Bonjour à tous !
Me revoilà encore une fois avec un OS Les Royaume de Feu !
Cette fois, c'est sur un personnage un peu laissé de côté (même s'il y a quatre fics sur lui en anglais) (oui j'ai compté), j'ai nommé : Orca !
(Non, vous n'aviez pas du tout remarqué alors que c'est le nom de la fic)
Bref, c'est parti pour la lecture ! (ou pas)
Depuis qu'elle était sortie de l'œuf, Orca savait qu'elle était spéciale.
Tout le monde le lui disait, en particulier sa mère qui lui répétait en permanence combien elle était fière d'elle. Son père aussi le lui disait, et il lui donnait toujours des conseils sur son futur règne, mais il s'entêtait à lui dire qu'elle avait tout le temps avant de vraiment y penser.
Mais au contraire, Orca voulait y penser maintenant ! Elle avait tellement hâte d'être reine, elle en trépignant déjà d'impatience ! Elle savait qu'elle serait bien meilleure que sa mère, qu'elle serait crainte et respectée à travers tout le Royaume de la Mer, voir à travers tout Pyrrhia ! Elle ne voulait pas attendre. Elle voulait régner, et tout de suite !
Mais elle devait ronger son frein : sa mère était trop forte, et elle était trop jeune pour réussir à la vaincre. Et puis, au fond... elle n'avait pas vraiment envie de la tuer. Devenir reine, oui, mais pas tuer sa mère.
Elle avait fait des centaines de recherches pour trouver une façon pacifique d'obtenir le trône, mais rien de concluant n'en était sorti. Il n'y avait aucune trace d'une reine ayant abdiqué, absolument rien qui pourrait sauver sa mère. Elle avait dû se résigner. Si elle voulait le trône - et elle le voulait plus que tout - alors elle allait devoir tuer sa propre mère.
Après, elle avait des raisons d'être impatiente, elle ne voulait pas le pouvoir juste pour le pouvoir. Elle savait que beaucoup considéraient sa mère comme une des meilleures reines ayant vécu au Royaume de la Mer, mais... elle avait certaines réserves de ce côté là. Déjà, sa mère n'était certainement pas la meilleure reine de tout les temps. Certes, la vie au Royaume de la Mer n'était pas si laide, au contraire elle était même bien, mais... les Ailes de Mer n'avaient pas le droit de vivre en dehors de leur Royaume. S'ils avaient le malheur de décider de vivre leur propre vie ailleurs, un peu plus loin, ils étaient traités comme des parias et n'avaient plus jamais le droit de rentrer. Les traitres - ou les présumés traitres - était bannis à jamais, voir pire. Orca avait entendu que certains étaient torturés pendant des heures pour espérer obtenir des informations, alors que certains avaient juste fui l'horreur de la guerre. La guerre, parlons en ! C'était le commandant Requin qui décidait qui devenait soldat, et Orca avait vu des dragonnets des bas-fonds à peine plus vieux qu'elle partir aux combats pour gagner de quoi nourrir leur famille. Les familles des conspirateurs étaient envoyées en première ligne en représailles, leurs enfants était emmenés le plus loin possible des deux palais, sans espoir d'être traités comme des membres du clan à part entière pour le reste de leur existence. Les blessés étaient à peine pris en compte, dès qu'ils étaient assez guéris pour retourner se battre, on les renvoyait à l'abattoir. Dans les écoles, ou en tout cas, dans celles que fréquentaient les dragonnets normaux, on apprenait l'aquatic, à lire, l'histoire de Pyrrhia, le pourquoi du comment de la guerre et à rester à sa place. Les nobles eux, étaient des privilégiés. C'était pratiquement eux qui choisissaient ce qu'ils apprenaient, et en plus ils avaient des professeurs particuliers !
Et Orca ne pouvait rien faire contre ça tant qu'elle n'était que princesse.
Une autre raison pour laquelle elle voulait changer les choses, c'était le Grand Conseil. Quand elle était petite, elle ne voyait pas du tout à quoi ça servait. Une reine était assez puissante pour prendre les décisions seule, non ? Et puis, en grandissant, elle avait enfin compris son intérêt et à quoi il servait - du moins, était sensé servir. À l'origine, c'était pour avoir l'avis de dragons du peuple, choisir les meilleurs décisions dans son intérêt, pas principalement celui des familles de la noblesse. Et ça le serait si ses membres ne faisaient pas partie exclusivement des dragons haut placés de part leur naissance ! Si elle devenait reine, elle renverrait tous ces dragons inutiles et prendrait de vrais conseillers, pas ces espèces de charognards empâtés !
Bon, il y avait aussi une raison plus... personnelle. La reine Corail voulait absolument lui trouver un mari.
