Bonjour !

Merci pour vos reviews et vos abonnements, ça me motive à traduire plus vite ! Voilà donc un peu en avance le chapitre suivant. Il s'agit du dernier chapitre de transition avant que l'histoire ne prenne un chemin plus sombre.

Bonne lecture, et à mercredi pour la suite...


61. Réussites

"Optimal dans toutes les matières," commenta Draco, à la fois envieux et fier. "Et tu n'as même pas révisé !"

Hermione haussa les épaules. "Je t'avais dit que je réussirais," répondit-elle d'un ton léger, apparemment pas plus satisfaite que ça de ses résultats. Encore une autre différence avec l'ancienne Hermione.

Ensuite, elle leva son verre (jus d'orange pour elle, vin pour les autres). "Félicitations à tous les deux," dit-elle. "À notre entrée dans le monde des adultes !"

Draco rit. "L'entrée dans le monde des adultes ça craint," répondit-il. "À mes deux honorables Serpentard qui ont réussi à survivre dans l'antre du lion."

Harry leva son verre aussi, mais l'expression de son visage était plus grave que celle de Draco. "À notre survie face à Voldemort ces sept dernières années," dit-il doucement. "Et à sa fin avant que s'en achève une autre."

"Oh oui," acquiesça Draco, et ils burent.

Bien que les examens se soient terminés une semaine auparavant et qu'il ait reçu ses notes ce matin là, Draco trouvait toujours difficile de croire que l'école était définitivement terminée. Plus de cours, plus de dissertations gribouillées à la hâte ou de lectures rasantes sur les runes, la défense ou les mouvements de baguette.

L'apprentissage ne s'arrêterait pas pour lui bien sûr, mais il se ferait à un tout autre niveau. Il n'était plus un élève. Il était un apprenti.

Ou du moins il le serait, une fois que les festivités officielles et le banquet de fin d'année seraient terminés. Trois jours de plus, et il quitterait le dortoir des Serpentard pour ses confortables appartements pas très loin du laboratoire de potions de Maître Rosen.

Trois jours de plus, et il échapperait à la continuelle surveillance de sa Maison, qui le scrutait pour vérifier qu'il avait l'attitude correcte d'un sang pur, se tournait vers lui pour avoir des conseils, cherchant l'ultime loyauté envers leur Maître.

À la place, il serait l'hôte d'un château vide de tous ses habitants, excepté les membres de l'Ordre et les alliés convaincus de Dumbledore, vide de tous ceux qui n'étaient pas sous Oubliettes programmé pour protéger leurs pensées, ou quiconque d'autre pouvant le trahir.

Draco ne put s'en empêcher. Il soupira joyeusement.

"La vie va devenir tellement plus facile," annonça-il sans parler à personne en particulier, et il entendit Harry renifler de manière amusée en signe d'approbation.

"Imagine combien de temps libre je vais savoir quand je pourrais arrêter de me plaindre à propos de l'injustice de tout ça," répondit-il. "Et j'aurais enfin une chambre à moi - j'aime bien les garçons, mais devoir jouer mon rôle en continu pour Seamus et Dean me tape vraiment sur le système."

Hermione leur sourit, ses yeux noirs indéchiffrables, et ne dit rien.

"Je suppose que tu vas emménager avec Severus à plein temps ?" demanda Draco. "Non pas que vous ne viviez pas ensemble depuis déjà des mois, mais vous allez rendre ça officiel maintenant ?"

Hermione hocha la tête. "Je garderais une chambre au quartier général, bien sûr," dit-elle. "Juste au cas où les gens du Deuxième Cercle se poseraient des questions."

"Tu te rends compte ?" dit Harry. "Maintenant on va pouvoir ramper jusqu'à notre propre salle de bain après l'entraînement sans devoir prétendre qu'on revient d'une ennuyante séance de révision. C'était le pire, vraiment, agir comme si mes genoux n'étaient pas tous gonflés et douloureux."

"Oui, c'est définitivement un soulagement." acquiesça Hermione pensivement, et Harry rougit quand il se souvint qu'elle avait dû cacher des blessures bien plus sérieuses avant qu'il ne découvre son statut d'espionne.

