Suite du précédent chapitre.
Disclaimer : Fairy Tail ne m'appartient pas.
Rating : T
CRUELLE RÉALITÉ
Il fait chaud et humide ; l'air est étouffant et Erza ne se sent pas à l'aise, là, assise à la table installée dans le jardin du motard. Les invités échangent des sourires malgré la tristesse qui pèse dans leurs échanges. Les verres s'entrechoquent une énième fois, remplis d'alcool, désirant lui porter un autre hommage. L'odeur du barbecue chatouille encore leurs narines, même alors que le soleil se dissimule peu à peu.
La rouquine masse distraitement sa nuque lorsqu'elle est appuyée contre un mur près de l'entrée. Elle observe silencieusement Gerald dire au revoir à chaque personne. Son t-shirt blanc porte encore la tache de gras qui a signé la maladresse de Richard, un grand gaillard qu'elle n'a jamais rencontré avant tout ça.
« On se revoit bientôt, d'accord ? »
Une tape sur l'épaule et le brun, avec une cicatrice à l'œil, est le dernier à s'éclipser. Quand ils se retrouvent tous les deux, Erza ne retient plus le bâillement qui n'a pas cessé de la tirailler durant les dernières minutes, au point que ses paupières se ferment. L'idée de rejoindre le lit est terriblement tentante mais elle ne peut pas laisser Gerald s'occuper de tout le rangement.
Pourtant, c'est ce qu'il compte faire vu la manière dont il la retient de retourner dans le jardin.
« Tu es fatiguée, murmure-t-il en caressant sa main. Tu peux aller te coucher.
- Mais-
- Ce ne sera pas long. »
Il lui sourit mais il n'y a pas une seule fossette qui creuse sa joue. La demoiselle lève la main pour la toucher, avec une certaine hésitation ; il ne doute pas et appuie automatiquement son visage vers sa caresse.
« Tu es sûr ?, demande-t-elle en l'observant attentivement. Ça ne me dérange pas, tu sais. »
Gerald remonte ses doigts vers les siens tout en pressant un tendre baiser contre sa paume.
« Certain. »
Elle s'approche afin de l'embrasser doucement. Son souffle est toujours aussi brûlant et son parfum musqué l'envoûte ; elle sourit contre sa bouche avant de s'écarter avec une légèrement déception. Erza se dirige vers sa chambre d'un pas lourd puis s'écroule dans son lit, sans même avoir encore la force de se débarrasser de son pantalon.
C'est la sonnerie d'un téléphone qui la tire de son sommeil.
Son visage est enfoncé dans un oreiller et elle pousse un gémissement plaintif. La rouquine relève difficilement le menton, cherchant la source du raffut ; elle n'a aucune idée de l'heure et elle entend vaguement le bruit de la douche. Quand elle parvient enfin à se mettre assise sur le matelas, le téléphone a cessé sa mélodie.
Levant les mains, Erza frotte doucement son visage avant de repousser ses mèches folles en arrière. Un mince filet de lumière traverse les stores en plastique et elle réalise peu à peu que c'est déjà le matin. La nuit a été courte, elle le sent dans tous ses membres encore engourdis par le sommeil.
Doucement, elle tourne la tête vers le téléphone posé sur la table de chevet. C'est celui de Gerald qui a sonné. Ses dents mordent l'intérieur de sa joue à cause de la curiosité qui commence à la dévorer ; jeter un petit coup coup d'œil, ce n'est pas mal, non ? Elle tend l'oreille pour vérifier que l'eau coule encore puis rampe sur le lit.
Le drap caresse ses cuisses nues et elle remarque qu'elle porte uniquement un t-shirt, avec ses sous-vêtements. Il a sans doute pris la peine de la changer et son cœur se pince agréablement. Mais voilà que c'est tout le contraire quand elle prend son portable ; son ventre se tord et elle a l'impression que respirer est difficile.
Le numéro qui a cherché à le joindre n'est pas enregistré. Aucun message vocal a été laissé et, avec des doigts tremblants, Erza déverrouille l'écran pour accéder à son journal d'appels. Ses sourcils se froncent en constatant que ce n'est pas la première fois qu'ils échangent. Son pouce plane sur la touche permettant de rappeler cette personne.
« Tu es réveillée ? »
Elle sursaute brusquement et cache le téléphone sous le drap ; Gerald n'a pas l'air d'avoir remarque quoique ce soit puis qu'il s'approche et monte sur le lit, le tout avec un doux sourire aux lèvres. Ses bras l'attirent aussitôt contre lui et la jeune femme mord durement sa lèvre inférieure dans l'espoir d'étouffer ses craintes.
Il ne va pas voir ailleurs. Il le lui a promis, en expliquant que ses trois jours d'absence ont été aux côtés de Meldy et Ultia.
Il n'a pas pu lui mentir avec une telle facilité, pas vrai ?
« Tu as bien dormi ?, souffle le garçon en caressant son dos.
- Oui mais pas assez. »
Son soupir balaie sa joue quand il se redresse un peu pour remonter la couverture.
« Dormons encore un peu alors. »
Erza appuie son nez contre sa gorge tout en l'enlaçant à son tour, les épaules comme lourdes à cause d'une terrible et lourde réalité. Celle qu'elle refuse de voir. Sinon, pourquoi aurait-elle cette envie de pleurer d'amertume entre ses bras ? Pourquoi cette étreinte, autrefois si chaude et réconfortante, lui parait tellement douloureuse ?
Et, alors qu'elle écoute sa respiration lente et régulière, elle réalise pour la première fois à quel point le mur entre eux est imposant. Il repose sur un passé sombre qu'il tente désespérément de lui cacher. Peut-être même un présent tout autant rongé par les mensonges et les trahisons.
Des mensonges qu'elle a choisi d'accepter, pour être avec lui.
Pour être heureuse.
Des mensonges qui, au final, ne sont pas bons pour elle.
Parce que ça la détruit à petit feu.
Levant les yeux au plafond, Erza laisse couler ses larmes. Ses doigts viennent machinalement caresser les cheveux en désordre du jeune homme qui pousse un soupir satisfait, malgré son sommeil qui semble profond.
Le baiser qu'elle presse contre son front est la promesse silencieuse d'un avenir moins destructeur pour eux.
Il est temps de faire face à la réalité.