Un mari. À quatre ans. Sérieusement. Orca s'était demandée plusieurs fois si elle avait vraiment une tête à en vouloir un. Quand elle regardait son reflet, elle en déduisait que non, décidément, rien ne peut laisser penser à ma mère que je veux un mari. Rien. Mais ça tournait tellement à l'obsession pour sa mère qu'elle parvenait à lui faire douter de ses propres convictions !
En plus, elle lui avait trouvé le pire des prétendants, qui était dit parfait selon elle. Parfaitement idiot, oui ! Sérieusement, Orca n'avait jamais entendu ni vu aucun dragonnet plus moche et rasoir que ce Jacuzzi. Et puis sérieusement, Jacuzzi ? Quel nom stupide !
Et puis, un mari pour faire quoi ? Avoir des enfants ? Des filles ? Se faire tuer dès qu'elles seront adultes ?
Hors de question !
Elle, elle n'était pas comme sa mère. Elle savait qu'une quelconque vie de famille était impossible quand on était de sang royal. Même avec seulement des mâles comme dragonnets. Et Orca ne voulait pas mourir. Elle serait reine, impitoyable avec n'importe qui, en particulier avec sa "famille". Si famille il y a. Et ça, c'était loin d'être certain, surtout qu'elle n'en avait jamais voulu. Et elle espérait bien que ça ne serait jamais le cas.
Et puis, elle avait un bon moyen pour ne pas en avoir. Jamais. Un très, très bon moyen.
Un petit quelque chose qui la rendait plus spéciale que n'importe qui.
Elle était une animus.
Elle l'avait compris à l'âge de deux ans. Elle n'arrivait pas à faire rentrer un fil dans un trou de coquillage (elle comptait en faire un collier pour sa mère) et avait fini par lui crier d'aller se faire avaler par une baleine obèse. Et sous ses yeux médusés, le fil avait quitté ses pattes pour plonger sous l'océan, flottant à la vitesse de l'éclair. Elle avait regardé ses pattes, puis le coquillage qu'elle tenait toujours, n'en croyant pas ses pupilles. Ensuite, ayant un peu peur de ce qu'elle croyait comprendre, elle avait pris un autre fil et lui avait ordonner doucement de rentrer dans le trou du coquillage.
Ce qu'il avait fait sous ses yeux ébahi. En mode automatique, elle avait fait le nœud, incapable de penser à ce qu'elle venait de voir.
Elle était rentrée, toujours sans réfléchir, refusant de regarder ce collier.
Une fois dans sa chambre, longtemps après, elle avait enfin réfléchi à ce qu'il s'était passé. Elle avait ordonné au fil de s'enfiler dans le trou. Il l'avait fait. Elle avait eu beau retourner la question dans tout les sens, elle n'avait trouvé qu'une seule réponse :
Elle était animus.
C'était génial. Enfin, elle le pensait. Peut-être. Ou peut-être pas. Un étrange sentiment lui avait serré le cœur quand elle avait réfléchi à le dire à ses parents. Elle était étrangement inquiète rien que d'y penser. Une seule conclusion possible à ce malaise : elle ne devait surtout pas le dire. À personne.
Mais pour en être sûre, elle avait cherché tout ce qui était possible de chercher sur les animus. Elle avait lu tous les parchemins les concernant, que ce soit des animus célèbres ou non. Ce qu'elle avait appris l'avait à la fois émerveillé et terrifié.
Bien sûr, elle savait déjà ce qui était arrivé à son célèbre ancêtre animus, Albatros. Elle savait qu'il avait construit le Palais d'été entier grâce à ses pouvoirs. Elle savait aussi qu'il était devenu fou peu après.
Mais elle avait toujours pensé que c'était un cas isolé, rien d'autre, une anomalie en quelque sorte.
Et puis elle avait lu la Légende de Spectral, le Spectre des Ténèbres, le Cauchemar des Ailes de Nuit, la Hantise des Ailes de Glace.
Ça l'avait dissuadé de faire quoi que ce soit de ses pouvoirs pendant très longtemps.
Mais ce pouvoir caché restait dans un coin de sa tête, tout le temps, ne lui laissait aucun instant de répit. Quelque chose la poussait à s'en servir, peut importe pour quoi. Elle savait que si elle écoutait ce murmure, elle se perdrait. Alors, elle avait tout essayé pour ne plus l'entendre, l'oublier, le faire taire à jamais. Elle avait commencé le chant, s'était plongée dans les études, avait appris à se battre, à diriger le royaume, à amener des soldats se battre (en théorie), à faire un discours parfait, à convaincre, tout.
