Pourrait faire office de prologue à "Entre Autre" - se passe le premier vendredi après la rentrée de 1993.
Entremetteuse en chef
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Encore plus agacé qu'à l'ordinaire par ses camarades de promotion, ses frères turbulents et le monde en lui-même, Percy Weasley traversait les couloirs de l'école à grands pas, défiant quiconque de se mettre en travers de son chemin. Sa première semaine en septième année avait été longue et périlleuse et le premier tour de garde du weekend ne s'annonçait pas mieux. Il n'aurait jamais dû laisser Chloé Austin et Cédric Diggory, les nouveaux préfets de Poufsouffle se charger de faire le planning du mois de septembre, tout était à refaire, ils n'avaient absolument pas respecté les paires imposées par le règlement. Ils y passeraient certainement des heures, ce samedi, avec son homologue féminin, pour tout arranger. Maisie Andrews, bien qu'elle soit parfois bien insupportable avec sa manie de vouloir recouvrir le monde de cookies - et elle était en passe d'y parvenir - avait le mérite de savoir travailler correctement, et surtout d'être capable de s'adapter à toute la rigidité dont il avait besoin pour se sentir heureux. De plus, elle n'était pas de mauvaise compagnie et il était bien forcé d'admettre qu'elle commençait vraiment à lui être sympathique. Bien entendu, il était absolument hors de question que quiconque l'apprenne, l'encre avait déjà bien assez coulé à leur sujet durant leur cinquième année. Maudite soit Alditha Selwyn et son immaturité désolante. Bien qu'à la réflexion, l'ancienne préfète-en-chef avait tout de même participé à sa mise en couple avec Pénélope Deauclaire, la préfète de Serdaigle. Bénie soit Alditha Selwyn et la haine viscérale qu'elle voue à Maisie.
Après quelques volées d'escaliers, il parvint enfin à la salle tant chérie, nichée sous la bibliothèque, l'antre des préfets offrait le cadre de travail studieux idéal. Calme, tant que Gemma Farley et Abbie Young ne s'y trouvaient pas. La Serpentard et la Gryffondor de dernière année passaient une grande partie de leur temps à bavasser de tout et de rien depuis qu'elles se connaissaient et, bien entendu, Gemma, pour ne pas attirer les foudres de certains membres de sa maison vouant une haine farouche aux rouge et or, ne laissait libre cours à ses cordes vocales que lorsqu'ils se trouvaient entre eux. Il n'y avait bien que Maisie et Pénélope à pouvoir canaliser leurs collègues, et il bénissait silencieusement chacune de leurs interventions. Cependant, cette fois-ci, les deux jeunes-filles étaient à la porte, révisant vraisemblablement leurs cours de métamorphose de la semaine, tout en montant la garde. Le Gryffondor arqua un sourcil, cela ne lui inspirait rien de bon.
« Salut Percy ! s'exclama Maisie en l'apercevant. Tu souhaites te joindre à nous ?
- Sans façon, répondit-il en remontant ses lunettes sur son nez. Pourquoi restez-vous dehors ? Vous avez oublié comment ouvrir une porte ? »
Maisie soupira en levant les yeux au ciel, imitée par Pénélope qui darda sur son petit-ami un regard exaspéré.
« Ta compréhension de la gente féminine et des codes sociaux est encore bien défaillante, Perse', déclara-t-elle. »
Le susnommé dégaina un air pincé et l'apposa sur son visage. Que Maisie le gratifie de boutades passait encore, son cas était désespéré, mais qu'elle partage cette manie avec la Serdaigle était absolument inenvisageable.
« Nous faisons le guet, expliqua-t-elle finalement.
- Tu ne peux pas entrer, Percy, renchérit Maisie en le voyant s'avancer malgré l'avertissement. Pas alors que j'ai mis toute mon âme et toute mon énergie dans la stratégie hautement complexe qui récolte certainement, en ce jour, le succès dû au prix de mes efforts.
- Arrêtez de tourner autour de votre chaudron et de me lancer de l'or de farfadet, que se passe-t-il là-dedans ? s'agaça-t-il en essayant d'esquiver ses deux camarades qui lui barraient à présent le passage. »
La Poufsouffle fit mine de siffloter et reprit son manuel de métamorphose afin d'interroger Pénélope qui préparait sa baguette pour pointer une pomme avec un air décidé. Percy crut devenir fou. Les préfètes voulaient vraiment sa raison. Certes, il ne les échangerait pour rien au monde, il ne pouvait nier que l'ambiance de franche camaraderie qu'elles instauraient lui apportait bien quelquefois du baume au cœur, mais parfois il était persuadé que le plan suprême de la petite bande était de le rendre complètement chèvre.
