Chapitre 2 : L'Unité Magique d'Enquêtes Criminelles
- 31 août 1998 - Gare du Nord, Paris
Hermione venait de passer un trajet des plus longs en train. C'était peut-être à cause de l'année précédente mais il faut bien reconnaître que transplanner avait ses avantages. Tout le long du trajet cependant, elle avait feuilleté avec beaucoup d'attention les notes du professeur Severus Rogue. Elle ignorait encore comment le traduire et avait utilisé son intelligence remarquable pour repérer les uns après les autres les symboles se répétant. Elle avait déjà compris qu'aucun symbole ne représentait une lettre précise mais bien des mots. Elle était arrivée à cette conclusion parce que l'écart entre chaque symbole était identique, pas un plus éloigné que l'autre. Elle pensait que peut-être elle faisait fausse route ; en effet, connaissant le côté méticuleux et psychorigide de feu son ancien professeur de potions si acariâtre, il aurait pu le faire exprès. L'inverse semblait cependant prédominer car un symbole se répétait souvent, celui d'un serpent. Peut-être était-ce une façon de signifier mage noir ou Voldemort ou même encore le mot maléfique ou mauvais... Cela serait bien son genre.
Pendant tout le trajet, elle avait conservé soigneusement et discrètement sa baguette à portée de main, les deux Aurors l'ayant accompagnée à Saint Pancrace lui avait en effet signifié que le trajet en train serait le moment où elle serait le moins en sécurité. Mais elle avait été tellement absorbée par sa tentative vaine, pour le moment, de traduction qu'elle n'avait pas tellement vu le temps passer que cela. C'est d'ailleurs avec beaucoup de surprise qu'elle avait entendu la voix dans le haut-parleur lui signifiant l'arrivée prochaine en Gare du Nord. Afin de préparer sa descente, elle avait déjà rangé toutes ses affaires dans son sac à main et enfilé sa fine veste en daim au-dessus de son chemisier blanc. Après avoir arrangé ses cheveux, elle avait attrapé sa valise trolley magiquement agrandie et patienta encore avant de descendre.
La Gare du Nord était bien comme toutes les gares de capitales, gigantesque et surpeuplée. Il y avait des panneaux d'affichage indiquant qu'elle devait descendre un escalier précis pour rejoindre l'espace où les usagers patientaient en attendant leurs trains devant les différents quais disposés perpendiculairement à cet espace. Selon son escorte britannique, un agent français serait présent pour l'attendre. Elle espérait déjà que son français serait assez clair et correct pour se faire comprendre. La barrière de la langue pourrait être un frein à son aide. Apprendre dans un livre cachée sous une tente n'aidant guère à une pratique correcte de la langue. Elle cherchait quelqu'un qui pourrait sembler l'attendre, voir un sorcier inadapté à l'endroit, ce dont elle doutait quand même au vu des précautions déjà prises à son départ.
Elle vit alors un jeune homme, sans doute à peine plus âgé qu'elle aux cheveux châtains clairs et très court et arborant une barbe fine et une moustache se rejoignant dans un bouc taillé, vêtu d'un pantalon et d'une veste de costume anthracite sur une chemise blanche aux manches retroussées. Elle avait repéré cet homme avec facilité en réalité. En même temps, il tenait une pancarte avec écrit dessus "Granger", enfreignant sans doute toutes règles élémentaires de sécurité mais les français n'avait eu que son nom par le Ministère de la Magie britannique. Ils ne disposaient en théorie d'aucune signalisation de son apparence, qu'elle soit une photographie ou non. Elle avança vers lui, traînant sa valise au milieu des usagers et avec quelques difficultés évidemment, pour se poster devant lui. Il posa un regard surpris, ne s'attendant sans doute nullement à une jeune femme, petite et semblant presque en vacances.
- Je crois que je suis celle que vous attendez.
- Mademoiselle Grangé? fit le jeune homme.
Elle fut étonnée de sa prononciation, il avait opté pour prononcer son nom de famille avec les sonorités typiques de la langue française. Mais au moins, elle fut rassurée que son français à elle soit compréhensible.
- C'est Granger.
- Je vous demande pardon?
- Cela se prononce Granger, à l'anglaise.
- Ho veuillez m'excuser Mademoiselle Granger.
- Ce n'est rien.
