66. De masques et d'amitiés

La plupart du Premier Cercle de l'Ordre avait commencé à fréquenter les sessions d'entraînement quotidiennes, et les duels semblaient animés par une nouvelle détermination. Les combats étaient devenus plus fiers, les sorts plus sombres et les exercices physiques avaient amené à leurs limites même Tonks et Kingsley.

Cela rappelait à Harry leurs premières leçons avec l'AD, quand savoir qu'ils faisaient quelque chose, qu'ils répliquaient enfin, leur avait donné une férocité qu'Harry n'avait jamais connue avant.

Seulement cette fois l'entraînement manquait de l'optimisme dont ils faisaient preuve en cinquième année. À la place, ils se battaient de manière agressive, dangereuse même, donnant tout ce qu'ils avaient, et quand Harry regarda autour de lui il ne vit rien d'autre que des visages sinistres et des yeux remplis de la conscience de la mort.

Les jours passaient dans cette étrange brume de combats et de deuil dans laquelle ils étaient tombés, et Harry commençait à croire qu'ils avaient trouvé un mode de fonctionnement qu'il pouvait gérer, malgré tout ce qui s'était passé.

Jusqu'à ce que, cinq jours après le banquet de fin d'année, une lettre du père de Draco arrive. Ordonnant à Draco de se rendre au manoir Malfoy le lendemain.

"Tu ne peux pas y aller," protesta Harry quand Draco lui fit part des exigences de son père. "C'est trop dangereux !"

Il ne voulait pas l'admettre, mais l'idée de perdre Draco, ne serait-ce que pour une semaine, était trop dure pour lui. Ces derniers jours, Draco avait été d'une aide constante, son bouclier contre les autres membres de l'Ordre et leur chagrin inconsolable, la seule autre personne de moins de trente ans restant au château (il y aurait dû en avoir trois, lui avait murmuré une voix).

Quoi que Draco ait changé ces dernières semaines, quoi qu'il ait fait, c'était exactement ce dont Harry avait besoin pour affronter les choses, pour être capable de faire face, de savoir qu'il pouvait évacuer sa peine avec l'ancien Serpentard.

Et c'était réellement nécessaire, parce que maintenant plus que jamais, l'Ordre semblait regarder vers lui quand il était question de stratégie, quand ils mettaient en question leur propre courage et leurs capacités.

Avec Severus absent, les lèvres de Minerva toujours pincées dans une expression austère et même les yeux d'habitude si pétillants d'Albus Dumbledore obscurcis par le deuil, il revenait à Harry de s'assurer que tout le monde continue de suivre le plan, et pour la première fois il prit pleinement conscience de ce qu'impliquait d'être le Survivant, l'Elu, l'enfant de la prophétie.

Malgré leur pouvoir et leur expérience, malgré les nombreux esprits brillants qui avaient mis ce plan au point, ils se tournaient vers lui. Leur succès reposait sur ses épaules. Et après des années et des années de déni, de peur et de désespoir, Harry se rendit compte que cette pensée ne l'effrayait plus.

La guerre avait tué ses parents, son parrain, et maintenant sa meilleure amie, elle avait volé les vies de tous ceux qu'il connaissait. C'était déjà trop. Harry n'autoriserait pas qu'on ajoute les noms de Draco, Remus ou des Weasley à cette liste.

Il verrait la fin de la guerre, et si cela le forçait à devenir un leader, à encourager des hommes et des femmes ayant le double ou le triple de son âge, alors il le ferait.

D'une façon inattendue, qu'il aurait préféré éviter, Harry Potter avait grandi.

Mais c'était Draco qui avait rendu cela possible en lui enseignant les compétences dont il avait terriblement besoin, en ne le laissant jamais seul ces derniers jours et en lui donnant des petits coups de pouce dont seul Harry avait conscience. C'était Draco qui surveillait ses arrières et le faisait manger régulièrement, et dormir quand l'épuisement était trop grand. Draco qui le faisait parler et se souvenir et pleurer et qui le faisait se battre quand la peine menaçait de le submerger.

Donc il ne pouvait pas partir. Sous aucun prétexte. Parce qu'alors, Harry serait complètement seul, et il savait qu'il n'y survivrait pas.

Draco soupira, et pendant un moment le charme de dissimulation qu'il portait constamment ces derniers jours vacilla, montrant les cernes profondes sous ses yeux.

"Je n'ai pas le choix," le contredit-il d'une voix calme. "C'est un ordre, Harry, pas une requête polie de ma mère. Si je désobéis il se posera des questions et deviendra suspicieux. Nous ne pouvons pas nous le permettre. Sans compter que je peux apporter à mon père et Voldemort des informations qu'ils ne remettront pas en question, et c'est une opportunité pour moi d'en savoir plus sur leurs plans pour Halloween. Je ne peux pas laisser passer ça.

