Bonjour !
Un grand merci pour vos reviews ! Elles me motivent beaucoup quand j'ai un coup de mou et qu'il reste encore taaaant de mots à traduire avant la fin du chapitre.
Bonne lecture et à mercredi prochain !
67. De masques et d'amitié II
Le dos de Draco était très droit, et il ronronnait de satisfaction alors qu'il marchait vers les grilles de Poudlard. La semaine qui venait de s'écouler avait été… efficace.
Sa mère l'avait ennuyé jusqu'à le rendre fou bien sûr, avec ses ridicules réticences à le laisser faire ce qu'il avait choisi de faire, ce qui lui garantirait les bonnes grâces de leur maître. Au moins elle avait comblé ses besoins en terme de matériel.
Mais avec l'arrivée de son père, la visite était devenue bien plus intéressante.
Il n'était pas sûr de ce qu'il avait préféré - voir la stupide sang-de-bourbe gémir et se tordre sous le Doloris ou enfin s'agenouiller devant le trône du Seigneur des Ténèbres.
Quel dommage qu'il n'ait pas pu prendre la Marque, mais les contrôles réguliers des résidents de Poudlard rendaient la chose trop dangereuse. Le Seigneur des Ténèbres comprenait cela. Il avait dit à Draco qu'il serait un ajout de valeur à ses troupes quand le temps serait venu.
Il avait dit à Lucius d'être fier de son fils.
Draco tint sa tête encore plus haut quand il repensa à ce moment, sa sensation d'allégresse à la lueur de fierté résultante dans les yeux de son père. Enfin il apportait au nom Malfoy l'honneur qu'il méritait.
Il ouvrit la porte du Grand Hall d'un mouvement de baguette et entra. Il avait été ajouté par Kathryn à la liste des personnes autorisées - sans quoi il n'aurait même pas été capable d'approcher le château. La sécurité était élevée à Poudlard, surtout depuis que c'était devenu le quartier général de l'Ordre du Phoenix.
Il reviendrait à Draco au cours des mois suivants de trouver les faiblesses dans leurs défenses, de trouver une façon de briser les protections pour que le Seigneur des Ténèbres puisse entrer quand le temps serait venu.
Il était tellement impatient de voir les visages de ces sang-de-bourbe, de ces amoureux des sang-de-bourbe et surtout de ce maudit traître de Snape quand ils découvriraient que lui, Draco Malfoy, les avaient mis à genoux et provoqué la victoire du Seigneur des Ténèbres. Cette pensée lui donna un sourire triomphant.
Mais toute sa satisfaction mourut quand il vit qui l'attendait devant la Grande Salle.
Potter.
Souriant, en plus de ça.
Merlin, quel pathétique parodie de comité d'accueil.
"Potter," railla-il, sa bonne humeur évanouie. "Et dire que je pensais m'être enfin débarrassé de toi."
Le Survivant eut au moins la décence d'avoir l'air blessé.
Il regarda attentivement autour de lui, comme pour s'assurer que personne n'assisterait à son humiliation par un Malfoy, puis fit un pas en avant comme s'il voulait venir vers Draco. Faire preuve de tant de stupidité méritait la mort.
"Il n'y a personne, Draco," dit-il.
Draco sentit ses lèvres s'étirer en un rictus. Peut-être qu'il y avait encore une chance que ce jour soit encore meilleur que prévu.
"Quelle bonté de me le dire, Potter," se moqua-il. "Dans ce cas je suppose qu'il n'y a pas besoin de faire semblant, n'est-ce pas ?"
L'imbécile fut assez stupide pour acquiescer, comme s'il n'avait pas assez de bon sens pour s'enfuir en courant.
"Amusons-nous un peu, Potter"
Et Draco leva la baguette, un maléfice cinglant sur le bout de la langue.
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Le tintement d'une cloche alerta Harry de l'arrivée de quelqu'un dans le hall de Poudlard, et il ferma le livre sur lequel il n'avait pas été capable de se concentrer pendant des heures avec un claquement.
Draco était revenu.
Il sentit le soulagement l'envahir, et pour la première fois depuis des jours, ses pas furent légers et rapides alors qu'il passait à travers l'une des tapisseries qui menait vers une salle de cours inutilisée près de la Grande Salle.
