60. Cueillez dès à présent les roses de la vie
Les examens finaux approchaient, et avec eux la deuxième personnalité d'Hermione, qui devenait cette petite personne frénétique toujours en panique aux cheveux ébouriffés qui insistait pour étudier pendant des heures et qui surlignait leurs cours de toutes les couleurs, qu'ils le veuillent ou non.
Du moins en public. Quand ils étaient à l'abri des regards de leurs camarades, cependant, Harry était surpris du peu d'attention qu'Hermione semblait accorder aux examens qui achèveraient leurs années d'études.
Bien que Draco et lui savaient qu'il y avait des choses plus importantes que les ASPIC, et que Ron se souciait peu de ses notes, tous les trois révisaient à chaque fois qu'un moment libre se présentait à eux, allant jusqu'à se retrouver dans la salle d'entraînement en avance pour travailler l'aspect pratique des Sortilèges ou de la Métamorphose.
Quand Harry avait abordé Severus avec une question sur les propriétés de la Pluidorée, probablement sa première question spontanée sur les Potions, Severus avait eu un large sourire triomphant - d'après Harry - et s'était éloigné sans un mot.
Mais quand Harry avait rejoint sa place habituelle pendant la réunion de l'Ordre ce soir là, il y avait trouvé un tas de vieux livres abimés sur la table, qui s'étaient avérés être les manuels de Potions à partir de la quatrième année.
Harry avait ouvert le livre du haut de la pile et trouvé une myriade de commentaires gribouillés dans les marges, entre les lignes et partout où il y avait assez de place, tous rédigés de l'écriture serrée et pointue qu'il reconnut comme celle de leur chef des renseignements.
Il trouva la réponse à sa question à la page trois, accompagnée d'instructions qui firent comprendre à Harry qu'il avait étudié pour rien pendant des heures.
Réalisant qu'ils devaient être les anciens livres scolaires de Severus, il leva la tête vers lui avec un regard étonné et reconnaissant. Severus avait juste incliné la tête dans un geste respectueux avant de se détourner.
Oui, Harry étudiait pour ses ASPIC, et il comprenait pour la première fois que ces connaissances étaient plus qu'une chose utilisée pour le torturer, et il aborda ces dernières semaines de cours avec l'espoir démesuré d'en apprendre le plus possible.
Mais Hermione, qui pour Harry incarnait tout le zèle et l'ambition qu'un étudiant puisse avoir, ne semblait pas se soucier des examens qui approchaient, et vite. Toute son attention était concentrée sur les réunions stratégiques, son entraînement et, assez bizarrement, sur les quelques heures libres qu'elle arrivait à partager avec Harry et Draco.
Harry n'aurait jamais pensé qu'il viendrait un temps où Hermione préférerait une longue promenade autour du lac aux révisions, et quand il lui posa la question, un jour, elle haussa les épaules.
"Je les aurais, de toute façon," lui dit-elle d'une voix qui lui semblait à la fois ennuyée et étrangement intense. "Et j'ai déjà reçu plus d'une offre d'apprentissage. Donc je n'ai aucune raison de me tracasser à propos des examens."
Elle prit une profonde respiration, souffla, et laissa ses yeux vagabonder sur le lac, le château et les petites collines qui se fondaient dans les montagnes au loin.
"Par contre ceci," murmura-elle. "Est juste un moment de calme, et nous ne savons pas ce que l'avenir nous apportera. Notre temps à Poudlard pourrait se terminer bien trop tôt, et je veux en profiter tant que je le peux."
Elle sourit, soudainement. "Carpe diem," dit-elle gravement à Harry.
"Cueillez dès à présent les roses de la vie
Car le temps jamais ne suspend son vol
Et cette fleur qui aujourd'hui s'épanouit
Demain sera flêtrie."
Harry fronça les sourcils, essayant toujours de comprendre le ton étrange de sa voix.
"Je ne pense pas que j'aime cette devise," lui dit-il, regardant son visage avec attention.
Elle haussa les épaules. "Mais c'est tellement vrai," répondit-elle d'un ton léger, et, se tournant de nouveau vers le lac, elle le laissa à ses pensées inquiètes.
Quand il raconta cette entrevue à Draco, il se trouva qu'il n'était pas le seul à avoir remarqué son comportement, mais l'explication de Draco le soulagea un petit peu.
