Bienvenue sur cet OS ! Il s'agit d'une histoire Vhope, librement adaptée de la Petite Sirène. Attention, guimauve en vue... ;-)

J'ai coupé l'OS en plusieurs parties pour que la lecture soit plus agréable.

J'espère que vous apprécierez !

Le matin était calme, au royaume de Corée. Le roi et la reine Jung considéraient chaque membre du personnel du palais comme leurs amis ou même leurs enfants, et ils étaient fortement aimés par leurs sujets. Chacune des apparitions des souverains suscitaient l'admiration et la sympathie.

Tous respectaient ce couple soudé ; avant son couronnement, le roi, bel homme grand et svelte, fort de corps et d'esprit, avait été un prince très apprécié, couvé par l'amour de parents affectueux et de tout un peuple. Lors de son mariage, d'aucuns s'étaient surpris à rêver de vivre aussi une histoire d'amour aussi belle que celle-là : le prince avait rencontré sa femme lors d'une promenade en forêt, et éperdus d'amour, les deux ne s'étaient plus jamais quittés.

Devenus souverains tôt, le jeune couple avait tout sacrifié pour faire leurs preuves et se donner corps et âme au royaume. Une monarchie plus proche du peuple, un nouveau souffle de modernité, des changements de mentalité, des impôts plus équitables, des relations diplomatiques améliorées, un commerce extérieur florissant, l'abolition de l'esclavage et de la peine de mort, une sécurité intérieure assurée, de nombreux progrès technologiques, scientifiques et médicaux ; le royaume de Corée avait connu tout cela lors du règne de leurs roi et reine bien-aimés, et bientôt le pays s'était retrouvé transformé en un havre de paix, foyer du progrès et berceau de l'humanisme, loin de l'atmosphère sombre des royaumes belliqueux voisins de Chine, du Japon et de Russie.

Les souverains vieillissaient, cependant, et préparaient déjà leur succession. De leurs amours étaient nés une princesse puis un prince ; la jeune Daewon, jeune fille admirée pour son élégance et son engagement social, était donc celle qui était destinée à devenir reine, car dans le nouveau royaume de Corée, si le droit d'aînesse était de vigueur, aucune loi salique n'était appliquée.
Mais lorsque la princesse, au cours de son entretien avec ses parents, avait véritablement compris que toute son éducation se révélait être une préparation aux obligations de monarque, elle exprima le souhait de se retirer des fonctions royales : son désir profond était celui d'une vie de famille paisible, elle qui avait été bénie par un mariage heureux.

Pour elle, son jeune frère Hoseok était bien plus à même de gouverner, lui qui avait la prestance et le charisme d'un roi, une capacité de réflexion, une intelligence et une ouverture d'esprit que les intellectuels vantaient jusqu'au continent européen.
Daewon avait déjà trente ans, et sa santé s'était fragilisée à la suite de ses accouchements ; avec quatre années de moins, Hoseok était plus robuste, d'une endurance admirable et d'une santé de fer, et son intérêt pour les fonctions du royaume lui conféraient des avantages indéniables pour porter la couronne.

Surnommé « l'Ange du peuple » dans toute la Corée, le jeune homme ne cessait d'impressionner également pour sa gentillesse, sa générosité, son intérêt non feint et sincère pour les gens, à qui il souhaitait donner de l'espoir et illuminer leur journée, leur offrant toujours un grand sourire chaleureux qui ne manquait jamais d'insuffler de la joie dans leurs cœurs.
La beauté que le ciel lui avait offerte faisait également rêver nombre de damoiselles et damoiseaux, qui se plaisaient à imaginer la douceur de vivre à ses côtés, mais aussi l'honneur et le prestige d'intégrer la famille royale.

Alors, après s'être collectivement entendus, les monarques et leurs enfants convinrent de désigner Jung Hoseok comme prince héritier du royaume de Corée.

