Disclaimer : Fairy Tail ne m'appartient pas.


MONSIEUR CATASTROPHE


« Encore Merci, Erza ! »

La concernée sourit doucement, avec une certaine bienveillance. Ses joues sont un peu rouges, sans doute à cause de la chaleur, des efforts, mais aussi parce qu'elle est toujours un peu gênée quand quelqu'un la remercie autant ; son cœur est grand, tout autant que sa modestie.

« Tu nous as encore sauvés. »

La petite boulangerie où elle travaille, de temps en temps, surtout le weekend après son emploi en semaine, connaît en ce moment un succès fou depuis la visite d'un célèbre chef, lors d'une émission diffusée en soirée. Une véritable chance pour les vieux propriétaires qui ont connu des fins de mois très dures, dernièrement.

« Ce n'est rien, ne vous en faites pas. »

Après quelques échanges, de nouveaux remerciements et compliments, Erza quitte ses patrons en leur faisant signe de la main. Le soleil, qui signe la fin de cette belle journée, brille encore fougueusement, teintant le ciel d'une magnifique couleur orangée. Elle s'avance tranquillement, ses mains derrière le dos tenant son petit sac en toile de jute.

Le chemin qu'elle emprunte est une pente, plutôt douce, assez étroite. Elle croise des cyclistes, d'autres riverains, alors qu'elle rejoint peu à peu la route principale. Ses cheveux écarlates bougent au rythme de ses pas. Elle porte une robe blanche dont le tissu caresse délicatement le haut de ses genoux. Ses pieds, eux, sont enfermés dans des talons qu'elle rêve d'enlever une fois à la maison.

Une sonnerie, juste derrière elle, attire son attention ; toujours en prenant son temps et en continuant sa marche, Erza sort son téléphone pour voir ses notifications. Son écran ressemble à un sapin de Noël, avec toutes ces couleurs représentant ses applications. Son attention s'attarde uniquement sur le dernier message qu'elle vient de recevoir.

« Je pensais attendre trois jours, tu sais, comme cette stupide règle, pour t'envoyer un message. Mais je n'ai pas envie que tu penses que je t'ai oubliée alors que c'est tout le contraire. J'ai aimé notre soirée d'hier et tu me plais énormément. Est-ce qu'on peut remettre ça ?

Simon. »

Ses dents mordillent doucement sa lèvre inférieure, retenant cette fois-ci un sourire plus grand qu'avant ; elle est flattée, un peu intimidée, aussi, parce que ça fait longtemps qu'elle n'a pas osé se lancer dans une relation. Cet homme a l'air très doux, sérieux, posé, tout ce qu'elle souhaite. Elle ne le connait pas encore parfaitement mais elle aura tout le temps pour ça.

Donc, replaçant lentement une mèche derrière son oreille, la jeune femme compte lui répondre. Elle vient d'atteindre son arrêt, il ne manque plus que le bus. Mais alors qu'elle s'apprête à taper les premiers mots sur l'écran de son téléphone, Erza relève la tête, intriguée par quelque chose.

Haussant les sourcils, elle s'approche de la chaussure qui vient de dévaler la pente qu'elle a fini de descendre, quelques secondes plus tôt. Elle bat des cils, perplexe, ramasse la basket blanche, puis tourne la tête vers le bruit d'une course précipitée. Et puis la voilà nez à nez, face à un jeune homme essoufflé. Il y a des regards intrigués qui se braquent automatiquement sur eux ; les passants jugent, observent silencieusement quand ils ne sont pas sur leur téléphone, ou se contentent juste d'une œillade rapide.

La curiosité est là.

« Je… euh… »

Le garçon a une voix rauque et son torse se soulève encore assez vite. Il a un peu de sueur sur son front et une mèche bleue est collée dessus. Le t-shirt gris qu'il porte est trempé à certains endroits, se collant contre son buste à priori très bien dessiné. La chaleur est accablante et le fruit de ses efforts ne passent pas inaperçu.

