54. Deux fois le pouvoir doit être forgé

"Il est arrivé quelque chose à Hermione?" demanda Fred alors que les jumeaux, Ron, Harry et Draco se prélassaient sur les canapés du quartier de l'Ordre, attendant que la réunion générale du samedi commence. Bon, "se prélasser" ne s'appliquait qu'à certains d'entre eux, puisque Drago était assis le dos parfaitement droit et Harry faisait son possible pour maintenir sa colonne vertébrale verticale.

À la question de Fred, son attention se porta immédiatement sur lui.

"Qu'est-ce qui te fait penser ça ?" demanda-il, prenant garde de ne laisser transparaître ni sa surprise, ni son inquiétude. Il jeta un regard à Hermione, qui n'avait pas l'air inhabituellement tendue ou fatiguée alors qu'elle se tenait auprès de Maugrey Fol-Oeil, discutant probablement de stratégie ou d'un aspect particulier de l'entraînement au combat. Si une chose avait changé depuis la dernière réunion générale, c'était qu'elle apparaissait plus fière, plus déterminée et confiante.

"Ma mère," répondit simplement George. "L'illustre Mrs. Weasley jette des regards inquiets à Hermione et des regards d'excuses à Snape. S'il y avait une cuisine dans le coin, elle aurait probablement déjà cuisiné un repas complet pour eux."

Harry était surpris. Il n'avait pas soupçonné les jumeaux d'être capables d'une telle subtilité. Mais quand il tourna la tête vers l'endroit où Mrs. Weasley se balançait anxieusement, pas exactement à côté d'Hermione mais jamais bien loin, il décida que ses pensées nécessitaient une reformulation. "Subtilité" aurait signifié remarquer la façon dont le comportement de Severus alternait entre l'auto-satisfaction, parce qu'il avait réussi à la forcer à se reposer, et la surprotection, parce qu'il voulait qu'elle se repose d'avantage. Remarquer Mrs. Weasley par contre, était inévitable.

"Alors, est ce que quelque chose est arrivé ?" demanda Ron une nouvelle fois, et Harry jeta un coup d'oeil à Draco, qui cilla pour approuver. Ils le sauraient de toute façon, si ça n'était pas pendant la réunion de l'Ordre, ça serait de la bouche de leurs parents. Mieux valait leur dire maintenant et les empêcher de confronter Hermione en quête d'information.

"Hermione a été prise en ambuscade jeudi soir par des Mangemorts rebelles," expliqua-il, s'assurant de garder une voix claire et neutre. "Ils l'ont battue jusqu'à deux doigts de lui ôter la vie, mais elle a réussi à s'échapper en tuant les deux qui la maintenaient au sol. Severus et le professeur McGonagall l'ont soignée. C'est une affaire classée, maintenant."

Harry remarqua que Ron tiquait nerveusement, comme il le faisait toujours ces derniers temps quand Harry utilisait le prénom de Severus avec autant de désinvolture.

"Quand elle s'est relevée après ça, elle est retournée voir Voldemort et l'a manipulé pour qu'il tue les six attaquants."

La mâchoire des jumeaux resta béante à cette explication.

"Grand Merlin," s'exclama Fred en se tournant pour fixer Hermione. Son geste était douloureusement indiscret mais Hermione prétendit ne rien remarquer. Ses yeux semblèrent rencontrer ceux d'Harry uniquement par accident, et le signe de tête qui l'informa qu'elle acceptait et encourageait sa décision de les informer sembla être dirigé vers Maugrey.

"Elle a l'air en pleine forme ! C'est impossible qu'elle ait été presque morte jeudi," protestait maintenant George.

"Personne ne guérit aussi rapidement. Elle n'a même pas l'air stressée !"

"Elle est toujours debout," murmura doucement Ron, qui était devenu très pâle en entendant la nouvelle. "Et elle a Snape."

Les jumeaux se tournèrent vers leur frère cadet si totalement déconcertés que Draco ne peut retenir un reniflement amusé. Harry décida que ses pensées devaient une nouvelle fois être reformulées. Il semblait qu'il y avait au moins un membre de la famille Weasley qui avait appris la subtilité.