Lorsqu'il apprit la nouvelle, Min Yoongi eut un sourire affectueux sur son doux visage poupin, et ses yeux brillèrent d'émotion.

« Tu seras un grand roi, le peuple vivra heureux sous ta protection et t'aimera, comme ils aiment tes parents, affirma le jeune homme au prince héritier, luttant pour que sa voix cesse de trembler.

- La fonction pourrait toujours t'être confiée à ma place, au moment venu. Tu fais partie de la famille après tout, hyung, et tu as sans doute plus les épaules pour cela que moi » souffla Hoseok.

Min Yoongi, cousin de la princesse et du prince, était l'homme dont Hoseok était le plus proche. C'était un homme plus petit que le prince, au physique plus chétif, au visage plus rond et doté de cheveux fins dont il s'amusait à changer la couleur régulièrement.

Si Hoseok possédait une tristesse certaine dans son regard, la froideur dans les yeux de Yoongi effrayaient plus d'un, et la souffrance qu'ils pouvaient montrer parfois s'accompagnait d'une souffrance, d'une sorte de haine silencieuse que personne hormis Hoseok ne comprenait.
Car le prince, lui, savait qu'il ne s'agissait que d'une carapace, et il avait travaillé dur pour découvrir la véritable personnalité de son cousin replié sur lui-même.

Une année seulement les séparaient, ils avaient grandi ensemble, et d'amis d'enfance ils étaiens devenus meilleurs amis, et rien ne pouvait briser leur lien. La confiance entre eux était totale et aveugle, l'un ne tarissait jamais d'éloges pour l'autre ; les secrets n'existaient pas, et la trahison était impensable.

Yoongi, imprésario et artiste lui-même à ses heures, était réputé pour son naturel calme : souvent surpris à s'assoupir dans tous les endroits, même improbables, n'élevant jamais la voix sur quiconque, n'esquissant jamais un geste brusque, il arborait presque toujours une expression indifférente, presque d'ennui.

Ses sourires n'étaient adressés qu'à Hoseok, et c'était comme si ce dernier agissait comme un générateur d'énergie, car Yoongi ne se retrouvait gonflé d'enthousiasme qu'en présence de son cousin.

Ainsi, seul le prince connaissait l'homme profondément attentionné, affectueux et compréhensif qu'était le véritable Min Yoongi ; et comme les deux jeunes hommes étaient aperçus ensemble chaque jour, des langues avides de scandales concernant cette famille royale trop parfaite répandaient la rumeur d'une relation charnelle entre eux – ce à quoi peu de monde croyaient, considérant plutôt la relation entre les deux nobles comme une forme extraordinairement belle d'amitié.

« Je t'ai dit de ne plus m'appeler « hyung », Hobi, tu es le prince. Et ta sœur et ses enfants sont avant moi dans l'ordre de succession. De toute façon, le trône ne m'intéresse aucunement » sermonna gentiment le plus petit en secouant légèrement ses mèches couleur menthe, un sourire ourlant ses lèvres.

Lorsque la cérémonie lui conférant le titre officiel de prince héritier fut achevée, Hoseok souffla quelques minutes au balcon, admirant le paysage face à lui : le palais avait été construit de façon à faire le plus possible face à l'horizon bleu infini que constituaient le ciel et l'océan.

Hoseok avait toujours apprécié les promenades le long de la mer, savourant les propriétés relaxantes de la musique que ses vagues produisaient, et la douceur du sable sous ses pieds.
Lors de leur enfance et leur adolescence, Hoseok et Yoongi se divertissaient sur la plage, à s'allonger et jouer au ballon, ou empruntaient encore un petit bateau sur lequel ils s'éloignaient du palais – sous l'inquiétude des souverains – pour se rafraîchir et découvrir ce qu'il pouvait bien se cacher sous cette eau si bleue et si pure, cet océan si magnifique et mystérieux à la fois.
Souvent, ils étaient accompagnés dans leurs escapades le jeune Jeon Jungkook, beau comme un enfant mais fort comme un homme, qui était le garçon de compagnie de Hoseok - sa propre mère était la dame de compagnie de la reine.
Très souvent, le jeune domestique, qui était devenu très rapidement ami avec les deux nobles et s'en était considérablement attaché - Hoseok se souvenait encore des larmes versées par ce dernier lorsqu'il avait émis l'hypothèse d'abandonner son rang au bénéfice d'une vie ordinaire -, était celui qui plongeait dans l'eau pour vérifier les environs et découvrir les secrets de la faune et la flore marines en premier, car le prince se méfiait de cet environnement inconnu – et le craignait, certainement – et son cousin limitait les efforts physiques.

