Bonjour !

Ce chapitre marque le début d'une partie de sombres plot twists de l'histoire.

L'auteur suggère d'écouter en le lisant "Goodbye my lover" de James Blunt, qui capture les émotions qu'elle a voulut transmettre (ça donne le ton).

Que pensez vous de l'histoire à ce stade ? Peut-être que si vous laissez des reviews je posterais le prochain chapitre samedi...

En attendant, je vous souhaite une bonne lecture.


Silence de midi

Tes mains restent entrouvertes dans les hautes herbes nouvelles

Le bout de tes doigts y apparaît comme de roses fleurettes:

Tes yeux sourient paisiblement, les prés brillent ou se violent d'ombre

Sous les nuées du ciel qui roulent comme des vagues.

Tout autour de notre nid, à perte de vue

S'étendent des champs aux fleurs d'or frangées d'argent.

Et le trèfle borde l'aubépine des haies.

Le silence s'affirme, muet comme le sablier indicateur du temps.

Dans les profondeurs ensoleillées du taillis la libellule

Se balance comme un fil d'azur descendu ;

Cette heure aussi est une faveur d'en haut.

Oh! Serrons-la sur notre cœur, comme un legs éternel,

Cette heure intime, amie et discrète

Où un double silence fut un chant d'amour

62. Quand on est décidés

Hermione s'éveilla à la délicieuse sensation de chaleur sur elle. Son esprit identifia le parfum et le rythme de la respiration de Severus avant que son instinct ne la fasse reculer, et elle se détendit contre l'étreinte de son amant endormi.

Le soleil d'été brillait à travers la fenêtre grande ouverte, qui était protégée de tout intrus pouvant essayer d'entrer dans leur chambre, et dessinait des rectangles dorés au plafond.

Doucement, elle se tourna, toujours dans l'étreinte détendue des bras de Severus, jusqu'à ce qu'elle puisse le voir clairement, leurs nez se touchant presque.

Après tous ces matins où ils s'étaient réveillés ensemble, la vue de son visage, si doux et détendu dans son sommeil, les lèvres légèrement entrouvertes qui montraient seulement ainsi leur entièreté, la ligne élégante de ses sourcils et de sa mâchoire faisait encore naître quelque chose au fond d'elle, un profond puits de sentiments qui tordait son cœur de désir brut.

Elle ne savait pas quelle émotion était la plus forte, la joie qu'elle ressentait quand elle le regardait ainsi, ou la peur que quelque chose puisse lui arriver, que cette chose fragile qu'elle tenait dans ses mains - son cœur - puisse être meurtri dans le futur.

Elle avait envie de pleurer et rire en même temps, poser sa tête contre son torse pour l'éternité et s'arracher de son étreinte.

Elle pouvait sentir son souffle chatouiller doucement son front, et elle soupira de contentement.

Quoi que Draco et Harry puissent souhaiter pour le futur, quoi qu'il puissent prévoir pour le temps où Voldemort sera parti, elle n'en avait cure.

Tout ce qu'elle voulait, c'était ça.

Il était sa paix, son espoir, la seule chose qu'elle n'avait jamais osé désirer, et le destin le lui avait volontiers accordé.

Que pouvait-elle vouloir de plus ? Quoi de plus que cette proximité de l'esprit, du corps et de l'âme ? Même mille ans de souffrances et de terreur étaient un prix qu'il valait la peine de payer pour ça.

Seulement, cela prendrait fin. Très prochainement. D'une manière ou d'une autre.

Hermione posa sa main sur son bras, si doucement qu'elle ne perturba pas son sommeil, et elle essaya de se concentrer sur ce moment, de chasser cette boule dans sa gorge.

Elle était inquiète.

Non, plus que que ça. Elle était terrifiée. Et il n'y avait pas de place pour l'inquiétude ou le doute, parce qu'elle savait exactement ce qui allait arriver. Ce qu'elle allait faire.

Elle avait porté le poids de ce savoir ces dernières semaines, la certitude toujours plus pesante de ce qui devait être fait. Il avait failli l'écraser plusieurs fois, ce poids.

Les autres avaient été aveugles à sa peur et son chagrin grandissants, même Severus, qui la connaissait mieux que quiconque, avait attribué ce comportement aux mauvaises raisons.