Dumbledore annonça le début de la réunion un court moment plus tard, et Harry fut content que le flot de questions des jumeaux s'achève. Bien qu'il les savait être de fiers guerriers et des génies de la magie, parfois il ne pouvait s'empêcher de penser qu'ils ne considéraient tout ça que comme une vaste blague. Ron et lui avaient été comme ça aussi, quelques fois par le passé, mais ça s'était définitivement terminé quand Cédric était mort.

Et maintenant qu'Hermione avait commencé son jeu à double tranchant…

"Laissez-moi débuter cette réunion de l'Ordre," commença Dumbledore une fois qu'ils se furent tous assis et tus. "En vous transmettant les louanges de nos instructeur de combat," il inclina la tête vers Maugrey, Severus et Remus. "Ils sont tous plus que satisfaits de la progression de nos plans et de notre préparation, et souhaitent vous féliciter pour vos capacités et votre assiduité."

Harry trouva difficile à croire que Severus puisse féliciter qui que ce soit pour ça, et quand il jeta un coup d'oeil à leur chef des renseignements, il vit un sourire moqueur se dessiner sur ses lèvres. Severus devait avoir remarqué les yeux d'Harry sur lui, puisqu'il rencontra soudainement son regard et son sourire s'agrandit. Harry fronça les sourcils. Il y avait autre chose derrière ce sourire, il en était sûr.

La prochaine annonce de Dumbledore lui appris exactement ce qui avait fait sourire Severus comme un chat qui a attrapé une proie.

"Et pour assurer d'avantage notre sécurité, Severus a gracieusement accepté d'enseigner à Ronald et Harry les bases nécessaires de l'Occlumancie pour garder Voldemort hors de leur esprit."

"Pas moyen !" l'interrompit Ron, sautant de sa chaise, son visage n'affichant que pure panique. Harry n'avait aucun problème à le comprendre. Même s'il se sentait mal à l'aise à cette pensée, et que Severus agissait de manière tolérable envers lui depuis quelques temps maintenant, il avait été plus méchant avec Ron au cours des derniers mois qu'il ne l'avait jamais été avec Harry, même dans leur pire période.

"Pourquoi dois-je apprendre ça ?" protestait maintenant Ron d'une forte voix. "Je ne vais pas l'espionner ou quoi, et Snape me fera seulement…"

"Ron, assied-toi." La voix d'Hermione était calme, basse et d'acier. La bouche de Ron se ferma avec un bruit audible et l'inimaginable se produisit : il s'assit sans ajouter un mot. Harry put voir une surprise absolue se dessiner sur les visages de tous les Weasley dans la pièce, et même de beaucoup de professeurs. Ils n'avaient jamais vu Ron aussi docile.

Mais ils ne lui avaient pas implanté le souvenir d'une séance de torture à l'esprit non plus.

"Bien sûr que tu n'espionneras pas et n'aura pas de contact non indispensable avec Voldemort." expliqua Hermione plus patiemment, mais avec dans la voix une dureté qui lui disait qu'elle ne tolérerait pas la stupidité Gryffondor ici.

Ais-je pensé "stupidité Gryffondor" à l'instant ? Au moins Draco ne l'a pas entendu cette fois.

"Mais il y aura quelques secondes où tu seras confronté à Voldemort sans moi ou l'Ordre pour détourner son attention de toi. Il est un Maître Légilimens, et s'il prélève même juste un fragment de notre plan dans ton esprit, il transpanera et tout sera terminé. Nous ne pouvons pas prendre ce risque. Et ça signifie que Harry et toi devez apprendre au moins les bases de la protection de l'esprit."

"Mais nous avons ton sortilège pour protéger nos esprits !" protesta Ron, surprenant Harry par sa capacité à argumenter même face à un désastre imminent.

"Si nous gardons ce sortilège actif pendant notre confrontation finale, la première tentative de pénétration dans notre tête effacera absolument toute information sensible de notre esprit," répondit Hermione. "Tu te tiendras là, à Tintagel, sans savoir ce que tu fais là, ni pourquoi. Vous serez tous les deux inutiles, ce qui est la raison principale pour laquelle je n'utilise pas le sort sur moi-même. Vous allez devoir agir en face de Voldemort, et vous allez devoir le convaincre que vous n'êtes que deux étudiants inoffensifs attendant là dans l'intention de réaliser un rituel d'amitié."

Pendant un moment, il sembla que Ron voulait désapprouver, mais ensuite il décida apparemment qu'il ne pouvait pas gagner contre Hermione. Plus jamais.