"On avance vers des temps dangereux, Harry," lui dit calmement Draco. "On approche du combat final, la confrontation avec Voldemort. Qui sait combien d'entre vous vont survivre à ce jour ? Et toi, Weasley et Hermione vous tiendrez en première ligne, face à Voldemort lui même. Rien d'étonnant à ce qu'elle ne soit pas confiante en l'avenir."
"Mais ça n'est pas la façon de penser d'Hermione," protesta Harry, frustré que son ami ne comprenne pas où il voulait en venir. "Normalement, elle fait des plannings, elle stresse, et elle passe beaucoup plus de temps que nécessaire à réviser. Mais elle ne se préoccupe jamais de passer du temps avec ses amis - c'est comme si elle était en train de nous dire adieu, ou quelque chose du genre."
"Je pense qu'elle ne fait pas ses adieux qu'à nous," contra Draco. "Au moment où elle sera diplômée, elle deviendra Maître Espion à temps complet. Et quand tout cela sera enfin terminé, elle apparaîtra comme la compagne et l'apprentie de Severus, promise à un avenir brillant. Mais la Hermione innocente qu'elle était avant sera partie pour toujours. Elle dit aurevoir à tout une page de sa vie, tu ne crois pas ?"
Mais Harry avait beau essayer, il n'arrivait pas à voir les choses de cette façon, du moins pas complètement. La situation lui rappelait terriblement l'année précédente, quand il sentait que quelque chose n'allait pas avec Hermione et que ça l'inquiétait. Mais il n'avait pas été capable de percer à jour ses sombres secrets à ce moment là, et il semblait qu'il n'était pas capable de comprendre ses réelles intentions maintenant non plus.
Mais il y avait aussi des aspects bénéfiques dans la période que des gens profondément optimistes avaient appelée 'préparation aux examens'. Sachant ce qui les attendait dans le futur, les septième année de la maison Gryffondor étaient une fois de plus unis dans leur malheur, passant des heures et des heures à la Bibliothèque, dans la Salle Commune, ou nerveusement rassemblés autour de leur table dans la Grande Salle.
Avec grand amusement, Harry remarqua que les élèves des autres années restaient à bonne distance d'eux et des cinquième années, victimes des BUSE. Il remarqua aussi les regards à la fois effrayés et envieux des sixième année vers leur groupe, et essaya de se souvenir de ce qu'il avait ressenti pendant ses années précédentes.
Avait-il eu hâte de finir ses études ? Avait-il attendu anxieusement les vacances d'été ?
Non, décida-il avec un gloussement. À cette période de l'année, il avait été habituellement assez occupé à survivre au dernier stratagème de Voldemort, et il n'avait certainement jamais eu hâte de passer du temps avec les Dursley.
Sans mentionner que, grâce à Hermione, la conscience de l'approche de ses ASPIC avait été constante dans son esprit au moins depuis la première année.
Quelle ironie qu'elle soit aujourd'hui la seule à ne pas s'en soucier.
Depuis sa place devant la cheminée de la Salle Commune, Harry la regardait expliquer calmement une recette de Potion à Neville, qui avait - devant une horreur plus grande appelée examens - finalement surmonté sa peur et son admiration envers le Maître Espion, et l'avait abordée avec une question timide.
Le fait qu'Hermione soit amicale et ouverte avait semblé beaucoup le surprendre, mais si sa réaction l'avait blessée, elle ne l'avait pas montré.
À la place, elle s'était lancée dans un cours improvisé sur les points les plus cruciaux des potions de sommeil, et bientôt son audience n'avait plus seulement été constituée de Neville mais de Seamus, Lavande, Ron et Harry également.
Ginny avait choisi de se joindre à eux, elle aussi, avançant que les révisions des Potions ne pouvaient jamais être trop prématurées, mais Harry la suspecta de tout simplement apprécier la réunion de ses amis de longue date.
Quand leurs questions dévièrent vers le charme du bouclier, Seamus et Lavande se désintéressèrent de la conversation et Hermione fit un geste vers Harry, disant aux autres qu'il était le meilleur en DCFM, après tout.
"Et peut-être qu'on devait aller dans un endroit plus… privé," ajouta-elle avec un regard appuyé à l'horloge. "Après tout, nous ne voulons pas détruire la Salle Commune deux jours avant nos examens."
Harry suivit son regard et vit qu'il ne restait qu'une demi-heure avant que leur entraînement du soir ne commence. Il hocha la tête.