Les trois garçons admiraient alors tout ce que la mer avait à offrir : du sable blanc, des plantes aussi fascinantes qu'étranges, et des poissons aussi beaux qu'inoffensifs. Les couleurs se mélangeaient, et semblaient même plus nombreuses que sur la terre ferme ; un véritable monde existait dans les profondeurs, et le soleil se reflétant à la surface semblait être pour les fonds marins ce que le ciel était pour les humains.
Jungkook avait émis l'hypothèse de l'existence « d'humains de la mer », et Hoseok et Yoongi avaient doucement ri de lui – ce à quoi Jungkook s'était plaint que « Hoseokie-hung et Yoongi-hung ne le prenaient jamais au sérieux car il avait plusieurs années de moins qu'eux ».

Loin dans la mer, l'eau était bleue comme peu de choses l'étaient sur la terre, ou bien quelques fleurs, pure comme le verre le plus transparent, mais si profonde qu'un humain prendrait peur et, s'il en avait encore la force et l'air, remonterait rapidement à la surface, effrayé devant cet inconnu sans limites spatiales.

Pourtant, les « humains de la mer » existaient réellement dans les fonds marins : les peuples de la mer, constitués de femmes et d'hommes d'apparence humaine dans leur partie supérieure et d'apparence de poisson dans leur partie inférieure, vivaient au-dessus du sable blanc, entourés de végétaux souples et colorés qui bougeaient comme tout être vivant pouvait se mouvoir, et les poissons de toute taille étaient leurs amis.

Autour du pays humain de la Corée, se trouvait en vérité le royaume de Vante : inconnu des habitants à la surface, le peuple de ce royaume ignorait en retour tout des êtres humains.
La légende, répétée de générations en générations, dressait cependant un portrait peu flatteur des humains, créatures vivant quelques décennies à peine, persuadées de leur supériorité et l'affirmant à travers la planète entière en ne respectant aucunement tout ce qui les entouraient.

Les peuples de la mer possédaient une longévité bien plus considérable que celle des humains, et les sages les plus anciens narraient aux jeunes générations ce qu'ils avaient vu et su des humains au fil des siècles constituant leur longue vie : les humains n'affrontaient l'océan qu'avec de grandes boîtes de bois appelées « vaisseaux » par les tritons et les sirènes, et lorsque ces boîtes échouaient – ce qui arrivait fréquemment du fait de la nature capricieuse de la mer et du mauvais caractère du ciel – de tristes épaves et des trésors brillants tombaient au fond de l'océan, irrésistiblement attirés par le sable blanc loin en dessous de la surface.

Les tritons et les sirènes avaient ainsi pu découvrir que les humains aimaient les objets esthétiques, de toutes tailles, qui souvent brillaient. Certains avaient la couleur du soleil, d'autres celle du sable. D'autres encore semblaient fragiles et étaient ornés de dessins aux couleurs pouvant être chatoyantes ou sombres.
Il y avait de nombreuses représentations d'humains, ce qui permit aux peuples de la mer de savoir que les humains possédaient deux « grands bras » au lieu de nageoires, portaient une grande attention à leurs cheveux et aux choses étranges qui recouvraient leurs corps, et que les tritons et sirènes pouvaient observer de plus près lorsqu'ils faisaient la découverte macabre de corps humains au fond de la mer - difformes, blancs et bleutés, et se détériorant bien trop vite.