"Pourquoi ne peux-tu pas nous apprendre, alors ?" demanda-il à la place, mais moins obstiné que désespéré.

"Je n'ai pas le temps," répondit Hermione avec regrets. "Et même si je pouvais prendre le temps, je n'ai pas la moindre idée de comment l'enseigner. Et croyez moi, vous n'avez pas envie d'apprendre de la même façon que moi. Ça n'était pas agréable."

Harry voulais avancer qu'apprendre avec Severus n'était pas agréable non plus, mais ensuite quelque chose lui revint à l'esprit, du genre un épouvantard prenant la forme de Voldemort et torturant Hermione pour lui extorquer des informations, et il referma la bouche. De plus, il ne risquerait de sortir des bonnes grâces de Severus juste pour une remarque.

Il jeta un oeil à Severus et vit l'auto-satisfaction luire dans son regard. Sans le vouloir, il se souvint de la misère qu'avait été ses premières leçons d'Occlumencie, et alors qu'il se tournait vers Hermione, elle gloussa, remarquant manifestement la supplication dans ses yeux.

"Mais je pourrais certainement participer à quelques leçons au début, n'est-ce pas Severus ?" demanda-elle avec légèreté. "Après tout, avoir deux Occlumens travaillant ensemble rendra l'enseignement beaucoup plus facile."

Harry tourna la tête vers Severus et vit une expression légèrement déçue, ou au moins il crut la voir, comme si le petit oiseau s'était envolé une seconde avant que le chat l'attrape.

"Ça m'a l'air parfait", dit-il, soulagé.

"Si cela vous convient," repris Dumbledore. "Résumons les événements de la semaine. Nymphadora, veux-tu bien commencer ?"

Il fallut plus qu'une heure pour collecter les rapports de chaque membre et mettre à jour tout le monde, même si Harry avait remarqué que Dumbledore les pressait plus que d'habitude. Personnellement, il aurait préféré que chacun prenne autant de temps que possible - chaque rapport supplémentaire retarderait la minute où il devrait se lever et présenter leur projet devant ces personnes brillantes et/ou beaucoup plus âgées.

Mais comme toujours quand on redoute quelque chose, le temps fila et avant qu'il y soit préparé, l'aimable voix de Dumbledore s'adressa à Draco et lui.

"Vous vous souvenez tous de l'idée que Mr. Potter et Mr. Malfoy nous avaient présenté il y a quelques semaines et que nous avions accueillie avec joie. Aujourd'hui, j'ai le plaisir de vous annoncer qu'ils ont terminé leur travail sur la fausse prophétie et sont prêt à nous la communiquer. Si vous le voulez bien, messieurs…"

"Bien," dit Harry et il se leva de sa chaise, partageant un regard nerveux avec Draco qui avait juste l'air confiant et qui souleva un sourcil. Mais bien sur, il avait été éduqué pour assister à des dîners de sang-pur depuis l'âge de cinq ans. Cette réunion de ce que son père aurait appelé "des amoureux des sang-de-bourbe" ne pouvait pas l'affecter aussi sévèrement que Harry.

"Vous connaissez tous la prophétie originale, mais je vais quand même vous la rappeler pour rendre les comparaisons plus aisées." Il prit une grande inspiration, se sentant mal à l'aise et légèrement sous pression comme il l'était toujours à l'évocation de la prophétie. Il n'avait pas encore tout à fait digéré le fait d'être l'Elu.

"Celui qui a le pouvoir de vaincre le Seigneur des Ténèbres approche... il naîtra de ceux qui l'ont par trois fois défié, il sera né lorsque mourra le septième mois... et le Seigneur des Ténèbres le marquera comme son égal mais il aura un pouvoir que le Seigneur des Ténèbres ignore... et l'un devra mourir de la main de l'autre car aucun d'eux ne peut vivre tant que l'autre survit... Celui qui détient le pouvoir de vaincre le Seigneur des Ténèbres sera né lorsque mourra le septième mois…"

Il s'arrêta, et laissa ses yeux se promener autour de la table. Hermione lui sourit et Serverus lui envoya un regard qui aurait pu être considéré comme encourageant sur n'importe quel autre homme.