- Lieutenant Luc Bertier, de l'UMEC. Ravi de vous rencontrer, fit il en tendant sa main.
- Moi de même, fit elle en la lui serrant.
- Vous avez fait bon voyage ?
- J'avais de quoi m'occuper.
- Puis-je prendre votre valise? Vous n'avez que celle-ci ?
- Oui, merci, fit elle surprise de la politesse. Je n'en ai qu'une, elle est..., s'interrompit-t-elle en voyant le monde.
- Je pense comprendre. Venez, je vous conduis à ma voiture.
- Voiture?
- Oui, plus pratique.
Il prit alors la valise et la guida lentement jusqu'à une place de parking en lui faisant la conversation.
- C'est moi qui suis chargé à la fois de votre protection et de votre confort personnel.
- Je vous remercie.
- Préférez vous converser en anglais ou continuer en français ? fit il dans un anglais plus que parfait.
- Ça dépend si vous me comprenez quand je parle français.
- Il est très au point, j'ai été surpris dans la gare.
Il la guida enfin vers une berline grise assez passe partout. Après avoir placé sa valise dans le coffre, il lui ouvrit la portière avant droite.
- Ho je n'ai pas le permis.
- Pardon?
" Oui c'est vrai... en France, ils conduisent à droite et le conducteur est à gauche. Faut que je m'habitue."
- Non rien.
- Problème culturel ? dit il avec un sourire.
Elle acquiesça et monta à bord, l'observant faire le tour avant de s'installer et de refermer.
- Puis-je vous poser une question ?
- Bien sûr, je suis là pour votre intégration.
- Que signifie UMEC?
- Unité Magique d'Enquêtes Criminelles.
- Oui, moins discret que l'acronyme. Vous êtes Lieutenant ?
- Oui, nous utilisons les mêmes grades que les unités de police d'état.
Il démarra alors et Hermione comprit que la circulation parisienne était aussi chaotique que la londonnienne.
- Puis je savoir où nous nous rendons ?
- Sur les Champs-Elysées.
- Excusez moi mais je ne suis pas venue faire du tourisme.
- Ho... oui excusez moi, votre logement se trouve sur l'Avenue d'Éden, le quartier magique parisien, on y accède par les Champs Elysées.
- Ha oui d'accord. Très joli jeu de mot.
- Pardon?
- Champs-Elysées et Éden, royaume des morts de la mythologie grecque et paradis de la religion catholique.
- Ho... vous êtes cultivée. Beaucoup ne le comprennent pas.
" Hermione, ne donne pas une impression de fille prétentieuse..."
Ils roulaient lentement au milieu de la circulation très dense, traversant successivement le dixième, le neuvième et le huitième arrondissement, selon les dires du Lieutenant Bertier. Elle passa même devant l'Opéra Garnier et observa avec attention son architecture et elle le trouvait sublime, se demandant forcément si elle aurait droit à quelques incursions dans le Paris moldu.
- Vu que vous savez conduire une voiture, dit elle, je déduis que vous n'êtes pas d'une ascendance entièrement sorcière.
Il la regarda surprise de sa question, la surprenant quelque peu en réalité.
- Cela est important ?
- Non, c'était histoire de faire la conversation.
- Je suis un peu surpris, les britanniques y prêtent tellement d'importance ?
- Ce n'est pas le cas ici?
- Pas le moins du monde, nous sommes même assez proche de la culture moldue, comme vous l'avez si bien constaté avec le grade. Et pour répondre à votre question, je suis né d'une mère moldue et d'un père sorcier.
- Je trouve cela très bien comme système, chez nous, les sangs purs aiment encore assez s'imposer dans la société. Et je suis né moldue pour information.
- Parfait alors.
- Parfait ?
- Oui, nous n'aurons aucun problème lié à un manque de connaissances de ceux-ci.
- Et puis-je savoir comment vous avez appris à maîtriser l'anglais ?
- Ma mère est écossaise. Mais j'ai fait ma scolarité à Beauxbatons.
- Ceci explique cela.
Elle appréciait que le lieutenant Bertier soit du genre loquace, elle venait empiéter sur les plates bandes de cette unité même si c'était à leur demande.
- Je suis surpris que votre ministère envoie quelqu'un d'aussi jeune, je m'attendais à quelqu'un de plus âgé.
