Chapitre 4 : Premiers pas sur le terrain

- 10 septembre 1998 - Bureau de l'unité

Hermione était prête à cette nouvelle journée de travail même si elle risquait encore de se résumer bêtement à farfouiller des dossiers. Ce matin-là, elle avait trouvé que le lieutenant Luc Bertier avait une mine épouvantable sans doute liée au fait que les pistes ne menaient nulle-part. D'ailleurs elle ne l'avait pas vu depuis la veille au petit matin. C'était Coralie qui avait passé la soirée avec elle devant un petit repas préparé avec attention par Fanny, l'elfe de maison qui était assez sympathique pour abreuver Hermione d'informations sur le traitement des elfes de maisons en France. De même, elle avait sympathisé avec Samir, l'officier en faction près de l'ascenseur, apprenant que c'était à sa fille que le lieutenant Bertier avait offert un cadeau: des crayons magiques qui permettaient de jouer à des devinettes liées à des dessins, une version sorcier du célèbre Pictionary.

Le reste de l'équipe était déjà présente et elle les salua alors avec empressement, les femmes de l'unité lui faisant allègrement la bise sur la joue dans un geste d'une sympathie énorme, symbole de la chaleur française. Elle enlevait à peine sa veste, qu'elle arborait au-dessus d'un chandail rouge et d'un jean, l'unité lui ayant conseillé de venir travailler à l'aise plutôt qu'en tailleur; quand dans sa mansuétude habituelle, le Capitaine Martin hurla.

- GRANGER, BERTIER , dans mon bureau illico !!!

Hermione n'était pas très rassurée de ce genre de chose mais Luc Bertier était du genre à la rassurer par son humour à part.

- Quelle douceur de bon matin, c'est tellement agréable.

- Je comprends mieux l'usage des prénoms... C'est effrayant.

- Et encore, il a l'air de bonne humeur.

- C'était de la bonne humeur ? Ça ?

- En général, si c'est mauvais il accentue d'un " magnez vos fesses" ou d'une autre expression fleurie bien sentie.

- C'est noté, fit Hermione rassurée si l'on peut dire.

Ils se dirigèrent vers le bureau et Bertier referma la porte.

- Assis.

Hermione avait fini par comprendre que ce capitaine aimait aller droit au but quitte à faire fi des convenances mais donnant quand même l'impression d'être maître chien dans une unité canine.

- Alors j'ai des nouvelles de votre ministère Granger.

- Ha oui ?

- Oui, ils nous autorisent à vous envoyer sur le terrain.

- C'est vrai? demanda Hermione avec joie à l'idée de quitter enfin ce bureau.

- Oui, ce qui vous permettra aussi de sortir découvrir Paris dans vos moments libres.

- J'en suis contente.

- Mais il y a des conditions. Pour vos sorties personnelles vous verrez avec Bertier.

- J'ai un salaire supplémentaire pour guide touristique ?

- Vous aurez surtout une retenue sur salaire à la prochaine question stupide.

Hermione sourit discrètement, le chef n'ayant aucun humour et ça, elle l'avait déjà bien compris.

- Granger, vous allez recevoir un équipement en dotation parmis la police mais devrez obligatoirement être placée en second.

- En second?

- Oui, si le lieutenant qui vous accompagne vous donne un ordre vous lui obéissez. Sauf cas de danger extrême bien évidemment. Mais si il vous dit d'attendre vous attendez, il vous dit de le suivre, vous agissez comme son ombre. Il vous dit de ne pas respirer vous retenez votre respiration jusque la mort, suis-je clair?

- Oui... très clair, fit Hermione inquiète.

- J'ai fait des pieds et des mains pour obtenir cela, Bertier avait insisté sur le fait que vous transformer en rat savant était une mauvaise façon de travailler.

- Ha bon? fit elle en le regardant.

- Oui alors ne prenez pas de risques inutiles. Autant éviter les incidents diplomatiques. Et personnellement j'ajouterai que vous allez même pouvoir participer aux interrogatoires au cas où vous auriez une illumination comme la dernière fois.

- Merci Capitaine de la confiance que vous m'accordez.

