"Tu peux m'expliquer ce que tu faisais dans la zone interdite après le couvre-feu ?"
Hermione se tendit légèrement à ses mots. Ils regagnaient ensemble le dortoir des préfets. Harry marchait à côté d'elle. Il avait sa baguette à la main et une faible lumière sortait de son extrémité. Elle accéléra, essayant inconsciemment d'éviter sa question.
"Malfoy était venu dans la salle commune des préfets, tu sais", elle entendit la voix d'Harry dire. "Je lui ai dit que tu n'étais pas là et il s'est enfui dès que j'ai accidentellement mentionné que tu étais dans la bibliothèque."
C'est comme ça qu'il m'a trouvé alors, se dit-elle.
Harry accéléra la marche et lui bloqua le chemin.
"Alors ?" marmonna-t-il énervé.
Elle ferma les yeux et prit une profonde inspiration. Autant lui expliquer ce qu'elle faisait là-bas. Elle ouvrit les yeux.
"Je faisais des recherches sur le poison de raisin de couleuvre", dit-elle calmement.
Dès que les mots s'échappèrent de sa bouche, le visage de Harry se déforma d'incrédulité.
"Encore ça ?" dit-il irrité. "Hermione, laisse tomber !"
"Non, Harry ! Je ne laisserai pas tomber !" cria-t-elle en colère. Elle en avait assez de tout ça. "Je ne peux pas laisser tomber. Je ne vais pas laisser tomber !"
Elle souligna chaque mot pour accentuer ses propos. Son souffle irrégulier résonnait dans les couloirs silencieux. Elle prit les notes du poison de raisin de couleuvre qu'elle avait noté plus tôt (avant d'être brusquement interrompue par les Serpentards) puis elle les lui jeta au visage avec rage. Harry la regarda, muet comme une carpe. Et puis il se pencha pour les ramasser.
Elle le dépassa précipitamment, sans se soucier de savoir s'il les avait lues ou non.
Harry la suivit de près derrière, elle pouvait entendre ses pas. Elle voulait qu'il la laisse tranquille maintenant. Elle sentit à nouveau des larmes se former dans ses yeux. Elle ne voulait pas craquer devant lui. Pas maintenant Hermione. Pas maintenant.
"Hermione, attends !", dit Harry. Elle s'arrêta et regarda derrière elle, incapable de contrôler sa colère plus longtemps.
"Quoi ?" Elle le poussa violemment, mais il ne bougea que d'un centimètre. Elle le poussa à nouveau, plus fort cette fois. "Tu vas me dire que j'ai besoin d'aller me reposer ? Ou de laisser tomber ?"
Harry la regarda d'un air inquiet et ne dit rien.
"Je ne peux pas laisser passer ça Harry ! Je n'arrive même pas à dormir ! Je ne peux pas fermer les yeux sans voir son visage me dire à quel point il m'aimait, à quel point il nous aimait !"
Elle ne pouvait plus les retenir. Sa vision fut brouillée par toutes ces larmes. Elle sentit des bras s'enrouler autour d'elle fermement.
"J'aimerais que tout cela ne soit qu'un rêve, mais ce n'est pas le cas ! Tout est réel ! Il n'est plus là ! Il n'est plus-" elle ne remarqua même pas qu'elle lui frappait le torse, laissant toute sa rage, toute sa peine sortir. Elle laissa la frustration, le chagrin et la douleur la consumer.
Elle ne pouvait plus s'arrêter de pleurer.
"Je l'entends dire je vous aime les gars ! Et puis il meurt devant moi, encore et encore. Et je ne peux rien y faire !"
Elle serra la robe du sorcier très fort. Ses jambes commencèrent à s'affaisser lentement et elle se sentit glisser de plus en plus vers le sol. Harry la souleva.
Elle se sentit dégoûtée d'elle-même parce qu'elle venait de craquer.
"Je suis désolé", murmura-t-il d'une voix sincère. "Calme-toi", dit-il. Elle sentait qu'il lui caressait les cheveux pour tenter de la calmer.
"Je suis désolé", répéta Harry à plusieurs reprises. "Je suis désolé".
Elle le regarda et s'éloigna immédiatement, secouant la tête. Elle essuya brutalement ses larmes. "Ce n'est pas grave. Tu ne me crois même-" Harry la rejoignit.
