Bonsoir !

En cette heure tardive, voici le trentième chapitre de cette fanfiction. Le compte à rebours est toujours en cours, il ne reste désormais plus qu'un chapitre, suivi de l'épilogue. J'espère qu'il vous plaira ! Merci pour votre fidélité et vos reviews qui me font chaud au coeur, comme toujours !

Bonne lecture !


« Il y a des choses que le temps ne peut pas cicatriser. Des choses si profondes qu'elles se sont emparées de vous. »

{J.R.R. Tolkien}


Le coeur du jeune homme rata un battement en l'entendant prononcer son nom. Enfin. Ces deux mois d'attente dans ce maudit village moldu avaient fini par payer. Elle était là, sous ses yeux, pour la première fois depuis huit mois. Ses cheveux ondulés avaient poussé depuis son départ de Poudlard, ses joues s'étaient creusées, mais son regard chocolat, lui, était toujours le même. Passé le moment de surprise, elle scanna rapidement les environs, sans doute en quête d'une échappatoire, mais elle n'esquissa aucun mouvement.

« Voilà de longs mois que j'attendais ce moment. »

Elle ne répondit pas, se contentant de l'observer avec un mélange de méfiance et… était-ce de la peine qu'il décelait là ? Tom refusa de se laisser désarçonner.

« Je sais que notre dernière entrevue ne s'est pas exactement bien passée…

- Tu as dit que si je m'approchais à nouveau de toi, tu me tuerais », dit-elle d'une petite voix.

Elle ne l'avait pas quitté des yeux, sondant le moindre mouvement de sa part. D'une main, elle tenait son sac avec fermeté, et de l'autre, elle dirigeait sa baguette vers le sol, prête à s'en servir si la situation l'exigeait. Avec un soupir, Tom passa une main dans ses cheveux noirs. Certes, une partie de lui s'était attendue à cette réaction. Pour autant, cela le blessait profondément, bien plus qu'il ne pouvait s'autoriser à l'admettre.

« Tu ne pensais quand même pas que… », il s'interrompit malgré lui. Une boule s'était formée dans sa gorge. Ignorant la sensation, il reprit : « Tu ne pensais quand même pas que je pourrais te tuer ? »

Certes, cela avait déjà fait partie de ses intentions. Mais c'était il y a fort longtemps, bien avant de la connaître, de réaliser qu'elle était faite pour lui. A présent, l'idée était risible, complètement ridicule. Et surtout, pourquoi croirait-elle une horreur pareille ? C'était une question qui l'avait hanté durant huit longs mois. Des idées, des hypothèses avaient certes germé dans son esprit, et ils les avaient rejetées en bloc. Et jamais il n'admettrait que ces rejets étaient le fait de sa conscience désireuse d'occulter certaines choses dont il avait… honte ? Il prit soin d'ignorer cette pensée. Quant à Hermione, interdite, elle ne répondit pas immédiatement. Un petit rire forcé s'échappa de la gorge de la jeune femme.

« Non, bien sûr que non… Evidemment, je n'ai pas cru une chose pareille. J'ai juste pensé que… que tu me haïssais et que ma présence t'était devenue insupportable. Et puis, ce n'est pas la raison pour laquelle je suis partie.

- Que veux-tu dire ? », demanda-t-il, surpris.

Le poids sur la poitrine que Tom avait dû apprivoiser tout ce temps sembla s'envoler enfin. Ces satanées hypothèses, elles étaient finalement toutes fausses. Du moins, c'est ce qu'il choisissait de croire.

« Dumbledore était revenu, et puis Klaus avait besoin d'aide. Sa situation… C'était de ma faute. »

L'estomac du jeune homme se tordit à la mention de Morovitch. Il se retint tout juste d'émettre la remarque acide qui lui brûla les lèvres. Il n'était pas certain qu'Hermione apprécierait son accès de jalousie. Alors, il se força à changer de sujet. Seule une cinquantaine de centimètres continuait de les séparer. Il trouva cette distance bien plus cruelle que celle des derniers mois.