Mais à ce moment là il y avait beaucoup de choses en cours - la remise des diplômes, le départ de l'école, la préparation à la bataille -, et comment quelqu'un aurait-il pu savoir que ses adieux, sa nostalgie, ses soudaines sautes d'humeur étaient plus qu'une réaction à la fin de sa scolarité et au commencement d'une nouvelle vie ?

Elle était contente qu'ils n'aient rien remarqué, ou qu'ils soient arrivés aux mauvaises conclusions. Elle pouvait le faire, mais elle n'était pas sûre d'y arriver contre la volonté de ses amis et de sa famille.

Sa prise sur son bras se fit plus forte, et il bougea, son corps se tendant légèrement alors qu'il évaluait la situation avant d'ouvrir les yeux. Il se détendit, et Hermione sut qu'il avait vérifié les protections de la chambre et qu'il les avait trouvées intactes, qu'il avait sondé les environs et qu'ils étaient seuls.

C'était la même procédure qu'elle même suivait à chaque fois qu'elle se réveillait. Elle la connaissait par cœur.

"Bonjour, mon amour," murmura-elle et elle vit ses yeux s'ouvrir doucement, son visage éclairé par le sourire radieux qu'elle avait vu tous les matins depuis qu'ils avaient commencé à dormir ensemble.

Ça l'avait surprise à maintes reprises, de voir à quel point le simple fait de sa présence dans son lit pouvait le rendre heureux. Aujourd'hui, cela lui brisa le cœur.

"Bonjour," répondit-il, et elle put sentir la douce vibration de sa voix voyager de sa main jusqu'à son corps entier, l'emplissant d'une étrange et lancinante tension.

"J'ai rêvé de toi," dit-il et elle posa la tête contre son torse, son nez s'enfouissant dans la chaleur de sa peau, pour éviter son regard.

"J'espère que c'était agréable," commenta-elle d'un ton léger.

Il gloussa de cette manière détendue qu'il avait quand il venait de se réveiller, avant que le stress de la journée ne fasse de nouveau un poids sur ses épaules.

"Très," répondit-il. "Tu te souviens de ce que tu m'a demandé, il y a longtemps, quand Harry et Weasley venaient juste de découvrir ta double vie ? Tu m'avais demandé quand on serait libre, sans guerre autour de nous et plus de secrets que nous ne pouvions en gérer. Tu m'as demandé quand nous pourrions marcher au grand jour sans masque ni rôles à jouer."

"Oui," murmura-elle, ne faisant pas assez confiance en sa voix pour parler plus fort. "Je me souviens."

Elle pouvait le sentir sourire en direction la masse du désordre matinal de sa chevelure.

"Cette nuit, j'ai rêvé de ça." dit-il doucement. "Nous étions bien plus âgés. Il y avait du gris dans ta chevelure, et tes yeux étaient entourés de rides, mais tu étais aussi belle qu'aujourd'hui. J'ai rêvé qu'on se réveillait ensemble, comme aujourd'hui. Et il y avait des oiseaux qui chantaient dans la campagne, et le soleil réchauffait la peau de notre visage. Et je ne sais pas comment mais je savais que nous avions vécu en paix pendant très longtemps, ensemble, sans peur. C'était merveilleux. J'aurais aimé que tu rêves de la même chose."

En sécurité contre son corps, Hermione garda fermement les yeux fermés. Elle ne pleurerait pas maintenant. Elle ne céderait pas en lui disant tout. Il y avait trop en jeu pour se laisser aller à cette envie désespérée de réaliser son rêve.

Si elle lui disait maintenant, il n'y aurait jamais de paix. Il y aurait la guerre, et des meurtres, et une peur constante qui arracherait les âmes de ceux qu'elle aimait, une par une, jusqu'à ce qu'ils deviennent des marionnettes creuses, des guerriers qui ne sauraient plus quoi faire de la paix quand elle frapperait à leurs portes.

Elle ne laisserait pas cela arriver. Et pas parce qu'elle ne voulait pas partager son rêve, pas parce qu'elle voulait que ça s'arrête.

"Ça avait l'air merveilleux," murmura-elle. "J'aurais aimé être là."

