UA.

Si vous souhaitez un écrit particulier, n'hésitez pas à me proposer une situation ou même un simple mot :)


Alisha Horiraito : Certes, généralement alcool va de paire avec sexe, surtout vu la tournure que j'ai fait prendre… pourquoi je fais ça alors que je sais que tu vas me tuer ? Oh, je ne sais pas. J'aime bien jouer avec le feu de temps à autre :p

Lilo : Et bien nous ne se saurons jamais ce qui c'est passé ensuite :') j'avoue que je n'ai pas envisagé une suite possible pour le dernier chapitre… alors oui, celui sur la St Valentin est en pleine écriture. Il faut juste que je peaufine quelques détails et hop, que je le poste.

Lulu-folle : Oui, une longue nuit les attend !


Disclaimer : Fairy Tail ne m'appartient pas.


Rating : T


DESTIN


Sérieusement, sur une probabilité de combien tout cela aurait-il pu arriver ?

Non mais attends. Attends une petite minute. Et si elle ne l'avait pas oubliée, cette invitation ? Celle qu'elle avait soigneusement posé sur son meuble, près de la porte, à côté du saladier où elle pose ses clefs pour justement penser à la prendre. Ou même avant, tiens : et si elle n'avait pas autant tardé pour essayer cette robe – cette magnifique robe qui plaisait tant à Lucy – pour ensuite l'acheter et se rendre compte à la dernière minute qu'elle a effiloché une partie ? Et bien, la table de son salon ne se serait pas transformée en table d'opération pour sauver cet habit qu'elle avait ensuite fourré en quatrième vitesse dans son bagage. Ou plus tard : si elle ne s'était pas coupée avec le fil du papier en imprimant son billet. Si elle n'avait pas trébuché et cassé son talon pour devoir par la suite troquer le tout pour une paire de tennis ô combien d'avantage confortable en plein milieu d'un trottoir. Si elle n'avait pas fait tomber ses pièces qui roulèrent lamentablement sous le siège d'un taxi en ayant farfouillé dans son porte-monnaie.

Si la roue de sa valise n'avait pas décidé de lui faire du tord.

Si elle s'était précipitée un tout petit peu plus vite vers les portes d'embarquement.

Mais peut-être que ça n'aurait rien changé. Peut-être que ce ne sont pas ces facteurs qu'il aurait fallu prendre en compte, que tous ces nombreux petits retards n'ont rien à voir avec le problème du moment. Non. Peut-être que si ça n'avait pas été ça, ça aurait été autre chose : les informations, la météo qui aurait pu jouer en sa défaveur. Qu'importe, cependant : Erza n'a jamais cru en ce qui se nomme « fatalité » ou encore « destin ». Tout comme le fait qu'un avion puisse être à l'heure. Bon, qui y croit encore, d'ailleurs ? Là n'est pas le problème, de toute façon. Son problème, c'est ce qui inclue le fait qu'elle vient d'arriver aux portes d'embarquement – complètement essoufflée – pour trouver les hôtesses en train de barrer l'accès avec un visage souriant – un vrai sourire, pas un qu'elle compose par obligations – tout en éteignant leur PC. Au dessus d'elles, le pendule indiquait « 18 h 50 » et, juste derrière la vitre, l'avion semble une forteresse imprenable, une destination impossible, une douce illusion. Et, à voir leur tête, il est clair que plus personne ne monte à bord de la boîte métallique.

Quatre minutes. Juste quatre minutes de retard, bon sang ! Ce n'est rien, pourtant, quand y pense un peu : c'est le temps d'une publicité, de chauffer un plat au micro-onde. Oui, ce n'est rien. Alors qu'est-ce qui l'empêche de se ruer vers cet engin ? Tous les jours, dans n'importe quel aéroport, des gens parviennent à attraper leur avion au dernier moment pour souffler comme des bœufs tout en fourrant leurs sacs dans le casier à bagages et ensuite s'écrouler de soulagement sur leur siège pendant que l'avion prend son envol.

Cependant, ce n'est pas le cas de Erza Scarlett.

Elle, elle est là, plantée devant la baie vitrée à regarder l'imposant véhicule s'éloigner.

Sans elle.