« Pas de batifolage dans la salle de travail des préfets, articula-t-il sur un ton très protocolaire et faussement outré.
- Sauf erreur de ma part, répliqua Maisie, tu es très mal placé pour exiger quoique ce soit à ce propos.
- Je ne vois absolument pas ce que tu insinues, bafouilla-t-il en devenant plus rouge que sa cravate, imité par Pénélope qui, pour la forme, adressa un regard noir à la jeune-fille. »
Maisie ricana, elle ne se lasserait jamais de taquiner son ami sur le sujet. Mais après tout, c'était entièrement sa faute s'il n'était pas capable de verrouiller correctement les portes.
« Bien, souffla-t-il en se détendant, Maisie ne perdait cependant rien pour attendre. Qui sont les deux malheureuses victimes ?
- Une bonne entremetteuse ne révèle pas ce genre de choses, répondit-elle avec un sourire énigmatique. »
Percy ronchonna avant de se laisser tomber à quelques pas du sac de Pénélope qui venait de changer la pomme en une petite statuette finement sculptée et représentant, à s'y méprendre, à un centaure.
« Je ne te pensais pas intéressé par ce type de potins, s'amusa Maisie en s'installant à côté de lui. Depuis quand cela te fait-il vibrer autant que Zak et Rhys ? »
Le Gryffondor fronça le nez, Zak Kirby et Rhys Lynch parvenaient à accomplir l'exploit de faire plus de bruit à eux deux que l'intégralité du club des supporters de l'équipe de Quidditch de sa maison un soir de victoire. De plus, rien de ce qui se tramait dans le château n'échappait à leurs yeux et oreilles affûtés, nul doute que leur future carrière dans le journalisme serait brillante. Percy restait singulièrement étonné que Maisie ait réussi à leur cacher sa relation avec Charlie, car bien que discrète, il avait cependant déjà entendu la jeune-fille y faire allusion plusieurs fois. Et tout le monde savait qu'ils avaient des espions dans tous les coins du château, prêts à enregistrer la moindre discussion croustillante. Elle devait certainement avoir une stratégie imparable pour parvenir à un tel résultat. Rares étaient les personnes conservant une part de mystère, une fois parvenus en septième année.
« Depuis que cela m'empêche de rentrer dans notre salle pour aller y faire mes devoirs et revoir le planning des tours de garde, grogna-t-il finalement, un coup de coude de la jeune-fille l'ayant tiré de ses songes.
- Ah, se rembrunit Maisie. Il est vrai que Cédric et Chloé se sont un peu mélangé les pinceaux, ce n'est pas très équilibré...
- Je ne te le fais pas dire ! Ils auraient tout de même pu faire un effort.
- Cela fait à peine une semaine qu'ils sont préfets, Perse' ! intervint Pénélope qui les avait rejoints. Laisse-leur le temps d'apprendre, tout le monde ne peut pas être aussi doué que toi dans ce genre de tâches. De plus, Cédric est également passé capitaine cette année, ce n'est pas rien et cela demande également un gros investissement. Quant à Chloé, tu as pu le voir à la réunion dans le Poudlard-Express, elle est assez distraite. »
Percy rougit légèrement et se radoucit, Pénélope parvenait toujours à calmer ses ardeurs lorsqu'il était agacé. Maisie avait certainement dû lui donner des cours, car, avant l'année précédente, elle était bien la seule à pouvoir se vanter d'être capable de lui tenir tête lorsqu'il était d'une humeur de dragon grincheux.
