Titre : Hocus Pocus
Genres : UA, policier (vaguement), humour (vaguement), romance (vaguement)
Rating : M
Personnages/Pairings : Hisoka/Irumi principalement, avec mention de pas mal d'autres et de quelques OC pour la déco
Disclaimer : Les personnages et l'univers de Hunter x Hunter appartiennent à Yoshihiro Togashi.
Résumé : Comme n'importe quel agent du bureau d'investigation Zoldik, Irumi ne croit pas à la magie. Pourtant, pour mener à bien sa dernière mission, c'est bien du magicien de la troupe de ce cirque qu'il a accepté d'être l'assistant... sans imaginer à quel point certains de ses tours pourraient le surprendre.
Note de l'auteur : Hello hellooo \o/ Cette année, avec quelques amies (coucou La Pomme Verte, Miss Pupitre, Takkaori, Turand et Zofra ! x3), on a décidé de faire un petit échange de Noël sur ce fandom, du coup. Eh bien. Avec mille ans de retard, après trois réécritures complètes et approximativement quarante-deux corrections, voici enfin mon cadeau pour Miss Pupitre ! Enfin, la première partie ! Parce que je vais sûrement en faire trois ou quatre au final ! Joyeux Noël Anil ! (Aaaaaaah)
Bon, panique mise à part, je préviens quand même que cette fic est un énorme délire. C'est un UA qui n'a absolument rien à voir avec le canon et où j'ai un peu balancé tout ce qui m'avait l'air cool sur le moment, mais je suis ni Agatha Christie ni Houdini, alors ne vous attendez ni à du policier d'exception ni à de la vraie magie super classe TT XD Ceci dit, Anil, si ça te plaît, alors je serai la plus heureuse des auteures de fanfic ! (Et si c'est pas le cas c'est pas grave, promis XD) Merci d'être ici et bonne lecture ! :)
Remerciements : À Zofra, qui m'a tellement aidée pour ce texte qu'à ce stade elle devrait être notée comme co-auteure. Merci infiniment, j'y serais jamais arrivée sans toi TT
Hocus Pocus
Partie 1
Si on lui avait posé la question, sa réponse aurait été immédiate et sans appel : non, Irumi Zoldik, comme n'importe quel agent du bureau d'investigation Zoldik d'ailleurs, ne croyait pas à la magie. Son entraînement avait toujours mis l'accent sur les techniques concrètes, les adversaires tangibles à éliminer pour de bon, après tout ; tout petit, déjà, il avait assimilé que rien ne valait une gorge proprement tranchée ou une aiguille empoisonnée plantée au bon endroit, et aucune mission qu'on pourrait lui confier ne le ferait changer d'avis à ce sujet.
Et pourtant, c'était bien du magicien de la troupe de ce cirque qu'il avait accepté d'être l'assistant, de toute évidence. (Pas du clown, contrairement à ce qu'il avait cru de prime abord.)
Sans prendre la peine de cligner des yeux ni de froncer des sourcils, Irumi dirigea un regard neutre vers l'individu en question et, tandis que celui-ci lui répondait d'un clin d'œil de là où il se préparait à entrer sur scène, se demanda quand même s'il n'avait pas commis une erreur, en fait.
Il avait suivi les indications de Miru à la lettre, pourtant.
Il avait pris le billet pour la représentation de ce soir qu'un des majordomes s'était procuré pour lui. Il était arrivé sur place vingt minutes avant l'heure indiquée sur le recto. Il avait attendu qu'un employé l'invite à pénétrer sous le chapiteau pour se placer sur le côté gauche, à l'endroit où les gradins dissimulaient sa silhouette ; il s'était servi du plan qu'il avait mémorisé pour rejoindre la deuxième sortie, du côté extérieur, où il faisait déjà presque nuit noire et où personne n'était censé circuler durant le spectacle.
Lorsqu'il avait remarqué qu'un intrus lui barrait la route, enfin, il s'était même rappelé que son infiltration au Cirque Neon n'était pas censée être une mission d'assassinat – pas uniquement, en tout cas. Notamment car le contrat qu'il avait signé prévoyait qu'il ne serait payé que pour un assassinat, celui du kidnappeur ou meurtrier éventuel de Mila Haimi, la jeune femme qu'il avait été envoyé pour retrouver vivante ou non, et que la valeur des services Zoldik était garantie, entre autres, par le fait qu'on ne les recevait qu'en en payant le prix.
Malgré ça, cet homme lui avait souri, d'un sourire qu'Irumi avait interprété comme amusé – même s'il l'aurait sans doute plutôt qualifié de grotesque s'il avait eu à le décrire lui-même.
