Bonjour à tous !

Un grand merci pour vos reviews, ça me motive à continuer à traduire cette histoire ! J'espère d'ailleurs que ma traduction n'est pas trop bancale et que la transition avec celle de Lanassa Ayla n'est pas trop brutale.

J'arrive au bout de mes chapitres d'avance, je vais donc repasser à un chapitre par semaine, le mercredi. Si jamais je reprends de l'avance il est possible que je publie ponctuellement le samedi mais ça restera exceptionnel.

Bonne lecture à tous !

58. Un joyau de la couronne

Le bal se tenait au manoir de Jamenson, et quand Hermione se matérialisa au point de transplanage, la prophétie tenue dans ses bras comme un enfant sauveur, les serviteurs s'inclinèrent profondément et l'un d'entre eux la guida jusqu'à l'entrée de la grande maison sans un mot.

D'après leurs visages et leurs actions, il était clair qu'ils ne connaissaient pas son identité. Tout ce qu'ils voyaient était une jeune femme richement vêtue dont le visage était caché par un masque complexement ciselé et ornementé, un objet si beau et si fragile qu'il ressemblait à peine aux masques de Mangemort auxquels ils étaient habitués.

Mais ça n'était pas seulement le masque et les privilèges qui y étaient liés qui les faisaient s'incliner si bas et détourner les yeux avec respect. La façon dont elle se mouvait, le port de sa tête, les gestes de ses pâles et délicates mains, hurlaient au monde son pouvoir.

Et personne n'osait flirter avec un pouvoir qu'il ne possédait pas en présence du Seigneur des Ténèbres.

Elle ne remercia pas le serviteur qui ouvrit les énormes portes d'entrée pour elle d'un coup de baguette, ses yeux passant froidement sur sa forme inclinée alors qu'elle passait devant lui avec une démarche royale.

Les serviteurs étaient bien en dessous de ses préoccupations cette nuit, et bien qu'il pourrait médire sur elle une fois en sécurité dans les quartiers des serviteurs, échangeant peut-être des rumeurs sur la nouvelle reine des ténèbres qui était montée si rapidement, ils n'oserait jamais lever le regard sur elle.

Alors qu'elle traversait la grande entrée en marbre sur son chemin vers la salle de bal, elle sombra encore plus profondément dans le rôle qu'elle devait tenir ce soir - la Reine des Glaces, la puissante chasseuse de faiblesses cachées. Ses yeux derrière le masque d'argent étaient calmes et elle respirait profondément.

Après les heures de préparation qu'elle avait traversées, elle avait réussi à se convaincre qu'elle avait envie d'être ici, que cet endroit et que ces gens étaient tout ce qu'elle avait toujours désiré atteindre.

Les ténèbres reposaient dans son cœur et l'orgueil relevait les coins de sa bouche quand elle entra dans la salle de bal.

Elle ne s'arrêta pas dans le cadre de la porte, parce que ça aurait attiré l'attention droit sur elle, mais entra discrètement, comme un invité qui revenait juste de ses petites affaires à l'extérieur. Elle s'arrêta près d'un groupe d'hommes qui étaient profondément absorbés par leur conversation - échangeant des tuyaux sur la chasse aux moldus, semblait-il - et laissa ses yeux voyager tranquillement autour de la salle de bal.

C'était tout ce qu'elle pouvait faire pour cacher le dégoût qui, à cette vue, envahissait ses pensées et soulevait son estomac.

La plupart de ces hommes - et femmes, elles étaient plus nombreuses dans le Deuxième Cercle - étaient idiots, inconscients des intrigantes danses du pouvoir et de la domination qui se tenaient autour d'eux.

Aucun d'entre eux ne portait de filtre à signature magique sur les mains comme elle-même le faisait, et certains n'avaient même pas pris la peine de mettre des gants, ce qui signifiait que chaque personne dans la pièce pourrait non seulement découvrir leur identité avec quelques sortilèges bien placés - ce qui d'ailleurs n'était pas nécessaire puisqu'ils ne s'étaient pas embarrassés de charmes de dissimulation non plus - mais que n'importe quel sorcier aux alentours pouvait rassembler de minuscules parts de leurs essences et les utiliser contre eux plus tard.

