57. La belle dame sans merci

La clairière dans laquelle Severus avait transplané semblait être au milieu d'une forêt aussi profonde et étendue que la Forêt Interdite de Poudlard. Un sort de détection informa Severus qu'à gauche, à droite et derrière lui, ne se trouvait aucune vie humaine sur plusieurs kilomètres. Devant lui, par contre, à l'autre bout de la clairière, se tenait une maison.

Severus grimaça en étudiant son apparence et la structure de ses défenses. Comme beaucoup d'organisations, les Aurors plaçaient leurs cachettes au milieu de nulle part, espérant minimiser le risque que quelqu'un tombe dessus par accident.

Bien sûr, aucun accident n'amènerait quelqu'un jusqu'ici, mais si jamais un sorcier mettait les pieds dans cette clairière, il serait automatiquement attiré par cet étrange petit cottage entouré de puissants boucliers et de sortilèges repousse-moldu.

Cacher quelque chose dans les bois en espérant que personne ne le voie n'était pas la façon de Severus de concevoir l'invisibilité.

Mais pour une matinée ça serait suffisant. Il n'y avait que trois représentants des Aurors à l'intérieur dont Severus connaissait les caractéristiques, et aucun de ses sorts et enchantements ne détectait de piège ou de brèche dans la sécurité.

Severus agita sa baguette, envoyant le message à Tonks et Albus que la voie était libre pour transplaner, puis il enleva le double charme qu'il avait placé sur son visage et son apparence extérieure.

Quand il eut fini, le double pop de Tonks et Dumbledore l'informa que le groupe était au complet.

"Quelle belle petite maison," déclara Albus joyeusement. "C'est un endroit parfait pour discuter entre amis !"

Tonks renifla. "Amis," répéta-elle sarcastiquement. "Ce mot me dit que vous n'avez jamais rencontré John Malone de votre vie, Albus."

"Notre agent de liaison ne semble pas être l'Auror que vous auriez choisi, Tonks," commenta Severus de sa voix de velours. "Incompétent ?"

"Moins qu'impertinent", répondit-elle à voix basse. "Je ne sais pas comment il réussit à faire ça mais il arrive à mettre tout le monde sur les nerfs dans les trois premières minutes qui suivent sa rencontre. C'est vraiment un don."

"Quelle chance," dit Albus. "J'essaie toujours de rencontrer autant de personnes douées que possible. Ils font des connaissances tellement intéressantes." Le regard qu'il jeta à Tonks était excessivement joyeux.

Tu parles d'une stratégie, pensa Severus, trouvant difficile de ne pas laisser paraître son amusement. Avec la folie d'Albus poussée à son maximum, les cheveux de Tonks qui alternaient entre le rouge et le vert fluo, et ses propres robes noires tourbillonnantes et son visage austère, ils devaient faire un petit groupe plutôt irritant.

Suffisamment irritant pour obtenir ce qu'ils voulaient des Aurors tout en les gardant dans leur poche.

"Sommes-nous prêt, alors ?" s'enquit Albus, toujours avec cette voix folle-mais-joyeuse, et Severus s'attendit à ce qu'il se mette à chanter The Mad Hatter's Song à tout moment.

"Tout à fait prêt," répondit-il sèchement."Tonks ?"

Elle acquiesça joyeusement. Ça faisait des jours qu'ils revoyaient leur stratégie encore et encore, et elle avait clairement hâte de commencer ce pourquoi ils étaient là. "Allons-y !"

Severus lui jeta un regard renfrogné et elle eut un rictus en retour, complètement insensible. Hermione a ruiné ma réputation, pensa-il un moment, puis il remplaça son regard par un sourire glacé. Le rictus de Tonks disparu alors qu'elle levait les yeux sur lui, et ses pas devinrent hésitants. Tout compte fait, peut-être pas.

Les deux groupes étaient conscients de la présence de l'autre, mais Albus toqua quand même poliment et attendit jusqu'à ce que la porte brute du cottage leur soit ouverte. Dans le cadre de la porte se tenait un homme que Severus détesta immédiatement. Ses épais cheveux bruns étaient coupés très courts et ses yeux bleus et humides lui rappelèrent Peter Pettigrow. Son visage était très rouge et son cou épais et ses bras très musclés suggéraient une parentèle plus proche des singes que ce que pouvaient prétendre la plupart des gens aujourd'hui.

De manière assez surprenante, Severus se rendit compte, alors que ses yeux jetaient un regard furtif à Tonks et qu'il voyait ses cheveux clignoter violemment, que pour une fois, cette antipathie semblait partagée par sa collègue la plus aimable. Ce devait donc être Malone.

Malone ne les salua pas tout de suite. À la place, ses yeux voyagèrent sur le corps de Tonks, s'attardant sur sa poitrine un peu trop longuement pour que ça soit accidentel. Il se tourna ensuite vers Severus, ignorant significativement toute chose excepté son avant bras gauche où la Marque des Ténèbres se trouvait enfouie sous les couches de ses vêtements. Enfin, il dirigea son regard vers Albus, observant ses robes hautes en couleur et sa longue barbe, laissant un sourire moqueur fleurir sur ses lèvres pendant un petit moment.