J'aurais aimé que ça soit possible, Severus, pensa-elle au plus profond de son palais des souvenirs.

"Tu seras là," dit-il, doucement mais avec une profonde conviction qui fit écho dans sa poitrine. "Nous y serons tous les deux."

Et Hermione hocha la tête, pressée contre son corps dans une tentative désespérée de trouver un peu de chaleur, un peu d'espoir de ce contact, tout en sachant que ça serait vain.

Il n'y avait pas d'espoir pour elle.

oooooooooooooooooooooooooooooooooo

Ce fut un Dumbledore inhabituellement excité qui les salua lors de leur coutumière réunion de l'Ordre.

"Nous sommes prêts," annonça-il alors qu'ils avaient à peine pris place sur leurs chaises. "Le programme d'entraînement a atteint un point qui nous confirme que la tâche peut être accomplie, nos recherches sur Tintagel sont terminées et la coopération des Aurors est plus sûre qu'elle ne le sera jamais."

Des acclamations s'élevèrent autour de la table, et Dumbledore leur sourit, plein de fierté et d'enthousiasme. Severus renifla, feintant le dégoût, mais secrètement il ne pouvait s'empêcher d'admirer le vieil homme. Il avait vécu le temps de trois vies remplies de douleur, de peine et de ténèbres et il ne s'était toujours pas résigné à voir la réalité telle qu'elle était.

Il pensait toujours qu'il pouvait étendre le bras vers la lune et la cueillir comme Sherbert Lemon. Et peut-être qu'il le pouvait.

Alors qu'une part de sa conscience se riait d'Albus, une autre - et de loin la plus grande, il devait l'admettre - partie de lui se réjouissait de la chaleur de la présence d'Hermione à sa droite. Comme si elle pouvait sentir ses pensées sur elle, elle tourna la tête vers lui et lui sourit, mais elle n'ouvrit pas la connexion mentale qu'ils partageaient habituellement.

Il ne l'avait pas vue depuis le matin, quand il s'était réveillé devant son sourire. Il avait été nécessaire qu'elle aille prendre le petit déjeuner avec ses camarades de maison, puisqu'il n'y avait plus de révisions de dernière minute ou de devoir de Préfète-en-chef pour excuser son absence.

Il avait été réticent à la laisser partir, sachant qu'elle devrait passer la journée avec ces imbéciles au lieu de lui. Mais il y avait assez de travail à faire et de plans à analyser pour remplir une journée de travail, même sans elle à ses côtés.

Comme Albus venait de l'annoncer à tout l'Ordre, leur plan de bataille avançait bien. Harry et Weasley étaient, bien sûr, loin du niveau de duel requis pour survivre à Halloween, mais ils avaient encore quatre mois complets pour leur inculquer les sortilèges et instincts nécessaires, et son côté sadique attendait de pied ferme d'assister à cette expérience.

Sans mentionner que l'absence des élèves pour les prochains mois et l'opportunité de renforcer la sécurité à Poudlard simplifierait considérablement leur tâche. Ça, et le fait que les membres les plus jeunes avaient fini officiellement les cours.

Severus eut un rictus à cette pensée. Il n'y aurait plus d'excuses pour quitter l'entraînement à partir de maintenant. Il se demanda quand Harry et Weasley se rendraient compte qu'être diplômé ne voulait rien dire d'autre qu'être forcé à huit heures d'entraînement par jour.

Dumbledore attendit que l'Ordre se soit calmé, puis il leva la main pour indiquer qu'il n'avait pas fini.

Le silence qui retomba sur la table était étrange après les réactions exubérantes des quelques instants précédents.

"Comme Miss Granger m'en a informé, Voldemort lui a ordonné de mettre son plan à exécution et de convaincre Mr. Potter et Mr. Weasley de se rencontrer à Halloween il y a quatre jours. Il prévoit de leur tendre une embuscade avec son Premier Cercle et de tuer Harry avant même qu'il ne se rende compte de ce qu'il se passe."

Des murmures appréciatifs emplirent la pièce.

"Ce soir, Miss Granger lui apportera la confirmation que Potter et Weasley ont accepté son plan et lui offrira les détails sur lesquels nous avons travaillé ces dernières semaines."

