Hermione était restée penchée sur le récit tout le temps du voyage. Une fois arrivée à destination, Drago s'était éloigné, sans un regard. Ses parents jouaient au bridge au bar de l'hôtel avec la famille qui avait l'enfant de trois ans. Celui-ci jouait avec un petit bonhomme en bois et sourit à Hermione en lui montrant. Elle lui fit un petit signe et se dirigea vers ses parents.
- "Ah, voilà ma fille ! On ne t'attendait plus! Hermione, je te présente Jack et Teresa, et Charlie, leur fils. Ils sont du Nevada !" dit son père, le visage ravi.
- "Ravie de vous rencontrer ! Que viennent faire des américains dans une montagne au fin fond de l'Angleterre ? "
- "Nous avons de la famille ici, et puis la neige, ce n'est pas trop courant par chez nous... Charlie n'a jamais vu sa grand-mère, c'était l'occasion !" dit Jack.
Le visage de Teresa semblait familier à Hermione, mais elle n'aurait su dire pourquoi.
- "Eh bien, passez un bon séjour. Papa, Maman, j'espère que votre journée s'est bien passée. Je vais monter me rafraîchir un peu, on se voit au diner".
Hermione s'absenta alors. De retour dans sa chambre, elle prit une douche chaude, se remémorant les évènements de la journée. Elle eut un pincement au cœur en repensant à la robe qu'elle avait vue. Aucune autre n'égalerait celle-là. Résignée, elle se dit qu'elle piocherait dans ses vêtements ou la garde-robe de sa mère, ou elle irait faire un tour à la boutique de l'hôtel. Très vite, la discussion avec Drago vint occuper ses pensées. Son ton, presque cordial, l'avait surprise. Pourquoi était-elle allée lui parler ? Son rêve de l'autre nuit l'avait perturbée, il n'y avait pas d'autre explication possible, et elle avait éprouvé le besoin de l'exorciser par un retour à la réalité, comme avec Ron. Cependant, l'attitude étrange de Drago n'avait en rien freiné ses ardeurs. Au contraire, la discussion intéressante qui s'en était suivie et le deal qu'ils avaient tacitement conclu donnaient l'envie à Hermione de recommencer. Elle perdait la tête.
Elle coupa l'eau et s'enroula dans la serviette moelleuse. Elle eut envie de s'habiller avec un peu plus d'attention que d'habitude. Elle opta pour une robe rouge à manches longues, disciplina ses cheveux en une natte tombant sur le côté, et mit des escarpins noirs. Des boucles d'oreilles en or, discrètes, vinrent compléter sa tenue. Un maquillage léger, et elle descendit vers la salle de repas.
Après s'être restaurée, elle partit faire un tour dans le bar lounge de l'hôtel. Les touches du piano remuaient seules, et une mélodie qui ne lui était pas inconnue s'éleva dans les airs. Un homme d'une quarantaine d'année chantait, en smoking noir. Çà et là, des banquettes étaient occupées par des sorciers et moldus bien habillés. Tout respirait le luxe et la richesse. Hermione choisit une table, au fond de la salle, derrière un couple qui s'embrassait. La vue du couple rendit Hermione un peu nostalgique. Depuis sa petite histoire avec Viktor, sa vie sentimentale était restée bien morne. Elle enviait ces gens amoureux. Elle avait envie de partager cette ambiance de Noël avec un homme qui la tiendrait dans ses bras et lui ferait tourner la tête. Pour enfoncer le clou, Drago rentra dans le petit salon accompagné d'une brune suspendue à son bras. Même lui en profitait ! Ils prirent place quelques banquettes devant elle et commencèrent à flirter peu discrètement.
Agacée, Hermione se leva et se dirigea vers le bar. Elle avait toujours rêvé de faire comme dans les films, et espéra secrètement qu'un bel inconnu viendrait lui parler, lui offrant un verre. Elle commanda un cosmopolitan, et comme pour répondre à ses attentes, elle entendit une voix derrière elle :
- "Mademoiselle ?"
Elle se retourna et vit un homme très élégant d'une soixantaine d'année lui tendre sa pochette.
- "Vous l'avez faite tomber de votre tabouret."
- "Oh ! Merci monsieur."
- "Que fait une jeune femme comme vous seule au bar ? Personne ne vous accompagne ?"
- "Personne, non." souffla-t-elle, déçue. Elle jeta un regard à Drago.