« Est-ce que… je peux récupérer la… enfin, ma chaussure ? S'il vous plaît. »

Erza en a presque oublié qu'elle est en train de la tenir, étant trop perdue dans la contemplation de ce parfait inconnu. Et aussi parce qu'il a des yeux magnifiques, verts, mouchetés d'or ; c'est facile de s'y perdre. Sans parler de ce tatouage, sur sa joue droite.

Il est beau.

Et elle est déstabilisée par cette situation assez cocasse.

« Oh, euh, oui bien sûr !, s'empresse-t-elle de répondre. Elle est à vous. »

Une fois qu'elle lui a rendu son bien, le jeune homme glisse son pied dedans ; il évite soigneusement de la regarder pendant qu'il fait son lacet, d'une façon plutôt bâclée, mais elle ne fait pas de commentaire là-dessus parce que son bus vient d'arriver et, surtout, parce qu'elle n'a pas envie de le rendre plus mal à l'aise qu'il l'est déjà.

« Désolé pour le dérangement, marmonne-t-il en frottant sa nuque.

- Ce n'est rien. Ça… arrive ?

- Merci, en tout cas. »

En plus d'avoir un beau visage, son sourire est à couper le souffle. Il y a cette fossette qui se creuse dans sa joue gauche et qui, brusquement, tord son ventre. Erza ne dit plus un mot ; elle doit rentrer dans le bus. Ce qu'elle fait, s'installant près d'une fenêtre pour dévisager une dernière fois ce garçon, tout en ayant cette question en tête :

Comment a-t-il fait pour perdre sa chaussure ?


C'est en sortant de l'hôpital qu'elle le croise, quatre mois plus tard, vêtu d'une façon peu commune pour un homme ; elle a d'abord eu un doute, mais quand la perruque blonde a laissé place à une crinière bleue, désordonnée, Erza l'a vite reconnu.

Elle a d'abord hésité, ne sachant pas si c'est une bonne chose de l'aborder alors qu'il paraît contrarié, avec le téléphone au niveau de sa mâchoire contractée. Et puis, finalement, elle a ravalé ses craintes et s'est approchée.

« Hey ? »

Le garçon sursaute, rabattant les pans de sa veste noire devant son habit qui est une robe bleue. Ses joues se teintent automatiquement de rouge.

« Oh, c'est toi- je veux dire, vous. »

Erza sourit doucement, légère tentative pour réduire la nervosité qui émane de lui ; en même temps, à sa place, elle aussi le serait. Ce n'est pas tous les jours qu'elle tombe sur un homme habillé d'une robe, d'une perruque, et d'escarpins.

« Le tutoiement me convient. »

Elle regarde les portes automatiques s'ouvrir, laissant passer une personne en fauteuil roulant avec une infirmière. Puis son attention revient vers lui.

« Je ne pensais pas te revoir. »

Il a mis ses mains dans ses poches ; l'été est passé et le temps s'est considérablement rafraîchi.

« Moi non plus. Et c'est. Dingue ? Et étrange, ajoute-t-il avec un petit rire. Qu'est-ce que tu fais ici ? Si ma question n'est pas trop directe ou déplacée.

- J'ai emmené un ami.

- Rien de grave ?

- Non, juste une jambe cassée. Il s'en remettra. »

Donnant un léger coup de menton vers lui, Erza désigne les vêtements qu'il cache derrière son manteau. Il a l'air de se raidir un peu mais la tension quitte vite ses épaules.

« Tu te transformes définitivement en princesse Disney ? D'abord la chaussure et maintenant le grand jeu, avec la robe et tout… »

Un sourire se dessine sur ses lèvres ; ses prunelles s'accrochent sur sa joue, puis remontent vers les siennes. Quelque chose se dégage de lui et elle a du mal à mettre les mots dessus. Il l'intrigue, lui, ses actions, sa vie.

« Et bien, les enfants ont l'air d'aimer. Si je peux embellir leur journée en étant dans cette tenue, je le ferai autant de fois qu'il le faut.

- Oh. Tu fais des animations pour eux ?

- Ouais. J'essaie, quand je peux. Ça fait longtemps que l'occasion ne s'était pas présentée. »

Donc, pour l'instant, en plus d'avoir un physique plus qu'agréable à contempler, il a aussi la main sur le cœur ? D'où est-ce qu'il sort ?