"Non," dit Harry, la voix dure. "Je ne suis pas d'accord. Je ne te perdrais pas, toi aussi."

Un mois plus tôt il ne l'aurait jamais dit, une semaine plus tôt il aurait rougi jusqu'aux oreilles. Aujourd'hui c'était la chose la plus facile du monde à dire. Si la mort d'Hermione lui avait enseigné quelque chose, c'était d'accepter le réconfort qu'un ami pouvait apporter.

"Tu ne me perdras pas," répondit Draco. "Ils ne me feraient jamais de mal, Harry. Je suis un Malfoy. Il n'y a aucune raison de se méfier de moi, et tu sais très bien que je sais jouer ce rôle."

"Non," répéta Harry obstinément.

"Penses-tu que j'ai envie d'y aller ?" demanda Draco, la colère brillant à présent dans ses yeux pour la première fois depuis qu'Hermione était partie. "Même la pensée de voir mon père me fait paniquer. Mais je ne me pardonnerais jamais si Hermione a sacrifié sa vie pour rien, si le plan échoue à cause moi ! Comment te sentirais-tu si nous rations cette unique chance de tuer Voldemort, juste parce que nous avons eu peur ?"

Mais Harry n'était pas d'humeur à entendre raison.

"Allons voir Dumbledore," offrit-il à la place. "Il trouvera une alternative, j'en suis sûr."

Mais Dumbledore ne trouva pas d'alternative. Il reçut la lettre de Lucius Malfoy avec une expression grave et oublia complètement de leur offrir des sucreries, un fait qui inquiéta grandement Harry.

"J'ai bien peur que Draco ait entièrement raison, mon garçon," dit-il finalement après avoir relu deux fois la lettre attentivement, jetant plusieurs sorts dessus et la levant même jusqu'à son nez pour la renifler délicatement.

"Son père semble très déterminé à le voir, et si Draco refuse de rendre visite à sa famille avant Halloween, sa loyauté pourrait être remise en question. Malheureusement, Draco est trop impliqué dans la transmission de la prophétie pour qu'on laisse ça arriver. Notre plan entier repose sur sa crédibilité."

Se tenant debout dans le bureau de Dumbledore, Draco à ses côtés et la lettre offensante posée sur le bureau du Directeur, Harry n'était pas loin de leur dire qu'en ce qui le concernait ils pouvaient bien mettre le plan là où il pensait. Il était sûr que même Hermione n'aurait pas voulu que Draco retourne vers son père, mais il n'arrivait pas à trouver ne serait-ce qu'un argument qui pourrait convaincre Draco.

"Mais c'est dangereux," dit-il finalement, sachant au moment où les mots sortirent à quel point c'était vain, pathétique.

"Tout comme se confronter au Seigneur des Ténèbres, mon cher garçon," répondit Dumbledore, son expression se radoucissant devant la détresse de Harry. "Et pourtant tu n'as jamais hésité à le faire pour le bien de tes amis. Draco a le même droit de prendre ses décisions que toi quand tu es allé au Département des Mystères, ou quand tu le combattra à Tintagel."

Il soupira, hochant la tête dans un geste de résignation. "Si jeune," murmura-il, et Harry se demanda s'il avait oublié qu'ils étaient devant lui. "Tous si jeunes, et déjà le poids du monde repose sur vos épaules."

Les traits de son visage se creusèrent pendant un instant, et Harry se demanda s'il se souvenait de ceux qui étaient morts avant eux, sa mère et son père, les frères Prewett, Cédric Diggory et Sirius, s'il avait vu le danger planer sur chacun d'entre eux comme il le voyait pour Harry, Draco et Hermione.

Puis, Dumbledore se redressa et redevint le Directeur, le Général qu'ils connaissaient.

"Je vais envoyer un message à Severus," dit-il, et une plume sur son bureau commença à écrire d'elle même. "Je suis sûr qu'il voudra te briefer avant que tu partes, Draco."

La plume termina le message en le signant d'une fioriture et le parchemin s'éleva dans les airs, se nouant d'un ruban rouge et flottant vers Dumbledore, qui le toucha de sa baguette, laissant une image stylisée d'un phénix s'élevant des flammes en lignes rouges brillantes sur le papier blanc.

"Hélas, j'ai bien peur que mes tentatives de contacter Severus de ces dernières semaines l'aient un peu irrité," expliqua Dumbledore à propos du symbole avec un sourire triste. "Cela assurera qu'il ouvre ce rouleau. Il devrait être là dans quelques minutes."

Il fit un signe de tête à Fumseck et avec un léger pépiement le phénix attrapa le parchemin et disparut dans une soudaine explosion de feu.

