Hermione était toujours sonnée de la présence de Malefoy dans l'hôtel. Pro-moldu, elle pensait n'y croiser que d'autres sorciers et sorcières qui en fréquentaient, et non une lignée de sang de sorciers. Surtout, elle ne comprenait pas cet attachement à la suite qui bénéficiait à ses parents. Malefoy avait été jusqu'à menacer le pauvre réceptionniste pour celle-ci...
Ses pas la conduisirent jusqu'à la salle de bal. Une affiche dans un cadre doré attira alors son attention : GRAND BAL DE L'HIVER. Cet hôtel abritait jadis des bals de la cour anglaise, qui, à l'arrivée des premières neiges, se réfugiaient dans la région pour profiter de la douceur du climat. La dégradation des conditions climatiques avait fait chuter la température de la saison, et imaginer les nobles transis de froid dans leurs souliers en soie fit sourire Hermione. Elle connaissait tout de l'histoire de l'hôtel. En bonne élève, elle avait fait toutes les recherches pour préparer son arrivée. En regardant de plus près l'affiche, elle vit les danseurs valser et vit que le bal se tenait le 31 décembre. Elle pourrait y assister! Elle n'avait pas prévu de robe, mais un tour au village en contrebas pourrait peut-être la dépanner.
Franchissant la porte de la salle de réception, elle se servit au riche buffet qui l'attendait. Deux elfes de maison s'affairaient à remplir les plats qui débordaient de purées, de sauces, de viandes et de poissons. "Bientôt, » se dit-elle « ,je changerai les lois, et ils auront enfin un salaire mérité". Mais elle ne ferait pas cela l'estomac vide. Elle choisit une table près du feu de cheminée et prit le temps d'observer autour d'elle. Çà et là, quelques couples semblaient se murmurer des mots doux à la lueur d'une bougie. D'autres, un peu plus agités, tentaient de faire manger sa purée à un enfant qui ne devait pas avoir plus de trois ans. Enfin, au fond de la salle, étaient déjà attablés Drago et sa mère.
Ils mangeaient en silence, Drago la tête baissée sur son assiette. Sa mère lui dit quelque chose qui lui fit lever le regard, et il murmura quelques mots et tourna la tête dans la direction d'Hermione. Celle-ci, rougissant à l'idée d'être attrapée à les regarder avec insistance, détourna rapidement la tête pour observer le feu de cheminée. Quelques secondes plus tard, ses parents la rejoignirent.
- "Quelles sont tes premières impressions, ma fille ? " demanda son père.
- "L'hôtel est beau. J'ai hâte d'explorer les extérieurs, je vais surement faire un tour au village de Capworth demain. Il y a un marché de Noël, et j'en profiterai pour faire quelques achats."
- "Tu as vu ? Il y a un bal ! Ça me rappelle nos jeunes années avec ton père. Nous allions à ce petit bal musette de South Street, tous les jeudis. Oh, Daniel, tu te rappelles de Jean ? Hermione, tu aurais vu ta tante. Elle les tombait tous !"
- "Judith, je pense qu'Hermione n'a pas besoin d'entendre les histoires frivoles de ma sœur!" rabroua son père.
- "Je vais y aller, je pense. Je vous laisse manger en tête à tête." déclara Hermione, amusée.
- "Mais non, reste ma chérie, n'écoute pas ton père... c'est un rabat-joie!"
- "Je suis fatiguée de toute façon, et demain j'essaie de me lever tôt pour prendre la calèche qui descend au village." répondit Hermione.
Après s'être souhaités une bonne nuit, Hermione remonta vers sa chambre. Son regard croisa celui de Drago, qui, à son tour, s'empressa de plonger dans son assiette. Elle sombra rapidement dans le sommeil, s'imaginant valser, seule dans cette salle de bal, avec un prince, grand et athlétique.
Au réveil, toute trace du rêve avait disparu. Comme prévu, Hermione s'était levée aux aurores et avait profité du lever de soleil sur la vallée. Après un petit déjeuner copieux en prévision de la balade du jour, elle mit sa cape la plus chaude et sortit dans la rigueur de l'hiver. Les quelques mètres qui la séparait de l'attelage lui firent rosir les joues et le bout du nez. La calèche n'était pas plus grande que celle de Poudlard, mais l'intérieur avait été magiquement agrandi, si bien que on y tenait à une dizaine sans se serrer.