« Par chance, j'ai une proposition qui pourrait t'intéresser. »
(C'était le même sourire qu'il lui adresserait presque sans interruption, ensuite, jusqu'à ce qu'ils entrent à nouveau sous le chapiteau et qu'ils se retrouvent en coulisses, à quelques minutes de se présenter devant le public.)
L'espace d'un instant, Irumi avait envisagé la possibilité qu'il s'agisse d'une tentative (inutile) de susciter sa merci, mais l'attitude générale de l'individu l'avait vite convaincu du contraire. En fait, de ses grands gestes gantés de blanc aux symboles voyants dessinés sur son visage, c'était au mieux un fou, au pire un parfait imbécile. Ses cheveux rose criard tirés vers l'arrière sans réelle élégance lui donnaient l'air à la fois exubérant et ridicule, sous son chapeau haut-de-forme ; le reste de sa tenue, veste à queue de pie et nœud papillon, était du même acabit. Quant à son absence totale d'hésitation, même dans les suppositions et les propositions les plus hasardeuses, elle faisait la paire avec ses éclats de rire brefs et soudains, son regard intense lorsqu'il l'avait rivé sur Irumi à ce moment-là, ou encore son sourire capable de virer au carnassier en moins d'un instant, et...
« Vois-tu, tu cherches à t'introduire au Cirque Neon... Et il se trouve que moi, je cherche justement un assistant. »
Et même s'il était plus grand que lui, plus lourd, avec des bras musclés sous les manches de son costume et toutefois une silhouette qui traduisait une grande agilité – rien de tout ça ne changeait quoi que ce soit au fait qu'Irumi n'aurait eu aucune difficulté à prendre l'avantage et à l'emporter, en combat individuel.
Alors il aurait pu le tuer, plutôt que d'accepter. Même lorsque son collègue le grand blond les avait interrompus, quelques secondes plus tard, l'obligeant par là même à réagir aussitôt, il aurait pu les tuer tous les deux. Et en même temps…
Deux assassinats non rémunérés, deux corps à faire disparaître, la panique qui se serait indiscutablement emparée du Cirque Neon lorsque leur absence aurait été remarquée ; contre la possibilité de s'introduire dans la troupe sans éveiller les soupçons et de s'approcher au plus près de ses cibles potentielles, au simple prix d'une association avec un fou difficilement prévisible, un idiot imbu de lui-même, mais pas dangereux.
Dans ce genre de cas, Père et Mère avaient toujours appris à Irumi que c'était la mission qui passait en premier. Et de sa vie, jamais il n'avait douté ni de Père ni de Mère – à partir de là, la décision s'était imposée d'elle-même.
La suite des opérations avait été facile à établir, elle aussi : profiter de son nouveau statut dans la troupe pour assister au début de la représentation de ce 15 décembre, comme prévu par le plan d'action initial, et repérer tout comportement suspect sous le chapiteau. Identifier, parmi les artistes et les spectateurs récurrents, les plus susceptibles d'être sa cible. Observer leur attitude, deviner leurs points faibles, et sitôt qu'il aurait confirmation de ce qu'il était arrivé à Mila Haimi... Exécuter les ordres qu'il avait reçus.
C'était ce qu'il avait essayé de faire, du moins, depuis le bord de la scène plongé dans l'ombre des gradins et accompagné de l'homme dont il venait d'accepter d'être l'assistant, quoi que ça implique. Malheureusement pour l'investissement en temps qu'il représentait, cela dit, le spectacle s'était vite révélé assez décevant. Pas au sens où les numéros n'avaient pas été bons ; Irumi n'avait aucune idée de leur qualité, à vrai dire, et il ne s'y était pas particulièrement intéressé non plus. Non, simplement, au sens où aucun des membres de la troupe qui s'étaient montrés sur scène n'avait tout d'abord attiré son attention – qu'il s'agisse de l'homme qui avait ouvert la séance, de la fille qui lui avait succédé, du petit groupe qui avait suivi... Pendant un moment, un homme à la peau mate avait fait enchaîner les pirouettes et les sauts à travers divers cerceaux à plusieurs chiens de taille et de race différentes, mais Irumi n'avait réussi qu'à se demander quel était le véritable intérêt de la démonstration ; un chien n'était utile que s'il atteignait au moins ce niveau d'obéissance, après tout, et jamais ça n'aurait permis d'accomplir la moindre mission que d'ordonner à Mike de courir en cercles ou de lui montrer ses pattes avant.