Ils attendirent dans un silence inconfortable que Severus arrive. Normalement, Harry aurait été soulagé que leur chef des renseignements les rejoigne, aurait même espéré que peut-être Severus ferait preuve de bon sens et interdirait à Draco d'y aller. Mais personne n'avait vu signe de vie de l'homme depuis la disparition d'Hermione, et Harry n'était pas certain de l'état dans lequel il serait.

Donc il se prépara au pire avec attention. Mais quand la tapisserie connectant le bureau de Dumbledore au quartier général s'illumina d'une lumière dorée et qu'un sombre personnage en sortit, il fallut quand même à Harry toute ses nouvelles capacités de maîtrise de soi pour cacher sa surprise.

Le bâtard graisseux était de retour.

Ce fut seulement à ce moment là, en voyant le cauchemar du temps où il était élève ressuscité devant lui que Harry pris la mesure de combien Severus avait changé ces derniers mois, pas seulement de perspective, mais au sens purement physique.

Terminé, le sourire amusé et légèrement moqueur, terminée l'attitude détendue. À la place, des robes noires, couvrant chaque centimètre carré de peau de son cou à ses doigts de pieds. Un teint blafard. Les cheveux pendant comme un rideau gras entre lui et le reste du monde. Harry aurait pu jurer que ses dents étaient légèrement plus jaunes que la dernière fois qu'il l'avait vu.

"Montrez-moi la lettre," ordonna Severus au Directeur, sans un regard ni un mot pour eux. Comme s'ils n'existaient pas.

Un sentiment de perte, froid et poignant frappa Harry, si soudainement qu'il sentit ses yeux brûler sous le choc. Il ne s'était pas attendu à ça.

Il s'était attendu à un homme brisé, faisant de la peine à voir, au Severus qu'il avait vu quand Hermione avait été prise en embuscade et presque tuée par les Mangemorts, ou peut-être celui qu'il avait vu pendant un court moment, quand Draco avait remis la prophétie à Hermione avant le bal d'été de Voldemort. Il s'était attendu à l'homme aux mouvements las et hésitants et à l'expression terriblement vulnérable que Harry avait vu la dernière fois, avant que Severus ne se soit enfui dans son bureau pour cacher ses blessures au monde.

Il s'attendait à de la colère, Hermione ne lui avait-elle pas dit une fois, il y a longtemps, que la colère était l'émotion que Severus utilisait pour continuer à avancer ?

Mais il n'y avait pas de colère ici. Seulement la caricature graisseuse d'un homme qu'il en était venu à aimer et à qui il avait fait confiance.

"Severus…" commença Harry, pas certain de comment il allait finir sa phrase, pas certain que ce qu'il y avait à dire, mais incapable de rester plus longtemps dans ce silence froid.

Severus ne réagit pas. Il n'y avait même pas l'ombre d'un froncement de sourcil sur son visage, et cette totale absence d'expression fut ce qui effraya le plus Harry.

Soudain, il se sentit honteux de son égoïsme.

"Quand cette lettre est-elle arrivée," dit Severus, sans intonation dans la voix pour transformer ces mots en question. Il se tourna vers Draco, son regard passant sur Harry le temps d'un battement de cœur, mais c'était comme s'il ne le voyait pas réellement, comme si derrière ces yeux noirs et sans expression, il n'y avait personne.

"À peu près une heure," répondit Draco, la voix aussi inexpressive que celle de Severus à l'exception d'un tremblement infime qui trahissait son profond malaise. "Je pensais partir tôt demain matin."

Aucun mot, aucun geste montrant de la compassion, ou même de l'intérêt. Severus ne hocha même pas la tête pour approuver la décision de Draco.

"Tu auras besoin d'être briefé avant," dit-il à la place, et Harry ne protesta pas. Il l'aurait fait avec n'importe qui d'autre, longuement et vigoureusement, mais il ne pouvait pas dans ces conditions. Les mots ne comptaient pas en présence de cet homme effrayant qui avait un jour été Severus.

"J'aurai besoin d'une demi heure avant que nous commencions," répondit Draco, ses yeux sombres indéchiffrables. "J'ai quelque chose à faire avant."

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Ron était en route pour les cuisines, espérant obtenir un casse-croûte des elfes toujours avides de servir, quand il sentit une prise indélicate sur son épaule et fut plaqué contre le mur du couloir.

Avant qu'il ne puisse atteindre sa baguette, elle vola hors de son étui, hors de portée de Ron. Il était sans défense.

"Un mot, Weasley," murmura une voix froide à son oreille, et la main qui pesait sur son épaule le retourna jusqu'à ce qu'il rencontre le yeux gris de Draco Malfoy.

"Je le savais !" hurla Ron, le triomphe remplaçant la chape de culpabilité et d'horreur qui pesait sur son estomac ces derniers jours. "Je savais que tu n'étais pas vraiment de notre côté, Malfoy ! Maintenant Harry me croira et ils te vireront de l'Ordre ! Attend, tu…"

"Je n'ai pas le temps pour tes bêtises paranoïaques, donc écoute bien, Weasley," gronda Malfoy, et la froide détermination dans sa voix fit réaliser assez soudainement à Ron qu'il était seul et désarmé en présence d'un Mangemort.