Elle prit place puis regarda qui étaient ses compagnons de voyage. Par le plus malheureux des hasards, Malefoy se tenait devant elle.
- "Alors Granger, on se paye des vacances loin de Weasmoche et du balafré ?"
- "Et toi, loin de Parkinson et Zabini? Personne pour te cirer les chaussures ?" Quelques passagers les regardèrent.
- "Je n'en ai pas besoin, mon nom est connu, Granger."
- "A ta place, je ne m'en vanterais pas trop, Malefoy..." Hermione laissa sa phrase en suspens. Il était inutile d'argumenter avec lui, il n'en valait certainement pas la peine.
"Nous arrivons !" cria une voix dans l'interphone magique. La calèche freina sans ménagement et Drago se retrouva projeté sur Hermione. Se rattrapant à bout de bras contre les parois derrière elle, il se retrouva penché au-dessus de sa tête, Hermione encore assise. Ils échangèrent un regard, dangereusement proches. Hermione se rappela soudainement son rêve. Son prince masqué se penchait vers elle et... Un cri la fit sortir de sa rêverie : "Viens Drago !". Narcissa appelait son fils. Drago reprit ses esprits et Hermione s'aperçut qu'ils s'étaient imperceptiblement rapprochés. Il descendit vite de la calèche, et Hermione eu juste le temps déposer le pied à terre lorsque la calèche redémarra.
Malefoy ? Elle avait rêvé de Malefoy ?! Comment n'avait-elle pu ne pas s'en souvenir ! Quelques bribes de son rêve lui revenaient peu à peu : la danse, sa robe qu'elle se rappelait légère et douce, les lumières, cette sensation d'ivresse... Même s'il s'agissait de Malefoy, elle ne savait en être dégoutée. Le bien-être qu'elle ressentait... Elle avait déjà vécu des réveils comme ceux-ci. Ces réveils où, celui qui est un inconnu, un ami, un ennemi, prend soudainement une toute autre importance. La sensation d'euphorie légère ne durait que quelques jours, le temps que l'objet du désir ne se montre à nouveau sous sa vraie nature. Cela lui était arrivé avec Ron, il y a quelques années. Un joli rêve d'une balade main dans la main à Pré-au-lard... Puis Ron, fidèle à lui-même, s'était jeté sur un banquet et la vision de la nourriture partout sauf dans sa bouche l'avait brusquement ramenée à la réalité. Tout cette nourriture gâchée alors que des enfants et créatures magiques mouraient de faim !
Toujours troublée par son rêve, elle arriva aux portes du marché de Noël. Partout, scintillaient des bougies et des étoiles, des couronnes vertes et rouges étaient accrochées aux maisons et aux chalets des commerçants, et l'odeur du vin de Noël et du chocolat chaud se répandit dans ses narines. Oubliant quelques instants ce qui la perturbait, elle se mit en quête d'une robe et d'un cadeau pour ses parents. Après quelques heures de promenade, elle tomba sur une échoppe, "Moment à soie", dont les robes en devantures semblaient correspondre à son idée. La cloche tinta quand elle passa le pas de la porte. Le silence régnait dans la boutique. Une dame cria du fond de la réserve : "J'arrive, je me dépêche". Hermione en profita pour regarder les robes sur les portants. Elles étaient de toutes les couleurs, certaines faites de tweed ou de tissu en dentelle vieillie, et celles qui lui avaient paru convenir en vitrine semblait finalement défraichies. "Je ne trouverais jamais mon bonheur là-dedans" se dit Hermione.
- "Mademoiselle, je peux vous aider ?" dit-elle avec un léger accent.
Une femme d'une cinquantaine d'année apparu alors. Elle était vêtue d'un tailleur jaune poussin, avec des lunettes en écailles vertes. "On dirait Rita Skeeter, avec 10 ans de plus" pensa Hermione. Son sourire chaleureux la rassura : "Non, ce n'est certainement pas elle."
- "Je vais participer au bal de l'Hiver au Winterland Lodge et ..."
- "N'en dites pas plus! J'ai ce qu'il vous faut !". Elle disparut dans une salle annexe et revint les bras chargés de housses.