Les peuples de la mer eurent aussi l'occasion de goûter ce qui était encore comestible sous l'eau, mais ne possédaient hélas aucun goût pour profiter des saveurs de ces mets ; ils étaient également intrigués par les signes étranges gravés sur des supports solides, et ils déduisirent que marquer des bouts de rochers avec des traits ou tâcher des feuilles blanches était un moyen pour les humains de communiquer entre eux.

Au royaume de Vante, le roi et la reine Kim passaient la plupart de leur temps au sein de leur palais. Composé de colonnes de coquillages, de coraux et de plantes pour la décoration, le palais royal constituait le centre de la vie du royaume, car toute affaire s'y déroulait, si bien que les souverains se retrouvaient très rarement seuls, trop sollicités par leurs proches, personnel et sujets.
Forts de leur expérience de la vie, âgés de plus de trois cents ans, le roi et la reine étaient grandement appréciés par les autres tritons et sirènes, et leurs deux fils représentaient l'avenir du royaume de Vante.

En effet, l'aîné des altesses royales, le prince Kim Namjoon, était depuis longtemps prêt à l'exercice du pouvoir. Il était robuste de corps, doté d'une grande intelligence et d'un savoir immense, et ses yeux souvent rieurs scrutaient son environnement avec intérêt. Son calme et ses capacités d'élocution faisaient de lui l'héritier idéal pour le royaume de Vante.

Marié au triton Seokjin - dont la beauté dépassait les frontières du royaume - qui le soutenait dans la moindre situation, le prince héritier doublait d'efforts pour aider ses parents à maintenir leur royaume à son plus grand prestige.
Namjoon ne se plaignait pas : ses parents lui avaient tout appris, son époux était toujours à ses côtés, et plus il en faisait, plus il préservait son frère de tout souci.

L'amour que portait Namjoon à son cadet était immense, et le jeune Kim Taehyung le lui rendait au centuple. Le jeune prince était toujours enjoué, jovial, insouciant, enfantin, romantique ; de l'aveu même de Namjoon, Taehyung possédait une beauté rare, dont aucun sujet de Vante pouvait s'enorgueillir.
Ses yeux plein d'innocence désarmante étaient aussi bleus que le ciel, et ses lèvres avaient la couleur vive des coraux. Il n'avait qu'un seul défaut : la passion pour les œuvres artistiques des humains l'enflammait, et il consacrait ses journées à rêver devant les objets d'art qu'il récupérait des « vaisseaux » humains qui chaviraient dans les eaux du royaume.

Taehyung possédait de nombreux trésors humains de tous les horizons, les vaisseaux provenant de tous les pays, et il collectionnait ses nouvelles possessions dans sa grotte personnelle.

Le jeune prince partageait sa passion avec son garçon de compagnie, Park Jimin, qui était son confident, et personne ne les avaient jamais aperçus seuls sans l'autre à ses côtés. Plus petit, plus musclé, aux lèvres pulpeuses et au visage irrésistible, Jimin représentait, selon les sujets du royaume, le compagnon idéal pour Taehyung : Seokjin n'hésitait d'ailleurs pas à clamer qu'ils étaient des âmes-sœurs. Le prince cadet et son ami s'amusaient grandement de ces affirmations, car entre eux n'existait qu'une grande amitié et une confiance inébranlable.

Les deux jeunes garçons étaient de nature très romantique, et leur fascination pour les humains était si grande qu'ils rêvaient tous deux d'une femme humaine ou d'un homme humain qui les rendrait heureux, et leur donnerait les plus beaux enfants du monde.

Les tritons en effet, comme les sirènes, possédaient la capacité d'enfanter - l'union entre un homme ou une femme de la mer et un humain était rare mais avait déjà eu lieu - et la naissance d'un ou plusieurs œufs était toujours un événement célébré avec faste.

