Bonjour !

Je suis émue et heureuse de pouvoir vous présenter le dernier chapitre de cette fanfiction (hors épilogue). Je suis sincèrement désolée pour le retard que j'ai pris ces derniers mois. J'ai de gros soucis de santé qui ont fait que cette histoire est passée en second plan pendant un moment.

Je ne vous retiens pas plus longtemps. Bonne lecture !


« Partage la charge de ton chagrin, car il est insupportable d'être tout seul à souffrir. »

{Baltasar Gracias}


Je préfère mourir que de te regarder devenir un monstre. Cette phrase douloureuse hanta Tom tout au long de sa fuite. Une fois assez loin de la place du village, il transplana d'abord dans la chambre qu'il occupait chez la vieille dame qui l'hébergeait depuis quelques semaines. Là, les doigts tremblants, il rassembla ses affaires. Il n'arrivait même pas à user de magie. En lui, la douleur et la rage s'affrontaient avec une violence inouïe. Pour quelqu'un peu habitué aux sentiments, voire dédaigneux à leur égard, les dernières heures l'avaient mis à rude épreuve. Il s'était senti vivant, dans toute sa splendeur, éprouvant tour à tour satisfaction, colère, espoir, joie et enfin, Hermione l'avait tué. Du moins, c'était ce qu'il ressentait à présent. Les tremblements qui l'animaient n'étaient que les derniers soubresauts d'une âme plongeant dans le néant.

Je préfère mourir que de te regarder devenir un monstre. Comment, après tout ce qui s'était passé, pouvait-elle croire qu'il l'exécuterait ? Il avait tant sacrifié pour elle, ne le réalisait-elle pas ? Malgré tout, elle continuait à penser qu'il était un monstre ou, du moins, un monstre en devenir. Je ne peux pas cautionner ce que tu as fait, les atrocités de ton passé et de ton futur. Je ne pourrai jamais passer outre. A présent, il devait accepter le fait qu'il ne la reverrait plus jamais… C'était sa volonté, qui était-il pour l'ignorer alors qu'elle l'avait exprimé avec tant de force ? Pourtant, il n'était pas certain de pouvoir se passer d'elle. Hermione faisait partie de lui.

Ses effets personnels rassemblés, il transplana à nouveau, à plusieurs reprises, jusqu'à atteindre Paris, d'où il put prendre un Portoloin, en direction de l'Angleterre. Ses pensées étaient confuses mais il avait besoin de retrouver ses sources, ses repères. Poudlard lui manquait. C'était chez lui, se persuada-t-il. Alors il continua ainsi son voyage, sa fuite, en évitant soigneusement toute introspection.

La réalité ne le rattrapa que lorsqu'il parvint finalement à Pré-au-Lard. Baignant dans la lumière de fin d'après-midi, la silhouette familière du château ne lui apporta étrangement aucun réconfort. Hermione n'y remettrait plus jamais les pieds. Ne voulait-elle pas s'éloigner de lui, de tout ce qu'il représentait ? Je préfère mourir que de te regarder devenir un monstre. Cette phrase hantait son esprit, comme gravée au fer au rouge, et il ne parvenait plus à s'en défaire.

L'esprit de Tom entra en ébullition. Ah ! Il était donc destiné à devenir un monstre ? Eh bien, soit ! Hermione était si certaine de son fait qu'elle ne lui laissait aucune chance de prouver le contraire. Alors très bien… Il serra sa baguette dans son poing avec tant de rage que des étincelles en jaillirent. Il avait besoin de détruire quelque chose, là maintenant…

Et puis, lentement, le jeune homme se calma véritablement, pour la première fois depuis des heures. Les émotions ne devaient pas le dominer. Au contraire, il devait prendre le temps d'analyser ce qui s'était passé, comprendre ce vide qu'il ressentait dans son corps, dans son coeur, cette douleur qu'il peinait toujours à appréhender. Pour cela, il avait besoin d'un toit.

Plus de deux ans s'étaient écoulés, depuis la dernière fois que Tom avait mis les pieds à Little Hangleton. Les collines projetaient leur ombre sur le petit village moldu, à la faveur du soleil couchant. Cette vue provoqua un pincement au coeur de Tom. Hermione aurait trouvé cela magnifique. Il la visualisait, ses yeux chocolat pétillant de ravissement. Mais son regard se serait aussitôt assombri, en apprenant ce qu'il avait fait ici. Le jeune sorcier déglutit. Elle le savait sans doute déjà. Il ignorait encore comment, mais son parricide ne lui était pas inconnu. Ses yeux s'attardèrent sur le cimetière, au creux de la colline sur laquelle il se trouvait. Le regard dur, Tom se détourna et entra finalement dans le manoir vide et plongé dans la pénombre.

Visiblement, personne n'avait racheté la maison. Une fine couche de poussière s'y était accumulée, contrastant avec l'état impeccable des jardins à l'extérieur. Les dernières lueurs du jour illuminaient le couloir, à travers les grandes fenêtres qui encadraient la porte d'entrée. C'était sur ce tapis même, qu'il avait assassiné son lâche de géniteur et les parents de celui-ci. Tom lui accorda à peine un regard, A sa droite, il entra dans un immense salon dont un mur était dévoré par une imposante cheminée. D'un geste, il alluma les torches électriques disposées le long des murs. Puis, tel le propriétaire des lieux, il se laissa tomber sur le fauteuil le plus proche de l'âtre froid.