Mais rien, absolument rien n'arrêtait ce murmure au fond de sa tête. Tout ses efforts était inutiles contre ce chuchotis permanent qui envahissait son esprit.
Et puis elle avait découvert la sculpture.
C'était... magique.
Bien plus que ses pouvoirs animus, qui lui semblaient n'être rien de plus qu'une malédiction à l'époque.
De ses griffes seules, elle pouvait créer n'importe quoi. Des hippocampes, des baleines, des dauphins, des dragons, absolument tout. Quand elle sculptait, elle ne pensait enfin à rien. La voix se taisait, disparaissait.
Elle adorait ça. Elle aurait pu passer ses journées à modeler un petit bloc d'argile pour en faire une étoile de mer parfaite. C'était ses plus beaux souvenirs, d'aussi loin qu'elle se souvienne.
Mais ce calme, cette échappatoire ne pouvait pas fonctionner éternellement.
Trois ans, pour être exact. Après, la voix reprit, bien plus forte, en permanence, lui hurlant d'animuser telle ou telle chose, que ce serait plus pratique, plus juste, ou simplement amusant. Elle avait résisté, au début. Vraiment. Comme elle pouvait. Le plus possible.
Et puis sa mère avait parlé d'attendre de nouveaux œufs. Avoir de nouveaux dragonnets. Agrandir la famille.
Ça avait déclenché quelque chose tout au fond de son être.
Ses rêves de pouvoir lui étaient revenus en pleine face. Le fait qu'elle ne voulait pas tuer sa mère. Le fait qu'elle avait déjà cinq ans. Le fait qu'il lui restait deux ans avant de pouvoir la défier. Le fait que si elle avait des sœurs, elle devrait les tuer. Toutes.
Le fait qu'elle ne gagnerait pas toujours contre des dragonnes plus jeune et plus vives qu'elle. Le fait qu'elle ne serait pas toujours dans une aussi bonne santé.
Parfait. Elle connaissait déjà ses objectifs. Devenir reine. Ne pas mourir.
Elle avait un pouvoir immense entre les griffes. Au fond, qu'est-ce qui l'empêchait de l'utiliser ? Cette crainte tapis au fond d'elle que ça pourrait très mal finir ?
C'était ridicule. Elle était spéciale. Intelligente. Elle saurait ne pas se faire dévorer pas ses pouvoirs. Elle ne les utiliserait qu'en dernier recours. Pour sa survie uniquement. Surtout pas pour se battre. Ce serait déloyal, en plus d'être très dangereux.
Non, elle n'utiliserait ses pouvoirs que pour une chose.
Tuer toutes les potentielles héritières du trône.
Ça y était.
Orca était face à sa mère, entourée par la mer et les murs de la salle du Défi du Palais des Profondeurs. Aucune échappatoire, mais assez de place pour se mouvoir facilement à deux, et surtout assez de place pour se battre.
Depuis des jours et des jours que la jeune dragonne attendait ça. Sa mère n'en avait pas cru ses oreilles quand elle l'avait défiée. Normal. Aucune prétendante du trône ne défiait la reine en place le jour de ses sept ans. Trop tôt. Pas pour Orca.
Pour elle, c'était même tard. Elle se sentait prête à régner depuis le jour où on lui avait expliqué ce qu'elle était sensée faire pour y parvenir. C'est à dire il y a longtemps. Très longtemps pour elle.
Le matin même, elle avait offert une statue d'elle-même à la nurserie royale. Une statue animusée. Au fond d'elle, Orca savait que ce n'était pas vraiment une bonne chose. Le froid intense entre ses griffes le lui rappelait bien. Mais elle n'avait pas le choix. Elle ne voulait pas d'autres futures candidates au pouvoir.
Elle avait longuement réfléchi à son enchantement pour qu'il soit aussi parfait que possible. Il stipulait : "Animuse cette statue pour qu'à chaque fois que la nursery royale sera vide de dragons et dragonnes, que la porte de la nursery sera fermée et qu'il y aura des héritières du trône à l'intérieur, elle tue les héritières femelles du trône royale, excepté moi. Si malgré tout une princesse survit, enchante cette statue pour qu'elle se réanime et fasse son devoir stipulé précédemment lorsque les conditions seront réunies. Dès que quelqu'un pénétrera dans le tunnel qui mène à la nursery, quel qu'il soit, la statue reprendra immédiatement sa place et sa position initiale jusqu'à ce que les conditions soient à nouveau réunis. De même si un dragon non mentionné dans l'enchantement entre dans la nursery et y reste."
Elle avait déjà fait des essais avec des pierres pour remplacer les princesse et avait apporté de nombreuses modifications pour que rien ne lui échappe et que cet enchantement soit indétectable.