Le capitaine regarda alors Hermione et Luc l'un après l'autre. Puis soupirant s'adressa à eux:

- Vous attendez quoi? Une invitation au bal du préfet? Virez vos fesses de mon bureau.

Les deux agents accrédités désormais, sortirent alors du bureau. Une question brûlait les lèvres d'Hermione cependant et elle n'hésita pas à la poser à Bertier.

- Luc? Pourquoi cette demande ?

- Pour vous éviter la folie... Arpenter des données criminelles ne va pas vous égayer les pensées. Bon enquêter non plus mais vous pourrez au moins prendre l'air et faire autre chose que passer de votre logement au bureau.

- Merci de l'attention.

- Et puis votre cerveau est efficace.

- Ha oui ?

- Nous enquêtons selon nos habitudes, vous réfléchissez autrement.

Soudain les sortant de leur conversation, Jean et son tact habituel posa une question gênante.

- Le capitaine s'est coincé une couille ou quoi?

- Rien de tout ça, Hermione nous rejoint sur le terrain.

- Ça c'est cool, fit Coralie.

- D'ailleurs tu t'occupes d'elle?

- Oui, en route.

Hermione suivit donc Coralie jusque dans le vestiaire de l'unité. Au fil des jours elle avait appris à connaître la jeune femme développant un début d'amitié facilité par le jeune âge de la jeune femme qui arborait vingt-trois ans, étant le second membre de l'unité la plus jeune après Luc Bertier qui, scolarisé la même année que Fleur Delacour, devait avoir vingt-et-un ans selon l'estimation d'Hermione. Naturellement le tutoiement était devenu plus facile entre les deux jeunes femmes.

- Coralie, en quoi tu dois t'occuper de moi?

- Pour t'équiper, allez déshabille toi.

- Pardon?

- Le haut seulement, fit elle avec un clin d'œil, c'est pour ça que Luc me l'a demandé. Il allait pas te reluquer quand même. Flic mais gentleman.

Hermione n'osait pas trop enlever son chandail, sachant très bien ce qu'il y avait dessous.

- Hermione, me dis pas que t'es à poil dessous?

- Hein? Mais non... c'est que...

- Me dis pas non plus que t'es complexée. Allez te fais pas prier bon sang.

Hermione se mordilla la lèvre inférieure et glissa ses mains lentement vers l'ourlet du chandail avant de le faire passer par dessus sa tête, se retrouvant en soutien-gorge blanc des plus basique mais tentant de dissimuler au maximum ses cicatrices, cadeaux de Bellatrix Lestrange, et surtout son bras...

- Merlin Hermione... Je savais pas, je suis désolée...

- C'est horrible n'est-ce pas?

C'était la première fois que quelqu'un pouvait voir l'intégralité de ses blessures à part bien évidemment les gens qui l'avaient soignée, c'est-à-dire Fleur et Madame Pomfresh.

- Hermione... tu as été torturée ? fit celle-ci choquée et inquiète.

- Oui, une mangemort qui s'appelait Bellatrix Lestrange.

- Et sur ton bras ?

Hermione leva le bras, montrant la marque si durement incrustée lui rappelant le statut qu'elle aurait arboré si Voldemort avait gagné : "Sang de bourbe".

- Elle l'a fait avec une lame enchantée. Cela ne pourra jamais disparaître.

- Tu as vu quelqu'un ?

- Les médicomages ne peuvent rien y faire...

- Je parlais de psychomage, ça fait du bien de parler.

- Pour dire quoi ? Oui j'en fait des cauchemars mais cette marque me le rappelera toujours, fit Hermione au bord des larmes. Pour eux je n'étais rien... une moins que rien même.

Hermione parlait réellement de cela pour la première fois. Elle fut surprise d'être prise dans les bras de Coralie. Et elle en profita pour pleurer un peu.

- Tu pourrais... garder ça pour toi? demanda Hermione.

- Pas de problème. Mais tu n'as pas à avoir honte, tu as obtenu cette trace, horrible bien sûr, pour tes convictions. Et ça c'est différent...

- Des convictions...

Coralie déboutonna son jean, le faisant glisser au sol.

- Qu'est-ce que tu..., commença Hermione avant de se figer.