Enfin il y aurait quelqu'un d'autre pour briser le silence oppressant du vide de l'école, quelqu'un à qui parler et avec qui partager le désordre que cet endroit était devenu.
Et dire que Harry avait toujours rêvé de rester au château pendant l'été, que ses yeux avaient brillé à l'idée des possibilités qui s'ouvrirait devant lui en tant qu'élève dans une école - au moins partiellement - vide de professeurs.
Mais ensuite, Hermione était…
Et maintenant il passait ses jours dans la bibliothèque ou dans le quartier général de l'Ordre, avec pour seule compagnie les passages en coup de vent d'un Professeur McGonagall tourmenté - "Appelez-moi Minerva, mon cher, vous n'êtes plus un élève" -, d'un Directeur qui paraissait finalement faire son grand âge et de quelques Professeurs à l'air funèbre qui surgissaient des pièces et des couloirs comme si marcher trop bruyamment était un crime.
De Severus, il n'avait eu aucune nouvelle.
Après trois jours de silence et de réunions courtes et douloureuses, Harry se rendit compte qu'il attendait avec impatience les sessions d'entraînement. Elles étaient également sinistres, avec la plupart des gens qui se concentraient bien plus que nécessaire sur le travail pour parler d'autre chose. Quand l'humeur s'allégeait ou que la situation devenait comique, un regard à la partie Stratégie de la pièce, à ce qui était devenu sa chaise, était assez pour faire revenir le silence.
Et Harry se rendait compte qu'elle lui manquait, il n'avait pas pensé possible de ressentir autant le manque d'un être humain.
Ça n'était pas juste sa présence, sa chaleur et son intelligence, son humour tordu et sa capacité à le comprendre avant même qu'il n'ait conscience d'avoir un problème, bien que tout ça lui manque aussi, oh Merlin comme ça lui manquait.
Mais avec son absence (sa mort, lui murmura une voix froide dans son esprit), c'était comme si l'Ordre avait perdu un peu de son âme, un peu de son sens. Il n'y avait rien pour les surprendre ces derniers jours, personne ne leur apporterait des situations folles et complètement inattendues.
Et bien sûr, l'Ordre avait perdu tout perdu de Severus en même temps.
Il travaillait toujours pour eux, on ne pouvait pas le nier, il travaillait même plus dur que jamais. Chaque matin quand Harry pénétrait dans le quartier général il y avait de nouveaux rouleaux de parchemin pour lui, Albus, ou d'autres membres de l'Ordre, placé en évidence devant leurs chaises respectives, leurs noms inscrits dessus de la main de Severus.
Mais il n'apparaissait jamais dans les réunions, excepté pour de très courts moments durant lesquels il les submergeait de conseils et d'informations, le tout présenté d'une voix atone.
Sa voix n'était plus douce et élégante. Elle était précise, hachée, comme celle d'un automate. Et tel était aussi son visage, cette étendue jaunâtre et sans expression sur laquelle aucune pensée ni émotion ne daignait apparaître.
En présence de cette machine froide et professionnelle en laquelle s'était transformée leur chef des renseignements, Harry s'était rendu compte qu'il préférait encore leur ancien Maître des Potions. Tout haineux et vindicatif qu'il avait été, au moins il avait eu l'air vivant.
Une autre personne qu'Harry avait perdue dans sa vie.
Assez surprenamment, Ron avait passé beaucoup plus de temps avec Harry ces derniers jours qu'il ne l'avait fait au cours des derniers mois. Que ça soit parce que la mort d'Hermione l'avait finalement fait grandir ou parce qu'il profitait de l'absence de Draco pour redevenir l'ami de Harry sans ces "complications Serpentard", Ron avait été là presque tous les jours.
Mais malheureusement, et c'était douloureux pour Harry de l'admettre, Ron n'était pas l'ami dont il avait besoin, et les visites de Ron n'avaient pas été accompagnée d'une once de ce soulagement et de cette excitation que Harry ressentait maintenant, alors qu'il se dépêchait de traverser la tapisserie située près de la Grande Salle.
Et Draco était là, attendant dans le hall, sa posture élégamment détendue criant son insolence.
