Suite du précédent écrit.


Disclaimer : Fairy Tail ne m'appartient pas.


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FACE À FACE


Cette journée est un véritable cauchemar. C'est impossible de la définir autrement.

Tout a commencé avec son alarme qui a refusé de sonner. Résultat, elle s'est réveillé deux heures plus tard, loupant ainsi une bonne partie de la matinée. Pourquoi autant ? Tout simplement parce que sa voiture a soudainement décidé de l'abandonner sur la route menant à l'université. Et, oui, elle a songé à appeler un taxi mais comment régler le trajet alors qu'elle a oublié son portefeuille chez elle ?

Pour couronner le tout, elle n'a pas pensé à mettre son téléphone a chargé hier ; impossible de joindre quelqu'un pour la dépanner. Doit-elle aussi parler de la fulgurante pluie qui a commencé à s'abattre dès qu'elle a mis le pied dehors ?

C'est donc trempée qu'Erza est arrivée à sa destination. Son humeur massacrante semble être assez limpide pour que personne ne veuille l'enquiquiner avec des questions inutiles. L'envie de se terrer dans un coin le temps que sa malchance disparaisse la botte mais, avec son sourire maladroit, Simon ne lui en laisse pas l'occasion.

À la place, il lui propose de partir dans un endroit plus douillet et chaud que les couloirs remplis de l'université. La rouquine le suit sans protester, appréciant la meilleure invention que le parapluie représente jusqu'à savourer silencieusement le confort et la chaleur qui sont présents dans sa voiture.

Après une quinzaine de minutes, ils sont arrivés à destination ; la tasse fumante de son chocolat chaud lui indique que la céramique du récipient a la capacité de redonner vie à ses mains encore froides. Simon l'observe sans rien dire en jouant avec le petit sachet de sucre posé à côté de son café. Elle entend les discussions légères des quelques clients mais aussi la pluie qui tape contre la vitre, juste à côté d'eux.

« Comment va Kagura ? »

Erza remarque que sa voix déraille un peu. En même temps, à quoi s'attend-elle en ayant parlé à peu près une dizaine de fois depuis trois jours ?

« Elle est toujours malade, soupire-t-il en touillant sa boisson.

- Elle refuse encore de prendre ses médicaments ?

- Tu sais comment elle est. »

Le brun frotte un peu sa tempe avant de prendre une gorgée de café. Il fronce les sourcils tout en faisant légèrement la grimace, sans doute parce qu'il vient de se brûler la langue. Elle sourit un peu, amusée.

« Et toi, tu vas comment ? »

C'est difficile de répondre à cette question. Erza ne sait pas par quoi commencer. Et puis, c'est vague. Ça englobe trop de choses. Est-ce qu'il veut savoir si son nouveau job à mi-temps se passe correctement ? Est-ce qu'il est intéressé par les dernières répercutions que les activités de sa mère engendrent ? Ou peut-être qu'il demande comment elle vit sa rupture, qui remonte déjà a un mois ?

Ne sachant pas quoi répondre, mais aussi parce que la fatigue qui pèse sur son esprit est trop importante, elle hausse les épaules. Le sourire que Simon lui décoche est rempli de compréhension. Il lève une main pour la poser sur l'une des siennes, doucement. Son cœur se serre douloureusement ; ce n'est pas comme s'il ne l'avait pas prévenue, pas vrai ?

Ils restent encore un moment ainsi, à échanger sur des sujets plus joyeux pour détendre l'atmosphère, même si c'est difficile. Finalement, l'étudiant doit s'en aller et elle décide de s'attarder dans ce café.

Elle a perdu la notion du temps en se plongeant dans la contemplation de l'extérieur. Le serveur lui a apporté une autre boisson. L'odeur chatouille ses narines mais elle continue d'observer le ciel chargé de lourds nuages gris. La pluie sur la vitre brouille la vue mais lui donne un charme unique ; elle est subjuguée par ce temps, lui fait qui fait si bien écho à propre peine. Si elle ferme les yeux, elle peut presque sentir le froid de ces larmes célestes dévaler sur son visage.

Prenant une lente inspiration, Erza glisse son regard sur le visage qui est apparu dans le reflet de la vitre. Un battement fébrile, loupé, avant d'être dur ; son cœur se met à vigoureusement pulser et elle a la sensation de manquer d'air. L'homme assis en face d'elle ne bouge plus mais elle n'ose pas encore tourner la tête. Non, pas encore. L'image imparfaite que lui offre la fenêtre est suffisante pour le moment, la réalité pouvant s'avérer trop douloureuse.