Erza laisse ses paupières se fermer, juste un instant, puis elle les rouvre, doucement.

L'avion est parti.

Qui aurait pu imaginer que quatre minutes allaient tout changer ?


Erza n'a toujours pas bougé. Elle est là, regardant à l'extérieur. Tout est noir. Il y simplement les petites lumières qui signalent les avions et la piste d'envol ainsi que d'atterrissage, du coup. Elle voit son reflet : celui qui montre son visage aux yeux en amande étonnement peu cernés malgré le stress des préparatifs et de son espoir de ne pas arriver en retard. Ses longs cheveux écarlate sont en fouillis. Sa course n'a pas aidé à ce qu'il soit aussi bien coiffé qu'à l'accoutumé. Derrière le comptoir, elle voit le personnel devenir impatient et il est évident qu'elle est l'obstacle qui les sépare de la fin de leur service tant attendue. Et elle les comprend : travailler au sein d'un aéroport n'est pas forcément le meilleur métier au monde. Mais autant elle le réalise, autant elle ne parvient pas à faire la même chose avec le fait qu'elle ai raté son vol.

« Je suis désolée, Mademoiselle, fit l'une des hôtesse dans un ton las, nous ne pouvons rien faire sauf tenter de vous enregistrer pour le prochaine vol. »

À part mollement hocher la tête, Erza ne fait rien d'autre. Elle est comme vidée d'énergie : rater un avion à quatre minutes près, c'est quelque chose d'absurde. Elle n'en revient pas. Voilà qu'elle se dit qu'elle aurait dû y aller, à cette répétition générale. Quoique, son patron n'aurait sûrement pas accepté cette absence. C'est déjà un miracle qu'elle puisse aller au mariage.

Devant elle, l'hôtesse est occupée à martyriser son clavier, ses doigts tapant sur les touches presque avec une férocité revancharde, preuve de tout l'amour qu'elle doit porter pour ce poste.

« Vous avez de la chance, marmonne-t-elle tout en levant les yeux sur elle. Je peux vous mettre sur le vol de 22 h 30, siège 18 – A, côté hublot. »

Elle se mord la lèvre. Elle a presque peur de demander. Finalement, elle se lance :

« À quelle heure il arrive ?

- 8 h 50. Demain matin. »

Si tout s'enchaîne parfaitement – le vol, l''atterrissage, la douane, les taxis, la circulation – alors elle aura encore une toute petite chance d'être à l'heure, la cérémonie débutant demain à midi. Bon. Tout n'est pas encore perdu, en soit.

« L'embarquement se fera à cette porte à 21 h 25, reprend la femme en lui tendant ses documents absolument bien rangés dans une pochette. Nous vous souhaitons un agréable voyage. »

Marmonnant quelques remerciements, la rouquine s'en saisit et partie vers une rangée de fauteuils où elle pose son sac sur l'un d'eux, sa valise postée sagement à côté d'elle. Faisant descendre la fermeture éclair, Erza farfouille dans ses affaires, tente de trouver son maudit téléphone Elle doit appeler Lucy pour la prévenir d'un éventuel retard. Par mégarde, elle fait tomber son livre par terre. Il heurte le sol dans un pauvre « plaf » et elle retient une série de jurons – car ce n'est absolument pas dans ses habitudes d'être aussi maladroite – pour commencer à se mettre accroupie afin de le récupérer. Dans un même mouvement, elle finit par renverser le contenu de son sac sur le sol blanc où les puissantes lumières se reflètent. Son téléphone a glissé un peu plus loin et a heurté la semelle des chaussures d'une personne.

Un jeune homme.

Un charmant jeune homme.

Erza bat des cils lorsque ce dernier se penche et le ramasse avec une certaine fluidité.

« C'est à vous, je suppose ? »

La moquerie dans le timbre de sa voix suave et profonde est plus qu'audible. Elle fronce les sourcils tout en chassant la mèche écarlate qui est venue lui tomber au milieu de la figure.