Hermione par contre, ne portait pas un mais plusieurs charmes de dissimulation aujourd'hui, malgré le masque qu'elle était autorisée à porter du fait de son appartenance au Premier Cercle. Elle avait changé la couleur et la texture de ses cheveux, la forme de ses yeux et de sa bouche. Elle avait même ajouté une dent de travers sur le côté supérieur gauche de sa dentition. De légères taches de rousseur parsemaient son cou, son décolleté et ses bras, et ses pieds avaient l'air légèrement plus petits qu'en réalité.

De petits changements, autant qu'ils étaient, des changements qu'un observateur médiocre n'auraient pas remarqués, mais si vous les ajoutiez à sa posture arrogante et son langage corporel de reine, personne ne pourrait jamais deviner qu'elle était encore une écolière, et encore moins Hermione Granger.

Ses efforts étaient superflus avec ces bâtards, pensa-elle avec une moue dédaigneuse, mais on ne pouvait jamais savoir - un esprit brillant au milieu de ces crétins pouvait être suffisant pour causer un monde de problèmes. Et le Premier Cercle remarquerait, et approuverait, et leur estime pour elle grimperait de quelques degrés.

Lentement, ses yeux bougèrent d'invité en invité, gravant leur identité ou des indices sur leurs familles dans son esprit, évaluant leur richesse et leur puissance parmi le groupe. Beaucoup d'entre eux buvaient de l'alcool et depuis un assez bon bout de temps, d'autres s'empiffraient avec l'excellente nourriture que Jameson avait mise à disposition.

Et ils pensaient vraiment qu'ils étaient les stars de la soirée.

Elle pouvait respecter certains des Mangemorts les plus puissants jusqu'à un certain niveau, malgré leur cruauté, parce que leur intelligence et leurs capacités était des choses dont elle pouvait apprendre, mais cette masse d'idiots qui se croyaient les plus purs, la part supérieure du monde sorcier, ne créait rien d'autre qu'un sentiment de dégoût en elle.

Alors qu'elle se tenait debout dans un coin, ignorée grâce à son langage corporel et le minuscule sort de ne-me-remarquez-pas qu'elle s'était appliquée - trop faible pour que même le sorcier le plus puissant de la pièce puisse le repérer - elle regardait les alliances se former et se briser, les personnes qui profitaient de leur propre sentiment de supériorité et les autre rampant autour de ceux qui pouvaient aider à leur succès.

Elle regardait les plans se mettre en place, les questions perfides être posées et les réponses murmurées qui étaient données, les rumeurs voyager à travers la pièce, inquiétant certains, ravissant d'autres. Quels jeux grossiers, pensa-elle, lassée de leur manque de subtilité. Quels mauvais acteurs ils sont ! Je ne paierais pas pour ça si c'était du vrai théâtre.

"Et bien, qu'avons-nous là," murmura une voix douce et raffinée, et elle fit à Lucius la faveur d'avoir l'air surprise, bien qu'elle ait remarqué ses mouvements dans sa direction depuis au moins deux minutes. "Tu rôdes dans les recoins, Hermione ? Tu surveilles tes compagnons Mangemorts ?"

"Oh, j'admire juste le lustre," répondit-elle innocemment en laissant ses yeux monter vers le monstre de faux cristal, bougies magiques et verre scintillant que leur hôte avait décidé d'installer.

Lucius eut un éclat de rire appréciateur et elle autorisa un petit sourire à danser sur ses lèvres pendant une seconde. Elle était au fait des goûts intransigeants de Lucius en matière d'antiquités. Et de sa croyance qu'aucun manoir ne pouvait rivaliser avec le sien.

Ce soir, remarqua-elle alors qu'elle laissait ses yeux voyager de manière adoratrice sur ses riches robes et ses cheveux chatoyants, ce soir il était le Malfoy civilisé, celui aux instincts animaux, à la violence et à la folie soigneusement enfermés à double tour.

Ce soir là il était l'incarnation parfaite des manières des sang-pur, et il la traiterait en conséquence avec civilité, comme un homme envers une belle femme, et un peu de condescendance parce qu'elle ne pouvait pas l'égaler dans ce domaine. Après tout, elle avait le sang sale.

Mais il lui offrit tout de même sa main et elle la pris avec un mouvement léger et gracieux de la tête, laissant ses lourdes boucles caresser son cou.