"Hermione, je- je te crois."
Draco regardait attentivement sa main pour la cinquième fois consécutive ce jour-là.
Il était assis sur l'un des grands fauteuils de la salle commune des Serpentards, essayant de lire Les arts sombres, la beauté et le pouvoir. Il y avait beaucoup de sorts qu'il pouvait utiliser, mais il ne parvenait pas à se concentrer sur ce qu'il lisait.
Il ne comprenait toujours pas comment il avait pu renoncer si facilement à ces trois connards, alors qu'il était si en colère... alors qu'il était persuadé qu'il allait tous les tuer.
Et pourtant, il ne l'avait pas fait.
La sensation de son toucher contre sa peau lui faisait un bien fou. Elle a toujours su le calmer.
Elle a toujours su le réchauffer.
Sa main était... froide à nouveau, presque comme si elle était morte.
Mais elle n'était pas froide quand elle la tenait...
"Blaise", sa voix était étrangement douce, presque inquiétante. Draco ne prit pas la peine de regarder Blaise quand il l'appela. "Les gens ont un coeur, n'est-ce pas ?"
Blaise le regarda perplexe, trouvant étrange que quelqu'un comme Draco Malfoy lui pose une question aussi inutile.
"Oui", répondit-il à voix basse. "Bien sûr qu'ils en ont un."
Draco marqua une pause de quelques secondes. Il avait l'air d'être en pleine réflexion. Ses yeux étaient toujours rivés sur le livre, mais Blaise avait l'impression qu'il ne le lisait pas du tout. Sans réfléchir, il tourna une page, le son net du parchemin se fit entendre au milieu du silence. "Les gens comme Pansy, Crabbe, ou Goyle aussi ?" dit-il doucement.
"Oui."
"Et même toi ?"
Blaise s'arrêta un moment, évaluant ses actions antérieures. "Oui, je suppose", répondit-il finalement. Son regard ne quitta pas Draco. Il était curieux de savoir pourquoi Draco posait ces questions.
Draco le regarda enfin, son visage éteint de toute émotion.
"Et moi alors ? Tu crois que j'en ai un ?"
La question prit Blaise complètement au dépourvu.
Ce doit être une blague, se dit-il. Mais le regard que Draco avait sur le visage était tout sauf une plaisanterie. Blaise ne put s'empêcher de le regarder bêtement un long moment.
"Je ne sais pas", c'est tout ce qu'il trouva à dire. Il était complètement abasourdi.
C'était une réponse cruelle, vraiment, mais c'était la vérité. Draco était impitoyable et mauvais en tout point. Blaise savait que Draco avait déjà tué et torturé des gens sans pitié à de nombreuses reprises. Et maintenant, il voulait savoir s'il avait un coeur ?
Que se passait-il au nom de Salazar ?
C'était Draco. Il n'a jamais été du genre à se soucier des autres.
Draco le regarda longuement... Et il baissa ses yeux d'argent sur sa propre main. Il semblait troublé et confus à propos de quelque chose. Blaise voulait lui demander, mais il ne dit rien.
Au bout d'une heure, Draco referma enfin son livre et se leva de son fauteuil.
"Oublie ce que je viens de dire." Il reprit de sa voix froide.
Dans un bruissement de ses robes noires, il se dirigea vers la porte.
Il avait besoin d'une distraction pour se changer les idées un moment. Il devait faire quelque chose de productif... sinon il deviendrait fou.
Il força un rire. Il était déjà assez fou, non ?
Peut-être qu'il pourrait en finir avec ces trois Serpentards ?
"Draco !" Il entendit quelqu'un l'appeler. Il ignora la voix et continua à marcher. "Draco attend !" entendit-il à nouveau.
Il se retourna énervé et vit la fille beige courir vers lui. Ou était-ce Bleu ?
Un plan brillant lui vint soudain à l'esprit. Il trouva un moyen de se débarrasser de ces trois bâtards et de Lava Bleu en même temps. Parfait.
"Oui ?" Il força un vrai sourire. Elle s'arrêta pour reprendre son souffle.
"Je n'ai pas eu la chance de te remercier pour les roses, tu te rappelles ?" lui dit-elle. Il fit un sourire en coin. Elle n'avait même pas remarqué que c'était ses roses qui ont tué ce pauvre roux.