A peine dix minutes s'étaient écoulées lorsque Tom entendit du bruit provenant d'une autre pièce. Prudemment, il saisit sa baguette. Le manoir semblait inoccupé, mais peut-être avait-il eu tort ? Qui pouvait bien oser le déranger ? Cette maison ne lui appartenait peut-être pas légalement, mais elle lui revenait de plein droit. Alors, toute autre personne ici était un intrus.

Un homme apparut dans l'encadrement de la porte du salon. Il semblait à peine plus vieux que lui, Tom ne lui donnait pas plus de trente ans. Ses longs cheveux châtain, qui tombaient sur ses yeux d'un bleu délavé, peinaient à masquer les cicatrices qui lui cisaillaient la joue gauche. Il s'appuyait sur une canne, mais son bras droit, qui tenait un fusil, ne tremblait pas. Un Moldu sans aucun doute.

« C'est une propriété privée ici ! Qui êtes-vous, jeune homme ? »

Tom se leva et lui fit face. L'homme semblait courageux. Ses yeux se plissaient de soupçon, là où il y aurait dû y avoir de la peur.

« Mon nom est Jedusor. Ce manoir m'appartient », répondit-il d'un ton froid. « C'est à vous que je devrais demander de décliner votre identité. »

L'homme eut un frisson. Discrètement, Tom s'introduit dans son esprit. L'intrus le croyait, mais son arme ne bougea pas d'un poil pour autant. Pour lui, la ressemblance frappante de Tom avec son géniteur était davantage un motif de méfiance que de sympathie.

« Frank Bryce, monsieur », finit-il par répondre, malgré tout. « Je suis le jardinier. Ma femme a vu de la lumière. Je ne savais pas que les Jedusor avaient de la famille…

- C'est pourtant le cas. Je vous demande donc de baisser votre fusil. »

Le dénommé Frank hésita. Exaspéré, Tom songea à cesser ce petit jeu et l'exécuter. Il serait tellement facile de se débarrasser de ce Moldu qui l'importunait. Contrairement à ce qu'il affirmait, il n'avait pas de femme. Soudain, il vit dans l'esprit de l'homme se dessiner l'hypothèse suivante : et si c'était ce jeune homme, sorti de nulle part quelques années plus tôt, qui avait assassiné les Jedusor ? Le sorcier réalisa alors que le Moldu l'avait vu ce jour fatidique. Ce Frank n'était plus simplement un Moldu irritant, mais désormais un témoin encombrant…

Avec un soupir résigné, il leva alors sa baguette et désarma Frank Bryce, dont le fusil s'envola près de la cheminée. Puis, il le pétrifia, avant qu'il ne puisse émettre le moindre cri de protestation. Le Moldu tomba avec un bruit sourd sur le parquet, les traits figés dans une expression de surprise. Lentement, Tom s'approcha de lui. Il roula sa baguette entre ses doigts. Il était devenu nécessaire de se débarrasser de lui. De toute façon, ce n'était qu'un Moldu, ostracisé par tout le village, seul et sans avenir. Il serait aussi facile à écraser qu'une punaise. Le sorcier leva sa baguette et la pointa sur le jardinier aux yeux plein d'incompréhension.

Je ne peux pas cautionner ce que tu as fait, les atrocités de ton passé et de ton futur.

La voix d'Hermione résonna dans son esprit, aussi claire que si elle se trouvait à ses côtés.

Cela se reproduira, Tom. Tes choix ont fait ce que tu es.

Pour elle, son chemin était tout tracé. Il était amené à reproduire les mêmes victoires et les mêmes erreurs. Et, sans lui donner la moindre chance, elle l'avait abandonné alors même que le Destin l'avait envoyée pour lui. Quelle était la logique là-dedans ? Pour Hermione, il était un vulgaire assassin. Il l'avait lu dans ses yeux. Un monstre. Allait-il lui donner raison ou, au contraire, lui prouver qu'elle avait tort ?

« Oubliettes. »

Ce choix, anodin en apparence, eut un effet inattendu sur Tom. Une vague de chaleur étreignit son coeur, accompagnée d'une légère sensation de vertige. Il choisit de l'ignorer. Avec précision, il amena le jardinier à oublier qu'il l'avait rencontré deux ans plus tôt. Il lui fit également oublier leur confrontation. Frank Bryce se souviendrait simplement de lui comme étant le propriétaire des lieux, un lointain neveu des Jedusor venu réclamer son héritage. Enfin, Tom fit disparaître le fusil et le libéra de l'emprise du sortilège du Saucisson.

« Eh bien, Frank ! En voilà des manières, vous évanouir au milieu du salon !

- Je… J'ignore ce qui a bien pu se passer, Mr Jedusor. Vous m'en voyez confus. »

Il l'avait épargné. Hermione avait tort.

Au cours des semaines qui suivirent, Tom Jedusor s'appropria davantage le manoir. Le notaire fut persuadé à son tour. Des Moldus du village avaient été engagés pour s'occuper du ménage et de la cuisine. Si, d'abord, il avait songé à les soumettre à l'Imperium, il n'en fit finalement rien. L'argent moldu était facile à falsifier, alors il ne s'en priva pas. Chaque fois que la vie d'un être humain se trouvait entre ses mains, il allait à l'encontre de la conviction d'Hermione. Cela lui paraissait si peu naturel, mais pourtant, une chaleur, devenue familière, l'envahissait dans la région de son coeur, chaque fois qu'il faisait un tel choix. Son inconscient lui dictait qu'il faisait le bon.