"Nous nous rassemblons, ma chère," murmura-il, ses lèvres froides frôlant la fine peau derrière ses oreilles et elle frissonna, lui laissant penser que c'était de plaisir. "Puis-je t'accompagner ?"

Ils sourirent et chuchotèrent pendant qu'ils traversaient la salle, brisant des factions et des groupes sur leur passage. Lucius avait choisi un chemin qui les menaient droit à travers la pièce, et les membres du Second Cercle devant lesquels ils passaient se taisaient, n'essayant même pas de prétendre qu'ils ne les regardaient pas.

Normalement elle aurait pensé avec amusement à quel point Draco et Harry auraient commenté sa 'grande entrée', mais ce soir, aucune pensée de ce genre ne lui traversa l'esprit. Ce soir, elle ne laisserait pas ses pensées échapper à son ferme contrôle, même juste un instant. Trop de choses étaient en jeu.

La pièce qui hébergerait la réunion du Premier Cercle était décorée avec des couleurs sombres, et avec beaucoup plus de goût que la salle de bal. Hermione suspecta que Lucius lui même avait supervisé ce travail, et un coup d'œil à son expression satisfaite lui donna raison.

Elle pris une profonde inspiration et sourit une fois de plus à Lucius, qui lâcha son bras et rejoint sa place légitime à côté du trône.

Un bruit de transplanage leur parvint du haut plafond et ils tombèrent tous à genou, formant un cercle parfait autour du trône dans leurs robes scintillantes.

Ils n'y avait pas un bruit, mais Hermione et les autres surent que leur Seigneur était arrivé - elle pouvait le sentir dans ses os, dans le serrement douloureux de sa poitrine, dans le hérissement de sa peau qui indiquaient la présence de sombre, sombre magie.

Il ne dit pas un mot, mais elle sut qu'il les regardait avec une avide satisfaction, sa collection de poupées sorcières richement vêtue, prête à bouger et parler et tuer à son commandement.

"Bienvenue, mes amis, les salua-il finalement de sa voix froide et aiguë, et comme les autres membres du Premier Cercle, Hermione plongea encore plus bas vers le sol, et rampa légèrement en avant, juste de quelques centimètres.

C'était l'annonce silencieuse qu'elle avait des nouvelles à offrir, des nouvelles importantes.

"Ce soir," commença-il, ne faisant aucun mouvement pour indiquer qu'il avait remarqué son geste. "Nous nous sommes rassemblés pour célébrer nos victoires et notre pouvoir montant. Ce soir, nous honorons les coutumes et les traditions qui font de nous des sorciers, qui nous rendent supérieurs aux autres créatures qui rampent sur cette Terre. Ce soir, vous représenterez le pouvoir du Seigneur des Ténèbres devant ces partisans qui n'ont pas assez de valeur pour rejoindre ce Cercle."

Hermione frissonna d'admiration et de fierté. Il est mon Maître, et je suis son esclave, récita-elle silencieusement, plongeant de plus en plus profondément dans la peau d'Hermione la Mangemort. Je ferais ce qui doit être fait.

Elle écouta avec admiration son long et tortueux discours pendant lequel il ne leur permit pas de se relever, la tête tellement baissée qu'elle touchait presque le sol de marbre. Pendant qu'elle attendait que son Seigneur la remarque, corps et pose parfaitement immobiles, ses sens se mirent à travailler, rassemblant des informations et les évaluant, mémorisant des choses qu'elle analyserait plus en détail dans les donjons cachés de la cathédrale de son esprit.

Elle remarqua que Gordon, qui était agenouillé à sa gauche, sentait le parfum de femme - trop fleuri et bon marché pour être porté par sa femme aristocratique. Donc il avait dû se trouver une nouvelle maîtresse ? Intérieurement, Hermione eut un rictus en se souvenant d'à quel point Angelique Gordon était jalouse.

Elle remarqua que la voix de Voldemort était légèrement rauque et encore plus aigüe, que son discours était encore plus grandiloquent que d'habitude, et qu'il puait le sang. S'était-il offert une petite séance de torture privée avant que le bal ne commence ? Ou les problèmes avec son corps, cette coquille artificielle et pervertie qui abritait l'esprit d'un monstre, avaient-ils empiré ?