Très soudainement, Severus se glaça.

Voldemort avait accepté son plan et lui avait ordonné de l'exécuter. Dumbledore avait été informé, ainsi que l'Ordre.

Mais Severus n'en avait pas entendu parler.

Il tourna la tête vers Hermione, doucement, pour ne pas attirer l'attention sur lui, mais elle regardait ailleurs, pleinement concentrée sur le discours du Directeur. Ou elle semblait l'être.

Aux lignes serrées autour de sa bouche et à la façon dont son corps était légèrement éloigné de lui, il sut qu'elle était consciente de son regard sur elle, et consciente qu'il était inquiet.

Mais elle ne le regardait toujours pas.

Il se redressa sur sa chaise, faisant bien plus de bruit que ce à quoi il était habitué, et il vit quelques têtes se tourner vers lui par réflexe.

Le visage d'Hermione resta détourné, toute son attention fixée sur le Directeur.

Et elle était trop éloignée de lui pour qu'il puisse la toucher afin d'ouvrir leur connexion mentale.

Que diable se passait-il ?

Avait-il fait quelque chose qui l'avait mise en colère ces derniers jours, quelque chose qui lui avait fait perdre sa confiance ?

Mais non, elle avait été tendre et visiblement contente le matin même, et le seul signe de trouble ces derniers temps avaient été ces fugaces moments d'assombrissement. Et ils avaient discuté de ça, et il l'avait aidé à se détendre.

S'il y avait un problème entre eux, il était loin d'être assez important pour justifier son comportement actuel. Sans mentionner qu'elle était bien trop professionnelle pour laisser ses relations personnelles interférer avec son travail.

Il était le chef des renseignements de l'Ordre, par Merlin ! Il devait tout savoir, aussi rapidement que possible, pas être informé en même temps que ces imbéciles qui les entouraient !

Il se racla la gorge, bruyamment, lui signalant par là qu'ils devaient parler maintenant, mais bien qu'il put voir sa tête amorcer un mouvement, comme pour répondre à son instinct, elle stoppa le mouvement avant qu'il ne puisse voir plus que l'arrière de son cou.

Elle n'avait donc pas envie de lui parler. Elle refusait de communiquer.

Il ne s'était pas senti aussi éloigné d'elle, si seul, depuis Noël, quand elle avait menacé de quitter ses appartements pour de bon. Et alors qu'un millier de raisons possibles à son comportement défilaient dans son esprit, alors qu'il assemblait et défaisait les explications tout en ayant l'air d'écouter attentivement Albus, la surprise fut lentement mais sûrement remplacée par la colère.

Elle n'avait pas le droit de le mettre dans cette position, de le laisser à l'écart comme un première année incompétent. Albus et elle, complotant joyeusement dans son bureau, l'abandonnant comme un pauvre idiot.

Mais Abus aurait bien évidemment présumé qu'ils avaient déjà discuté de ça entre eux en détail avant qu'elle ne vienne lui en faire part. Après tout, ils étaient peu nombreux dans ce Cercle à ne pas savoir à quel point ils étaient proches aujourd'hui, et à ne jamais pouvoir envisager qu'elle ne l'informe pas d'une chose d'une telle importance.

En effet, qui se douterait d'une telle chose ?

Comment pouvait-elle lui faire ça ?

Et pourquoi ?

Ils n'avaient aucun secrets l'un pour l'autre, c'était la base de leur relation, à la fois privée et professionnelle, et ça n'était pas un chose insignifiante qui pourrait être oubliée ou ignorée parmi toutes les autres choses. Elle lui avait volontairement et consciemment caché des informations, et s'il savait une chose à propos d'Hermione Granger, c'était qu'elle ne faisait jamais les choses sans raison.

Mais quelle raison pouvait-elle avoir ?

Une fois de plus, il se répéta les mots d'Albus qui avaient ouvert cette réunion, il se remémora tous les petits incidents de ces dernières semaines, chaque petite situation où elle avait agit étrangement, chaque mot et chaque geste auquel il ne s'était pas attendu.

Mais cette fois, il s'autorisa à voir plus loin que le stress des examens, que les difficultés générales du changement de vie. Que juste la peur qu'elle lui avait avouée.