Alors ça y était. La situation qu'il avait redouté toutes ces années. La 'vigilance constante' de Maugrey n'aurait pas aidé du tout, au final.

Mais il ne dirait rien à ce bâtard, se promit Ron alors qu'il regardait dans les yeux de sa nemesis. Il ne trahirait jamais l'Ordre, quoi que la fouine lui fasse…

"Je vais devoir partir quelque temps. Je ne sais pas si je reviendrais, mais quoi qu'il arrive, Harry aura besoin de toi. Tu seras son seul ami restant une fois que je serais parti, et j'attend de toi que tu fasses de ton mieux pour l'aider. C'est clair ?"

Qu'il le torture, ou… la progression des pensées de Ron s'arrêta brusquement dans la stupeur alors qu'il prenait conscience des mots de Malfoy. Quoi ?

"Quoi ?" demanda-il, content d'être un Gryffondor. Les Gryffondors ne paraissaient pas stupides, ils paraissaient...confiants. Oui, c'était le bon terme.

Son irrité de Malfoy. "Vraiment, Weasley, à quel point ton cerveau est-il petit ? Je n'ai pas utilisé de mots compliqués pourtant, si ?"

Les insultes habituelles, mais cette fois elles manquaient de quelque chose. Ron regarda plus attentivement vers Malfoy, et il vit alors que la fouine avait cette expression qu'il connaissait de Harry, qui avait ressemblé à ça à chaque fois qu'il s'apprêtait à aller vers le danger sans savoir s'il reviendrait.

L'expression paraissait étrange sur le visage de Malfoy. Après tout, il était un lâche et ne se mettrait jamais dans une situation dangereuse s'il pouvait l'éviter.

Puis, l'autre partie des mots de Malfoy devint claire pour lui.

"Tu me demande d'être un bon ami pour Harry ?' dit-il, incrédule. "Toi ? Nous avons été meilleurs potes depuis la première année, et tu ne peux pas imaginer ce qu'on a traversé ensemble, espèce de fouine prétentieuse ! Ce n'est pas parce que tu as réussi à s'incruster dans les gens à qui il fait confiance que tu as le droit de me traiter comme si tu étais…"

"C'est exactement ce que je veux dire," siffla Malfoy, ses yeux s'éclaircissant d'une manière qui rappela à Ron le père de Malfoy, au Département des Mystères. Sa rage se calma légèrement pour laisser place à l'inquiétude.

"Où as-tu été ces dernières semaines, Weasley ? Ton ami a été enfermé dans ce château, essayant de tout gérer, et où étais-tu ? As-tu seulement pensé une fois à Hermione et à ce que sa mort veut dire pour Harry ?"

"J'ai pensé à elle," protesta Ron, se sentant fatigué et malheureux, et en colère en même temps. "À chaque instant ! Je l'aimais, tu sais ! Mais qu'est ce que je peux faire ? Elle est morte !"

À sa propre horreur, il sentit ses yeux le brûler, voulant laisser s'échapper les larmes qui s'y cachaient, qu'il avait eu tant de mal à retenir en présence des autres. L'humiliation ultime - pleurer devant Malfoy.

"Mais Harry ne voudrait pas de mon aide, n'est-ce pas ? Il sait qu'elle me détestait, jusqu'à la fin, et je n'ai pas été assez bien pour eux depuis longtemps ! Qu'est-ce que tu t'attends à ce que je fasse ? Me tenir à ses côtés pendant qu'il te traite comme le frère qu'il n'a jamais eu ?"

Merlin, que ça faisait mal d'admettre tout ça ! Mais il était tellement malheureux et en colère qu'il fallait que ça sorte, même si le seul à l'entendre était Malfoy.

"Tu ne l'embêteras pas avec ta jalousie puérile, Weasley," siffla Malfoy, se fichant bien de ce que Ron disait. Mais c'était normal, n'est-ce pas ? Les Serpentards ne pensent qu'à eux, surtout Malfoy !

"Ne lui demande pas de choses qu'il ne peut pas te donner. Soutiens-le, et tu donne-lui de la force, et pour une fois dans ta vie sois l'ami que tu aurais dû être ! Ne t'avises pas de faire des erreurs."

"Est-ce une menace ?" demanda Ron, sa colère prenant une ampleur inédite.

"Non. Mais en voilà une : si tu ne grandis pas et ne fais pas ce que j'ai dis, je te retrouverai et je te montrerai tout ce que mon père m'a appris sur la douleur. Et crois moi, c'est bien plus que ce que tu veux savoir."

"Tu me menaces pour que j'aide Harry ?" demanda Ron, n'en croyant pas ses oreilles.