Alors qu'elle était agenouillée au sol, son visage caché par ses cheveux, et écoutait, sentait et ressentait, elle était consciente de tout ce qu'il y avait autour d'elle, consciente comme un lapin perdu dans une grande plaine déserte sans aucun endroit où se cacher et des milliers de prédateurs autour.

Elle sut immédiatement quand les yeux de Voldemort tombèrent sur elle.

"Tu as des nouvelles pour nous, Hermione ?" demanda-il, une pointe de chaleur perçant dans la voix, et elle hocha la tête de haut en bas, ne se relevant toujours pas de sa position prostrée.

"Je vous ai amené un cadeau, Monseigneur," murmura-elle. "Un cadeau que j'essaie d'obtenir depuis de nombreux mois."

Elle s'arrêta, et laissa l'atmosphère de la pièce changer, sentant les hommes se tourner vers elle et l'irritation voyager autour du cercle des hommes les plus puissants et impitoyables n'ayant jamais été réunis.

Ce qu'elle leur offrirai ce soir là changerait leur monde. Ils ne le savaient juste pas encore.

"Je vous ai apporté la prophétie qui concerne Harry Potter, Monseigneur," dit-elle, et elle sentit la pièce se figer complètement.

Ensuite, elle leva la tête pour voir Voldemort lui sourire.

oooooooooooooooooo

Harry se souvenait de la dernière fois où il était venu ici au milieu de la nuit. À cette époque il ne s'était pas attendu à rencontrer Draco dans la pénombre de la salle de sport privée de Severus, mais aujourd'hui il l'espérait.

Il savait que Draco ne serait jamais rentré dans la salle commune de Serpentard dans un tel état de vulnérabilité, avec ses émotions pratiquement écrites sur son visage, et il avait méticuleusement fouillé le quartier général avant de se rendre ici.

Il plaça la paume de la main sur le bois sombre de la porte et murmura le mot de passe, puis monta les marches avec détermination.

Il avait presque atteint le sommet quand il se rendit compte qu'il n'était pas en sueur comme d'habitude. Il n'était même pas essoufflé. L'entraînement doit avoir payé, réalisa-il et il se sentit fier pendant un moment.

Puis il se souvint des événements de la soirée et les raisons de sa venue ici, et la fierté et la satisfaction s'évanouirent abruptement.

"Draco," appela-il doucement au moment où il ouvrait la porte, ne voulant pas être victime d'un sortilège.

Ses yeux balayèrent rapidement la pièce, s'attardant sur leurs endroits favoris et trouvant Draco sur le rebord de la fenêtre, les genoux remontés contre son torse et les bras croisés par dessus, dans une posture qui se voulait défiante à la base mais qui s'était perdue en chemin.

"Potter," dit-il d'une voix traînante, plus froide qu'elle ne l'avait été depuis de nombreuses semaines."Qu'est-ce que tu veux ?"

"Voir comment tu vas," répondit Harry, marchant jusqu'à Draco et s'asseyant sur le côté opposé de l'appui de fenêtre.

"Parfaitement bien," répondit le Serpentard, ne prenant même pas la peine de masquer le ton amorphe de sa voix. "Juste parfaitement bien."

Il soupira, puis ses yeux se fixèrent sur la forme immobile que formait Harry. "Hermione est-elle revenue ?"

Harry secoua la tête, ses yeux scrutant le parc de Poudlard, comme pour chercher leur amie. "Severus a dit de ne pas l'attendre avant l'aube. Ces bals semblent être des affaires assez pompeuses."

Draco hocha la tête. "Je sais," dit-il. "J'en ai fréquenté plus d'un."

Dans la lumière argentée de la lune, Draco avait l'air distant, plus froid et plus dur que Harry ne l'avait jamais vu. Il n'y avait rien de joué en lui à ce moment là, pas de raillerie ou de défiance.

Il avait l'air solennel, sobre. Résigné.

Et cette froideur enveloppait toujours son corps et sa voix, cette arrogance qu'il avait montrée ce soir pour aider Hermione, cette aura de pouvoir et de domination qui l'avait projeté dans un environnement plus mondain, qui lui avait donné l'autorité d'un prince.

Seulement, il n'avait pas l'air de dominer quoi que ce soir à cet instant. Il avait juste l'air seul.