Tonks avait raison, pensa Severus alors qu'il regardait l'homme en retour, laissant ses yeux posés sur la petite protubérance au dessus de sa ceinture qui montrait que Mr. Malone n'avait pas pris l'exercice de tout son corps aussi sérieusement que celui de ses bras.

Malone était en effet le genre à énerver les gens au bout de quelques minutes. Mais il ne s'était pas soucié d'élever ce talent au rang d'art, comme l'avait fait Severus. Il leva le regard pour rencontrer ses yeux bleus, humide et en colère, et souleva un sourcil moqueur.

"Auror Malone ?" demanda-il, donnant à ses mots un ton sceptique qui montrait très clairement ses doutes qu'un homme avec une telle stature puisse être embauché chez les Aurors.

Le visage rouge devint encore plus rouge, et Malone baissa le menton comme un taureau en colère prêt à charger.

"Oui," dit-il, grognant plus que parlant, s'attendant apparemment à un commentaire dégradant. À la place, Severus hocha la tête et fit un rictus. Et il était un maître en rictus, comme Hermione le lui avait souvent dit, et le geste se montra aussi efficace qu'à l'accoutumée.

S'il avait été seul, la situation aurait dégénéré en duel ici et maintenant, mettant fin aux négociations avant même qu'elles aient eu une chance de commencer. Mais il n'était pas seul, et Albus s'avança au moment exact où l'agressivité de Malone l'aurait poussé à l'action.

"Enchanté," déclara-il, s'avançant et attrapant la main de Malone, la secouant joyeusement de haut en bas. "Je suis toujours ravi de rencontrer des hommes qui estiment la mode autant que moi. La plupart de mes collègues ne possèdent pas un soupçon d'intérêt pour l'art exquis des couleurs."

Il se tourna à moitié vers Severus avec un regard de reproche.

Malone, réalisant seulement tardivement que le vieillard fou semblait avoir interprété son regard comme un compliment, fut pris en étau entre deux sentiments contradictoires : la colère envers Severus et l'embarras envers Albus. Cela semblait être trop pour lui, et pendant un moment Severus s'attendit à ce qu'il s'éteigne simplement et redémarre, mais à ce moment précis Tonks s'avança.

"Malone," le salua-elle sèchement. "Allons-y, nous n'avons pas toute la matinée pour ça."

Probablement pour la première fois en dix ans, Malone obéit à un ordre de quelqu'un sans être sous son commandement direct. Pendant qu'il les menait à travers un couloir vers une grande pièce qui avait été transformée hâtivement en bureau, Severus put voir son irritation grandir. Avec un peu de chance, ça lui prendrait la moitié de la réunion pour comprendre ce qu'il était en train de lui arriver.

Parfois, j'adore vraiment Albus.

Toujours en pleine confusion, Malone fis un pas sur le côté, leur permettant ainsi de voir les autres occupants de la pièce. Il y avait un homme aux cheveux blancs avec un sourire accueillant qui parsemait son visage de centaines de rides, probablement Mullberry, le doyen des Aurors avec lequel Severus avait conversé par hibou postal, et une femme dans la quarantaine, à l'air très professionnel dans sa robe-tailleur à rayures.

Amanda Triple, pensa Severus, son esprit cherchant quelles implications et possibilités sa présence suggérait. La secrétaire-assistante personnelle de Rufus Scrimgeour. Hé bien, il semblerait que nous soyons assez importants.

Une fois la longue procédure ses salutations et présentations terminée, leurs hôtes les menèrent à une table rectangulaire autour de laquelle étaient disposées des chaises, trois de chaque côté. Mullberry s'assit sur la chaise du milieu faisant dos à la fenêtre et Triple pris la chaise à sa gauche, ce qui laissa la place la plus proche de la porte pour Malone.

À la surprise des Aurors, Dumbledore choisit la chaise de droite, en face de Malone, laissant la position d'honneur au milieu à Tonks. Du point de vue d'Albus, c'était évident - Tonks serait à l'avenir responsable des contacts entre les Aurors et l'Ordre, après tout -, mais au vu de leurs expressions, il était évident qu'ils s'attendaient à ce qu'Albus, en tant que doyen et leader de l'Ordre - sans compter le plus puissant d'entre eux - prenne le commandement.

Une chose de plus pour les déstabiliser. Au plus il y en aurait, au mieux ce serait.

"Bien, alors," dit Mullberry, débutant officiellement la réunion. "Avant que nous commencions à discuter les détails de notre future coopération, laissez moi vous faire de nouveau part notre plaisir que cette réunion ait finalement lieu. Je suis sûr que vous êtes tous conscients de l'importance de l'unité en face de ce terrible danger que représentent Celui-qui-ne-doit-pas-être-nommé et ses pitoyables fidèles, et je…"

Il hésita, probablement parce qu'il avait remarqué le sourire moqueur qui s'étendait sur les lèvres de Severus comme un chat paresseux et satisfait. Les yeux de Malone, toujours fixés sur l'avant bras de Severus, furent suffisants pour faire passer le message.

Severus trouva finalement qu'il aimait plutôt bien Malone tant qu'il demeurait silencieux - il n'y avait pas de meilleur outil que l'idiotie des autres pour mettre son point de vue en valeur.