« C'est une bonne supposition, oui. »

Il rit doucement, s'approche, lève sa main gauche pour lui redonner ce qui lui appartient. Pendant un instant, elle préfère se plonger dans les yeux émeraude qui scintillent grâce à l'océan doré qui s'y est liquéfié plutôt que de récupérer ce maudit appareil dit pratique et indispensable. Et puis, elle se laisse intriguer par ce tatouage pourpre, cet étrange arabesque qui barre le côté droit du visage de l'inconnu. Il a les cheveux bleus. Des cheveux désordonnés, certes, mais qui donnent l'envie d'y faire glisser ses doigts pour en apprécier leur texture, leur douceur, et de les agripper, alors que ses lèvres – des lèvres lisses, sans aucun doute doucees – s'étirent en une moue craquante.

Ses doigts frôlent le creux de sa paume lorsqu'elle prend son portable.

Sa peau est chaude.

Son regard est inquisiteur.

Son sourire est enjôleur.

Et narquois.

« Vous n'avez pas l'air d'avoir toute votre tête, ricane-t-il en observant ses affaires étalées par terre.

- Disons que ce n'est pas ma journée, souffle Erza tout en commençant à les rassembler.

- Besoin d'aide ? »

La proposition est tentante...

« Non merci. »

… mais il n'en reste pas moins un parfait étranger. Et s'il est un cleptomane ? Qui sait, il pourrait bien lui voler des objets sans même qu'elle ne fasse attention ! … même s'il n'y a pas grand chose à prendre qui ai un minimum de valeur, dans tout ce bazar. Toujours est-il que le garçon a ignoré ses mots et qu'il est accroupi à côté d'elle. Il fait glisser cahiers, trousses et suspend son geste lorsqu'il se trouve face à son livre.

Erza écarquille les yeux.

Réalise.

Agis.

Dans un cri étranglé, elle s'en saisit sans ménagement, son visage la brûlant. Oh oui, elle rougit. Elle rougit d'embarras et de honte. Les voyageurs lui jettent un regard intrigué, ennuyé, amusé, énervé, et le jeune homme retient du mieux qu'il peut un fou rire. Elle le voit bien – de part la fossette qu'il a lorsqu'il sourit en coin – et sa gêne n'en est qu'accrue. Dieu, qu'elle aimerait se cacher, là, maintenant, et se traiter d'idiote. Ou bien, s'éloigner le plus possible de l'étranger et l'éviter au-

« On dirait que nous sommes dans le même vol ! Rit-il en regardant les documents. Je suis sur le siège 18 – B. Amusant, non ? »

Amusant ?

Elle est là, assise à moitié par terre avec un parfait inconnu qui semble prendre plaisir à la mettre dans tous ses états, certes indirectement. Elle est là, les joues aussi rouges que ses longs cheveux pourpres. Elle est là, papillonnant des cils comme une idiote sous l'aura séduisante du jeune homme qui rit toujours.

Ça allait être une longue nuit…


« Comment ça tu as loupé ton avion ?! »

Bien sûr, Lucy n'est pas la plus heureuse des futures mariées, pour le moment. Loin de là, même. Elle est d'avantage le contraire.

« Écoutes, je suis vraiment, vraiment désolée… mais le bon point c'est qu'ils m'ont mis sur un autre horaire et que j'ai peut-être une petite chance d'être à l'heure.

- Quand ?

- 8 h 50.

- Je ne pourrai pas venir te chercher. C'est trop proche de la cérémonie. Enfin, tu comprends : je dois me préparer, vérifier si tout est bien en ordre et-

- Doucement, Lucy, doucement ! Je ne te demande rien de tel.

- Mais comment comptes-tu te rendre jusqu'à la cérémonie ? Ne me dis pas que tu envisages de prendre le taxi ?

- Et bien...

- J'enverrai Mirajane venir te chercher. Ne t'en fais pas : elle est une conductrice hors paire ! Tu arriveras à l'heure. »

Erza sourit : décidément, cette amie est plus que prête à tout. Toujours. Comme tous les autres, d'ailleurs.