"Ecoute, Draco, je sais…" dit finalement Harry après un silence qui avait trop duré pour être confortable, seulement pour être interrompu immédiatement par une voix tranchante pleine de tension.

"Non Harry, n'essaie même pas," siffla Draco. "Ne me sert pas ce discours Gryffondor à propos de faire ce qui est bien et pas ce qui est facile, ni à propos des masques qu'on doit tous porter. Tu sais que ce que j'ai fais était monstrueux et dégoûtant, ne le nie pas. Juste… arrête."

Les pensée de Harry retournèrent en un éclair à cet événement des mois auparavant, avant que Severus et Hermione se soient avoué leur amour, quand elle avait tué quatre Mangemorts avec une telle efficacité froide qu'il en avait été choqué. Il avait alors pensé qu'elle était un monstre et seul son total effondrement dans les bras de Severus ensuite l'avait fait réaliser son erreur.

À sa propre surprise, il se rendit compte qu'il ne ressentait pas un soupçon de ce choc et de cette répulsion à cet instant, même si la situation était plus que similaire. À la place, il se sentait...fier.

Impressionné par les aptitudes de Draco et sa détermination à les utiliser contre ses propres inclinaisons. Admiratif de ce que le Serpentard était prêt à faire pour ses amis. Un peu laissé de côté peut-être, parce qu'il n'avait pas été capable d'aider Hermione quand elle en avait eu besoin.

Mais ces pensées n'aideraient pas Draco maintenant.

"En fait," répondit-il avec légèreté, sentant la surprise de Draco à son ton sec. "Je voulais te dire que je suis plutôt jaloux. Si jamais tu décides d'utiliser cette attitude à ton compte, tu seras Ministre de la Magie dans moins de dix ans."

"Ce n'est pas drôle Harry," laissa échapper Draco entre ses dents serrées, le visage blanc et tendu dans la lumière de la lune. "Ne plaisante pas avec ça !"

"Donc tu pense qu'on ne peut pas plaisanter sur ton personnage de Mangemort ?" demanda Harry, toute trace humour ayant disparu de la voix. "Que ce que tu as fait est trop terrible pour être tourné en dérision ? Alors qu'on plaisante sur mon image de Survivant tout le temps, même si je l'ai obtenue par la mort de mes parents ? Quand même Hermione arrive à faire des blagues sur son statut d'espionne par ci par là ? Quand elle et Snape se fendent de blagues sur le Premier Cercle de Voldemort ? Qu'y a-t-il de si terrible dans tes actions comparé à tout ça ?"

"C'est différent," murmura Draco. "Tu ne peux pas comparer ce que fait Hermione ou ce que tu es, à moi."

"Alors dis-moi pourquoi," dit Harry d'un ton amical et intéressé qu'il avait copié sur Dumbledore, et Draco leva les mains en signe d'irritation, sauta de son perchoir et se mit à arpenter la pièce, la tension sortant par tous les pores de sa peau.

"Parce que je suis un Malfoy !" cria-il presque. "J'apprenais la magie noire quand vous deux travailliez encore dur sur l'alphabet ! Cette 'attitude', comme tu l'appelles, m'a été inculquée avant même que je puisse penser ! C'est un trait de caractère, pas une putain de cicatrice ou une fausse identité ! C'est ce qu'on m'a appris à être !"

Harry soupira, abattu par le désespoir de son ami et par sa propre fatigue. Hermione les avait appelé une génération perdue, une fois, une génération de la guerre. Elle avait eu raison. Ils étaient tous abîmés, tout autant qu'ils étaient, et ce de tellement de façons qu'on en avait mal rien qu'à les contempler.

Neville, avec ses parents enfermés dans cette minuscule chambre d'hôpital, qui ne pouvaient rien lui donner d'autre que des petits papiers de bonbons brillants. Ron, perdu dans un monde de principes et de sentiments qu'il ne comprenait pas mais qu'il suivait aveuglément jusqu'à la catastrophe.

Luna, qui avait peuplé son monde de créatures imaginaires pour expliquer la haine dirigée contre elle, l'incompréhensible cruauté de ses pairs. Ginny, toujours déchirée par son expérience dans la Chambre des Secrets mais trop obstinée pour s'arrêter et panser ses blessures, ou même les reconnaître.