La première crise survint un mois et demi après son arrivée au manoir Jedusor. Comme chaque nuit, Tom se retournait dans son lit, incapable de trouver le sommeil. S'il était chanceux, il glanait cinq heures de somme, tout au plus. Et elles étaient loin de tout repos. Hermione le visitait en rêve, et parfois elle lui parlait. Jusqu'à présent, elle lui répétait ce qu'elle lui avait asséné en France, ces paroles qu'il n'oublierait jamais. Mais pas cette nuit-là. Le cauchemar avait pourtant commencé de façon classique.

Elle le jugeait du regard, assez près pour qu'il puisse la toucher. Ses lèvres tentatrices semblaient l'appeler autant que ses yeux chocolat le repoussaient. Alors il resta paralysé, à la fois prisonnier de son désir et de son impuissance.

« Je préfère mourir que de te regarder devenir un monstre.

- Tu te trompes. Je ne reproduirai pas les mêmes erreurs que dans ton futur.

- Comment puis-je te croire, Tom ? Tu tortures et tu assassines comme tu respires.

- C'est faux », plaidait-il. « Si tu étais ici, tu le saurais. Je mérite une chance. N'es-tu pas mon âme soeur ? »

Hermione se mit à pleurer. Incapable d'esquisser un geste, Tom se contenta de la regarder, sans comprendre.

« Tu as mutilé ton âme, Tom. Tu ne peux plus revenir en arrière. Comment pourrais-je être ton âme soeur, alors que tu ne possèdes qu'une partie de la tienne ?

- J'ai besoin des Horcruxes pour survivre », commença-t-il à argumenter, avant qu'elle ne l'interrompe.

« Ce que tu ressens, ce vide, ce sont les morceaux d'âme qui te manquent. Les Horcruxes te contrôlent. Ils seront ta perte. »

Le jeune homme se réveilla en sursaut. Jamais encore, il n'avait pu avoir de conversation avec Hermione dans son songe. Ce n'était pas réel, se persuada-t-il. Ebranlé, il songea alors aux Horcruxes. Il avait besoin d'eux pour échapper à la mort, au néant. Mais peut-être que son subconscient avait raison. Peut-être était-il manipulé par les Horcruxes.

Il se leva péniblement et se rendit à la salle de bain. Là, devant le miroir, il songea alors à son premier meurtre, cette fille qui pleurait misérablement dans les toilettes. Ce n'était qu'une Sang-de-Bourbe, n'est-ce pas ? La volonté de son ancêtre, l'illustre Salazar Serpentard, n'était-il pas de se débarrasser de cette engeance ? Mais Hermione était née-Moldue et elle était exceptionnelle. Lui-même, il n'avait pas le sang pur et pourtant, il excellait dans tous les domaines de la magie.

Si son aïeul avait voulu assassiner la jeune femme, Tom s'y serait opposé, sans aucune hésitation. Alors peut-être que le journal était une erreur. Peut-être que cette fille ne méritait pas de mourir.

A ce moment-là, son coeur palpita à une vitesse folle, l'empêchant de respirer normalement. Il s'assit rapidement sur le rebord de la baignoire, pour ne pas s'effondrer au sol. A travers la douleur, un seul visage s'imprima dans son esprit. Hermione. Puis, la sensation se calma peu à peu. Que s'était-il passé ? Epuisé, il retourna dans son lit et se rendormit avant de pouvoir formuler la moindre hypothèse.

Le phénomène ne fut pas isolé, se multipliant au cours des semaines suivantes. Rapidement, Tom attribua les douleurs qu'il ressentait à Hermione. Pour une raison qu'il ne parvenait pas à expliquer rationnellement, il ne se faisait pas à son absence, qui laissait un vide immense en lui. Tout en maudissant cette dépendance manifeste, il chercha inlassablement un moyen de la contourner. Il devait la retrouver. Et il savait comment, tout en le redoutant. Il devait retrouver son âme.

Bientôt, Tom se trouva si affaibli qu'il quittait à peine la chambre dans laquelle il avait élu domicile. Etrangement, ses employés s'inquiétèrent pour lui, le conjurèrent de consulter un médecin, accusèrent les fantômes de ses anciens propriétaires. Le jeune sorcier dut les menacer de les renvoyer pour qu'ils cessent de poser des questions et renoncent à faire venir quelqu'un. Malgré sa façade pleine d'assurance, il avait peur. Il voulait retrouver son âme, mais pas mourir. Mais plus il s'enfonçait, plus il réalisait ce qu'il avait infligé autour de lui et plus il s'affaiblissait. Les vagues de chaleur réconfortantes devinrent rapidement le seul répit qui lui était accordé, avec le visage d'Hermione qui s'adoucissait au fil des jours.