Harry sourit. Si Draco affichait cette fausse arrogance en public, rien de mauvais n'avait dû arriver pendant son absence. Il connaissait le Draco fermé et inquiet et il ne ressemblait pas à ça. Mais quand même, quelque chose clochait…
Harry plissa légèrement les yeux et avança d'un pas. Il y avait quelque chose… d'inhabituel dans la façon dont bougeait Draco, inhabituel et terriblement familier en même temps, mais Harry n'arrivait pas à poser le doigt dessus. Pas plus qu'il ne comprit pourquoi la détente satisfaite du visage de Draco changea au moment où il observa l'intérieur du hall… ou plutôt quand il vit Harry.
"Potter," railla Draco, d'un ton qu'il n'avait employé qu'en public ces derniers mois. "Et dire que je pensais m'être enfin débarrassé de toi."
Pendant un moment, Harry fut blessé. Ils avaient été si proches ces dernières semaines, et comme Draco savait à quel point Harry était anxieux qu'il rende visite au Manoir Malfoy, il ne s'était pas attendu à un accueil si froid.
Mais ensuite ses pensées Serpentard - une très récente acquisition - se réveillèrent, lui rappelant que si Harry savait parfaitement que le château était vide et sécurisé, que personne ne pouvait les voir ou les entendre, Draco ne le savait pas et il était bien trop prudent pour prendre le moindre risque.
"Il n'y a personne, Draco," dit-il, mais l'étrange expression sur le visage de Draco ne changea pas.
"Quelle bonté de me le dire, Potter," de moqua-il. "Dans ce cas je suppose qu'il n'y a pas besoin de faire semblant, n'est-ce pas ?"
Harry acquiesça, pas certain d'où allait mener tout ça. D'un coup sa vigilance se réveilla, comme si un danger le menaçait sans qu'il n'en soit conscient.
Mais ça n'avait pas de sens, non ? C'était Draco ! Aucun métamorphomage ou personne sous Impérius ne pouvait passer les portes du domaines inaperçus, après le fiasco du faux Maugrey en quatrième année, Dumbledore s'était assuré qu'une telle chose n'arriverait plus. Mais quelle était cette lueur étrange dans les yeux de Draco ?
"Amusons-nous un peu, Potter"
Quand le maléfice cuisant de Draco quitta sa baguette dans un arc brûlant de flammes rouges, Harry trébucha en arrière comme si Draco l'avait giflé. Seules ses nombreuses heures d'entraînement avec l'Ordre lui permirent de réagir - sans en avoir conscience il érigea un bouclier et le maléfice rebondit dessus et laissa une légère marque de brûlure sur les portes en vieux chêne de la Grande Salle.
"C'est quoi ton problème ?" cria Harry, maintenant en colère et plus que déconcerté. "Tu aurais pu me blesser !"
"Crois le ou non, Potter," railla Draco, avec toujours cette étrangeté insaisissable dans la voix, "C'était mon intention."
Autre sortilège, autre bouclier monté à la hâte. Harry était reconnaissait d'avoir appris toutes ces choses au cours des derniers mois - sinon il n'aurait pas pu tenir en duel contre Draco à cet instant.
"Arrête ça !" hurla-il, ayant toujours du mal à croire que tout cela était bien en train d'arriver. "C'est quoi ton problème ?"
"C'est quoi ton problème, Potter ?" répondit Draco, continuant à jeter des maléfices à peine légaux. "Tu agis comme si ça te surprenait ! Je pensais que rien ne te ferait plus plaisir de me battre ?"
Et soudain, si soudainement qu'il haleta et que son bouclier s'évanouit presque, Harry comprit. L'Oubliettes programmé ! Si Draco était vraiment retourné à son arrogance de Sang-pur et à sa haine de Harry, la seule explication était qu'il était revenu dans son personnage de Mangemort. Quelque chose avait dû déclencher le sortilège de protection !
Harry soupira presque de soulagement. Mais il restait à prendre en compte la haine très réelle et très dangereuse de Draco à son égard et les sorts qu'il lui jetait.
Content que l'entraînement lui ait appris à se battre et à penser en même temps, Harry évita un sortilège particulièrement vicieux, réfléchissant à toute allure.
Il s'était entraîné assez souvent avec Draco pour savoir qu'il ne pourrait pas le battre, du moins pas à la façon chevaleresque des Gryffondors.
Mais à ce stade il avait appris à ne pas penser seulement comme un Gryffondor, n'est-ce pas ? Il se souvenait du Draco d'avant, avant que l'emprisonnement de Lucius Malfoy et le changement de comportement de la maison Serpentard à son égard ne le rende plus humble.