Elle sortit une dizaine de robes, trop courtes, trop longues, pas assez de détails, trop de détails (des papillons ? Beurk), trop sombres, trop claires... quand soudain, elle la vit, à l'opposé de la boutique, sur un mannequin. Elle était d'une couleur blanche et scintillait de mille feux, comme incrustée de diamants. C'était une robe de princesse. Son corsage découvrait ses épaules et tombait en plis sur le haut des bras. Le décolleté n'était pas plongeant mais la robe près du corps laissait voir ses formes, tout en restant pudique. Elle ne comportait aucune fioriture, elle était simple, elle était parfaite. La vendeuse, suivant son regard, lui dit : "Ma chère, je crois que la robe vous reconnait." Hermione la regarda sans comprendre. "Je l'ai depuis quelques mois, et elle n'avait jamais scintillé. Elle est magique, elle n'apparait ainsi qu'à celle à qui elle est destinée. Voulez-vous l'essayer ?"
- "Oh oui !"
Pendant que la vendeuse allait chercher les accessoires qui allaient avec la robe, un jeune homme arriva dans le magasin. Le vent s'engouffra par la porte, renversant quelques sacs.
- "C'est à vous ça ?" lui dit-il, en tenant le paquet qui contenait les gants qu'elle avait acheté pour sa mère.
- "Merci, euh... "
- "Max, je m'appelle Max"
- "Merci, Max, je m'appelle Hermione"
- "Eh bien Hermione, tu as dévalisé le marché !"
Max devait avoir la vingtaine, il était grand et brun. Ses beaux yeux bleus contrastaient avec sa bouche aux lèvres rougies. Il sourit en apercevant la montagne de paquets à côté du fauteuil.
- "Je ne t'ai jamais vu ici, tu es de Capworth?" demanda-t-il
- "Non, je suis en vacances, je viens de Londres. Je suis au Winterland Lodge."
- "Ah oui, c'est sympa là-haut. Moi je bosse ici, je suis du village d'à côté."
- "Tu as encore l'âge d'être à l'école, non?"
- "J'ai fini l'année dernière. Je suis allée dans une école en Russie, Koldovstoretz, ma mère est russe. Elle voulait que je parle parfaitement la langue. Là, je lui rends service pendant les fêtes, je fais un peu de livraison. Je commence au ministère de la magie russe en janvier, département de la coopération magique internationale. Je serai assistant du responsable du département Europe."
- "Je compte aussi rejoindre le ministère à la fin de mes études, nous travaillerons peut-être ensemble ! " s'enthousiasma Hermione. "Même si je doute que lorsque le département de la justice magique et celui de la coopération travaillent ensemble, c'est rarement dans les bons jours..." ajouta-t-elle après réflexion.
- " En effet, mais je serais déjà ravi de connaître quelqu'un là-haut lors de mes déplacements ! Enfin, en parlant de bouger, je vais devoir aller m'occuper des livraisons. A bientôt Hermione, et ne tarde pas trop, il commence à se faire tard si tu n'as pas mangé..."
- "Tard ?" Hermione regarda la pendule magique qui indiquait 13h17. La navette était à 13h30, de l'autre côté du village ! Attrapant ses paquets et sa cape, elle se rua vers la sortie en criant "A bientôt !". Les passants marchaient tous lentement, regardant les étals de part et d'autre de la chaussée. Hermione ne progressait que lentement et fit tomber l'un de ses paquets. Elle retourna en arrière le ramasser et ce contretemps lui firent manquer de quelques secondes la calèche qui s'éloigna sous ses yeux. Elle était bloquée ici jusqu'à la prochaine calèche, à 18h, pour les visiteurs du soir. Quelle poisse !
Elle s'assit quelques instants sur le bord d'une vitrine, à l'abri, histoire de reprendre son souffle et de réfléchir à une occupation pour les 5 heures à venir. Sa robe ! Elle avait oublié la robe ! Elle retourna sur ses pas, cherchant désespérément la rue où se trouvait la boutique. Après 2h à tourner dans le village, elle baissa les bras et perdit espoir. L'échoppe semblait avoir disparu. Jamais elle ne retrouverait une robe comme celle-ci. Triste, frigorifiée, les bras lourds de paquets, elle chercha du regard un abri de fortune.