Taehyung et Jimin savaient qu'un humain connaîtrait certainement des difficultés à accepter leur nature de tritons, mais ils ne perdaient pas l'espoir qu'un cœur serait assez grand, qu'un esprit serait assez ouvert, pour leur offrir de l'amour.

Plusieurs mois après avoir reçu le titre de prince héritier, Jung Hoseok s'accordait un moment de repos mérité : les fonctions royales étaient éreintantes et mobilisaient toutes ses forces et tout son temps. Avoir la possibilité d'être seul, débarrassé de ses habits princiers, à promener son fidèle compagnon Mickey, un petit chien toujours joyeux d'être en compagnie de son maître, était une opportunité précieuse. Descendu sur la plage non loin du palais, Hoseok jouait avec Mickey lorsque son rire mourut soudainement dans sa gorge : il avait entendu une voix.

Regardant autour de lui, Hoseok ne vit cependant personne ; son ouïe était pourtant fine et ne le trompait jamais, et il savait que ce n'était pas Yoongi ou Jungkook qui lui jouait une farce, car ceux-ci vaquaient à leurs propres occupations au palais. Le prince partit un peu plus tard, préférant ne pas tourmenter son esprit avec ce qui pouvait être une hallucination auditive, mais conservant l'idée dans sa mémoire.

Pendant de nombreux jours, il fut hanté par la voix enchanteresse qu'il avait brièvement entendue : car c'était une voix grave, celle d'un homme assurément, qui lui avait offert un chant envoûtant.
Hoseok n'avait jamais véritablement fait attention aux voix des personnes l'entourant, ainsi prêta-t-il soudain une oreille attentive à tout membre du palais qui se sentait d'humeur musicale. Il en déduisit avec dépit que peu d'entre eux possédaient des qualités de chanteur ; parmi ces derniers se trouvaient Yoongi et Jungkook eux-mêmes, mais leurs timbres de voix étaient bien différents du son grave qui l'avait charmé quelques jours plus tôt.

Un soir, alors que son entretien avec l'un des ministres l'avait considérablement épuisé, le jeune prince décida de revenir sur la plage, afin d'admirer l'océan, mais aussi dans l'espoir secret d'entendre à nouveaux la voix.
A son plus grand bonheur, la même voix lui offrit une nouvelle mélodie toute aussi belle, toute aussi magnifique, et Hoseok confirma à lui-même que ce son était réel, et en sortant de sa torpeur il réalisa que le moment se déroulait à la même heure que lors de sa précédente venue.

Mû par la curiosité et le désir de découvrir l'identité de celui qui possédait cette voix hors du commun, il retourna sur la plage le lendemain, à la même heure, et entendit à nouveau la voix. Il se laissa porter par la mélodie, comme ensorcelé, si bien qu'il préféra rester immobile, à profiter de ce son qui agissait comme un sortilège sur sa personne.

Hoseok revint chaque jour pendant une semaine.

Le huitième jour, le prince décida de lever le mystère. Discrètement, il se laissa guider par la voix, jusqu'à parvenir à un amas de rochers derrière lesquels il décida de se cacher. Hoseok fronçait les sourcils : le chanteur inconnu venait-il tous les jours ici pour se baigner, mais était tellement pudique qu'il restait derrière les rochers, sans jamais se dévoiler aux yeux d'autrui ?

Grimpant du mieux qu'il pouvait, remerciant intérieurement Jungkook pour l'avoir obligé à effectuer des exercices physiques aussi éprouvants que difficiles, Hoseok atteint l'extrémité de l'ensemble de rochers, et put apercevoir le profil d'un jeune homme qui chantait à tue-tête, observant des coquillages dans une main et semblant jouer avec des petits crabes dans l'autre.

Le prince se crut cette fois en proie à des hallucinations visuelles : jamais il n'avait vu un garçon d'une aussi grande beauté, ses cheveux bleus mi-longs étaient rabattus en arrière, mais quelques mèches tombaient avec grâce sur ses yeux, son nez état parfaitement proportionné ; les traits de son visage étaient fins et harmonieux, ses oreilles semblaient être grandes, et ses lèvres qui se mouvaient doucement avaient la couleur des fraises dont Hoseok raffolait tant.