- J'ai de bonne connaissance générale de la magie noire et de l'auteur des notes que je dois vous transmettre.
- Je me doute qu'ils n'enverraient pas n'importe qui pour nous aider. Mais les Aurors engagent jeune.
- Je... je ne suis pas Auror en réalité.
- Ha pardon... la police magique alors?
- Non plus, je devais finir ma scolarité à Poudlard.
Il mit un coup de frein un peu sec sous la surprise, visiblement, ça il ne s'y attendait pas.
- Vous n'avez pas fini votre scolarité ?
- Oui mais uniquement à cause de la guerre.
- Bien sûr, excusez ma surprise.
- Elle se comprend.
Il se gara alors dans le parking public Indigo Rond-Point des Champs-Élysées, situé dans l'avenue Matignon, une rue perpendiculaire aux Champs. Il la guida ensuite sur les Champs à proprement parlé. Hermione admira alors l'avenue longue de près de deux kilomètres de long qui reliait la place de la Concorde à la place Charles-de-Gaulle. Elle pouvait voir que l'avenue était bordée par des contre-allées, baptisées selon le guide touristique dont elle avait fait l'acquisition " Promenade des Champs-Elysées". Cette promenade longeait également les magnifiques jardins sur près de sept cents mètres. Elle regardait partout, comprenant réellement pourquoi cette avenue était surnommée " la plus belle avenue du monde". Elle le méritait réellement, elle en avait les yeux qui pétillaient.
- Cela vous plaît ?
- C'est incroyable. Je suis étonnée.
- Tenez c'est ici, le numéro vingt-cinq.
Elle tourna la tête et découvrit l'hôtel particulier de la Païva, qui selon son guide qu'elle avait déjà longuement feuilleté avait été construit entre 1856 et 1866 par Pierre Manguin.
- Vous êtes sérieux ?
- Oui, l'accès se fait par l'intérieur. Venez.
Il la guida à l'intérieur après avoir passé son poignet devant la porte, vers une porte qui semblait cependant être un accès à une petite cour fermée en réalité, sans aucune vue sur le ciel. Elle pouvait constater que l'hôtel était d'un luxe exceptionnel et qu'il était un merveilleux symbole conservé d'architecture du Second Empire.
- Naturellement, il s'agit d'un accès simple, les cheminées sont bien plus usitées pour éviter les encombrements et d'autres accès existent un peu partout dans Paris.
- Pardon? Vous voulez dire que c'est si grand que ça ?
- Regardez mieux, dit-il après un mouvement de baguette.
Il semblait que le mur se transformait en mur d'eau, différemment de l'accès du Chaudron Baveur. Il ne s'agissait nullement d'une ouverture classique mais bien d'autre chose.
- Un portail?
- Voilà, c'est pour ça que les accès peuvent être dispersés. Mais il était le plus proche des cinq depuis la gare... et il possède le parking le plus accessible. Ce qui à Paris est un luxe. Après vous.
- Merci, fit elle en passant devant.
Elle passa le "mur d'eau" sentant la magie l'envahir alors tandis que son corps devait subir l'équivalent d'un transplannage forcé. Elle vit alors quelque chose qui provoqua une étrange sensation, la même que celle de sa première fois sur le Chemin de Traverse, comme si un nouveau monde s'ouvrait à elle. Contrairement au Chemin de Traverse, il était beaucoup plus grand, au moins cinq à six fois, des bâtiments gigantesques, des enseignes qu'elle ne pouvait connaître et où les noms était forcément en français. Une en particulier attira son attention : "Palais de la connaissance", une librairie nota-t-elle, se jurant d'y faire un tour. Elle ne put alors qu'exprimer son ressenti que par deux mots d'une simplicité qui fit sourire le lieutenant à côté d'elle.
- Par Merlin...
- Est-ce si différent de Londres?
- Plus grand et plus majestueux surtout. À part Gringott.
C'était un fait surprenant, la banque des sorciers français était la même, dans tout les sens du termes, qu'il s'agisse du nom ou de l'apparence du bâtiment. Un véritable copié collé.
- Ne jamais contrarier un gobelin.
- J'en sais quelque chose, se dit elle en se rappelant son aventure dans la banque londonienne.
- Pardon?
- Euh non... rien.
