Chapitre 3 Un esprit de déduction remarquable
- 01 septembre 1998 - Logement de fonction d'Hermione Granger.
Hermione avait eu la veille énormément de mal à se remettre des images macabres sur lesquelles ses yeux s'étaient posés. Elle avait même fait un léger malaise sans aucun doute lié avant tout à son état de fatigue avancé. Le lieutenant Bertier s'était assez inquiété à ce sujet mais heureusement, la lieutenante Delphine Albin, la fameuse médicomage s'était assuré de son état et lui avait conseillé une bonne nuit de sommeil. Naturellement Hermione aurait préféré passer une bonne nuit mais les images de Bellatrix Lestrange, du "cadavre" d'Harry, du corps de Fred, de l'acte de Ron et désormais les images des victimes s'étaient succédées les unes aux autres, l'empêchant de profiter d'une bonne nuit. Alors qu'il n'était que deux heures du matin à peine, Hermione tenta de s'occuper en décorant son logement de fonction, installant des photos de ses parents, de ses amis et quelques souvenirs de Poudlard tel que son écharpe aux couleurs rouge et or si chères aux Gryffondor. Ensuite, prenant son courage à deux mains, elle reprit les photos des victimes cherchant progressivement des indices dans les logements ou sur les corps. Elle avait découvert un détail qui était déjà connu des autres enquêteurs : le cœur de chaque victime avait été dérobé et ne s'y trouvait plus, même pour le cadavre avec la sculpture morbide faite avec les organes. Le tueur semblait l'emmener, sans doute comme un trophée ou pour un rituel selon les notes. Forcément, un rituel de magie noire nécessitant un cœur était aussi courant qu'un plat en sauce dans la gastronomie française. Afin de se sortir un peu ces images effrayantes de sa tête, elle avait lu son livre préféré, l'Histoire de Poudlard, qu'elle connaissait quasiment par cœur désormais. Elle s'était même attardée sur la photo du professeur Dumbledore dans son bureau.
- Professeur, que nous avez vous caché avec le professeur Rogue? Je suis perdue...
Forcément, le professeur Dumbledore n'allait pas répondre se contentant de la regarder elle, ou tout autre lecteur, et son bureau avec tout ses souvenirs. Elle regarda ensuite ses photos qu'elle avait installé sur le mur, remarquant que Ron, sur une qui regroupait sa famille, baissait honteusement la tête. Un détail qui la fit sourire sachant que ce gros hypocrite ne semblait pas réellement si honteux que ça en réalité. Elle regardait également l'horloge qui mettait énormément de temps à faire défiler les heures. Il était six heures trente quand elle entendit du bruit dans le logement d'à côté, le lieutenant Bertier devant sans doute se lever de bonne heure sachant qu'ils prendraient leurs services vers neuf heures. Elle décida de frapper à la porte communicante. Elle entendit bêtement Bertier ouvrir la porte d'entrée avant de refrapper.
- Granger?
- Oui... fit elle à travers la porte.
- Passez le bracelet devant la poignée, je ne peux ouvrir de mon côté.
- Oh d'accord, vous êtes présentable ?
- Euh oui, fit il visiblement en baillant.
Elle vérifia sa propre tenue: un pyjama noir et un peignoir rouge. Elle passa son bracelet devant la poignée comme stipulé et entendit le cliquetis caractéristique du déverrouillage de la porte. Elle l'ouvrit alors.
- Bonjour lieutenant.
- Bonjour Mademoiselle Granger.
Elle fut étonnée de sa tenue, un pantalon noir et un t-shirt de l'équipe française de football moldue.
" Ha oui... ils sont devenus champions du monde cet été... Il aime un sport moldu?"
Elle remarqua aussi que sur la table basse de sa partie du logement, se trouvait une bouteille de Whisky Pur Feu grandement entamée.
- Fan de football ?
- La situation a fait que oui.
- Entrez...