Jusqu'alors, le prince était persuadé que Yoongi et Jungkook étaient les plus beaux hommes de son entourage, peut-être même de tout le royaume. Ce garçon était forcément l'un des sujets de ses parents, comment se pouvait-il qu'il ne l'ait jamais aperçu ? Il n'habitait assurément pas au palais, ne faisait absolument pas partie de son entourage, et était encore moins originaire du village autour du palais, car il connaissait ce lieu aussi parfaitement que le palais dans lequel il vivait.

Qui était-il ? D'où venait-il ? Pourquoi se cachait-il mais laissait sa voix être entendue par quiconque ?

Hoseok dut produire un bruit, ou son corps perdit momentanément l'équilibre sur les rochers, car l'inconnu s'interrompit soudain, redressant la tête vers l'origine du son qu'il venait d'entendre.
A la vue d'une forme ne ressemblant certainement pas à un rocher, un glapissement lui échappa, et lâchant les coquillages et les crabes qu'il tenait au creux de ses mains, il se cacha sous l'eau, là où la créature ne pouvait plus le voir.

Alors qu'il se laissait emporter vers le sable blanc au sol, le garçon réalisa soudain que la créature était en réalité un homme. Un homme humain. La panique l'envahit brusquement, et la peur lui fit écarquiller les yeux, entrouvrir la bouche, et tous ses muscles se figèrent.

Un humain ! Le premier humain qu'il ait vu de sa vie !

Mais la curiosité était trop forte et terrassa sa peur : il remonta à la surface, et s'aperçut avec bonheur que l'humain était toujours sur son rocher, une expression de surprise sur son visage devant la réaction de l'inconnu.

Hoseok l'avait-il tant effrayé ?

Les yeux du prince héritier brillèrent lorsqu'il vit le garçon ressortir de l'eau, et il put apprécier plus longuement son physique : cette fois, il eut tout le loisir d'admirer ses yeux, du même bleu azur que l'eau de l'océan, et il ne put empêcher son regard de descendre vers son torse finement sculpté.
Ce jeune homme était indéniablement semblable aux statues de l'Antiquité européenne que l'on pouvait admirer dans les musées.

Par tous les dieux de l'Asie, qui était-il ?

De son côté, l'inconnu dans l'eau observait l'humain : étrangement, celui-ci n'était absolument pas comme il avait imaginé les humains, mais était à la fois totalement similaire à son idéal.
Bien qu'allongé, il pouvait aisément deviner que l'homme était grand et mince. Ses "grands bras du bas", bien que cachés par son vêtement, étaient longs. La chemise blanche, largement ouverte sur le devant, moulait son torse avec délice, et laissait voir apparaître les muscles de ses bras. Quelques bracelets dépourvus de joyaux ornaient l'un de ses poignets.

Remontant son regard sur le visage de son vis-à-vis, le nageur découvrit des traits incroyablement symétriques : un grand front à moitié caché par des cheveux légèrement ondulés et couleur ébène, comme certains objets en bois que les peuples de la mer récupéraient ; des yeux en amande d'une beauté ensorcelante, à la noirceur aussi profonde que les abysses, et qui semblaient pouvoir transpercer n'importe quel destinataire d'un seul de leurs regards ; le nez était fin, aux proportions parfaites, les pommettes étaient saillantes, et le visage était long.

Lorsque l'humain, amusé par l'observation dont il faisait l'objet, lui offrit un sourire, l'inconnu fut pris d'un vertige : les lèvres rosées de l'homme formaient un cœur, dévoilant des dents blanches et parfaitement égales, et de petites fossettes décoraient chaque côté de sa bouche. Ce sourire était sublime, et son éclat rappelait la lueur des rayons du soleil passant à travers l'eau pour éclairer les fonds marins.