"Bonne idée, acquiesça-il, puis il baissa la voix dans un murmure exagéré. "Allons tu-sais-où," annonça-il mystérieusement, récoltant des sourires et des rires des membres d l'Ordre, mais également des autres Gryffondors qui croyaient probablement qu'il parlait de la Salle sur Demande dans laquelle leur ô combien interdite Association de Défense avait tenu ses réunions pendant la cinquième année.
Harry était toujours étonné de voir à quel point les secrets étaient faciles à garder si on employait assez de subtilité.
"Alors, Neville," dit-il sur un ton léger alors qu'ils quittaient la salle commune et avançaient vers la bibliothèque avant de brusquement tourner à gauche pour entrer dans la salle de cours inutilisée où Severus avait déposé une autre de ses nombreuses tapisseries magiques. (Il faudrait vraiment que Harry lui demande où il les trouvait). "Avec l'école qui est presque terminée, as-tu une idée de ce que tu veux faire après ?"
Neville, sans surprise, devint rouge comme une tomate.
C'était une source constante d'étonnement pour Harry. Malgré son habituelle tendance à bégayer nerveusement, Neville était l'une des personnes les plus courageuses qu'il n'ait jamais rencontré, se portant volontaire à la moindre occasion et accusant des chocs comme la double identité d'Hermione sans broncher. Mais posez lui des questions sur lui et il serait complètement submergé, comme s'il n'était pas digne d'attention.
"Je suppose que tu suivras un apprentissage en Botanique," dit Hermione dans un effort évident pour soulager leur ami. "Tu es le meilleur botaniste que je connaisse. Même Madame Chourave dit que tu es un des meilleurs élèves qu'elle n'ait jamais eu."
Elle passa à travers la tapisserie magique avant que Neville soir forcé de répondre, et dans le même temps, elle manqua sa réaction de presque évanouissement au fait d'être complimenté par Hermione Granger.
Comme c'était souvent le cas, la vue de la salle d'entraînement du quartier général rendit Harry à la fois tendu et détendu. Tendu parce que c'était la pièce où il avait besoin de toutes ses capacités lorsque Maugrey, Remus et Severus le poussait à son extrême limite, si ce n'était plus loin.
Il ne comptait plus le nombre de situations embarrassantes qu'il avait subies dans cette pièce, combien de fois il s'était senti bête comme ses pieds ou remis à sa place par la force magique et l'agilité des autres.
Détendu parce que malgré tout ça, il était en sécurité ici, en présence d'amis qui partageaient son savoir et ses croyances, et parce qu'il pouvait se comporter avec Hermione et Draco comme ils le méritaient.
Ça avait beau être devenu une seconde nature chez lui, laisser tomber le rôle qu'il jouait était toujours un soulagement. Il salua Draco, qui était assit à la table de Stratégie un livre à la main, avec un grand sourire.
"N'as tu pas une maison, Malfoy ?" demanda Ron, et, comme d'habitude ces derniers temps, son ton laissait difficilement deviner si c'était une taquinerie ou une insulte. "Ne devrais-tu pas être en train de conspirer avec tes camarades serpents pour trouver une façon de tricher pendant les examens ?"
C'est donc des insultes aujourd'hui, pensa Harry, le coeur gros. C'était une des choses qui réussissait à gâcher l'atmosphère de travail amicale de la pièce - la perpétuelle inimitié entre Draco et Ron.
"Oh, c'est déjà au point depuis des mois," répondit Draco, son sourire ne prenant pas la peine d'atteindre ses yeux. "Et comme de toute façon nous possédons l'intelligence, l'influence et la richesse," Il s'arrêta un petit moment, le laissant s'imprégner de l'insulte. "Nous n'aurons pas besoin de tricher du tout. Personnellement, je suis convaincu que les examinateurs seront trop éblouis par ma personnalité pour ne pas me donner d''Optimal' par douzaines."
À la surprise de Harry et à la consternation de Ron, ce fut Ginny qui pouffa avec appréciation et qui fit signe à Draco de les rejoindre.
"Je pense qu'ils seraient plutôt aveuglés par ton égo," désapprouva-elle sur le ton de la plaisanterie."Bien que je doive admettre que ta coiffure puisse être irrésistible."
Draco renifla comme s'il ne considérait pas une telle impertinence digne de commentaire, puis il accueillit Hermione avec son habituel baiser sur le front, un geste qui tira un son gargouillant à Ron, comme c'était toujours le cas.
"Andouille," le salua-elle aimablement, et Draco renifla une nouvelle fois, se dirigeant vers la plateforme de duel comme si la pièce entière lui appartenait, les regardant transformer leurs robes d'école en quelque chose de plus approprié pour un duel.