Il passa la porte et avisa le capharnaüm sur la table de la salle à manger et de la table basse du salon où toutes les photos et les rapports avaient été étalés.
- Vous ne deviez pas dormir ?
- Je n'y suis pas arrivée. Trop de choses en tête.
- L'affaire ? Ou autre chose ?
- Les deux mais majoritairement autre chose.
Il ne posa aucune question, n'ignorant pas qu'elle avait passé une année dans un pays en guerre. Il s'assit en bâillant dans son canapé. Il regarda alors avec curiosité l'histoire de Poudlard posé négligemment sur la table basse.
- Nostalgique ?
- Oui... Café ?
- Volontiers, j'en ai besoin.
Elle lui servit une tasse et en prit une également le rejoignant sur le canapé.
- Vous avez trouvé quelque chose ?
- Un détail peut-être sans importance mais la victime aux tendons sanctionnés a éveillé mes soupçons.
- La marionnette ? En quoi?
Elle fut surprise qu'il puisse parler aussi aisément de la mise en scène même si il avait dû en voir d'autres.
- Cette femme, Sandrine Duchemin, dans son appartement je vois que le lieutenant Carvert a notifié la présence de nombreuses potions contraceptives et de protections. Avez vous envisagé qu'elle soit euh...
- Une travailleuse du sexe?
- Voilà, fit Hermione gênée du sujet.
- Effectivement, spécialisée dans le sadomasochisme précisément.
- Ha...
- Nous avons mis un peu de temps à remonter cette piste mais elle ne disposait pas d'une liste précise de clients.
- Bon...
- Trois jours.
- Pardon?
- Trois jours pour étudier cette possibilité, que vous avez trouvée en une nuit.
- Pourquoi avoir mis trois jours ?
- Nous pensions simplement à une femme libre, elle possédait un coffre à Gringott sous un faux nom, la quantité de bezants nous a permis de faire ce lien.
- Bezants?
- La monnaie sorcière de France. On vous a si peu briefée?
- Oui, je n'ai que quelques gallions avec moi, on m'avait dit...
- Que nous pourvoirons à vos besoins ? Je comprends mieux. Était ce un départ précipité?
- Un peu en effet, je n'ai eu que deux jours pour m'y préparer.
- Deux jours ? fit-il surpris. Compliqué en effet.
Elle s'installa alors plus au fond du canapé en buvant son café. Réfléchissant à d'autres idées qu'elle avait eues. Elle regarda le lieutenant Bertier qui s'était dirigé vers l'histoire de Poudlard.
- Puis-je ?
- Allez y.
- C'est drôle, il existe le même ouvrage pour Beauxbâtons.
- Je pense qu'ils ont dû faire de même pour toutes les écoles.
- Sans doute.
Hermione soupira alors... Poudlard lui manquait déjà.
- Qu'y a t'il ?
- Je me disais que normalement je serai en train de me préparer pour rejoindre King's Cross.
- King's Cross ?
- Oui pour prendre le train pour Poudlard.
- Vous vous y rendez en train ?
- Oui, par la voie neuf trois-quarts, une barrière magique qui nous mène au Poudlard Express, le seul moyen de s'y rendre pour les élèves, en théorie.
- En théorie ?
- Oui, deux de mes amis ont réalisé un petit exploit pour s'y rendre.
Au vu de l'intérêt de Bertier pour cette histoire, elle raconta avec moultes détails la mésaventure de la Ford Anglia, du Saule Cogneur, et de Dobby.
- Et c'était donc à cause de cet elfe de maison qui voulait à l'origine protéger Harry.
- Le fameux Harry Potter donc.
- Voilà.
- J'ai du mal à croire qu'une personne comme vous aie pu devenir amies avec des élèves si peu réfléchi.
- Pardon? Je ne vous permet pas.
- Ce n'était pas une critique, mais vous me semblez posée et réfléchie justement. Alors qu'ils ne semblent même pas avoir pensé à envoyer un hibou en urgence.