Son état se dégrada rapidement. Des phénomènes étranges commencèrent à se produire autour de lui. Il ignorait s'il s'agissait d'hallucinations ou de manifestations spontanées de ses pouvoirs. Une nuit, il sentit une présence dans sa chambre. D'abord, son esprit fiévreux accorda, l'espace de quelques secondes, un crédit aux racontars des employés de maison. Son géniteur serait-il venu le hanter ? Il balaya rapidement, et avec exaspération, cette idée folle. D'ailleurs, la présence qu'il ressentait était familière, même bienveillante. A travers la nausée et la fièvre, il sentit même quelque chose effleurer sa joue, ce qui le poussa à ouvrir les yeux. Mais la douleur revint aussitôt, le faisant hurler, à sa grande honte. Mais il était de toute façon trop fatigué pour avoir réellement honte. Les rideaux s'effondrèrent alors au sol dans un grand vacarme. Que se passait-il ? Il reprit conscience quelques secondes. Un instant, il aurait juré qu'Hermione était là. Mais c'était impossible.

OO0OoO0Oo

La lune brillait haut dans le ciel lorsqu'une main s'écrasa sur un réveil. Ce fut peine perdue car l'objet bondit aussitôt hors de portée et continua de pousser de petits cris stridents. Hermione plaqua son oreiller contre son visage et poussa un long soupir. Comme tous les matins, cela ne suffit pas. Alors, elle tâtonna à la recherche de sa baguette et lança le contresort, l'esprit toujours brumeux. Ses oreilles l'en remercièrent, mais cela ne lui fit aucun bien. Après quelques instants, elle se décida à se lever et se prépara, telle une automate.

Le jour n'avait toujours pas pointé le bout de son nez lorsqu'elle traversa le campus désert en direction de la bibliothèque, retenant de longs bâillements. De temps en temps, elle portait une main vers sa poitrine. A l'intérieur, son coeur l'élançait. Cela arrivait de plus en plus fréquemment. Malgré les températures clémentes qui adoucissaient ce mois de décembre, elle resserra son manteau et tenta de chasser l'inquiétude qui rôdait.

La première fois que la douleur était apparue, c'était un mois après son installation à San Francisco. Mi-octobre, Hermione assistait à un cours très intéressant sur les mutations découlant d'un usage abusif de la métamorphose, lorsque son coeur palpita à une telle vitesse qu'elle crut faire un arrêt cardiaque. Ne voulant interrompre le cours sous aucun prétexte, l'étudiante s'était figée sur son banc, livide, la main sur la poitrine. Le phénomène n'avait duré qu'une minute. Une fois remise de ses émotions, Hermione avait alors songé que ce devait être le fruit de sa fatigue. Après tout, elle se reposait peu depuis son arrivée. Tom hantait ses rêves avec une telle vivacité et une telle régularité qu'elle ne parvenait pas à bénéficier de nuits réparatrices. Les seuls moments où elle ne rêvait pas étaient consécutifs à un extrême épuisement, dû à de longues séances de travail intellectuel acharné. Alors oui, la douleur devait être un avertissement de son coeur, afin qu'elle cesse de le pousser dans ses retranchements, rien de plus.

Après cet incident, Hermione avait tenté d'être attentive à la charge de travail qu'elle s'imposait. Comme pendant les huit mois sans Tom, elle devait apprivoiser son absence. Cependant, cette fois, le manque était bien plus tangible. Et il n'y avait plus de Klaus pour la distraire. Parfois, elle s'enroulait dans une couverture et restait ainsi, le regard perdu dans le vague, l'estomac noué, inconsolable. Son hypothèse ? Cette fois, aucun espoir ne subsistait. Elle devait vivre loin de lui, pour toujours. Et quand la jeune femme y songeait, son coeur la lançait une fois de plus.

Les crises étaient devenues de plus en plus fréquentes, et elle avait fini par s'y habituer. Parfois ce n'était pas le coeur, mais l'estomac ou les poumons qui devenaient douloureux. Si bien qu'avec le temps, la douleur devint quotidienne. Hermione refusait de s'en inquiéter et se plongeait dans les études à corps perdu.

L'heure matinale garantit à la jeune femme de retrouver sa table préférée, près de la fenêtre. Les lieux étaient vides. Comme d'habitude, elle était la première. Oubliant la douleur et la fatigue, Hermione sortit trois grimoires de son sac, son nécessaire à plume et un rouleau de parchemin épais comme son bras. Elle avait tant à faire. Deux heures s'écoulèrent ainsi, sans que le jour ne se lève. Absorbée par ses études, la jeune femme s'en aperçut à peine. Elle griffonnait une dissertation à rendre le mois prochain avec la hâte de quelqu'un dont le temps était compté. Ce fut l'effort de trop.

D'abord, elle sentit les palpitations rapides qui gagnèrent son coeur et posa aussitôt sa plume. Sa respiration devint erratique. Hermione tenta de la contrôler avec des inspirations régulières. Ca va passer… Plus que quelques secondes et ça ira mieux… Mais cette fois, une intense douleur vint irradier son ventre et elle ne put retenir un cri de douleur mêlée à la surprise. Cela ne lui était encore jamais arrivé. Pliée en deux sur sa chaise, elle tenta d'attraper sa baguette magique afin de lancer un sort calmant, mais elle tomba au sol. Des étoiles apparurent devant ses yeux et un haut-le-coeur la gagna. Tremblante, elle tenta de se redresser en s'appuyant sur la chaise, mais un second haut-le-coeur la força à vider le contenu de son estomac sur le sol.

« Madame, que vous arrive-t-il ? »

Quelle question stupide, songea-t-elle, mais elle fut incapable de répondre. Elle n'avait même pas la force de s'essuyer la bouche.