"Comme vous en avez conscience," continua-il. "Voldemort connaît la première moitié de la prophétie. C'est pourquoi nous ne l'avons pas modifiée. Mais je pense que nous avons trouvé une tournure qui l'encouragera à penser que Halloween est sa meilleure chance de me vaincre, sans perdre l'ambivalence de la prophétie originale. Draco ?"

Draco hocha la tête et se leva. Ils se tenaient presque l'un en face de l'autre, et Harry sentit son malaise se calmer quand il regarda le Serpentard.

"Celui qui a le pouvoir de vaincre le Seigneur des Ténèbres approche... il naîtra de ceux qui l'ont par trois fois défié, il sera né lorsque mourra le septième mois…" commença Harry une nouvelle fois, mais cette fois ce fut Draco qui pris la suite de la phrase et finit la prophétie pour eux.

"Et le Seigneur des Ténèbres perdra ses pouvoirs," dit-il lentement, sa voix donnant aux mots une étrange gravité, comme si c'était une véritable prophétie qu'il proférait. "Et il s'écoulera longtemps avant qu'il ne les recouvre… Deux fois le pouvoir doit être forgé, au cours d'une ancienne nuit, au sein d'un lieu ancien, alors celui qui a survécu tombera, et celui qui ne meurt jamais triomphera. Et personne ne pourra plus le vaincre, car dans la terre demeurera son pouvoir. Celui qui détient le pouvoir de vaincre le Seigneur des Ténèbres approche…"

Quand Draco eut fini et se fut rassit sur sa chaise, le silence demeura parmi les membres de l'Ordre. Harry vit Hermione approuver avec une satisfaction pensive, se répétant sans doute une nouvelle fois le tout, évaluant chaque phrase, chaque mot individuellement en quête d'un sens caché qu'ils n'auraient pas anticipé.

Malgré sa nervosité initiale, Harry trouva qu'il s'était relaxé pendant que Draco avait récité leur contrefaçon de prophétie. Ils y avaient passé des heures et l'avaient passée en revue avec à la fois Dumbledore, Hermione et Severus. Le résultat était parfait.

"Ça m'a l'air bien," grogna finalement Maugrey après avoir terminé sa propre vérification silencieuse de leur prophétie, et des hochements de tête autour de la table indiquèrent que le reste de l'Ordre était d'accord.

"Du coup, qu'est ce qu'on va en faire ?"

C'est Dumbledore qui répondit. "La formulation de cette prophétie sera envoyé à un... artisan de confiance, une connaissance de Severus. Il devrait produire une fausse prophétie satisfaisante que même Sybille ne serait pas capable de distinguer d'une vraie."

Harry entendit un commentaire des plus dégradant sur les capacités de Sybille Trelawney sur sa gauche, prononcé par le ton soyeux de son ancien Maître des Potions, et dut cacher un sourire. S'il y avait bien une chose que Severus adorait dans le fait de ne plus être professeur, c'était la liberté de critiquer ouvertement et de dénigrer la plupart de ses anciens collègues.

Seuls les professeurs McGonagall et Flitwick, ainsi que Remus, étaient par chance à l'abri de cette pluie d'insultes.

"S'il s'en tient à ce qu'il a promis," continua Severus, et l'accent mauvais dans sa voix promettait des malheurs si l'artisan en question ne s'y conformait pas. "La fausse prophétie sera prête pour le bal d'été de Voldemort."

"Un bal d'été?" demanda Tonks sceptiquement, trouvant probablement aussi difficile qu'Harry d'imaginer les Mangemorts célébrant la saison chaude et fleurie de l'année.

"Une très ancienne tradition," répondit Severus. "La première partie du bal est une mascarade, donnant au premier et au second cercle une opportunité de se mêler sans révéler leurs identités. La seconde partie est réservée aux membre du premier cercle, et elle consiste en certains… rituels."

La façon dont il avait prononcé le dernier mot leur indiqua clairement qu'ils ne voulaient pas s'enquérir de la nature de ces rituels, et même Mrs. Weasley resta silencieuse pour une fois.

"J'espère offrir la prophétie au Seigneur des Ténèbres au tout début du bal," continua Hermione calmement. "Comme ça, il aura une longue nuit de festivités pour y réfléchir, avant que je lui offre ma solution à ce dilemme manifeste."