« Vous reprendrez le planning demain après-midi, cela ne devrait pas vous prendre trop de temps, reprit la Serdaigle. Selon plusieurs professeurs, vous êtes la paire de préfets-en-chef la plus efficace depuis des décennies. Et pour ma part, je dois bien avouer que je suis parfois jalouse de votre synergie. J'ai même longtemps cru que vous sortiez ensemble. »
Maisie piqua un fard et Percy toussa bruyamment, s'étant étouffé avec sa propre salive. Lui et la Poufsouffle ? Impensable ! Il régnait entre eux une rivalité fraternelle depuis leur première rencontre lors de leur premier voyage en direction de Poudlard. Sortir avec Maisie serait particulièrement incestueux, quand bien même l'embrasser lors de leur cinquième année n'avait pas été la pire des corvées. Elle sentait les cookies et le parchemin neuf, ce qui rendait sa compagnie supportable. Mais elle n'était rien de plus que sa meilleure adversaire. Il n'était pas même prêt à admettre qu'ils étaient amis malgré les boutades régulières de nombreux autres préfets à ce sujet. Mais Percy n'avait pas d'amis, uniquement des collègues, il était impératif que tout cela reste professionnel. Par ailleurs, qu'il sorte avec Pénélope était une lourde infraction au règlement qu'il s'était lui-même imposé.
« Si tu y tiens, murmura finalement Maisie en lui adressant un regard maternel, je parlerais avec eux et leur réexpliquerais notre façon de procéder. Cédric adore faire des fiches, je suis certaine qu'il sera ravi de rédiger une notice à l'intention des nouveaux préfets.
- C'est une bonne idée, approuva Percy. Elle servira certainement à Tom et Sofia qui doivent s'occuper de celui d'octobre. »
La Poufsouffle esquissa un sourire satisfait et se releva avant de demander au garçon s'il ne voyait pas d'inconvénient à l'aider à réviser le nouveau sort qu'ils venaient d'apprendre, un peu plus tôt dans la journée. Percy accepta avec joie, le sortilège de désillusion, presque prohibé par le Ministère de la Magie, l'intriguait. Il trouvait fascinante l'inspiration que certains sorciers trouvaient dans la faune et la flore, leur permettant par la suite l'élaboration de sorts plus farfelus les uns que les autres. Il se plaisait parfois, dans le plus grand des secrets, à s'improviser découvreur de charmes et écumer les livres à la recherche d'idées. Il n'était jamais réellement parvenu à des résultats concluants mais cela lui donnait un satisfaisant sentiment de grandeur.
Maisie et Percy avaient presque réussi à disparaître complètement sous les yeux de Pénélope lorsque Cédric fit son apparition au bout du couloir, avisant avec un air perplexe ses camarades, lançant des sorts dans le couloir. Leur préfet-en-chef ne se laisserait jamais aller à de telles futilités sans une excellente raison, ou bien une menace diaboliquement formulée de Maisie. Et, s'il se fiait à son expression dépitée et impatiente, la deuxième hypothèse était certainement la bonne.
« Que se passe-t-il là-dedans ? questionna-t-il après avoir salué les septième année.
- Mon talent s'exprime ! »
Percy leva les yeux au ciel, il commençait à s'impatienter. Il voulait bien être compréhensif, empathique même, mais là, cela en était bien assez. Déjà une demi-heure qu'il cédait aux caprices de la jeune-fille sans voir le bout de la plaisanterie, il était temps d'agir.
Furtivement, sans laisser le temps à la préfète-en-chef de lui barrer le passage, il se rua sur la porte. Pénélope avait, malheureusement pour lui, de bons réflexes et ce fut dans un énorme fracas, propulsés par la magie involontaire de Maisie qu'ils furent tous les deux expédiés, ainsi que la porte de la salle de travail des préfets, à l'intérieur de celle-ci.
« Oups. »
Lorsque la poussière cessa de tourbillonner et que Maisie et Cédric eurent relevé les deux infortunés étudiants, leurs regards croisèrent ceux des deux jeunes-filles, enlacées sur le canapé. Lucy et Chloé étaient recouvertes d'une épaisse couche grisâtre, les faisant ressembler à deux montagnes de sucre glace et avisaient leurs camarades avec sidération.
« Ça, c'est ce qui s'appelle soigner son entrée... Quoi de neuf Percy ? lança Chloé avec autant de décontraction que possible une fois ses esprits retrouvés. »
Le Gryffondor se contenta de jeter un regard assassin vers son homologue féminin, lui promettant qu'elle ne risquait pas de lui faire oublier cette affaire de sitôt et tourna les talons avant de sortir à grands pas de l'antre des préfets. Pénélope haussa les épaules et échangea un regard navré avec les quatre Poufsouffle avant de partir à sa poursuite. Un Percy agacé laissé sans surveillance dans Poudlard était une menace encore plus importante qu'un basilic dans une canalisation trop étroite. La jeune-fille se tordit les mains avant de remettre la porte dans ses gonds d'un petit coup de baguette magique. Il faudrait qu'elle songe à rééquilibrer son traitement inhibiteur. Cependant, pour l'heure, elle avait une chose encore plus importante à faire...
