Petit texte, écrit durant la Nuit Insolite d'avril 2018 d'HPF, un peu différent car plus un souvenir d'Olek que d'Alicia. Très court, il se situe après les premiers chapitres de "L'Affaire Ilona C".


La fuite

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Olek rencontra brutalement le sol, finissant sa course le nez contre une racine. L'enfant se releva prudemment, sonné. D'un geste vif il se retourna, espérant avoir rêvé, en vain. Les flammes dévoraient toujours le château de son oncle, réduisant le moindre de ses souvenirs en cendre. Le feu avait pris depuis les cuisines, mimant un accident. Les vampires étaient doués, perfides, aussi malins que fourbes. Olek n'avait pas réfléchi, dès qu'il avait pu il avait fondu en dehors de sa cachette, empoigné Ilona et sauté dans les douves du château. L'eau glacée les avait protégés aussi bien des tirs aveugles des assaillants que de la chaleur écrasante de l'incendie. A bout de bras il avait porté la petite fille, couverte de sang malgré le bain forcé, il l'avait hissée sur la berge et ils avaient commencé à courir. Leur survie ne tenait qu'à leur fuite et au bon vouloir des loups-garous qui hantaient les bois dans lesquels ils s'étaient réfugiés, sachant les immortels trop peureux pour oser s'y aventurer.

Olek chercha Ilona du regard, il l'avait entraînée dans sa chute, elle était à genoux à quelques centimètres de lui, le visage crispé, les mains cramponnées à la terre. Des larmes dévalaient ses joues, des sanglots s'échappaient de ses lèvres et des tremblements secouaient tout son petit corps meurtri. Les meurtres de son frère et son père hantaient ses songes, irréels et douloureux. Son corps ne semblait être qu'une seule plaie, brûlante, sanguinolente, profonde et fatale. Un cri s'échappa de ses lèvres et ses ongles griffèrent le sol avec rage tandis que son organisme changeait.

Son cousin poussa une exclamation paniquée. Il avait toujours plus ou moins su pour son étrange capacité, mais jamais la fillette ne s'était transformée devant lui. Paniqué il hurla son prénom, un pressentiment des plus noir paralysant son esprit. Si elle mutait ce serait définitif. Le loup était sa forme refuge, son seul moyen de leur échapper à tous. Aux Hommes, aux vampires, aux fous qui peuplaient le monde et en ternissaient l'éclat. Mais rien n'y fit, en quelques secondes Ilona disparut, le loup noir partit comme une flèche, laissant le garçon seul, proie aisée au milieu du monde nocturne. D'un souffle il se releva, l'air était saturé de suie, irrespirable, il devait partir, immédiatement.

Ravalant son chagrin Olek reprit sa course, levant parfois des yeux implorants vers le ciel d'encre, dans l'espoir désemparé qu'enfin s'achève la nuit.

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