"Ne pense même pas à lui faire du mal, ou tu n'auras plus besoin d'une Pensine pour savoir à quoi ressemble le Doloris."

Ron ouvra la bouche pour recommencer à hurler, puis regarda bien le visage de Malfoy, tiré, blanc et très tendu, et la referma.

"Malfoy, est-ce que tu es devenu fou ?" demanda-il sérieusement.

"Non," répondit doucement la fouine. "Je vais rendre visite à mon père."

Et avec un dernier regard menaçant dans la direction de Ron, il posa la baguette de Ron sur le sol et s'éloigna.

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Le cœur de Draco battait follement alors qu'il suivait son père à travers le salon vers ce qui avait autrefois été son bureau.

Il était au Manoir depuis trois jours maintenant, et une fois la première vague de colère et de panique dissipée, les choses avaient été surprenament… tranquilles.

Il avait passé la plupart de son temps avec sa mère, qui l'avait interrogée pendant des heures à propos de sa décision de devenir apprenti. Elle semblait croire que travailler avec ses mains - ne serait-ce que pour une chose aussi chère et exquise que les Potions - était trop vulgaire pour un Malfoy. Apparemment, et cela le surprit et l'effraya à la fois parce que ça lui montrait que sa mère ne le connaissait pas du tout, mais aussi qu'il avait beaucoup changé au cours de l'année passée, apparemment elle avait espéré qu'il viendrait à la maison pour passer ses journées de manière insouciante dans le luxe au lieu de chercher une occupation utile.

Elle n'aimait pas beaucoup non plus l'idée qu'il reste à Poudlard, soit parce qu'elle voulait qu'il reste aussi loin que possible de Dumbledore, ou alors parce qu'elle espérait le garder à proximité, il ne savait pas.

Il avait envie de croire que c'était parce qu'elle se souciait de lui, mais la façon dont elle l'encourageait tacitement à se rapprocher du Seigneur des Ténèbres le faisait douter de ses sentiments. Elle avait, après tout, vu ce que servir Voldemort avait fait à son père.

Mais malgré le fait qu'elle désapprouve ses choix, elle s'était surpassée pour lui montrer à quel point elle était fière de ce qu'il avait accompli et combien elle l'aimait.

Elle lui avait montré de la seule façon dont Narcissa était capable.

Il avait une nouvelle garde robe à présent. Sans mentionner les nouveaux meubles luxueux qu'elle avait insisté à lui acheter, avançant que s'il devait rester à Poudlard elle s'assurerait au moins que son son environnement soit aux standards des Malfoy.

Il n'avait jamais remarqué la laideur de l'expression jubilante sur son visage alors qu'elle parlait de ces standards.

Cela avait été une amère constatation de voir à quel point il était une créature de Narcissa vu de l'extérieur, partageant ses goûts (qui étaient excellents), ses attentes (qui étaient élevées) et sa façon de faire du shopping (qui était onéreuse), alors qu'à l'intérieur il ne lui ressemblait pas du tout, en fait il était incapable de supporter son comportement et dut faire appel à toute sa discipline mentale pour ne pas montrer à quel point ses croyances, ses mots et son arrogance le dégoûtaient.

"Il semble que ta mère t'as bien gâté pendant ta visite, Draco," disait à présent son père, comme s'il avait deviné ce à quoi il pensait, et Draco sentit ses lèvres s'étirer dans un rictus supérieur alors que sa respiration se saccadait de manière inconfortable.

"Elle semblait… réticente à me laisser repartir à Poudlard," dit-il d'une voix traînante dans sa meilleure imitation de Lucius.

Son père. Comme il le détestait ! Lui et tout ce pour quoi il se battait, son éternelle arrogance, l'élégance avec laquelle il écrasait ceux qui lui étaient inférieurs. Sa cruauté qui était si définie, si exquise qu'elle ressemblait à quelque chose de beau. Son père, pensa Draco alors qu'il essayait de l'imiter au mieux, était comme un diamant, froid, dur et incassable, et Draco lui enviait depuis longtemps cette force, d'être intouchable et sûr de lui.

"Elle a été plus que réticente à suivre la volonté de notre Maître depuis que…"

Lucius ne finit pas sa phrase, et Draco n'était pas certain de ce qu'il avait voulu dire. Depuis que l'emprisonnement de son père leur avait coûté l'approbation de la société ? Depuis que sa continuelle absence du Manoir lui avait enlevé son mari ? Depuis que Draco s'était davantage engagé pour les causes de son père ? Ou depuis l'engouement de Lucius pour Hermione qui avait apporté la honte sur Narcissa d'une manière totalement inédite ?

Cette dernière pensée rappela une fois de plus à Draco ses amis, celui qu'il avait laissé derrière lui à Poudlard, et celle qu'il ne reverrait jamais. Il n'était pas certain de pouvoir faire confiance à sa voix, alors il hocha juste la tête et marcha aux côtés de son père.