Harry commença ses exercices d'étirement sans enthousiasme, sachant qu'il le regretterait s'il les négligeait quand Maugrey l'obligerait à réaliser tout un tas d'exercices qui le feraient saigner et transpirer.
Se tenant sur un pied, son genou remonté vers son torse, il murmura d'une voix absente les ingrédients de la potion de sommeil qu'ils avaient révisé pendant leur dernière session, ce qui causa une remarque critique d'Hermione, qui était assise les jambes croisées sur la plateforme de duel, sur les gens qui ne pensaient qu'à leurs examens du matin au soir.
Il fit un rictus, attendit l'inévitable commentaire de Draco, puis commença à étirer ses jambes en essayant de se souvenir des propriétés curatives des pierres semi-précieuses.
"Vous êtes vraiment bizarres tous les trois aujourd'hui," commenta soudain Ginny, et Harry, toujours debout sur une jambe, en perdit presque l'équilibre.
Habitué comme il l'était au puit sans fond d'indélicatesse des commentaires des Weasley, ils arrivaient quand même à le surprendre parfois.
"Positivement bizarres ou négativement bizarres ?" demanda-il prudemment, et il sentit le silence se faire dans la pièce. Il pouvait sans peine imaginer l'expression jalouse de Ron et il vit le regard inquiet de Neville sur sa gauche.
Il était soudain douloureusement conscient qu'il n'avait jamais expliqué l'étrange relation entre lui, Hermione et les Serpentard à ses amis Gryffondor.
"Définitivement positivement bizarres," répondit immédiatement Ginny et il vit Draco se détendre sur sa droite. "Je veux dire, je ne veux pas te critiquer Harry, mais tu es d'une humeur massacrante la plupart du temps, du moins en public, et l'arrogance de Draco ne fait qu'empirer. C'est bien de voir que vous êtes toujours des gens normaux, même si ça n'est que dans cet endroit. Et je suis contente qu'Hermione ne soit pas aussi obsédée par ses études que ce qu'elle prétend être. Elle rend la moitié des gens fous dans la tour Gryffondor avec son comportement."
"Ça doit être mon but dans la vie," remarqua Hermione avec bonne humeur depuis l'endroit où elle était assise. "Et je vous jure que je suis responsable de quasiment toute la meilleur organisation du travail dans notre maison."
"Oui, mais ça n'est pas vraiment toi, n'est-ce pas?" dit Ginny. "Ton coeur n'y est pas, tout comme Draco ne torture plus vraiment les Gryffondor." Ses yeux filèrent vers Ron, indiquant haut et fort à Harry qu'elle excluait Ron de tout ça. "Sauf qu'on ne le remarque jamais, sauf ici. C'est flippant à quel point vous jouez bien la comédie."
"Tu devrais voir Hermione quand elle joue l'idiote américaine," jeta Draco, rendant confus tous ceux de la pièce qui n'avaient pas été présents au bal d'Aberforth Dumbledore. "Ça c'est jouer la comédie."
"Oh tu me flattes, mon cher," roucoula Hermione avec un parfait accent du Midwest, la voix soudain plus aigüe et fortement teintée de naïveté, et Ginny goussa délicieusement.
Harry se demanda si elle réalisait que tout ça n'était pas qu'un amusement, comme la capacité de Tonks à imiter des nez sur demande, mais ensuite il se souvint que c'était Ginny, qui était généralement considérée comme la plus intelligente des Weasley pour une bonne raison.
"Je me demande comment les gens vont réagir quand tu changeras subitement, après Halloween," dit-elle ensuite, lui prouvant qu'il avait eu raison. "Je veux dire, Draco n'aura heureusement plus de raison de se cacher, et toi tu pourras finalement agit comme un adulte responsable, Harry, et plus comme un adolescent écervelé.
"Oh, mes crises de colère vont tellement me manquer," dit Harry d'une voix désolée, mais intérieurement, il devait l'admettre. Il serait étrange d'arrêter de jouer un rôle, du moins ce rôle actuel. Il serait encore plus étrange de croiser des personnes comme Severus ou Maurey en public et de se comporter avec eux comme avec des collègues.
"Tout sera tellement différent si nous remportons ce combat," dit-il ensuite. "Et je n'arrive pas à imaginer tous les changements qui affecteront notre monde. Essayez d'y réfléchir," sourit-il soudain. "Plus de surveillance accrue sur le Chemin de Traverse, plus de vérification des bras gauches au ministère. Plus de Mangemorts."