Et puis, au fur et à mesure que les membres de la troupe avaient défilé, celui qui se tenait à côté de lui n'avait pas cessé de lui faire partager plusieurs commentaires qu'Irumi avait écoutés au cas où ils contiendraient une information exploitable, mais qui s'étaient dans l'ensemble avérés inutilement bruyants – à l'exception de quelques remarques bien précises.
Comme le fait que le propriétaire du Cirque Neon n'était, en fait, pas celui que Miru lui avait annoncé, mais un investisseur qui l'avait discrètement racheté une année plus tôt.
Le fait que la fille de ce propriétaire, Neon Nostrad, assistait régulièrement aux spectacles – et toujours depuis la même place, juste en face de l'épais rideau rouge qui permettait aux artistes d'entrer sur scène, entourée d'homme habillés en civil mais pas plus intéressés qu'Irumi par la représentations.
Ou encore, le fait que la jeune fille en question aimait particulièrement les numéros dérangeants, glauques ou sanglants, et que les employés du cirque s'efforçaient de lui en proposer toujours de nouveaux pour la satisfaire.
Mais ça avait été les seules informations un minimum intéressantes qu'Irumi avait pu extraire du flot de paroles de l'autre homme, au milieu de remarques sur cette Machi l'acrobate censée être une vraie beauté (Irumi lui avait surtout trouvé l'air agile et antipathique) ou sur son partenaire. Ça ne l'avait pas empêché de tout mémoriser, au cas où un détail lui permettrait plus tard de deviner le point faible d'une cible potentielle. Pour autant, tous les suspects imaginables avaient été faibles, du genre qu'il ne faudrait que quelques secondes et un effort minimal à Irumi pour abattre-
Enfin, jusqu'à la fin de la première partie.
Car sitôt terminé l'entracte, la silhouette qui s'était avancée sur la scène ronde au centre du chapiteau avait au moins eu le mérite d'intéresser Irumi davantage que les précédentes : c'était le grand blond qui les avait interrompus, juste auparavant. À ce moment-là, l'autre homme l'avait appelé Phinks ; et il avait passé toute la durée de son numéro, vêtu d'un simple short noir et torse nu, à soulever des poids de plus en plus lourds et à briser des objets de plus en plus solides, jusqu'à ce que la force requise par ses démonstrations dépasse celle qu'Irumi lui aurait imaginée sur la base de son apparence. Même en estimant large.
Or, prévoir la force réelle de son adversaire peu importe ce qu'il laissait paraître avait été l'un des fondamentaux de son entraînement depuis son plus jeune âge. Jusqu'ici, il ne s'était encore jamais trompé, pas même face aux pièges que Père et Mère lui avaient présentés pour le tester. Alors la situation devait être truquée, forcément, d'une façon ou d'une autre...
Mais Irumi avait immédiatement pris la décision qu'il ne relâcherait pas son attention tant qu'il n'aurait pas découvert comment ; tant qu'il ne saurait pas la menace réelle que représentait ce Phinks, et comment la neutraliser si cela s'avérait nécessaire. D'autant plus que le numéro suivant n'avait fait que confirmer ses déductions. Plutôt que de quitter la scène, Phinks avait été rejoint par un autre homme, plus petit, qui serait sans doute passé inaperçu sans la dizaine de couteaux de tailles et de formes variées maintenus par des sangles à sa ceinture ou glissés dans les poches de son veston de costume clair – puis la démonstration avait consisté à ce que le nouveau venu vise le grand blond avec les couteaux en question, et Irumi en avait retenu trois choses.
Premièrement, la façon dont le lanceur de couteaux jonglait et jouait avec ses armes avait beau n'avoir rien d'extraordinaire, elle était au moins au niveau de celle de Miru ou de Karu – ce qui en faisait un adversaire potentiellement dangereux par essence. S'il s'avérait qu'il était sa cible, Irumi n'était pas certain de s'en sortir sans éraflure.
Deuxièmement, bien que le numéro ait de grandes chances d'être orchestré et les gestes répétés, Phinks était capable d'arrêter certains lancers à main nue – ce qui signifiait qu'Irumi aurait intérêt à s'assurer de bénéficier de l'effet de surprise, s'il était amené à le viser un jour.
Troisièmement, enfin, quand bien même l'information devrait être vérifiée, car elle lui était venue des commentaires du magicien sur le spectacle, il arrivait aussi que le grand blond laisse les couteaux se planter dans ses bras ou ses épaules sans sourciller – en d'autres termes, Irumi devrait s'attendre à sa résistance autant qu'à sa force, et rien ne garantissait qu'il suffirait d'une seule attaque pour l'éliminer en cas d'affrontement.