« M'enfin, soupire-t-il, ce qui est moins drôle, c'est de rentrer comme ça. J'ai oublié mon sac de rechange ce matin et là, je viens d'apprendre que mon amie ne peut pas venir. Je vais dire bonjour aux transports en commun. »

Il a l'air vraiment contrarié. Est-ce qu'il n'y a que ça, qui le chagrine ? Ou c'est à cause d'autre chose ? Et puis, finalement, Erza essaie de faire taire cette voix sans sa tête, parce qu'elle ne devrait pas se poser toutes ces questions. Elle ne le connaît pas, elle l'a simplement vu une seule fois. Ce n'est pas normal d'être si obsédée par son comportement.

Mais rien ne lui permet d'empêcher, dans un petit coin de son esprit, de se dire que ce n'est pas une coïncidence de retomber sur lui comme ça, de façon aussi banale. Quoique, banale n'est certainement pas le bon mot, vu comment il est habillé.

Donc, maintenant, la rouquine tripote nerveusement les clés de sa voiture qu'elle tient entre ses mains. Elle a un rendez-vous avec Simon dans une heure, ça lui laisse largement le temps de le raccompagner, s'il le veut, non ?

« Je peux te ramener chez toi. »

Sa voix lui a semblé trop aigüe, trop tremblante, et voilà qu'elle s'insulte mentalement pour être aussi incertaine. Il la regarde, la bouche entrouverte, surpris par sa proposition.

« C'est très gentil, mais-

- Vraiment, ça ne me dérange pas, le coupe-t-elle, et puis, tu risques de finir malade en te promenant comme ça. »

Mais qu'est-ce qu'elle fabrique, bon sang ?

« … tu es sûre ?

- Oui. Juste. Comment tu t'appelles ? Je veux dire. Je ne peux pas te surnommer éternellement « l'homme basket » ou « Cendrillon ».

- Tu as raison, rit-il en ébouriffant ses cheveux. C'est Gerald. Gerald Fernandez. »

Et il lui tend la main, une main plus grande et rugueuse que la sienne, chaude aussi, qui serre la sienne. Dans cet élan, le garçon s'est rapproché, apportant son odeur vers ses narines. Un parfum musqué. Elle n'arrive pas à retenir la brève inspiration qu'elle fait, juste avant de lui répondre.

« Erza Scarlett. »

Elle remarque que ses yeux vont sur sa chevelure flamboyante, pendant une fraction de seconde, pour finalement revenir vers son visage.

« Ton nom te sied à merveille. »

L'étau de ses doigts n'est pas douloureux, mais il a laissé une trace brûlante sur sa peau. C'est sans parler de la chaleur qui s'épanouit dans ses joues sous l'intensité de son contact visuel, voulu ou non.

« Ma voiture est dans cette direction. »

Quand ils ont fini par arriver devant son appartement, Erza n'a jamais osé poser cette question :

Pourquoi avoir choisi ce costume ?


Tout est calme. Les voisins sont partis pour les vacances, pour son plus grand bonheur. Ce qui l'est moins, c'est le fait qu'elle se soit disputée avec Simon, il n'y a même pas cinq minutes. Elle ne sait pas pourquoi tout a dérapé comme ça, elle se rend juste compte que ça n'a pas fait aussi mal que prévu ; pas de ventre tordu par l'angoisse, pas de larmes de rage, pas de coeur brisé. Juste des lèvres pincées, un agacement, des mots étouffés.

Erza ne sait pas quand tout a changé, vis-à-vis de cet homme ; elle, qui, au début a été tant enjouée de le découvrir, d'évoluer à ses côtés. Mais maintenant, c'est différent. Platonique. Elle aime passer du temps avec lui, leurs moments intimes sont parfois agréables mais jamais assez satisfaisants, comme si quelque chose manquait.

Elle se demande simplement pourquoi son état d'esprit a aussi brusquement bifurqué ailleurs. Et, surtout, vers où. Mais là, elle arrête d'y penser, parce qu'elle vient de se brûler la langue en goûtant son thé, et aussi parce qu'elle a sursauté à cause de la sonnerie de sa porte. Son cœur bat à tout rompre ; elle n'attend personne, alors ce doit forcément être Simon qui revient.