Pendant un moment, Draco se demanda quelles informations elle apporterait à Voldemort ces prochains mois. Maintenant que l'excuse de devoir rester à l'école n'existait plus, elle ne pourrait plus justifier ses absences des réunions de l'Ordre, et les Mangemorts attendraient d'elle qu'elle leur en apprenne plus sur leurs activités.

Mais il ne lui poserait pas la question ce soir. Ce soir là était consacré à la célébration, la nostalgie et l'ivresse.

Il n'avait pas été ivre depuis qu'il avait changé d'allégeance, pour la même raison qu'Hermione - il ne pouvait pas risquer de laisser s'échapper une information. Il soupira encore et but une gorgée de vin. Tant de choses avaient changé…

Comme si Harry avait lu dans ses pensées, il leva les yeux vers lui, un sourire éclairant soudainement son visage. "Qui aurait pensé il y a un an qu'on serait assis ensemble, célébrant notre diplôme dans la salle d'entraînement de Severus…"

"Pas moi," déclara catégoriquement Draco. "Jamais de la vie."

Bien qu'il devait admettre qu'il avait commencé à se poser des questions sur Potter à ce moment là. Il était alors ami avec Hermione depuis presque un an, après tout, et sa loyauté envers le Survivant avait été une constante irritation pour lui.

"Je n'aurais jamais espéré que ça arrive," dit calmement Hermione, ses yeux allant de l'un à l'autre. Son visage aurait été inexpressif pour d'autres, mais Draco pouvait voir à quel point c'était important pour elle, ce nouveau trio ayant remplacé celui qui s'était si douloureusement déchiré. "Et je ne me serais jamais attendue à ce que vous vous entendiez aussi bien tous les deux. C'est effrayant, vraiment."

"Oui, en fait, on va devenir la nouvelle terreur du monde civilisé une fois que Voldemort sera mort", annonça Harry, souriant à Draco. "Et on s'assurera de laisser dans notre sillage autant de crises cardiaques et de personnes estomaquées que possible. Je suis à moitié tenté de révéler notre amitié à la cérémonie de remise de diplômes et de regarder le chaos qui s'en suivra."

Hermione fit une moue faussement ennuyée, mais Draco pouvait voir l'hilarité dans ses yeux.

"Je crois que l'alliance inattendue des sympathisants de Voldemort et de Dumbledore devrait créer suffisamment de désordre parmi les parents des élèves en effet," répondit-elle sèchement. "Sans compter chaque Weasley sur cette planète."

Draco frissonna. "Je suis tellement content qu'ils ne puissent pas encore m'embarrasser en public."

"Oh, ils le feront bien assez tôt," répondit Harry, clairement amusé.

"Ta mère sera-t-elle là aussi, Draco ?" demanda Hermione, le ton parfaitement neutre. Tout comme son visage, remarqua Draco quand il lui jeta un regard.

"Bien sûr," répondit-il. "Elle ne ratera pas une opportunité de se vanter de son fils et héritier, n'est-ce pas ?" répondit-il, arrivant presque à masquer l'amertume dans sa voix. "Elle s'assiéra avec le groupe de sang-pur habituel d'anciens Serpentard , je suppose."

Finalement, - Draco ne savait pas trop comment, mais les hommes Serpentard ne pouvaient pas être les seuls à avoir un don pour développer un bon réseau d'informations - la mère de Draco avait découvert l'histoire de son père avec Hermione. Apparemment, elle avait été furieuse pendant trois jours et s'était même oubliée suffisamment pour envoyer une lettre plutôt imprudente à Draco sur cette traînée de sang-de-bourbe qu'il fréquentait.

Draco était presque sûr que seuls le scandale et la disgrâce qui s'en serait suivi l'avait empêchée de divulguer l'affaire.

"Je m'assurerais de ne pas la croiser, dans ce cas," dit Hermione d'un ton léger. "Est-ce que Mrs. Parkinson et Mrs Zabini seront là également ?"

"De ce que j'en sais, toutes les mères seront présentes," dit-il. "Mais n'essaie même pas de t'approcher d'elles, Hermione, elles forment un cercle très fermé, et elles ne savent rien d'important de toute façon, si j'en juge par ma mère."

