il semblerait que ce soit toujours l'Amour qui vienne rétablir la balance. Dans l'Histoire, les exemples sont nombreux, tel que nous l'avons constaté dans la première partie de l'ouvrage. La théorie la plus répandue est celle des âmes soeurs. Selon celle-ci, évoquée pour la première fois sous la plume de Platon dans l'Antiquité, chaque personne est l'âme soeur de d'une autre. Certaines vivent une vie entière sans la rencontrer, mais leur impact est si minime que le Destin prendrait le parti de les réunifier dans une autre vie. En revanche, pour d'autres, l'absence de l'âme soeur a des conséquences si sévères qu'un déséquilibre profond survient. Le Destin répare alors son erreur par tous les moyens. C'est dans ce cadre que les Prophéties entrent en jeu.

Une idée folle naquit dans l'esprit d'Hermione. Mais c'était tout bonnement impossible, n'est-ce pas ? Tout cela n'était qu'un raisonnement basé sur un faisceau d'indices, rien de plus ! Le simple fait d'y penser l'estomaquait et la honte la submergea, une fois de plus. Comment pouvait-elle songer un seul instant que Voldemort et elle puissent être des âmes soeurs ? Cela ressemblait beaucoup plus à une tentative désespérée de sa part de justifier ce qu'elle ressentait ces derniers temps qu'à une hypothèse sérieuse. Elle referma alors le livre, exaspérée.

Pourtant, elle y songea énormément au cours des jours suivants. Inconsciemment, la jeune femme établit une liste mentale avec les arguments en faveur de cette théorie et les contre-arguments. Un soir, elle décida de les coucher par écrit, dans l'espoir d'évacuer le brouillard que provoquait ce débat dans son esprit.

Pourquoi cette théorie est idiote :

1) Il n'y a pas l'ombre d'une preuve que les âmes soeurs existent

Elle ratura aussitôt cette ligne. C'était faux, et elle le savait. Il y avait de nombreux exemples dans l'Histoire, aussi bien chez les Moldus que chez les sorciers… Ceux-ci ne constituaient pas des preuves scientifiques au sens rationnel du terme, mais ce serait faux d'affirmer qu'il n'y avait rien. Mordillant le bout de sa plume, elle réfléchit à un autre contre-argument.

1) Harry a déjà rétabli la supposée balance du Destin en mettant fin aux agissements de Voldemort.

Cet argument était déjà beaucoup plus satisfaisant, lorsque l'on occultait les milliers de personnes qui avaient perdu la vie lors des deux guerres provoquées par Voldemort.

2) Il s'agit de Voldemort !

Son coeur se serra. Ce n'était pas une véritable raison, elle le savait, mais il fallait qu'elle l'écrive. De plus en plus, elle dissociait mentalement le Tom Jedusor qu'elle apprenait à connaître et le Voldemort sanguinaire qu'elle avait combattu. Cette dissociation était dangereuse. Tom était loin d'être innocent, combien de fois fallait-il qu'elle se le rappelle ?

Pourquoi cette théorie expliquerait des choses :

1) Le dérèglement du retourneur de temps pourrait être dû à une prophétie.

Cette hypothèse était née depuis sa première lecture du livre, bien qu'il fut difficile d'y accorder un véritable crédit. A son arrivée, le problème de ce dysfonctionnement avait été retourné dans tous les sens. Pourquoi cette date précise ? Le sablier était vierge quand elle l'avait examiné et à aucun moment, l'année 1944 n'avait effleuré son esprit. Pourquoi aurait-ce été le cas d'ailleurs ? Alors l'hypothèse d'une intervention surnaturelle, d'une prophétie, avait au moins le mérite d'apporter une explication…

2) Cela expliquerait mon attirance étrange pour Tom

Ecrire ces mots lui avaient demandé énormément de sang-froid. Mais voilà, elle était adulte et pas étrangère aux sentiments, si bien qu'elle pouvait nier autant qu'elle le voulait, elle ressentait des choses inappropriées pour le Serpentard. Un frisson la parcourut en repensant aux derniers moments qu'ils avaient partagés. Elle en était la première surprise : l'apparence était généralement pour elle d'une importance mineure. Tom était beau, c'était un fait objectif, mais cela n'avait pas influencé ses décisions. Non, l'attraction était devenue physique beaucoup plus récemment, mais elle prenait racine ailleurs. C'était difficile à décrire.