Coralie arborait une horrible blessure sur sa cuisse gauche, comme si sa peau avait fondu.

- L'année dernière, expliqua-t-elle, je me suis faite piéger lors d'une enquête de voisinage, j'étais tombée sur le tueur. Jean était dans d'autres logements d'une cité hors du périphérique. Cet homme m'a lancé un sortilège acide j'ai bien morflé.

- Coralie c'est...

- Horrible ? Je sais. Au début même devant Damien, je n'osais plus me mettre nue... c'est mon petit ami.

- Je comprends, je ne me suis jamais montrée devant mon ex, dit Hermione.

Naturellement ce n'était pas la seule raison mais Coralie n'avait pas foncièrement besoin de le savoir.

- Même durant nos ébats, c'était dans le noir, et je ne voulais pas qu'il me touche la jambe... Petit à petit, cela a changé. Maintenant ça ne me gêne plus.

- Cela t'a pris longtemps ?

- Pas mal, mais il était compréhensif, fit elle en remontant son jean. Tu as subi cela durant la guerre, je sais que ce n'est pas la même chose. Mais dans cette unité nous affrontons des mages noirs, nous portons fièrement nos cicatrices car grâce à nous ces fils de putes croupissent à Rochepourpoint.

- Rochepourpoint?

- La prison pour sorciers, dans les catacombes de Paris, chez vous c'est Hassequabanne je crois...

- Azkaban, fit Hermione la corrigeant sur la prononciation.

- Si tu le dis je te crois, fit Coralie avec un sourire. Nous avons tous ce genre de blessures, elles font partie de nous. Il faut juste passer outre. Et c'est pas moi qui possède les plus moches.

- Je comprends...

- Et moi je comprends que ce soit compliqué, tiens enfile ça, dit elle en lui lançant quelque chose.

Hermione regarda ce qu'elle lui avait envoyé : une sorte de petit gilet très fin mais surtout très grand.

- Ce n'est pas vraiment la bonne taille...

- Enfile le, tu verras.

Hermione s'exécuta et dès l'instant où elle remonta la fermeture éclair, le gilet s'ajusta de lui-même épousant parfaitement ses formes.

- Tu es né-moldue je crois? C'est exactement comme le gilet pare-balles de ceux-ci. Pour la magie.

- C'est fait en quoi?

- Toile d'Acromentules.

Hermione fit une grimace se rappelant à quel point ces fichues créatures étaient horribles.

- Bon si tu te manges un bombarda, tu vas le sentir passer mais ça encaisse bien. Pas les impardonnables mais tu t'en doutes je pense...

Hermione acquiesça mais apprécia la sécurité que lui apportait l'objet et se rhabilla avant que Coralie ne lui tende autre chose.

- Un holster pour baguette, ça la garde invisible au regard des moldus.

- C'est très utile je pense, fit elle en l'enfilant.

- Et une petite chaîne pour ton badge. Tu le portes au cou mais tu le gardes caché sauf quand l'un de nous te le diras.

Hermione se regarda dans le miroir et vit son reflet et surtout celui de Coralie qui s'approcha.

- C'est qu'on va faire de toi un vrai officier.

- Merci. Mais je suis loin de votre efficacité à tous.

- Je peux me permettre un petit conseil ?

- Vas y je suis preneuse.

- Tu devrais te couper les cheveux.

- Pourquoi ? Séduire les français ?

- Non... quoique... plus sérieusement, je suppose que tu n'as aucune expérience en C.A.C.?

- C'est quoi?

- Combat au Corps à corps. Si un suspect t'aggripes les cheveux tu es mal barrée c'est pour ça que Delphine et moi avons les cheveux courts. Et pas par coquetterie.

- Reçu. On peut apprendre le C.A.C.?

- Oui, tu pourras demander à Luc, il est assez bon.

Hermione vit le regard mesquin de Coralie et se demanda si c'était une blague de mauvais goût.

- Bon on y va... Lieutenant Granger.

Hermione se dit que cela sonnait bien quand même et retourna dans le bureau avant de partir en compagnie de Luc Bertier pour aller interroger un indic.