Ils s'arrêtèrent devant la solide porte de chêne de l'ancien bureau de son père, une pièce où Draco n'était entré qu'une demie douzaine de fois pendant son enfance. Elle avait été le centre du pouvoir Malfoy avant que Lucius ne perdre son état de grâce, avec d'importantes personnes allant et venant à toute heure du jour, des secrétaires privés travaillant dans les pièces attenantes et les ordres constants de son père emplissant leurs oreilles.

Maintenant, tout ce qui restait de son ancien pouvoir était le bureau de Lucius, en lourd acajou dont la brillance hors de prix était cachée par une épaisse couche de poussière. Sa mère avait interdit aux elfes de maison de nettoyer cette pièce après que son père soit parti à Azkaban, comme si le lent déclin de sa gloire était sa revanche personnelle.

Draco voulait demander à Lucius ce qu'ils allaient faire là, dans cette pièce qui semblait appartenir au passé, mais il n'avait jamais été une bonne idée d'interroger son père sur ses motivations. Lucius n'aimait pas les questions.

Donc il attendit, la tête haute, les paumes de ses mains pressées doucement contre le côté de ses cuisses, pendant que Lucius fermait doucement la porte derrière eux et marchait vers son bureau. Il tendit la main, comme s'il voulait toucher le bois poussiéreux, mais il se retourna brusquement.

Draco rencontra son regard et y vit de la colère, du fanatisme, et une étrange lueur fiévreuse qu'il n'arrivait pas à comprendre.

"Je t'ai amené ici ce soir, Draco," dit son père, "parce qu'il y a une leçon que tu as besoin d'apprendre, maintenant que tu es diplômé mais que tu n'as pas encore tout à fait rejoint les rang de notre Maître."

Une nouvelle fois, Draco sentit son cœur battre plus vite, bien qu'il ne puisse pas dire si c'était d'inquiétude ou d'excitation. C'était sa chance d'en savoir plus sur les plans de Voldemort, de rassembler des informations dont l'Ordre avait vraiment besoin. Mais ça ne serait pas la première leçon que son père lui avait donné, et chacune d'entre elle avait eu sa part de peur, de haine et de ténèbres.

Il n'avait pas envie d'en apprendre plus là dessus.

"Que voulez-vous que je fasse, père ?" demanda-il, sans aucune trace de ses pensées dans la voix.

Au lieu de répondre, son père pris quelque chose de la poche de sa cape, la soupesa dans sa main un instant, puis l'offrit à Draco. C'était une pierre, une pierre grise ordinaire, et l'inquiétude de Draco se changea en peur.

"Portus," dit Lucius, froidement, et le bureau disparut dans le tourbillon du transport magique.

Concentre toi, bon sang, murmura Draco pour lui même, essayant de contrôler la panique qui menaçait de le submerger. Severus lui avait dit que ça pouvait arriver, que Lucius pourrait l'emmener dans l'une de ses cachettes ou même le présenter au Seigneur des Ténèbres.

Personne ne le suspectait, il savait exactement comment jouer son rôle, et si tout ça tournait mal, il y avait toujours l'Oubliette programmé pour les protéger, lui et ses secrets.

Rien de mauvais ne pouvait arriver. C'était sa chance de collecter des informations, sa chance de donner à l'Ordre ce qu'il avait besoin.

"Où sommes-nous, père ?" demanda Draco, remarquant le couloir richement décoré avec ses tapisseries et ses sculptures.

"Dans l'un des nombreux manoirs cachés du Seigneur des Ténèbres, Draco," répondit Lucius, et ils y avait un sombre et fier orgueil dans ses yeux. "Tu as vu beaucoup de l'ignorance et de la perversion de notre société ces dernières années. Il est temps de te montrer ce que notre Seigneur a à offrir à ses loyaux serviteurs. Suis-moi."

Draco était presque certain de ne pas avoir envie de voir quoi que ce fut que Voldemort pouvait donner à ses serviteurs. Il connaissait assez les goûts de son père pour voir venir quelque chose de cruel, douloureux et dégoûtant.

"J'aimerais vraiment voir ça, père," répondit-il, affichant de la curiosité et de l'avidité.

Son père eut un rictus sombre.

"Et tu verras," dit-il, ses mains reposant sur les épaules de Draco pendant un instant.

Puis il repris sa marche, une main tendue, ordre silencieux à Draco de le suivre.

"Et comment vont les choses à Poudlard ?" demanda Lucius de nulle part, l'attitude de nouveau froide et détendue. Draco avait l'impression que son père n'était pas intéressé par la réponse, qu'il n'était intéressé que par ce vers quoi il le menait. Mais il n'avait jamais réussi à déchiffrer complètement l'attitude de son père. Il y avait juste trop de Lucius Malfoy caché derrière cette élégante façade pour être absolument certain de ce qu'il pensait ou voulait.