Elle écarquilla les yeux, il avait eu la même réflexion que le professeur McGonagall et qu'elle-même en fait. Plus réfléchi c'est sûr. Et plus discret que la Ford Anglia.
- Oui... nous n'étions pas tout à fait amis lors de notre première année, pas avant Halloween en fait.
- Comment est-ce arrivé ?
- En fait, je m'étais réfugiée dans les toilettes parce que Ron avait dit que j'étais un cauchemar comme fille. J'étais trop prétentieuse et intellectuelle selon lui, toujours plongée dans mes livres et à donner les bonnes réponses en classe comme une grosse tête. Et un troll a débarqué mais Harry et Ron sont venus me sauver. J'ai menti pour les couvrir et nous sommes devenus amis...
Évoquer Ron et ce souvenir fit couler une larme qu'elle essuya du revers de sa manche, le lieutenant semblait l'avoir remarqué et ignora cependant ce geste, elle lui en était reconnaissante pour cela d'ailleurs, elle ne désirait pas parler de sa relation avec Ron.
- Vouloir être bon élève et prouver ses capacités attirent toujours les critiques, j'ai vécu un peu pareil.
- Ha bon?
- Oui, je préférai lire que de faire des bêtises, même pendant le voyage en carrosse.
- En carrosse ?
- Oui, en fait dans toutes les grandes gares françaises comme à Madrid, Lisbonne ou Bruxelles d'ailleurs, il existe un espace caché, un petit portail menant à des souterrains, au fond de ceux-ci se trouvent des carrosses tirés par des Abraxans, et qui nous emmènent discrètement dans le château grâce à des sortilèges de désillusion.
- Vous avez dit Madrid , Lisbonne et Bruxelles ? Beauxbâtons acceuille d'autres élèves que des français ?
- Oui, Beauxbâtons accueille en majorité de jeunes sorciers français, mais également des espagnols, des portugais, des néerlandais, des luxembourgeois et des belges. Je crois que nos effectifs sont plus nombreux que les autres écoles.
- Intéressant.
Hermione mourrait en réalité d'envie de poser des tonnes de questions sur cette école qu'elle ne connaissait qu'à peine désireuse de découvrir comment ils étaient répartis, leurs cours, les spécificités,... Mais elle préférait en garder pour plus tard, peut-être reparleraient-ils de leurs écoles respectives d'autres jours.
- Mais vous êtes resté solitaire ou pas? demanda-t-elle en finissant son café.
- Non, fit il en souriant, rassurez vous. Et ils étaient nombreux mais je n'ai plus de contact avec eux. Elle me manque un peu cette bande, dit il avec nostalgie.
- Une grande bande? fit elle intéressée à le voir nostalgique.
- Quelques uns: Étienne, Marie, Gustave, Fleur, Damien, Camille... euh qui il y avait encore ?
- Fleur? fit elle surprise et se redressant. Fleur Delacour?
- Oui pourquoi ?
- Vous étiez de la même année que Fleur?
- Oui..., fit il hésitant ne voyant pas où elle voulait en venir. Vous la connaissez ?
- Déjà parce qu'elle était la championne de Beauxbâtons mais aussi parce qu'elle a épousé un de mes amis. Attendez.
Elle fila dans sa chambre cherchant une photo du mariage de Fleur et Bill. Elle en trouva une de toute la famille et la ramena.
- Ha oui... elle est toujours aussi belle.
- Vous aviez un faible pour Fleur ? dit-elle amusée.
- Tous les garçons avaient un faible pour Fleur.
- Le côté Vélane je suppose.
- Vous êtes au courant. Puis je demander quelque chose ?
- Oui allez y.
- Qu'est-ce-qu'il est arrivé à son mari?
- Ho Bill a été attaqué par un loup-garou.
- D'accord...
- Cette photo a quelque chose de notable... c'est ce jour là que le ministère est tombé... le début de la guerre.