"Et je…" Les yeux de Mullberry se précipitèrent sur Tonks, mais l'air minaudant que la jeune auror montrait ne servit qu'à augmenter sa confusion. Il se tourna finalement vers Albus, qui hocha la tête, d'un doyen à l'autre, et lui sourit de manière indulgente.

"C'est bien vrai, je dois dire. Je pourrais pas être plus d'accord avec ça. Maintenant, concernant ces détails…"

Et là dessus, Albus reprit la réunion en main. On ne pourrait pas la lui reprendre - une fois qu'il avait commencé à parler il était tout bonnement impossible de l'arrêter. Non qu'il interrompe les gens ou ignore ce qu'ils avaient à dire, c'était plutôt sa façon d'intégrer ce qu'ils disaient dans son propre système de pensées et de structure de phrases, jusqu'à ce que chaque dialogue semble devenir son propre monologue, les autres participants étant réduits au rôle d'explorateurs des formidables grottes que formaient les pensées d'Albus Dumbledore.

Habituellement, ils étaient même flattés de ce rôle.

Ils avaient un large éventail de sujets à discuter au cours de cette première réunion qui, ils l'espéraient, mènerait à une coopération fructueuse entre le département des Aurors et l'Ordre, et beaucoup de ces sujets étaient sensibles.

Alors que les Aurors ne voyaient pas de problème à récupérer des informations de l'Ordre sur les attaques et les possibles emplacements des Mangemorts, ils voyaient un problème dans le fait que Tonks serait leur agent de liaison. Ils furent ravis qu'on leur propose d'apprendre les mécanismes de l'Oubliette à retardement mais l'idée qu'aucun Auror ne serait admis au quartier général de l'Ordre sans y être soumis, ainsi qu'à un Fidelitas mis en place par le Directeur ou Severus lui même, leur parut moins séduisante.

Ils furent outrés que la longue liste des plans de l'Ordre demeure un secret, sortilège d'Oubliettes ou pas.

Mais à la fin, malgré beaucoup de changement de couleur de la part de Tonks, quelques commentaires vraiment déroutants mais néanmoins fortement nébuleux d'Albus et quelques remarques caustiques à propos de la traditionnelle incapacité des Aurors à garder des secrets et à agir conformément au Code du secret magique, accompagnées d'assez peu subtiles menaces du chef des renseignements, ils s'en tirèrent à bon compte.

À la fin de ces trois heures de négociations, les représentants de l'Ordre tenaient le traité de leurs rêves, les Aurors ayant été forcés à s'y plier.

Un regard à Amanda Triple informa Severus qu'elle n'était pas contente de l'issue des négociations. Pas du tout.

"Un dernier point, avant de conclure cette réunion," annonça-elle finalement, les yeux brillants.

Oh s'il vous plaît, pensa Severus, pas certain de savoir s'il était plus irrité par son manque de subtilité ou par le fait qu'elle croie fermement qu'elle pouvait vraiment leur tendre un piège.

"Oui, ma chère ?" dit Albus avec un sourire radieux. Pendant un moment, son visage tiqua, et Severus sut qu'elle se demandait si la satisfaction personnelle d'aboyer sur cet homme des plus irritant valait le risque de se mettre à dos le sorcier le plus puissant de ce siècle. Comme toujours avec ces idiots du ministère, le pouvoir l'emporta.

"Cela concerne la raison pour laquelle cette coopération s'est faite à l'origine," continua-elle avec un petit sourire acide. "Avec la légalisation de votre Ordre, et le comportement… discutable du Ministre Fudge rapporté par deux de nos Aurors."

"Certainement, ma chère," Le rayonnement d'Albus était équivalent à une lampe halogène. Et son sourire à elle celui d'un très gros citron.

"Alors que nos Aurors ont pu nous raconter le comportement du Ministre en détail, ils n'ont pas été capable de nous informer ce qui l'avait causé, excepté une vague référence à…" Elle consulta ses notes et fronça les sourcils. "Une jeune fille."

La confusion qui s'étala rapidement sur les visages d'Albus et Tonks était juste parfaite - honnête et immédiate, mais juste un soupçon trop prononcée pour être réelle. Bien que Malone soit trop balourd pour remarquer quoi que ce soit et que Mullberry soit toujours en train d'essayer de comprendre comment les négociations avaient pu prendre ce drôle de chemin, Triple remarqua manifestement qu'ils savaient de quoi elle parlait, et qu'ils voulaient qu'elle sache qu'ils le savaient.

Son sourire devint un wagon entier de citrons.

"Bien sûr nous ne voulons pas nous mêler de vos affaires internes." L'éclat de ses yeux leur dit à tous que c'était exactement ce qu'elle voulait vraiment, vraiment faire. "Mais nous ne pouvons nous empêcher de nous poser des question sur cette étrange… amnésie sélective."

Elle fixa Albus d'un regard inquisiteur, mais le vieux sorcier continua à jouer la confusion, ainsi que Tonks, et elle se tourna donc vers Severus.

Qui lui sourit. Vivement. "Vraiment ?" demanda-il, semblant intéressé, élargissant son sourire pour que ses canines soient visibles. "Hé bien," ronronna-il, et là dessus il entendit un son ressemblant très fort à un petit gémissement venant de Mullberry. "Il est bon d'entendre que vous vous souciez des étranges incidents qui arrivent à vos hommes."