« Tu ne m'as rien dit. Tu ne m'as laissé aucun mot. Je pensais que tu… Que tu tenais à moi. »

Elle baissa la tête un instant, pour la première fois, la douleur se peignant sur ses traits.

« Et que pouvais-je bien te dire ? Tu m'as ordonné de ne plus t'approcher. Tu m'as menacée. Puis, tu m'as ignorée pendant des jours. »

Ses yeux accusateurs le foudroyèrent sur place. Tom n'y décela aucune larme. Seules la colère et la douleur durcissaient ses traits. Il n'avait qu'à tendre la main et il pourrait toucher sa joue… Il s'abstint, à contrecoeur.

« J'avais besoin de temps », murmura-t-il, une pointe de regret dans la voix. Il se maudit aussitôt pour cette marque de faiblesse supplémentaire.

La jeune femme resta muette.

« Est-ce que tu as retrouvé Morovitch, finalement ? », reprit le diplômé, s'efforçant de masquer toute amertume de sa voix.

« Oui », répondit-elle, la voix glaciale. « Il va bien mieux maintenant.

- Est-ce qu'il sait qu'il n'a pas tué Anna ? », demanda-t-il dans un murmure. L'avait-elle trahi ?

« Oui. » Son coeur s'arrêta, peinant à y croire. « Mais il ne sait pas que tu étais là. Je ne lui ai dit que ce qu'il devait savoir. Il m'en a voulu pendant un moment, mais il s'en est remis. »

La respiration de Tom redevint normale.

« Le carrosse de Beauxbâtons va bientôt arriver », ajouta-t-elle, l'oeil sur sa montre. « Comment as-tu-su où j'étais, d'ailleurs ?

- Dis-moi pourquoi tu y vas et je te répondrai.

- Eh bien… » Elle déglutit, hésitante, ce qui l'amusa. « J'ai repensé à ce que les sirènes nous ont dit et…

- Voilà comment je t'ai retrouvée. »

Son regard interrogateur eut pour effet d'accroître son amusement. Il s'approcha d'elle, et s'autorisa finalement à coincer un cheveu rebelle derrière son oreille. Elle frissonna mais ne s'écarta pas.

« Voyons Hermione. J'étais certain que tu reviendrais sur notre décision.

- Tu sais parfaitement qu'il vaut mieux que… »

Il posa un doigt sur ses lèvres pour la faire taire. Ce simple contact les ébranla tous les deux, mais aucun ne se déroba. C'était si naturel pour eux de se toucher, de se regarder. Entre eux, le temps cessa de s'écouler. Animé d'une énergie nouvelle, Tom laissa glisser ses doigts jusqu'à son épaule et finit par atteindre sa main. Elle lui avait tant manqué…

« Je ne suis pas là pour te convaincre de te taire, Hermione. »

L'arrivée du carrosse interrompit cet état de grâce, les faisant sursauter tous les deux. Hermione en lâcha son sac, qui dégringola au sol, laissant des livres et des babioles s'en échapper. Elle se baissa aussitôt pour ramasser rapidement ses affaires et se tourna vers lui, les joues rouges. La porte du véhicule s'ouvrit, mais personne ne sembla en descendre.

« Vas-y. Je t'attendrai. Nous discuterons à ton retour. »

Après quelques instants d'hésitation, elle acquiesça et monta à bord. Quelques secondes plus tard, les palominos s'envolèrent et emmenèrent la jeune femme vers l'école de magie française. Cette fois, il savait exactement où elle était. Qu'allait-il faire de ce temps d'attente ? Il pourrait retourner chez la vieille moldue qui l'accueillait depuis son arrivée, persuadée qu'il était son petit-fils. Après tout, le charme qu'il avait mis en place dans le centre du village le préviendrait du retour d'Hermione.

