- « Hermione, tu viens ? » demanda sa mère.

La journée du lendemain s'était écoulée sans que rien de remarquable n'arrive. Elle avait révisé, fini son livre, et était allée nager. Ces temps un peu seule lui avaient permis de prendre du recul. La relation avec Drago, elle devait l'admettre, avait changé. Mais elle le savait aussi, tout reprendrait sa place à la rentrée. Oublié, ce baiser échangé quelques jours plus tôt dans la chambre de Drago et ces instants volés. Oublié la sincérité, et oublié les conversations qui ne tournaient pas autour du quidditch.

Elle avait pris le temps de répondre à Harry hier, omettant délibérément les évènements avec le Serpentard. Il ne comprendrait pas, elle le savait. Tout ce à quoi elle aspirait maintenant, c'était de profiter du temps avec ses parents et de danser au bal. Si elle avait toujours un cavalier.

Max n'avait plus donné signe de vie depuis l'avant-veille, depuis qu'il avait quitté la grande salle précipitamment, son ex dans les bras. Elle qui était partie du château sans un prétendant, elle se retrouvait désormais au cœur d'un triangle amoureux entre un charmant jeune homme encore potentiellement attiré par une autre, et son rival de toujours. Alors quand sa mère lui avait proposé une sortie en famille le lendemain, elle s'était empressée d'accepter.

Secouant la tête, elle enfila son manteau et rejoignit ses parents. La calèche arriva devant le porche, et ils grimpèrent à l'intérieur, suivi par Jack, Teresa, et … Max.

- « Où est Charlie ? » demanda son père.

- « Avec son grand-père. Alfred l'a quasiment kidnappé ! » plaisanta Jack.

Max était assis, silencieux, jetant quelques regards d'excuse à Hermione. Ses lèvres formèrent les mots « Il faut qu'on discute ». Hermione acquiesça discrètement. La calèche roula environ une heure. Quand ils mirent pied à terre, Hermione découvrit une superbe tour médiévale, se dressant au milieu d'un loch. Le niveau d'eau était assez bas pour y accéder à pied, mais l'endroit était réputé dangereux car en risque d'écroulement, si on en croyait l'écriteau de bois usé par le temps en bord du loch. Enfin, pour les moldus.

Il était encore tôt dans la matinée, et Hermione se sentait aventureuse. Promettant de rejoindre ses parents pour le déjeuner, elle prit la direction du centre du loch, non sans lancer un signe à Max de la suivre. Elle commença à marcher, sautant parfois de rocher en rocher, Max quelques pas derrière elle, silencieux pour l'instant.

Lorsqu'elle atteint l'îlot, une bourrasque glacée souffla et les herbes se couchèrent brièvement. La tour dévoila soudain sa face cachée : alors qu'elle n'était que ruines pour le promeneur du dimanche, elle se dressait désormais fièrement, les bans s'agitant doucement dans le vent. Pendant qu'elle s'abritait dans l'entrée de la tour, une deuxième bourrasque souffla et elle sut que Max avait atteint la rive. Elle déverrouilla la porte d'un coup de baguette, qui, s'ouvrit, non sans difficulté. Un rayon de lumière pénétra à l'intérieur, et elle eut soudain la sensation de se retrouver de nouveau dans la bibliothèque, seule dans la pénombre. Elle repéra un foyer de cheminée, où restait quelques buches de bois. Allumant un feu d'un coup de baguette, elle entendit la porte claquer derrière et Max se secoua pour retirer son manteau gelé. L'endroit lui rappelait la cabane de Romeo, quelques jours plus tôt. Mais la compagnie était différente. Max la regardait, semblant attendre qu'elle parle en premier.

- « Je suis déso… » dit Max

- « Alors tu es… » dit Hermione au même moment.

Un rire gêné s'en suivit. Hermione fit signe à Max de parler en premier.

- « Je suis désolé de t'avoir laissée. Mia était tombée, et Drago ne bougeait pas. »

- « Elle a toujours de l'importance pour toi, n'est-ce-pas ? » demanda Hermione, ignorant l'évocation du nom de Drago pour l'instant.

- « Oui. Notre histoire a été importante, et je dois admettre qu'elle l'est toujours. ».

Max fit quelques pas, se tenant la nuque.

- « Et pour elle ? Elle a toujours des sentiments pour toi ? »

- « Oui, enfin je pense. Nous avons beaucoup discuté à l'infirmerie. Je pense que nous allons nous revoir. » Soudain l'air soucieux, il ajouta : « C'est curieux, mais je ne savais pas quoi en penser, et maintenant les mots sortent tout seul. C'est comme si je m'avouais la vérité sans le vouloir… »

Hermione l'avait ressenti aussi. Elle qui voulait la vérité, la voilà servie. Un nœud se dénoua dans son estomac.

- « Je n'aime pas cela, mais je dois avouer que je suis un peu soulagée. »

- « Soulagée ? » Max avait l'air surpris.

- « Je sentais que ce n'était pas fini, et je ne voulais pas que nous allions trop vite, puis que tu réalises que tu préfères être avec elle. Au moins, notre histoire aura été belle et brève, comme un amour de vacances. » Hermione sourit, sincère.

- « Je suis heureux que tu le prennes comme ça. Mais j'aurais voulu passer plus de temps avec toi. » Il se rapprocha et la regarda dans les yeux. « Tu es une personne géniale Hermione. »

- « Géniale, mais je n'ai plus de cavalier pour le bal ! » plaisanta-t-elle.

- « Je peux quand même t'accompagner si tu veux, tu sais ! Mia comprendra. »

- « Tu sais bien que tu préfères y aller avec elle, et tu le feras. Vous méritez de profiter de ce moment tous les deux. » répondit Hermione.