Le vieil homme suivit son regard, et lui dit : « Je vois… »
- "Quoi ? Oh non ! Je ne veux rien avoir à faire avec lui !"
- "Ex petit-ami ? Sans être indiscret bien sûr..."
- "Longue histoire mais non, plutôt quelqu'un que j'évite en temps normal."
- "Noël n'est pas un temps normal, vous ne savez pas ce qu'il peut arriver."
Comme pour appuyer ces propos, Hermione croisa le regard insistant de Drago. Sa conquête lui passa la main sur la joue, pour qu'il reporte son attention sur elle. Hermione détourna la tête.
- "Il y a des choses dont je suis sûre, et le fait qu'il ne se passera rien est pour moi une certitude." conclut-elle.
- "Faites-moi confiance, tout peut arriver en cette période ! Tout au long de ces années, j'en ai vu des gens se détester puis s'aimer. Certains reviennent régulièrement fêter leur rencontre ici ou se remémorer leurs amours perdus."
- "Vous venez chaque année dans cet hôtel ?" Hermione était soulagée que le sujet de discussion ne la concerne plus.
- "Je ne le quitte jamais. Je me présente, Alfred Withers, directeur de l'hôtel Winterland Lodge."
- "Oh, excusez-moi, je ne vous avais pas reconnu, Mr Withers !" Hermione était confuse, la discussion qu'ils avait eue lui semblait désormais un peu inappropriée.
- "Comment auriez-vous pu ? C'est un petit passe-temps que de discuter avec des gens qui ne me connaissent pas !" dit-il, souriant. Hermione se relaxa un peu. "Laissez-moi vous donner un conseil Mademoiselle, ne laissez pas passer une chance d'apprendre à le connaître, c'est un bon garçon ce jeune homme."
Sans qu'elle ait le temps de répondre, il sourit, puis déclara "Le devoir m'appelle, passez une bonne soirée mademoiselle !". Il s'éloigna, laissant Hermione perplexe. Ainsi, le directeur connaissait Drago et sa famille.
Finissant son verre d'une traite, elle monta dans sa chambre, lire un peu le Marchand de Venise.
Vers 1h du matin, alors qu'elle s'était assoupie sur le livre, un bruit dans la serrure la réveilla en sursaut. Derrière la porte, des bruits étouffés lui parvinrent. Elle tourna la clé, ouvrit la porte, et percuta le visiteur, ou plutôt les visiteurs qui étaient appuyés dessus, s'écroulant tous par terre.
- "Aie ! Malefoy ?"
- "Oh ! Granger ! Qu'est-ce que tu fais dans ma chambre ? " S'étonna Drago, visiblement éméché. La brune qu'il serrait dans ses bras quelques instants plus tôt marmonna un truc puis s'endormit immédiatement, à même le sol.
Drago était couché sur Hermione, visiblement excité par la nuit qui l'attendait. Hermione, gênée, le repoussa sans ménagement. Basculant sur le côté, elle lui dit :
- "C'est ma chambre Malefoy, tu t'es trompé et tu m'as réveillée par la même occasion." Drago se redressa et regarda autour de lui, ne pouvant constater qu'effectivement, ce n'était pas sa chambre. Il aperçut l'exemplaire du marchand de Venise sur la table de chevet. Hermione regarda Drago se lever, la chemise ouverte sur un torse ciselé, la ceinture défaite. Elle détourna le regard.
- "Fais pas ta prude. Alors, tu en penses quoi ?"
- "De toi ? Je... je... "
- "Du livre, Granger". Drago donna un coup de tête en direction du lit.
- "Oh ! Euh, ça va. Pour quelqu'un qui n'aime pas les romances, ça me surprend que tu me l'ai conseillé."
- "Je n'ai pas dit que je n'aimais pas les romances, Granger. Juste que mourir par amour, je trouve ça bête. Et voir les filles se pâmer devant un tel idiot, ça me déconcerte totalement."
- "Ils préfèrent mourir ensemble que d'être séparés par des querelles stupides. C'est vrai que mourir c'est un peu idiot pour en profiter, mais ils sont amoureux, plus rien n'a de sens dans ce cas. Alors que dans ton livre, il doit prouver sa valeur par un choix sans queue ni tête imposé par le père de celle qu'il aime. Ça n'a pas plus de sens."
- "Au moins, il n'abandonne pas son ami. Il ne quitte pas tout pour mourir avec une presqu'inconnue."