"Plutôt bien," répondit Draco, la voix froide et contrôlée. "Mon apprentissage avance doucement, et comme je fais régulièrement mes pauses dans la Grande Salle j'ai pu entendre quelques commentaires sur 'les affaires de l'Ordre' plus d'une fois. La plupart des professeurs disparaît pendant dans heures, mais je n'ai pas encore réussi à trouver où ils se réunissent exactement."

Il afficha un petit sourire satisfait, s'assurant que son père puisse entendre l'arrogance et la satisfaction dans ces mots. "Potter a eu des crises de colère que j'aurais pu entendre des cachots. Il ne parle pas à Dumbledore, et j'ai entendu McGonagall mentionner qu'il refusait de manger avec les professeurs. Il est souvent vu avec les Weasley…"

Draco s'interrompit, pendant un tout petit moment, et réfléchit à ce qu'il allait dire après. C'était un risque, assurément, mais c'était aussi une chance pour eux de découvrir, d'être fixés…

"Miss Granger a l'air de lui manquer…" ajouta-il, s'assurant que la phrase sonne comme une question.

"Voyez-vous ça," répondit son père. Et il sourit.

Ce sourire brisa presque la maîtrise de soi de Draco. Il lui disait que son père savait, qu'il avait vu ce qu'il était arrivé à Hermione. C'était le sourire satisfait d'un dangereux animal après un festin. À ce moment là, Draco sut qu'il avait fait quelque chose de terrible à Hermione.

Et qu'il avait grandement apprécié ça.

"Je me serais attendu à ce qu'elle reste à ses côtés, ne serait-ce que pour les informations qu'elle aurait pu apporter," dit Draco, ne se souciant plus du fait qu'il se mettait en danger en montrant trop d'intérêt. Il devait savoir ce qu'il se cachait derrière ce sourire.

Les yeux de Lucius semblèrent se réchauffer d'un feu étrange, et dans un geste inconscient, il lécha ses lèvres. Ses mains s'agrippèrent à sa canne dans un geste possessif.

"Oh, mais elle avait d'autres obligations," ronronna-il.

Draco se sentit malade. Soudainement, il ne voulait plus rien d'autre que s'éloigner de son père.

Lucius s'arrêta en face d'une porte au bout du couloir. Le feu dans ses yeux brûlait plus fort maintenant, plus fiévreusement qu'avant.

"Vois par toi même," murmura-il en ouvrant la porte.

Et, avec un poids sur l'estomac et un esprit brûlant du cri de rage qu'il ne pouvait laisser sortir, Draco entra.

La pièce était presque complètement vide, les murs d'un blanc immaculé et le plancher nu, sans les habituels tapis, cadres ou autres accommodations qui changeaient n'importe quelle humble demeure des Malfoy en un lieu luxueux et confortable. Au milieu de tout ça trônait un énorme lit à baldaquin, et dessus…

Draco sentit sa gorge se serrer dans une violente convulsion. Le choc le frappa au ventre et se dispersa rapidement jusqu'à ses membres, jusqu'à ce que son corps complet soit simultanément glacé et brûlant.

Hermione.

Il entendit son père à ses côtés glousser d'amusement.

"Oh, sa majesté a été déchue," murmura-il, les yeux fixés sur le corps d'Hermione comme si c'était quelque chose qui lui appartenait. "Elle est à moi maintenant. Le Seigneur des Ténèbres me l'a donnée après qu'il a eu fini de l'utiliser. Toute à moi."

Sans penser, sans ressentir quoi que ce soit, Draco trébucha vers le lit. Il n'était qu'à peine conscient de la présence de son père à ses côtés, encore moins conscient que ses masques étaient toujours en place, mais à peine. Tout ce qu'il voulait c'était s'assurer de ce que ses yeux voyaient.

Hermione, vivante. Sa peau trop blanche sur les draps sombres, des rides sur son visage qu'il n'avait jamais auparavant, ses mains liées par des chaînes magiques au montant du lit… mais elle était vivante !

Et dire qu'ils l'avaient pleurée, qu'ils avaient accepté sa perte alors qu'il y avait encore de l'espoir ! Draco était seul avec son père et elle - il n'avait pas vu d'autre être vivant dans cette maison. S'il était rapide, si seulement il pouvait surprendre son père…

Elle était vivante !

Et alors que sa main avançait doucement vers sa baguette, alors qu'il se tenait à ses côtés, ne croyant toujours pas ce qu'il voyait, son visage bougea.

Elle ouvrit les yeux.

Il n'y eut que de la confusion en eux pendant un instant, la peur et la douleur et des choses que Draco ne pouvait pas nommer, mais ensuite elle sembla le reconnaître, et pendant un battement de cœur, son visage se remplit de tellement d'amour que cela fit mal à regarder.