"Tu n'escomptais pas sérieusement espionner à la cérémonie de remise des diplômes !" protesta Harry, apparemment choqué, et Draco sourit.

Bien qu'il se soit considérablement amélioré, Harry conservait les instinct des Gryffondor.

"Et s'il y avait quelque chose d'important à découvrir ? Bien sûr que si," dit Hermione en haussant les épaules. "De toute façon, je n'ai pas besoin de toute mon attention pour faire le discours, et j'aurais le contact visuel avec presque l'ensemble de la salle."

"Certaines d'entre elles pourraient être entraînées à l'Occlumencie, du moins suffisamment pour te repérer," l'avertit Draco. "Ce sont des sang-pur après tout."

Hermione hocha la tête, lui concédant ce point.

"Dans ce cas, pourquoi pas collecter leurs signatures magiques - la plupart d'entre elles visitent rarement un endroit où on a la possibilité d'ébrécher les verres," dit Hermione, mais Harry grogna bruyamment, l'interrompant.

"Oh enfin, Hermione," dit-il, chouinant délibérément comme un enfant de dix ans auquel on a refusé un jouet. "C'est le weekend de notre remise de diplômes ! On a eu nos résultats aujourd'hui, on est libérés de l'école, et pourtant Maugrey nous a quand même fait travailler comme des esclaves tout l'après midi ! C'est un miracle qu'on ait réussi à s'enfuir de la salle commune, et demain on sera bloqués avec nos Maisons respectives. On a mérité de s'amuser un peu ! Pourquoi es-tu si tendue ce soir ?"

"Et pourquoi es-tu aussi détendu ?" demanda-elle en retour. "Tu savais depuis des semaines qu'on aurait nos résultats aujourd'hui, et les cours se sont arrêtés depuis quinze jours !"

"C'est le weekend de la remise des diplômes," dit Harry comme si ça expliquait tout, et Draco soupira d'une irritation feinte. "On a fini l'école et j'ai assez d'ASPIC pour faire ce j'ai envie de faire, et pour la première fois de ma vie je sais que je vais vivre assez longtemps pour pouvoir vraiment choisir quelque chose. Pourquoi ne serais-je pas détendu ?"

Draco vit le visage d'Hermione s'assombrir pendant un moment, devenant vieille et fatiguée et indescriptiblement triste avant qu'il se radoucisse. Il était d'accord avec lui. Le fait que Harry prenne tout ça à la légère ne signifiait pas que ça n'était pas honteux.

Une nouvelle fois, il se demanda comme il avait pu croire un jour que le Survivant n'était qu'un fanfaron arrogant et superficiel.

"Il y a toujours la bataille," pointa Hermione, bien que ça soit à contrecœur. Elle ne voulait probablement pas ruiner la trop bonne humeur de Harry. "C'est peut-être dans des mois, mais on devrait quand même la garder à l'esprit."

"Je sais que vous n'allez pas aimer ce que je vais dire," dit Harry. "Considérant que l'un d'entre vous est un Serpentard au cœur de pierre et l'autre un génie au sang froid," leur sourit-il. "Mais tout ça n'est pas si terrifiant parce que je sais que vous deux êtes avec moi. Quand j'ai découvert que ma tâche serait de tuer Voldemort, en cinquième année, j'étais paralysé par la peur, et je pense que ça a continué pendant toute notre sixième année. J'ai toujours pensé que je devais me battre seul contre lui, et que c'était mon destin, lui ou moi. Et bien que Ron et toi étiez de bons amis," dit-il avec regard d'excuse vers Hermione. "Je n'ai jamais pensé que vous seriez là à la fin."

Il sourit de nouveau. "Maintenant je sais que je ne serais pas seul. Vous serez là tous les deux, et Severus, et Ron, et le reste de l'Ordre. Comparé à un combat à un contre un avec le plus dangereux Seigneur des Ténèbres de l'histoire, ça n'a pas l'air si compliqué."

Il sourit encore plus largement, ayant visiblement l'intention de terminer ce discours impromptu par le commentaire le plus niais qui soit.

"Tant qu'on est ensemble, rien de trop mauvais ne peut arriver," annonça-il comme si c'était un dicton.