- Paris, Dix-septième Arrondissement -

Luc Bertier l'avait emmenée en transplannant en plein milieu du dix-septième arrondissement parisien. Près du boulevard des Batignolles et de l'avenue de Villiers, plus précisément, mais en même temps Hermione devait se fier aux indications, elle n'avait pas de carte de Paris en tête. Il l'emmena précisément devant un bâtiment duquel, il était clair, émanait énormément de magie, le tout pour interroger et interpeller un certain Benoît Jourdain, petit trafiquant local de substances en tout genres.

- Avant d'entrer je vais vous préciser quelque chose Hermione.

- Sur la sécurité ?

- Non pas vraiment... Ce genre d'endroit s'appelle dans le jargon une Antre de Bacchus. Vous savez qui est Bacchus je suppose.

- C'est le dieu romain du vin, de l'ivresse, des débordements, notamment sexuels. Si on parle du même.

- Oui... L'UMEC tolère ce genre d'endroit tant que tout ce qui s'y passe est consentis, vous ne devez réagir à rien même aux pires choses.

- C'est si glauque que cela?

- C'est gratiné... mais n'oubliez jamais que ces gens sont d'accord de ce qui s'y passe. Certains trafics un peu bizarre y ont lieu mais la majorité est sous contrôle. Les pires trafics se font dans des endroits plus discrets.

- Et l'indic de Jean se trouve là-dedans?

- Il fournit le matériel pour... leur amusement mais comme il magouille à droite et à gauche... on le chope.

- D'accord, fit Hermione très stressée.

Hermione fut surprise que Luc pose une main sur son épaule, pour la rassurer sans doute.

- Pas de panique et suivez moi sans relever les choses étranges ou, au mieux, tentez de les ignorer.

Comme Hermione se rendit compte que Luc n'avait pas sorti sa plaque, elle garda la sienne cachée, mais vérifia la présence de sa baguette pour se rassurer. Premiers pas dans le monde obscur de l'UMEC pour elle et elle dû prendre une profonde inspiration pour se calmer avant de lui emboîter le pas. Il l'entraîna alors à l'intérieur de l'édifice, assez sale et répugnant nota d'elle. Elle remarqua que le rez-de-chaussée abritait pas mal de clochards arborant des vêtements sorciers, ce qui la fit tiquer quelque peu, cet endroit rendrait presque l'allée des embrumes sympathique. Ils montèrent au premier étage et elle croisa des gens qui alignaient des substances poudreuses sur des tables avant de les renifler bruyamment. Un véritable étendard pour la consommation de stupéfiants magiques.

" Par Merlin, qu'est-ce que c'est sale, et vraiment glauque. Il y a le même genre de chose en Angleterre ?" pensa-t-elle.

Ils avancèrent au deuxième étage, moins peuplé visiblement mais il y avait un homme dans le couloir.

- Hermione, attendez ici deux minutes, je vais me renseigner. Ne faîtes rien d'insensément stupide.

- Promis. Je ne réagis pas... enfin je vais essayer.

Cependant, tandis que Luc Bertier discutait avec l'homme, il lui sembla percevoir des gémissements près d'elle, derrière une porte légèrement entrouverte. Elle se décala et vérifia que Bertier ne la regardait pas. Elle s'approcha de la porte et observa par l'interstice laissé ouvert. Et là elle écarquilla les yeux de stupeur, choquée par ce qu'elle voyait. À l'intérieur de cette pièce, une femme nue se trouvait à califourchon sur le sexe d'un homme montant et descendant le long de celui-ci de manière lascive. Si cela la surprenait déjà que des gens puissent s'adonner à des activités sexuelles dans cet endroit, la suite était encore plus surprenante. Il y avait en effet deux autres choses qui la choquèrent: la première était la présence d'une troisième personne dans l'ébat, qui au vu de sa position sodomisait sans vergogne la jeune femme et ce, dans des gémissements gutturaux. Cette femme semblait clairement apprécier le traitement et Hermione, déjà peu au fait de ce genre de chose, avait du mal à imaginer que l'on puisse ressentir du plaisir à subir ce genre de traitement. Surtout que d'après ce qu'elle avait pû lire, la sodomie était assez douloureuse.