- Navré, je ne voulais pas vous rappeler de mauvais souvenirs.
- Ce n'est rien, fit elle soudain pensive.
- Qu'y a t'il ?
- Je ne me souviens pas de vous.
Hermione cherchait effectivement dans sa mémoire, cette année là elle était certes préoccupée par la survie d'Harry et un peu honteusement par Viktor, premiers émois d'adolescente obligent. Mais elle ne se souvenait pas du tout de Luc Bertier.
- Pardon ?
- Vous étiez de la délégation de Beauxbâtons si vous étiez de la même année.
- Ha je comprends votre erreur Mademoiselle Granger mais en fait non.
- Pourquoi ? Si ce n'est pas indiscret...
- J'ai quitté Beauxbâtons en sixième, juste après mes BUSE.
Elle se souvenait de cette conversation avec Fleur, les BUSE de Beauxbâtons avaient lieux en sixième et non en cinquième comme à Poudlard.
- Envie d'autres choses?
- Recruté par l'UMEC.
- Si jeune?
- Oui, ils cherchaient des sorciers talentueux pour infiltrer un groupe criminel qui regroupait des sorciers usant de baguettes rares et spécialisés en métamorphose.
- Votre baguette est rare?
- Chêne blanc et crin d'abraxan. Très efficace pour les métamorphoses. D'où ma fonction dans l'unité.
- Je ne la connais pas en fait.
- Je ne vous l'avais pas dite? Je suis spécialisé en filature et infiltration. Un véritable don pour la métamorphose.
- Ha oui?
Hermione le vit sortir sa baguette, qu'elle n'avait pas remarquée d'ailleurs, mais que sa fonction devait obliger à toujours la porter et faire un mouvement circulaire de celui-ci avant de disparaitre. Ce n'était pas du tout un sortilège de désillusion, mais bien de mimétisme lui permettant de prendre l'apparence du décor, un niveau bien supérieur et nécessitant une concentration continuellement au maximum.
- Je comprends mieux, fit elle en le voyant réapparaître. Impressionnant.
- Merci.
- Donc vous n'avez jamais fini vos études Lieutenant Bertier?
- Non je suis resté dans l'unité, j'avais fait mes preuves. Vous pouvez m'appeler Luc, je préfère.
- Si vous voulez.
- Quand le capitaine aura hurlé suffisamment fort votre nom de famille pour vous donner envie de démissioner, vous aussi demanderez à tout le monde de vous appeler par votre prénom.
- Appelez moi Hermione alors, étant donné que nous allons enquêter ensemble.
- Je vais essayer. D'ailleurs vous n'avez aucun appriori à enquêter sur le terrain ?
- Si c'est avec vous...
- Pardon?
- Oui, je n'ai aucune formation de police. Je suis obligée d'être accompagnée par quelqu'un de compétent.
- C'est évident, de toute façon nous allons sur le terrain par binôme.
- Avec moi l'unité sera de cinq membres...
- Ça ne pose aucun problème, les binômes ne sont pas toujours les mêmes.
Hermione fut rassurée, au moins ce genre de situation était prévue, elle ne connaissait en effet aucune procédure judiciaire et avait peur de faire des erreurs qui pourraient empêcher une condamnation. En tant que née moldue, elle savait que la justice pouvait poser problème si les procédures n'étaient pas respectées. Imaginer sur ce tueur soit libéré suite à une de ses erreurs l'effrayait.
- Luc?
- Oui?
- Comment faîtes vous?
- Quoi donc?
- Réussir à vivre avec ce que vous voyez? J'ai eu dû mal à oublier les photos de scène de crimes et...
- Des images de la guerre chez vous?
- Entre autres.
Il la regarda surprise et Hermione se dit qu'il devait réfléchir à tout ce qu'elle avait peut-être vécu en temps de guerre. Mais préféra continuer à répondre.