Et une nouvelle fois, il se glaça, mais cette fois ce fut d'effroi.

"Excuse-moi, Albus," dit Severus, se levant brusquement, content de réussir à garder une mine composée au vu de ce qu'il venait de réaliser. "Mais Hermione et moi devons discuter de quelque chose. Maintenant."

Albus eut l'air aussi confus que le reste des membres du Premier Cercle. Ils savaient tous bien comment leur chef des renseignements et son Maître Espion travaillaient ensemble, et qu'ils avaient des moyens de communication indétectables des autres. Il n'y avait jamais eu besoin d'interrompre une réunion auparavant, mais Severus gardait calmement les yeux fixés sur son acolyte, sans montrer une once de son appréhension, refusant de fournir des applications.

Il ne se serait jamais expliqué lors de circonstances normales, après tout.

"Hermione," répéta-il calmement, et ça n'était pas une requête.

Hermione sembla considérer un refus le temps d'un battement de cœur, mais elle réalisa apparemment que ça serait vain. Il la harcèlerait avec ça avant que quoi que ce soit d'autre ne soit décidé.

Elle hocha la tête silencieusement et le suivi vers son bureau sous les regards curieux de l'Ordre.

Il attendit que la porte soit fermée et que les protections soient en place, puis il tourbillonna vers elle, laissant tomber le masque de l'expression contrôlée qu'il avait jusque là. Il devait avoir l'air furieux, a vu de l'air inconfortable d'Hermione, mais il ne s'en souciait guère à cet instant.

"Quelle est la signification de tout ça ?" siffla-il. "Pourquoi ne m'en as-tu pas informé ?"

Elle ouvrit la bouche, les yeux innocents, d'une façon qui l'informa qu'elle préparait un beau petit mensonge, et sa colère s'intensifia.

"Et ne me ment pas ! Je sais que ça n'a rien à voir avec de la négligence ou l'oubli. Tu m'as délibérément caché des informations vitales, et je veux savoir pourquoi".

Elle prit une grande inspiration.

"Tu sais pourquoi," dit-elle ensuite, de la voix qu'elle utilisait pour les confrontations inévitables.

"Dis le à voix haute."

"Severus…"

"Hermione. Dis-moi à quoi tu pensais quand tu as décidé de me mentir."

Elle pâlit devant la colère qu'il mit dans ses mots, mais elle hocha la tête, se reprenant visiblement et affichant la froide concentration qu'il avait appris à si bien connaître au cours de ces mois de préparation et de réflexion.

Cette fois, l'expression de son visage fit bouillir son sang de fureur.

"Le Seigneur des Ténèbres n'est pas patient," dit-elle à voix basse. "Quand il m'a ordonné de présenter l'idée à Harry et Ron, il était clair qu'il n'avait pas l'intention d'attendre très longtemps la confirmation. Si je traîne plus longtemps, il deviendra suspicieux, et je sais que tu ne veux pas fixer les détails aussi tôt. Et puis il y a toujours le fait qu'il voudra certainement que je reste dans sa forteresse, maintenant que j'ai fini l'école…"

"Arrête," siffla Severus entre ses dents serrées, une lointaine partie de son esprit vaguement surprise d'à quel point il pouvait être en colère. "Je t'ai dis de ne pas mentir, Hermione. Après ce que tu as fait, je mérite au moins la vérité…"

Il vit ses yeux se rétrécir et sut que le mouvement était calculé, sut qu'elle se préparait à protester.

"Je ne sais pas ce que…"

"Ce n'est pas de mon inquiétude dont il est question," l'interrompit-il, incapable de supporter son jeu. "C'est de ta position dans le Premier Cercle, du fait que les sang-pur sont enragés de voir le pouvoir que tu as et que même Lucius Malfoy ne te protégera plus longtemps. C'est du fait que tu as dérangé la hiérarchie des Mangemorts et que tu aies peur que Voldemort ait commencé à finalement s'en rendre compte."

Son jeu resta quand même parfait, de manière exaspérante, elle refusa quand même d'admettre ce qu'elle avait manigancé, mais il la connaissait trop bien maintenant, il connaissait trop bien le jeu complexe de ses expressions, les minuscules manifestations de ses pensées cachées que même son talent ne savait pas masquer complètement, et il vit.

