Suite du précédent écrit.


Disclaimer : Fairy Tail ne m'appartient pas.


Rating : T


- SILENCE -


« Tu es vraiment belle aujourd'hui. »

Erza frotte sa tempe en se retenant de rouler des yeux ; c'est le dixième post-it qu'il colle stratégiquement sur ses cahiers pour attirer son attention. Elle l'aperçoit remuer sur sa chaise, en face d'elle, trépignant sans doute d'impatience. Elle soupire et lève brièvement les yeux vers lui. Sa récompense est un sourire éclatant et satisfait, qui fait immédiatement tordre son ventre d'une agréable façon.

Lentement mais sûrement, la rouquine retourne feuilleter son livre.

Encore en plein dans ses études, elle passe très souvent du temps dans les bibliothèques. Apprendre est quelque chose qu'elle a toujours aimé, sachant pertinemment que le savoir représente le pouvoir ; fermer des bouches incultes, ça aussi, c'est un réel plaisir, surtout lorsque la personne en face baigne dans l'arrogance.

« Même lorsque tu réfléchis, tu es sublime. »

Ses joues se mettent à picoter et elle est très consciente qu'elle vient de rougir.

Encore.

Pourtant elle devrait être habituée à ça. Gerald n'hésite jamais à la complimenter, peu importe la situation ; que ce soit quand elle mange un énième hamburger ou bien quand il pousse fermement et profondément en elle, à la recherche d'un plaisir mutuel.

L'étudiante secoue la tête pour chasser cette pensée. Ce n'est certainement pas le moment de se remémorer ses parties de jambes en l'air avec lui.

Du coin de l'œil, Erza observe l'écriture du jeune homme. Elle n'est pas désagréable à lire. La forme des lettres inspire la brutalité mais la surface du papier indique qu'il n'a pas forcé sur le style, signe d'une certaine douceur. Un petit détail qui reflète plutôt bien sa personnalité.

Avec un petit sourire, la demoiselle relève la tête.

Gerald l'observe toujours, son menton appuyé contre sa main. Ses yeux émeraude, avec des délicates paillettes dorées incrustée dedans, la fixent avec une intensité désarmante. Ça la réchauffe et la fait se sentir désirée. Son pull en laine lui parait soudainement de trop, la chaleur affluant comme un ras-de-marée en elle, écrasant tout sur son passage.

« Désolé pour mon retard, Erza. »

Mais finalement, maintenant, elle est bien contente de l'avoir ; quand le contact visuel est rompu, c'est comme se prendre un saut d'eau glacée en plein visage. C'est frustrant mais elle ne dit rien, se contentant de tourner la tête pour saluer son ami. Le grognement de son petit-ami est très audible, rendant très explicite son mécontentement.

« On reprend là où nous nous sommes arrêtés la dernière fois ? »

La chaise ne racle pas le sol quand Simon s'installe à côté d'elle. Son sac est posé par terre et ses cahiers rejoignent les siens, éparpillés sur toute la table. L'odeur du brun l'attaque ; de l'eau de Cologne dont elle n'a pas encore pris l'habitude. La rouquine se frotte inconsciemment le nez avant de regarder Gerald perché sur son téléphone.

Quelques minutes s'écoulent et ce dernier se lève, les lèvres pincées. Sa main aux phalanges abimées attrape sa veste en cuir et il s'en va sans un regard dans sa direction. Indignée, elle se redresse pour le regarder partir ; mais qu'est-ce qu'il lui prend ?

Maintenant agacée, Erza décide de mettre ça de côté. De toute façon, si monsieur n'est pas content qu'elle étudie avec un garçon qui n'est pas lui, c'est son problème. En plus de ça, elle ne lui a jamais dit de venir. C'est lui qui a décidé de la suivre, le tout avec une conduite certainement pas appropriée.

« Ça va ?, demande Simon. Tu as l'air distraite aujourd'hui. »

Elle pousse un long soupir contrarié tout en s'appuyant contre le dossier de sa chaise. Les jambes étirées sous sa table finissent croisées.

Son ami se tourne vers lui, histoire d'être en face, et attend une réponse ; Simon est gentil. Vraiment gentil. C'est le genre d'hommes qui plait à tout le monde, ayant la main sur le cœur et, en prime, un sourire époustouflant. Elle ne dit pas qu'il est parfait, simplement que ses qualités prennent largement le dessus face à ses défauts. Il s'est rarement comporté comme le dernier des imbéciles et il privilégie la parole à la violence spontanée. Ses vêtements sont normaux, classiques, il se fond dans la masse, et il ne sent pas le tabac mélangé à l'odeur de la mer et des bois. Non.

« Ça va, répond-elle en glissant ses doigts dans ses longs cheveux, je suis juste un peu fatiguée. La nuit a été courte. »

Et à qui la faute, tiens ?