- En fait ce n'est jamais simple, je n'ai que quelques années de métier mais certaines images vous hantent...
- Quel genre?
- Les enfants, quand ce sont eux les victimes, c'est plus compliqué. Plus marquant... On se dit quand des connaissances ont des enfants, que ces pauvres gosses pourraient aussi devenir des victimes.
Hermione le regarda un peu pensive, il n'était pas difficile de croire en cela, il devait voir des choses horribles dans son métier et plus encore sachant sans doute les raisons. Il suffisait de voir les victimes de cette affaire.
- Et on compense... comme on peut.
Hermione n'eût aucun mal à imaginer qu'il devait parler de la bouteille de Whisky Pur Feu, sans doute pour mieux trouver le sommeil.
- Votre vision de l'humanité doit être particulière.
- Assez oui, je la vois comme les serpents.
- Les serpents?
- Oui, on ne sait jamais quel genre de venin ils vont nous injecter. Toujours de pire en pire même.
- Je comprends la métaphore... une seconde...
Quelque chose se mit en place dans le cerveau d'Hermione. Précisément une chose qu'elle n'avait pas encore essayé de comprendre, et qui pourtant était la raison de sa présence. Elle se leva brusquement et fonça vers la table de la salle à manger cherchant nerveusement ce qu'elle voulait.
- Hermione, vous allez bien?... Hermione...
- Oui une seconde,... C'est quelle victime qui était en contact avec le professeur ?
- Le professeur ?
- Pardon... Severus Rogue.
- Euh voyons, Martin Godard, soixante cinq ans et c'est...
- Le scarifié?
- Oui pourquoi ?
- Je devrais poser une question à votre collègue légiste mais je me demandais pourquoi prendre autant de temps...
Elle le regardait les yeux brillants, le même regard qu'elle avait toujours eu quand elle trouvait une piste dans les livres à Poudlard.
- N'essayez pas d'entrer dans un esprit aussi désaxé.
- Si justement...
- À part pour assouvir un désir profondément sadique je ne vois pas.
- Dissimuler quelque chose... Allez vous habiller.
- Quoi?
- Nous devons aller au bureau, j'ai une idée sur quel cas enquêter plus précisément.
- Celui en contact avec Severus Rogue? Mais on ne sait pas pourquoi, il avait juste une lettre avec son nom.
- Il cachait bien plus... Luc?
- Oui?
- Vous êtes un génie...
Vu sa tête, il ne comprenait pas pourquoi mais Hermione avait réellement une piste à étudier, elle dû un peu le renvoyer dans sa partie du logement avant de filer se préparer.
- Bureau de la section d'enquête -
Hermione s'agitait nerveusement dans le bureau, installant diverses photos du dossier, écrivant sur un tableau, réfléchissant en marmonnant. Elle avait pressé le lieutenant Bertier pendant un sacré moment. Elle l'avait tellement pressé qu'en réalité qu'ils étaient arrivés une heure en avance. Elle continuait de réfléchir, feuilletant sans cesse les notes de Rogue en plus. Elle entendait les officiers arriver les uns après les autres et saisissait à peine leurs propos.
- Il se passe quoi ici? fit Coralie Sargue la potionniste.
- Ben en fait, elle a compris quelque chose mais elle est comme ça depuis, comme possédée.
- C'est intéressant à voir, fit Delphine Albin, la médicomage.
- Ouais plutôt... et épuisant aussi.
- D'ailleurs, tu sais si elle s'est reposée.
- J'ai pas l'impression...
- Oulala elle vire barjot la rosbif, fit Jean Carvert.
- Jean, commence pas, fit Delphine.
Hermione se retourna alors faisant sursauter tout le monde.
- Luc, vous pourriez me ramener un autre tableau ?
- Un instant, fit il en sortant sa baguette et en en faisant apparaître un.
- Merci. Au fait Delphine ? Je peux vous appeler Delphine ?
