Suite du précédent chapitre.


Disclaimer : Fairy Tail ne m'appartient pas.


Rating : T


POINT DE NON-RETOUR


Ils sont assis sur un banc, dans un parc qui n'est pas très loin de son université. Il fait beau. Chaud. Gerald lui a cherché une bouteille d'eau malgré le silence pesant entre eux deux ; elle la tient du bout des doigts, le regard rivé sur les enfants qui courent en riant.

Retirer le pansement est plus dur que prévu et ça fait mal.

Il se tourne vers elle, comme dérangé par son mutisme. Ou peut-être que c'est à cause de son visage inexpressif ? Erza sent ses doigts chauds se poser sur sa cuisse découverte. Même si cette journée ne va pas se poursuivre dans la joie, elle a voulu opter pour une tenue apte à cacher les apparences. Personne n'a pas besoin de savoir que la tristesse embrasse les morceaux de son cœur brisé.

« Qu'est-ce qui ne va pas ? »

Sa voix est remplie d'inquiétudes. C'est dur de lui en vouloir. Vraiment dur. Pourtant, elle ne doit pas se défiler ; elle le fait pour elle, pour sa santé, pour son bonheur. Alors, lentement, la rouquine dégage la prise qu'il exerce sur elle. Son geste rend Gerald nerveux, elle le sait parce qu'il se tend.

« Quelqu'un a cherché à te joindre à plusieurs reprises, il y a quelques jours. »

Erza n'ose pas encore poser les yeux sur lui. C'est trop tôt.

« Et… aujourd'hui, une fille t'aborde comme si tu lui appartenais. Comme si elle savait tout de toi. »

Il ne dit rien et, finalement, elle le regarde ; ses doigts ont sorti un paquet de cigarette de la poche de sa chemise, un acte trahissant sa nervosité. Agacée, la rouquine se lève et le lui arrache des mains sous sa plus grande stupeur pour le jeter par terre.

« Tu n'étais pas à l'hôpital, pas vrai ? »

Ce n'est pas le meilleur endroit pour le parler mais elle sait pertinemment qu'elle aurait été incapable de le faire seule face à lui, dans une pièce lui remémorant des souvenirs agréables.

« Je me rappelle qu'une fois… Simon m'avait dit que tu es un homme malhonnête. »

Sa mâchoire est crispée et ses yeux, braqués sur elle, sont durs. Froids.

« J'étais parfaitement au courant que tu avais commis des délits par le passée mais-

- Mais quoi ? »

Elle humidifie ses lèvres. Il n'a pas bougé d'un centimètre. Il se contente de l'observer avec une rage contenue ; ses phalanges sont devenues blanches tant il serre les poings.

« Je pensais que tout ça, c'était derrière toi. »

La peine transperce sa voix ; ce n'est pas ce qu'elle a désiré. Elle ne cherche pas à le faire culpabiliser, non. Tout ce qu'elle souhaite, ce sont des réponses. Quelque chose qui fera qu'elle n'a pas à en venir aux extrêmes. Pourtant, Erza a l'impression de s'engouffrer tout droit vers une porte la menant à ses pires craintes.

« Où veux-tu en venir ? »

Gerald s'est finalement levé. Il la domine par sa taille et elle fait un pas en arrière, le cœur battant la chamade. Elle a l'impression qu'un grand froid vient balayer toute la chaleur qu'elle a ressenti à ses côtés.

« Tu veux que je te laisse tranquille, c'est ça ? »

Son chuchotement lui retourne le ventre. Derrière eux, les rires des enfants sont un lointain écho. Elle a mal. Mais qu'est-ce qu'elle est censée faire ? Rester avec lui alors qu'il est un aimant qui semble attirer toutes les pires fréquentations au monde ?

Non.

Elle ne mérite pas ça.

Elle ne mérite pas de subir les conséquences de ses actes.

Elle mérite mieux.

Le motard sourit avec amertume. Il lève un instant les yeux au ciel en posant les mains sur ses hanches, avant de reposer sur elle un regard rempli de colère et de douleur.

« Tu as raison. C'est sans doute mieux comme ça. »

Erza a envie de faire machine arrière ; elle veut se blottir entre ses bras et lui promettre que tout s'arrangera. Ils peuvent surmonter tous les obstacles, tous les deux. Pourquoi se déchirer comme ça ? Pourquoi tout doit toujours être aussi dur ?

« Notre relation n'était pas si importante, poursuit-il en ramassant son paquet de cigarettes. C'était juste histoire de passer le temps, non ? Un peu d'amusement. Se vider la tête. Pourquoi faire traîner ça en longueur, hein ?

- Ne dis pas ça, souffle-t-elle. Tu ne peux pas dire ça. »

Il rit.

C'est froid.

Amer.

« Je n'aurai jamais dû t'entraîner avec moi. »

Pourquoi cette phrase sonne comme un regret ?

« Restons-en là. »

Pas de « à bientôt ».

Pas de « prends soin de toi ».

Pas de « je t'aime ».

Il y a juste le bruit tout autour d'elle, parce qu'il est parti sans même un dernier regard. La clé posée sur le creux de sa paume la brûle d'une manière nouvelle et ce n'est pas agréable. L'humidité sur ses joues lui rappellent les derniers instants qu'ils viennent de passer ensemble.

Elle est là, debout.

Seule.