Drago déambulait seul, morose. Sa mère avait rencontré une amie et décidé qu'elle resterait quelques heures de plus, mais lui n'en pouvait plus du monde sur le marché. Il ne voulait que retrouver le calme de la bibliothèque de l'hôtel. A défaut, il repéra une petite librairie à quelques mètres. A travers les devantures, il vit le calme qui y régnait. Il n'en fallait pas plus pour le convaincre. Otant son bonnet et son écharpe, il poussa la porte de l'échoppe.
Hermione avait cru rêver en apercevant ce refuge inespéré. Quoi de mieux qu'un bon livre pour faire passer le temps ? Rosalie, la libraire, la déchargea de son paquetage et se proposa de le mettre derrière la caisse. L'odeur des pages et la chaleur mirent du baume au cœur à Hermione. Au détour d'un rayonnage, elle dénicha la section Romance. Rien de mieux qu'une belle histoire d'amour en cette période !
- "Excusez-moi, je cherche la section des histoires tragiques. Vous savez où je peux la trouver ? ... Granger ?" Drago fut surpris de tomber sur elle.
- "Malefoy ? Euh, je crois que c'est par là." dit-elle, montrant le rayonnage supérieur.
- "Merci." marmonna-t 'il.
Il prit Agnès of Sorrento et se dirigea vers un fauteuil. Hermione, intriguée, se dirigea vers lui.
- "Tu lis souvent du Harriet Beecher Stowe ? Il est trop triste pour moi celui-là..."
- "Qu'est-ce que ça peut te faire ?" cracha-t-il.
- "Ok, laisse tomber... " Hermione regagna son fauteuil. Drago se surprit à l'observer : lovée dans son fauteuil, il regarda ses lèvres murmurer les mots qu'elle lisait. Ses cheveux étaient légèrement humides à cause du froid dehors, et ils bouclaient légèrement, retombant en cascade sur son épaule. Son nez rosi reprenait doucement une couleur normale. A Poudlard, il l'avait déjà remarquée, mais son insupportable caractère, ses deux abrutis de copains sans oublier l'ignoble maison à laquelle elle appartenait… rien que cela lui faisait hérisser les poils. Mais elle était jolie, il devait l'admettre….
Quelques instants plus tard, elle entendit :
- "J'adore l'auteur." Sortant de son livre, elle vit Malefoy qui l'observait. "Et toi, du romantique je parie ?" Il regarda le livre entre ses mains : Romeo et Juliette. Il souffla, secouant légèrement la tête. "Vous les filles, vous êtes toutes pareilles..."
- "Shakespeare est un grand auteur, tu ne peux pas le nier. Et celui-là tiens plus du tragique aussi."
- "Je ne l'ai pas lu. Le Marchand de Venise est bien plus intéressant à lire."
Hermione était surprise que la conversation se fasse si naturellement. Une idée lui vint.
- "Je peux te proposer quelque chose ? Je lis le Marchand de Venise si tu lis Romeo et Juliette, ça te dit ?"
- "Et pourquoi je ferais ça ?"
- "Parce que comme moi, tu aimes lire et puis tu n'as visiblement pas mieux à faire pendant tes vacances, puisque ta mère semble avoir d'autres occupations." lui lança-t-elle.
Drago resta pensif quelques instants. "Je vais y réfléchir. Mais, ça reste entre nous, je ne veux pas qu'on sache qu'on s'est parlé Granger, si ça se sait à Poudlard, je nierai en bloc et je me vengerai".
- "Jouer de la flûte est aussi facile que de mentir." répondit Hermione
Drago sourit légèrement à cette citation d'Hamlet. Ils replongèrent chacun dans leur ouvrage, et achetant chacun l'exemplaire du livre qu'ils devaient lire, ils quittèrent la boutique quand l'heure arriva. Le retour à la calèche se passa dans le plus grand silence. Ils montèrent chacun leur tour, se faisant face. Hermione plongea dans sa lecture, tandis que Drago regarda par la fenêtre. Il serrait son exemplaire de Romeo et Juliette entre ses mains, preuve de l'existence de ce moment inavouable partagé avec elle.