Son regard se rétrécit à ces mots, et elle laissa complètement tomber son sourire. "Nous nous posons des questions sur la raison de cette amnésie," expliqua-elle, sa voix dissimulant à peine sa dureté.

Severus haussa les épaules, échangea un regard rapide avec Albus, puis se leva, surplombant soudainement les Auros assis, ses robes noires lui donnant l'apparence d'un Détraqueur.

"Je me demanderais aussi, à votre place," acquiesça-il, puis il haussa les épaules.

"C'est probablement un manque dans leur entraînement," suggéra-il vaguement, avec juste un soupçon de moquerie dansant derrière ces mots. "Il est choquant de voir combien de personnes ont la mémoire comme une passoire, ces temps-ci."

Là dessus, Albus et Tonks se levèrent également, s'éloignèrent de la table, s'inclinèrent de concert, avant de quitter la maison d'un pas rapide et déterminé et ils transplanèrent avant qu'Amanda Triple ne se remettre de cet outrage.

ooooooooooooooooooooooooo

Il était six heures quand Severus rentra finalement au quartier général. Il avait fait suivre leur réunion avec les Aurors par quelques visites dans les planques et les repères secrets de ses espions, entrecoupées par beaucoup de transplanages aléatoires, d'utilisation de Portoloins et de voyages par Cheminette pour s'assurer qu'il ne soit pas possible de le suivre. Bien que cette journée ait été plus que réussie, il fut content de laisser tomber ses robes pour pénétrer dans son bureau vêtu de l'habituelle combinaison de pantalon et chemise de ces derniers temps.

Une théière l'attendait sur son bureau, probablement laissée là par Jane.

Il sourit. Ça ressemblait tellement à Jane de s'être souvenue qu'il ne rentrerait pas dans ses appartements ce soir là. Elle avait toujours été ainsi, dure à l'extérieur, attentionnée à l'intérieur.

Elle était capable de ne jamais vous adresser un mot gentil, mais quand le besoin se faisait sentir, elle se battait pour ceux qu'elle aimait comme une lionne.

Ce qui n'était pas sans rappeler son autre lionne, Hermione, médita-il, et cette pensé le fit revenir à son travail. Quittant son bureau par une porte masquée par des enchantements pour tous sauf Hermione, Albus et lui, il entra dans sa volière personnelle en quête du paquet qu'il attendait.

Il n'y avait pas de paquet de Plangett, le faussaire qu'il avait chargé de fabriquer la fausse prophétie. Pas plus qu'il n'y avait de mot d'Hermione l'informant qu'elle avait réceptionné le paquet et emporté avec elle.

Severus fronça les sourcils. Ça ne s'accordait pas avec ses plans, qui prévoyaient, en fait, l'arrivée de la prophétie pour la veille au soir. Et si la prophétie n'arrivait pas bientôt, ça voulait dire qu'ils avaient un problème.

Et un de la pire espèce.

Le froncement de sourcil de Severus s'intensifia alors qu'il quittait la volière et traversait son bureau en direction de la pièce principale, où la cheminée connectée au réseau extérieur était située.

Ce soir là était la nuit du bal d'été de Voldemort, la nuit qu'ils avaient choisie pour que la prophétie soit remise au Seigneur des Ténèbres. Et comme ils avaient monté une scène entre Harry et Hermione il y a plus d'une semaine, une scène où elle le convainquait de déposer le souvenir de la prophétie dans une Pensine pour qu'elle puisse le voir, ils ne pouvaient plus y ajouter les nouveaux éléments nécessaires à montrer un déroulement crédible des événements.

Hermione avait besoin d'avoir le souvenir de la prophétie dans sa mémoire, la fausse prophétie, et elle avait besoin d'une explication convaincante pour expliquer son transfert dans le cristal de stockage avec lequel elle se présenterait devant Voldemort.

Normalement ça n'aurait posé de problème à aucun d'entre eux. Un Legilimens de ce niveau pouvait facilement créer ou modifier des souvenirs, ou assembler un nouveau souvenir à partir de différents éléments, comme un monteur créait un film à partir des scènes dont il disposait. Mais avec ce souvenir en particulier, utiliser une telle technique était simplement trop risqué.

Même si Voldemort n'avait aucune raison de douter de l'intégrité d'Hermione, avec un événement de cette importance il scruterait quand même chaque fragment de mémoire qui soit en connexion avec, et chaque imperfection, chaque petite erreur dans ces souvenirs mèneraient à des conséquences de la pire espèce.

Donc elle ne pouvait pas simplement inventer ces souvenirs, et même les assembler comme elle l'aurait fait en temps normal était trop risqué. Et maintenant ils n'avaient plus les heures nécessaires à la préparation d'une nouvelle séquence de souvenirs, les heures nécessaires pour regarder la prophétie, examiner le cristal et en créer un nouveau, il leur restait trop peu de temps.

Content qu'aucun membre de l'Ordre ne soit encore arrivé pour leur réunion vespérale, Severus alluma un feu d'un mouvement de poignet et jeta une poignée de poudre de Cheminette dans les flammes.