Il savait la vérité.

Ça brisa quelque chose au fond de lui dont il n'avait pas conscience de l'existence jusqu'alors.

"Je…" murmura-elle, et cette fois il pouvait entendre la résignation dans sa voix.

"Tu as peur que seule ton utilité pour que ce plan fonctionne t'aie gardé en vie ces dernières semaines," continua-il, sans compassion dans la voix bien qu'il ait finalement tout compris, l'entièreté du complexe mensonge qu'elle avait tissé au cours de ces dernières semaines, qu'il ait finalement vu clair à travers le brouillard dont elle avait entouré ses actions et sa personne.

"Tu as peur qu'il ait réalisé à quel point il met sa position en danger avec cet évident favoritisme. Et tu as peur qu'une fois que tu auras apporté la confirmation du plan, une fois que ton utilité active sera terminée, il exaucera le souhait de ses autres serviteurs. Qu'il se débarrassera de toi."

En son for intérieur, il se demanda comme il pouvait parler de tout ça si calmement. Comment il pouvait se tenir là dans cette pièce avec elle, expliquant à lui même et à elle comment elle avait réalisé la probabilité de sa propre mort et comment, au lieu d'abandonner alors qu'il en était encore temps, elle avait soigneusement planifié de lui dissimuler ce fait ainsi qu'à tous ceux qu'elle connaissait.

Comment elle avait utilisé son incroyable intelligence et ses capacités hors du commun pour s'assurer de sa propre mort.

"N'est-ce pas ce à quoi tu pensais ?" demanda-il, la voix sévère. "N'est ce pas ce pourquoi tu as agi comme tu l'as fait ? Parce que tu savais qu'au moment où Harry et Ron accepteraient, au moment où la date et le lieu seraient fixés avec eux et cette information apportée à Voldemort, ta vie ne vaudrait plus un clou pour lui ? Parce que tu savais qu'il ne te laisserait pas partir comme ça quand tant de ses sang-pur réclamaient ton sang ? Pas alors qu'il avait besoin d'assurer et de renforcer ses appuis pour que le-dit plan fonctionne ?"

Pendant un moment, il s'attendit à ce qu'elle se précipite hors de la pièce comme elle avait essayé de le faire des mois auparavant, quand il avait trahi sa confiance et pénétré son esprit sans sa permission.

Mais cette fois c'est moi qui ait été trahi.

"C'est une possibilité," avait-elle finalement admis après un long silence tendu. "Et j'admets que j'étais inquiète pour cette raison. Mais ça n'est pas le plus probable. En me tuant il risquerait de causer l'échec du plan. Après tout, Harry et Ron deviendraient soupçonneux si je disparaissais avant le banquet de fin d'année et que je ne reviens pas avant Halloween. Je ne pense pas qu'il autoriserait cela, peu importe ce qu'en dit le Premier Cercle."

Il pouvait voir et entendre qu'elle ne croyait pas à ses propres mots, que la seule raison pour laquelle elle restait était pour le calmer, comme s'il était un animal de compagnie peureux qui avait besoin d'être rassuré. Comme s'il était Harry ou Draco, s'inquiétant naïvement pour sa sécurité.

"Toi même tu n'y crois pas," s'entendit-il dire, choqué du dégoût qui transparaissait dans sa voix, aussi choqué qu'elle semblait l'être. "Nous savons tous les deux que Voldemort ne risquerait jamais de perdre ses appuis, même pour le plan le plus brillant de tous les temps. Il est bien trop intelligent pour ça. Et nous savons qu'il y a des moyens d'éviter les risques. On peut te forcer à écrire des lettres, des assurances qu'il peut facilement envoyer pour tromper tes amis. Le risque serait bien plus grand s'il te laissait revenir ici.

"Tu sais qu'aller là-bas ce soir signera certainement ton arrêt de mort."

Le silence entre eux s'éternisa jusqu'à être insupportable, formant une montagne qui grandissait, éloignant tout ce qu'ils avaient partagé avant jusqu'à ce qu'ils le perdent de vue.

