Suite du précédent chapitre.
Disclaimer : Fairy Tail ne m'appartient pas.
Rating : T
RÉCONFORT
Trois jours.
Ça fait maintenant trois jours que Gerald ne lui a pas donné la moindre nouvelle. Et, si elle doit être franche, ce laps de temps est très pesant et angoissant en plus d'être terrifiant.
Qu'est-ce qu'elle est censée faire maintenant ? Chercher ses proches pour avoir des informations alors qu'elle ne les connait même pas ? Prévenir la police ? S'inquiéter en silence tout en se rongeant les ongles ? Prier pour qu'il soit en bonne santé ?
Erza ne sait pas et ça la rend folle ; tout ce dont elle est absolument sûre, c'est qu'elle ne veut et ne peut plus continuer ainsi. Oui, c'est déjà arrivé qu'il disparaisse le temps d'une journée. Chacun a bien besoin d'un moment, même lui. Mais trois jours ? Non, ça, ce n'est pas pour elle. C'est trop dur à gérer.
La petite voix qui berce ses insécurités est devenue très présente, durant ces journées à l'attendre. Peut-être que Gerald a décidé de couper les ponts avec elle parce qu'il a eu ce qu'il voulait, à savoir la mettre dans son lit ? Ou peut-être qu'une fille lui a fait tourner la tête en un claquement de doigts ? Ou alors, elle a mal compris l'état de cette relation et elle est tout simplement un amusement à ses yeux ?
Des doigts toquent soudainement à la porte et la rouquine sursaute, ses doigts se resserrant sur les rebords du lavabo. La voix grave de son amie la tire de son esprit torturé alors qu'elle lève les yeux pour voir son reflet dans le miroir.
« Hey, est-ce que ça va ? Ça fait un moment que tu es enfermée là-dedans. »
Elle prend une lente inspiration avant de répondre, histoire d'apaiser encore un peu la panique qui l'accompagne beaucoup trop à son goût.
Rien de tout ça est sain pour elle.
« Ça va, désolée. Je n'ai pas fait attention.
- Tu es sûre ?
- Oui !, souffle-t-elle. J'arrive. »
Un dernier regard sur son visage fatigué et Erza déverrouille la porte, tombant nez à nez face au grand brun qui l'observe avec une certaine inquiétude. Son appartement est calme et, à la base, elle est venue ici afin de travailler dans une atmosphère concentrée ; elle a besoin d'un repère stable pour ne pas défaillir et il le lui apporte, même s'il ne s'en rend pas compte.
« Tu es vraiment blanche, murmure Simon en fronçant les sourcils.
- Ne t'en fais pas, répond-elle en esquissant un sourire.
- C'est un peu dur, ça. »
Il la suit dans son salon, un peu mécontent ; elle peut le constater très rapidement parce qu'il vient de poser une main sur son bras, comme pour la retenir de faire un pas de plus.
« C'est à cause de ce gars ? »
Son corps se tend. Erza ne dit rien, ne sachant pas par quoi commencer.
« Ce n'est rien, préfère-t-elle chuchoter. Je suis fatiguée.
- Tu n'as pas à me mentir. »
Il la retourne doucement, plaçant son autre main sur le côté opposé. Ses yeux sombres sont remplis de chaleur et de compassion. Ça fait serrer son cœur de douleur, lui remémorant l'affection que Gerald lui a fait goûter avant de brusquement disparaitre.
« Je devrais rentrer. »
L'étudiant ne la force pas et elle apprécie ce geste ; à la place, il l'aide à rassembler ses affaires tout en lui disant de ne pas forcer. Le baiser qu'il presse sur son front est peut-être chaud mais elle a l'impression qu'il est tiède, son être étant marqué par une ardente brûlure associée à celui censé être son petit-ami.
Le chemin du retour lui parait long. Tout lui semble interminable, en ce moment. Elle sourit par politesse à quelques personnes qui posent leurs yeux sur elle ; la vulnérabilité l'accueille quelques instants et elle se maudit pour être aussi fébrile, uniquement à cause d'une personne.
À quel moment les choses ont commencé à être aussi incontrôlables?