Autant elle savait pourquoi elle avait aimé Ron - cela fit l'effet d'un coup de poignard que de le réaliser -, autant elle ne trouvait pas de raison purement objective pour expliquer les sentiments pour Tom Jedusor. Il était brillant, charismatique, sûr de lui mais ouvert à la discussion, bien plus qu'elle ne l'aurait cru, et… il était visiblement capable d'émotions. Pourtant, toujours aussi objectivement, c'était un assassin avide de pouvoir. Alors pourquoi son pouls s'accélérait-il en sa présence ? Pourquoi sa respiration devenait-elle plus difficile lorsqu'il s'approchait d'elle d'un peu trop près ? Et ces rougissements intempestifs qu'elle ne parvenait pas à contrôler ! Réaliser qu'elle éprouvait un désir flamboyant ne l'empêchait pas de ressentir une intense colère à cette idée.

Cette attirance, aussi étrange que cela paraisse, semblait être réciproque. Elle n'y croyait pas, mais les premiers doutes s'étaient tapis dans un coin de son esprit après leur week-end à Durmstrang et l'attitude étrange de Tom envers Klaus. Et puis, il y avait eu les deux danses, l'une dans le Grand Nord, initiée par elle, et la seconde, en toute intimité dans le parc de Poudlard. Le jeune homme lui avait proposé de la débarrasser de sa cicatrice, sans ciller. Il ne semblait pas avoir répandu la nouvelle de son sang Moldu auprès de ses complices, à ce qu'elle sache bien entendu. Il tenait à échanger avec elle, comme ravi de débattre avec quelqu'un, et peu importait qu'elle ne soit pas de son avis. Et puis, il y avait eu cette réponse de Dumbledore : « En êtes-vous bien sûre, Hermione ? ». Pourtant, elle savait par Harry, que Tom Jedusor était un charmeur né. Elle était totalement d'accord avec ce fait, mais elle sentait qu'il ne se maîtrisait pas totalement. Le battement désordonné de son coeur, la dilatation de ses pupilles, les accès de colère soudains ne pouvaient pas être feints. N'est-ce pas ?

Alors que faire avec ces éléments ? Si ces sentiments étaient aussi… anormaux d'un côté que de l'autre, pourquoi dés lors ne pas envisager qu'il y ait une intervention extérieure ? Elle soupira de lassitude et saisit le parchemin, qu'elle roula en boule. Elle fit apparaître un pot en verre, dans lequel elle jeta les quelques lignes écrites, puis y mit le feu. Alors qu'elle regardait les volutes de fumée s'échapper du récipient, Hermione songea que de toute manière, dans le domaine émotionnel, la raison n'avait que peu sa place. Elle pouvait y réfléchir de tout son soûl, cela n'empêcherait pas son corps et son coeur de n'en faire qu'à leur tête. Tout ce qu'elle pouvait tâcher de maîtriser était sa prudence extrême vis-à-vis de sa mémoire…

Que faire à présent ? Elle ne le détestait plus, c'était une certitude, mais elle ne pouvait néanmoins pas accepter ce qu'il deviendrait. Sa quête pour les Horcruxes n'était pas terminée. Et si elle utilisait cette connexion entre eux pour le bien commun ? Cette idée la répugnait mais que pouvait-elle faire d'autre ? En restant elle-même, sans même tenter de l'inciter à faire des révélations, peut-être qu'il lui parlerait des Horcruxes ? Au regard de ce qu'il s'était passé lundi, les discussions intellectuelles les y mèneraient forcément… C'était risqué, mais s'il lui révélait son secret, peut-être pourrait-elle en profiter pour le supprimer une bonne fois pour toutes…

A cette pensée, son coeur se brisa net et ressentit un profond dégoût. Un haut-le-coeur la saisit soudain, puis un second. Hermione se précipita vers les toilettes et s'agenouilla, pour y déverser une bile amère, mêlée de larmes. Par Merlin, qu'était-elle devenue ?

