Je … autant vous dire que je ne sais pas.

Cette mini-fic (cinq parties ? à peu près) est écrite et postée dans le cadre de l'annuel Défi Halloween de L'Éclaireuse. Enfin mini-fic. Recueil. Truc chelou. Y a pas trop de début. Pas trop de fin. On verra.

Les contraintes de cette année étaient donc :

[Genre : Horreur

Mots à inclure : Orangeoccultercatacombesbonbonfeuille chapeau

Thème spécial : intégrer une phobie

Date : 31 octobre]

Et je ne sais pas ce que j'ai fait. Vraiment. J'ai écrit pas du tout dans l'ordre, alors que d'habitude je suis assez chronologique, même si mes idées et plans sont aléatoires, quand j'ai commencé j'avais aucune idée de fin (ce qui n'est pas si rare finalement) et beaucoup plus d'images et d'ambiances que de notions d'intrigues ou de dialogues.

Enfin.

J'avais des trucs pleins la tête, et j'espère réussir à en partager au moins une partie.

Éteignez le public, ouvrez le rideau. Chèrs lecteurices … Soyez les bienvenu.e.s sur mes rivages.

(dé)rives sous la lune

I – Chiennes Errantes

(Pleine lune)

Elle plisse les yeux. Là, juste là. Elle pince les doigts un peu plus fort. Juste, derrière l'oreille, là où c'est très chaud et où la peau est fine contre l'os du crâne. Ça la gratte. Ça la gratte affreusement. Alors elle gratte.

« Tu peux arrêter ?

— Quoi ? »

Elle se frotte l'oreille contre l'épaule, c'est plus satisfaisant globalement, mais c'est moins précis. Ses ongles savent mieux trouver l'endroit précis sur lequel il faut appuyer, l'endroit qu'il faut gratter, la croûte qui doit être arrachée maintenant et tout de suite. La légère douleur, piquante, qui met un stop à l'irritation pendant une demi-seconde, le frisson qui descend le long de sa nuque quand elle sent –

« Tu saignes. Ts. Donne ta main. »

Elle n'obéit pas. Elle prend une seconde, d'abord, elle prend le temps de sentir la goutte rouge glisser vers ses épaules, refroidir au contact de l'air. Là. La bretelle blanche de son soutien-gorge a avalé la goutte. On dirait un dessin de coquelicot à l'aquarelle, c'est joli, elle devrait en faire d'autres sur les bonnets, elle est sûre que ça lui irait bien et – oh ! Elle écarquille les yeux. Enfin. Elle la tient, juste entre les ongles de son pouce et son index. Ça fait deux jours qu'elle la travaille, la peau autour est boursoufflée à force d'être grattée, malmenée, et enfin elle tient entre ses ongles un bout de la croûte la plus imposante. Maintenant, il faut y aller doucement pour ne pas la casser. Elle veut la retirer tout en entier, elle sent qu'elle est prête, elle va la retirer et la garder dans une petite boîte stérilisée jusqu'à la prochaine. Un sursaut tend ses épaules, elle a failli lâcher.

« Attends... J'y suis presque... »

Sa voix est comme un gémissement, étirée et grave. Ses yeux sont fixés sur le plafond, mais elle ne voit pas ce qui passe devant ses pupilles. Elle pourrait les fermer qu'elle ne verrait pas moins. Elle a des yeux de poisson, et la bouche ouverte comme si elle ne pouvait pas respirer.

« Tu t'y prends mal. Tu devrais attendre demain.

— C'est bon ... »

C'est ce qu'elle dit, mais c'est coincé. Ça ne se soulève plus, les poils tirent sans vouloir s'arracher et la peau est collée. Elle gratte le tissu cicatriciel neuf, appuie, griffe. Elle tire plus fort, doucement, plus brusque et précautionneusement, toujours et voilà. Zut. Une demi-croûte jaunasse entre ses ongles, au bout duquel pend un tout petit bout de peau qui saigne. Ça coule le long de son oreille, elle croit qu'elle peut l'entendre. Le sang bouche les autres sons, elle inspire longuement par le nez. C'est assez proche pour qu'elle sente l'odeur de fer. Elle baisse la tête d'un coup, fixe deux yeux vifs dans le crâne qui lui sourit.