"Tu veux dire comment quelqu'un pourrait amener Harry dans un lieu ancien soit à Halloween soit à Noël soit à Beltrane alors qu'il sait que Voldemort sera capable de le vaincre à cet endroit et à ce moment ?" demanda Maugrey. "Je trouve ça dur à croire moi même."

Harry retint presque sa respiration. C'était la seule faiblesse de leur plan. Ils avaient envisagé de laisser Hermione prétendre qu'elle avait modifié sa mémoire. Mais la probabilité que la prophétie soit évoquée autour de lui les mois suivants était tout simplement trop grande, et Voldemort aurait trouvé trop risqué de baser ses plans sur le faible espoir que personne n'en parlerait à Harry.

Donc ils devraient compter sur la confiance en soi de Voldemort et l'habileté d'Hermione à le convaincre avec l'aide de ce qu'elle avait assez bizarrement appelé la "têtologie", ajoutant avec un gloussement que c'était "l'arme la plus féroce d'une sorcière".

"Harry a été stupide et obstiné par le passé," présenta mielleusement Severus. Harry grimaça. Non qu'il ait eu besoin de ce rappel de sa bêtise passée. Mais au moins Severus n'avait pas conjugué sa phrase au présent. Un faible rayon d'espoir était mieux que rien.

"Et c'est l'impression d'Harry que nous avons cultivée ces derniers mois," acquiesça Hermione. "Nous avons monté des combats impulsifs, des phases de bouderie et des colères injustifiées. J'ai reporté le moindre incident en détail et ajouté certains éléments. Pour ce que le Seigneur des Ténèbres sait, Harry est un adolescent lunatique attendant juste sa chance de s'échapper du giron du Directeur, alternant entre la peur de mourir et la volonté d'être normal."

Elle sourit à Harry, qui hocha la tête en signe d'approbation. Même après toutes ces années , il était dur d'admettre qu'il était tout sauf normal. Mais avoir des amis extraordinaires comme elle et Drago rendait sans aucun doute cette fatalité plus facile à accepter.

"Et tu penses vraiment que Tu-Sais-Qui va baser ses plans sur les humeurs d'un adolescent ?" demanda Mrs. Weasley, le scepticisme de sa voix montrant clairement qu'elle avait appris en tant que mère de longue date à ne pas faire confiance aux humeurs des adolescents.

"Oui," répondit simplement Hermione et Severus marqua son accord d'un signe de tête. En voyant que ça n'avait pas eu l'air de convaincre Mrs. Weasley, elle soupira et bougea un peu sur sa chaise. "Je connais le Seigneur des Ténèbres," dit elle doucement. "Nous le connaissons tous les deux." Elle partagea un autre regard indéchiffrable avec Severus, puis elle retourna la tête vers la matriarche Weasley pour continuer.

"Comme Harry, il a été têtu et téméraire. Mais pour Voldemort, cette témérité a été l'origine de son pouvoir. Il détestait se sentir inférieur et sans recours, alors il a ouvert la Chambre des Secrets et menacé des sang-de-bourbe." Elle utilisait le mot sans ciller, comme si c'était l'usage normal des conversation de tous les jours.

"Il détestait son père et il l'a tué avant même d'avoir quitté l'école. Il hait les nés-moldus et les a poursuivi depuis lors."

"Et il n'a jamais écouté ses conseillers. " Severus continua l'explication d'Hermione sans en casser le rythme. "Il ne croira pas qu'Harry écoutera les siens, ni qu'il se confiera à d'autres personnes que Mr. Weasley et Hermione, qui, pense-il, soutiendrons tous les deux ses plans aussi fous soient-ils."

"L'un dans l'autre, il ne trouvera pas difficile d'imaginer qu'Harry nous réunira à Tintagel, pas après le portrait que je lui ai fait du Survivant et sa terrible vie enfermée à Poudlard," continua Hermione, reprenant la relève. "Mais bien sûr ça dépend de la façon dont je vais lui offrir l'information."

"Penses-tu vraiment que tu peux duper Voldemort pour le faire accepter ton plan ?" demanda Sacklebolt à son tour, ne cachant pas totalement son incrédulité.

Hermione eut un rictus. "Je vous ai tous trompés pour faire accepter Draco, n'est-ce pas ?" répondit-elle, et la conversation fut close.

