L'altercation avec Pansy l'avait énervé, et Drago parcourut les couloirs à grands pas, espérant se calmer.
Il avait conscience que sa réaction était disproportionnée, après tout, la curiosité de la jeune fille était légitime puisqu'ils étaient amis. Alors qu'il passait tout son temps entouré de ses camarades de maison les années précédentes, il s'isolait soudain.
Bien évidemment la Marque des Ténèbres n'expliquait pas tout. C'était plutôt le fait que ce choix qui lui avait été imposé l'avait plongé dans une profonde dépression.
Cependant, Pansy représentait tout ce qu'il fuyait : une fille de Mangemort, prête à tout pour plaire à ses parents. Il savait que s'il montrait la moindre faille devant elle, le moindre doute, elle le rapporterait aussitôt. Pas dans le but de lui nuire volontairement mais simplement parce qu'elle avait été éduquée comme ça.
Cet instant bref de tension entre eux avait suffi à raviver tous ses doutes, toutes ses craintes. Et lorsqu'il entra dans les toilettes des filles du troisième étage, il était presque résigné.
Il salua Mimi d'un air morne, et il se pencha au dessus de l'évier, le regard dans le vague.
Il s'était laissé aller à espérer au contact de Harry. Mais il se rendait compte que ce n'était qu'une illusion. Harry Potter était quelqu'un qui détestait le mensonge et qui avait besoin de ses amis autour de lui. Il était la lumière, tout simplement. Le sauveur, dont chaque acte était reporté dans la Gazette du sorcier. Et même s'il détestait ça, les critiques l'affectaient.
Comment pourrait ils simplement espérer se côtoyer dans ces conditions ? Harry devrait cacher leur relation à ses amis, devant mentir à chaque fois qu'ils se verraient. Ils ne pourraient pas sortir publiquement tous les deux sans que Rita Skeeter ne juge les fréquentations du Gryffondor. Leurs familles… Drago ne pouvait même pas imaginer son père s'adresser poliment à Harry, si ce dernier échappait à Azkaban quand tout serait terminé.
Parce que quoi qu'il arrive, Drago avait la certitude que ce serait Harry le vainqueur de la guerre. Il mettrait fin au règne de terreur de Voldemort, il n'avait pas le moindre doute. Ce n'était pas un voeu pieux, c'était juste la conclusion à laquelle il était arrivée après des années à observer le Gryffondor.
Celui-ci était têtu, et fort. Puissant. Et il avait un grand cœur. Suffisamment grand pour trouver la force de vaincre uniquement pour sauver le monde magique.
Harry lui avait offert un Noël de rêve mais il était temps de revenir sur terre. Lui était destiné à une vie dans l'ombre s'il échappait à la prison. Rien de plus.
Il ouvrit le robinet et se passa de l'eau froide sur le visage, essayant d'ignorer son cœur qui se brisait. Mimi semblait attendre quelque chose, et il souffla.
- Tout va bien, Mimi. Juste… une prise de conscience un peu brutale.
Elle tritura ses couettes avec une moue boudeuse puis elle s'élança vers le plafond.
- Ne sois pas stupide, Drago Malefoy. Tu crées des problèmes là où il n'y en a pas ! Tu vas encore prétendre que tu veux mourir, mais je peux sentir que ton heure n'est pas venue.
Drago ouvrit la bouche mais il n'eut pas le temps de parler. La porte s'ouvrit brusquement, et il se tendit. Cependant, ce n'était que Harry avec un large sourire.
Le sourire du Gryffondor se fana en voyant son expression et il fronça les sourcils, inquiet.
- Drago ? Tout va bien ?
L'adolescent blond serra les poings et baissa les yeux.
- J'ai cru… que c'était possible. Mais, tous les deux, c'est… impossible.
Harry soupira.
- Impossible ? Pourquoi as-tu changé d'avis ? Tu sais que je ne compte pas t'abandonner ?
- Le monde magique n'acceptera jamais que leur héros soit si… proche d'un Mangemort, Harry. Si les regards des élèves de Poudlard te gênent quand il y a un article dans la Gazette, imagine tes sentiments quand… si nous allons ensemble au restaurant ? Sur le chemin de Traverse ?
Le Gryffondor borné haussa les épaules, boudeur.
- Le monde magique peut aller se faire voir. Je leur ai donné mon enfance entière, et je m'apprête à… risquer ma vie. Je ne laisserai jamais personne décider des personnes qui me sont proches. Mangemort ou non.
- Et tes amis ? Tu devras leur mentir ou prendre le risque qu'ils te tournent le dos !
Cette fois, Harry gloussa et il s'avança vers lui. Drago voulut reculer, mais il se retrouva rapidement contre le mur, bloqué. Et puisque c'était Harry, Harry et ses yeux verts, Harry et son sourire, Harry et sa chaleur intoxicante, il ferma les yeux et cessa de lutter.
- Si j'avais des doutes Drago Malefoy, ce que tu viens de me dire les a définitivement enterrés. Et laisse moi te dire que tu es stupide de penser que je pourrais baisser les bras si rapidement, surtout quand il s'agit de toi.
- Harry…
- Comme je t'ai dit, je me moque bien de l'avis du monde magique. Rita Skeeter me pourrit la vie depuis que je suis arrivé dans le monde magique, et si je suis mal à l'aise de tous ces regards, il y a bien longtemps où elle ne m'atteint plus.
- Mais…
- Quand à mes amis, mon cher ami. Je ne m'inquiète pas à ce sujet. Tout simplement parce qu'ils sont au courant. Ils savent exactement où j'ai passé la nuit de Noël.
Drago prit une inspiration brusque et écarquilla les yeux, fixant le brun face à lui, et ne rencontrant qu'un regard vert amusé.
- Quoi ?
- Ils savent. Je n'ai pas parlé de ta mission, ou de la Marque, parce que c'est quelque chose que tu m'as confié et que je t'ai promis de ne pas trahir. Cependant, ils savent que je suis avec toi, en ce moment même, que je compte bien t'embrasser encore une fois avant de devoir te laisser rejoindre tes camarades. Ils savent que je compte te protéger de tout ce qui risque de se produire, et ils m'ont juré de faire en sorte que jamais tu ne sois envoyé à Azkaban si jamais il devait m'arriver quelque chose. Et même si Ron n'était pas ravi que je te choisisse, toi, il me soutient parce qu'il a confiance en moi et qu'il voit que tu es celui qui me rend heureux.
Drago le fixait, hébété, sans se rendre compte que les larmes coulaient sur ses joues. C'était probablement la plus belle déclaration qui soit, et lorsque Harry se pencha pour l'embrasser - ainsi qu'il l'avait prévu - il répondit au baiser avec une intensité qui le surprit lui même.
