Je sais toujours pas.
Normalement, cette partie est la plus courte.
Merci à Mijoqui pour sa review sous le chapitre précédent.
Bonne lecture.
(dé)ives sous la lune
II – Belles endormies
(Lune décroissante)
La main dans les cheveux qui tire. Elle n'a jamais dit à personne qu'elle aimait ça. Et pourtant il le fait. Elle suit les directives, expose sa gorge quand elle se sent tirée en arrière. Elle a le cou presque cassé, trop tordu pour sortir un son. Elle voudrait rire pourtant, mais elle gronde à la place. La langue qui passe sur sa gorge descend vers ses clavicules et les doigts autour de ses cheveux se détendent. Alors elle attrape les hanches, elles sont juste là, à la même hauteur que les siennes, même un peu plus basses, avec les talons qu'elle porte et le dos du garçon fait un bruit mat contre le mur. Elle entend sa respiration se couper.
« Tu t'appelles comment ? »
Elle pose les mains à plat sur le torse, pousse, enfonce, de toutes ses forces. Elle se demande si elle peut lui faire mal comme ça. Il est joli, et sa peau est trop blanche pour qu'elle n'ait pas envie de la griffer.
« Vanitas. Toi ? »
Elle remonte les mains. Scelle leurs yeux, ne le lâche pas du regard quand ses pouces se croisent sous la pomme d'Adam de l'autre.
« Kairi. »
Et il sourit. Et elle appuie.
C'est particulier, l'étranglement. C'est une douleur pointue et grise, poudreuse quand les doigts de Kairi s'enfoncent sur les côtés. Vanitas sent le sang qui monte et ne redescend plus, ça vrombit dans ses tempes et dans son nez. Il essaie de rester calme, quand tout son corps crie A L'AIDE, quand tout son corps en détresse se met à paniquer. Il ricane ce qui lui restait d'air dans la bouche, et maintenant le vide. Ses yeux partent vers le haut, tournent lourdement dans leurs globes et ses jambes s'agitent. Une poussée. Une poussée d'adrénaline qui lui permet de trouver le visage de la fille de la main, de presser les pouces contre ses yeux bleus, et enfin, il respire. Elle a reculé. Elle se tient la tête entre les mains et il croit voir un peu de sang qui coule. Il éclate de rire.
« T'es taré ! »
Elle se découvre le visage. C'est l'œil droit qui saigne, le blanc a rougi et elle peine à le maintenir ouvert. Elle a les sourcils froncés. Elle est furieuse.
« Pourquoi t'as fait ça ?
— Pour ça. »
Il tend la main et elle recule. Si elle commence à avoir peur, c'est bien. Mais elle commence seulement. Il tend les doigts vers l'œil blessé, elle le recouvre d'une main. Il sourit. Elle le voit sourire.
Il n'y a pas de mots pour décrire l'expression de ce visage. Elle sait qu'elle oubliera la couleur de sa peau, la forme de son nez, la texture de ses cheveux. Tout a été trop bref. Il s'approche et elle sait qu'elle se souviendra. Elle se souviendra la chaleur de son souffle contre sa peau. Elle se souviendra son sourire tordu, presque parfait, avec cette foutue lèvre trop rouge à force d'être mordue, elle se souviendra pour toujours de la sensation de doigts qui écartent ses doigts, des ongles ronds qui trouvent leur chemin sous la paupière, glissent autour du globe oculaire en laissant une marque brûlante, infectieuse, et qui se rejoignent derrière. Elle sait qu'elle ne pourra jamais oublier la douleur du nerf oculaire, l'impression que ça passe dans tout son corps, que ça la traverse par l'œil et que ça tire, ça tire derrière le crâne, ça tire sur sa trachée et dans ses intestins. A force de tirer, elle se demande si Vanitas ne pourrait pas faire sortir son foie par son œil. Mais non. C'est fini. Elle se sent aveugle, son cerveau cherche des informations qu'il ne peut pas trouver. Tout ce qui est à sa droite est soudain devenu invisible. C'est fini, elle aurait pensé que le pic de douleur serait terminé lui aussi. Elle entend un rire.
« Ton expression, Kairi, ton expression. C'est du bonbon. »
La dernière chose qu'elle voit avant de s'écraser contre le sol, c'est la bouche de Vanitas. La langue de Vanitas tirée. Sur la langue de Vanitas, son œil la regarde.
Dernier croissant
« Vous entendez les sirènes ?
— Les quoi ?
— Les sirènes. Il y a des sirènes, t'entends pas ?
— Les ... sirènes ... du port ... d'Alexandrie ... »
Plus vraiment comme une alarme, un trombone qui ne joue que trois notes descendantes en boucle. Kairi n'arrive pas à savoir d'où vient le son. Le vent qui lui bat les cheveux disperse ce qu'elle peut entendre. Elle se lève de sa chaise, regarde derrière. Aucune ambulance dans le coin. Les ambulances ne font plus ce bruit aujourd'hui, de toute façon. Elle sursaute quand des doigts glacés touchent sa joue. Elle lui a dit, pourtant. Elle lui a déjà dit de ne plus jamais toucher sa joue droite.
« Tu m'écoutes ? »
Elle recule le visage, et les doigts tombent contre sa poitrine avant de disparaître de son champ de toucher. Elle préfère les mains loin d'elle.
« Tu disais ?
— On parlait de l'annonce de microbe ce soir.
— Ah. Ah, oui. Ça. »
Elle sent le regard de Naminé qui prend son temps pour glisser sur son dos, une caresse gluante qui restera même quand elle sera seule chez elle, quand l'eau de la douche la brûlera et qu'elle ne portera plus sur son dos que ses poils et ses croûtes.
« Au fait, mes parents vont bâcher la piscine la semaine prochaine. Un dernier plongeon avant, ça vous dit ?
— Bah ... »
Kairi a mis ses baskets en toile fine, et elle sent le froid d'octobre lui attaquer les orteils. L'eau de la flaque dans laquelle elle a marché ce matin n'a pas séché, et ses chaussettes imbibées enfoncent des aiguilles gelées à chaque pas qu'elle fait. Naminé étudie la proposition de Riku avec des yeux éteints, et c'est Sora qui claque les mains sur la table. Toute l'attention est sur lui.
« On doit absolument nager ensemble une dernière fois ! »
Naminé cherche la cuisse de Kairi du bout des doigts. Elle évite le contact. C'est décidé, alors. Elle rajuste son cache-œil, passe la bandoulière de son sac sur son épaule.
« Je vous laisse.
— Tu vas où ?
— Voir mon psy.
— Je t'accompagne au métro ! »
Kairi sourit du plus doucement, du plus gentiment qu'elle peut.
« Merci Nami, mais ça va aller. Je peux y aller à pieds, et j'ai envie d'écouter ma musique. »
Elle ferme l'œil, elle ne veut pas voir l'expression de l'autre. Elle sait qu'elle est déçue.
Naminé ferme les poings sur le tissu de sa robe. Elle va la froisser. Elle ne veut pas rentrer et se faire gronder par sa mère parce que sa robe est froissée. Mais elle n'arrive pas à desserrer les poings. Elle voit sa sœur partir dans un silence froid comme le ciel d'octobre.
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Présentation des autres personnages. Il nous en manque encore …
Je dois revoir le découpage du chapitre précédent.
Until then.