Sa soirée est donc déjà écrite ; des excuses et une réconciliation bâclée dans son lit.

Elle quitte le confort de son fauteuil, repose sa tasse sur la table basse, puis lisse les plis de la chemise trop grande qui lui sert d'unique habit. Ça ne sert à rien d'en rajouter.

Ses doigts font tourner la poignée tandis qu'elle retient un soupir ; elle est fatiguée d'avance et, peut-être qu'il est temps qu'elle arrête d'autant forcer. Erza glisse une main dans ses cheveux pour les rejeter en arrière tout en relevant la tête. Ses yeux s'écarquillent.

« Gerald ? Qu'est-ce que tu… »

Comme à leur toute première rencontre, il a l'air essoufflé, à croire qu'il a couru jusqu'ici ; c'est vrai qu'il n'habite pas si loin que ça de chez elle mais, quand même, il n'aurait pas fait ça, pas vrai ? L'air froid qui mord la peau de ses cuisses la ramène bien vite sur terre, loin de ses pensées qui viennent d'éclater dans tous les sens.

« Salut. »

Quelque chose dégouline de ses cheveux et une coquille d'œuf repose du côté gauche de sa tête. Mais qu'est-ce qu'il a encore fabriqué ? Et pourquoi est-ce qu'il est ici ?

« Je serai pas long. En fait. Écoute, Erza. On se parle depuis des mois et… »

Il joue nerveusement avec ses doigts enfarinés.

« Erza, viens au cinéma avec moi, demain. Et on ira au resto après. Je t'invite. »

Son coeur loupe un battement. Toute une vague de sensations oubliées vient s'écraser dans les recoins de son être. Elle humidifie rapidement sa lèvre inférieure, oubliant tout ce qu'il s'est passé dans sa vie ces derniers temps.

« Oui. »

La réponse est sortie toute seule. Elle n'a pas réfléchi, pensé à Simon, songé aux réactions de son entourage s'ils apprenaient ça. À vrai dire elle s'en fiche. Ça brûle, en elle. Gerald est une étincelle, celle qu'il lui faut, celle qui est venue dans sa vie d'une façon soudaine, peut-être trop originale. Mais il est là.

« Oui ? »

Il a l'air étonné de sa réponse. Étonné mais ravi. Parce que le sourire radieux qui se dessine sur ses lèvres lui retourne le ventre.

« Je passe te chercher demain, à dix heures. »

Quand elle referme la porte, Erza presse son front contre celle-ci en retenant un rire.

Comment a-t-il fait pour mettre des oeufs dans ses cheveux ?


Ses pas sont rapides ; elle traverse le couloir de l'hôpital, le visage crispé par le stress. Ses doigts sont serrés autour de la sangle de son sac puis elle pousse la porte de la chambre, sans prendre la peine de toquer. Ses yeux la piquent quand elle voit Gerald allongé, le bras et la jambe plâtrés, le cou enveloppé par une minerve. Le sourire qu'il lui offre lui arrache une premier larme.

« Tu es vraiment un idiot. »

La jeune femme s'approche de lui, tendant la main pour caresser son front.

« Désolé, marmonne-t-il. Je ferai plus attention la prochaine fois. »

Elle le sait, qu'il est maladroit. Toutes ces situations loufoques qu'elle vit à ses côtés, c'est en grande partie grâce à ça. Et c'est tellement inattendu, à chaque fois. Sans arrêt. Mais le voir dans ce lit la tue d'une manière nouvelle. C'est douloureux et ça lui vole son souffle.

Sa vie s'est mêlée à la sienne de cette façon si particulière qu'elle ne s'est pas quand, ni comment, elle est tombée amoureuse de lui. Mais Erza n'a jamais cherché à connaître la réponse à cette question, parce que ça n'a pas d'importance, temps qu'il est avec elle.


Plus tôt dans la journée, Gerald l'avait trainée dans une ruelle parce qu'il avait juré entendre des miaulements depuis des boites en carton. Et il ne s'était pas trompé. Une boule de poils toute noire se trouvait sous des feuilles de papier et il refusait de laisser la pauvre bête ainsi.