Il la dirigea ensuite vers un bâtiment qui était clairement un lotissement et passa à nouveau son poignet devant la serrure. Portant toujours sa valise d'ailleurs, elle se sentait la bienvenue dans cette ville. Ils montèrent au quatrième étage.
- Désolé, il n'y a pas d'ascenseur.
- Cela fera de l'exercice.
- C'est celui-ci.
Elle avisa la porte de gauche, celle qu'il indiquait et vit une petite plaque : L. Bertier. Elle se figea alors.
- Je dois vivre chez vous ?
- Euh... oui. Mais des dispositions sont prises et l'appartement est magiquement augmenté.
Il ouvrit alors sur un petit hall comprenant deux portes, une de chaque côté.
- Je serai à gauche et vous à droite. Ce sont des logements de fonction, dit il en ouvrant la porte de droite.
Elle découvrit alors un appartement avec un salon et une salle à manger d'environ quarante-cinq mètres carrés donnant sur une cuisine ouverte d'une dizaine de mètres carrés supplémentaires. Il y avait trois autres portes.
- Celle de droite est votre chambre et celle du milieu est votre salle de bain.
- Et la gauche ? demanda-t-elle.
- Mon logement.
- Ils ont un accès communicant? fit elle légèrement gênée.
- Oui, mais il ne sera accessible que de votre côté. Il faudra ce bracelet... où il est d'ailleurs... Fanny?
- Dans la chambre... fit une voix derrière la porte.
" Merlin merci, il a une compagne, cela serait gênant sinon... Un accès communicant non mais je vous jure"
- Votre épouse ?
- Non... pas du tout.
La porte s'ouvrit alors et elle dû baisser la tête pour voir qui l'avait ouverte, une elfe de maison vêtue d'une petite robe qui ressemblait tellement aux tenues des gouvernantes du début du siècle.
- Vous devez être Mademoiselle Grangé.
- Granger, fit le lieutenant, cela se prononce Granger.
- Appelez moi Hermione..., fit elle remarquant au passage la tête du lieutenant qui semblait comprendre.
- Mademoiselle Hermione donc... je m'appelle Fanny, je serai à votre service...
- Je n'ai pas besoin d'une...
- Je n'avais pas fini, l'interrompit l'elfe la surprenant par son culot. Je serai à votre service de sept heures du matin jusque vingt-deux heures le soir et uniquement du lundi au vendredi, bien sûr je peux faire des heures supplémentaires.
Hermione écarquilla les yeux de surprise, elle vivait un rêve éveillé, des elfes libres qui travaillait avec des horaires normaux, même si un peu long. Ce pays lui plaisait de plus en plus.
- Vous êtes libre ?
- Bien sûr, fit Fanny.
- Elle est fonctionnaire d'État, au même titre que moi, ajouta alors le lieutenant. Ils sont salariés et habitent des logements au dernier étage du bâtiment, ce que l'on appelle les chambres de bonnes.
- Il y a longtemps que les elfes sont libres ?
- Nous ne le sommes pas tous malheureusement, mais il y a près de dix ans que nous occupons des fonctions publiques.
- Et vous avez droit à la retraite ?
- Évidemment. Quoi de plus normal. Vous vouliez quelque chose lieutenant ?
- Hein? fit celui-ci surpris encore par la joie étrange que se faisait Hermione. Ha oui le bracelet d'accès ?
- Je l'ai posé sur la table de chevet.
Hermione fut encore plus surprise de voir que ce fut le lieutenant qui se rendit dans la chambre pour aller le chercher et le ramener.
- Qu'est-ce c'est? demanda-t-elle alors.
- Un bracelet d'accès, il vous permettra d'accéder à ce bâtiment et aux bureaux de la police. Et d'ouvrir cette porte, fit il en l'indiquant. Puis-je ?
Elle acquiesça et le bracelet qui ressemblait à une gourmette vit apparaître telle une gravure en direct les lettres H.J.G.
- Il ne fonctionnera désormais qu'avec vous. J'avais pris soin d'un peu ravitailler votre cuisine, pâtes sèches et riz principalement, ainsi que de l'eau de source et pétillante, un peu de soda, du vin... Je ne connaissais pas vos goûts.
- Je vous remercie. Quand nous rendons nous dans vos bureaux ?
- Je pensais demain, vous laisser...
- Peut-on s'y rendre aujourd'hui ?