« Merci, Lucy. »


Encore trois heures à attendre avant de pouvoir embarquer. Trois heures, c'est long. C'est important, ça peut changer beaucoup de choses à qui s'en donne la peine. Mais trois heures de patience infinie dans toute cette masse de personnes, c'est bien plus épuisant que d'être assis là, sur cette ligne de chaises entres deux voyageurs ronchons. Un tourne bruyamment les pages de son journal, son pied droit tapant frénétiquement sur le sol. L'autre jette des regard noirs à son téléphone, comme si tout ce qui se passe en ce moment pour cet énergumène est de la faute à ce bidule électronique. Oh, si elle le peut, elle partirait et ferait marche-arrière. Elle n'est pas friande des avions, de l'altitude même en général. Mais pas le choix.

Un doigt tapote doucement son épaule. Elle sursaute, son cœur saute un battement et elle manque de peu de se retourner pour faire passer un mauvais temps à la personne qui vient de commettre ce geste. Elle soupire et se retient de rouler des yeux en reconnaissant de qui il s'agit.

« Encore toi...

- Oh, tutoiement ? Relève le jeune homme. Tant mieux : je ne suis pas à l'aise avec le vouvoiement. »

Erza le regarde un instant, un sourcil haussé. Il fait de même, un sourire jouant sur ses lèvres.

Mais qu'est-ce que lui veut ce garçon, bon sang ? Non pas qu'elle se plaigne de sa présence car, à vrai dire, elle s'en est assez facilement accommodée depuis les dix dernières minutes. Elle se demande même comment. Peut-être parce qu'il a cet air, celui qui fait qu'on ne veut pas le rejeter ? Derrière son regard et ce rictus ironique, il y a ce voile, celui qu'elle a déjà vu des milliers de fois et dont elle a fait l'expérience.

Elle soupire, s'écarte de lui et, d'un pas tranquille, la rousse commence à se diriger vers les restaurants qui se trouvent au sein de l'aéroport tout en traînant sa valise derrière elle et en tenant d'une main l'une des sangles de son sac.

« Attends ! »

Malgré sa farouche volonté, elle obtempère et laisse cet intriguant garçon la subjuguer.

« Quoi encore ? »

Même si son ton est cinglant envers lui, elle n'en reste pas moins charmée par cette bouille aux allures de mannequin.

« Et bien nous sommes dans le même vol et voisin de sièges…

- Donc…?

- Donc nous pourrions rester ensemble. Je veux dire, on va partager pas mal d'heures alors pourquoi ne pas rendre tout ça un peu plus… agréable ? »

Elle ouvre la bouche. La referme. Elle a sans doute l'air d'une idiote. D'une terrible idiote à être là, en train de comprendre ce que signifie le sens de ses paroles qui ne peuvent être des plus simples. Elle en a conscience mais cela ne l'empêche pas de continuer, de se demander s'il ne se paie pas sa tête là, en ce moment. Il n'a pas l'air pourtant méchant dans ce costume trois pièces impeccables, sans défauts ou pliures disgracieuses. Intimidant, certes, mais seulement s'il ne vient pas s'adresser à vous avec ce sourire éblouissant dont il s'arme en cet instant, pour qu'elle flanche.

Son cœur lâche le premier.

Le sang lui monte lentement mais sûrement aux joues. La deuxième fois en moins d'une heure avec la même personne.

Super.

« Pourquoi pas…, approuve-t-elle dans un souffle.

- On devrait manger un morceau pendant que l'on a le temps. Tu sais, la nourriture d'avion, c'est pas toujours le top. »

Et c'est avec une habilité sans pareille qu'il lui prend sa valise et se dirige vers les petits restaurants qui se trouvent à disposition des voyageurs. Il commence à se fondre dans la foule. Sans elle. Dans cette masse humaine.

Oh Dieu.

C'est donc bien vite qu'elle lui emboîte le pas en se retenant de ne pas s'accrocher à la manche de cet inconnu qui n'a pas semblé avoir remarqué sa micro absence. Tant mieux.

« Un simple sandwich, ça fera l'affaire, hein ? »

Il la regarde, attend sa réponse. Elle hausse les épaules, préférant chercher ce qu'il cache derrière ce masque composé. Elle n'est pas dupe. Et lui non plus, car il semble comprendre ce qu'elle cherche à faire et détourne le regard pour se diriger vers un petit fast-food, d'un pas assez énergique.

Peut-être que le ventre plein, il sera plus bavard ?


Erza jette un coup d'œil perplexe sur la nourriture qui se trouve en face d'elle.