"Ça serait le paradis," dit doucement Neville, et Harry se souvint d'à quel point sa vie à lui aussi avait été façonnée par le règne de Voldemort.
"Oh, mais je suis certain que le monde magique inventera une nouvelle terreur avant même qu'on soit habitués à prononcer le nom de Vous-Savez-Qui sans crainte," jeta Draco, mais même sur son visage l'idée d'un monde futur sans Seigneur des Ténèbres laissait voir un soupçon d'espoir.
Harry entendit Ron marmonner quelque chose pour lui même, sans doute à propos de la probabilité que Malfoy devienne le prochain Seigneur des Ténèbres, mais Ginny l'ignora simplement, son regard pensif vagabondant vers Draco, Harry et Hermione.
"Qu'est ce que vous allez faire ?" demanda-elle. "Vous serez diplômés dans moins d'un mois, et je parie que personne ne vous a posé la question. Mais vous allez devoir choisir une carrière une fois que Halloween sera passé et que tout ça sera terminé."
"Tu n'a peut-être pas entendu," dit Draco d'une voix traînante. "Mais on m'a proposé un apprentissage avec notre Maîtresse des Potions… ais-je mentionné qu'elle m'avait demandé de l'appeler Kathryn ?"
Étant donné que Draco avait consacré une part non négligeable de son temps à se vanter de son nouveau poste ces dernières semaines, aussi fort et de la manière la plus arrogante possible, Ginny ne fit que renifler.
"Alors ça n'est pas qu'une couverture ?" demanda-elle, l'air d'être réellement intéressé.
Draco haussa les épaules. "Je ne suis pas sûr," admit-il, étonnamment sérieux en considération du fait qu'il était au milieu de Gryffondor. "Mais je ne pense pas que j'ai envie de perpétuer la tradition familiale des Malfoy de faire carrière dans la politique. De vraies études, des compétences seraient un bon commencement."
"Je suis toujours intéressé par le programme d'entraînement des Aurors," admit Harry après une minute de silence pensif. "Je veux dire, une fois que Voldemort sera vaincu, une bonne part des influences sang-pur du Ministère disparaîtra, et j'espère qu'il vont enfin virer Fudge aux prochaines élections. Et toi, Ron ?" demanda-il, espérant inclure son ancien meilleur ami dans leur bulle d'intimité à l'atmosphère détendue.
Ron haussa juste les épaules. "Sais pas," répondit-il. "Fred et Georges m'ont offert un poste aux Sorciers Facérieux, et je vais accepter en attendant de décider ce que je veux faire…"
"Et toi Ginny," demanda ensuite Hermione. "Une année ça n'est pas si long, et ensuite tu devrais décider aussi."
Imitant le haussement d'épaule de Ron, elle y ajouta néanmoins un sourire pour rendre le geste plus amical. "Aucune idée," dit-elle doucement. "Je n'arrive déjà pas à imaginer revenir à Poudlard sans vous. Et toi Hermione ?"
"Beaucoup de choses vont changer," dit Hermione, et pendant un moment Harry vit une ombre passer sur son visage, un expression sur laquelle il ne sut mettre un nom. "Qui sait où nous serons, et ce qu'il va se passer pendant ces six mois. De ce que j'en sais, rien ne sert de planifier le futur pour le moment."
Elle se tut, rassembla ses cheveux en arrière, et soudain elle était de nouveau la Hermione détendue et joyeuse de ces dernières semaines. "Mais le charme du bouclier dont tu parlais Harry," continua-elle, taquine. "Pourrait nous être utile dans un futur immédiat. Ça t'embête si on utilise le temps qui nous reste avant que les autres arrivent ?
C'est seulement plus tard, alors que l'entrainement avait commencé et que Harry haletait en traversant la pièce pour la vingtième fois qu'il réalisa qu'Hermione n'avait pas répondu à la question de Ginny, comme si son futur était quelque chose de secret, quelque chose qu'elle ne voulait pas partager.
Ou comme si elle refusait carrément de penser au futur.
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Quand Hermione revint de son examen écrit d'Arithmancie, Severus l'attendait avec un lys blanc dans la main gauche et une tasse de jus de pomme chaud dans l'autre.