- Oui bien-sûr mais pourquoi ?
- Je pensais déjà récupérer les dossiers de l'affaire pour me faire une idée...
- Vous êtes pressée de travailler.
- Un peu en effet. Mais je vais rapidement m'installer et me rafraîchir.
- Faîtes donc.
Hermione embarqua sa valise et s'enferma dans la chambre, la vidant et remplissant placards et tiroirs, qui étaient d'ailleurs présents en grand nombre, et ce d'un seul mouvement de baguette bien maîtrisé. Elle remarqua alors que la chambre possédait un accès direct à la salle de bain et en profita pour admirer celle-ci. Équipée à la fois d'une douche et d'une baignoire, elle était d'un blanc immaculé. Décidément ces logements de fonction lui semblaient de bonnes conceptions et elle se demanda alors si son propre Ministère de la Magie était du genre à fournir ces prestations. Elle profita néanmoins d'une bonne douche avant de se sécher et d'enfiler un tailleur pantalon noir. Elle avait pensé à ce genre de tenue qui lui donnait un air sérieux et crédible. Plus professionnelle. Cela serait parfait pour aider l'UMEC. Elle sortit de sa chambre en nouant ses cheveux en une queue de cheval haute. Le lieutenant Bertier était installé sur son canapé, avait allumé une télévision qui fonctionnait malgré la magie ambiante, peut-être une conception particulière, et diffusant une chaine d'informations moldue et lisait un journal qui au vu des photos mobiles était sorcier. Elle vit le nom du quotidien : " Le Sorcier" édition Île-de-France, précisément. Elle vit le titre de la une : Le Magistrant Bertier obtient la perpétuité pour le meurtrier du Cantal".
- Magistrant? Je suppose que c'est l'équivalent du Magenmagot ?
- Je ne vous avais pas entendue. Et oui.
- Ce magistrant, Bertier, quelqu'un de votre famille ?
- Mon père.
- Impressionnant. Je suis prête.
- Je vois ça, d'ailleurs j'ignorais qui vous étiez vraiment.
- Je vous demande pardon.
- Votre prénom: Hermione. Je n'avais eu que votre nom de famille et je n'avais pas forcément fait le lien. Je comprends qui ils nous ont envoyé et pourquoi il y a eu autant de préparations. Encore navré alors d'avoir tiqué sur votre formation.
Hermione fut surprise, donc même la personne devant assurer sa protection ignorait qui elle était. C'était à ce point là... Énormément de précaution.
- Je... j'espère que cela ne changera rien.
- Si vous êtes motivée sur l'affaire.
- Je le serai.
- Alors allons-y...
- Commissariat Central de la Police Magique -
Hermione l'avait suivit, le trajet n'avait pas été bien long, l'accès principal étant sur l'allée d'Éden. Elle avait cru qu'il changerait de comportement au vu de ce qui semblait être une découverte. Mais au final, aucun changement n'était à constater. Elle se demandait pourquoi même la personne sensée dans certains cas risquer sa vie dans sa protection ignorait qui il protégeait. Le bâtiment de la police était assez impressionnant même si par son architecture, il était d'une simplicité qui dénotait avec le reste de l'avenue. Le bâtiment était simplement rectangulaire et bas, de briques rouges et les huisseries étaient en bois foncé. Il y avait à l'entrée, juste à côté d'un officier en faction revêtu d'une robe de sorciers bleue foncé, une statue d'un officier de police aux côtés d'un tigre. Hermione regarda étonnée ce choix. Ce même choix était également celui de leur logo, un tigre noir serrant une baguette dans sa gueule sur un fond bleu blanc rouge.
- Pourquoi un tigre?
- Pardon?
- Le blason de la police magique.
- Vous voulez savoir ? La plupart des gens n'aiment pas que j'étale trop mes connaissances.
- Ça ne me dérange pas, c'est toujours intéressant d'apprendre de nouvelles choses.
" Et puis on finit surtout moins bête. Mais je sais ce que c'est..."
- En fait, c'est lié à la création de la première Brigade régionale de police mobile en 1907 sous les ordres du ministre de l'intérieur moldu Georges Clémenceau qui était surnommé le tigre. C'était sur conseil de Célestin Hennion qui était en réalité un sorcier. Depuis la culture populaire moldue les appelle les Brigades du Tigre.