Puis quelque chose dans ses yeux sauta sur lui.

Draco se crispa en réalisant ce qu'elle avait fait, mais ses protestations paniquées ne firent que résonner dans son esprit alors qu'il sentait les murs se déplacer, des ombres glisser vers la surface et d'autres s'évanouir derrière des portes d'acier.

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Quelque chose l'avait tirée du demi sommeil qui était son état normal en ce moment. Elle s'était accrochée à sa sanité d'esprit, aux derniers fragments de sa conscience pendant - était-ce des jours ? des semaines ? des mois ? - sachant qu'il y avait quelque chose d'important à venir, quelque chose qu'elle devait encore accomplir avant d'abandonner.

Et là, soudainement, elle était réveillée, bien réveillée, la douleur pulsant en elle comme une horloge géante dans son corps, et elle sut que quoi qu'elle ait attendu, c'était maintenant que ça se passait.

Que c'était presque terminé.

Hermione ouvrit les yeux.

Rien n'avait changé dans la pièce, il y avait seulement plus de lumière que ce à quoi elle était habituée. Mais elle n'était pas seule. Il aimait la regarder.

Il se tenait près de son lit, le blanc de ses cheveux contrastant de manière frappante avec ses robes noires, mais sa vision semblait être floue, parce qu'il y avait une deuxième forme qui se tenait à côté de lui, aussi noire et blanche que la première, juste un peu plus petite.

Hermione se pencha pour voir son visage. Ses yeux semblaient avoir perdu une grande part de leur force ces derniers jours, mais peut-être que c'était la luminosité inhabituelle qui les gênait.

Soudain, sans préambule, la conscience remplit son corps et son esprit, et elle retint à peine un cri d'agonie alors qu'elle enflammait toutes les cellules de son corps.

Draco.

Son Draco.

Il y avait tant d'horreur dans ses yeux, de désespoir et un amour presque noyé par le chagrin, et soudain elle sut pourquoi elle avait lutté contre la vague de douleur qui avait tenté de l'emmener jusqu'à l'océan, elle sut pourquoi elle s'était accroché à son esprit.

Draco était là, fils de Lucius Malfoy, de lui, et il était sur le point de se trahir par le choc de sa présence. Son corps tremblait sauvagement, ses mains avançaient vers sa baguette, et ses yeux, ses yeux…

Mais ça ne pouvait pas arriver. Draco devait vivre. Il était un des piliers autour desquels elle avait attaché sa vie, et ce fait était tellement immuable qu'elle eut à peine à réfléchir.

Elle rassembla son pouvoir autour d'elle, une cape en lambeaux qui bientôt tomberait en poussières, et avec un dernier sursaut de force, un effort si grand qu'elle gémit, elle pensa Legilimens et entra dans son esprit.

Presque immédiatement, elle vit son visage changer. Comme un nuage passant devant le soleil, un masque le recouvrit, supprimant les pensées et les sentiments pour les remplacer par d'autres. En un battement de cœur, il changea complètement.

Elle croisa son regard, qui était maintenant froid, d'un gris argenté durci par l'arrogance et la machination, et ce qu'elle vit était une copie de lui, une petite parodie de prince sans compassion ni pitié.

Il lui sourit. Un sourire avide et lubrique qui la transforma en quelque chose à posséder ou dont on se débarrasse.

Elle ferma les yeux. Il y avait une nouvelle douleur dans sa poitrine, un genre de douleur qu'elle avait presque oublié, pas la brûlure physique de sa peau mais une douleur lente et rampante qui la faisait se sentir froide et engourdie.

Elle ne voulait pas voir Draco ainsi. Mais en même temps elle était contente que ça soit fait.

Hochant la tête une fois, satisfaite, elle recula dans son esprit et ferma la porte derrière elle. Tous bruits cessèrent. Tous goûts, odeurs, sentiments cessèrent. Vaguement, elle pouvait deviner d'après la façon dont son corps se convulsait et roulait que la torture avait recommencé, mais cela ne l'affectait pas. Pas ici.

Elle se détourna de la porte vers les immenses et magnifiques paysages de ses pensées, et hocha de nouveau la tête. Sinistrement celle fois. Avec détermination. Puis, elle ne mit au travail, ses mains se transformant en de larges pelles qui déchirèrent le sol et l'herbe alors qu'elle marchait vers le labyrinthe et la bibliothèque qu'il cachait.

Des visages flashèrent devant ses yeux, des souvenirs à sa gauche et à sa droite, des jours passés parmi ceux qu'elle aimait, de toutes les connaissances qu'elle avait accumulées à travers les années, de ces yeux noirs adorés, mais elle se détourna d'eux, le cœur fendu en fragments de glace brisée.

Pas le temps de s'apitoyer sur le passé. Elle avait un esprit à détruire.