- Ha... ha... ho putain, c'est trop bon, faisait d'ailleurs cette femme d'une voix langoureuse qui indiquait qu'elle était clairement au bord de l'explosion de jouissance.

Mais le second élément était le plus choquant de tous. Il y avait cinq personnes de plus dans la pièces, trois hommes et deux femmes précisément nota-t-elle, tous en train de s'adonner à une masturbation frénétique en regardant cette session de triolisme. Un véritable tumulte de gémissements s'échappaient de cette pièce, et Hermione déglutit sous le choc, comment pouvait-on faire ça ? Et pire, elle accrocha le regard de la femme en plein ébat, celle-ci fut surprise et malgré tout lui sourit avant de lécher ses lèvres sensuellement presque comme si elle l'invitait à les rejoindre.

- Tendance voyeuriste, Hermione ?

Elle sursauta alors percutant le torse de Luc Bertier avec son dos. Elle se retourna, le rouge aux joues, gênée de la situation.

- Non... je... c'est... Par Merlin...

- Je vous avais donné le nom pourtant...

- Je viens de comprendre.

- On y va ?

- Oui! fit elle pressée de s'en aller.

- Deux étages plus haut, fit il.

Hermione venait de découvrir un des noirs secrets du Paris sorcier. Et elle avait du mal à reprendre une respiration calme et posée, ce spectacle avait quand même quelque chose d'excitant devait-elle reconnaître avec honte cependant.

- Hermione?

- Oui, fit celle-ci toujours gênée du spectacle auquel elle venait d'assister.

- Vous êtes sûre que ça va?

- C'était choquant...

- Loin du Paris des cartes postales hein?

- Je me doute que cela doit rester assez... privé.

- Effectivement mais ce n'est pas la pire chose à laquelle j'ai assisté.

- J'ai presque peur de demander.

- Une descente où des clients s'adonnaient à ce genre d'activités avec des artéfacts religieux.

- Artéfacts religieux ? demanda Hermione inquiète.

- Oui, je vous laisse deviner ce que quatre femmes peuvent faire avec un grand crucifix.

- Un crucif... Ho Merlin...

- Navré.

Hermione se serait bien passée de cette image, c'était plus que choquant en effet. Comment pouvait-on réellement éprouver du plaisir dans ce genre de délire. Elle n'avait même pas eu la moindre relation charnelle basique et eux faisaient ce genre de chose. Et pourtant la femme qu'elle avait vue ne semblait même pas plus âgée qu'elle. Elle ne put se poser plus de questions car ils s'arrêtèrent devant une porte deux étages plus haut et elle vit Luc Bertier sortir son badge et attraper sa baguette, elle l'imita alors.

- Prête ?

- Si on veut.

- Laissez moi gérer.

Ils entrèrent et ils virent un homme d'âge mûr, chauve et bedonnant assis sur une chaise en train de compter des pièces dorées, les brezants sans doute.

- Hey... ho putain Bertier...

- Bonjour Benoît. Les affaires marchent bien à ce que je vois.

- Rien d'illégal, quelques poudres d'Abraxans et de Billywyg.

Hermione connaissait l'existence de la poudre de Billywyg qui, si elle était pure, donnait des effets assez proche de l'opium moldu, en plus de la capacité de littéralement planer au dessus du sol.

- Benoît, tu te doutes bien que je m'en branle de tes substances récréatives.

Hermione fut surprise du langage moins posé et plus fleuri du lieutenant, visiblement face à des criminels, il adoptait leurs codes, chose normale pour un officier qui avait infiltré ce genre de milieux.

- Je fais rien d'autre.

- À d'autres, toi Benoît avec ton joli casier de trafiquant en tout genre, tu ne ferais que du récréatif ? Tu me prends pour un con.

- Bon ok, pas de noms alors...

- Si tu veux, dis moi... tu as entendu parler d'un maniaque qui s'en prend sans honte à des sorciers les rendant plus que méconnaissables?

- Heu... en... en fait...

Et là, l'homme se mit à courir passant une porte qui donnait sur l'extérieur, vers un escalier de secours visiblement. Hermione et Luc se ruèrent à sa suite.

- Hermione, redescendez il va peut-être ressortir par l'entrée principale, je le suis.