Max semblait hésiter à prononcer les mots qui allaient suivre.

- « Et Drago, il ne peut pas t'accompagner ? » Hermione se figea légèrement puis commença à faire les cent pas. Voilà que cette impression curieuse se retournait contre elle, elle allait devoir parler de lui, et sans pouvoir mentir, ni à lui, ni à elle-même.

- « Je pense qu'il ne voudra pas le faire. »

- « Pourquoi ? Tu es géniale, il serait bête de pas se lancer. »

- « Drago et moi, nous avons un passif assez lourd, d'insultes, de combats, de provocations. Nous n'avons pas le même rang social, et la bourbe fait tâche sur la soie à ses yeux. » grimaça-t-elle. Quelques larmes lui montaient au coin des yeux. Admettre à voix haute ce que son esprit pensait tout bas faisait plus mal que ce qu'elle avait imaginé.

- « Conneries ! Drago et moi, on est ami depuis des années. J'en ai vu, des filles pour lesquelles il a craqué à tous les Noël, et je peux te dire qu'il n'en a regardé aucune comme il te regarde toi ! »

- « Pourquoi il ne te parle plus d'ailleurs ? »

- « Mia m'a dit que quand on s'est séparé, elle avait passé une nuit avec lui. Je pense que c'est pour ça qu'il m'évitait. La honte surement d'avoir fait ça à son pote. »

- « Evitait ? Vous êtes réconciliés tous les deux ? »

- « On a parlé hier. Assez longuement je dois dire. Il a pas mal changé, je dois l'admettre. Son père lui manque un peu. Et toi, il s'intéresse à toi bien plus qu'il ne pourra le taire. »

- « Je ne sais pas quoi penser avec lui. Il m'énerve en permanence, pourtant, il est intelligent et cultivé, et il peut être gentil. Je ne le connaissais pas comme ça avant de venir ici. Il est surement plus que le petit con qui me harcèle à l'école. »

Max se mit à rire, et Hermione aussi.

- « Ce petit con est un de mes meilleurs potes tu sais. Et tu lui plais, j'en mets ma main à couper. » Son estomac se noua de nouveau. « C'est pour ça que je n'ai pas trop de scrupules à te laisser au bal, sinon il ne se lancera jamais. » ajouta-t-il à voix basse.

Une bourrasque souffla, faisant trembler la porte. Ils n'étaient plus seuls sur l'ile. Jugeant qu'il était préférable de ne pas expliquer comment ils étaient entrés, ils éteignirent rapidement le feu et sortirent, verrouillant de nouveau la porte qui contenait les secrets de leurs cœurs. Avant de quitter l'île, Hermione remarqua une pancarte de bois, usée par le vent et rongée par le sel. « Et cognoscetis veritatem, et veritas liberabit vos. » Et vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous libèrera. Voilà qui expliquait son étrange impression. Une tour magique, à quoi devait-elle s'attendre ?


Ils rejoignirent leur famille sur la rive, ils arrivèrent au restaurant local, un gargotte dans laquelle on faisait uniquement des produits locaux. Ils plaisantèrent tout le repas et l'après-midi qui s'en suivit, heureux. Quand la mère d'Hermione tenta de savoir ce qu'il se passait entre Max et elle, Hermione ne nia ni n'admit rien, faisant mariner sa mère et rire sous cape son père. Ils restèrent complices jusqu'à leur retour à l'hôtel, en fin d'après-midi. Sur le perron, avant de se séparer, Max serra Hermione dans ses bras, longuement. Ils se séparèrent en un sourire, sans prêter attention à Drago, qui se tenait devant l'accueil, une vue plongeante sur leur étreinte. Excédé, il se retourna vers l'hôtesse qui l'interpellait pour la troisième fois.

- « Mr Malefoy, quel message pour la chambre 615 souhaitez-vous laisser ? »

- « Laissez tomber » dit-il les dents serrées, froissant le papier qu'il tenait dans sa main en une boule qu'il laissa tomber au sol et qui disparut magiquement.

- « Drago ? Je peux te parler ? » Derrière lui, se tenait Hermione, qui le regardait timidement.

- « Non, je n'ai pas envie de parler. » Drago s'éloigna rapidement, avant que les larmes ne lui montent aux yeux. Après tout, ce n'était qu'une femme comme les autres, si elle voulait se taper tous les mecs qui passaient, elle n'avait aucun intérêt. Mais il se mentait, et il le savait.

Hermione était restée coite devant Drago qui s'était enfui. Ca n'allait pas être facile. Remontant dans sa chambre, elle trouva un paquet doré sur son lit. Une enveloppe aux armoiries de l'hôtel était coincée sur le nœud.

« Agis avec gentillesse, mais n'attend pas de la reconnaissance » Confucius avait peut-être raison, mais tant de générosité mérite récompense. Pour mon petit-fils et son soldat de bois, recevez ce présent qui, de source sûre, ne peut qu'être à vos goûts.

Alfred Whiters.

Hermione glissa l'épais ruban qui maintenait la boîte fermée, ouvrit doucement le couvercle et enleva le papier de soie. C'était elle, et elle le savait. La robe, sa robe. Son étoffe était douce, et Hermione la sortit de son écrin. Mourant d'envie de l'essayer, elle la glissa sur elle, et lorsque le zip fut remonté, un masque magique apparu devant ses yeux. Elle était parfaite. Le cœur d'Hermione explosa en se voyant devant le miroir. Elle n'avait jamais imaginé qu'elle serait aussi belle un jour. Une princesse désormais sans prince….