Cela prit à Plangett plus d'une minute pour arriver dans la pièce où la tête impatiente de Severus reposait dans les flammes, et quand il fut là, le tremblement nerveux de ses mains indiqua à Severus plus que ce qu'il voulait savoir.

"Je suis désolé, Severus," lui dit Plangett. "Mais le cristal que j'ai utilisé pour stocker la prophétie s'est brisé, je suis en train de recommencer. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé, mais j'aurais besoin d'au moins deux heures de plus pour le terminer !"

Severus dut fermer les yeux alors qu'il sentait la rage enfler en lui. Ça ne serait pas sage de le tuer maintenant, se conseilla-il, surmontant sa colère en fermant brusquement son esprit. Mais peut-être… plus tard…

Quand il réouvrit les yeux, sa promesse intérieure semblait être inscrite sur son visage assez clairement, parce que Plangett déglutit et et recula de quelques pas dans la pièce.

"Laisse moi mettre les choses au clair, Plangett," dit Severus, très doucement et très calmement, mais le velours de sa voix ne fit qu'augmenter la peur de Plangett. À juste titre.

"Si cette prophétie n'est pas prête à 19h30, quand je me présenterais de nouveau, je m'assurerais personnellement que tu ne me décevras plus jamais. Tu sais l'importance de ce cristal, et si tu fais échouer mes plans avec ton incompétence, ta femme, tes enfants et toi vivrez dans le regret. Mais pas pour très longtemps. C'est bien compris ?"

Des hochements de tête frénétiques furent la seule réponse que cette calme déclaration reçut, et la dernière chose que vit Severus avant de se retirer du feu fut le derrière de Plangett, se précipitant hors de la pièce, cette partie de son corps n'ayant probablement jamais été aussi rapide.

Mais Severus n'en tira aucune satisfaction. Ses pas étaient lourds quand il quitta la cheminée, retourna dans son bureau et griffonna une courte note, qu'il attacha à la patte d'un hibou. Le thé sur son bureau demeura intact alors qu'il se jetait à corps perdu dans cette tâche impossible qui consistait à s'assurer que leur plan - et Hermione - survive à la nuit.

oooooooooooooooooooooooo

Au moment où Harry entra dans le quartier général, il sut que quelque chose n'allait pas. Un coup d'oeil aux visages de Maugrey, Remus et Tonks lui dit qu'ils n'avaient aucune idée de ce qui s'était passé, mais l'atmosphère pesante de la pièce, le visage grave de Dumbledore et la porte ouverte du bureau de Severus, à travers laquelle ils pouvaient voir leur chef des renseignements assis à son bureau, griffonnant furieusement, parlaient pour eux.

Doucement, il s'approcha du Directeur. "Professeur," s'enquit-il discrètement. "Que…"

Mais l'aura dorée d'une des tapisseries l'interrompit. Draco passa à travers, désorienté pendant une seconde comme tout le monde, sauf Hermione et Severus, qui semblaient même aimer ce moyen de transport, puis il remarqua Harry debout à côté du Directeur et marcha rapidement vers eux.

"Comment…" commença-il, seulement pour s'arrêter brusquement quand une main se posa sur son épaule.

"Draco," dit Severus, sa main restant là un peu plus que nécessaire. "Viens avec moi, s'il te plait. Il y a quelque chose dont il faut que nous discutions."

Draco leva les yeux vers le chef des renseignements puis pâlit légèrement devant la gravité de son expression, mais il hocha la tête et suivit Severus dans son bureau sans un mot de plus. Avec un claquement catégorique, la porte se referma derrière eux.

"Que s'est-il passé ?" demanda de nouveau Harry, soudain frénétiquement inquiet. "Est-ce que Draco est en danger ?"

"Ce n'est rien de la sorte, Harry," répondit Dumbledore de son ton bienveillant habituel, mais la façon dont ses yeux se promenaient dans la pièce indiqua à Harry qu'il n'était pas vraiment concentré sur ce qu'il disait. "Maintenant si tu veux bien m'excuser, il y a quelque chose d'important qu'il faut que je…"

Et il dévia vers la porte pour rejoindre Severus et Draco dans l'autre pièce. Cette fois la fermeture de la porte sonna comme un sinistre présage.

Harry était à présent suffisamment Serpentard pour ne pas garder les yeux fixés sur l'entrée du bureau de Severus de manière trop flagrante, mais pendant qu'il conversait avec les autres membres de l'Ordre et saluait Ron, Mr. and Mrs. Weasley et les jumeaux quand ils entrèrent dans le quartier général, son esprit était fixé sur cette porte, constamment, et tout ce temps il se demandait ce qu'il se passait là dedans.

Finalement, après que Harry ait lutté au moins une douzaine de fois contre la pulsion qui le poussait à simplement traverser la pièce et entrer dans le bureau, la porte s'ouvrit de nouveau et Severus en sortit à grands pas, sans accorder un regard vers les autres occupants de la pièce.

Avant que quiconque puisse l'approcher et poser des questions sur cet étrange comportement, il avait ouvert la communication par cheminette et sa tête avait disparu dans les flammes vertes. Après un moment, sa main gauche suivit , seulement pour être ramenée du feu un moment plus tard, portant maintenant un petit sac de velour foncé.