« Tu m'as déconcentrée.

— C'est drôle, ça fait comme le yin et le yang, entre la croûte arrachée et celle qui est restée. Tu veux que je la retire ? »

Elle soupire, réajuste une mèche de cheveux derrière son oreille. Ça brûle. Elle aurait dû mieux se laver les mains.

« Laisse. Je ferai ça demain. »

L'autre baisse lentement la tête, la redresse, et on dirait que son cou grince. Sans doute les dents, les dents dans son sourire qui grincent à se faire mal.

« À ta guise. »

.

Casse-noisette en fond sonore.

Bleu, et violet, et rouge. Comme la fin d'un coucher de soleil. Du jaune qui remonte sur le beige pâle. Et noir, noir le gros ongle du gros orteil. Fendu en deux jusqu'à la base, on ne dirait pas un coup, on dirait que quelqu'un y est allé à la cisaille. Shlack. C'est presque net, ou alors c'est le sang qui est trompeur. Plus les secondes passent plus il est épais.

Vanitas a l'impression que si ça continue, bientôt, ce seront des bouts de chair qui sortiront de son ongle, qui s'échapperaient de lui comme autant de tétards. Il sent le sang qui pulse dans ses veines, il sent comme ça bat plus fort dans sa cheville, dans son pied. C'est sans doute à cause de l'hémorragie, mais il a l'impression de voir les veines pulser, le sang sortir en rythme. Ce serait un très mauvais clip, avec une musique trop lente, et qui ne fait que ralentir.

Il regarde son pied, et ça lui a coupé le souffle. Il s'est déjà blessé. Plein de fois. Il a déjà vu un os tout nu. Mais il n'arrive plus à respirer, même pas à s'étouffer convenablement.

Casse-noisette joue toujours, si fort qu'on pourrait à peine entendre le bruit mat du crâne de Vanitas qui tombe sur le tapis de danse. Il a tourné de l'œil.

.

Une bassine.

Les personnages sont dans une pièce nue éclairée par le ciel gris qui entre par de grandes fenêtres pétées. Vanitas est assis sur une chaise. Dans son dos, Larxène lui tient les bras.

Aqua est à genoux devant lui. Entre eux, il y a une bassine.

« Il faut nettoyer.

— Non.

— Si on ne nettoie pas tu vas mourir.

— Je m'en fiche. »

On ne voit plus l'ongle noir, on ne le différencie plus vraiment du reste du pied, parce que tout est rouge et orange et brun. C'est dégueulasse. C'est pire que dégueulasse. Aqua pose prudemment une trousse à côté de la bassine, une serviette propre. Elle ouvre la trousse, le cliquetis métallique fait vrombir les oreilles de Vanitas. Il ouvre la bouche pour hurler. On l'étouffe avec un chiffon. Il donne un coup de pied, mais Aqua n'a aucun mal à l'éviter.

« Attache-lui les jambes. »

La ceinture d'Aqua fait slap contre sa peau comme elle la retire, la fait glisser hors des xxx de son jean. Vanitas donne encore un coup, de l'autre jambe. Il a toujours été prévisible. Si Aqua n'était pas de son côté, il serait mort aujourd'hui, et le reste du monde danserait sur ses cendres encore chaudes. Alors, tout le monde aurait les pieds aussi noirs que son orteil, salis de sa chaire grasse et brûlée. Il ne peut que grogner, tourner la tête dans tous les sens. De la bave commence à couler sur son menton.

Cliquetis-cliquetis, pour qu'Aqua sorte la pince.

« Il faut nettoyer avant.

— On s'en passera. »

Larxène connaît trop l'inclinaison dans cette voix pour s'y laisser prendre. Elle plisse les yeux. Ils tournent au jaune.