Maintenant, il est stressé, là, sur sa chaise. Son pied tape frénétiquement le sol blanc et ses yeux sont fixés sur la porte par laquelle le professionnel est passé, avec sa découverte ; Erza sait pertinemment qu'il va garder l'animal.

Ce qu'elle ne sait pas, c'est la raison pour laquelle sa bouche s'est retrouvée contre la sienne, à la sortie du bâtiment. Ses questions se sont progressivement entassées dans un coin de sa tête, parce qu'elle est maintenant trop occupée à se presser contre le corps ferme du jeune homme.


« On l'a fait, sourit-il en appuyant son front contre le sien.

- Tu avais des doutes ? »

La danse est lente. La musique est douce. Les rires sont apaisants.

« Non. »

Erza sourit tendrement tout en resserrant un peu ses bras autour de son cou.

« Et toi ?, demande-t-il en l'enlaçant davantage.

- Je ne savais pas si tu parviendrais à venir en un morceau jusqu'à l'église, avoue-t-elle avec un rire.

- Vraiment ?

- Tu es doué pour les catastrophes mon amour. »

Son nez se frotte contre le sien pour lui signifier qu'elle ne lui en veut pas. Comment le pourrait-elle, alors que ça fait maintenant quatre belles années qu'elle est à ses côtés. Malgré tout, elle a toujours mille questions qui tournoient dans sa tête.

Comment a-t-il fait pour déchirer sa veste de costume, par exemple.

« Je t'aime, tu sais. »

Les yeux de Gerald sont toujours aussi brillants ; il n'a jamais arrêté de la regarder avec autant d'amour, comme si elle était son plus beau trésor, lui rappelant pourquoi elle est tombée sous son charme et, par dessus tout, pourquoi elle a commencé à fonder une famille à ses côtés.


Eileen gigote dans son berceau et Erza esquisse un doux sourire. Elle fredonne, jusqu'à ce qu'elle s'assoupisse. Puis, après quelques minutes supplémentaires à la contempler, la jeune femme se lève en veillant à ne faire aucun bruit. Fermer la porte ne sert à rien.

Un chat se faufile entre ses chevilles puis saute sur ses genoux quand elle s'installe sur le canapé, devant la télévision qui est allumée ; aucun son s'en échappe. Le téléphone dans sa main droite, elle fait glisser son pouce sur l'écran, le déverrouillant, puis compose un numéro qu'elle connait par cœur.

Erza tombe sur le répondeur ; ce n'est pas grave, elle laissera un message.

« Il y a beaucoup de questions que je me suis posée, te concernant. Et… ça, depuis notre première rencontre. Sérieusement, comment as-tu pu perdre ta chaussure ?, souffle-t-elle. Tu as toujours… été un mystère, pour moi. »

Elle glisse une mèche derrière son oreille. L'émotion la gagne parce que lui parler de cette manière, s'exprimer, s'ouvrir, être vulnérable, ça a toujours été difficile pour elle ; Gerald a toujours su la toucher d'une façon unique.

« Tu as débarqué dans ma vie et tu as tout chamboulé, continue-t-elle, mais tu l'as fait de la plus belle des façons. Tu m'as appris ce qu'était l'amour. Tu m'as aidée à fonder une famille. Et je ne pourrais jamais assez te remercier pour ça. »

Ses doigts jouent lentement avec l'anneau qui orne l'un d'eux.

Elle ne comprend pas ce qu'elle cherche, en agissant ainsi. Pourtant, elle le fait.

Encore et encore.

Parce que c'est la seule manière pour elle d'avoir un contrôle.

De ne pas sombrer.

« Mais… à toutes ces questions qui resteront sans réponse… j'aurais aimé avoir juste… juste une fois. Une explication. Une seule. »

Sa voix se casse. Sa poitrine monte et descend dans un rythme effréné. Elle a mal. Très mal. Trop mal.

« Pourquoi personne ne s'est arrêté pour t'emmener à l'hôpital, chuchote-t-elle. Pourquoi le chauffeur qui t'a renversé n'a jamais… pourquoi il t'a laissé comme ça…? »