« Bonjour, énonça finalement l'humain, et sa voix était douce et suave, rassurante et irrésistible. Je m'excuse de t'avoir effrayé, je ne te veux aucun mal. Tu chantais, et ta voix était si belle que j'ai voulu connaître l'identité de son propriétaire. Comment t'appelles-tu ? »

Le chanteur découvert s'immobilisa pendant quelques secondes, incapable d'émettre le moindre son, à la fois ébloui par la beauté de son interlocuteur et terrifié par l'intérêt que lui portait celui-ci.

Les Anciens affirmaient que les humains avaient, très souvent, une nature profondément mauvaise, les intentions de cet humain étaient peut-être malveillantes.

« Je m'appelle Kim Taehyung... répondit-il enfin, et sa voix était encore plus grave que lorsqu'il chantait, séduisant plus encore l'homme sur le rocher, dont le sourire s'élargit.

- Je suis ravi te rencontrer, Kim Taehyung, je suis Jung Hoseok ! Dis-moi, d'où viens-tu ? interrogea-t-il avec curiosité. Il me semble que je ne t'ai jamais vu dans le village. »

Qu'était-ce qu'un village ?

Devant son hésitation, l'humain reprit :

« Ou peut-être n'es-tu que de passage, et tu as souhaité profiter d'un moment de repos pour te baigner, ce que je ne peux que comprendre. Cependant, cette plage n'est accessible que pour les habitants du palais, et cela paraîtrait étonnant que la garde ait donné l'autorisation à un étranger d'y descendre. »

Le jeune nageur ouvrit la bouche, mais aucun mot ne franchit ses lèvres : il comprit qu'un piège invisible se refermait sur lui, car il n'avait aucune raison à apporter pour justifier sa présence ici, et la seule solution qui s'offrait à lui était de dévoiler sa nature à l'humain.

Il avait également la possibilité de fuir et retourner dans les fonds marins, dans son palais, mais tout son corps désirait rester auprès de ce bel Hoseok.

« Je... Cela signifie-t-il que vous-même habitez dans le palais ? se risqua à demander Taehyung. »

Hoseok rit, d'un rire cristallin et joyeux, et le cœur de Taehyung manqua un battement.

« Ne sais-tu donc pas qui je suis, même si tu viens d'une province lointaine de Corée ? Je suis le prince héritier, futur roi de ce pays. »

La bouche de Taehyung forma un cercle parfait, et il réalisa qu'il parlait avec la personne la plus importante du royaume humain au-dessus de lui – après le roi et la reine eux-mêmes, ses parents.

Les habitants du royaume de Vante connaissaient la Corée, du moins ils en connaissaient l'existence, mais leur savoir se limitait à cela.

« Un autre prince ! s'exclama l'inconnu sur un ton enjoué. Je suis prince de mon propre royaume aussi, mais je ne suis que le deuxième, mon frère aîné succèdera à nos parents le moment venu.

- Ton propre royaume ? demanda Hoseok en penchant légèrement la tête, surpris.

- Oui, je... je ne suis pas Coréen... bégaya-t-il. Je ne suis... »

Ne sachant trouver les mots, il préféra montrer la preuve de sa nature directement à Hoseok, mû par un courage soudain, ou alors une inconscience certaine.

Se redressant, il baissa la tête et d'un geste de la main, désigna sa queue de poisson qu'il sortit de l'eau, la rendant visible pour l'humain.

Une queue de poisson.

Une... queue.

De poisson.

Hoseok aurait chuté à l'eau, si Taehyung ne s'était pas précipité sur lui pour le maintenir sur le rocher.

« C'est impossible... » chuchota le prince humain. « C'est impossible ! répéta-t-il. Les sirènes n'existent que dans les histoires pour enfants, ou les récits farfelus de marins ! »

Taehyung esquissa un sourire à la fois attendri et moqueur. Il avait la preuve que les humains n'avaient aucunement conscience de leur existence.