La main de Simon se pose doucement sur la sienne. Son contact n'est pas brûlant. Il n'envahit pas ses sens. Il est léger. Tiède. Ça picote à peine sa chair et ça la laisse de marbre.

« Nuit agitée ?

- En quelque sorte, souffle Erza, rien de grave. »

Exposer sa vie sexuelle n'est certainement pas dans ses objectifs. Donc elle préfère rester évasive. Très évasive, même. Pratiquement personne n'est au courant qu'elle entretient une relation avec Gerald et, pour le moment, ça lui convient parfaitement.

« Si tu as besoin de parler, tu sais que je suis là, pas vrai ?

- Ne t'en fais pas.

- Je préfère être sûr, chuchote le brun en fronçant les sourcils. Je te connais. »

Elle retient un rire, afin de ne pas déranger les autres personnes en train d'étudier.

« C'était qui ? »

Erza observe le jeune homme désigner la place vide en face d'eux, celle que le motard a occupé plus tôt.

« Oh. Euh… Fernandez. Gerald Fernandez. »

Le style qu'il tient dans son autre main tombe sur un livre. Il entrouvre la bouche et, très vite, la surprise laisse place à de l'inquiétude.

« Tu n'es pas sérieuse. »

Fronçant les sourcils, elle croise les bras.

« Pourquoi ?, murmure-t-elle.

- Il est dangereux. Tu ne peux pas- enfin, Erza ! Non ! Pas lui ! »

Plusieurs personnes sifflent furieusement leur agacement à cause de l'agitation de Simon ; il bafouille aussitôt des excuses et baisse le ton, sans pour autant oublier la dernière information qu'il vient d'ingérer.

« Qu'est-ce que vous avez tous à dire qu'il est mauvais ?

- Peut-être parce qu'il y a une raison à ça. Réfléchis Erza.

- Tu ne le connais pas, marmonne la jeune femme.

- Oh, et toi si ? »

Elle mord l'intérieur de sa joue, l'agacement commençant à pointer le bout de son nez.

« Il n'a jamais rien fait de déplacé.

- Ne sois pas naïve, s'il te plait. Il mène une autre vie, les apparences sont trompeuses. »

Son pied tapote le sol.

« Et bien vas-y, dis-moi en quoi il est si dangereux ?

- Et si tu lui demandais toi-même ? Tu verras s'il assume qui il est véritablement. »

Les dures paroles de son ami tournent dans sa tête, même alors que sa journée est sur le point de se terminer. Ses doigts se serrent autour de son volant, frustrée d'avoir été incapable de prouver que Gerald n'est pas une personne qui mérite cette réputation. Sauf qu'elle doute ; elle doute, parce qu'elle ne le connait pas suffisamment pour affirmer ça haut et fort, parce qu'elle n'a aucune preuve, rien.

Les pneus de sa voiture écrasent les gravillons de l'allée. Le chien des voisins aboie quand elle claque sa portière sous l'énervement. Ses pas sont lents et, quand elle rentre, elle entend le rire grave de Luxus. Elle sourit un peu et salue le couple en train de regarder une série, avachi sur le canapé.

Son ventre gargouille quand Erza s'apprête à ouvrir la porte du frigo. Elle suspend son geste, Mirajane l'ayant rejoint dans la cuisine.

« Gerald est passé, annonce-t-elle avec un sourire. Tu l'as loupé de peu. »

Sa gorge se serre un peu.

« Qu'est-ce qu'il voulait ?

- Savoir si tu étais rentrée. Il est tard donc il était peut-être inquiet, dit-elle en jouant avec une pomme.

- Je ne suis plus une enfant, soupire Erza avant de se servir un verre de lait.

- Indéniablement. »

La voix de son amie est amusée.

« Est-ce qu'il avait l'air énervé ?

- Hum… plutôt furieux, oui. »

Et merde.

« Je vais me coucher, marmonne la rouquine. Merci pour l'info. »

Peut-être qu'ils devraient parler du problème appelé « jalousie ». Non pas que ça la dérange, généralement elle trouve ça assez mignon, mais qu'il se mette en colère juste parce qu'elle a passé une journée à réviser avec un ami…

Poussant un gémissement frustré, elle s'installe dans son lit, enfouissant directement son nez dans son coussin. L'odeur si familière de Gerald attaque ses narines et un soupir satisfait franchit ses lèvres ; pourtant, ce n'est pas encore suffisant pour la détendre entièrement. Il manque sa chaleur, sa respiration qui caresse sa joue, parfois même sa nuque, ses doigts qui se faufilent dans ses longs cheveux. Et sa voix. Sa voix qui a ce petit accent espagnol, qui s'immisce de temps en temps, lorsqu'il fredonne des somptueuses mélodies près de son oreille.

Mais à la place de tout ça, de ce petit paradis, il a juste sa chambre remplie de ténèbres.

Et elle sombre.