oO0OoO0Oo

L'humeur générale de Tom, en revanche, était au beau fixe. Il avait retrouvé sa verve habituelle, maintenant qu'il ne se posait plus autant de questions sur ses sentiments. Ses fidèles étaient bien moins énervants que d'habitude, même s'il ne se priverait pas de les punir au moindre manque de respect. L'humiliation publique d'Avery avait, semblait-il, servi de leçon au moins pour un temps. Tandis que ce dernier et Lestrange s'occupaient de leurs correspondants de Durmstrang, Sven et Raknor, Abraxas Malefoy l'avait présenté à deux recrues potentielles de quinze ans, Orion et Cygnus, des cousins issus de la famille Black connue pour son adage « Toujours Pur ».

Voldemort sut immédiatement que Cygnus les rejoindrait un jour, sans sourciller. Son avis fut cependant bien plus mitigé en ce qui concernait Orion. Celui-ci, tout comme son cousin, attachait une grande importance à la pureté du sang sorcier, mais le préfet-en-chef le trouva bien plus bourgeois, soucieux de conserver ses privilèges, mais sans aucune envie visible de passer à l'action. Il affichait une expression hautaine et sûre de lui. Il leur apprit ainsi que dés sa sortie de Poudlard, il épouserait la soeur aînée de Cygnus, Walburga Black, afin de perpétuer la lignée. Leurs pauvres gamins seront sans aucun doute des dégénérés avec tant de consanguinité, songea Tom. Chaque fois qu'il était question du sang, il songeait à Hermione. Elle était la preuve vivante qu'un sang impur pouvait être le moyen de revivifier certaines branches magiques, décrépies par l'entre-soi. Mais cela il ne l'avouerait jamais à ses suiveurs. De toute façon, la perspective de la marier à un Sang-Pur lui retournait l'estomac. Il n'envisageait pas de la partager avec qui que ce soit. Elle était à lui.

Il avait commencé à lire les références tracées d'une écriture ronde sur le parchemin qu'elle lui avait confié, à commencer par la collection d'ouvrages du dénommé Prius Selwyn. Pour le moment, c'était ennuyeux mais très instructif. Sans Hermione Jean, il n'y aurait jamais fait attention. Pourquoi aurait-il pris la peine d'ouvrir une série d'ouvrages, sobrement intitulée Une vie saine et sans péché ? Curieusement, ce titre ne reflétait en rien le contenu, si bien que Tom soupçonna une erreur éditoriale. L'auteur utilisait parfois des raccourcis, mais l'ensemble était remarquablement sourcé. Cependant, il n'avait pas assez avancé dans l'ouvrage pour émettre un avis définitif et en tirer des conclusions.

Les vacances de Noël pointaient le bout de leur nez et ce fut l'effervescence au sein du château. Ils étaient à peine sept à rester. Cette année plus que jamais, les étudiants étaient bien décidés à passer Noël en famille, dans une ambiance plus sereine que ceux des dernières années. Pour Tom au contraire, cette période signifierait qu'il dépasserait enfin le cap fatidique de la majorité chez les Moldus, son dix-huitième anniversaire. Officiellement, il ne serait plus pensionnaire de cet orphelinat. Il tournerait enfin cette page amère de sa vie. Le Serpentard préférait de loin rester au château. Il aimait le silence qui régnait à Poudlard au coeur de l'hiver. Il pouvait en explorer les recoins de tout son soûl et passer autant de temps à la bibliothèque qu'il le souhaitait, sans que personne ne vienne le déranger.

Miss Jean était également restée à Poudlard. Il pensait qu'elle retournerait auprès de sa famille, avant de se souvenir qu'elle n'en avait aucune, d'autant plus qu'elle semblait avoir rompu avec son fiancé. Il fut agréablement surpris par sa plus grande ouverture ouverture à la discussion depuis leur conversation au bord du lac, puis dans sa classe. Lorsqu'ils se croisaient, ce qui arrivait fréquemment car tous deux étaient des usagers assidus de la bibliothèque, ils ne manquaient jamais une occasion de débattre. La jeune femme avait des opinions plutôt tranchées mais elle restait à l'écoute. Il comprit pourtant qu'il serait extrêmement ardu de lui prouver que la magie noire valait la peine d'être explorée, mais il ne s'avoua pas vaincu pour autant.