Hermione vit alors Luc enjamber la balustrade et sauter deux étages plus bas dans un bruit lourd pour gagner de précieuses secondes sur le suspect qui descendait actuellement à pleine vitesse. Elle pouvait voir au bas de l'escalier une allée qui devait mener sur une rue plus grande. Et surtout, c'était par là que le suspect se dirigeait. Elle aurait dû obéir mais choisit de faire autre chose, elle était assez douée pour ce qu'elle allait faire et l'année des ténèbres le lui avait prouvé. Elle choisit de transplanner dans cette allée. Lorsque ses pieds touchèrent le sol, elle se retrouva nez à nez avec le suspect qui sursauta et tenta de sortir sa baguette.

- Expelliarmus, dit elle en le visant en plein torse pour le faire chuter en arrière.

Le suspect en fit tomber sa baguette et Luc arriva à cet instant croisant le regard d'Hermione. Le regard du lieutenant était à la fois désapprobateur et visiblement amusé du cran d'Hermione. Il retourna le suspect pour le mettre ventre au sol et cala un de ses bras dans le dos avec son genou.

- Hermione...

- Je sais, je n'ai pas obéi. Je suis désolée, j'ai pensé...

- Vous voulez lui passer l'entrave magique? dit il en lui tendant un ruban rouge.

Elle fut surprise de la proposition et s'approcha pour le prendre, Coralie lui avait expliqué comment l'UMEC menottait ses suspects: le ruban devait être placé sur un des poignets et les liait ensemble coupant ainsi toute la magie du suspect. Une innovation assez moderne lui avait dit Coralie. Elle s'appliqua pour le faire et le suspect fut menotté juste avant que Bertier ne lui touche l'épaule pour transplanner directement au poste.

- Salle d'interrogatoire numéro une -

Hermione s'était retrouvée contente que le lieutenant Bertier ne lui reproche aucunement ses choix d'actions et en plus, une fois rentré au bureau, il lui avait proposé de continuer en interrogeant le suspect. Elle était un peu stressée quand même devant la porte de la salle d'interrogatoire.

- Luc, je ne suis pas sûre que je devrais le faire. Je n'ai jamais fait cela.

- Hermione, rien de plus simple vous verrez.

- Comment vous pouvez dire cela?

- Hermione la meilleure leçon pour un interrogatoire est un concept qui est loin de vous être étranger.

- Lequel?

- L'intellect. Plus vous êtes intelligent plus c'est facile. Autant le dire vous avez un sacré avantage sur notre ami là-dedans. L'intellect est une arme, si il croit que vous pouvez le condamner même sans preuves un suspect avoue.

Hermione fut touchée du compliment, ignorant tout de même si il disait ça pour la rassurer ou si il le pensait réellement.

- Vous avez le dossier et les photos des victimes ?

- Oui, mais pourquoi les photos d'identités et des cadavres.

- Devinez...

- Je pose d'abord celles d'identités et ensuite, pour porter un coup à ses certitudes, celles des cadavres.

- Vous êtes sûre que vous n'étiez pas inspectrice en Angleterre ?

- Sûre... je suis prête.

Ils entrèrent alors dans la salle d'interrogatoire où était assis Benoît Jourdain. Hermione avait appris les règles d'interrogatoire durant les jours précédents et Luc venait de les lui rappeler quelques instants avant. Ils avaient le droit de brusquer un peu le suspect sans excès de violences, le mot excès étant cependant relatif, sachant que tant qu'ils ne lanceraient pas de sortilèges ou que le suspect n'était pas tabassé, le magistrant fermera plus ou moins les yeux. De plus tant qu'ils n'inculpaient pas le suspect, il n'était pas nécessaire qu'il soit accompagné d'un avocat défenseur. Elle s'assit alors en face de Jourdain et disposa les photos d'identités sur la table.

- Depuis quand on engage des bombes dans l'UMEC?

Hermione releva les yeux, choquée des propos du suspect. Cependant, Luc lui mit une claque violente derrière la tête.

- Le respect tu connais ? Déjà qu'à voir ta gueule elle doit être insultée alors tu évites les commentaires.