Ses yeux se figèrent sur les doigts noués de la cinquième et de la sixième année de sa maison, son petit stratagème de les envoyer toutes les deux chercher ses affaires de Quidditch dans son casier avait fonctionné à merveille. Lucy et Chloé flirtaient depuis l'année précédente et n'avaient de cesse de trouver des excuses pour ne pas se parler sans la présence de leurs camarades. La nomination de Chloé au poste de préfète avait été une source immense de stress pour la jeune poursuiveuse qui avait à plusieurs reprises essayé de parler à la née-moldue durant l'été, sans résultat probant, Lucy se défilait toujours. C'était remplie de désespoir qu'elle s'était confiée à Maisie dans le Poudlard Express, la semaine précédente. La septième année avait paru concernée et lui avait promis de l'aider, sans pour autant préciser comment elle s'y prendrait. Chloé n'avait pas prêté attention à la lueur de défi et de malice qui s'était installée dans son regard, tant elle avait été soulagée de pouvoir parler à quelqu'un et ne s'était donc pas méfiée. Lucy, de son côté, ayant déjà passé toute une année aux côtés de sa camarade préfète avaient immédiatement senti que quelque chose d'étrange se tramait lorsqu'un bruit de verrouillage avait retenti lorsqu'elle avait fermé la porte derrière elle. Ses doutes s'étaient confirmés lorsqu'elle s'était retrouvée nez à nez avec Chloé qui inspectait d'un air songeur un plat de leurs cookies préférés, auquel était joint une petite note, ou plutôt, un ordre.
« PARLEZ. »
Quoique l'on pouvait en dire, du fait de leur caractère brutal et excessif et également un peu effrayant, les méthodes de Maisie fonctionnaient à merveille. Chloé avait un instant maudit la jeune-fille avant de s'apercevoir de l'évidence, elle était prête à parler à Lucy, peu importe les conséquences que cette discussion aurait. Sa camarade ne lui aurait jamais joué un tour pareil sans être certaine du résultat. Maisie faisait parfois peur, mais elle n'était rien de plus qu'un monstre de gentillesse. Et lorsque Lucy lui avait proposé de s'asseoir dans le vieux canapé violine, son cœur avait bondi dans sa poitrine avant de lui adresser une bénédiction silencieuse.
« Alors ? l'interrompit avec amusement la jeune-fille. »
Pour toute réponse, Lucy leva leurs mains liées, un sourire timide aux lèvres, avant de se lever d'un bond, entraînant sa nouvelle petite-amie dans son sillage. Celle-ci articula silencieusement des remerciements avant de disparaître dans un claquement de porte, laissant Cédric seul face à l'air triomphant de sa meilleure amie. Maisie reprit néanmoins rapidement un visage sérieux et sortit une petite fiole de son sac, mieux valait qu'elle prenne en avance sa potion, ce soir, elle ne tenait pas à détruire une autre partie du château. Le cinquième année la regarda faire distraitement, en silence, elle n'aimait pas particulièrement parler de ce qui pouvait l'isoler et il respectait cela. Il ne la rejoignit que lorsqu'elle se laissa tomber devant la cheminée, son livre de soins aux créatures magiques sur les genoux, une lettre de Charlie s'en échappant.
Cédric se gratta la tête nerveusement, c'était le moment où jamais pour lui demander conseil, car une fois plongée dans ses révisions, elle devenait aussi irascible de Percy en cas d'interruption impromptue. Il s'approcha avec hésitation avant de prendre place à ses côtés, repliant ses jambes contre sa poitrine. Maisie lui jeta un regard curieux teinté d'inquiétude et détourna son attention des mots de l'apprenti dragonologiste.
« Tout va bien ? »
Il déglutit. Ce n'était pas le moment de flancher et maintenant qu'il lui avait laissé paraître qu'il était préoccupé, elle ne le lâcherait plus.
« Je crois qu'il est temps que tu m'aides avec Hermione Granger. »
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