Il ne devait pas se montrer surpris. Il était prudent et minutieux. Personne ne saurait jamais que c'était lui qui avait tué Weasley.
"Tout le plaisir est pour moi ", dit-il de façon charmeuse, en prenant soin de ne pas faire sauter sa couverture de gentil garçon. "Pourquoi n'irions-nous pas dans un endroit... moins fréquenté ?"
"Alors, laisse-moi récapituler", dit Harry sérieusement. "Lavande a assassiné Ron ? Lavande ? Lavande Brown ?" Sa voix était pleine d'incrédulité.
"Non, Harry", dit Hermione en parcourant un autre livre volumineux. "Elle a donné à Ron les fleurs qui ont causé sa mort."
"Ça ne veut pas dire qu'elle l'a tué ?"
"Pas vraiment", Hermione le regarda. "Quelqu'un a pu lui dire que Ron aimait les roses ou quelque chose du genre. De plus, nous cherchons la personne qui lui a fait boire le poison, pas celle qui lui a donné les roses."
"Demandons à Lavande alors."
"Nous ne sommes pas encore sûrs. Et si elle est de mèche avec le meurtrier ?"
"Je ne pense pas que quelqu'un comme elle soit capable de quelque chose comme cela Hermione."
"Quelqu'un m'a dit un jour de ne pas sous-estimer les gens comme elle", dit-elle sans réfléchir. Elle claqua la main sur son visage quand elle se souvint que c'était Malfoy qui lui avait fait la morale sur ce point-là.
Elle commençait à penser comme lui. Oh Merlin.
Elle secoua la tête et continua à feuilleter un autre livre.
"Il n'y a rien là-dedans !" dit-elle, frustrée. "Rien ! On ne peut pas retrouver la personne qui a préparé la potion ! Tout ce que nous savons, c'est qu'il est de sang pur et ça ne suffit pas !"
"Je pense à quelques personnes", lui dit Harry en passant sa main dans ses cheveux. "et Malfoy est au sommet de la liste."
"En y réfléchissant bien..." déclara Hermione de façon absente. Les images de la nuit dernière lui revinrent à l'esprit : elle se faisait attaquer, Malfoy la sauvait, Malfoy jeta le sortilège Doloris sans baguette, et Malfoy...ses beaux yeux... obsédants...
"Quoi ?"
" Je- je ne sais pas. "
Elle était assise au premier rang durant son cours d'études sur les Moldus.
Il y avait quelques Gryffondors et Poufsouffle au fond et les Serdaigles étaient assis avec elle devant. Elle était en avance comme d'habitude, le professeur n'était pas encore arrivé. Elle n'arrivait toujours pas à se sortir de la tête le meurtre de Ron.
La porte s'ouvrit brusquement et Draco Malfoy entra.
Il avait une lueur maléfique dans les yeux, mais quand ne l'avait-il pas ? Peut-être que ça la dérangeait davantage aujourd'hui parce qu'il avait l'air (d'une manière un peu malade et démente) heureux.
...ce qui était une très, très mauvaise nouvelle pour elle.
Son regard se posa sur elle instantanément et sa bouche se recourba en un autre sourire.
Les Poufsouffles et les Serdaigles gloussèrent.
"Pousse-toi", dit-il à la personne assise à sa droite. Le garçon effrayé se précipita de se décaler.
Même dans ses moments les plus heureux, Malfoy réussit toujours à provoquer de la peur.
"J'ai décidé que", dit-il avec arrogance dès qu'il prit place. "Tu vas sortir avec moi demain soir."
Hein ?
"Tu es sérieux ?" Elle ne pouvait s'empêcher de rire aux éclats. "Vraiment ?"
Elle s'arrêta immédiatement quand il rapprocha sa chaise de la sienne. Dangereusement proche.
"Est-ce que j'ai l'air de plaisanter ?" Sa voix était remplie de venin. Il avait un sourire calme.
Du moins un sourire calme en apparence, mais elle savait qu'il essayait de contrôler ses expressions.
"Je ne peux pas. J'ai des recherches à faire", elle baissa la voix et essaya de ne pas avoir l'air effrayée.