« Si tu ne le fais pas c'est toi que je lave. »

La pince d'Aqua se serre sur un orteil de Vanitas. Il se serait cassé toutes les dents d'un coup s'il n'avait pas eu de bâillon. Si ç'avait été la main de Larxène qui réprimait ses cris, il serait en train de manger ses phalanges.

Aqua prend la serviette.

« Je n'ai pas de gant.

— Tu dois te laver les mains. »

Vanitas lutte plus fort, renverse sa chaise. Son crâne cogne le béton. Il voit son sang couler devant ses yeux. Il déteste Larxène. Il déteste ses paroles. Il déteste ses sourires.

« Tu es puéril, Vanitas. Maintenant, on va devoir te laver la tête aussi.

— Hhhmf !

— Non, non, non. Tu as marché dans les catacombes avec un pied abîmé. Si ça reste comme ça, il faudra te couper la jambe. Ne compte pas sur moi pour te porter à ce moment-là. Tu es lourd comme un ours mort. »

Larxène remet la chaise en place, et la tête de Vanitas peine à suivre. Il a le cou tordu et le bâillon s'est desserré.

« Coupez et brûlez.

— Tu ne pourras plus danser.

— Alors coupez ma tête.

— Ne dis pas de bêtises. Aqua. »

Elle tremble. Elle tremble alors qu'elle n'a pas froid, elle étend les mains devant elle. La bassine la regarde, cryptique, pleine d'une eau qui semble grise et profonde comme une mer de tempête. Tous ses nerfs sont tendus, ses yeux sont révulsés et comme ses doigts approchent la surface de l'eau tout son corps se révolte, elle se tord, elle crie. Elle s'écarte brusquement, et ses bras encerclent ses jambes comme deux ailes sans plumes et sans chair.

« Je ne. Peux pas. »

Les yeux de Larxène sont si clairs qu'ils ressemblent à des pleines lunes, d'un jaune presque blanc. Des éclairs courent sur les globes, brûlent ses cils comme elle s'approche. Elle se penche, attrape les poignées de la bassine à pleines mains. Son sourire tend son cou, sa mâchoire a des angles trop brusques et carrés pour ne pas donner à Aqua envie de pleurer.

Une cascade. Une cascade qui tombe sur elle d'un coup. Aqua sent l'eau sur sa peau, l'eau qui imbibe ses vêtements et ses cheveux, qui glisse contre son front, sur l'aile de son nez pour tomber dans sa bouche. Elle halète. Elle veut déglutir, elle a peur.

EAU

C'est une crise de panique qui monte. Ça commence par des fourmis dans le bout des doigts, par ses yeux qui lui font mal d'être ouverts trop grands et puis ça se propage, ça remonte chaque nerf jusqu'à trouver le point vital, celui qui tape dans sa respiration et qui lui mange le ventre, une douleur qui assourdit et tout son corps qui devient flou. Elle ne sent pas les convulsions, ne les comprend pas. Elle veut rentrer chez elle. Elle veut trouver la poitrine de sa mère et s'y installer et la serrer contre elle, enfoncer le visage dans son cou. Elle veut enfoncer les ongles dans ses bras et voir sa mère lui sourire encore. Elle veut savoir jusqu'où elle peut aller, jusqu'où pour que sa mère arrête de la réconforter. Si elle mord ? Si elle croque ? Si elle fait couler du sang, si elle déchire la peau, est-ce que sa mère la grondera ? Ou est-ce qu'elle s'excusera encore, est-ce qu'elle la serrera plus fort, presque à l'étouffer, et demandera pardon ?

La main gantée de Larxène la bouscule, et elle prend sa place aux pieds de Vanitas. Elle attrape le talon. Approche l'orteil de son visage et lentement, si lentement, embrasse le bleu noir sous l'ongle avant de l'arracher du bout des dents.

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Je sais pas. Je sais juste pas.

Et je sais que c'est en retard, mais tant que le soleil est pas levé c'est toujours Halloween. Na.

Tchuss !