Alors qu'il éteignait les flammes et examinait la chose contenue dans la pochette en velour, tournant le dos aux autres, Dumbledore les dirigea vers leurs chaises avec une hâte inhabituelle.

Marchant vers sa place habituelle, Harry essaya de croiser le regard de Draco, mais son ami Serpentard, plus pâle qu'à l'accoutumée et ayant les lèvres pincées, évita ses yeux.

Harry put sentir un poids désagréable lui tomber dans l'estomac. Quoi qu'il se passait ici, ça n'était pas bon du tout.

Ils n'y eut pas de félicitations cette fois, seulement Dumbledore ajustant sa position sur sa chaise et Severus venant se placer debout derrière sa place de l'autre côté de la table.

Avec précautions, leur chef des renseignements plaça le sac sur le bois poli en face de lui.

"Ceci," leur dit-il, la voix neutre. "Est la prophétie falsifiée."

Voyant le trouble parmi eux, il hocha la tête et continua. "Oui. Je sais. Ce n'est pas ce qui était prévu. Elle devrait déjà être en possession d'Hermione, qui est censée quitter Poudlard dans moins de dix minutes. Mais malheureusement, notre faussaire ne l'a pas livrée à temps. Et maintenant nous avons le problème de construire une séquence de souvenirs crédible.

"Explique," ordonna la voix rauque de Maugrey, et Severus, toujours debout à sa place, hocha de nouveau la tête.

"À l'origine," dit-il. "Nous avions planifié qu'Hermione se renseignerait sur la méthode de stockage que Plangett utilise et reconstruirait par elle-même le cristal. Elle aurait pu ajouter ce souvenir à ceux que nous avions déjà joués et aurait ainsi pu expliquer à Voldemort comment elle était entrée en possession de la prophétie et comment elle l'avait mise en forme. Mais dans l'état actuel des choses, nous n'avons pas le temps pour cette approche. C'est pourquoi nous allons changer l'histoire. Au lieu de construire le cristal elle-même, elle dira au Seigneur des Ténèbres que Draco l'a fait. Ainsi, nous aurons seulement à jouer le transfert de la prophétie de lui à elle."

Il s'arrêta un moment, attendant des questions, mais aucune ne vint.

"Mais ça doit être fait maintenant, et sans accrocs. Nous n'avons pas le temps pour un deuxième essai."

"Et Hermione est d'accord avec ça ?" demanda Harry, sachant bien à quel point Hermione détestait les changements de dernière minute dans ses plans.

"Elle n'a pas dit non," répondit rapidement Severus, et quelque chose dans son expression avertit Harry de ne pas poser plus de questions.

Malheureusement, il n'avait pas averti les autres.

"Je ne comprend pas," dit Molly Weasley. "Vous avez certainement discuté de ce plan à deux et déterminé qu'il n'y avait pas d'autre solution ?"

"Hermione se prépare," dit Severus froidement. "Avant un événement de cette importance elle ne voit personne, et surtout pas moi. Elle viendra ici, prendra la prophétie et repartira sans qu'aucun d'entre nous ne lui adresse la parole.

"Mais pourquoi ?" s'enquit Tonks, ne remarquant apparemment pas l'énorme panneau "Ne pose pas de questions là dessus" qui était apparu dans les yeux soudain menaçants de Snape.

"Parce que ce n'est ni un jeu, ni le carnaval, Tonks," aboya-il. "C'est une question de vie ou de mort, et nous ne pouvons pas risquer que sa concentration soit troublée même pour une seconde."

Molly Weasley secoua la tête. "Je vous ai vus travailler tous les deux," déclara-elle catégoriquement, et Harry, irrité, eut envie de taper sa tête contre la table. Il semblait que quelle que soit leur opinion, cette façon de s'y accrocher peu importe la situation semblait propre aux Weasley. "Tu ne peux qu'aider à sa concentration. Pourquoi ne vas-tu pas la voir avant un événement aussi important ? Ça lui donnerait de la force !"

"Elle ne veut pas que je voie les choses qu'elle fait pour se mettre en condition." répondit-il sèchement. "C'est mieux comme ça. Tu verras pourquoi au moment où elle entrera."

Il échangea un regard avec Draco, puis tourna la tête à l'autre bout de la salle, et le Serpentard acquiesça silencieusement, suivant la direction indiquée par le chef des renseignements sans un regard en arrière, prenant le sac contenant la fausse prophétie;

"Pourquoi c'est Malfoy qui doit lui donner ?" demanda Maugrey, ne faisant toujours pas complètement confiance au Serpentard.

"Parce qu'il est le seul de qui elle puisse la récupérer sans risque," expliqua Severus, son ton suggérant, comme le savaient ceux qui avaient étudié avec lui, qu'il allait perdre patience, et très bientôt. Mais Maugrey n'avais jamais été un de ses élèves, et donc il leva seulement un sourcil en le regardant, demandant silencieusement une explication.

Severus soupira, mais capitula sans plus de discussion.