Ce fut alors qu'il remarqua le livre. Celui-ci gisait à terre, sous le banc sur lequel Hermione était assise quelques minutes auparavant. C'était une chance que Tom soit toujours là, il le lui rendrait plus tard dans la journée. Ainsi, aucun Moldu ne pourrait tomber dessus par inadvertance. Tom se pencha et saisit l'ouvrage avec précaution. A la lecture du titre, son visage perdit toute couleur et il eut soudain très froid à l'intérieur de lui-même.

Les Prophéties. Un grondement de rage s'échappa de sa gorge. Il semblerait qu'il ait finalement identifié le mystérieux voleur.

oO0OoO0Oo

Hermione s'était attendue à rencontrer quelqu'un dans le carrosse de Beauxbâtons. La première fois, le professeur Bourdon les avait accompagnés, Tom, Roselyn et elle. Pour autant, elle apprécia cette intimité, pour réfléchir à tout loisir. Elle s'assit sur un des fauteuils moelleux de la pièce et parcourut les murs du regard. Les peintures étaient toujours aussi colorées et aseptisées que lors de sa dernière visite. Les yeux de Tom s'imposèrent à elle, alors qu'elle se remémorait leur discussion à leur sujet. Bouleversée, la jeune femme se prit la tête entre les mains. Que devait-elle penser ? Etait-il sincère ? Hermione soupira. L'espoir de le retrouver ne l'avait jamais tout à fait quittée et la puissance de ses sentiments était restée intacte, envers et contre tout. Savoir que Tom était là, qu'il l'avait attendue dans ce village et qu'il ne la haïssait pas, réveillait en elle un incendie qu'elle avait longtemps tenté de circonscrire.

Elle posa son sac devant elle, perdue dans ses pensées. Un léger sourire niais naquit sur ses lèvres alors qu'elle caressa légèrement l'endroit où il l'avait touchée quelques instants plus tôt. Non, décidément, il ne la haïssait pas du tout… Un léger soubresaut du carrosse la sortit de ses rêveries diurnes. Ce n'était pas le moment de se laisser aller, décida-t-elle. Son expédition à Beauxbâtons avait un objectif précis. Hermione débita mentalement le discours qu'elle avait prévu de servir à la directrice et, une fois satisfaite de sa préparation, elle ouvrit son sac posé devant elle à la recherche de l'ouvrage sur les prophéties. Il fallait qu'il regagne sa place sur les rayonnages de la bibliothèque de l'école.

Mais après avoir fouillé son sac de fond en comble et vidé son contenu sur la table, elle dut se rendre à l'évidence. Le livre avait disparu. Elle était certaine de l'avoir pris avec elle, elle en aurait mis sa main à couper. Trois fois ce matin, elle avait vérifié sa présence dans son sac. Une sueur froide coula le long de son dos. Il était certainement resté là bas, sur la place du village. Et si quelqu'un le trouvait ? Et si Tom le trouvait ? Oh non. Ce serait une catastrophe et Hermione n'avait strictement aucune prise sur les conséquences. Ses doigts commencèrent à trembler légèrement, sa respiration se fit plus erratique. Il l'avait forcément trouvé… Comment pourrait-elle affronter son mensonge à la fin de la journée ? Comment justifier la possession de cet ouvrage ?

La seule solution qui s'imposa à elle fut de transplaner à bord du carrosse en arrivant. Oui, c'était ce qu'elle ferait. Lâche… Sa conscience la tortura pour cette décision mais elle tint bon. Il était hors de question d'affronter un Tom Jedusor furieux alors même que leurs retrouvailles ne déboucheraient, de toute façon, sur rien de bon. Davantage que sa conscience, ce fut son coeur qui la punit. La douleur de la séparation s'accentua, ravivée par le sursaut d'espoir ressenti quelques instants plus tôt, bien malgré elle.

Il était midi lorsque les palominos atterrirent dans une douceur toute relative. Les jardins en fleurs étaient déserts en ce mois d'août étouffant. Hermione n'y prêta aucune attention, insensible également à la beauté éclatante du château fait de cristal. Elle avait une mission à accomplir ici, puis elle disparaîtrait du continent pour de bon, se dit-elle, le coeur serré.