"Oui," admit-elle finalement, le mot s'extirpant difficilement de sa gorge serrée par le chagrin. "Je sais."

"Et donc tu me mens, tu m'as menti pendant tous ces mois, espérant que je ne me rendrais compte de rien jusqu'à ce qu'il soit trop tard, que je ne ferais pas assez attention pour déceler les indices ?"

"Je…"

"Tu écoutes tes amis faire des plans pour le futur, en sachant que tu n'en auras pas ? Par l'enfer, tu m'a écouté parler de notre futur, ce matin même, et tu as agi comme si tu me croyait vraiment ! Tu as trompé tous ceux qui t'aiment, seulement pour t'assurer que ce plan que tu as mis au point fonctionne ?"

Quelque part au cours de sa tirade, ses reproches s'étaient changés en une supplication désespérée, et la partie lointaine de son esprit qui restait toujours froide, regardant le monde d'une manière critique, s'écroula de honte devant la manière complètement insensée dont il se comportait, à la supplier comme un mari qui a été trahi par sa femme.

Il se foutait de ce à quoi il ressemblait. Il se foutait qu'il ait été la risée de l'Ordre par sa faute. Tout ce dont il se souciait était dans cette pièce, tout ce qu'il voulait c'était qu'elle abandonne cette folle idée, qu'elle admette qu'elle voulait vivre, qu'elle ne se sacrifierait pas après tout ce qu'ils avaient partagé, si ce n'était pour lui.

"Comment peux-tu me faire une chose pareille, Hermione," murmura-il, sa voix ne ressemblant plus en rien à la voix assurée et contrôlée qu'il avait entretenue pendant tant d'années.

Doucement, ses yeux se levèrent pour rencontrer ceux de Severus, doucement ses mains qu'elle avait serrées en deux poings se relâchèrent.

"Je ferais ce qui doit être fait, Severus," dit-elle.

"Non," murmura-il, incapable de croire qu'il l'avait perdue de cette façon, incapable de croire qu'elle abandonnerait tout ce qu'ils avaient aussi facilement. "Tu ne peux pas être sérieuse Hermione."

"Je ferais ce qui doit être fait," répéta-elle, et la conviction et la détermination se renforcèrent dans ses yeux. "Rien ne m'empêchera d'arrêter cette guerre. Rien."

"Non, je ne l'autoriserai pas," murmura, non, cria-il, réalisant en même temps qu'il avait perdu. Elle avait décidé, semblait-il, d'agir contre lui, et Draco et Harry, décidé d'agir contre la vie.

Elle avait décidé de faire son devoir.

Et le fait qu'il refuse d'accepter sa décision semblait ne rien provoquer d'autre que de l'irritation en elle, maintenant qu'ils s'étaient battus et que la reine de glace avait gagné.

"Nous étions d'accord sur le fait que tu n'interférerais pas avec mon travail tant qu'il n'était pas terminé," pointa-elle. Froidement. Calmement.

"Tu me déçois. Tu me trahis, à la fois en tant que partenaire qu'en tant que chef des renseignements," répondit-il tout aussi froidement, ne se souciant pas qu'elle ait tressailli comme s'il l'avait giflée, qu'elle ait reculé d'un pas comme si ses mots étaient quelque chose de physique, une barrière entre eux.

C'était elle qui avait mis en place cette barrière après tout.

"Après ce que tu as fais," continua-il. "Je considère tout accord nul et non avenu, Hermione. Tu as dépassé les limites et je vais agir en conséquence."

"Severus," murmura-elle, et pour la première fois sa voix montrait toute la douleur qu'elle devait ressentir. Mais il était loin de s'en soucier à présent.

"N'essaie pas de m'amadouer !" siffla-il. "Tu savais que je ne serais pas d'accord, tu savais que je ne te laisserais pas risquer ta vie bêtement comme ça, et au lieu de faire ce qui était approprié, tu m'as piégé dans une situation qui échappe à mon contrôle en espérant que je ne réagisse pas assez vite."