Il avait été arrogant et impulsif, se vantant à tout va et étant plus soucieux d'en mettre plein les yeux plutôt que d'agir vraiment. Il tenait également du lâche. Harry eut un sourire moqueur en se rappelant la panique sur le visage de Draco quand Hermione l'avait frappé, ou quand le faux Maugrey l'avait menacé. Mais ce sourire disparut rapidement sous l'assaut de flashs de lumière rouges qui ressemblaient fortement à des Doloris.
Draco était il fou pour utiliser des Impardonnables dans Poudlard ? Mais ça avait été une des plus grandes erreurs de Draco après tout. Ne pas penser aux conséquences, s'empêtrer dans des situations sans penser à ce qui viendrait après.
Harry se jeta hors de la trajectoire d'un des maléfices, puis conjura un bouclier de bois pour stopper le suivant. Peut-être qu'il pouvait utiliser ça, pensa-il hâtivement. Peut-être qu'il pouvait énerver suffisamment Draco pour qu'il baisse sa garde…
"Alors, rentré du Manoir de la Fouine, Malfoy ?" cria-il, essayant d'imaginer que ça n'était qu'une autre bagarre feinte comme celles qu'ils avaient mises en scène au cours des derniers mois, que ça ne signifiait rien pour Draco et qu'il ne pouvait pas le blesser.
"Ton père s'est il remis de son séjour à Azkaban ou est-il toujours fou ?"
"Au moins mon père est toujours en vie, Potter" railla-il en retour, mais Harry remarqua que son visage avait rougi et que les mouvements de sa baguette étaient devenus plus agressifs.
"Seulement si tu appelles ramper devant un sang-mêlé comme Voldemort une vie," cria Harry en réponse, maintenant certain qu'un plus grand nombre de sortilèges de Draco étaient lancés de travers. "Dis-moi, qu'est ce qu'il est prêt à sacrifier pour ce soit-disant Seigneur ? Est-ce que ta mère réchauffe le lit de cette face de serpent la nuit ? Ou alors c'est pour ça qu'il voulait que tu y ailles, face de fouine ?"
Draco poussa un cri de rage incontrôlé et se rua vers lui, oubliant toute prudence. Mais Harry avait attendu cela. Quand Draco arriva devant lui, il recula d'un pas précis sur le côté et utilisa cet angle d'attaque parfait pour envoyer une rapide succession de Stupéfix. L'un d'entre eux atteignit sa cible.
Draco s'effondra de manière assez inélégante. Harry regarda son ami, étendu devant l'entrée de la Grande Salle, le visage toujours déformé par une grimace haineuse. Il pris conscience de sa respiration hachée et de la sueur qui mouillait l'arrière de sa chemise.
Pendant un moment il fut incapable de se concentrer. Il n'y avait plus qu'une fatigue lancinante dans son esprit, et une douleur sourde. Puis, il fit péniblement léviter le corps de son ami et entama le lent périple jusqu'à la tapisserie.
"Ça va aller, Draco," promit-il, bien qu'il sache de Draco ne pouvait pas l'entendre. "Je vais t'amener à Dumbledore et il conjurera le sort. Tout va bien se passer.
Mais Dumbledore n'était pas au quartier général, ni dans son bureau, et c'est seulement quand il se retrouva à regarder bêtement le bureau vide du Directeur qu'il se souvint que Dumbledore était parti pour sa réunion hebdomadaire avec Fudge une heure plus tôt.
Dumbledore ne pourrait pas les aider. Ainsi, cinq minutes plus tard, le cœur douloureusement battant et halant un Draco Malfoy inconscient, Harry approchait de la tapisserie qui menait aux appartement de Severus et signalait sa présence.
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Respirer exigeait beaucoup d'effort ces derniers temps. Severus se souvenait de ces moments, ceux où seuls une parfaite discipline, une volonté de fer et un sentiment constant de culpabilité lui avaient permis de continuer à vivre, mais ça avait été avant… avant que les choses ne changent, et qu'il soit trop habitué à… ne pas être seul, ne pas ressentir la douleur de cette distance entre le monde et lui.
Mais qu'avait le monde à lui donner, à présent ?