« Madame, répondez-moi ! Artie, va chercher de l'aide, tout de suite ! »

Des pas s'éloignèrent à toute vitesse tandis qu'une main fraîche se posa sur son front. Deux visages apparurent dans le champ de vision troublé de la jeune femme. La douleur continuait de la lancer, la rendant incapable de réfléchir correctement.

« Elle est brûlante ! Je vais essayer de la stabiliser, mais il lui faudra un Guérisseur le plus rapidement possible. Ne vous inquiétez pas, madame, nous allons nous occuper de vous. »

Il était de plus en plus compliqué pour elle de rester consciente. Ses yeux bruns papillonnaient de plus en plus rapidement, dans un effort surhumain pour ne pas s'évanouir.

La pièce était sombre, la lune peinait à traverser les lourds rideaux en velours. Une imposante armoire occupait un mur entier, projetant une ombre inquiétante sur le reste de la chambre. Un lit à baldaquin, tout aussi ancien et ouvragé, lui faisait face. Un jeune homme y était étendu, les draps repoussés sur les bords, les yeux fermés, pâle et trempé de sueur. Il gémissait.

« Hermione », murmura-t-il.

Tom. Hermione se précipita sur lui, faisant grincer le plancher. Le voir ainsi lui déchirait le coeur. Les larmes roulèrent sur ses joues. Il n'eut aucune réaction. Elle caressa tendrement son visage, dans un geste instinctif. Ses yeux noirs s'ouvrirent soudainement, mais ils ne parurent pas la voir. Ils dardaient de droite à gauche, soupçonneux mais empreints d'une intense fatigue. Puis, ils papillonnèrent quelques secondes avant de se refermer à nouveau. Un violent frisson saisit le jeune homme qui hurla de douleur. Apeurée, Hermione recula vers la fenêtre et se prit les pieds dans l'ourlet du rideau. Avec un grand fracas, celui-ci tomba au sol, entraînant la tringle et son jumeau, découvrant un village endormi sous la neige, au bas de la colline où la maison se trouvait.

Le bruit et l'irruption brutale des rayons lunaires avaient fait réagir Tom qui s'était redressé sur le lit, pantelant. Il semblait cependant incapable de faire quoique ce soit d'autre. Il lançait des regards surpris autour de lui. Tant d'impuissance ne lui ressemblait pas. Il n'avait même pas saisi sa baguette. Que lui arrivait-il ?

« Hermione », chuchota-t-il à nouveau, avant de retomber dans l'inconscience.

L'étudiante ne se trouvait plus dans la bibliothèque lorsqu'elle émergea. La souffrance avait disparu. Pour combien de temps ? Inquiète, elle se redressa avec précaution et détailla la pièce aux murs d'un blanc immaculé dans laquelle elle se trouvait. Seule une petite table et un fauteuil complétaient le mobilier, en dehors du lit sur lequel on l'avait allongée. Une chambre d'hôpital. Sa gorge se serra. A nouveau lucide, elle se remémora l'incident. Elle avait ignoré les signaux depuis deux mois. Et si sa douleur n'était pas psychologique comme elle l'avait songé, mais une conséquence de son voyage temporel ? Cela faisait à présent plus d'un an qu'elle avait quitté son époque. Son corps commençait-il à en payer le prix ?

Et puis, cette vision qu'elle avait eue… C'était Tom, sans aucun doute. Le jeune homme était amaigri, affaibli et malade. C'était un cauchemar, se rassurait-elle, un produit de son inconscient… Mais comment aurait-elle pu imaginer une chose pareille ? Cette vision était si éloignée du Tom qu'elle connaissait, et les détails étaient si précis… Hermione avait beau tenter d'être rationnelle et cartésienne, en son for intérieur, elle était convaincue que ce qu'elle avait vu était une réalité. Pour une raison inconnue, Tom Jedusor était en danger.

Le Guérisseur qui entra dans la pièce interrompit sa réflexion angoissée. L'homme, âgé d'une quarantaine d'années, jeta un coup d'oeil sur son calepin.

« Comment vous sentez-vous à présent, Miss Jean ?

- Bien mieux, je vous remercie… Que s'est-il passé ? »

Il se gratta la tête, un peu perplexe.

« J'espérais que vous m'éclairiez sur le sujet. Nous avons conduit tous les examens possibles, et nous n'avons absolument rien trouvé. Tout est normal, pas la moindre trace de sortilège ou de magie noire n'a été détectée. »

Stupéfaite, Hermione ne répondit pas tout de suite. C'était impossible. Elle n'avait pas pu tout imaginer. Peut-être était-elle atteinte d'un mal que les méthodes de cette époque ne permettaient pas de détecter ? Elle ne voyait pas d'autre explication. Ou alors… Une hypothèse folle naquit dans son esprit. Et si cela avait un lien avec Tom ? Non, c'était trop tiré par les cheveux.

La jeune femme ne voulut pas insister auprès du Guérisseur. Il n'était pas question d'attirer les soupçons sur elle. Alors, elle prétexta un malaise dû au stress et au manque de sommeil. L'homme parut convaincu et la laissa rentrer chez elle, en lui prescrivant du repos et diverses potions d'apaisement. Mais Hermione était loin d'être apaisée. Elle ne cessait de décortiquer le moment où elle s'était évanouie. La réaction avait été violente, trop proche des douleurs cardiaques de ces dernières semaines pour n'être due qu'à la fatigue. Elle se connaissait. Jamais cela ne lui était arrivé auparavant.