"Mais n'es-tu pas d'accord avec ça si c'est la seule façon de garantir que le plan fonctionnera ?" murmura-elle. "Ne vois-tu pas que Voldemort deviendrait méfiant si je ne l'informe pas personnellement ? Et même si je réussis à l'éviter maintenant, qu'en est-il des prochains mois ? Je ne peux pas cesser d'obéir à ses ordres. Il saurait immédiatement que quelque chose ne va pas !"

"Dis-lui que Potter et Weasley n'ont pas encore décidé," ordonna Rogue dans sa fureur. "Dis-lui que tu dois rester près d'eux pour les convaincre. Dis lui qu'ils ont décidé de partir faire le tour du monde et qu'ils veulent que tu les accompagne. Dis-lui ce que tu veux, mais ne vas pas lui apporter ta tête sur un plateau d'argent ce soir !"

"Il abandonnerait le plan s'ils apparaissaient hésitants," protesta Hermione, un vrai désespoir perçant maintenant dans sa voix. "Il ne me croira jamais ! Et il ne continuera pas sur ce chemin s'il n'y a pas des mois et des mois de préparation préliminaire ! Sans mentionner qu'il ne serait jamais tranquille avec moi auprès d'eux, avec le risque que je sois prise de remords et que je raconte tout à l'Ordre ! C'est la seule façon pour que le plan fonctionne, n'es-tu…"

"JE ME FOUS DU PLAN, HERMIONE !" cria-il, et elle sursauta violemment, prise par surprise. "Je me fous de savoir qu'on peut l'arrêter une fois pour toute si cela signifie que tu dois sacrifier ta vie ! Si tu vas là-bas ce soir, tu es morte, et je n'autoriserai pas cela ! Jamais !"

"Ça ne te ressemble pas, Severus," murmura-elle, le visage pâle et les lèvres tremblantes. "N'était-ce pas toi qui me disait de ne pas tant me soucier des autres, de faire le travail peu importe ce qu'il en coûtait ? N'est-ce pas toi qui m'a appris tout cela sur l'espionnage ?"

"Oui," murmura-il aussi, mais ça aurait pu être un cri au vu de l'intensité et la détermination dans sa voix. "Mais il semblerait que j'ai changé d'avis. Je. Ne. Te. Laisserai. Pas. Mourir. Hermione. Pas pour sauver l'Ordre, même pas pour sauver le monde. Qu'ils aillent tous en enfer ! Je ne te laisserais pas mourir !"

Le regard qu'elle posait sur lui n'était pas un de ceux qu'il lui avait déjà vu avant. Ils se fixèrent dans les yeux pour ce qui sembla une éternité, leurs deux esprits retranchés derrière des portes d'acier, leurs deux expressions froides et déterminées.

Ensuite, ses épaules s'affaissèrent et elle détourna le visage de lui.

"Que vas-tu faire, alors ?" demanda-elle, la défaite dans la voix.

"Sortir d'ici et leur dire que c'est trop dangereux," répondit-il sèchement, trop blessé par ce qu'elle avait prévu pour la pardonner facilement. "Une fois qu'ils auront entendu ce que tu avais planifié, il seront certainement de mon avis. Je suis sûr qu'on peut trouver une alternative, mais même si ce n'est pas le cas, je sais que personne dans cette pièce ne voudra que tu te sacrifies pour le succès de ton plan."

Elle resta silencieuse pendant un long moment, le visage toujours caché dans l'ombre de son bureau, son corps tremblant d'une façon qui lui laissait voir le chaos qui traversait son esprit à ce moment là.

Il attendit qu'elle se retourne vers lui en silence, qu'elle accepte et le suive hors du bureau, mais les minutes passèrent et elle ne bougeait pas, alors il se détourna d'elle et tendit la main pour ouvrir la porte.

"Je suis désolée, Severus," dit-elle sans son dos. "Je suis tellement désolée."

La réplique qu'il valait mieux qu'elle le soit mourut dans sa gorge quand il remarqua le ton étrange de sa voix, et il se retourna, ses robes tourbillonnant, la main levée en un geste de défense.

Mais il était trop tard. Sa baguette se dressait vers lui et la détermination faisait luire ses yeux comme des diamants.

Avant qu'il puisse parler, protester, ou même bouger, c'était terminé.

"Impero," murmura-elle, et ses mots sombrèrent dans les eaux sombres de l'oubli.