Penser exigeait également beaucoup d'efforts. Son esprit, autrefois le seul endroit sûr dans ce monde, était devenu un marécage dangereux menaçant de l'engloutir tout entier, un champ de mines de souvenirs soudain douloureux et de rêves enterrés depuis longtemps.
Et derrière tout ça, derrière chaque pensée, chaque peur et chaque désir, menaçait ce sombre abîme, la conscience de sa trahison et de sa mort, la conscience du sacrifice qu'il n'avait pas su éviter.
De la tâche qu'il s'était attribuée et à laquelle il avait failli.
Il ne l'avait pas gardée en sécurité.
Chaque rêve, chaque pensée, chaque échange avec ses collègues lui rappelaient ce fait.
Alors il ne pensait pas, il ne parlait pas.
Il fonctionnait.
Et dans la froide clarté de la logique, dans la routine des gestes, des masques et du travail acharné, la douleur pouvait être contenue.
Parfois.
Le travail aidait. Faire avancer leur plan, laisser couler les heures les unes après les autres concentré sur ces petits détails qui pouvaient tout faire rater et qui devaient être étudiés sous tous les angles - il se sentait mieux en travaillant sur cette tâche, capable d'oublier le monde trop réel et trop lugubre pendant un moment.
C'était aussi une façon de se rappeler… sans se rappeler, un souvenir clinique, rationnel qui ne l'obligeait pas à penser à des cheveux bruns brillants dans la lumière du soleil, à des yeux chocolat et à des sourires espiègles, à…. ARRÊTE CA !
Fonctionner.
Il se levait tous les matins et buvait une tasse de café. Il ne buvait plus de thé, pas depuis qu'il avait fracassé sa théière noire dans un accès de rage. Il était resté stupidement debout, à fixer les morceaux pendant presque une heure avant de simplement les laisser par terre. Ses appartements avaient semblé plus froids après ça.
Il mangeait à peine, et quand il le faisait c'était sous la surveillance rapprochée de Jane. L'elfe de maison avait l'air inquiet ces derniers temps, inquiet et triste, et ces deux sentiments n'étaient pas de ceux qu'il aurait associé à Jane auparavant. Mais elle aussi pleurait l'absence de…
Severus frappa le mur de son poing, violemment. Une part lointaine de lui pouvait sentir la douleur et la sensation humide et collante de son propre sang, mais ça n'était rien à côté du soulagement qu'il ressentait, avec son esprit sous contrôle…
Il se lèverait et prendrait un café. Il ne se lavait que rarement, parce qu'il se lavait toujours quand… Il prendrait une tasse de café et il s'installerait à son bureau, son bureau à lui, dans ses appartements à lui, parce que ces imbéciles de l'Ordre ne pouvaient juste pas le laisser tranquille, peu importe ce qu'il faisait.
Il semblaient penser qu'il avait besoin de contact humain. Il pensaient qu'il avait besoin d'en parler. Ils voulaient qu'il s'en remette, comme si c'était possible…
Il irait jusqu'à son bureau et il écrirait une liste de tâches à réaliser dans la journée. Ces listes étaient énormes, devenant de plus en plus longues chaque matin, et pourtant il se trouvait toujours avec trop de temps devant lui le soir venu, à arpenter ses escaliers de haut en bas, refusant de regarder la chambre dans laquelle… refusant de se souvenir… ils errerait dans ses quartiers jusqu'à ce que l'aube éclaire sa bibliothèque ou que l'épuisement se submerge et lui autorise quelques heures de sommeil sans repos.
Ils compilerait quelques documents pour différents membres de l'Ordre, contenant des choses qu'ils avaient besoin de savoir ou sur lesquelles se concentrer, dans un effort pour prendre soin des personnes qui comptaient pour elle… Ils compilerait ces documents et les laisserait à leurs places autour de la grande table ovale, toujours à des moments différents de la nuit parce qu'il ne voulait pas qu'ils se mette à l'attendre, ne voulait pas voir les visages de Draco et Harry, qui avaient été ses…
Ces documents étaient presque le seul contact qu'il avait eu avec l'Ordre ces derniers jours. Parfois il apparaissait lors d'un entraînement ou pendant une réunion pour de très courts et très intenses moments de critiques et de rudes avertissements, mais dans l'ensemble, Albus, Maugrey et Remus avaient la situation bien en main.