- Ha oui... donc vous êtes liés au moldus.
- Plus que vous ne pensez, notre existence est annoncée à chaque nouveau Président de la République. Dès sa prise de fonction, ensuite nous plaçons des sorciers dans son service de protection. Avec des ratés cependant.
- Des ratés? C'est-à-dire ?
- En 1920, un agent veillait sur la protection du Président Deschanel dans un train. Sa femme sur le point d'accoucher, il a lancé un sort de confusion au Président pour qu'il ne se rende pas compte de sa disparition.
- Et?
- Le président s'est baladé et est tombé du train, le tout en pyjama.
- Il est mort?
- Non il allait parfaitement bien en plus. Mais depuis, il existe une expression dans le service. Pour dire que l'on compte sur quelqu'un, nous disons: "Ne file pas à la Gilbert".
Hermione écarquilla les yeux alors et fut prise d'un fou rire. Un rire cristallin d'ailleurs, tellement naturel que même le Lieutenant Bertier suivit. Hermione se demandait si les services britanniques avaient le même genre d'anecdotes truculentes. Cela lui fit énormément de bien. Mais ils avancèrent vers l'entrée et l'officier en faction l'interpella.
- Bertier, contrôle.
- Tu te moques de moi?
- Tu sais qu'on est passé en sécurité maximale à cause de...
- Je suis au courant, j'enquête dessus.
Il sortit de sa poche ce qui devait être un badge pour le montrer à l'officier.
- Elle m'accompagne.
L'officier les laissa passer et ils accédèrent au bâtiment. C'était un espace immense rempli de bancs, pour les visiteurs visiblement, avec plusieurs guichets, des cheminées d'accès ainsi que des espaces de transplannage et des ascenseurs au fond. Le lieutenant Bertier l'emmena vers un officier situé juste à côté de ceux-ci.
- Salut Samir.
- Ça va Luc?
- Pas mal.
- Merci pour Samia. Elle était contente.
- Ça lui a plu? Tant mieux. Je voudrais enregistrer Mademoiselle.
L'officier la regarda et la salua. Salut auquel elle répondit bien sûr.
- Votre nom complet Mademoiselle?
- Hermione Jean Granger.
- Date de naissance ?
- 19 septembre 1979.
- Puis-je voir votre baguette ?
- Bien sûr, fit celle-ci en lui tendant.
- Bois de vigne et nerf de cœur de dragon... Voilà elle est enregistrée. Pas de bêtises dans nos bureaux.
- Évidemment.
- Quelle accréditation ? demanda l'officier en uniforme au Lieutenant.
- Niveau Trois.
- Trois? T'es sûr.
- Grouille un peu plutôt que de t'extasier.
Une machine étrange émit quelques cliquetis et un petit objet tomba dans un tiroir, il lui tendit alors. Hermione regarda ce qui semblait être une broche en forme de tête de tigre et portant une baguette dans ses crocs, le logo de la police magique française.
- Vous voilà officiellement agent, fit le lieutenant Bertier.
- Mais... en avais-je besoin ?
- Ça vous donnera accès aux archives si vous avez des pistes ou des idées, dit il en se dirigeant vers les ascenseurs et l'appelant. Ils s'engouffrèrent à l'intérieur et elle pû lire à côté des boutons les différents services :
NIVEAU 0 REZ-DE-CHAUSSÉE
NIVEAU -1 VOLS ET CAMBRIOLAGES
NIVEAU -2 CRIMES SUR PERSONNES
NIVEAU -3 TRAFICS DIVERS ET STUPÉFIANTS
NIVEAU -4 CRIMES DE SANG, CRIMES OBSCURS
NIVEAU -5 BUREAUX
NIVEAU -6 DÉTENTIONS
NIVEAU -7 ARCHIVES ET SAISIES
NIVEAU -8 MÉDICOMAGIE LÉGALE
Le lieutenant Bertier sélectionna le niveau moins quatre.
- Et en quoi consiste l'accréditation de niveau trois? demanda Hermione intéressée.
- Voud êtes aussi accréditée qu'un Capitaine de service. Moi je suis niveau deux.
- Je suis donc plus accréditée que vous? Surprenant.
- Vous transportez bien des documents classifiés et votre présence ici a été suffisamment tue pour votre protection.
