Se situe à la fin du premier tome, durant le séjour d'Alicia et Manuel chez les humains.

Ecrit durant la Nuit d'avril 2020 du forum HPF.


Les courbatures

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Exténuée, Alicia se laissa tomber sur son lit, grimaçant lorsque son corps heurta l'édredon. Chacun de ses muscles la faisait horriblement souffrir, jamais elle n'aurait pu imaginer que travailler aux champs soit si éreintant. La jeune-fille laissa échapper un soupir et ferma les yeux, savourant le moelleux qui la soutenait, elle aurait pu y rester des heures, jusqu'à temps que son corps ne soit plus qu'une unique source de souffrance. Ses bras étaient si courbaturés qu'elle ne les sentait qu'à peine et son dos la tirait, tout comme son cou à force de gestes répétés pour récolter les légumes et labourer la terre. Ses doigts étaient écorchés malgré la régénération rapide de son organisme et ses cheveux étaient couverts de poussière, faisant concurrence à l'état de crasse de ses jambes maculées de boue. Les humains avaient décidément bien plus de courage que les vampires pour ainsi cultiver chaque jour leur repas.

Un bruit étouffé suivi d'une secousse la sortit de sa torpeur et Alicia ouvrit les yeux. Manuel s'était allongé à côté d'elle, sur le côté, et la fixait d'un air mi-amusé, mi-compatissant. Le fils de William portait ses boucles brunes encore plus en bataille qu'à l'accoutumée et l'odorat très fin de la jeune immortelle fut bien vite mis à mal par l'odeur d'huile de courroie qu'il dégageait. Il avait aidé Simon dans son atelier toute la journée, et bien que plus habitué que son amie aux travaux manuels, son corps n'en était pas moins endolori.

« Tu me fais une place un peu plus grande, s'il-te-plaît? lui demanda-t-il en la poussant du bout du doigt, la faisant esquisser un rictus.

- Je ne peux pas bouger, grogna-t-elle, et si jamais il y a des carottes au dîner, je crois bien que je ne pourrais plus jamais rien regarder d'orange de toute ma vie. »

Le garçon éclata de rire, elle avait toujours eu le don de rendre les choses parfois un peu théâtrales.

« Encore faudrait-il que tu sois capable de descendre les escaliers pour pouvoir rejoindre la salle à manger, railla-t-il en la poussant délicatement.

- J'ai des courbatures mais je ne suis pas morte, rétorqua Alicia, je te prends à l'escrime dès que tu veux!

- J'aimerais bien voir cela! »

La jeune-fille se releva sur les coudes et tenta une approche stratégique du bord du lit pour pouvoir se lever et donner une fameuse leçon à son impertinent ami. Malheureusement pour la guerrière en herbe, le sol se déroba sous ses jambes trop faible et elle ne du l'amorti de sa chute qu'au réflexe de Manuel qui passa son bras sous épaules pour la retenir. Il lui adressa un regard inquiet auquel elle répondit en rougissant.

« En fait, peut-être plutôt demain... »

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