Il n'aimait pas regarder la plateforme de duels. Ça faisait remonter des souvenirs…
Et il rencontrait ses contacts. Des gens étranges, toujours pressés, qui le connaissaient à peine et qui ne se souciaient pas des raisons de son changement soudain. Des personnes avec qui il avait une relation strictement professionnelle, des espions dont il ne se souciait de la vie ou de la mort, contrairement à…
Des espions, des informateurs, des aurors et des petits voyous. C'était les seules personnes qu'il écoutait vraiment ces derniers jours, si on ne tenait pas compte des lettres qu'Albus envoyait. Des lettres quotidiennes. Les lettres ne le dérangeait pas vraiment, puisqu'elle ne lui avait presque jamais écrit. Seulement à Harry et…
Mais ces lettres l'irritaient quand même, comme une démangeaison qu'on ne pourrait pas gratter. Il savait que ces gens qui attendaient de l'autre côté de la tapisserie voulait obtenir quelque chose de lui, quelque chose qu'il avait autrefois possédé mais qu'il ne pouvait plus donner, quelque chose de plus que ce que le bâtard graisseux des cachots ou le Mangemort au visage de pierre pouvaient donner.
Mais il ne restait rien d'autre.
Pas s'il voulait survivre. Chose qu'elle lui avait demandé dans sa lettre, chose qu'elle avait exigé bien qu'elle ne puisse pas réellement s'attendre à ce qu'il…
Severus gronda alors que la tapisserie magique se mettait à sonner. Quelqu'un requérait le droit d'entrer dans ses appartements depuis le quartier général. Et d'après la persistance du bruit, ce quelqu'un était très déterminé.
Il jeta sa tasse de café loin de lui, ne se souciant même pas de salir les livres (elle avait aimé ces livres, tellement aimé, et maintenant ils reposaient en lignes comme des enfants abandonnés, attendant leurs nouveaux parents dans le froid lugubre d'un orphelinat) et marcha jusqu'à la tapisserie.
Il pouvait sentir la façon dont ses épaules se tendaient douloureusement et dont sa mâchoire se serrait. Il ne voulait parler à personne. Il ne voulait pas voir la pitié dans leurs yeux, la conscience qu'il était devenu une coquille vide parce qu'il avait été quitté, parce qu'elle…
Il abaissa les boucliers de la tapisserie et la traversa.
La vue inattendue d'un Draco inconscient flottant au milieu des airs le fit s'arrêter net.
Que diable…?
"C'est Draco," expliqua inutilement Harry. Severus sentit un mal de crâne lui vriller les tempes. Il avait déjà envie de retourner à sa solitude.
"Il est rentré au château il y a quelques minutes. Vu comment il a agi je crois que son Oubliettes programmé a été activé par quelque chose. Il m'a attaqué, Severus."
Severus grinça des dents. Il ne pouvait ignorer la situation, ni la résoudre rapidement - leur plan reposait sur la façon dont Draco se comportait en présence de son père. Il allait devoir découvrir ce qu'il s'était passé, même si la dernière fois qu'il avait fouillé dans l'esprit de Draco pour enlever les effets de l'Oubliettes programmé était quand elle…
"Entrez," ordonna-il sèchement, montrant la tapisserie pour s'assurer que Harry le comprendrait. Il ne pouvait pas résoudre le problème ici, où quelqu'un pouvait arriver à tout moment et perturber sa concentration. Aussi réticent qu'il était à les laisser entrer dans ses quartiers, c'était le seul endroit où il pourrait travailler tranquillement.
Logique, s'intima-il en silence alors qu'il suivait Harry dans ses appartements. Rationalité. Froideur. Discipline. Travail. Tu peux le faire.
Harry s'arrêta brusquement quand il vit la bibliothèque de Severus, mais Severus garda les yeux sur Draco inconscient. Il savait ce que Harry voyait.
Le deuxième bureau, quelques fauteuils et canapés disparus, laissant des espaces vides dans l'agencement de la pièce.
Des livres, arrachés de leur place et reposant sur le sol comme des oiseaux aux ailes brisées. Les restes brisés d'une théière noire, brillant doucement dans la lumière de l'après-midi. La cheminée sale et éteinte. Éteinte depuis un bon moment.