Elle soulève la tranche de pain de mie et retire bien vite les cornichons qui s'y trouvent. Bon, elle fera avec la mayonnaise même si elle n'en a pas demandé. Le reste devrait être mangeable. Du moins, c'est ce qu'elle suppose après avoir vu son compagnon de voyage avoir fini le sien en peu de temps.

« Tu ne les mange pas ?

- Sans façon.

- Dans ce cas… »

Sans perdre une minute de plus, il s'en empare et les fourre dans sa bouche, paupières fermées sous sa courte dégustation.

« Et donc…

- Hum ? Fredonne-t-il.

- … je ne connais pas ton prénom.

- Toi, tu es Erza Scarlett. »

La surprise s'empare d'elle.

Est-ce qu'ils se connaissent ? L'a-t-elle oublié ? Mais comment aurait-elle pu ? Ce n'est pas le genre de personnes qui passe inaperçu et qu'on finit par mettre dans une trappe, dans un recoin de notre cerveau de sorte à ne plus trop y penser !

Elle se sent rougir sous la honte de cette possibilité.

« J'ai vu ça sur ton passeport, explique-t-il en riant, donc pas la peine de faire cette tête. »

Ce type semble prendre un vrai plaisir à la mettre dans tous ses états. Mais pourquoi ? Il peut bien aller s'amuser avec quelqu'un d'autre, pas vrai ? Il y a un tas de gens dans cet aéroport qui serait plus que ravi d'être aux côtés de cet homme.

« Gerald, dit-il soudainement.

- Quoi ?

- Je m'appelle Gerald. Gerald Fernandez. »

Fernandez ?

« Tu n'es pas quelqu'un d'ici.

- C'est vrai, oui. Je ne suis pas né dans ce coin mais j'y ai grandi.

- Depuis ?

- Mes six ans.

- Il y a une raison à ça ?

- Je ne suis pas une personne facile.

- Parents ? »

Il secoue négativement la tête.

Oh.

« À toi.

- À… moi ?

- Oui. Raconte moi des choses te concernant.

- Ma vie n'est pas intéressante.

- Peu importe.

- Et bien… je suis journaliste depuis trois mois. Récemment, une de mes amies s'est fiancée. Le mariage n'a pas tardé.

- Invitée ?

- Demoiselle d'honneur.

- Tu n'as pas semblé être joyeuse, avant, remarque-t-il.

- Louper mon vol n'était pas dans mes projets.

- Je vois, sourit Gerald tout en appuyant sa joue contre son poing. Et qu'est-ce que donne ta vie sentimentale ?

- Je ne comprend pas en quoi cela te concerne, réplique-t-elle sur la défensive et en appuyant son dos contre le dossier de chaise.

- Je suis tout simplement curieux.

- Être curieux n'est pas toujours une qualité.

- Dois-je comprendre que c'est un sujet sensible ? »

Elle tourne un peu la tête, se mord la lèvre à la légère.

« Ce n'est pas un sujet sensible. Il n'y a juste rien à dire là-dessus, voilà tout. »

Il semble pensif. Perplexe. C'est ce qu'elle perçoit en le scrutant du coin de l'œil.

« Tu es assez intrigante, finit par dire Gerald. Une personne censée doit s'intéresser un tant soit peu à toi.

- Et tu en es une ?

- Suffisamment pour que je te trouve intéressante. »

Peut-être a-t-il remarqué que son propos l'a particulièrement gêné puisqu'il bafouille une excuse.

« Ce n'est rien, ce n'est pas grave, souffle Erza. Je ne suis pas habituée à entendre ce type de phrases à mon propos. »

Il est étonné mais elle veut changer de sujet. Et vite. Parler d'elle, ce n'est pas une chose qu'elle aime faire mais par contre, elle est assez avare en ce qui concerne les autres.

« À ton tour. »

Sourire esquissé sur des lèvres tentatrices.

« Je ne vois pas ce qui peut t'intéresser en plus de ce que j'ai dis.

- Les petits détails, peu importe. Je sais juste que tu es un garçon compliqué.

- C'est déjà bien, non ?

- C'est peu. »

Gerald hausse à la légère les épaules.