Au moment où l'homme qu'il avait accepté d'assister lui avait fait signe de le suivre, au final, Irumi avait quitté des yeux la scène avec un premier suspect en tête. Un point de départ, au moins, pour son enquête.
Et tandis que les haut-parleurs annonçaient le numéro à venir d'une certaine musicienne des cauchemars, il avait envoyé un message à Miru pour lui demander un maximum d'informations sur la famille Nostrad.
Voilà comment il s'était retrouvé là : de l'autre côté du rideau rouge, en costume, et prêt à suivre sur scène un prétendu magicien alors qu'il savait que la magie n'existait pas.
En tant qu'agent du bureau d'investigation Zoldik, Irumi avait l'habitude d'être amené à changer ses vêtements ou son apparence pour mener ses missions à bien – d'après plusieurs de ses frères et sœur, en fait, le déguisement était même sa spécialité. Il n'y avait donc aucune raison, en réalité, qu'il voie le moindre problème à porter la tenue, court short bleu ciel couvert de paillettes et veste à queue de pie assortie, que le magicien lui avait demandé d'enfiler. Il supposait que c'était même un plutôt bon choix, étant donné le tissu suffisamment souple et près du corps pour ne pas limiter ses mouvements s'il devait se défendre ou passer à l'attaque durant la représentation ; et le fait que l'ensemble ne couvre pas son ventre ne l'avait pas empêché d'y dissimuler au moins quelques-unes des aiguilles qui ne le quittaient jamais. Simplement, il ne voyait pas les raisons des regards appuyés que l'autre homme lui jetait régulièrement depuis plusieurs minutes, et encore moins du sourire inutilement satisfait qui s'étirait sans cesse sur son visage peint.
Et en même temps, son attitude lui importait peu, tant qu'elle ne faisait pas progresser ses recherches ; aussi il se contenta de vérifier que la lourde broche qu'il lui avait fait glisser dans ses cheveux ne risquait ni de tomber, ni de le gêner, et il ne prit pas la peine de lui adresser un regard lorsque son associé temporaire reprit la parole.
« Eh bien ? l'appela ce dernier, le ton chantant, presque moqueur. Ne me dis pas que tu commences à regretter ta décision, mon joli assistant.
– Les regrets ne sont qu'une perte de temps », répondit Irumi du tac-au-tac, sans douter une seconde de ce qu'il avançait. Car c'était vrai. « Une fois que le choix est fait, le plus efficace est toujours d'aller jusqu'au bout. »
Pour toute réponse, le magicien haussa les épaules, l'air confiant, et le parcourut une nouvelle fois de ses yeux aussi perçants que rieurs. Il ne s'était pas changé, pour sa part ; la plupart du temps, il l'avait passé à vérifier l'ourlet de ses manches ou les rebords de son chapeau, et Irumi avait d'ores et déjà prévu de rester vigilant au cas où il y aurait dissimulé quelque chose.
« Au fait, poursuivit-il sur le même ton, tu ne m'as toujours pas donné ton nom.
– Est-ce que tu en as besoin ? répondit Irumi, sans montrer plus d'intérêt qu'à son habitude.
– Évidemment », fit alors le magicien, cinq doigts posés contre son cœur en un geste démesurément théâtral, comme si sa froideur le blessait à un niveau purement émotionnel. C'était sans compter sur le fait qu'Irumi n'avait jamais accordé la moindre importance aux blessures émotionnelles, ni de manière générale aux blessures même physiques qui ne concernaient pas directement un Zoldik. « C'est la moindre des politesses. »
Irumi n'était pas certain de la véracité de cette affirmation, à vrai dire – lors de ses missions, il se présentait bien plus souvent par sa profession que par son nom, et d'ailleurs il ne connaissait pas celui de son associé temporaire non plus.
... Enfin, si. L'un de ses collègues l'avait appelé Hisoka, tout à l'heure, en fait ; il n'avait simplement pas jugé pertinent de le mémoriser. Mais dans ce cas-là, il supposait qu'il pouvait bien lui donner le sien en échanger.
« ... Irumi, finit-il par répondre.
– Fantastique, s'enthousiasma aussitôt le magicien, Hisoka, l'air toujours aussi sûr de lui et amusé. Tu es prêt, Iru ?
– C'est Irumi », corrigea l'intéressé ; seuls les autres membres de la famille Zoldik étaient autorisés à l'appeler comme ça.