Et cette hallucination… L'espace d'un instant, elle avait réellement eu l'impression d'être là-bas, où que ce soit. Tom ne paraissait pas la voir mais réagissait tout de même à certains signes de sa présence. Elle se remémora ces murmures désespérés, invoquant son nom. Sa gorge se serra. Hermione n'avait plus le choix. Elle devait en avoir le coeur net. Elle devait le retrouver.

Six jours furent nécessaires à Hermione pour se rendre à Little Hangleton. Ce n'était pas le voyage en lui-même qui lui avait pris le plus de temps, non. Grâce aux transports aériens de groupe, à l'aide de calèches, à peine quinze heures avaient été nécessaires à la jeune sorcière pour traverser les Etats-Unis, puis l'Atlantique. Elles avaient été longues, ces heures d'angoisse. Son esprit était concentré sur Tom, tout en luttant contre la fatigue et les douleurs lancinantes qui la transperçaient de temps en temps. Au moins, se persuadait-elle, si elle souffrait, cela signifiait qu'il était en vie. Car oui, elle en était désormais convaincue : Tom courait un grave danger. Elle avait déjà perdu de précieuses heures à chercher le meilleur moyen de rejoindre l'Europe.

Le temps du trajet fut mis à profit par Hermione pour tenter de localiser Tom. Elle ignorait s'il était resté en France ou s'il avait rejoint l'Angleterre. Elle ignorait également si le village perdu dans la neige qu'elle avait vu en rêve, existait réellement ou non. Pouvait-elle se fier à cette vision ? Après réflexion, elle décida de chercher ce village. C'était la seule piste tangible dont elle disposait. En France, elle ne savait pas où il s'était rendu avant de la surprendre sur cette place de village.

Où cette vallée pouvait-elle bien se situer ? Cela ne ressemblait pas à Poudlard, ni à Londres. Il ne s'agissait pas non plus d'une grotte cachée dans une falaise au bord de l'océan. Elle repassa en mémoire tous les lieux liés à Tom qu'elle connaissait, et il n'y en avait pas beaucoup. Un instant, elle songea à Godric's Hollow, au cimetière qu'elle avait arpenté avec Harry… Et ce fut à ce moment-là qu'elle eut une illumination. Le cimetière ! Et si Tom Jedusor était retourné au manoir du père qu'il avait assassiné ? C'était une piste ténue, mais une piste tout de même, la seule dont elle disposait.

Alors elle avait rassemblé dans sa mémoire tous les indices à sa disposition. Le premier, le plus important était le nom du père biologique de Tom : Thomas Jedusor. Elle savait aussi que cet homme avait été assassiné avec ses parents. Un triple meurtre inexpliqué ne pouvait passer inaperçu chez les Moldus, même en temps de guerre, n'est-ce pas ? Ce fut donc tout naturellement à la plus grande bibliothèque de Londres qu'elle se rendit, après son arrivée en Europe, pour se plonger dans les archives.

Et à présent, elle était agenouillée devant la tombe de Thomas Jedusor, où Harry avait assisté à la renaissance de Voldemort. C'était une autre vie, qui lui paraissait si loin désormais. Levant les yeux vers le manoir, elle craignait autant qu'elle espérait y trouver Tom. Les crises continuaient à être violentes, la laissant affaiblie et tremblante, mais elle ne s'était plus évanouie depuis l'épisode de San Francisco. Elle ignorait si c'était grâce aux potions du Guérisseur, mais cela lui convenait très bien ainsi.

Resserrant sa cape autour de ses épaules, Hermione grimpa la colline, malgré le froid et la fatigue. Plus elle s'approchait, plus elle était certaine qu'il était là-haut. Pourquoi avoir choisi cette demeure ? C'était sans doute le seul toit auquel il avait dû songer. Lorsqu'elle parvint enfin au sommet, elle hésita. Devait-elle sonner ? Elle finit par tirer la cordelette reliée à une cloche, sans grande conviction. Si Tom avait mis en place des sortilèges de défense, il valait mieux tenter l'approche douce en premier… Elle sursauta de surprise lorsqu'un homme, vêtu d'une redingote, ouvrit la porte.

« Bonsoir, je… Je m'appelle Hermione, je suis une amie du propriétaire. Pourrais-je le voir un instant, s'il vous plaît ?

- Je suis désolée Miss, mais Mr Jedusor est souffrant et ne souhaite voir personne. »

Il était là. Son intuition avait été la bonne. Alors, elle ne se laissa pas démonter et insista, d'une voix douce. Si nécessaire, elle était prête à faire usage de la magie, sa baguette solidement ancrée entre ses doigts, dans la poche de sa cape.