La fausse prophétie fut suivie par une présentation de schémas de combat pratique. L'évaluation de leurs capacités, forces et faiblesses avait été complétée, et à présent Remus détaillait les plans pour les semaines suivantes depuis une bonne dizaine de minutes.

Il semblait à Harry que ça avait été plutôt décevant, mais ensuite il fut heureux de se relaxer et de faire taire les voix des membres de l'Ordre pendant un moment. La mention de son nom l'arracha à ses pensées. Apparemment, ils avaient atteint le dernier - et pour lui, plus intéressant - ordre du jour. Le bal qui, espérons-le, donnerait à Hermione une chance d'espionner Dougall.

"Excepté Harry et moi, dont la présence a été requise par Aberforth, nous avons décidé d'emmener Remus et Minerva avec nous. Severus sera présent également, bien sûr," disait Dumbledore. "Il ne sera pas surprenant que trois professeurs m'accompagnent, et Harry sera ainsi gardé en sécurité en permanence."

Harry grimaça. Parfois il se sentait comme la Pierre Philosophale, à être protégé et gardé en sécurité de la sorte. Il saisit l'expression légèrement moqueuse de Draco depuis l'autre bout de la salle et lui envoya un air renfrogné en retour. Draco était juste jaloux de ne pas pouvoir les accompagner et voir Harry "s'embarrasser tout seul et sa maison avec lui", comme le Serpentard l'avait si gentiment formulé la veille, quand ils s'étaient entrainés à danser. Non pas qu'Harry prévoyait de danser avec qui que ce soit ce soir.

"De ce que Severus m'a dit, j'ai compris que Miss Granger et lui ont travaillé à un plan qui requerra un court moment d'assistance de la part de Harry et Remus, mais rien d'autre ?" continua Dumbledore, et Hermione acquiesça.

"La seule chose encore à discuter ce sont les détails des goûts de Dougall et la décoration de la salle de danse," dit-elle.

"Je suis heureux de vous informer de la description complète que mon frère m'a offerte," lui dit le Directeur avec un sourire. "Aberforth décorera la salle dans les traditionnelles couleurs des Dumbledore, brun profond et doré, et les livrées des serviteurs arboreront les mêmes couleurs."

"Avez-vous des échantillons ?" demanda Hermione et elle récupéra d'un Accio les petits morceaux de tissus que Dumbledore présenta. Severus ne leva même pas la tête d'un autre de ses infâme rapports. Clairement, il avait l'intention de laisser Hermione gérer entièrement les choses.

Pensivement, Hermione hocha la tête comme si les échantillons lui murmuraient des secrets.

"La plupart des gens choisiront des couleurs plus sombre et plus restreintes dans cet environnement. Y a t'il du lambris dans la salle de votre frère, Professeur ?"

"En chêne," confirma sereinement Dumbledore. "Un chêne plutôt rouge, à cause d'un ancien incident quand nous étions plus jeunes…"

"Vous conseillerez à votre frère de s'habiller dans des couleurs sombres, et notre compagnie ne choisira rien de plus clair que le rouge foncé. Ca vaut aussi pour vous, Monsieur le Directeur," ajouta Hermione avec un regard appuyé à Dumbledore.

"Certainement, ma chère," approuva-il joyeusement. "Mais puis-je m'enquérir du pourquoi ?"

"Parce que je porterai de l'écarlate, et je devrais être la personne la plus visible dans la pièce. Qu'as-tu trouvé sur les préférences de Dougall, Bill ?"

Hermione avait complètement repris la direction de la réunion, et à son grand étonnement, Harry constata que l'Ordre si querelleur habituellement acceptait son autorité sans la moindre hésitation. Peut-être que c'était sa façon de parler, ce ton qui leur disait qu'elle ne tolérerait pas de perte de temps, peut-être que c'était dans sa façon d'être, comme si elle s'attendait à ne jamais être contredite. Quoi que ce soit, Bill lui faisait son rapport comme s'il était en train de lire un de ses devoirs à Minerva.

"J'ai fais comme tu m'a suggéré, j'ai demandé à sa secrétaire si son chef était attiré par une belle femme comme elle, et elle a dit non, pour l'amour de Dieu, elle s'était assurée de ne pas être son type avant d'accepter ce travail. Il semble qu'il soit attaché aux grandes blondes avec… une forte poitrine," finit-il, rougissant violemment. Molly Weasley lui jeta un regard réprobateur et Minerva sembla soudain extrêmement intéressée par la vue de la fenêtre est.