"De quoi ?"
"Pourquoi devrais-je te le dire ?", elle s'écria avant même de se retenir.
Son sourire diaboliquement beau s'élargit.
"Ce doit être top secret, hmm ?"
Elle secoua la tête sur la défensive. Vraiment, elle n'était pas du tout douée pour mentir.
Il se pencha plus près pour que les autres ne puissent pas entendre sa voix froide. Elle voulait reculer, mais elle ne voulait pas montrer à Malfoy à quel point il l'effrayait.
"Je vais te dire un truc, princesse", commença-t-il à dire. Il prit une mèche de ses cheveux et la fit tourner entre ses doigts. Elle était raide comme une planche à son contact désagréable. "Tu viens avec moi demain et je te promets de ne rien demander sur tes recherches confidentielles."
Peut-être voulait-il la voir seule pour lui faire subir un autre acte diabolique, comme la manipuler pour qu'elle blesse Harry ou lui laver le cerveau pour qu'elle déteste Ron.
"Non."
"Non ?"
"Oui."
"Oui ?"
"Non, je voulais dire oui." Elle frappa sa main sur son visage. "Je veux dire, non, je voulais dire non."
Il sourit à nouveau. "Tu es sûr de ça, Granger ?"
Elle réfléchit un instant, en évaluant ses possibilités. Elle pouvait choisir la facilité et lui parler de son enquête sur le meurtre de Ron pour éviter de sortir avec lui. Mais Malfoy était l'un des suspects. Elle ne pouvait donc pas se permettre de lui parler de ses recherches.
Et si elle se rapprochait de lui, elle pouvait peut-être aussi enquêter sur sa puissante magie. Elle devait savoir comment il avait utilisé un sortilège de Doloris sans baguette.
Elle soupira.
"Tu ne vas pas fouiner dans mes recherches, compris ?" dit-elle vaincue.
Un sourire triomphant apparut sur ses lèvres.
"Jure-le", lui dit-elle sérieusement.
Il posa une main sur sa poitrine de façon théâtrale. "Sur ma vie."
"Bien", murmura-t-elle, pas très sure de sa réponse. Il sourit à nouveau, se leva et la regarda une dernière fois avant de sortir.
Hermione se souvint soudain qu'il n'était pas dans cette classe.
"Tu veux que je vole ? Avec toi ? Ce soir ? Sur un balai ?" répéta-t-elle nerveusement.
"Dire que je pensais que tu étais intelligente", dit-il irrité. Il sauta sur son balai et lui tendit la main. "Viens avec moi."
Elle déglutit et recula. "Je ne pense pas que ce soit une bonne idée."
Son visage était calme, mais ses yeux étaient irrités. Il descendit de son balai et lui saisit le poignet.
"Soit tu montes de toi-même, soit je t'y entraîne. Fais ton choix."
Il lui refit un de ces sourires maléfiques. Les dangereux. Elle ferma les yeux de peur. Elle avait l'impression que ses pieds étaient fixés au sol. Elle l'avait déjà vu voler à plusieurs reprises pendant les matchs de Quidditch. C'était tout sauf rassurant.
C'était un pilote imprudent.
Dans quoi me suis-je embarquée ?
Il pouvait facilement la pousser du balai et faire croire à un accident. Elle frissonna à cette pensée. Non. Malfoy ne ferait pas ça.
"J'ai entendu des rumeurs dont une qui disait que tu ne laissais jamais une fille monter sur ton balai", dit-elle, essayant de repousser le redoutable balai aussi longtemps qu'elle pouvait. Elle eut soudain la nausée.
"Les rumeurs sont vraies", dit-il avec agacement, en l'entrainant par le poignet. Elle gémit de douleur. "Mais tu n'es pas n'importe quelle fille Granger. Je vais faire une exception."
Elle voulait s'enfuir et crier à l'aide.
"Tiens-moi", ordonna-t-il quand elle était sur le balai, et elle le fit. Autant en finir le plus vite possible. "Plus fort."
Quand elle n'écouta pas ce qu'il lui dit, Malfoy tira sur ses mains, ce qui la fit s'écraser sur son dos.
"Ne me lâche pas." Elle sentait son sourire même si elle ne voyait pas son visage. "Tu vas adorer Granger."