« Je vous en prie, dites-lui que je suis là. S'il refuse toujours de me voir, je m'en irai. Mais dites-le lui, c'est important. »

Le majordome dut avoir pitié d'elle, car il n'hésita pas longtemps et la laissa entrer dans le couloir, à l'abri du vent. Elle patienta là, toujours grelottante, tandis qu'il se retirait dans le grand escalier qui menait à l'étage. Hermione examina les lieux autour d'elle. Ils étaient propres et bien entretenus, mais ce qui la surprit le plus fut la présence d'un personnel. L'homme qu'elle avait vu était Moldu, sans aucun doute. Peut-être était-il sous l'emprise d'un sortilège ? Non, si Tom était aussi malade que dans son hallucination, il n'aurait pas été capable de maintenir un Imperium

« Mr Jedusor accepte de vous recevoir. Mais je me dois de vous prévenir, Miss… Sa santé s'est dégradée ces dernières semaines et il ne laisse aucun médecin l'approcher. Peut-être pourriez-vous le convaincre de se faire examiner ? »

Son inquiétude ne semblait pas feinte, ce qui accrut la perplexité de la jeune femme. Après l'avoir assuré qu'elle ferait son possible, elle le suivit dans l'escalier, puis dans le couloir, le coeur battant à tout rompre, douloureux. Lorsqu'il ouvrit la porte, Hermione reconnut sans mal la chambre dans laquelle se trouvait Tom. C'était celle de son hallucination. Le majordome s'éclipsa pour les laisser seuls. Plus pâle encore que dans sa vision, le jeune homme respirait faiblement et chaque bouffée d'air semblait le faire souffrir.

« Hermione ? », murmura-t-il d'une voix cassée.

La violence de ses sentiments l'assomma. Elle réalisa que quoiqu'elle fasse, leurs destins étaient inévitablement liés. Espérer recommencer une autre vie était folie, peine perdue. Elle l'aimait, absurdement et irrémédiablement. Tremblante, elle s'approcha de lui et posa sa main sur sa joue fiévreuse. Il réagit à peine au contact, mais il sembla apaisé un court instant. Puis, ses grimaces de douleur reprirent, lui brisant le coeur. Elle la ressentait elle aussi, cette douleur, bien plus profondément. Ce n'était plus une peine physique comme celle qui l'avait handicapée de longues semaines, mais une souffrance bien plus profonde. On aurait dit qu'on lui arrachait méthodiquement le coeur, cellule par cellule. Pourtant, elle ne rompit pas le contact. Confusément, elle sentit qu'il avait besoin d'elle, qu'elle partage ce mal. Il ouvrit les yeux et plongea dans son regard épuisé.

« Hermione… Je suis désolé. »

Son visage cessa de grimacer et s'apaisa. La jeune sorcière le secoua légèrement. Il n'eut aucune réaction.

« Tom ? »

Il ne répondit toujours pas. Elle le sentit s'enfoncer dans un sommeil profond, un sommeil dont elle craignit soudain qu'il ne sorte jamais.

« TOM ! », hurla-t-elle, prise de panique. « TOM, REVEILLE-TOI ! »

Le majordome fit irruption dans la chambre, alerté par ses cris.

« S'il vous plaît, appelez un médecin, n'importe qui ! »

Il lui était impossible de réfléchir rationnellement. Elle sentait au plus profond de son âme que Tom était en train de disparaître. Mais pourquoi ? Pourquoi ? Que lui était-il arrivé ? Elle l'enlaça, dans l'espoir de le retenir. Et ce fut à ce moment qu'elle le sentit, au fond d'elle. Il était toujours là, au bout de cette léthargie. La douleur du jeune homme devint soudain sienne, dans toute sa violence. Pendant cet instant de communion, elle comprit enfin ce qu'il se passait.

Il regénère son âme.

Animée d'une force nouvelle, elle l'étreignit avec plus de force encore et murmura sans discontinuer, répétant les mêmes mots :

« Reviens-moi, Tom. Ensemble, nous y arriverons. Je te le promets. »

Combien de temps elle resta ainsi, elle l'ignorait. Sans un remords, elle congédia le majordome et le renfort qu'il avait appelé, leur faisant oublier la raison de leur présence. A présent qu'elle comprenait ce qui arrivait à Tom, elle savait que la médecine moldue ne serait d'aucun secours, seulement une nuisance. Tout ce qu'elle pouvait faire, c'était lui transmettre l'énergie qui lui restait, l'espoir qui subsistait. L'idée de le laisser mourir lui était insupportable.

Le jour était levé depuis longtemps, lorsque Tom ouvrit à nouveau les yeux. Son regard vitreux se braqua sur elle, interrogateur.

« Hermione ? Qu'est-ce que… ?

- Repose-toi », l'interrompit-elle.

Il obéit et replongea dans l'inconscience, réparatrice cette fois. Comment pouvait-elle le savoir ? Elle le sentait. Tom était sur la bonne voie, se convainquit la jeune femme. Alors, finalement, elle s'autorisa à fermer les yeux et s'endormit paisiblement auprès de lui.

La nuit régnait à nouveau lorsqu'elle s'éveilla de son profond sommeil. Pour la première fois depuis des mois, celui-ci avait été véritablement réparateur. La souffrance n'avait pas disparu, mais elle était plus supportable. La lune illuminait le visage pâle de l'ex-Serpentard, qui l'observait avec appréhension.

« Es-tu vraiment là ou est-ce encore une hallucination ? »

Hermione sourit, amusée.

« Si j'étais une hallucination, crois-tu que je te le dirais ?

- C'est vraiment toi. Comment m'as-tu retrouvé ? Pourquoi es-tu revenue ? »

Ses yeux se firent accusateurs. L'ex-Gryffondor s'efforça d'ignorer le malaise qui naquit en elle et lui raconta tout. Hormis un détail : ce qu'elle avait compris sur son mal. Elle ne savait pas comment le lui dire, quelle serait sa réaction. Elle ignorait si ce processus était volontaire ou non. Il l'écouta avec attention, la dévorant du regard comme s'il n'osait croire qu'elle était réellement là. Son récit achevé, il commença le sien, avec beaucoup de pudeur. Il s'en tint aux faits, sans jamais s'aventurer sur ce qu'il avait ressenti, en dehors de la maladie.