« Miss Jean, c'est un plaisir de vous revoir ! »

La directrice l'attendait, confortablement installée dans un canapé voluptueux disposé près d'une fontaine. Devant elle, une table basse croulait sous les plateaux de pâtisseries. Par miracle, celles-ci ne semblaient pas souffrir de la chaleur. La femme aux lèvres d'un rouge éclatant lui fit signe d'approcher.

« Madame Fouquet, je vous remercie de me recevoir.

- Oh ! Vous avez pris la peine d'apprendre un peu le français, c'est très gentil de votre part, d'autant plus que vous ne désirez réellement aucun poste ici, n'est-ce pas ? »

Hermione fut prise au dépourvu. La femme eut un petit rire et l'invita à s'asseoir près d'elle.

« Je suis au courant pour votre admission à l'université magique de San Francisco. Toutes mes félicitations !

- M… Merci…

- Ne soyez pas si dépitée, ma chère ! J'ai mes sources. »

Madame Fouquet lui fit un clin d'oeil, puis attrapa un éclair au chocolat. Elle invita Hermione à se servir également. L'estomac noué, cette dernière refusa poliment, mais la Française insista tant et si bien qu'elle capitula. Un merveilleux entre les mains, la jeune femme tenta de se souvenir de la tirade qu'elle avait préparé.

« Alors, pourquoi teniez-vous à me voir ?

- J'ai appris quelque chose qui pourrait mettre votre école en danger et… c'est mon devoir de vous prévenir pour que vous puissiez trouver une solution. »

Elle lui raconta absolument tout ce que la sirène leur avait expliqué à Tom et elle. Cependant, elle prit soin d'omettre de son récit leur escapade nocturne et la rencontre avec les Êtres de l'eau. A l'entendre, Hermione avait simplement appris cette histoire par le biais du bouche à oreille.

« Il existe un Pacte, me dites-vous ? Qui aurait été signé par le roi Louis XIV ? »

L'appétit toujours vivace, Madame Fouquet se resservit une part de tartes aux fraises. Hermione croqua dans son merveilleux pour masquer son désarroi. Elle s'attendait à une toute autre réaction.

« Je vous remercie de m'avoir informée, Miss Jean, mais vous ne devez pas vous inquiéter.

- Mais… », tenta-t-elle.

« Je vous l'assure, tout va bien se passer », conclut la directrice, assez sèchement. « Est-ce tout ce que vous vouliez me dire ? »

Hermione hocha la tête, déçue. Tout ce voyage, toutes ces inquiétudes, pour rien ? Elle voulut insister, mais elle se retint de justesse. Elle avait fait ce qu'elle avait pu, n'est-ce pas ? Sa conscience était tranquille, se convainquit-elle. Les sorciers ne pourraient plus dire qu'ils ne savaient pas. Son merveilleux, à peine touché, termina sur la table basse, en équilibre précaire. Les bras ballants, l'ex-Gryffondor se leva.

« Je vous remercie de m'avoir reçue et je suis désolée si je vous ai fait perdre votre temps. Je ne vais pas vous déranger plus longtemps.

- Très bien, Miss Jean. C'était un plaisir de vous revoir. Je vous souhaite bonne chance pour vos études en Amérique. Je suis sûre que vous allez adorer. »

La directrice se leva et la raccompagna au carrosse.

« Le voyage du retour devrait être un peu plus court cette fois », dit-elle avec un clin d'oeil.

Le sang d'Hermione ne fit qu'un tour. Comment avait-elle deviné qu'elle voulait transplaner ? Elle poussa néanmoins un soupir de soulagement lorsqu'elle vit la femme murmurer quelques mots aux oreilles des immenses destriers. Elle ne devait pas se laisser gagner par la paranoïa… Après les dernières politesses de formalité, Hermione regagna le fauteuil qu'elle avait déserté si peu de temps auparavant, déçue par la tournure des choses.