Draco renifla avec désapprobation, ricana un peu, et fit toutes ces mimiques qui indiquaient clairement quelle absurdité sentimentale c'était tout en disant à Harry qu'il agissait comme un Serpentard décent devait agir, et Harry rit et remplit de nouveau leurs verres à vin, rit encore et se remit à parler du festin de la remise des diplômes.

Mais quelque chose n'allait pas, et Draco mit du temps à s'en rendre compte.

Habituellement, Hermione accueillait ces déclarations brouillonnes avec une embrassade, souriant avec délices tout en étant embarrassée.

Mais cette fois, le câlin n'arriva jamais. Alors que Harry et Draco parlaient, elle était assise silencieusement sur le sol, l'air soudain très petite, et la seule chose qu'elle serrait contre elle étaient ses genoux , qu'elle pressait contre sa poitrine comme si elle avait besoin de réconfort.

Quelle qu'en soit la raison, quelque chose dans le discours de Harry l'avait apparemment plongée dans une profonde détresse.

oooooooooooooooooooooooooo

Il était quatre heures moins le quart quand Harry et Ron frappèrent à la porte des appartements de la Préfète-en-chef

Cela parut étrange quand elle leur ouvrit, vêtue de l'habituel uniforme scolaire, les chaussures polies jusqu'à se voir dedans et souriant d'excitation. Il l'avait rarement vue dans cette pièces ces derniers temps, et son personnage d'écolière était fade en comparaison du Maître Espion avec qui il avait passé tant de temps ces derniers mois.

"Prêts ?" demanda-elle. "Oh ! Je suis si excitée ! J'ai répété mon discours toute la nuit, mais j'ai peur de ne pas avoir les bonnes intonations. Peut-être que je devrais le revoir une dernière fois ? J'ai lu une fois dans un livre qu'il y a…"

"Hermione," Harry interrompit son interminable bavardage avec un sourire tordu. "Nous somme seuls."

"Oh," répondit-elle, et son visage se détendit immédiatement. Observant la Salle Commune, elle salua d'un signe de tête Neville, Ron et Ginny, qui accompagnerait son frère en bas avant de s'asseoir avec le reste de la famille Weasley. "On y va alors ?"

Ils restèrent presque silencieux sur le chemin de la Grande Salle, Harry et Ron frottant discrètement les diverses parties courbaturées de leur corps. L'entraînement de l'Ordre s'était encore intensifié ces deux dernières semaines, et ces petites blessures n'étaient même plus mentionnées entre eux.

"J'ai tellement hâte que ça soit terminé," murmura Hermione alors qu'ils descendaient le grand escalier mouvant. "Ensuite il ne restera que deux jours et je pourrais dire adieu à Miss-je-sais-tout. Même moi elle m'irrite."

"N'insulte pas mes amis," plaisanta Harry, et elle gloussa, appréciant la blague.

"Que vas-tu dire dans ton discours, Hermione ?" demanda Neville.

Elle haussa les épaules. "Les trucs habituels, j'imagine. Nous sommes tous très contents et fiers, bla bla bla, ce sont des temps sombres, mais nous ferons tous notre devoir. Merci à tous nos professeurs, etc…"

"Oh," répondit Neville, ne sachant clairement pas quoi faire de ce résumé plutôt désintéressé. "Ça a l'air bien."

"Approprié," confirma-elle calmement. "Mais que puis-je dire d'autre ? Je ne suis là que pour obéir."

"Vraiment," dit Harry d'une voix traînante dans une parfaite imitation de Draco, et Hermione rit. "Si c'est vraiment le cas, je dois avoir une liste quelque part..."

"Je ne pense pas que…" commença Hermione, seulement pour continuer sans transition sur un ton complètement différent. "Finir l'école signifie que nous devons travailler moins dur. Au contraire ! Si vous voulez vraiment suivre le programme des Aurors, ça implique que vous travailliez dur tout l'été, tous les deux !"

À ce stade, même Ron était suffisamment habitué pour ne faire que rouler des yeux. "Fiche nous la paix, Hermione," gémit-il. "Aujourd'hui c'est la remise des diplômes - on ne pourrait pas parler d'autre chose pour une fois ?"