Un ange passa sans qu'ils ne se quittent du regard. Hermione se sentit soudain presque nue dans son pyjama en soie, dont la bretelle fine lui tombait sur l'épaule. Elle sentit le regard éméché de Drago se balader sur son corps. La brune évanouie émit un grognement.
- "Charmant", dit Drago
- "En effet, il serait temps que tu la ramasses et que tu la ramènes où tu veux. Ne la laisse juste pas là s'il te plait, je voudrais me recoucher."
- "Ah oui, je l'avais oubliée celle-là." Hermione se demanda du coup à qui le "Charmant" qu'il avait lancé était destiné.
Drago se pencha pour la relever. "Je crois que ma nuit est fichue" dit-il, la calant sur ses épaules, comme un sac de patates. Il se retourna, puis franchit la porte. Au dernier moment, alors qu'Hermione avait la main sur la poignée, il se retourna vers elle et dit : "A moins que..." Un sourire carnassier ourla ses lèvres.
- "Charmant. Tu as trop bu, Malefoy. Bonne nuit." Hermione claqua la porte, juste le temps d'entendre un "Bonne nuit, Granger."
Une lumière aveuglante transperça la baie vitrée, réveillant Hermione. Elle avait mis longtemps à se rendormir à la suite de la venue de Drago, se repassant la conversation en boucle. La neige était tombée toute la nuit, couvrant le flanc de la montagne d'un manteau blanc. Nous étions le 24 décembre, le jour du réveillon de Noël. Les yeux cernés, elle entreprit de se rafraichir et de masquer les dégâts de la nuit. Après avoir petit-déjeuné, elle prit son livre d'arithmancie et se rendit vers le patio de l'hôtel pour relire ses notes au calme. Elle était là depuis trois jours et n'avait pas encore ouvert ses cours. Elle comptait se recentrer sur le programme qu'elle s'était fixé, les évènements des derniers jours ne devaient pas faire varier ses plans. Sur les coups de onze heures trente, elle remonta poser son livre et trouva une enveloppe sur la table de sa chambre. Celle-ci était dorée et la carte à l'intérieur était en papier vélin épais. En l'ouvrant, elle lut, marqué dans une écriture régulière :
L'hôtel Winterland Lodge a le plaisir de convier
Mademoiselle Hermione Granger
A l'évènement annuel de nouvel an
LE GRAND BAL MASQUE DE L'HIVER
Sous le mot, était indiqué : Vingt heures trente, salle de bal, tenue correcte exigée. Un petit mot était ajouté manuellement : "Joyeux Noël, Melle Granger. A. Withers".
Ravie, Hermione rangea précieusement l'invitation dans sa table de chevet. Tout en rêvassant, elle descendit vers le vestibule, direction la salle de repas. Quelques cris étouffés parvinrent à ses oreilles, provenant de l'escalier. Du haut de son palier, elle entendit :
- "Arrête de pleurer, tu sais que ça ne comptait pas hier soir. Je te l'ai dit, je ne passe pas plus d'une soirée avec les femmes." La voix de Malefoy était glacée, presque exaspérée.
- "Mais, on pourrait se revoir, c'était bien hier. Je suis sûre que tu as aimé ça..." dit-elle, aguicheuse.
- "Premièrement, il ne s'est rien passé, je t'ai déposé à ta chambre, tu étais trop bourrée. Je ne viole pas les filles, je les préfère plus vivantes quand je couche avec. Deuxièmement, tu as eu ta chance, tant pis pour toi. Troisièmement, tu m'ennuies."
Hermione étouffa un rire. Ainsi, Malefoy n'avait pas conclu hier. Elle se sentit un peu mal pour elle, mais après tout, elle n'avait pas l'air de se souvenir de grand-chose. Elle l'entendit dévaler les escaliers, et Malefoy souffla.
- "Tu as les oreilles qui trainent Granger ?". Démasquée, Hermione descendit les quelques marches qui les séparait.
- "Je ne voulais pas... je suis désolée." dit-elle, penaude.
- "Ouais, c'est ça." Il commença à s'éloigner, puis se ravisa et dit : "Si tu répètes ça à quelqu'un... "
- "Crois moi, j'en ai bien assez vu hier." répliqua Hermione, se raidissant devant l'air menaçant de Drago.