Erza referme doucement la porte derrière elle, une fois arrivée à destination. Elle essuie consciencieusement la semelle de ses chaussures sur le tapis, à l'entrée, avant de les retirer pour les ranger dans le meuble. Sa veste est accroché au porte-manteaux tandis que son sac de cours est posé à son pied.
Un soupir franchit ses lèvres alors qu'elle marche lentement vers le salon, désirant éteindre la seule lumière allumée ; Mirajane semble encore avoir oublié que le montant des factures grimpent en flèche en faisant ça. Elle devait sans doute être distraite par un énergumène blond.
Pourtant, une fois dans le salon, Erza oublie immédiatement son objectif. À la place, sa bouche s'entrouvre et son ventre se tord. Pendant un instant, très court, elle est heureuse parce qu'il a l'air en forme ; il n'est pas blessé, juste fatigué vu les cernes sous ses yeux brillants.
Assis sur le fauteuil, Gerald est penché en avant. Ses coudes reposent sur ses cuisses qu'elle sait musclées, fermes, tandis que ses doigts de pianiste sont entrelacés. Il n'ose plus la regarder lorsqu'elle s'installe sur le canapé, à l'autre extrémité afin d'imposer une certaine distance. Le silence s'installe durant de longues minutes, jusqu'à ce qu'elle craque.
« Où étais-tu ? »
Sa voix, contre toute attente, n'est pas tremblante. Non. Elle est ferme, presque froide, et elle se surprend elle-même ; finalement, peut-être qu'elle n'a pas encore perdu tout contrôle ?
Il ne répond pas immédiatement. Ses pouces frottent nerveusement sa peau, juste avant qu'il se lance avec une certaine hésitation.
« J'étais à l'hôpital. »
Erza fronce lentement les sourcils et tourne la tête vers lui, désirant l'observer complètement au lieu de jeter des petits coups regards dans sa direction, afin de guetter ses réactions.
« Pourquoi ?, demande-t-elle doucement. Qu'est-ce que tu faisais là-bas ? »
Le motard attrape sa lèvre inférieure entre ses dents. Sa respiration semble avoir changé de rythme pendant que sa mâchoire est en train de se contracter.
« J'ai… une amie qui est décédée aujourd'hui. »
Si quelqu'un était venu lui jeter un saut d'eau froide au visage, l'effet aurait été le même ; elle s'est redressée, peut-être trop vite, la colère écrasée par la tristesse. Elle l'observe essuyer sa joue gauche, où une larme a l'air de lui avoir échappée.
« Elle… elle a eu un… un accident et… elle a fini à l'hôpital. »
Il s'arrête un instant, ses doigts pressant brièvement ses paupières. Après une longuement inspiration, Gerald relève la tête.
« J'ai été appelé il y a trois jours et… j'y suis allé. »
C'est insupportable de le voir ainsi, le visage humide de larmes et les yeux rouges. Sa voix rauque se brise à la fin de ses phrases alors que ses lèvres tremblotent. Pourtant, il ne s'arrête pas ; il continue de lui expliquer les raisons de son absence, la façon dont il se trouve stupide pour ne pas l'avoir mise au courant, son incapacité à gérer ses émotions.
Il n'épargne aucun détail.
« … son enterrement est prévu ce week-end. »
Le dernier fil de sa maîtrise se rompt ; Gerald pleure, sans se retenir.
« Je- je ne peux pas y aller Erza… elle… pas elle, pas Ultia… elle n'avait pas le droit… »
Les mots lui manquent. Elle ne sait pas quoi dire, ni quoi faire.
Le lit est froid lorsqu'ils s'y installent.
Sa respiration, brûlante, chatouille sa gorge. Elle lève la main pour plonger ses doigts dans ses cheveux plus courts que la dernière fois ; ses ongles grattent tendrement le cuir chevelu et elle le sent se détendre, juste un peu. Même si cette action l'apaise, elle n'efface pas la cruelle réalité.
La chaleur de ses larmes contre sa peau est comme un pieu qui s'enfonce profondément dans sa poitrine. Les sanglots qui secouent son corps la brisent tout autant, lui donnant envie de hurler.
L'impuissance l'étouffe.
« Je suis là, chuchote-t-elle. Je suis là… »
Il expire.
L'étreinte se resserre.
Tout ce qu'elle peut faire, c'est lui offrir ce réconfort jusqu'à soigner son être blessé.