Hermione souffla, envoya un regard de souffrance vers les septième année de Poufsouffle qui étaient apparus dans un couloir sur leur gauche, comme pour leur dire Vous voyez ce que j'endure ? et les mena vers la Grande Salle.

Quand ils arrivèrent, le hall d'entrée grouillait de monde. Seuls les élèves diplômés, leurs familles et leurs amis les plus proches étaient autorisés à venir, mais en tenant compte du fait que les sang-pur avaient tendance à afficher leur arbre généalogique sur le mur de leur salon pour avoir la place d'y afficher tous leurs cousins les plus éloignés, ça ne voulait pas dire grand chose.

Ils restèrent sur le côté, parce qu'Hermione n'appréciait pas les foules et lui même s'était entraîné au point qu'il devenait nerveux également quand son dos n'était pas protégé au moins par un mur.

Alors qu'ils regardaient silencieusement le chaos qu'une personne optimiste aurait nommé une assemblée de sorciers, ils distinguèrent amis et connaissances, entourés de leurs familles, bavardant joyeusement et profitant des regards fiers de leurs pères et mères.

Neville les laissa pour rejoindre sa grand-mère et une foule de gens que Harry n'avait jamais vu, mais qui arboraient les mêmes cheveux bruns et le même visage rond dont Neville s'était souvent plaint.

Ginny et Ron s'en allèrent en quête de leur famille, qui arriverait probablement à la dernière minute comme d'habitude. À travers les années, le clan Weasley avait parfait l'art d'arriver presque trop tard au point que Harry trouvait ça toujours étonnant.

Bientôt, seuls Harry et Hermione restaient appuyés contre le mur, regardant la foule se former, se séparer et se réarranger silencieusement. Il semblait qu'ils étaient les seuls de tout Poudlard à ne pas avoir de famille ce soir là.

Comme si elle avait entendu ses pensées, Hermione se rapprocha de lui et leurs mains se trouvèrent, cachées dans les plis de leurs robes de cérémonie. Harry sourit. Il n'avait peut-être pas de famille de sang, mais une famille sur tous les autres aspects.

La prise de Harry se raffermit sur sa main quand ils virent Draco et sa mère passer, Draco leur souriant d'un air méprisant et sa mère ayant sur le visage son habituelle expression dégoûtée, comme si elle sentait une mauvaise odeur.

Ça faisait mal de devoir être si distants, même s'il savait que c'était nécessaire.

Alors que Narcissa Malfoy les avait à moitié dépassés, quelque chose changea. Contre sa volonté et contre toutes les traditions des sang-pur dont il avait entendu parler, ses yeux tombèrent sur le visage d'Hermione et son pas léger ralentit un peu.

Harry savait qu'il ne valait mieux pas regarder Hermione, mais il pouvait voir son visage du coin de l'œil, et son expression de froide arrogance, de défiance moqueuse le fit mordre ses lèvres pour cacher un sourire.

De l'autre côté du hall, Draco avait saisi le bras de sa mère, dont les manières étaient en train de s'effondrer sous cet assaut de jalousie furieuse, et l'emmenait plus loin, parlant à voix basse et à toute vitesse.

"Hé bien, c'était drôle," murmura Hermione une fois que les deux furent hors de vue.

Harry ouvrit la bouche pour lui dire à quel point sa conception de l'humour était tordue, mais avant qu'il puisse dire quoi que ce soit, le clan Weasley était sur eux et pendant un moment aucun d'entre eux ne put faire autre chose que embrasser et être embrassés et être bousculés par Molly et Arthur Weasley, recevoir des claques dans le dos des frères les plus âgés et une bise sur la joue de Ginny.

C'était plutôt envahissant.

Mais enfin, le temps prévu pour les retrouvailles s'écoula et ils furent finalement introduits dans la Grande Salle qui avait été splendidement décorée pour l'occasion. Les bannières des Maisons flottaient doucement sous un vent magique, et les tables des Maisons avaient été substituées par des rangées et des rangées de chaises.