Il eut un rictus en voyant son expression de totale surprise, bien qu'il s'y soit attendu - il ne lui avait après tout jamais offert de fleurs auparavant. Mais les examens étaient ce qu'ils étaient, peu importe quelle guerre ils étaient en train de planifier, et les examens amenaient à de petits cadeaux.
"Ta première épreuve," lui dit-il en réponse à la façon dont elle regardait la fleur. "Je ne pouvais pas simplement l'ignorer, n'est-ce pas ?"
"Ayant moi même presque ignoré les examens ces dernières semaines, je n'attendais pas à ce que tu n'en fasses pas de même," répondit-elle sèchement, mais il pouvait voir que son attention lui plaisait.
Elle pris ensuite la fleur avec une fausse expression de souffrance et l'embrassa sur la joue. "Au moins, ce n'est pas une rose rouge," dit-elle, et il leva sa main maintenant vide en signe de protestation.
"Je ne m'abaisserais jamais à ce niveau, déclara-il, ne sachant que trop bien à quel point elle était mal à l'aise dans des situations qu'on pourrait traditionnellement qualifier de "romantique".
Il en était heureux, puisqu'il n'avait jamais partagé l'intérêt général pour ces foutaises sentimentales lui non plus, malgré ce que pouvait penser Minerva.
"Du jus de pomme chaud," apprécia ensuite Hermione en examinant la tasse dans la seconde main de Severus, et son expression se radoucit, lui indiquant qu'elle se souvenait de la première fois qu'il lui avait fait goûter ce breuvage. "Ça change tout ! Je pourrais même commencer à penser que les examens sont utiles après tout."
Severus ne put que désapprouver. "C'est une nuisance," dit-il. "Voir une horde d'adolescents transpirants se ridiculiser devant des examinateurs. La seule chose positive à propos de ces examens est le fait que je n'aurais plus à revoir ces mômes de ma vie."
Hermione rit. "Pitié," commenta-elle, prenant la tasse chaude de ses mains et appuyant sa joue contre son torse. "Bien que ça n'arrivera pas avec le groupe d'idiots de cette année, ou du moins pas pour une certaine partie d'entre eux."
Il gloussa. "Ça ne me pose pas de problème qu'une certaine partie reste près de moi," lui dit-il, puis il baissa la tête pour l'embrasser doucement.
"J'imagine que ton examen s'est déroulé sans incident, alors ?"
Elle haussa les épaules. "Plutôt calme," répondit-elle. "C'est incroyable à quel point c'est difficile d'être stressé par les examens quand on se traine régulièrement aux pieds de Voldemort. Les examinateurs ne sont tout simplement pas assez terrifiants, et les conséquences en cas d'erreur non plus."
"Tu devrais lui dire," répondit Severus. "Peut-être qu'il accepterait de diriger l'examen pratique de DCFM."
Une ombre passa sur le visage d'Hermione, si rapidement qu'il n'était pas certain de l'avoir vue, et elle sembla se recroqueviller sur elle même pendant un court instant, perdant sa bonne mine, sa chaleur et son plaisir, seulement pour les retrouver en un éclair.
Il fronça les sourcils. Il avait souvent vu ce comportement au cours des dernières semaines, des soudaines ténèbres qui emplissaient tout son être et l'étouffaient, une ombre qui s'évanouissait plus vite qu'un nuage passant devant le soleil. Quand on l'interrogait à ce propos, elle niait fermement, et Severus ne pouvait dire si c'était son assurance ou ses capacités d'actrice qui la rendaient aussi crédible.
"Voldemort fait certainement partie de ces connaissances du travail avec qui je ne veux pas partager mon temps libre," dit-elle, toute trace de cette étrange ombre ayant disparu, et il gloussa encore, décidant qu'elle avait besoin de se détendre plus que d'une autre conversation stérile sur le futur.
"Il n'y a que toi pour considérer les examens comme du temps libre, Hermione," dit-il, prenant sa main pour l'amener vers son fauteuil préféré.
Soudain, elle l'enlaça, le serrant contre elle de toutes ses forces, sa tête reposant sur son épaule, les bras enroulés autour de lui.
"Je t'aime, Severus," murmura-elle. "Tu le sais, n'est-ce pas ?"
"Je t'aime aussi," répondit-il, son froncement de sourcil s'accentuant alors qu'elle ne pouvait pas le voir. "Hermione, qu'est-ce que…"
Aussi rapidement qu'elle l'avait enlacé, elle s'était dégagée, marchant vers son bureau d'un pas rapide et assuré qui ne laissait rien voir de la tempête émotionnelle qu'elle semblait traverser.