Un matin, il se réveilla inhabituellement tôt. L'horloge indiquait sept heures et demie. Impossible de se rendormir. Il avait rêvé, l'angoisse restait bien présente, bien qu'il ne garde aucun souvenir de son songe.. Rejetant les draps avec ses jambes, il s'étira longuement sur le lit. Avec un soupir, il décida de se rendre dans la Grande Salle pour déjeuner et prendre l'air à l'extérieur. Au moins, il ne risquerait pas de croiser qui que ce soit… Pourtant, il y avait bel et bien une présence. Hermione. Assise seule à la table des professeurs, elle lisait un journal, sans doute la Gazette malgré l'heure matinale, choquée. Son visage pâlissait à mesure qu'elle avançait dans la lecture, jusqu'à laisser échapper un sanglot. La présence du jeune homme n'avait pas été remarquée. Intrigué, Tom s'approcha d'elle, la faisant légèrement sursauter. Son regard tomba alors sur le titre GRINDELWALD A NURMENGARD : RETOUR SUR LE DUEL LE PLUS EPIQUE DE L'HISTOIRE.

Dumbledore. Il avait finalement décidé de confronter le mage noir. La réaction d'Hermione restait cependant incompréhensible. N'aurait-elle pas dû s'en réjouir ? Il s'apprêta à lui en faire la remarque lorsqu'il tomba sur un second titre, un peu plus petit quelques lignes en dessous : ALBUS DUMBLEDORE TOUJOURS DANS UN ETAT CRITIQUE. Hermione repoussa le journal vers lui afin qu'il puisse lire, des larmes ruisselant sur ses joues.

« Il… Il a été touché par un sortilège inconnu lorsqu'il a vaincu Grindelwald. Un de ses fidèles sans doute… Et maintenant, ils l'ont rapatrié à Ste-Mangouste, mais ils ne savent pas si… »

Elle se tut. Il n'était nul besoin d'être devin pour comprendre ce qu'elle avait peur de dire. Tom fut légèrement ébranlé par sa tristesse, plus que par le sort du vieux fou. Au moins, il ne l'aurait plus dans les jambes, se dit-il… Mais Hermione était désespérée.

« Il faut que j'aille le voir », dit-elle soudain, jaillissant de sa chaise qui tomba au sol. Elle contourna la table et passa à côté de lui pour se ruer à l'extérieur, déterminée. D'un geste réflexe, il lui saisit le bras, sans animosité. Stupéfaite, elle s'arrêta et le regarda avec ses grands yeux baignés de larmes. Il ne pouvait pas la laisser partir dans cet état. Et si elle se faisait encore agresser ? Et si elle ne revenait pas ? En un quart de seconde, ces pensées l'avaient traversé.

« Qu'y a-t-il Tom ? », articula-t-elle, des tremblements dans la voix.

Elle semblait si anormalement fragile à ce moment précis, qu'il céda à son impulsion. Tom la serra dans ses bras d'un geste maladroit. Il se sentait tellement gauche. Morovitch le faisait si facilement, pourquoi n'y parvenait-il pas ? Il allait la relâcher aussitôt, honteux de son initiative spontanée, mais à sa grande surprise, elle l'enlaça à son tour et se blottit contre lui. Elle sanglota de plus belle, en silence, contre son torse. Machinalement, il lui tapota le dos. Comment réagir à cela ? Il la sentait humidifier sa robe de sorcier pendant de longues secondes. Enfin, elle s'arracha à lui et leva les yeux vers lui, avec une stupeur un peu vexante.

« Je… Je suis désolée, Tom. Merci pour… »

Et elle s'enfuit sans demander son reste. Une nouvelle fois.


J'espère que ça vous a plu, même si la tension était moindre par rapport au chapitre 21, et qu'on se reverra au prochain chapitre ! ;)

Prenez soin de vous.