Harry fit un signe de tête respectueux vers les Weasley et attendit patiemment que Ron reçoive un dernier lot d'embrassades, de louanges et de commentaires moqueurs (ces derniers venant des jumeaux, qui avaient profité du temps passé dans l'entrée pour distribuer des bons de réduction pour leur boutique à l'occasion de la remise des diplômes derrière le dos de leur mère). Ensuite, ils marchèrent tous les trois jusqu'aux premiers rangs où des sièges avaient été réservés pour les anciens élèves de septième année de Poudlard.

Le discours de Dumbledore fut long et plein de traits d'humour. Il semblait que même le chef de l'Ordre du Phoenix avait décidé d'oublier la politique pour la soirée. D'une certaine façon, cela toucha profondément Harry.

Sa volonté d'être normal avait presque été oubliée au cours de ces mois d'entraînement et d'organisation, mais ce soir il était aussi proche de ce Harry normal que possible. Juste un élève parmi d'autres célébrant leurs diplômes.

Ensuite, les différentes Maisons durent monter sur l'estrade habituellement occupée par la table des professeurs, et leur directeurs de Maison commencèrent à leur remettre leur diplômes.

En premier venait Serpentard, et il était étrange de voir l'habituel groupe d'élèves habillés en vert pâle sans leur professeur au cheveux sombres et au nez crochu. Severus faisait tellement partie de Poudlard dans l'esprit de Harry que son absence le surprit même maintenant, des mois après sa démission.

D'un côté, il était désolé qu'il ne soit pas là ce soir là, pour voir Hermione et Draco recevoir leurs diplômes, mais ils étaient tous d'accord sur le fait que le risque était trop grand avec le nombre de Mangemorts ou futur Mangemorts dans la pièce.

Alors qu'elle marchait vers l'estrade à ses côtés, Harry pouvait voir les yeux d'Hermione sonder la foule, comme ils l'avaient fait au moment où ils avaient pénétré dans le hall d'entrée. Elle faisait partie de l'équipe de l'Ordre en charge de la sécurité pour la soirée, et elle lui avait assuré qu'il n'y avait pas de danger.

Pourtant, elle semblait ne pas vouloir prendre le risque de baisser son attention même pour un instant. Il était impressionnant de voir comment ses yeux surveillaient chaque coin de la pièce sans en avoir l'air. Elle avait juste l'air d'une élève surexcitée sur le point de faire son discours.

Le Professeur McGonagall les attendaient sur l'estrade, une pile de parchemins scellés flottant à ses côtés.

Son expression était toujours sévère et ses lèvres pincées, mais il y avait définitivement quelque chose de plus que son sérieux habituel sur son visage quand elle leur tendit leurs diplômes.

"Je suis fière de vous," dit-elle finalement quand tout le monde eut son rouleau de parchemin serré dans ses bras. "Godric Gryffondor lui même serait fier de vous."

Harry rencontra son regard et sourit, et pendant un moment elle s'autorisa à lui rendre son sourire. Tous deux savaient qu'ils seraient de retour au quartier général le lendemain, organisant et complotant ensemble comme les collègues qu'ils avaient été ces derniers mois, mais ce soir elle était son professeur une dernière fois, et il était content qu'elle soit fière de lui.

Tous sauf Hermione quittèrent l'estrade pour rejoindre leurs sièges. Elle resta debout aux côtés de McGonagall, paraissant toute petite et visiblement très stressée.

Hermione fut présentée comme à la fois Préfète-en-chef et major de promotion, puis McGonagall lui tapota le dos d'une manière qui se voulait encourageante, lui jeta un sonorus et soudain elle se tenait là toute seule.

"Aujourd'hui," commença-elle après quelques instants, tous les yeux fixés sur elle. "Est un jour de changement. Nous qui serons diplômés ce soir avons atteint la fin d'une aventure. Et le début de la suivante, bien plus grande et plus difficile."

Elle se tût, et devant le silence de l'auditoire Harry comprit qu'elle avait décidé de faire plus que le joyeux discours qu'on aurait attendu d'une Préfète-en-chef. Elle avait décidé de leur dire la vérité, cachée derrière des tournures de phrases assez vagues pour être inoffensives.