"Hermione va devoir enregistrer ces images, parce que le Seigneur des Ténèbres va très certainement fouiller méticuleusement dans son esprit au vu de l'importance de la situation. Draco est le seul "Mangemort loyal" parmi nous, et en outre, excepté moi-même il est le seul qui puisse jouer le comportement approprié."

Un mouvement sec de la main empêcha Tonks de l'interrompre. "Elle va arriver d'une minute à l'autre maintenant," leur dit-il, un soupçon de nervosité dans la voix. "Normalement, je ne vous permettrais pas de regarder, mais nous n'avons pas le temps de discuter ce point maintenant, donc je vais seulement vous dire une fois de plus de rester absolument silencieux. Notre plan dépend de cet unique souvenir critique. Je vais lever une barrière magique séparant cette partie de la pièce de l'autre. Elle ne pourra pas vous voir ou vous entendre, mais ne les interrompez pas, quoi qu'il puisse se passer."

Molly Weasley eut l'air de vouloir discuter ce point, mais Ron, qui avait visiblement appris sa leçon, se déplaça jusqu'à sa mère, pris son bras et commença à murmurer à son oreille, jusqu'à ce qu'elle hoche la tête à contrecoeur.

Le bruit de l'ouverture de la porte détourna l'attention de Harry de ses compagnons membres de l'Ordre, et même si il s'attendait à ce que ce soit elle, cela lui demanda un moment avant de reconnaître Hermione, et alors seul le regard d'avertissement de Snape empêcha l'exclamation qui montait dans sa gorge de sortir.

Jamais, de tous les rôles qu'elle avait joué, même pas en tant que Martha Harritt, Hermione ne lui avait parue si transformée, si complètement différente de sa Hermione par tous les aspects. Excepté Voldemort lui même, c'était la chose la plus effrayante qu'il n'avait jamais vue.

"Draco," salua-elle le Serpentard se tenant devant la cheminée. Même sa voix avait changé, un étrange mélange d'agressivité et de soumission, sombre et dangereuse comme ses yeux.

"L'as-tu ?" demanda-elle, sa voix étant maintenant un lent et sensuel ronronnement qui suintait la luxure par tous les pores de sa peau. C'est Hermione, se dit-il fermement, mais quand elle marcha, non, glissa vers Draco, et que sa cape s'ouvrit, révélant une robe impossiblement moulante qui semblait enlacer chaque courbe de son corps, un décolleté si profond que sa poitrine semblait pouvoir en sortir à tout moment, il ne put retenir un cuisant rougissement de s'étaler sur ses joues. Non. Ce n'était pas Hermione.

"Bien sûr."

La tête de Harry pivota en vitesse vers Draco, et, à en juger par le mouvement autour de lui, sa tête ne fut pas la seule. La voix de Draco avait complètement changé durant les quelques minutes depuis lesquelles il avait quitté la table, et, comme le remarqua Harry quand il observa son apparence, le reste également.

À la place du Draco légèrement arrogant mais ouvert et amical qu'il était devenu au cours de ces derniers mois, le Malfoy était de retour. Mais il n'y avait rien de drôle ou d'exagéré en lui, cette fois. Maintenant qu'il n'avait plus besoin de faire ses preuves, il surpassait même son père dans cette élégance silencieuse et cette aura de puissance.

C'est seulement maintenant qu'il se tenait comme un roi que Harry remarqua à quel point il était grand, et à quel point son corps et ses jambes étaient bien dessinés. Son nez se fronçait légèrement, comme s'il sentait l'odeur de quelque chose de pourri, mais la mimique qui donnait l'air stupide à sa mère lui allait en revanche parfaitement bien, et son expression était si convaincante que Harry se retint de tourner la tête pour vérifier l'odeur de ses aisselles.

Il était un prince de sang pur, et dans les temps anciens, ils l'auraient vénéré comme un dieu.

Maintenant, il souriait, un sourire sombre et mauvais qui ne faisait qu'augmenter l'impression de dangerosité qui émanait de lui, et il leva la main vers elle. Et comme si c'était la chose la plus naturelle au monde, Hermione fit une profonde révérence devant lui, prenant sa main et baisant la grosse chevalière à son majeur.

À travers ses cils épais, elle le regardait avidement, un sourire dangereux sur le visage lui découvrant ses dents. Elle aussi, avait l'air d'une princesse aux yeux de Harry, une déesse des ténèbres et des désirs secrets et interdits.

"Oh Draco, ne me fais pas attendre," plaida-elle.

Draco rit sinistrement. "Dis s'il te plait, sang-de-bourbe," ordonna-il, et elle se redressa, pressant légèrement sa poitrine contre lui alors qu'elle glissait le long de son corps, jusqu'à ce que ses lèvres rubis arrivent près de son oreille.

"Donne la moi," ronronna-elle dans son oreille, comme une invitation. "S'il te plait." Harry sentit ses genoux devenir faibles à ce dernier mot, mais Draco ne sembla même pas avoir remarqué la danse sensuelle de sa langue et de ses lèvres contre son oreille.

Avec soin, il glissa une main dans sa poche et en sortir le cristal et sa pochette de velours.

"La voilà," dit-il, faisant tourner le cristal dans la lumière du feu et observant la lumière reflétée danser dans la pièce. "La chute de Potter et de ses amoureux des moldus d'amis."