Et Hermione, leur brillante, rusée, belle espionne, blessée de tant de façons qu'il ne pouvait même pas essayer de comprendre. Et lui même, avec rien d'autre qu'une cicatrice, sa chance absolument stupide et la mémoire de personnes chères dans les mains, avec un but trop loin à atteindre et un piédestal attendant qu'il l'escalade.

Ils étaient tous foutus, chacun à sa façon, et Draco, cet impeccable sang-pur, supérieur et bien élevé, avec la ruse d'un vieillard et l'esprit d'un enfant blessé, n'était que l'un d'entre eux.

Il était juste une part de cette famille d'éclopés. Mais le plus terrible le concernant c'est qu'il n'en était même pas conscient.

"Tu as grandi avec l'héritage de ton père, Draco" dit Harry calmement, essayant de mettre dans ses mots l'honnêteté dont il faisait preuve, le besoin de montrer à son ami qu'il faisait partie de leur groupe. "Tu es plus que juste ça."

"Et si ce n'était pas le cas ?" cria Draco, trop énervé pour remarquer la tristesse de Harry. "Ça fait des mois que je travaille à me faire accepter dans ce groupe, Harry, et qu'est ce qu'ils me demandent de faire ? Jouer les Mangemorts ! D'être tout ce dont je m'efforce de me libérer ! As-tu vu leurs visages quand je suis sorti de la pièce ?"

Il prit une inspiration frissonnante, faisant toujours les cent pas comme si le monde en dépendait, ses mains blanches et son visage ressortant dans la lumière de la lune.

"C'était tellement facile de redevenir cette personne, bon sang, tellement facile ! Au moment où je me suis concentré, tout était de retour, l'arrogance, la cruauté, la malice, et je m'y suis glissé comme dans une seconde peau ! Et tu sais le pire à ce propos ?" Sa voix avait sombré en un murmure, comme s'il manquait de force pour continuer à parler, comme si tout l'air de ses poumons était soudainement parti.

"Pendant un moment, j'ai aimé ça. Le pouvoir, la domination, la pure beauté d'être un Malfoy. Pendant un moment, je ne voulais pas que ça s'arrête. Je l'avais à mes pieds, bon Dieu, je l'avais à mes pieds comme si elle était mon esclave, et j'ai aimé ça !"

Il tomba à genoux, soudainement, se repliant sur lui même et fixant la pénombre comme s'il cherchait une vérité cachée.

"Quelle sorte de monstre suis-je ?" murmura-il. "Qui suis-je ?"

Harry se sentait engourdi, submergé par cette explosion soudaine, pas certain de quoi dire ou faire pour atténuer la douleur qui émanait de Draco. Hermione aurait su comment réagir, pensa-il soudainement, ne désirant rien de plus que s'enfuir de la pièce.

Mais il se leva, doucement, et marcha jusqu'au Serpentard assit au milieu de la pièce.

"Tu es mon ami, et celui d'Hermione, et celui de Severus," murmura-il, se sentant terriblement à côté de la plaque. Une de ses mains s'avança, hésitante, touchant l'épaule de Draco, s'attendant à se faire rejeter immédiatement, mais ce geste ne vient jamais.

Draco prit juste une de ces terribles inspirations frissonnantes et ne dit rien.

"Tu fais partie de cette folle et chaotique famille qui d'une certaine manière tient tout et tout le monde ensemble. Tu fais partie de ce qui me permet de survivre à tout ça, partie de ce pourquoi Hermione continue de se lever chaque jour. Un de ces malchanceux qui ont dû faire un choix de leur vie.

"Tu sais, j'ai toujours pensé à ça comme un acte d'équilibrage," continua-il pensivement, sentant Draco rester immobile à côté de lui, écoutant silencieusement. "Entre nos désirs, la puissance qu'on peut espérer gagner, nos capacités, et toutes ces autres choses qui font que la vie est si difficile. Ce que nous pensons est juste. Ce que nous aimons. Ce que nous voulons pour ce monde."