"Que veut dire "forte" exactement, Bill ?" demanda Hermione comme si elle discutait de pommes ou de melons. Le rougissement de Bill s'intensifia.

"Merlin, je ne sais pas Hermione, c'est pas comme si je pouvais lui demander de me le dessiner, n'est-ce pas ?"

Hermione soupira comme le ferait Minerva si une réponse n'était pas à la hauteur de ses attentes. "De quelle taille était la poitrine de sa secrétaire, alors ? Il doit les aimer incontestablement plus gros, ou il ne paierait pas attention à sa couleur de cheveux ou sa taille."

Quand Hermione eut fini cette phrase, les cheveux de Bill contrastaient d'une horrible façon avec la couleur de son visage.

"Heuuuu… de taille moyenne, je pense," essaya-il, ses yeux se précipitant de sa mère à Minerva en une rapide succession. Remus ne pu empêcher un sourire de s'étaler sur son visage.

"Un peu plus de précision, Bill," le pressa Hermione, et cette fois Remus était sûr qu'elle savait exactement ce que le pauvre garçon endurait. Severus à sa gauche avait un petit sourire narquois, même si sa tête était toujours plongée dans ses rapports. "Est-ce que par moyenne tu entends ma taille de poitrine, ou celle de Tonks, ou celle de Fleur ? Une grosse pomme ou un petit pamplemousse ?"

"Heuuu… Celle de Tonks, je crois" offrit timidement Bill et il sombra sur la chaise avec un soupir épuisé quand Hermione hocha la tête en signe d'acceptation.

"Ronde ou mince ?"

"Merlin, Hermione !" s'exclama Bill. "Tu es pire que Fleur quand elle veut tout savoir sur la mode ! Svelte, je crois."

"Intelligente ou stupide ? Veut-il courtiser ou préfère-il être courtisé ? Est-ce qu'il les veut bavardes ou plutôt silencieuses ? Curieuses ou indifférentes ?"

Il fallut plus de vingt minutes à Hermione pour extraire tout ce qu'elle pouvait de Bill, et le pauvre homme transpirait abondamment quand elle en eut fini avec lui.

"Es-tu entrée dans sa chambre d'hôtel, Tonks ?" demanda-elle ensuite, et Tonks, qui avait clairement appris du sort de son camarade, plongea dans un rapport aussi détaillé qu'elle le pouvait.

Elle n'avait pu se faufiler dans la chambre que pour une minute, déguisée comme une des femmes de chambre, mais ça avait été assez long pour qu'elle voie l'homme et puisse décrire ses robes et sa tenue, incluant ses caractéristiques et sa taille, en détail. Elle avait aussi vu un petit carnet de note à la couverture en cuir et un vieux portefeuille sur la table près de la porte, tous deux assez petits pour tenir dans la poche intérieure d'une robe.

Quand elle eut fini son rapport et qu'Hermione aquiesça sans poser plus de questions, Tonks grimaça un sourire à Bill en amicale compétitrice et il se renfrogna.

"Splendide." Hermione sourit à tous. "Je connais les détails nécessaires maintenant. Ça veut dire que nous avons besoin de robes sombres pour Remus, Minerva, Harry et Dumbledore. Severus portera ses robes habituelles. Nous avons également besoin d'une livrée de serviteur à la taille de Severus, Monsieur le Directeur. Pouvez-vous en obtenir une ?"

"Certainement ma chère, mais que…"

Mais Hermione n'écoutait pas vraiment, elle murmurait plutôt des choses à propos de talons hauts et de charmes.

"Il n'est pas vraiment un adorateur des sang-pur, n'est-ce pas ? De ce que je sais, les américains sont plutôt détendus à propos des choses comme les vêtements traditionnels."

"Sa secrétaire ne portait même pas de robes de sorcières, et lui non plus, d'après elle," remarqua Bill.

"Excellent ! Une chose en plus pour m'énerver alors," elle hocha de nouveau la tête pour elle même, puis regarda les expressions perplexes autour d'elle. "Severus vous briefera pour le plan. On se retrouve dans la salle de danse, mais faites comme si vous ne me connaissiez pas. Je vous souhaite une soirée efficace !"

Et avant que quelqu'un puisse demander plus de détails, Hermione était partie.