Hermione regardait Luc avec un peu d'étonnement mais continua. Luc lui fit alors signe de commencer. Elle inspira en essayant de se souvenir de tout ce qu'on avait pu lui dire.

- Monsieur Jourdain, regardez ces photos... Connaissez vous l'une de ces personnes ?

- Non.

- Vous n'avez pas regardé.

Il regarda rapidement et la regarda ensuite.

- Non.

- Lorsque nous sommes venus vous interroger, vous avez pris la fuite.

- Besoin pressant.

Le lieutenant Bertier décocha une nouvelle claque derrière la tête de Jourdain.

- Hey...

- Réponds.

- Je connais pas.

Elle vit le lieutenant lui faire un signe de tête, signal de changer de photos.

- Voilà ce qui leur est arrivé.

- Et? Je les connais pas et je m'en moque.

- Monsieur Jourdain, je pense que vous savez quelque chose dont vous avez peur. Ou peut-être est-ce de rejoindre la liste des victimes.

- Vous êtes sourde? J'en ai rien à f...

Il allait être vulgaire mais Bertier fut plus rapide, il saisit sa tête et la plaqua quasiment contre la table.

" Merlin... qu'est-ce-qu'il fait?" pensa-t-elle effrayée.

- Tu crois qu'on est là pour se marrer? Tu vois ça... je serai bien content qu'on te fasse pareil... Voir si t'as une aussi grande gueule après... Tu connais...

- Non!

- J'en ai marre de cette affaire et si je dois te péter des dents pour que tu nous aides, j'hésiterais pas.

Hermione était totalement horrifiée de ce comportement, c'était des méthodes plus que discutables, mais elle vit surtout que Luc la regardait essayant de capter son regard. Elle l'observa et il lui fit un clin d'œil.

" Non? Par Merlin... ça marche vraiment ? Le vieux truc du bon flic, mauvais flic. Je suppose que je dois être la gentille..."

- Bertier, arrêtez !!! fit elle avec un peu d'autorité.

- Quoi? fit il en insistant du regard.

- Lâchez le, fit elle plus méchamment. C'est un ordre!

Il sourit et il lâcha Jourdain, avant de lui signifier la porte de la tête.

- S... Sortez Bertier.

- Mais Madame..., fit il insistant du regard pour la pousser plus loin.

" L'arme la plus utile est l'intellect, je dois me donner une image plus impressionnante."

- Sortez, où je vous envoie dans un service si minable que vous préférez un aller simple pour Rochepourpoint.

Là elle l'avait même surpris, vu sa tête c'était évident et il décida de sortir alors l'air penaud.

- Bien..., fit elle. Reprenons.

- Vous êtes qui?

" Vite une idée,... oh mais oui..."

- Quelqu'un qu'il vaut mieux ne pas contrarier.

" Ça c'est pas mal et ça reste dans le ton".

- Hum... d'accord, fit le suspect plutôt mal à l'aise.

- Alors, nous aimerions connaître les produits que vous avez fourni.

- Je... je n'ai rien fourni au tueur Madame.

- À sa victime alors?

" Allez crache le morceau, dis moi ce que tu vendais à Godard."

- Ça m'est arrivé oui...

"Ha... ça c'est bien, on avance. Mais bon, je vais peut-être devoir le pousser un peu plus."

- Cela vous est arrivé ? J'aimerais vous signaler Monsieur Jourdain, que les réponses vagues ont tendance à me désappointer, et je déteste particulièrement être désappointée.

" Là je m'impressione moi même, ça a l'air de l'effrayer."

- D'accord... d'accord, mais j'aimerais un... arrangement. Je suis indic pour eux et j'aimerais le rester si possible. Malgré ce que je lui ai fourni.

- Nous verrons cela. Alors qu'avez vous donc pu fournir Monsieur Jourdain.

- Hum... des... des...

- Je n'ai pas la réputation d'être patiente.

- Des amnios Madame.

" Des amnios? Par Merlin... C'est horrible."