L'ex-Gryffondor attendit quelques minutes avant de transplaner. Après une profonde respiration, elle matérialisa sa destination dans son esprit, rassembla sa détermination puis… rien ne se passa. Dépitée, elle songea qu'il était trop tôt et qu'elle n'avait pas dépassé les limites du domaine de Beauxbâtons.

Mais lorsqu'elle réessaya, toujours sans succès, une demi-heure plus tard, elle se rendit à l'évidence. Le carrosse devait faire l'objet d'une protection Anti-Transplanage, ce qui était tout à fait logique lorsque l'on y songeait. Très bien… Elle n'avait pas le choix. Dés qu'elle mettrait le pied hors de ce véhicule, elle transplanerait aussitôt, disparaissant avant que Tom n'ait le temps de la voir. C'était son seul espoir. A contrecoeur, s'efforçant de ne pas céder à la panique, elle attendit.

Pour ne plus penser à Tom, elle songea à l'étrange discussion qu'elle avait eu avec Madame Fouquet. Cette dernière paraissait davantage informée qu'elle ne le pensait initialement. Etait-ce un bluff de cette dernière ? Une manière de l'empêcher de se mêler des affaires de son école ? Hermione soupira. Elle aurait dû s'en douter. Rien, dans son futur, ne mentionnait l'existence d'un conflit. Les sorciers français avaient dû trouver un moyen de régler cela à l'amiable. Finalement, ce voyage n'avait servi à rien… Le visage de Tom revint flotter dans son esprit, sans qu'elle ne puisse rien y faire. Frustrée, elle tapa du poing sur la table et se leva, rongeant son frein. Certes, elle avait gardé l'espoir de le retrouver, mais elle allait inévitablement le perdre à nouveau, alors à quoi bon se briser le coeur une nouvelle fois ?

Soudain, la jeune femme sentit le carrosse perdre en altitude. Le moment était bientôt venu. Prendre la fuite la désolait mais c'était pour le mieux. Elle saisit son sac et attendit près de la porte, s'accrochant à la poignée. Au moment où les derniers soubresauts de l'atterrissage s'estompèrent, Hermione ouvrit la porte avec la ferme intention de disparaître dés qu'elle aurait posé les pieds à l'extérieur… et tomba nez à nez avec Tom Jedusor.

Ce n'était pas du tout prévu. Son coeur s'emballa aussitôt, désordonné et douloureux. Mais ce qui l'empêcha véritablement de transplaner vers d'autres horizons, ce fut son expression. Contre toute attente, contre toute logique, Tom souriait.

oO0OoO0Oo

Elle était de retour. Et comme il s'y attendait, elle était pâle comme un linge. Avait-elle compris que non seulement elle avait égaré Les Prophéties, mais qu'en plus ce dernier était revenu en sa possession ?

Certes, la colère avait d'abord pris le dessus, attisée par l'incompréhension et le sentiment de trahison. Et puis, il avait réfléchi. Hermione était droite, avec un grand sens moral. Si elle lui avait pris ce livre, il devait y avoir une explication logique. Pour la trouver, il n'y avait qu'une seule solution. Ce fut ainsi que Tom Jedusor s'installa sur un banc au milieu d'un village provençal, bien décidé à percer les mystères de ce livre. N'avait-il pas du temps devant lui ?

Trois heures plus tard, il était ressorti ébranlé de sa lecture. Une phrase en particulier flottait dans son esprit : Lorsqu'une authentique prophétie est prononcée, celle-ci peut déjouer toutes les règles de la physique et de la magie. Et ce passage, que disait-il déjà ? Tom tourna frénétiquement les pages.

Le Destin est le garant de l'équilibre magique du monde. Lorsque cet équilibre est perturbé, il doit être rétabli d'une manière ou d'une autre. C'est le rôle du Destin. Parfois, il peut faire des erreurs aux conséquences dramatiques et il doit les réparer. Dans ce cadre, les prophéties sont communément admises comme étant un de ses instruments privilégiés.