Un souffle fragile lui échappe lorsque des doigts familiers touchent délicatement le dos de ses mains. Elle ne sait pas quoi faire, à part se rendre compte que ce fichu carreau ne rend pas justice à la beauté des yeux verts posés sur elle.

« Erza. »

Sa voix est chaude. Rauque.

Remplie de douceur.

Elle hésite mais, finalement, elle obtempère et lui fait face.

Gerald la regarde attentivement et elle en fait de même ; a-t-il toujours été aussi beau ? Ses cheveux bleus sont parfaitement coupés et touchent son front, dissimulant le haut de son tatouage. Il sourit à peine mais c'est assez pour qu'elle puisse voir une petite fossette, dans sa joue gauche. La contraction de sa mâchoire est séduisante.

« Qu'est-ce que tu fais ici ? »

La manière dont leurs doigts s'entrelacent lui échappe totalement. Elle se noie dans ses prunelles.

« Je pourrais te retourner la question.

- Non, Gerald. Tu ne peux pas. C'est trop simple d'éviter le sujet. »

Et elle n'est pas prête à repartir dans ses mensonges. Elle ne peut pas. C'est au dessus de ses forces. Même si elle l'aime. Même si elle est capable de tout abandonner pour lui.

« Tu veux bien me suivre ? »

Imaginer lâcher sa main l'effraie ; et s'il disparaissait à nouveau ?

Alors, elle accepte. Ils sortent du café et prennent un taxi sans un mot. Erza ressert sa prise sur sa main, incapable d'autre chose. Il ne bronche pas. Il se contente de la fixer, silencieusement, les yeux brillants.

La pluie s'est arrêtée. Les dalles grises du cimetière sont luisantes et leurs semelles atterrissent dans quelques flaques. La rouquine étudie le dos de Gerald, sachant pertinemment quelle stèle va être visitée. Un bouquet de fleurs est posé devant. Il a l'air récent.

Le jeune homme se met doucement accroupi devant le marbre, le corps tendu.

« Ultia n'a pas eu d'accident. »

Il lève une main pour dessiner les contours des lettres gravées dans la matière.

« Elle a été tuée. »

Erza le regarde s'attarder sur le prénom de la défunte. Ses gestes sont presque affectueux. Elle essaie de se concentrer sur quelque chose pour combattre les pensées sordides lui traversant l'esprit. Elle doit pourtant y faire face, parce que c'est le cas.

« Je tenais à peine l'arme dans mes mains, continue-t-il en se relevant. Je ne contrôlais rien. Et… c'est arrivé. »

Il se tourne lentement vers elle.

« Ultia était dans la police. Je le savais depuis un moment et ça ne m'avait jamais dérangé. Mais… le fait qu'elle était un flic en couverture, ça… ça, je ne le savais pas. »

Le motard glisse ses mains dans poches. Quelques gouttes se remettent à tomber et mouille leurs vêtements. Il lève un peu le menton pour observer le ciel avant de reposer les yeux sur elle, guettant la moindre réaction de sa part.

Sauf qu'elle est incapable de réagir. Le poids de cette vérité est rude, plus que prévu.

« Elle était chargée d'enquêter sur le gang qui sévit dans la ville. Mon gang. Je n'avais pas beaucoup de contacts avec eux durant ces derniers mois mais… lorsqu'ils ont découvert qui était réellement Ultia, ils sont revenus vers moi. La suite de l'histoire, tu la connais. »

Les mots refusent de sortir de sa bouche. Elle est paralysée. Muette. Sa respiration est difficile à contrôler. Ses lèvres remuent à peine.

« Simon a raison. Je ne suis pas une bonne personne. »

Oui.

Il a raison.

Mais pourtant, elle est encore là, devant lui.

« J'ai rejoint Tartaros lorsque j'avais seize ans. C'était la seule façon pour moi de survivre, sauf que maintenant… c'est ce qui me tue le plus. »

Erza a déjà entendu parler de cette organisation. Juste des rumeurs, rien de plus. Elle a toujours pensé qu'il s'agissait d'une blague, n'ayant jamais eu l'occasion de vérifier par elle-même la véracité des mots chuchotés dans les couloirs de l'université.

« Si… tu souhaites me connaître réellement, savoir toute la vérité je-

- Allons chez moi. »

Sa bouche est entrouverte. Il est sans doute surpris par sa réponse. Elle s'étonne elle-même, pour avoir réagi aussi vite malgré tout ce qu'il vient de lui annoncer.

Elle l'a perdu une fois à cause de ses secrets.

Elle ne veut pas le perdre une seconde fois en refusant de l'écouter.