Il soupira. "Parfois c'est si dur de rester sur la corde entre le pouvoir et le contrôle," murmura-il, se souvenant du Doloris qu'il avait jeté à Bellatrix en cinquième année. D'une certaine façon il était certain que s'il venait à recommencer, il serait cette fois capable d'exécuter parfaitement ce maléfice. Il était heureux de ne pas pouvoir retourner en arrière, mais quand même… quand même… blesser la femme qui avait tué Sirius… était tentant.

"Parfois, tu sais pourquoi tu fais tout ça, et ça te donne de l'espoir et de la force. Mais parfois… parfois tu te demandes si tout ça en vaut la peine. Si ce monde vaut la peine d'être secouru. Si la personne que nous pouvons sentir à l'intérieur de nous, cette personne forte et puissante, cette personne qui ne se soucie pas du reste n'est pas celle qui a raison.

"J'ai vu cette question sur le visage de Severus, et sur celui d'Hermione," murmura-il. "J'ai ressenti aussi cette envie de me laisser aller. Et par l'enfer, je pense que même Dumbledore la ressent de temps à autres. Il n'y a pas à avoir honte, Draco."

"Comment sais-tu que je suis comme toi sur ce point, Harry?" demanda Draco, la tête toujours détournée, l'espoir et la tristesse dans la voix. "Comment peux-tu être sûr que je ne vais pas perdre l'équilibre un jour ?"

Harry sourit. "Tu te souviens ce que tu m'as dit quand je t'ai demandé la même chose à propos d'Hermione, il y a longtemps ? Quand elle pleurait toutes les larmes de son corps alors que ton père dans la même situation se laverait les mains et t'achèterais une crème glacée ?"

"Oui, je me souviens."

"Si tu avais perdu l'équilibre, Draco, tu serais assis dans la salle commune des Serpentard en ce moment, avec des compagnons Mangemorts en devenir. Tu ne serais pas assis dans le noir, tout seul, à te battre contre toi même."

Il gloussa doucement, un son qui fit soudainement se retourner Draco avec un air confus sur le visage.

"Tu te soucierais de ces plis sur tes robes, ou de la droiture de ton dos." Harry gloussa de nouveau. "Et tu n'autoriserais surement pas un simple Gryffondor à te réconforter."

Pendant un long moment, Draco le regarda, le visage indéchiffrable, et Harry se demanda si son discours avait été suffisant, s'il avait donné à Draco les réponses dont il avait besoin.

Puis, le froncement entre les sourcils de son ami s'effaça, ses épaules se relâchèrent et Harry sut qu'il avait eu raison de venir ici ce soir, qu'il n'avait pas risqué leur amitié mais au contraire l'avait renforcée, et il sourit, soulagé et heureux de ce qu'il avait réussi à faire.

Et Draco sourit aussi.

ooooooooooooooooooooooooo

Elle réapparu aux limites du domaine de Poudlard, et le calme soudain et la pénombre furent un choc pour son esprit surexcité.

Elle savait qu'elle devrait bientôt retourner dans les quartiers de Severus, que la plupart des membres de l'Ordre seraient encore éveillés et l'attendraient au quartier général, mais elle avait besoin de quelques instants, pour notamment se détacher de son personnage de Mangemort.

Et pour réfléchir à ce qu'elle avait accompli ce soir là.

Voldemort s'était retiré dans un appartement privé après sa présentation de la prophétie, les yeux avides et sa façon de se mouvoir plus proche de cellle d'un serpent que ce qu'elle avait pu voir ces derniers mois.

Elle était retournée dans la salle de bal avec Lucius, sentant les regards du Premier Cercle sur elle, et avait entreprit de le nourrir de chaque petit détail de la brillante réussite de son fils.

Lucius avait été si fier qu'il n'avait même pas pensé à l'emmener dans un coin tranquille, un fait pour lequel elle était immensément reconnaissante.

Une fois que les membres du Premier Cercle étaient revenus dans la salle principale, les festivités s'étaient obscurcies et étaient devenues plus frénétiques en même temps. La plupart du Premier Cercle refusaient de se mêler avec des sorciers moins importants ou moins puissants; à la place, ils se rassemblaient en groupes, les sortilèges d'Assurdiato fleurissant autour de la pièce.

Hermione n'avait pas besoin de lire sur leurs lèvres pour savoir de quoi ils parlaient, et elle n'avait pas à lire leurs esprits pour savoir que chacun d'entre eux espérait présenter une solution au problème sur ces quelques heures de temps, la solution au problème que Voldemort leur avait présenté.