Plus tôt dans cet ouvrage, nous avons écrit que les prophéties authentiques peuvent déjouer les règles de la physique et de la magie, mais en réalité elles en sont capables car elles puisent leur pouvoir dans la forme de magie la plus puissante jamais identifiée : l'Amour. Il est généralement admis qu'il peut s'affranchir toutes les règles. Cela a été prouvé pour certaines d'entre elles, notamment les règles sociales et spatiales, tandis que d'autres sont toujours à l'étude. Des départements de recherche dans le monde entier étudient les pouvoirs de l'Amour sur des paramètres aussi complexes que la mort et le temps.

Dans le cadre des déséquilibres les plus importants, il semblerait que ce soit toujours l'Amour qui vienne rétablir la balance. Dans l'Histoire, les exemples sont nombreux, tel que nous l'avons constaté dans la première partie de l'ouvrage. La théorie la plus répandue est celle des âmes soeurs…

Il ne savait toujours pas pourquoi elle lui avait subtilisé ce livre, mais il avait appris autre chose. Pour Tom, l'irruption d'Hermione dans son époque, dans sa vie, avait désormais une explication. Il y croyait dur comme du fer. Elle était là pour lui. C'était une prophétie qui avait permis sa présence auprès de lui. Peut-être même que quelques mois plus tôt, c'était le Destin avait mis ce livre entre les mains d'Hermione, tout simplement parce qu'il n'était pas prêt pour ce qui y était écrit. Aujourd'hui, enfin, il l'était.

Ce fut pour cette raison que lorsqu'il reposa les yeux sur la jeune femme, il n'y avait plus de colère. Juste la certitude profondément ancrée qu'elle était sienne, quelques soient ses tentatives pour s'éloigner de lui, d'eux, de leurs sentiments mutuels. Elle avait besoin de lui autant qu'il avait besoin d'elle, et ensemble, ils domineraient le monde grâce à leurs puissances combinées.

Hermione jetait des petits regards nerveux sur le sol autour d'elle. Tom agita le livre sous ses yeux. Elle blêmit de plus belle. Au moins, elle avait le bon goût de paraître honteuse.

« C'est bien ce que tu cherches ? »

Elle ne répondit pas, restant soigneusement à distance, le dos raide. Ses yeux chocolat l'examinaient avec attention. Puis, voyant qu'il ne comptait pas prendre la parole, elle murmura :

« Tu… Tu ne m'en veux pas ?

- Je ne sais pas, Hermione. Est-ce que je le devrais ?

- Tu l'avais pris sans autorisation à l'école de Beauxbâtons…

- Voler un voleur rend-t-il le vol plus acceptable ? »

Elle se tut, mais refusa de baisser les yeux.

« Dis-moi juste pourquoi tu l'as pris. »

Son ton devint plus sérieux, plus autoritaire. Hermione le ressentit également et lui lança un regard noir. Il ignora son froncement de sourcils et attendit, le livre toujours entre ses mains. Derrière elle, le carrosse prit son envol, les laissant seul. Ils s'affrontèrent ainsi du regard pendant de longues minutes. Finalement, elle fut la première à céder.

« J'ai vu ce livre dans ton sac, j'ai paniqué, d'accord ? Je voulais le rendre à Beauxbâtons, mais nous étions déjà partis. Mr Bourdon aurait fait un scandale si je t'avais dénoncé. Alors, je l'ai pris.

- Tu mens. »

Décontenancée, la jeune femme recula d'un pas. Tom devint nerveux. Que cachait-elle ? Il était évident qu'elle ne disait pas la vérité. Son regard fuyant alors qu'elle débitait ces paroles, sa voix légèrement tremblante, ses joues rougissantes, l'avaient trahie.

« Comment oses-tu ? », s'indigna-t-elle, manquant, là encore, de conviction.