Mais Hisoka ne parut l'écouter que d'une oreille, ce qui n'avait, somme toute, pas grand-chose d'étonnant. Irumi n'eut jamais le droit à une vraie réponse, au final ; dans les instants qui suivirent, des applaudissements se firent entendre de l'autre côté de l'épais rideau rouge, en même temps que la musique s'arrêtait peu à peu. C'était le signal – celui qui voulait dire que c'était à eux.
... Se retrouver sur scène ne s'avéra, toutefois, pas aussi « excitant » que Hisoka avait tenté de le lui faire croire tout à l'heure.
Irumi en eut la confirmation sitôt qu'il s'avança sur la terre meuble à la suite du magicien et qu'il sentit les premiers regards de l'assistance se poser sur lui – ça ne l'affectait pas, et il n'était pas certain de comprendre l'intérêt des projecteurs qui balayaient les gradins avant de revenir sur Hisoka et lui. Ils avaient le mérite de faire briller les sequins de son costume, au moins, probablement ; quand bien même il doutait que le fait qu'il brille ou non puisse changer quoi que ce soit au statut de sa mission.
Qu'à cela ne tienne : son associé de ce soir semblait tout à fait à l'aise, lui aussi, et dans son élément, aussi Irumi choisit-il de se contenter de suivre ses indications pour le moment. Lorsqu'il lui tendit la main après s'être présenté au public avec de grands gestes, Irumi y plaça la sienne ; et lorsqu'il le guida pour qu'il pivote sur lui-même, Irumi se laissa faire sans perdre de temps à se demander pourquoi.
« Et pour m'accompagner ce soir, annonça Hisoka sans le quitter un instant du regard, mon ravissant nouvel assistant : Mimi le Magnifique. »
Cette fois-ci, cependant, Irumi ne put s'empêcher de réagir – il ne réalisa qu'il avait tourné la tête, en fait, qu'en voyant le magicien réapparaître dans son champ de vision. Mimi ? Il lui avait pourtant bien précisé que son nom était Irumi, rien d'autre, et…
Et son associé de ce soir n'avait pas l'air de voir le moindre problème à l'appeler autrement. Au moment où leurs yeux se croisèrent, il ne lui répondit que d'un sourire indéchiffrable, un de plus, et d'un geste de la main pour inviter son assistant à réciter le texte qu'il lui avait fait mémoriser en coulisses.
Alors soit. Irumi pourrait toujours se débarrasser de lui quand viendrait l'heure appropriée, de toute manière.
« Et maintenant, mesdames et messieurs, prononça-t-il donc en parcourant l'assistance du regard, exactement comme Hisoka le lui avait demandé, sous vos yeux ébahis : la Boîte de la Douleur. »
Il n'avait aucune idée de ce qu'était la Boîte de la Douleur en question, à vrai dire, mais il supposait que ça ne jouait qu'un rôle très limité dans la mission en cours, aussi il n'avait pas particulièrement cherché à le savoir.
Dans les faits, il s'agissait d'une lourde boîte de métal, rectangulaire, maintenue à hauteur de son torse par deux pieds d'acier, et que Hisoka ne tarda pas à faire entrer sur scène, poussée par deux assistants techniques, d'un nouveau mouvement de poignet exubérant. Dans les minutes qui suivirent, il s'appliqua à montrer au public que la boîte, qui s'ouvrait à l'avant comme à l'arrière, était entièrement vide ; puis ses yeux retrouvèrent ceux d'Irumi et il lui tendit à nouveau la main pour le guider jusque devant l'appareil, où il le fit s'agenouiller sur un tabouret prévu à cet effet.
À l'instant d'après, Irumi avait glissé sa tête à l'intérieur de la Boîte de la Douleur, et le magicien la refermait soigneusement des deux côtés tout en expliquant avec son aisance habituelle qu'il s'apprêtait à y planter une dizaine de poignards, coutelas et autres armes blanches.
« Comme vous vous en doutez, continua-t-il, mon précieux assistant a malheureusement peu de chances d'en sortir indemne. Et dire qu'il avait un si beau visage... Aah, quel dommage. »
Mais sa voix n'avait pas du tout les accents de l'horreur ou du regret, que son entraînement et plusieurs exécutions avaient appris à l'assistant en question à reconnaître entre mille – au lieu de ça, elle trahissait plutôt son perpétuel sourire.