« Dis-moi une de tes ambitions, je ne sais pas, quelque chose.

- Tu aimes à ce point le son de ma voix ? »

La main crispée sur le verre contenant sa boisson, Erza décide de retenir cette envie de jeter le contenu sur le beau visage du garçon qui rit de sa propre taquinerie.

Sale arrogant.

« Non. Mais bavarder avec un inconnu sans savoir des choses le concernant, ce n'est pas mon truc. »

Il fait la moue tout en faisant traîner son regard sur les murs de l'aéroport. Il est entrain de chercher un échappatoire là, pas vrai ? Douce illusion. Ses flamboyants iris viennent se reposer sur elle, la brûlant.

« J'aime croire au destin.

- Au destin ? Répète lentement Erza.

- Ouais. Le concept est assez attirant.

- Je ne vois pas en quoi. De mon avis, c'est ennuyant.

- Hum je ne trouve pas.

- Pourquoi ?

- Je trouve ça romantique. »

Elle bat des cils.

« Pardon ? »

Deux minutes. C'est elle où il est entrain de rougir ? Elle a envie de rire. Vraiment. Elle se mord l'intérieur des joues pour se retenir.

« Je… enfin, tu vois, ouais c'est peut-être morne de se dire que toute notre vie a été tracé et qu'il ne reste plus qu'à la suivre mais… derrière ça, c'est plus compliqué. Après tout, on tombe sur des difficultés et parfois on rebrousse chemin parce qu'on pense que c'est la mauvaise direction et notre destination initiale, on s'en est égaré… malgré ça, il reste toujours une valeur sûre.

- Où veux-tu en venir ?

- Ce que j'ai envie de t'explique c'est que… c'est que malgré ça et bien, il reste un âme-sœur.

- Tu crois aussi à cette histoire ?

- Bien sûr. »

Cette fois, elle ne réussit pas à canaliser son rire. Il rougit plus encore et tourne la tête avec un soupir.

« Ce n'est pas drôle. »

Elle essuie une larme perlant au coin de son œil.

« C'est vrai, excuse-moi. »

Gerald fait la moue – une moue qu'elle ne peut pas s'empêcher de trouver adorable – .

« Tu sais, Platon avait une théorie là-dessus. Il pensait qu'autrefois, il y avait des êtres dotés de quatre jambes, quatre bras et deux têtes.

- Et Zeus les a jugé trop puissant, si puissant qu'il a décidé de les couper en deux pour éviter les risques. Il les a éparpillé partout dans le monde. Les voici ainsi condamné à retrouver leur moitié, celle qui a jadis partagé leur âme. Je présume que les plus chanceux y arrivent.

- Tu connaissais ? »

Il paraît étonné et aussi un peu amusé.

« J'ai une amie qui aime ce genre d'histoire, avoue-t-elle.

- Pas toi ?

- C'est original.

- Juste original ? Ricane-t-il.

- Je ne vois pas le rapport avec le destin.

- Comme tu l'as dit, il n'y a que les plus chanceux qui peuvent espérer un jour revoir la personne qui faisait partie de leur vie. Alors c'était leur destin.

- C'est un peu tiré par les cheveux.

- Je ne trouve pas.

- Alors les autres victimes ne pourront jamais aspirer à ce bonheur ?

- Non. Simplement, ce n'était pas encore le bon moment. »

Lorsqu'elle hausse un sourcil, il sourit.

« C'est un autre sujet. On peut toujours en discuter dans l'avion.

- Pourquoi pas maintenant ?

- Parce que je pense que ce serait le moment de nous diriger vers les portes d'embarquement si on ne veut pas attendre comme des idiots.

- Bonne idée oui. »

Quand ils se lèvent et partent du petit restaurant, Gerald se retourne vers elle et elle s'arrête brusquement dans sa marche. Elle ne perçoit plus les autres personnes qui passent à côté d'eux en vaquant à leurs occupations. Tout ce qui la captive, c'est cet homme intriguant – et un peu trop subjuguant pour son propre bien – qui se penche comme sous un air de confidence pour lui souffler :

« Pour en revenir au destin, je me dis que c'est peut-être ça qui nous a fait nous croiser. »