Comment attirer Harry Potter dans un lieu ancien au cours d'une nuit ancienne, malgré sa connaissance de la prophétie. Malgré la connaissance de sa propre faiblesse.

Mais elle seule avait la solution qui fonctionnerait. Et elle avait l'intention de la garder pour elle aussi longtemps que possible, pour laisser la tension monter doucement jusqu'à ce que son idée apporte le soulagement qui devait démanger Voldemort à cet instant.

Cette pensée l'avait fait sourire alors qu'elle continuait de faire l'éloge de Draco dans les moindres détails.

Un écho de ce sourire se tenait sur ses lèvres, alors qu'elle marchait doucement vers le lac, la cape d'invisibilité empêchant son corps et sa robe d'être vus.

C'est fait, pensa-elle, l'émerveillement l'envahissant alors qu'elle se remémorait depuis combien de temps elle avait attendu cette nuit là, combien de choses étaient arrivées depuis qu'elle avait commencé à concevoir ce plan fou et désespéré, combien elle et le monde autour d'elle avaient changé.

Une chose qu'elle avait apprise ces dernières années, peut-être la chose la plus importante qu'elle n'avait jamais apprise, était qu'elle avait besoin de ses amis. Elle n'aurait rien pu faire sans eux, sans Draco et Harry. Et Severus, le glorieux cadeau que le destin lui avait offert en compensation de ses souffrances.

Mais, bien qu'elle sache assez bien tout cela, elle sentit la fierté gonfler en elle pendant un moment, la fierté d'être allée si loin, d'avoir réussi à faire autant malgré toutes les difficultés.

C'est fait, pensa-elle encore. Le premier pas vers la fin de tout cela.

Puis son sourire s'évanouit pour faire place à de plus sombres pensées.

Le Seigneur des Ténèbres avait été enchanté par son idée, assez enchanté pour une fois de plus faire ouvertement son éloge devant le Premier Cercle. Quand il s'était montré au Second Cercle, plus tard dans la nuit, il l'avait présentée à eux comme son 'arme secrète', et elle avait vu les puissants hommes autour d'elle la regarder avec jalousie.

Même la joie de Lucius à propos d'honneur de son fils avait été remplacée par la colère.

Elle était bien consciente qu'avec ce soir là, son pouvoir parmi les Mangemorts avait atteint un sommet. Elle siégeait maintenant suffisamment haut parmi eux pour que Voldemort accepte son plan, même assez haut pour donner des ordres à beaucoup d'entre eux.

Mais du sommet d'une montagne, il n'y avait qu'un moyen de partir.

Descendre.

Et alors qu'elle était sûre que Voldemort accepterait son plan jusqu'au bout - elle le sentait dans ses os - elle savait aussi qu'il ne pourrait pas la maintenir au dessus de ses hommes bien longtemps.

Inconfort, jalousie et courroux s'élevait parmi eux. Des rumeurs avaient sauvagement été lancées après ses louanges exubérantes.

Quelqu'un la ferait trébucher, ou la piégerait, ou peut-être que quelqu'un trouverait le courage de montrer à leur Maître combien de torts elle pourrait faire à leur cause.

Peut-être que Voldemort le réaliserait par lui même, finalement.

Et elle tomberait, rapidement, durement et irrévocablement.

La seule question était de savoir si elle s'écraserait sur le sol, ou se noierait dans l'eau, ou si elle parviendrait à se tirer d'affaire une dernière fois.

Elle soupira, et ses yeux restèrent sur le lac qui brillait comme de l'argent sous la pleine lune.

Quoi qu'il lui arriverait, le plan en valait la peine. Elle donnerait sa propre vie, et même plus, pour finalement arrêter cette guerre. Ça en valait la peine.

Mais dans son esprit elle vit le visage de Harry, et celui de Draco, et les yeux de Severus, noirs de doute et remplis d'amour désespéré, et quelque chose de froid tomba dans sa poitrine.

Puis elle secoua catégoriquement la tête et se détourna du sombre lac en direction du château.

Quoi qu'il arriverait, ça en vaudrait la peine. Elle ferait ce qu'il faudrait faire.

Et à la fin, ils l'en remercieraient.