- Oui oui.
- Vous vous souvenez parfaitement des autopsies?
- J'ai une excellente mémoire. Pourquoi ?
- Pour après.
- D'accord...
Hermione retourna alors à son tableau et commença à retranscrire les symboles sur les notes marmonnant.
- Ça se peut... ou pas... celui-ci peut-être... non.
- Hermione ? Hermione ?
- Oui Luc?
- Vous ne voudriez pas vous asseoir ?
- Pas le temps... Jean?
- Ouais, fit l'homme bourru. Quoi?
- Luc m'a dit que vous aviez beaucoup d'indics.
- C'est le cas oui...
- Dans tous les milieux ?
- Plus ou moins... pourquoi?
- Pour après.
C'était devenu sa réponse fétiche, aucun d'eux n'était au courant du raisonnement. Et ils espéraient que le chef se dépêche pour savoir. Mais ils essayaient tous de comprendre en regardant les tableaux supposément finis mais Hermione les dérangeait sans cesse.
- Pardon, pardon... celui-ci ici...
Elle intervertissait les photos sans cesse. Posant même une photo de Severus Rogue. Enfin le capitaine arriva et vit l'effervescence de la jeune sorcière.
- Capitaine Martin, j'ai peut-être trouvé le lien, fit Hermione.
- En une nuit? Vous êtes sûre ?
- Non bien sûr mais... c'est une idée. Installez vous.
Le capitaine rejoignit ses hommes et s'adressa avant tout à Luc.
- Elle est folle ou...
- Je me demande.
- Humhum...
Hermione quémandait le silence. Même auprès du Capitaine avant de s'adresser à celui-ci.
- Je suis navrée d'avoir demandé à ce que Luc vous appelle plus tôt mais c'est important.
- Vous avez décrypté le texte?
- Pas du tout.
- Je vous demande pardon.
- Je n'ai pas décrypté le texte mais j'ai peut-être trouvé le lien. Ou une idée.
- Bon bon... expliquez nous clairement et en vous calmant s'il-vous-plait.
Hermione prit une grande inspiration et commença son exposé par son point de départ.
- Ce matin je discutais avec Luc, le lieutenant Bertier pardon...
- Oubliez le cérémonial, usez des prénoms Granger, fit le capitaine.
Elle comprit alors la phrase du matin, il avait une façon piquante de dire les noms de famille.
- Bon... Luc m'a dit une chose, qu'il voyait les criminels comme des serpents.
- Hein? fit Coralie. Je comprends pas...
- Oui bien-sûr... J'ai remarqué depuis le départ que dans les notes de Severus Rogue, le symbole du serpent apparaissait souvent.
Hermione attendait un instant, préparant son effet.
- Vous qui êtes tous officiers de police, qu'est-ce-qui se répète le plus dans un rapport ?
Luc leva la alors la main.
- Le nom de la victime ou du suspect. Voir d'un témoin.
- Tout à fait, fit Hermione sur le ton d'un professeur de Poudlard prêt à donner des points à une maison.
Hermione ignora cependant totalement le commentaire de Jean qui parlait de fayotage et reprit :
- Et justement le serpent se répète. Souvent, trop souvent en fait. Delphine ?
- Oui?
- Durant l'autopsie de Martin Godard, vous avez annoté à la douzième ligne de la troisième page que...
- Une seconde, fit celle-ci en attrapant son rapport, oui je l'ai.
- Vous avez annoté qu'aucun de vos sortilèges médico-légaux ne vous permettait de refermer les plaies.
- Je confirme.
- Cela vous est il déjà arrivé ?
- Parfois, avec des armes enchantées, c'est rare mais ça peut arriver surtout dans le milieu de la magie noire.
- Le tueur a-t-il utilisé le même type de lame sur une autre victime ?
- Non pas du tout. Maintenant que vous le dites Granger.
- Hermione ce sera parfait. Quelqu'un conclue-t-il quelque-chose ?