- Cela ne gênera pas votre unité ? Ou vous même ?
- Ce n'est pas trop notre genre, vous verrez. Au fait, vous vous y connaissez en rituel de magies noires?
- J'en possède énormément de connaissances théoriques mais je n'ai pas été confrontée à de telles choses directement, fit elle taisant ainsi ses connaissances des horcruxes.
- Vous allez devoir vous accrocher.
- Pour apprendre ?
- Pour voir.
Hermione n'eût nullement le temps de poser une question supplémentaire que les portes s'ouvrirent sur un couloir avec plusieurs portes, la première était simplement des commodités tandis que la seconde était le vestiaire des officiers. Il y avait également une porte indiquant des salles d'interrogatoires et même une salle d'archives, sans doute pour les dossiers en cours. Une porte à double battant au fond du couloir fut ouverte à leur arrivée donnant sur un gigantesque espace rempli des bureaux de l'unité. Il y a avait aussi au fond de cet espace un grand box fermé, sans doute en contreplaqué et aussi un bureau fermé avec des grandes fenêtres. Sur celui là figurait les mots : Capitaine A. MARTIN.
- Venez je vais vous présenter vos... collègues.
- On peut dire ça en effet.
Elle fut amenée à la première personne de l'équipe, une sorcière rousse assez jeune et petite.
- Voici Caroline Sargue, notre experte en poisons et potions.
- Mademoiselle Granger, enchantée de vous connaître. J'espère que nous ferons du bon travail.
- Moi de même.
Il l'emmena ensuite vers une autre femme, celle-ci était brune et arborait une quarantaine bien visible.
- Delphine Albin, notre légiste, accessoirement si vous vous blessez allez la voir.
- Légiste ?
- Oui, fit la concernée, je suis officier mais aussi diplômée en médicomagie, ce qui nous permet de faire immédiatement des constatations médico-légales et accélère les procédures.
- Je suis surprise du concept mais cela semble être une bonne idée.
- Je vous assure que c'est pratique, et votre spécialité?
- Ha... je...
- Décryptage et magie noire, fit le lieutenant.
- C'est vrai que nos postes ne doivent pas être équivalent. Contente de vous connaître.
Ils se dirigèrent vers le dernier des officiers, un homme plus âgé et marqué. Mais Hermione s'arrêta un instant.
- Oui? fit le lieutenant.
- Je ne pas réellement une spécialiste.
- Je le sais mais dites le. Ce sera plus simple. Le prochain est particulier.
- Alors c'est elle la rosbif ? fit l'homme bourru.
- Jean, un peu de respect, fit le lieutenant.
- Ouais... ouais.
- Je sais tu n'aimes pas qu'on te dise comment faire ton boulot. Voici Jean Carvert, notre... homme d'action et surtout celui qui possède le réseau d'indics le plus étendu de Paris.
- Enchantée Monsieur, navrée si ma présence vous gêne.
- Vous non... mais qu'on me prenne pour un amateur. Mériterait que je contacte mon délégué syndical .
- Mais oui mais oui, fit le lieutenant en la poussant légèrement.
Hermione fut emmenée devant la porte du capitaine mais avant de frapper Bertier désirait encore s'excuser.
- Désolé pour lui, ancienne école et assez paranoïaque.
- J'ai connu un Auror paranoïaque également, il a même été un de mes professeurs, "vigilance constante" était sa devise.
- Était ? Mes condoléances.
- Merci mais il est mort en faisant son métier donc je dirais heureux.
Le lieutenant frappa à la porte et fut invité à entrer. Hermione découvrit alors le capitaine, un homme âgé et à la barbe blanche, les cheveux en bataille. Elle entendit le lieutenant fermer la porte derrière elle.
- Mademoiselle Granger, je suis heureux de rencontrer une héroïne de guerre telle que vous.
- Merci, Capitaine, fit Hermione gênée.
- Nous vous attendions avec impatience. Il paraît que vous nous apportez quelques documents qui pourraient être utiles.
- Oui, les voici, fit Hermione en sortant les dossiers de son sac.
- Parf... Mais... C'est toujours crypté, fit il en regardant même Bertier.
- Ils sont cryptés avec brio, fit Hermione se justifiant, je tente toujours de comprendre moi même.
- Je vois, donc nous sommes sur le même point.