"Amène le ici," ordonna Severus, remarquant à quelle point sa voix était rauque. Tant mieux. Elle avait aimé sa voix, mais maintenant il…
"Met le sur le canapé."
Harry hocha la tête, les yeux restant fixés sur le visage de Severus un instant comme s'il voulait dire quelque chose, mais il décida sagement de garder le silence. Il avait appris quelque chose finalement.
Froideur. Contrôle. Distance.
Draco avait l'air normal et en bonne santé, excepté le fait que Severus ne l'avait jamais vu le visage aussi détendu, et ses sortilèges de diagnostic révélèrent qu'il n'était sous l'influence d'aucun maléfice ni potion.
Enlève l'Oubliettes. Réveille-le. Écoute ce qu'il a à dire.
Severus prit une grande inspiration, forçant ses épaules à se détendre et sa mâchoire à s'ouvrir.
Puis il s'abaissa jusqu'à pouvoir soulever les paupières de Draco d'une main, fouilla rapidement son esprit, sans regarder autour de lui, et prononça la séquence de sons qu'ils avaient mise au point il y a tant de mois, la seule clé qui pouvait libérer le véritable esprit de Draco. Les sons s'élevaient jusqu'à son propre esprit, bien qu'il les prononce comme s'il avalait du verre pilé. Elle avait mis au point cette séquence.
Froideur. Contrôle. Distance.
Il termina le contre sort et saisit sa baguette pour réveiller Draco. Pendant un moment, le bois doux sembla étranger dans sa main. Il n'avait pas beaucoup utilisé la magie ces derniers temps, préférant la sensation tangible de faire les choses à la main. Il n'avait en fait pas fait grand chose, maintenant qu'il y pensait, rien d'autre qu'être resté voûté au dessus de son bureau, errer dans ses appartements ou perdre son regard par la fenêtre pendant des heures.
Froideur. Contrôle. Distance.
Peut-être qu'il avait voulu mettre le travail de ses mains entre lui et le monde qui avait tué…
Pendant un moment, Draco resta immobile, seul le mouvement de son torse indiquant qu'il était en vie. Il respirait doucement, de manière hésitante, comme s'il n'était pas certain de pouvoir faire confiance à l'air qui emplissait ses poumons.
Puis brusquement, son corps commença à trembler, légèrement au début, puis augmentant jusqu'à ce que le tremblement devienne violent et qu'il en tombe sur le sol.
Rassemblant ses genoux contre ton torse et enfouissant son visage dans ses mains, Draco s'abandonna aux tremblements. Il avait l'air incroyablement petit comme ça, comme un enfant de dix ans abandonné par sa mère.
Un son aigu et pénétrant remplit soudain la pièce, et Harry regarda autour de lui pour en déterminer l'origine avant de sembler réaliser que le son, ce terrible son de désespoir et d'horreur, venait de Draco.
Froideur. Contrôle. Distance. S'intima Severus, mais il était difficile de rester distant devant ce spectacle, sans savoir ce qui causait la douleur de Draco.
"Merlin," gémissait à présent Draco, la voix aussi rauque que celle de Severus, à peine audible à travers ses mains qui cachaient toujours son visage.
"Merlin, non…"
"Draco," dit Harry, la voix tremblante et peu assurée. Il tentait d'atteindre son ami, mais sans conviction, comme s'il n'était pas sûr de la réaction de Draco.
"Comment diable ai-je pu faire ça ?" hurla Draco, non, gémit-il, et le cœur de Severus se glaça.
"Draco?" Mais la voix de Harry ne semblait pas avoir d'effet sur le Serpentard. Cela rappela à Severus l'état de choc de Hermione, au temps où elle avait…
Froideur. Contrôle. Distance.
Apparemment, Draco avait besoin de quelqu'un pour le tirer de cet état de détresse de plus en plus profond. Severus savait exactement comme faire ça.
"DRACO MALFOY", tonna-il, surpris de voir à quel point sa voix pouvait être forte et autoritaire quand à l'intérieur il n'était rien d'autre qu'un tas de verre brisé. "Tu vas me regarder et me dire ce qu'il s'est passé immédiatement !"
Pendant un moment Severus s'attendit à ce que Draco ignore son ordre, mais ensuite, lentement les tremblements cessèrent. Draco laissa ses mains tomber de chaque côté de son corps et leva la tête pour que Severus puisse finalement voir son visage et les yeux énormes qui le regardaient. Ils étaient complètement secs, mais bordés de rouge et injectés de sang comme si Draco avait pleuré pendant des heures.