« Hermione, dis-moi la vérité. Que sais-tu ? »

Il s'approcha d'elle, curieux et méfiant. Une terrible pensée se forma dans son esprit, une hypothèse qui l'avait hanté depuis des mois et qu'il s'était toujours efforcé d'ignorer. Et si elle avait compris qui il était réellement ? Il n'était pas idiot. Sa réaction face à sa chevalière et la panique qui s'était ensuivie, indiquaient qu'elle en savait bien plus qu'elle n'oserait jamais l'avouer. Et maintenant, il y avait ce livre qu'elle s'était efforcée de lui cacher ?

Malgré lui, il sentit la peur s'insinuer dans ses veines, tel un poison lent et mortel. Plus il la regardait, plus il comprenait à quel point il avait besoin d'elle et il n'imaginait plus leurs vies l'un sans l'autre. Mais à mesure qu'il lisait le doute grandissant dans ses yeux, Tom réalisa que de son côté, elle l'envisageait de plus en plus. Elle allait fuir. Une nouvelle fois. Et il ne pourrait rien faire pour la retenir. C'était pourtant impossible. Elle était là pour lui par la force du Destin, n'est-ce pas ?

« Je ne peux pas, Tom », souffla-t-elle. Le jeune homme eut très froid. Les frissons coururent le long de sa colonne vertébrale et sa gorge se noua.

« Qu'est-ce que tu ne peux pas, Hermione ? » demanda-t-il, une pointe de terreur dans la voix. Non. Il ne pouvait pas perdre le contrôle ainsi. Elle dut le réaliser, elle aussi, car ses yeux chocolat s'écarquillèrent de surprise.

« Tu avais raison. Il faut que nous restions loin l'un de l'autre. Rien de bon ne pourra jamais sortir de cette relation », murmura-t-elle, les larmes aux yeux.

« Pourquoi dis-tu cela ? C'était une erreur de ma part. Cela n'arrivera plus.

- Cela se reproduira, Tom. Tes choix ont fait ce que tu es. »

L'ex-Serpentard surprit son discret regard en biais en direction de la réplique de la chevalière, qu'il continuait de porter par habitude. Il comprit. Elle sait.

« Ce n'est pas la vraie », se sentit-il obligé de dire.

Un éclair de surprise traversa ses pupilles. Il était si près d'elle à présent. Son corps tout entier se languissait de sa peau. Mais il n'osait pas la toucher, de peur qu'elle ne fuie. Hermione tenta d'abord de noyer le poisson.

« De quoi parles-tu ?

- Tu sais de quoi je parle. Tu me demandais déjà de la retirer la dernière fois que nous nous sommes vus. »

La jeune femme plongea dans une profonde réflexion, lèvres serrées, sourcils froncés.

« Comment l'as-tu su ? », demanda-t-il enfin, incertain.

Il avait longtemps espéré qu'elle ait simplement senti l'aura magique de l'Horcruxe. Si personne ne s'en était rendu compte auparavant, peut-être était-ce parce qu'il ne s'était manifesté aussi puissamment qu'en sa présence ? L'objet ne s'était réveillé qu'au moment où il avait compris que Tom avait des sentiments très forts pour elle, des sentiments qu'il ne ressentirait jamais pour une autre personne, des sentiments qui mettraient sa quête d'immortalité en danger. Y avait-il seulement une autre explication ?

« Je suis dans ton futur, n'est-ce pas ? », murmura-t-il enfin, la voix chargée d'amertume. « Je suis devenu un grand sorcier, inspirant la terreur et l'admiration, et je domine le monde sorcier. C'est pour cela que le Destin t'a envoyée, n'est-ce pas ?

- Je… Je ne sais pas pourquoi je suis ici. » Elle ne put rien répondre de plus mais il comprit. Il avait touché juste.

« Ce livre ne te l'a-t-il donc pas appris ? J'étais trop puissant. Je bouleversais l'équilibre magique, n'est-ce pas ? J'emprunterai des chemins que personne n'a jamais découvert avant moi. Alors pour empêcher cela, ils t'ont mise sur ma route.

- Non, Tom, ce n'est pas… » Hermione se tut, en proie à une véritable panique.