Drago eu un sourire en coin, et ajouta, plus bas à son oreille : "Moi aussi, Granger." Hermione s'écarta brusquement de lui, et se rua vers la salle de repas. Elle trouva la table de ses parents, et se lança dans une grande conversation avec eux, évitant soigneusement tout regard en dehors de sa table. La proximité de Malefoy lui avait donné une légère boule au ventre, qu'elle mit sur le compte de la honte, et elle eut du mal à trouver l'appétit. A force de se concentrer sur la conversation, elle finit par oublier ce qui la tracassait et leur parla de l'invitation pour le bal.
- "Au fait, tu as trouvé ce que tu cherchais au marché hier Hermione ? " demanda sa mère.
- "Oui, j'ai tous mes cadeaux. J'ai rencontré quelques personnes également, dont un garçon qui va travailler au ministère de la magie en Russie !" Elle passa sous silence la robe, n'espérant plus désormais la revoir.
- "Merveilleux, et il est comment ce garçon ? " demanda sa mère, soudain curieuse.
- "Euh, il a l'air sympa. Il s'appelle Max." dit Hermione, ne sachant pas trop quoi répondre.
- "Il va peut-être te proposer de l'accompagner au bal !" Sa mère semblait convaincue d'avoir eu l'idée du siècle. Elle fit un clin d'œil à sa fille, qui ne savait plus où se mettre.
- "Oui peut-être..."
Son père, qui voyait son embarras et que la conversation lassait, changea de sujet.
- "Hier, on a rencontré la mère d'un de tes amis, au fait."
Hermione, surprise, demanda de qui il parlait.
- "Elle s'appelle Narcissa. Une femme charmante. Elle vient ici tous les ans parait-il." dit joyeusement sa mère, coupant la parole à son père.
Hermione faillit s'étouffer avec sa purée.
- "Nous avons eu la suite qu'elle occupe d'habitude. Son fils s'appelle Drago, il va à Poudlard aussi, tu le connais ?" reprit son père.
Hermione se reprit tout en pleine face. "Euh oui, on ne s'apprécie pas vraiment, il est à Serpentard. Harry et lui ne sont pas très copains, il a pris le mauvais parti durant le temps de la guerre."
- "Ah ? Sa mère est pourtant adorable. Il a surement fait une erreur de jeunesse. Elle me disait que son mari est quelqu'un de dur, mais il aime son fils. Ce n'est parfois pas évident de suivre le droit chemin quand on a le mauvais exemple."
Hermione voulait vraiment échapper à cette conversation. Elle prétexta un mal de ventre, puis fila vers sa chambre. Pourquoi tout la ramenait à lui ? Elle se coucha un moment sur son lit et finit par s'endormir, la tête embrouillée.
Elle se réveilla en sursaut de sa sieste, vers vingt heures. Le réveillon ! Descendant presque en courant, elle stoppa lorsqu'elle remarqua le groupe de personnes agitées dans l'entrée. Elle repéra son père, et lui demanda ce qu'il en était.
- "Narcissa a disparu. Elle est partie se balader en forêt vers quatorze heures, et elle n'est pas rentrée. Nous partons faire un tour par petits groupes pour essayer de la trouver."
Narcissa lui avait toujours paru être une femme douce et aimante. Hermione s'inquiéta pour elle. Sans réfléchir, elle remonta chercher son manteau et se joignit au groupe qui partait.
Le guide déclara : "Nous allons prendre le sentier jusqu'à la maison du gardien, et nous reviendrons. Les températures sont polaires en ce moment, et le blizzard menace de tomber."
Ils se mirent en route, marchant pendant une bonne heure à la lisière des bois. Hermione regrettait de ne pas avoir pris le temps de s'habiller plus chaudement. La neige s'épaississait, et elle y voyait de moins en moins, malgré le sort d'illumination qu'elle avait lancé à son départ. Elle remarqua un bout d'étoffe, et s'arrêta pour le décrocher du buisson. L'opération lui prit quelques minutes, pour ce qui s'avéra être une moufle d'enfant.
Le groupe quant à lui avait continué à avancer, si bien qu'Hermione ne les voyait déjà plus. Paniquée, elle suivit encore un peu le sentier, criant le nom de ses parents, mais le vent couvrait sa voix. Elle voulu lancer un sort pour se repérer, mais l'opacité de la nuit et le froid l'empêchaient de lancer un sort de guidage correct. Avançant difficilement, espérant tomber sur la maison du gardien, elle aperçut une lumière dans le blizzard. Elle marcha dans sa direction. Soudain, son pied se prit dans une branche et elle tomba dans la neige. Sa tête heurta une pierre et elle perdit immédiatement connaissance.