"Hermione est en vie," murmura Draco.
La bulle de froide clarté qui entourait Severus explosa.
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"Qu'allons-nous faire ?" murmura Minerva avec désespoir, n'ayant l'air pour une fois ni confiante ni maîtresse d'elle-même.
"Je ne suis pas certain," répondit Albus, ses yeux se posant sur le Severus silencieux dans les appartements duquel ils s'étaient réunis.
"Draco m'a dit tout ce qu'il avait remarqué à propos de ce manoir. Il m'a même laissé son souvenir pour que je puisse le voir moi même dans la Pensine. Il n'y a aucun indice sur sa localisation. Lucius Malfoy a été très soigneux avec les informations qu'il a divulguées. Nous ne savons même pas s'il est situé en Grande-Bretagne ou à l'étranger."
"Et l'endroit où Draco a rencontré le Seigneur des Ténèbres ?" demanda Harry.
"J'ai bien peur que nous ayons le même problème ici aussi, mon garçon. Ils y sont allés en Portoloin - aucune trace de transplanage que nous pourrions détecter. Le bâtiment entier était souterrain et incartable - il n'est pas possible d'en savoir plus."
"Draco pourrait y retourner, avec un sort traceur ou un Portoloin sur lui. Il pourrait attraper Hermione et utiliser le Portoloin pour s'enfuir," suggéra Harry, bien que sa voix tremblante laissait deviner à Albus à quel point il était effrayé de perdre le Serpentard.
"Si Tom est à moitié aussi intelligent que ce que je crois, Harry," répondit tristement Albus, "Il aura protégé ses forteresses contre les deux possibilités. Tout comme je l'ai fais pour Poudlard, et Miss Granger m'a dit…" Il hésita un instant, les yeux une fois de plus sur Severus, dont le visage était caché dans l'ombre.
"Miss Granger m'a dit qu'elle n'avait jamais vu un endroit aussi protégé que le quartier général de Tom. Elle-même n'aurait pas risqué d'y amener un Portoloin."
Albus se sentait vieux ces temps ci, si vieux et fatigué qu'il imaginait qu'il pouvait entendre ses os se désintégrer doucement pour retourner à la poussière dont ils étaient issus.
Il savait quelle question allait poser Harry, savait qu'en tant de Gryffondor il ne pourrait s'en empêcher, même s'il agissait de manière très mature face à la mort de son amie. Mais maintenant, sachant que Miss Granger était toujours en vie et qu'elle le resterait pendant un terrible et très long moment, Albus savait qu'il n'aurait qu'une seule idée en tête.
"Mais comment peut-on la secourir alors ?"
Et Albus, vieux et si las à cette question qui lui avait été posée, encore et encore et encore, à travers plus de guerres et de conflits qu'il ne pouvait compter, secoua la tête en signe de résignation.
"Je ne sais pas, mon garçon," murmura-il doucement, "Je ne pense pas qu'on puisse."
Ne voulant pas rencontrer le regard de Severus ou de Harry, trop las pour supporter leur chagrin, Albus tourna la tête pour regarder les ombres dans le coin de la bibliothèque.
Pendant un moment, il pensa avoir vu quelque chose, une petite silhouette sombre, à moitié cachée par une étagère, et il se raidit un peu. Si le passé lui avait appris quelque chose, c'était de savoir qu'ils n'étaient jamais complètement en sécurité, même dans des pièces aussi protégées que celle là.
Mais il regarda mieux et il reconnut Jane, l'elfe de maison têtue de de Severus. Il se détendit légèrement, retournant aux affaires courantes. Jane était plutôt loyale envers son employé, après tout, et n'avait pas besoin d'être surveillée. Et puis les elfes de maisons loyaux avaient toujours été inoffensifs, n'est-ce pas ?
Ce qu'Albus ne voyait pas à travers l'ombre du soir qui tombait était la façon dont les mains de Jane avaient saisi le bord de son tablier, le tordant et le tirant sans douceur, et la lueur froide dans ses yeux.
S'il l'avait remarqué, il aurait peut-être révisé son opinion sur l'inoffensivité des elfes de maison.