Les amnios, l'autre nom du sac amniotique, la dernière couche de protection d'un fœtus, la membrane la plus fine. Elle avait pu lire dans les grimoires occultes lors de ses recherches sur les horcruxes que cela était un des ingrédients les plus compliqué à obtenir. Les amnios devaient en effet être prélevé durant la grossesse, provoquant la mort et du fœtus et de la mère en général. Hautement illégal et hautement maléfique. Les rituels les utilisant ne devaient pas être des plus courants.

- Mais Madame, je vous jure que je ne les prélève pas. Je les achète moi-même et les revends.

" Je fais quoi, j'insiste sur la piste des amnios ou les meurtres, les deux sont aussi graves... je sais."

- Vous discuterez de ce trafic répugnant avec les membres de l'UMEC. Moi je veux savoir ce qu'il faisait de ces amnios.

- Il? Comment ça Il?

- Martin Godard.

- Je ne le connais pas.

Hermione fut surprise, elle attrapa la photo et la posa devant Jourdain.

- Lui? Je le connais moi. C'est à Lady Poison que je vendais mes amnios.

- Lady Poison ?

- Oui, elle, fit il en indiquant la photo.

Il s'agissait de Sandrine Duchemin la prostituée. C'était choquant, elle ne s'y attendait pas du tout pensant plutôt à l'ancien mangemort.

- Cela fait près de quinze ans qu'elle m'en achète.

- Quinze ans? Combien en a t elle acheté ?

- Je... ne sais plus.

- Monsieur Jourdain...

- Tous les trois mois à peu près.

" Tous les trois mois depuis quinze ans ? Ça fait près de soixante victimes de ce trafic... Mais quinze ans cela remonte à l'arrivée du professeur Rogue."

- Et sauriez vous à quoi ils servaient ?

- Normalement à un sortilège de protection d'une puissance rare.

- Que pouvait elle bien vouloir protéger comme ça ?

- Ça, Madame, je n'en ai aucune idée.

- Connaîtriez vous une autre de ces victimes ?

- J'ai beau regarder mais non... je vous le jure...

- Sûr ?

- Totalement Madame.

- Parfait, j'en ai terminé avec vous.

- Je peux m'en aller?

- Ha non, l'UMEC va s'occuper de vous maintenant, ce trafic va les intéresser je pense.

Hermione emporta toute les photos et sortis de la salle d'interrogatoire, s'appuyant sur la porte en soupirant. Elle avait réussi à soutirer une information étrange, mais en quoi une prostituée avait elle besoin d'un ingrédient permettant d'accomplir une protection à faire pâlir celles de la pierre philosophale? Elle n'arrivait pas à comprendre. Elle ouvrit alors les yeux et se rendit compte que toute l'unité la regardait effarée et les visages fermés.

- Je... m'en suis bien sortie?

- Rappelez moi de pas vous mettre en colère Granger, fit le Capitaine.

- Et je crois que notre copain va aller faire un petit coucou à nos collègues du deuxièmes et du troisièmes sous-sols, fit Delphine. Des amnios, par Merlin.

- On a mis les pieds dans quelques choses d'énorme, fit Coralie.

- Ça pue et pas qu'un peu, fit Jean.

Luc lui s'était approché et lui tendait une bouteille d'eau, vu qu'elle semblait épuisée.

- Vous m'avez foutu la trouille. D'où vous connaissez Rochepourpoint?

- Coralie m'en a parlé vite fait. Ça faisait bien. Dans le genre, agent gouvernemental.

- J'y ai cru même si vous étiez un peu trop douce au départ.

- J'ai cru que vous alliez le tabasser.

- Vous remarquerez qu'il ne saigne pas.

- C'est vrai... Désolée, j'ai mis du temps à comprendre.

- Normal j'ai plus qu'improvisé. Mais le manque de respect au départ m'a inspiré.

- Merci d'ailleurs.

- Bon Hermione, aujourd'hui, c'était votre première arrestation et votre premier interrogatoire, cela se fête.

- Quoi?

- Et puis vous avez l'autorisation de sortie donc...

- On t'emmène au Jaguarion, fit Coralie.

- Euh... c'est quoi?

- Un bar, fit Coralie. Le nôtre. Tu vas voir, une fois ivre tu adoreras.

Hermione n'était pas du tout mais alors pas du tout rassurée par ce propos mais ils allaient de toute façon l'y traîner de gré ou de force.