Il put voir Neville et Ginny se redresser sur leur chaises, leurs visages devenant solennels et matures, et sut qu'eux aussi avaient compris ce qu'Hermione était en train de faire. Du coin de l'œil, il nota que le sourire condescendant de Draco vacilla un instant avant d'être remplacé par un ricanement.

Harry regarda de nouveau devant lui et croisa le regard d'Hermione. Il était content qu'elle fasse ça, qu'elle donne un sens à tout ça pour eux. Il ne voulait pas que ses souvenir de cette remise de diplômes soient comme l'une des nombreuses scènes qu'il avait dû jouer. Il voulait que ça soit mémorable.

"Au cours de sept dernières années, nous avons évolué d'enfants impressionnés par le monde autour d'eux à des adultes responsables et prêts à changer le monde en mieux. Nous avons surtout appris," Elle fit de nouveau une pause, ses yeux voyageant parmi ses camarades. " Que nous n'apprendrons jamais assez," ajouta-elle avec un trait d'humour, et un rire appréciatif courut dans les rangs des élèves.

"Sur notre chemin vers ce moment, nous avons découvert des amitiés que nous n'aurions jamais espérées et nous sommes trouvés dans ces conflits que nous n'avions pas anticipé."

Le souvenir d'une petite fille autoritaire s'imposa à la mémoire de Harry, le sermonnant sévèrement sur les infractions au règlement, se cachant dans des toilettes pour échapper à un troll des montagnes, et l'image d'un petit garçon au visage pointu et arrogant avec des cheveux blonds qui lui tendait la main.

"Nous ne sommes pas tous arrivés jusqu'ici," dit-elle, et pendant qu'autour de lui les autres se souvenaient probablement de ceux qui avaient abandonné leurs études après les BUSE, lui se souvint de Cedric Diggory, et Théodore Nott.

"Mais ceux y sont arrivés ont appris à devenir plus fort qu'ils ne l'étaient. Nous avons appris quand il était nécessaire d'écouter les autres, et quand les règles devaient être un peu malmenées."

Ceux qui avaient fait partie de l'AD gloussèrent à ce moment là, et Harry put voir le Professeur McGonagall détourner la tête pour cacher son amusement.

"Nous avons appris quand faire confiance. Et quand ne pas le faire."

Le visage de Severus s'imposa devant les yeux de Harry, suivi de près par celui de Ron.

"Et certains d'entre nous ont dû changer contre leur volonté. Certains d'entre nous ont dû se plier par nécessité. Certains ont souffert d'injustice. Certains n'ont jamais abandonné."

Elle se redressa, et soudain, pour la première fois depuis le début de son discours, elle sourit. Du coin de l'œil, Harry vit que ses camarades de classe étaient en transe, suspendus à ses lèvres.

Ces années n'avaient pas été faciles, même pour ceux qui n'avaient pas été impliqués dans la guerre, même pour ceux qui n'avaient pas conscience du monde sombre et secret dans lequel il avait plongé ses amis encore et encore. Mais même ceux qui ne savaient pas se souvenaient du Basilic, des Détraqueurs et d'Ombrage. Même eux avaient été misérables, et envieux de rentrer chez eux, et malmenés par les autres.

"Mais aujourd'hui," dit-elle, la voix chaleureuse et confiante. 'Nous sommes là. Peu importe ce que nous avons craint pendant nos heures les plus sombres, nous avons réussi. Et aujourd'hui tout ce qu'on a accompli sera honoré et reconnu.

"À partir d'aujourd'hui, nous serons des adultes. Nous aurons la liberté de choisir notre propre chemin maintenant. Et nous aurons le devoir de le faire."

Ses yeux arpentaient maintenant les rangs du fond, ceux des parents et de la famille, puis il revinrent vers la ligne des professeurs.

"Nous sommes reconnaissants envers ceux qui nous ont défendu et protégé jusqu'ici. Mais maintenant, nous allons devoir nous débrouiller par nous même. Bientôt, leurs tâches deviendront les nôtres. Et le fait que nous sommes là aujourd'hui, que les personnes qui nous ont formé soient avec nous aujourd'hui, montre que nous sommes prêts pour ça."

Elle se tut et sourit de nouveau.

"Je vous souhaite à tous ce qu'il y a de mieux. Puisse un chemin paisible s'ouvrir devant vous."