Était-ce une tentative de l'éliminer sur scène et de faire passer le meurtre pour un accident, dans ce cas-là ? Irumi n'y avait pas pensé, mais ça paraissait logique ; c'était sans compter sur ce dont il était capable, cela dit. Ce n'était pas d'être plongé dans le noir qui allait l'empêcher d'entendre et de sentir les armes approcher, après tout, et la boîte était bien assez spacieuse pour qu'il puisse éviter au moins la première attaque. Ensuite, il n'aurait besoin que de quelques secondes pour se libérer des menottes de pacotille avec lesquelles son associé temporaire avait cru pouvoir l'attacher, et les chances qu'il parvienne à l'atteindre avec l'une de ses aiguilles seraient plutôt élevées. En d'autres termes, le stratagème avait beau ne pas être mauvais, il en faudrait plus pour-
Tout à coup, un très léger déclic se fit entendre et Irumi cligna des yeux.
Dans la pénombre de la boîte presque hermétiquement close, il vit autant qu'il sentit quelque chose se rapprocher de son visage, comme une sorte de paroi qui s'arrêta juste avant de le toucher ; puis il entendit le public pousser un cri presque unanime en même temps que ce qu'il supposa être l'une des armes traversait la boîte de haut en bas juste devant lui, mais elle ne le toucha pas et il ne l'aperçut même pas. Un liquide poisseux se mit à couler sur ses tempes et le long de son cou – il ne ressentit aucune douleur non plus.
... D'après sa consistance et son odeur, cependant, il était probable qu'il s'agisse de faux sang à base de farine, de colorant et de miel, comme on en trouvait dans le magasin de farces et attrapes où il avait plus d'une fois dû aller chercher Kiru.
Il ignorait si c'était censé être drôle, ou distrayant, ou même impressionnant, mais les minutes qui suivirent se déroulèrent exactement de la même façon : à chaque exclamation de l'assistance, une lame – enfin, il imaginait, puisqu'il ne voyait toujours que la paroi devant lui – qui secouait la boîte en s'enfonçant dans les interstices prévus à cet effet, et parfois davantage de sang factice qui coulait sur son visage. De temps à autre, il arriva qu'une arme se plante de l'autre côté de la boîte, derrière sa tête ; mais jamais aucune d'elle ne le toucha, comme si…
Comme si Hisoka, contrairement à ce qu'il avait laissé croire au public et à Irumi lui-même, cherchait précisément à éviter de le blesser, en fait.
C'était étrange. Ce n'était pas ce à quoi il s'était attendu ; et pourtant, au bout d'un moment, après avoir brièvement rouvert et refermé l'avant de la Boîte de la Douleur sous les cris de surprise des spectateurs, le magicien finit par retirer les lames, et Irumi sentit deux mains chaudes attraper et serrer les siennes avec douceur. Deux pouces caresser brièvement ses phalanges, une seconde à peine avant que l'homme auquel il s'était temporairement associé ne le détache et ne l'invite à quitter l'appareil.
« Félicitations, mon as de pique, l'entendit-il lui souffler, le ton à la fois rieur et satisfait. Tu as été parfait. »
Contrairement à ce que son nom portait à croire, Irumi réchappa donc à la Boîte de la Douleur sans la moindre égratignure, malgré tout le faux sang qui commençait à coller à sa peau autrement intacte – ce qui ne représentait pas non plus un problème pour lui qui avait l'habitude de terminer certaines missions couvert du sang bien réel de ses cibles, au passage. À côté de lui, l'air fier, mais sans doute plus de lui-même que d'autre chose, Hisoka le présenta à nouveau à l'assistance ; tendit à nouveau la main dans sa direction ; et c'est alors qu'il se produisit le second phénomène de la soirée, après la force inexpliquée de Phinks, qu'Irumi ne comprit pas.
Car lorsque le magicien, le regard rivé sur lui, replia l'index qui le désignait-
Une mèche de ses longs cheveux noirs se mit en mouvement, sans que rien ne l'ait soulevée, pour arriver entre les doigts de Hisoka – qui l'amena aussitôt à ses lèvres en un geste calculé, presque délicat.
« Pas la moindre coupure, répéta-t-il à l'attention du public, mais en ne fixant que son assistant. Pas même un seul de ses beaux cheveux qui manque à l'appel, hm ? »
Et tandis que s'élevaient des gradins des applaudissements auxquels Irumi n'accorda pas plus d'importance qu'aux spectateurs eux-mêmes, il songea que son associé temporaire avait sans doute toute sa place sur la liste des suspects dans l'affaire de la disparition de Mila Haimi, lui aussi ; ne serait-ce que pour la démonstration dont il venait de faire preuve, et le fait que la chaleur de ses mains n'avait toujours pas quitté celles d'Irumi.
Une chance, comme toujours, que les enseignements de Père et de Mère lui aient permis de faire les meilleurs choix possibles jusqu'ici.