« Qu'est-ce que ce n'est pas, Hermione ? Ai-je tort ? » Il regarda la couverture de Les Prophéties. Un doute le saisit. « Mais pourquoi as-tu essayé de me le cacher ? Savais-tu que tu étais mon âme soeur ?

- Bien sûr que non ! »

Il sut qu'elle disait la vérité. Mais alors, pourquoi ?

« A moins que le Destin ait essayé autre chose pour me neutraliser. Une autre prophétie. » La terreur dans ses yeux lui apprit que c'était la vérité. « De quoi s'agit-il, Hermione ?

- Je… Je ne peux pas t'en parler. »

Il lui saisit le bras, s'abandonnant à la rage. Elle glapit et tenta de se dégager. Il lança un sort Anti-transplanage informulé. Elle s'en rendit compte bien assez tôt.

« Ne me force pas à m'introduire dans tes pensées, Hermione. Dis-moi la vérité.

- Tu ne ferais pas ça, tu…

- J'en ai assez que tu me mentes ! Comment penses-tu que j'aie vécu ces derniers mois ? Tu es partie sans un mot. Je rejouais cette maudite scène, encore et encore, essayant de comprendre pourquoi tu es partie. Et j'apprends que tu sais tout, depuis le début ? Tout est plus clair maintenant ! Ta haine envers moi, maquillée par un habile mensonge, ta méfiance, tes questions pleines de sous-entendus… » Au fur et à mesure qu'il déversait sa colère, il revivait leur histoire. Il fut attentif à davantage de détails à présent, qu'il n'avait pas su interpréter par le passé. Blanche comme un linge, Hermione ne réagit pas. Pas encore. Il ne parvenait plus à se contrôler, et pour une fois, il n'en avait cure. « Tu sais exactement qui je suis, ce que j'ai fait, n'est-ce pas ? Alors, est-ce que tu m'as manipulé pour que je tombe amoureux de toi ? »

Cette dernière phrase les figea tous les deux. L'indignation céda le pas à une tendresse infinie sur le visage de la femme, mêlée à une profonde tristesse. Quant à Tom, il ne réalisait pas encore la portée de ce qu'il venait d'avouer, comme si de tout son monologue, il n'y avait qu'un seul mot qui comptait. Incertain, toujours tremblant de fureur, il se pencha sur elle et l'embrassa.

Immédiatement, il se sentit beaucoup, beaucoup mieux. Bien sûr qu'elle ne l'avait pas manipulé. Elle était tout autant prisonnière de ses sentiments qu'il l'était. Certes, elle savait, se dit-il, emporté par la douceur de ses lèvres, mais malgré tout, elle lui avait donné une chance. Elle avait appris à le connaître, combattant ses préjugés. Tom s'abandonna enfin au moment, ne pensant à plus rien d'autre, plongé dans un profond bien-être.

Soudain, elle recula, s'arrachant de leur étreinte. Malgré la chaleur du mois d'août, l'air ambiant devint glacial. Le charme rompu, Tom ne put que constater la douleur qui animait ses traits.

« Je ne peux pas Tom… Je suis désolée. Je ne peux pas cautionner ce que tu as fait, les atrocités de ton passé et de ton futur. Je ne pourrai jamais passer outre. » Les larmes roulaient le long de ses joues. Tom les contemplait, hébété. « Je comprendrais que tu me tues là maintenant, parce que j'en sais trop, mais je préfère mourir que de te regarder devenir un monstre. »

Il recula à son tour, titubant. Son coeur lui faisait atrocement mal. Il ne savait pas, avant aujourd'hui, qu'une telle douleur puisse exister. Elle ne fit rien pour le retenir, s'effondrant à genoux sur la place toujours déserte, les sanglots s'échappant sporadiquement de sa gorge. Je préfère mourir que de te regarder devenir un monstre. Ne pouvant pas encaisser davantage, Tom prit la fuite.


J'espère que vous ne me haïssez pas trop en cet instant... Je vais faire au mieux pour publier la suite avant la fin du mois ;)

Quelles sont vos hypothèses pour ce dernier chapitre ?

Prenez soin de vous.