"Rien," dit-elle, et quelque chose sans sa voix lui indiqua que la moindre question supplémentaire mènerait à une dispute majeure.
Il devrait parler avec elle de ce comportement étrange, il le savait, mais là elle était en période d'examens, bien qu'elle les aborde avec une nonchalance inédite, peut-être qu'il restait encore en elle assez de l'ancienne Hermione pour causer ces soudaines sautes d'humeur.
C'était probablement mal de la la confronter maintenant, pensa-il, avec deux examens écrits et un oral qui l'attendaient le lendemain. Peut-être que tout reviendrait à la normale une fois que ça serait terminé.
Malgré tout, une petite voix dans sa tête lui dit que ce genre de chose ne se réglait pas aussi facilement.
"Sur quoi travailles-tu ?" demanda-elle, ses yeux examinant le micmac de livres et de parchemins qui recouvraient son bureau et le sol environnant. Méticuleux comme ils l'étaient tous les deux, ils avaient pourtant tendance à s'étaler sur toutes les surfaces disponibles quand ils travaillaient, si bien que la bibliothèque ressemblait souvent à un bazar mal rangé.
Habituellement, ces périodes d'étalage créatif duraient jusqu'à ce que Jane les menace avec des énormes sacs poubelle ou même avec la cheminée.
"Minerva m'a donné des idées sur la métamorphose des paysages nécessaire à dissimuler les membres de l'Ordre à Tintagel. Nous essayons maintenant de travailler sur comment affaiblir la signature magique de ces transformations pour éviter d'attirer l'attention dessus. Jusque là, c'est un échec."
Hermione fit un 'hum hum' compréhensif. "Tous ces détails," dit elle à voix basse. "Et une seule chose qui va de travers signifierait la fin de tous nos plans. Ça ne t'inquiète pas, parfois ? Ne te demandes-tu pas où peut se trouver le point faible ?"
Levant un regard acéré vers elle, Severus ne vit rien qu'un visage calme et intéressé et des mains fortes tenant fermement le parchemin sur lequel s'étalait les recherches de Minerva. Mais jouer un rôle faisait trop partie d'elle maintenant, la projection du calme et du contrôle de soi était pour elle comme les charmes de dissimulation qu'elle utilisait si souvent qu'elle oubliait qu'elle les portait.
Il toucha son esprit tendrement, ses pensées portant une légère interrogation, et il sentit ses barrières se baisser avec hésitation. Le ciel au dessus de son palais des souvenirs était noir d'inquiétude, et l'herbe sous ses pieds émettait des sons cassants, comme si elle avait gelé et se brisait à son toucher.
Il sentit son souffle se couper. Si ses pensées ressemblaient à cela, le problème était pire que ce qu'il avait présumé. Il pouvait voir des éclairs traverser les nuages noirs au dessus d'eux, des éclairs assez puissants pour menacer les fragiles constructions de ses pensées.
"Tu devais les entendre parler, Severus," murmura-elle à sa droite, et quand il se tourna vers elle, il vit une Hermione bien plus jeune que celle à laquelle il était habitué, une première ou deuxième année avec de grand yeux et un uniforme d'école mal ajusté, parlant avec une voix bien trop âgée et fatiguée.
Ce dont elle avait l'air à l'intérieur de son esprit lui indiqua ce qu'elle ressentait plus clairement que mille mots, et il se sentit fier pendant une minute, fier qu'elle lui fasse assez confiance pour lui révéler ses sentiments de faiblesse et d'insécurité.
"Entendre qui parler ?" demanda-il doucement.
Elle frissonna, un geste qui n'allait pas avec la petite fille dans le corps duquel son esprit s'était projeté comme hôte de ses émotions. "Harry, Draco, tous les autres," répondit-elle. "Ils sont tellement certains que tout va bien se passer. Ils se projettent dans un futur dans lequel Voldemort est un 'problème réglé' et où le monde sorcier est libre. Comme s'ils ne réalisaient pas qu'un simple geste de la main, un seule marche ratée peut tout ruiner."
Du coin de l'oeil, Severus pouvait voir le ciel au dessus d'eux devenir plus sombre, et il hocha la tête en signe de compréhension, mais il garda son regard fixé sur Hermione.