« Alors ? Qu'est-ce que tu en as pensé ? »
De retour en coulisses, Irumi tourna brièvement les yeux en direction du magicien du Cirque Neon, sans pour autant laisser paraître la moindre émotion – notamment car comme l'avaient toujours dit Père et Mère, le meilleur moyen de ne pas se trahir était encore de ne rien ressentir.
La première chose qu'il avait faite en quittant la scène, à vrai dire, avait été de passer la main dans ses cheveux pour vérifier si Hisoka y avait accroché quoi que ce soit. Si ça avait été le cas, cela dit, il avait dû le retirer à la fin de leur numéro, peu importe à quel point il était improbable qu'il y soit parvenu sans qu'Irumi le remarque ; ou alors son petit tour de passe-passe, quel qu'il soit, reposait sur tout autre chose, et…
De toute façon, à force de le garder à l'œil, Irumi ne tarderait pas à le découvrir. Rien n'échappait longtemps aux agents du bureau d'investigation Zoldik, après tout.
« De la Boîte de la Douleur, précisa toutefois l'autre homme, à peine décontenancé par son absence de réponse ; et Irumi se demanda pourquoi il tenait tant à connaître son avis sur cette démonstration sans la moindre importance mais répondit tout de même.
– Ce n'était pas de la magie, commenta-t-il, certain de ce qu'il affirmait. Quelque chose m'a protégé des lames.
– Bien sûr. J'aurais détesté prendre le risque d'abîmer un si joli visage. »
L'espace d'un instant, Hisoka eut l'air presque outré que quiconque ait pu penser le contraire – puis il croisa les bras avant de reprendre la parole, à nouveau fidèle à celui qu'il avait été jusqu'ici. Mystérieux, sûr de lui, et pas effrayé le moins du monde par le danger que représentait pourtant Irumi.
« C'étaient des miroirs, pour être exact, compléta-t-il ; après quoi il marqua une légère pause, haussa un sourcil amusé, et retrouva du regard celui de son nouvel associé. Et toi ? Maintenant que tu es officiellement mon assistant, je peux savoir ce que tu cherches ? »
Irumi faillit refuser de lui répondre, tout d'abord, parce qu'il n'avait pas besoin de le savoir et qu'un Zoldik ne révélait pas les détails de sa mission lorsque ce n'était pas absolument nécessaire, même sous la torture (à laquelle n'importe quel agent était entraîné à résister jusqu'à plusieurs semaines d'affilée, d'ailleurs). Mais alors qu'il s'apprêtait à répondre, une image, non, une sensation traversa son esprit – celle de ses mains tièdes serrant les siennes... de ses cheveux noirs entre ses doigts…
Et le fait que se rapprocher d'un suspect était, souvent, le meilleur moyen d'en obtenir les renseignements dont on avait besoin.
« ... Une personne qui a disparu », finit-il alors par dire, le ton et le visage aussi neutres qu'à son habitude ; cela devrait suffire, comme explication.
À vrai dire, d'après les informations fournies par Miru, Mila Haimi était la septième personne à disparaître après une soirée au Cirque Neon en l'espace des trois derniers mois ; mais Irumi n'avait été mandaté que pour retrouver Mila Haimi, aussi les autres victimes potentielles n'avaient-elles qu'une importance très secondaire.
En face de lui, le magicien le fixa encore un instant d'un regard légèrement interrogateur, comme s'il attendait qu'il continue. Puis il parut comprendre qu'Irumi n'avait pas l'intention de lui en dire plus et il eut l'air de retenir un soupir, avant de retirer son haut-de-forme et de l'aplatir d'un geste habile et répété, comme s'il l'avait déjà fait des dizaines et des dizaines de fois.
« Tu devrais rester ici cette nuit, dans ce cas-là. »
À nouveau, Irumi songea à refuser – il avait déjà prévu de consacrer une partie de la nuit à poursuivre ses recherches, en fait, mais il ne lui semblait pas nécessaire de mettre le magicien au courant. D'autant plus qu'il n'aurait aucune difficulté à opérer depuis la chambre d'hôtel que Miru avait réservée pour lui sous un nom d'emprunt à proximité.
« Toute la troupe vit sur place, expliqua cependant son associé, les mains sur les hanches. Ce sera plus facile de surveiller tout le monde de l'intérieur, tu ne crois pas ? »
C'était vrai ; si toutes ses cibles potentielles pensaient qu'il ne se trouvait dans l'enceinte du cirque que pour assister Hisoka, et qu'il y passait la nuit au même titre que n'importe quel autre artiste de la troupe, personne ne le soupçonnerait de quoi que ce soit en le croisant même bien après le départ du public. Dans le pire des cas, il pourrait prétendre s'être perdu, être arrivé par hasard dans les endroits où il n'était pas censé se trouver. Et ça ne pourrait qu'aider son enquête.