« Je ne suis pas une sirène, humain, les hommes sont appelés des tritons ! Et je suis bel et bien possible, puisque je me trouve devant toi, et que j'habite en dessous de ton palais sans même que tu ne t'en rendes compte ! »

Il eut un petit rire, qui permit à Hoseok de retrouver ses esprits.

Le prince héritier dévisagea le triton, et réalisa leur proximité : le visage à quelques centimètres l'un de l'autre, Taehyung le tenant toujours dans ses bras, les paumes appuyées sur son biceps droit et son épaule gauche ; Hoseok pouvait se rendre compte encore plus de sa beauté surnaturelle.

« Tu es bien une créature surnaturelle, murmura-t-il, car ta beauté est bien trop parfaite pour être humaine... »

Taehyung rougit furieusement, ses joues prenant la couleur des crabes qu'il tenait dans sa main quelques minutes plus tôt.

« Les humains peuvent aussi avoir une beauté parfaite, puisque j'en ai la preuve devant mes yeux... »

Depuis quand deux parfaits inconnus se parlant pour la première fois, échangeaient de telles paroles ? C'était surréaliste, et les deux hommes en avaient pleinement conscience, mais aucun d'eux ne voulaient briser le moment magique qu'ils vivaient ensemble. Un humain et un triton ne se rencontraient pas tous les jours, après tout.

Ou peut-être que...

« Je veux te revoir » lança Hoseok d'une voix ferme. « Je ne veux pas que notre rencontre reste dans ma mémoire comme un simple souvenir, le plus merveilleux certes, mais un souvenir lointain, sans espoir de ne plus te revoir... Je veux t'entendre chanter à nouveau, je veux admirer ton visage pendant des heures, je veux apprendre à te connaître. »

Taehyung rougit plus encore, si cela était seulement possible, et baissa les yeux, son regard tombant sur les jambes de l'humain, ces « grands bras » dont les peuples de la mer étaient si curieux.

« Tu n'es pas repoussé par mon apparence ? » interrogea-t-il, quelque peu craintif.

- Pourquoi le serai-je ? Tu es différent des humains, mais cela ajoute encore plus à ta beauté. Tu es unique...

- Il y a pourtant des centaines d'autres hommes comme moi, dans les abysses, contra le jeune collectionneur.

- Mais pour l'instant il n'y a que toi, répliqua Hoseok avec un sourire, offrant un clin d'œil à son nouvel ami. Et je ne veux voir que toi... »

Il laissa son regard dériver sur son corps, et fut frustré de ne rien voir de sa partie inférieure cachée par l'eau. Devinant ce que cherchait l'humain, Taehyung demanda :

« Oh, tu veux revoir ma queue ? »

Et Hoseok se mordit la lèvre pour ne pas lâcher un rire inapproprié, maudissant ses pensées indécentes. Son impureté contrastait grandement avec la pureté irréelle du triton.

« Oui, si tu le permets... »

Taehyung releva alors son corps, et Hoseok pensa naïvement qu'il s'agissait de jambes simplement serrées dans une sorte de jupe couverte d'écailles.
Après l'avoir contemplée quelques secondes, il approcha sa main de la queue du triton, et sursauta lorsque le toucher lui parut extrêmement doux... exactement comme les écailles d'un poisson.

Etrangement, l'idée d'entretenir à ce moment une conversation avec un poisson, aussi saugrenue était-elle, ne le dérangeait absolument pas.

« Reviendras-tu, demain, à la même heure, au même endroit ? » proposa le prince héritier.

Taehyung sentit son cœur gonfler dans sa poitrine, et accepta avec enthousiasme. Il offrit un grand sourire à l'autre prince, un sourire qui formait un rectangle et faisait plisser ses yeux, et Hoseok, déjà sous le charme du jeune homme, lui succomba totalement.

« Alors à demain, Taehyung... J'ai hâte de te revoir. »

Alors, qu'en pensez-vous ? :)