« Depuis que tu es revenue, je souffre moins. Aurais-tu découvert ce que j'ai ? »

Elle ne pouvait pas lui mentir. Elle lui devait la vérité. Pour que cela fonctionne, il fallait qu'il en soit conscient.

« J'ai… une théorie, rien de plus. N'as-tu vraiment aucune idée de ce qu'il se passe ?

- Je t'écoute », répondit-il d'un ton sans réplique.

Résignée, elle se lança.

« Nous avons cette… cette connexion entre nous. » Il acquiesça. « C'est ce qui m'a permis de te retrouver, comme je te l'ai expliqué. En arrivant, j'ai senti un changement en moi, en nous, le lien est devenu plus profond. C'est comme si je partageais ta douleur, la rendant plus tolérable.

- Quelle est ta théorie, Hermione ? »

Il allait se fermer, elle le sentait. Les traits de Tom, tirés par la fatigue, étaient neutres, presque menaçants. La jeune femme prit une profonde inspiration.

« Je pense que tu es en train de guérir ton âme. C'est le repentir qui te fait souffrir. »

Il ne cilla pas. Il l'avait déjà deviné.

oO0OoO0Oo

Après des jours et des jours de souffrance et d'épuisement, son cerveau entra enfin en ébullition. Hermione à ses côtés, il se sentait capable de réfléchir plus clairement. Régénérer son âme ? Renoncer à ses Horcruxes ? Pourquoi ferait-il une chose pareille ? Une vague de colère déferla dans ses veines.

Un regard vers la jeune femme le calma aussitôt. Elle était revenue. Malgré ses mots assassins, elle s'était inquiétée pour lui. Elle avait quitté cette vie qu'elle avait commencé à construire là-bas, de l'autre côté de l'océan, car elle avait eu peur pour lui. Et elle était là. N'était-ce pas ce qu'il avait désiré ces dernières semaines, sans oser l'espérer vraiment ? N'était-ce pas son souvenir qui l'avait poussé à se détester lui-même, le poussant sur le chemin du repentir ?

Une partie de lui se rebiffa. Il se montrait faible, et pour qui ? Pour une femme ! Quelle déchéance ! Renoncer à la grandeur et au dépassement des limites de la magie, pour les yeux d'Hermione ?

Non, ce n'est pas juste une femme. C'est mon âme soeur.

En valait-elle vraiment la peine ? Ce qui était certain, c'était qu'il devait la retenir, à tout prix.

oO0OoO0Oo

Les jours s'écoulèrent avec une lenteur insupportable. Sans discontinuer, Hermione resta au chevet de Tom, qui s'était muré dans le silence depuis leur longue discussion. Les émotions du jeune homme lui restaient inaccessibles, si bien qu'elle ne savait pas, au fond, ce qu'il en était. Continuait-il de soigner son âme ou au contraire, s'accrochait-il aux Horcruxes ? Malgré tous ses efforts, elle n'avait aucun moyen de le savoir et il était hors de question de brusquer Tom. Peut-être aussi, quelque part, craignait-elle de connaître la vérité, de peur elle ne corresponde pas à ses souhaits.

L'espoir demeurait pourtant. La souffrance était toujours là. La douleur s'atténuait au fil des heures, lentement mais sûrement. Elle donnerait tout pour qu'il retrouve son âme, maintenant qu'elle se savait incapable de s'éloigner de lui. Car malgré les larmes, malgré les déceptions, elle l'aimait profondément. Leur amour était imparfait, certes, mais il était vrai, il était pur. Et elle savait aussi qu'il l'aimait en retour, même si elle ne s'attendait pas à ce qu'il le lui dise un jour. Tom restait imperturbablement silencieux, pourtant il conservait sa main dans la sienne. Pas une seule fois, ce ne fut lui qui prit l'initiative de la retirer.

La douleur disparut finalement un samedi matin. Hermione ne s'en rendit pas compte immédiatement, tant elle avait appris à vivre avec, à l'apprivoiser.

« C'est fini. »

La jeune femme se tourna vers Tom, qui venait ainsi de prononcer ses premiers mots depuis ce qui lui semblait être une éternité. Il la regardait avec une tendresse qu'elle ne lui avait jamais vue. Intimidée, elle n'osa manifester sa joie. La main du jeune sorcier se leva et caressa sa joue, comme pour s'assurer qu'elle était toujours là. Pourquoi ne pas le croire ? Pourquoi ne pas s'abandonner au bonheur ? Une vague de chaleur étreignit sa poitrine alors qu'elle se pencha finalement vers lui.

La question persistait pourtant.

As-tu renoncé aux Horcruxes ?

Celle-ci ne franchit pas ses lèvres.


Voilà... C'est avec émotion que je termine ce chapitre. Il s'agit de la première fic longue que je mène à son terme et ce n'est pas rien pour moi.

Je tiens surtout à vous remercier pour vos mots d'encouragement et pour votre fidélité tout au long de cette histoire qui, je l'espère vous a plu. Je tâcherai de poster l'épilogue en début d'année, afin de clôturer cette fic pour de bon.

Mille fois merci. Prenez soin de vous !