Hermione adorait exposer ses déductions, elle trouvait cela grisant que des gens puissent partager sa façon de réfléchir. Coralie leva la main.
- Deux tueurs ?
- Possible mais je pensais à autre chose.
- Dissimuler précisément quelque chose sur le corps de cette victime précise, fit Jean finalement impressionné.
- Merci Jean, c'est cela.
- Mais cacher quoi exactement ? demanda le capitaine.
Hermione déplaça le tableau avec les notes et plaça celui avec les photos du corps de Godard et plus précisément celle du bras.
- Vous voyez?
- Que devons nous voir ? demanda Luc.
Hermione les regarda surprise puis se rendit compte du conflit culturel et saisit un feutre noir se mettant progressivement à noircir le bras sur les photos.
- J'espère qu'il s'agit de copie, fit le capitaine.
- Ce sont des copies, fit Hermione noircissant encore.
Peu à peu, elle dessinait cette forme qu'elle avait vue pour la première fois l'été précédent sa quatrième année, et elle faisait partie de certains de ses cauchemars, trônant haut dans le ciel le soir de la mort d'Albus Dumbledore, ou encore sur le bras de son bourreau... Cette forme singulière qui apparaissait, celle d'un serpent sortant de la bouche d'un crâne. Elle s'écarta du tableau.
- Ceci est la Marque des Ténèbres, ici je pense que cela ne doit pas signifier grand chose mais en Angleterre il s'agit de la marque de Voldemort. Ceux qui arborent ce tatouage sont des mangemorts.
- Donc ce tueur a buté un mage noir? Filez lui une médaille, fit Jean.
- Carvert, la ferme, fit le Capitaine. Granger, où voulez-vous en venir?
- Je pense que ce Martin Godard avait été un mangemort tout comme Severus Rogue, peut-être tout les deux des repentis pour être restés en contact. Si ce tueur a cherché à dissimuler ce tatouage c'était peut-être pour éviter que vous ne remontiez l'information à mon ministère. Alors j'ai réfléchi. Si le serpent dans les différents rapports de Severus Rogue indique la personne de Martin Godard, il y a peut-être être un symbole qui...
- Indique quelqu'un d'autre, fit Coralie.
- Exactement, et Luc m'ayant spécifié que la victime Sandrine Duchemin était une... travailleuse du sexe dans le sadomasochisme, j'ai remarqué qu'un dessin de fouet apparaissait aussi également souvent.
Hermione indiqua alors les différentes pages où ce symbole apparaissait et il y en avait presque autant que de serpents.
- Je sais, c'est mince et ce sont des spéculations mais ils se connaissaient. Les victimes malgré l'étrange absence de liens se connaissaient.
Hermione vit alors Luc lever la main pour poser une question.
- Navré de vous stopper dans votre joie Hermione, mais autant au vu de l'âge de Duchemin qui devait approcher la vingtaine il y a quinze ans quand votre Severus Rogue est venu ici cela fonctionne, mais l'avant dernière victime avait vingt ans. Je ne comprends pas comment le lien se créerait.
- Je sais qu'Isabelle Le Blanc ne correspond pas trop à ce que je disais mais on peut peut-être chercher au moins un lien entre les autres. Et comme nous savons que Godard était un mangemort.
- Il est loin de la victime ordinaire, fit Jean comprenant que ses contact plus louches servirait.
Hermione regardait le capitaine avec appréhension, elle espérait réellement avoir fait bonne impression et avoir donné des pistes utiles. Lorsqu'elle le vit se lever, elle se figea attendant le verdict.
- Granger, vous avez un sacré esprit de déduction. Juste par rapport à ce tatouage.
- En fait, je... je ne comprenais pas en quoi le professeur Rogue et ce Godard pouvait être en contact. À part les professeurs et les mangemorts qu'il infiltrait, il ne voyait pas grand monde. Comment aurait-il pu rencontrer un simple petit poète ici à Paris? Et ce n'était sûrement pas le genre à être féru de poésie. Mais je sais que ça ne signifie peut-être rien, et le symbole également mais je me demandais... non rien.
