Après avoir consolé Drago, et s'être assuré qu'il allait mieux, Harry l'avait laissé pour prévenir Dumbledore de l'attaque qui devait avoir lieu le week-end suivant.
Drago avait regardé le Gryffondor s'éloigner, avant de s'enrouler dans la cape chaude du Gryffondor qui portait son odeur. Il n'avait cependant pas fait le moindre geste pour retourner dans Poudlard, ignorant le froid mordant, préférant se perdre dans ses pensées en regardant le lac gelé.

Lorsqu'il se mit à grelotter, il se résigna à retourner au chaud, d'un pas lent, presque résigné.

Puisque Harry avait joué les anges gardiens, il s'estima capable de retourner dans sa salle commune et supporter les regards inquisiteurs de ses camarades. Il avait un livre à lire après tout.

Il passait à peine la porte de la salle commune que Pansy l'interpellait. Il se tendit, mais elle ne fit pas la moindre réflexion sur la cape qu'il portait.
- Hey ! Drago ! Tu n'as pas ouvert tes cadeaux…

L'adolescent jeta un coup d'œil vers le sapin au milieu de la salle commune, et grimaça en se rendant compte qu'il avait été enchanté pour diffuser des chants de Noël. Une idée stupide de Dumbledore probablement.

Voyant le regard soupçonneux de Pansy, il s'avança et saisit le dernier paquet, où son nom était soigneusement calligraphié. Le paquet était richement orné, mais Drago se rendit compte qu'il n'avait pas vraiment envie de l'ouvrir. Ses parents avaient probablement choisi l'objet le plus cher du magasin sur lequel ils avaient jeté leur dévolu, sans se préoccuper de ses goûts.
Jusqu'à cette année, il s'en était contenté, trouvant agréable de voir les regards d'envie de ses camarades. Après tout, l'héritier Malefoy avait toujours le meilleur.

Beaucoup de choses avaient changé. Et sa situation précaire lui avait fait prendre conscience de ce qui importait réellement.

Le paquet sous le bras, il rejoignit le dortoir et hésita un instant. Puis, assis sur son lit, sourcils froncés, il déchira le papier coûteux, pour découvrir une boîte portant l'emblème de chez GaiChiffon. Ses parents lui avaient offert une somptueuse robe sorcière, richement orné, le genre de vêtement qui n'était porté que pour les très grandes occasions.

Il n'y avait pas le moindre mot personnel, juste cet habit de cérémonie visiblement hors de prix, coupé dans les étoffes les plus précieuses.
Avec une grimace de dégoût, Drago la laissa tomber sur le dessus de son lit avec une moue de répulsion, et eut un ricanement désabusé. C'était peut être un cadeau parfaitement choisi, idéal pour des funérailles. Pour ses propres funérailles si tout tournait mal ou s'il arrivait quelque chose à Harry.

Se doutant que Harry serait occupé toute la journée - entre les explications qu'il devrait donner à Dumbledore et celles destinées à ses amis pour son absence lors du réveillon et de la nuit de Noël -, Drago décida de s'installer dans son lit avec le livre offert par le jeune homme. Rapidement, il se laissa absorber par les sonnets, se rendant compte que le Gryffondor avait parfaitement choisi son cadeau.

Il ne releva la tête que lorsque Blaise fit irruption bruyamment, et lui annonça que c'était l'heure du repas. Bien qu'il n'ait aucune envie de faire acte de présence, Drago soupira et rangea son livre.
S'il disparaissait trop longtemps, son parrain viendrait fouiner dans ses affaires, et il restait avant tout un Mangemort. Il préférait autant tenir Rogue loin de lui, quels que puissent être leur liens familiaux.

Bien que clairsemée - c'était les vacances de Noël après tout - la Grande salle était extrêmement bruyante. Dumbledore trônait à la table des professeurs avec un petit sourire en coin, comme s'il appréciait ce brouhaha.
Silencieux, Drago se glissa à la table, ignorant ses camarades. Face à la table des Gryffondor, il nota l'absence de Harry alors que ses amis étaient déjà présents et il se tendit légèrement, inquiet.

L'adolescent était prêt à se lever et à quitter la pièce lorsque le brun entra, essoufflé, les joues rouges et les cheveux en bataille, un large sourire aux lèvres.
Le cœur de Drago s'emballa soudain, et il dut se pincer pour ne pas sourire bêtement.

Il capta le regard vert dans sa direction, bref coup d'œil discret, et il se détendit. Comme à son habitude, Harry se plaça avec ses amis, de façon à lui faire face. Mais cette fois, le geste avait une toute autre signification.

Lorsque les plats apparurent, tous les élèves se précipitèrent sur la nourriture pour se servir. Harry en profita pour le fixer avec une intensité rarement égalée, et il lui fit un signe de tête, lentement et délibérément. Drago comprit immédiatement que le message avait été transmis et il laissa apparaître un léger rictus satisfait. Il avait une sorte de joie perverse à ruiner les plans du mégalomane fou qui avait détruit son adolescence après tout…

Il ne pouvait pas se montrer aussi expressif que l'adorable brun face à lui, pas sans attirer l'attention sur lui. Mais il essaya de lui montrer toute son affection en le fixant intensément.
En voyant Harry rougir légèrement, Drago baissa la tête pour masquer un sourire satisfait. Lui qui avait pensé que ses affrontements avec le Survivant étaient distrayant, il se rendait compte qu'il était bien plus amusant d'être proche de lui.

S'il avait aimé provoquer sa colère ou le faire réagir avec ses moqueries, c'était bien plus satisfaisant de le faire rougir ou de recevoir des regards pleins de promesses. Et puisque leur rapprochement était secret, ces moments n'appartenaient qu'à eux, et étaient encore plus précieux.

Drago regrettait juste de ne pas pouvoir s'asseoir près de lui. De ne pas pouvoir discuter librement, sans avoir à cacher ses émotions.
Perdu dans ses pensées, il se rendit soudain compte que pour la première fois depuis bien longtemps, il avait réellement faim, et il mangea de bon appétit, gardant toujours un œil sur son Gryffondor, imaginant qu'ils étaient seuls dans la salle sur demande.

Une fois son assiette terminée, Drago se leva, prêt à disparaître de la Grande Salle, mais une poigne de fer saisit son poignet au vol et il croisa le regard furieux de Pansy.
- On peut savoir où tu disparaîs systématiquement ?

L'adolescent se tendit et ses yeux prirent la teinte de l'acier alors que son regard se durcissait. Pansy eut l'air incertain, puisqu'elle ne s'attendait pas à une telle réaction, mais elle était têtue et elle ne relâcha pas sa prise, espérant visiblement une réponse.

Avec un grognement agacé, Drago libéra son poignet de force, et la fusilla du regard.
- Je ne vois pas en quoi ça te regarde !
- Mais…
Drago la fixa avec colère, et elle interrompit sa phrase avec un hoquet choqué. Froidement, il assena - espérant faire passer le message pour ses autres camarades en même temps.
- Reste en dehors de mon chemin, Pansy.