C'était son dernier objet animusé. Son chef-d'œuvre en quelque sorte, sauf qu'il était un peu trop meurtrier pour vraiment être considéré comme tel. Son chef-d'œuvre, c'était plutôt la statue. Elle était parfaite. Mortelle, mais parfaite. La dragonne avait fait en sorte que toute les articulations soient parfaitement maitrisées pour que la statue puisse se mouvoir facilement une fois enchantée, qu'elle soit légère pour faire le moins de bruit possible et pouvoir se déplacer vite et bien. Ses griffes et ses dents étaient acérés juste comme il fallait, tranchantes comme des vraies, voire plus. Parfaite, vraiment.
Elle avait choisi de la faire à son image pour surveiller les œufs dans la nursery, même indirectement, et pour que la première chose que les dragonnets voient soit leur reine. Pour qu'ils ne l'oublient jamais et qu'ils restent à leur place une fois éclos. Et aussi parce qu'elle était son meilleur modèle pour étudier les articulations. Elle n'aurait pas supporter de voir un dragon se tortiller pendant des heures pendant qu'elle le sculptait. Qu'est-ce que ça l'énervait quand un modèle bougeait dans tous les sens pour se grattouiller !
Enfin bon, ce n'était pas le moment de penser à ça.
Elle y était enfin. Face à sa mère, elle allait prendre ce qui lui revenait de droit depuis la naissance.
C'était la fin.
Orca tenait la vie de sa mère entre ses griffes. Elles avaient combattu longtemps, sa mère était couverte de sang et elles étaient épuisées toutes les deux. Mais Orca avait fini par avoir le dessus. Il ne lui restait plus l'égorger et le règne pathétique de la reine Corail prendra fin. Elle allait enfin être reine !
Perdue dans ses pensées, pourtant très peu de temps, Orca ne vit pas sa mère se retourner brusquement pour se redresser.
La douleur lui vrilla les écailles. Un gargouillement informe s'échappa de sa gorge en même temps qu'un flot de sang.
Corail s'était retournée et la regardait, horrifiée.
Sa fille baissa les yeux.
En plein milieu de son torse, l'hideuse corne de narval qui ornait la queue de sa mère la transperçait de part en part. Orca tenta vainement de bouger, ne réussissant qu'à accélérer encore plus l'écoulement du sang.
NON ! Pas maintenant ! Pas comme ça ! Elle... elle était si proche du but ! Elle ne pouvait pas finir sa vie comme ça, à peine commencée !
- ORCA ! Hurla sa mère, se dégageant brusquement et oubliant toute velléité à se battre pour soulever sa fille chérie entre ses pattes. Tu... tu ne peux faire ça ! Ne nous abandonne pas ! On... on a encore pleins d'années devant nous pour être en famille, ne pars pas !
Mais Orca ne l'écoutait plus. Elle sentait la vie qui s'écoulait hors d'elle en même temps que son sang. Trop vite. Beaucoup trop vite. Sa vue s'obscurcissait progressivement dans le même temps. Tout ce qu'il restait de net, c'était le museau dégoulinant de larmes de sa mère. Alors, c'était là sa fin ? Elle allait mourir comme ça, entre les pattes de sa mère, à cause d'une bête faute d'inattention ? Sans rien avoir accompli ?
Est-ce que c'était si important, en définitive ? Tous ce qu'elle avait réalisé dans sa vie, toutes ses attentes lui paraissaient vaines et insignifiantes, à présent qu'elle était aux portes de la mort. Elle avait frôlé son rêve du bout de la griffe pour qu'il s'éloigne de plus en plus, hors de sa portée à tout jamais.
Elle eut une dernière pensée pour toutes ces princesses qu'elle avait vouées à la mort, pour rien. Enfin, une personne allait quand même pouvoir en profiter.
- J'ai eu tout faux, haleta-t-elle sous la douleur pour sa mère, son monde s'assombrissant de plus en plus vite. Maintenant, tu vas régner éternellement, n'est-ce pas, Mère ? Tu devrais me remercier, souffla-t-elle, délirant un peu sous la fièvre. Personne ne pourra plus te tuer, désormais, murmura-t-elle dans un dernier souffle, s'éteignant dans les bras de sa mère qui l'avait tant aimé.
Et voilà ! J'espère que ça vous a plu !
Bon, j'ai peut-être un peu extrapolé pour les reproches à Corail. J'aurai bien aimé qu'Orca parle des parchemins de Corail qui sont obligatoires dans le programmes scolaires, mais, pas de chance, elle les avait pas encore écrits avant la mort de sa fille. Donc j'ai un peu inventé pour qu'elle ait des motivations compréhensibles. J'espère que ça vous va comme ça.
À la prochaine et prenez soin de vous !