- Allez y Granger.
- Si l'unité pouvait avoir une copie des dossiers de Rogue, ils trouveraient peut-être les symboles correspondant aux autres victimes si il y a un lien bien-sûr.
- Je pense que cela peut se faire et d'ailleurs vous allez tous vous y mettre, fit le Capitaine.
Hermione était contente qu'on suive ses idées mais cependant ce ne serait pas simple.
- Ne soyez pas trop efficace Hermione, lui fit Luc tout bas.
- Quoi?
- Vous risqueriez de me piquer ma place, dit il avec un sourire.
Elle sourit alors comprenant que sa critique constructive sur la victime qui avait dévoré ses propres membres était fondée uniquement sur le principe de contradiction nécessaire à une enquête. Elle commençait à apprécier cet endroit de plus en plus. Des gens capables de suivre son raisonnement, c'était sûr, cela la changeait de ses habitudes.
Les jours qui suivirent furent bien moins gratifiant pour elle, Hermione découvrant par cette occasion que la majorité du travail d'enquêteur était un travail de recherches. En effet, l'unité épluchait fichier après fichier sur tout ce qui concernait les scènes de crimes des trois victimes qui n'avaient aucune famille : Godard, Duchemin et Abdel Elraoui, la première victime, celle énucléée plus exactement. Isabelle Leblanc et Maxime Martel, la victime à la sculpture macabre, ayant des proches, ils devraient les interroger au préalable. Mais ce qui rendait cette tâche, surnommée à juste titre "job de couillons" par Jean Carvert, compliquée était qu'Hermione y était encore cantonnée n'ayant pas réellement le droit d'enquêter sur le terrain. D'ailleurs le fait que le lieutenant Carbert l'appelait constamment la rosbif commençait à lui taper sur les nerfs.
Cependant, ce cantonnement aux bureaux permis à Hermione de sympathiser avec l'effectif féminin de l'unité. En effet, Coralie lui fit la démonstration de potions dites d'enquêtes, révélant empreintes physiques et magiques, l'usage de drogue ou de sortilèges plus sombres. Hermione avait découvert avec beaucoup de bonheur que les enquêteurs français n'hésitaient aucunement à convertir du mieux qu'ils pouvaient les techniques d'investigations moldues. C'était étonnant qu'il y aie autant de différences culturelles, là où les britanniques semblaient reposer sur leurs acquis magiques, les français semblaient préférer évoluer conjointement avec leurs homologues moldus.
L'apprentissage le plus intéressant à ses yeux fut celui que lui procurait Delphine qui n'hésitait jamais à l'abreuver de ses connaissances médico-légales et même à lui faire la démonstration de certains sorts dont le plus récemment développé: le "Nucleïco" qui imitait avec brio et beaucoup plus d'efficacité la comparaison ADN des moldus. Il suffisait en effet de jeter ce sortilège sur un prélèvement placé près d'un autre ou d'un suspect pour que ce sortilège indique qu'il s'agisse de la même personne. Naturellement Hermione avait essayé de le lancer également devant la mine amusée de Delphine mais avec encore une efficacité assez discutable.
Cependant, ses soirées étaient devenues un peu différentes, le lieutenant Luc Bertier enquêtant parfois sur le terrain jusque tard la nuit, obligeant ses collègues à rester avec elle dans son logement jusque son retour. Mais elle discutait quand même avec lui sur les différences entre la France et l'Angleterre mais surtout du point de vue moldu. Hermione trépignait cependant d'impatience de réaborder les différences entre Poudlard et Beauxbâtons, espérant encore découvrir des choses nouvelles.
Elle avait également pris le temps d'envoyer quelques courriers à ses parents et ses amis restés en Angleterre.