- Le Ministre Shacklbolt pense que je pourrais cependant être utile.
- Mes inspecteurs ont déjà du mal à résoudre cette affaire. Je comptais surtout sur ces documents et vos connaissances sur ce Severus Rogue. D'ailleurs qu'en est-il ?
- Selon le ministère, il aurait pû traquer des mages noirs ou des artéfacts ici même à Paris.
- Selon? Vous n'en êtes pas sûre ?
- La personne qui connaissait les tenants et aboutissants de cette affaire est également décédée récemment : Albus Dumbledore.
- Une terrible perte pour le monde sorcier. Et ils vous envoient vous?
- Ils espèrent que je pourrais me rendre utile.
- Et comment ? Tant que ces dossiers ne sont pas complétement décryptés nous ne sommes pas avancés.
- Je peux peut-être vous aider pour ces crimes, j'ai longuement étudié les rituels et la magie noire.
En réalité c'était surtout quand il s'agissait de trouver des données sur les horcruxes mais elle avait arpenté tellement d'ouvrages en long, en large et en travers qu'elle avait accumulé une bonne base de connaissances.
- Et puis, le Professeur Dumbledore n'avait pas hésité à me confier une mission d'une importance capitale pendant la guerre, convaincu que mon esprit de déduction serait efficace. Je peux vous aider. Même si je n'ai pas d'expérience à part la guerre ou même pas mes ASPIC, je saurai me montrer utile.
- Voilà ce que j'aime, une personne sûre d'elle et convaincue de ses capacités. Et les ASPIC vous savez c'est surfait. Ici le talent compte et les capacités personnelles. Pas vrai Bertier?
- Oui capitaine.
- Je vais faire photocopier ce dossier pour vous laisser l'original Mademoiselle Granger. En attendant, je vais vous montrer les cas qui nous occupent. Nous vous transmettrons des copies de l'affaire si vous voulez l'étudier dans votre logement. Avez vous déjeuné ?
- Oui, dans le train, fit Hermione étonnée de la question.
- Cela devrait aller.
Ils sortirent alors du bureau se dirigeant vers l'autre espace fermé. Elle crut entendre Jean Carvert marmonner quelque chose comme "elle ne sait pas ce qui l'attend". Ce qui ne la rassura guère. Et lorsqu'elle pénétra dans le "bureau" contenant les données de l'affaire, elle comprit le commentaire.
- Par Merlin...
Hermione avait vu des horreurs pendant la guerre et la bataille de Poudlard, vu des gens qu'elle connaissait mourir, des élèves gravement blessés mais c'était justement la guerre. Rien de bien surprenant en réalité mais là c'était différent. Le tueur était clairement un malade sadique et violent, adepte de la torture. Il y avait en tout cinq victimes, toutes différentes, qu'il s'agisse d'âge, de sexe, de couleur de peau,... loin du tueur en série habituel. Et le traitement que les victimes avaient subi était des plus horrible, selon les commentaires qu'elle lisait sur le tableau à côté de photos grande taille et colorisée : l'une d'elle avait été énucléée et, alors que c'est déjà horrible en soi, l'un des deux yeux avait été enfoncé dans la bouche et l'autre perforé et fiché dans le crâne, la seconde victime avait subi une découpe des tendons des jambes et des bras avant d'être montée en marionnette. Cela donnait un spectacle assez macabre sorti tout droit des visions de l'enfer de Dante. La troisième avait un texte gravé sur l'intégralité du corps et se répétant à l'infini: "OÙ". C'était surtout effrayant de se dire que ce tueur passait du temps avec ses victimes, beaucoup de temps. La quatrième victime était celle qui semblait avoir subi l'un des pires traitement à ses yeux: forcée à avaler des morceaux de son propre corps. Hermione tremblait déjà littéralement quand elle posa les yeux sur les photos de la dernière victime: tous ses organes lui avaient été retirés et montés en sculpture cauchemardesque... Hermione comprit alors l'allusion au déjeuner, elle aurait mangé après son arrivée, elle serait en train de vomir. C'était clair, il fallait arrêter ce malade et rapidement. Mais qu'avait pû decouvrir Rogue. C'était effrayant, elle n'était pas prête à cela, à affronter cela pas après son propre traumatisme; et soudain, ses jambes lâchèrent alors sous le choc...