"Ils sont jeunes," dit-il doucement, son ton rendant très clair le fait qu'il excluait Hermione de cette catégorie, malgré son apparence actuelle. Hermione n'était pas jeune. Pas de la façon qui comptait ici. Peut-être que Harry aurait pu atteindre cet même état d'esprit de compréhensive résignation, de mature fermeté, s'il n'avait pas été réparti chez les insouciants Gryffondor et entouré d'amis ô combien banals. Pour Hermione, cet environnement n'avait fait que hâter ce processus de croissance.
Maintenant elle était au delà de ce monde de sécurité et de confiance aveugle dans le futur qui gardait les gens comme Harry Potter, Ron Weasley, et par certains aspects, même Draco, debouts et plein d'espoir.
Elle savait que les choses pouvaient terriblement mal tourner, peu importe à quel point vous espériez une issue favorable. Elle savait qu'il n'y avait aucune garantie que la lumière se trouve au bout du tunnel. Et sa seule part de jeunesse était cette peur qu'elle ressentait maintenant, ce désespoir.
Elle comprenait ce qu'il voulait dire, il le vit dans la façon dont elle hocha la tête au lieu de le contredire.
"Leurs vies sont si fragiles," murmura-elle. "Harry a survécu à tellement de choses, mais il n'a jamais vu l'alternative. Il n'a jamais complètement réalisé ce qu'ils auraient pu lui faire. Il y a tellement de choses qui pourraient mal tourner dans ce qu'on a prévu de faire. Et ils continuent de me faire aveuglément confiance."
Elle se tut, se détournant à moitié de lui pour regarder le paysage de son esprit, et comme en réponse à son regard, le ciel au dessus d'eux s'éclaircit vers un bleu foncé et l'herbe sous ses pieds retrouva un peu de sa souplesse.
"C'est une grande responsabilité. C'est moi qui ait présenté ce plan, et s'il échoue, si moi j'échoue, j'aurais leurs morts sur ma conscience. Je ne sais pas si je…"
Il hocha la tête en signe de compréhension, ne lui disant pas que ses sentiments étaient normaux, n'essayant pas de les minimiser se souvenant de combien de fois il avait ressenti la même chose.
D'un côté, il était soulagé. Si c'était ce qui l'avait inquiétée ces dernières semaines, si son comportement étrange résultait de cette peur, alors il pouvait comprendre.
"Tu n'échoueras jamais, Hermione," lui dit-il, la voix affirmée et remplie de toute la confiance qu'il pouvait lui offrir. "Si j'ai appris quelque chose sur toi ces derniers mois, c'est que tu t'en sors toujours, que tu réussis tout ce que tu entreprends."
Elle leva les yeux vers lui soudainement, ses yeux trop vieux pour le visage d'une fille de onze ans aux cheveux ébouriffés. Il y avait quelque chose en eux qu'il ne pouvait pas nommer, une espoir ou une peur qui assombrissait le brun chocolat de ses iris en un noir orageux, mais elle écoutait clairement chaque mot qu'il prononçait, ils semblaient être ce dont elle avait besoin.
"Tu te tiendras forte, et fière, avec ceux que tu aimes à tes côtés, et il n'y aura rien qui pourra t'arrêter tant que ta tâche ne sera pas achevée."
"Tu crois ?" murmura-elle, mi effrayée, mi rassurée.
"Je le sais," répondit-il. "Parce que je te connais."
Et devant ses yeux, elle grandit pour redevenir la femme qu'il en était venu à aimer, redevenir la femme confiante qu'elle était devenue, et fit un pas vers lui pour l'enlacer, son corps se fondant de nouveau dans le sien. Il ferma les yeux et se retira doucement de son esprit pour retrouver leurs corps emmêlés dans la même étreinte dans la bibliothèque, où il pouvait sentir l'air chaud de sa respiration caresser sa peau et sentir son parfum unique.
"Nous gagnerons," lui dit-il, sentant son soupir d'acquiescement contre son torse. "Et il y aura la paix, et du temps pour nous, et plus aucune raison de se cacher plus longtemps."
"Je t'aime, Severus," murmura-elle. "Je ne sais pas ce que je ferais sans toi."
Tendrement, il embrassa le dessus de sa tête, appréciant le doux contact de ses cheveux contre sa peau. Ensuite, il la relacha, tenant son visage entre ses mains pendant un moment avant de la lâcher complètement.
"Je t'aime aussi, Hermione," répondit-il. "Et maintenant, bois ton jus avant qu'il ne devienne froid !"
Note de l'auteur : "Cueillez dès à présent les roses de la vie" est de début du poème de robert Herrick "Aux Vierges, de profiter du Temps"