« En tout cas, ajouta finalement le magicien, le ton plus joueur encore qu'à son habitude, sans qu'Irumi ne se soucie de savoir pourquoi, si tu souhaites partager mes humbles quartiers, tu es le bienvenu. Et qui sait... Il y a peut-être d'autres tours de magie que je pourrais te montrer. »
Pour toute réponse, toutefois, Irumi se contenta de le fixer un instant, en se demandant ce qu'il entendait par là alors qu'il avait reconnu lui-même que les numéros qu'il présentait sur scène n'étaient pas de la magie.
En toute logique, lorsqu'il avait accepté d'accompagner Hisoka jusque dans ses quartiers, Irumi ne s'était donc attendu à rien ; d'autant plus qu'avoir des attentes menait inexorablement à être déçu et que la déception, comme les autres états d'âme, n'était qu'un frein à l'accomplissement rapide et efficace de la mission.
Cependant, même rien n'était pas exactement à la hauteur de la roulotte aménagée vers laquelle le magicien n'avait pas tardé à l'emmener – plus spacieuse qu'elle le paraissait de l'extérieur et décorée de façon moderne, il avait supposé, mais dans un style... À la fois calculateur et coloré. Hétéroclite et cohérent. Pratique, avec une petite salle d'eau et une kitchenette presque aussi propres que les espaces communs de la résidence Zoldik ; confortable, sans doute, pour quiconque apprécierait le grand lit transversal surélevé et le lourd rideau qui devait permettre de dissimuler le couchage ; et pourtant l'écrasante majorité des objets placés ici ou là ne semblaient servir à rien ni améliorer les conditions de vie, comme si l'occupant ne les avait apportés que parce qu'il en avait envie, alors...
Irumi avait accordé une seconde, pas plus, à la pensée que cet ensemble sans réel ordre ni désordre convenait bien à l'homme dont il était devenu l'assistant, tout compte fait.
Puis il avait annoncé qu'il allait poursuivre ses recherches, et n'était pas sûr d'avoir compris les raisons du regard étrange que Hisoka lui avait jeté à ce moment-là – mais il avait choisi de ne pas s'en soucier. Grâce à l'entraînement de Père et de Mère, après tout, il pouvait facilement rester éveillé jusqu'à cinq jours de suite ; il était normal qu'il ne voie aucun intérêt à laisser s'écouler la nuit entière sans en profiter pour faire progresser l'enquête, à plus forte raison si c'était pour la passer dans la roulotte du magicien plutôt que dans sa chambre d'hôtel.
Un peu après vingt-trois heures, cela dit, le Cirque Neon et ses alentours étaient désormais plongés dans l'immobilité et le silence.
Seul au milieu d'une nuit dont il savait se servir pour dissimuler sa présence, Irumi expira sans que son souffle ne devienne visible dans l'air de décembre. Pour éviter les vols, la zone allouée au cirque était délimitée par de hautes barrières de métal cadenassées la nuit ; il devinait encore des bribes de lumière et de paroles à l'intérieur de certaines roulottes, mais pendant plus d'une heure, aucune porte ne s'ouvrit. Aucun pas ne se fit entendre, même étouffé par la terre meuble. Irumi ne remarqua aucune activité suspecte, pas même autour de la roulotte qu'il avait identifiée comme celle de Phinks, déjà plongée dans le noir, ou de celle de Hisoka. Et tout à coup-
À l'instant où un cliquetis attira son attention, Irumi se déplaça aussi rapidement et silencieusement que tout Zoldik en était capable – pour apercevoir une silhouette à l'extérieur de l'enceinte. Un homme, à en juger par sa taille, en train de replacer le cadenas sur le portail, sans doute après son passage quand bien même Irumi ne l'avait pas entendu déverrouiller l'objet ; et si le masque sombre qui couvrait la moitié inférieure de son visage l'empêcha de noter le moindre signe distinctif, il n'en fallut pas plus pour qu'Irumi songe qu'il tenait là un troisième suspect.
Et voilà pour le début de cette heu... de ce truc. XD J'hésite entre être sincèrement désolée pour à peu près tout, et super touchée que vous ayez pris la peine de me lire jusqu'ici, donc je vais juste dire : merci beaucoup, et j'espère à très vite ! J'essaierai de poster la suite dans les jours/la semaine qui vient ! x3