Hermione rit délicieusement. D'une certaine façon, ce son rappela Bellatix Lestrange à Harry, mais là où la folie dominait le rire de gorge de Lestrange, celui d'Hermione était teinté de puissance et de luxure.

"Ton père sera fier, Draco," ronronna-elle. "Tout comme le sera notre Maître. Ils te récompenseront grassement."

"Et je ne peux à peine imaginer comment ils te récompenseront toi," murmura Draco méchamment, suivant la ligne de son décolleté de son index. "N'ais-je pas mérité une petite récompense de toi également ?"

Elle lui sourit de ce sourire sombre et sauvage et se pencha vers son contact jusqu'à ce que la paume de sa main soit en contact avec son sein.

"Je suis la chienne de ton père, et le jouet du Seigneur des Ténèbres, Draco," répondit-elle avec juste assez de regret dans la voix. "Si tu veux un coup avec moi, tu vas devoir leur demander. Mais s'ils l'autorisent, je serais… plus qu'heureuse de m'exécuter." Et elle posa les lèvres sur lui dans un geste plus que suggestif, avant d'empocher rapidement la prophétie.

Harry détourna les yeux, incapable de continuer à regarder la femme qui était normalement sa meilleure amie. Son regard alla d'un membre de l'Ordre à l'autre. Ils montraient tous des signes de choc, ou de pitié, ou de révulsion, seul le visage de Snape était indéchiffrable, comme toujours.

Pourquoi leur montre-il ça ? se demanda Harry, hautement perturbé par la démonstration qu'Hermione était forcée de leur donner. Pourquoi ne la laisse-il pas faire ça en privé ? Ça doit être tellement humiliant pour elle !

Mais était-ce plus humiliant que de se comporter de la sorte parmi les Mangemorts, qui n'accepteraient ses invitations ouvertes qu'avec trop de joie, tout en la méprisant pour l'impureté de son sang ?

Il veut que nous apprenions la leçon, réalisa Harry. Il veut que nous comprenions tous de quoi elle est capable, et ce qu'elle fait pour notre salut, pour que personne ne la critique plus jamais.

Ses yeux glissèrent vers le visage de Dumbledore, vieux et las, vers les yeux écarquillés par le choc de Molly Weasley et l'expression furieuse de Tonks, la plus furieuse qu'il n'ait jamais vu sur elle. Même Maugrey, normalement imperturbable, avait détourné les yeux, et la légère coloration de ses joues révélait sa honte.

La voix de Draco l'arracha de ses pensées.

"Transmets à notre Maître mes modestes salutations," lança le Serpentard à Hermione, qui se repliait vers la porte, sa cape d'invisibilité la couvrant déjà à moitié.

Son rire franc, plein de promesses, fit rougir les joues de Harry.

"Oh, mais je sais parfaitement à quel point tu es modeste, Draco," murmura-elle, puis elle disparut.

Severus lui donna une minute pour quitter les environs de la pièce, avant qu'il ne se débarrasse de la barrière magique et marche vers Draco, qui était debout face à la cheminée, la tête baissée et reposé sur ses bras dont les mains s'accrochaient désespérément au marbre.

Alors qu'il sentait son aîné approcher, il se retourna, et son visage était un masque de honte et de lassitude. Quelques mois plus tôt, Harry l'aurait détesté pour avoir joué ce petit jeu malsain, mais aujourd'hui il ne pouvait qu'être douloureusement compatissant. Ça avait été assez pénible à regarder, alors participer activement ?

"C'était bien," dit silencieusement leur chef des renseignements, et il posa une main sur l'épaule du jeune homme.

"Vraiment ?" demanda Draco et il eut un rire amer. "Je me sens malade à chaque fois que je dois jouer ce rôle."

"Je sais. J'ai dû le jouer aussi." répondit Snape, le réconfort rendant sa voix plus chaleureuse. "Veux-tu te reposer un peu ? Il faudra des heures avant qu'elle revienne,et tu as l'air très fatigué."

"Comment pourrais-je me reposer alors qu'elle est là-bas à ramper devant le Seigneur des Ténèbres et à servir mon père," demanda Draco, la voix amère, le visage blanc de fatigue.

Pendant un court moment, le masque de Snape glissa et Harry pu voir les vraies émotions du chef des renseignements, normalement cachées sous tellement de couches de pierres que personne ne pouvait jamais les voir : inquiétude, attention, et une terreur crue pour celle qu'il aimait prirent place sur son visage, seulement pour disparaître une seconde plus tard, remplacés par une froide efficacité.

"Nous avons tous notre rôle à jouer, Draco," dit-il, la voix légèrement rauque. "Personne ne peut l'aider maintenant. Elle surmontera ça, comme elle le fait toujours."

Le ton de sa voix fit lever les yeux de Draco sur son mentor. Et Harry vit dans le léger rétrécissement de ses yeux qu'il avait compris. Doucement, il posa une main sur celle de son aîné, juste quelques instants. Puis il hocha la tête.

"Merci, Severus," murmura-il et il quitta la pièce d'un pas hâtif.


Note de l'auteur : The Mad Hatter's Song est, bien sûr, la chanson que le Chapelier fou chante dans Alice aux Pays des Merveilles !