Bonjour,

Un grand merci pour vos review ! Je vois que vous placez beaucoup d'espoir en Jane, ce chapitre devrait répondre à vos interrogations.

Jade : Je publie tous les mercredis ! Parfois je publie en plus le samedi quand j'ai fini de traduire un chapitre en avance mais ça reste rare.

Bonne lecture et à mercredi prochain !


Ce chapitre est pour tous les elfes de maison du monde.

68. Jane sous couverture

Il était dans les principes de Jane de ne jamais s'impliquer dans les affaires des humains.

D'après son expérience, s'occuper des problèmes des sorciers ne menait à rien d'autre que des ennuis, surtout pour les elfes de maison.

Quand les sorciers voulaient quelque chose ils suppliaient, gémissaient et se ridiculisaient et promettaient tout ce à quoi ils pouvaient penser. Si vous leur donniez ce qu'ils voulaient cependant, la meilleure chose à laquelle vous pouviez vous attendre était un coup de pied et des insultes. Les sorciers ne se sentaient jamais redevables envers les elfes de maison.

Elle n'était pas bien sûre de la raison pour laquelle elle était sur le point de faire une entorse à ses principes pour ce petit bout de femme têtue et née moldue aux cheveux broussailleux que Severus appelait "La Dame de la Maison" à moité sérieusement.

Peut-être à cause de la façon dont elle avait changé son garçon, qu'elle avait atteint en plein dans le cœur glacé qu'il avait et à qui elle avait insufflé un nouveau souffle de vie jusqu'à ce qu'elle ne reconnaisse presque plus l'homme froid et distant qu'elle avait connu dans le Severus passionné, drôle et auto-indulgent.

Peut-être parce qu'elle l'avait secouru du long procédé de décrépitude qu'il avait entamé vingt ans auparavant, quand ce monstre l'avait marqué.

Peut-être parce elle seule, sur toutes les générations de sorciers que Jane avait connues, avait essayé de se battre pour la cause des elfes de maison, naïvement et de manière plus que stupide, mais avec une honnête motivation.

Ou - bien qu'elle ne l'aurait jamais admis à voix haute - c'était peut-être simplement parce que Jane n'avait jamais aimé un autre être humain aussi fort depuis qu'elle avait tenu le petit Severus, à peine âgé d'un jour, dans ses bras et écouté sa petite respiration de bébé.

"Dobby Elfemaison," dit-elle, le visage sévère. Bien qu'aucun enfant humain à Poudlard ne le sache, le plus gros de l'attitude de Severus quand il enseignait était copié de Jane, à l'époque où il était trop jeune et terrifié pour impressionner les enfants par sa propre personnalité. La seule chose qu'il n'avait pas reprise était sa gentillesse envers les plus petits - qui était restée coincée comme l'espoir dans la boîte de Pandore.

"Dobby Elfemaison. Arrête de trembler et répond à mes questions maintenant, ou tes amis te confondront avec un âne quand j'aurais fini de tirer tes oreilles !"

"Mais Miss Jane…" gémit Dobby, tordant les-dites oreilles comme s'il voulait mettre lui même ses menaces à exécution. "Dobby est…"

"Parle comme la créature intelligente que tu es, Dobby Elfemaison ! Tu sais que je n'approuve pas ces inepties. Tu connais la langue aussi bien que les sorciers !"

C'était une pratique déplorable parmi les elfes de maison, cette déformation de la langue anglaise. Comme si avoir l'air stupide, incapable et insensible les rendaient moins remarquables aux yeux des sorciers. Ou moins punissables.

Jane avait toujours pensé que c'était une pratique d'esclave, et l'étude de différents cultures d'esclavagistes l'avait confirmé, un petit fait qui les faisaient paraître moins que ce qu'ils étaient afin que les sorciers puissent justifier leur répression par la loi de la nature et leur supériorité intellectuelle. Jane n'approuvait pas ça du tout.

"Oui, Miss Jane," acquiesça Dobby, ayant maintenant l'air penaud. Elle avait été si fière de lui, ce petit elfe Malfoy torturé, quand il s'était libéré de ses chaînes - physiques et mentales - et était devenu le deuxième elfe libre ayant désiré sa liberté. Mais au lieu de rallier les autres elfes à sa cause, il avait décidé d'être mignon plutôt que puissant. Parfois Jane se demandait pourquoi elle s'embêtait.

"C'est juste, Miss Jane, que les elfes de maison ne trahissent jamais les secrets de leurs Maîtres…"

"Tu n'as plus de Maître Dobby," le corrigea sévèrement Jane, et elle vit Dobby reculer. "Tu es un elfe libre, une personne, pas un esclave. C'est la dignité qui de demande d'agir ce soir de manière juste, pas de choisir ce qui est facile ! Libère toi des derniers vestiges de ta prison mentale et embrasse la liberté pour laquelle tu as souffert !"

Dobby avait juste l'air confus à présent.

Jane soupira. Parfois elle comprenait l'approche de Severus envers les autres, vraiment.

"Dobby Elfemaison," essaya-elle de nouveau, cette fois sans sévérité. "Miss Granger, la meilleure amie de Harry Potter souffre beaucoup, et tu es le seul à pouvoir m'aider à la rendre de nouveau heureuse. Le feras-tu ?"

Secouru de l'abysse de la philosophie politique, Dobby relacha ses oreilles, pensa de manière visible (ok, je sais pourquoi Severus veut toujours les gifler), et fit un sourire radieux.

"Dobby le fera…" commença-il gaiement, avant de remarquer son froncement de sourcil et de se reprendre. "Je ferai tout pour aider le grand Harry Potter, Miss Jane ! Je retournerai même voir le mauvais, vilain…"

Sa tête eut un sursaut, comme s'il voulait la taper contre un objet solide et douloureux, et Jane s'interposa et le stabilisa sans même y penser. Elle était assez habituée à ce genre d'automatismes. Dans la pièce où elle enseignait aux jeunes chaque bureau montrait des traces causées par les têtes des elfes de maison qui s'auto-punissaient.

"Ça ne sera pas nécessaire," dit-elle, regardant de manière résignée l'expression de martyr héroïque sur le visage de Dobby se changer en soulagement. "Tout ce que j'ai besoin c'est l'information que je t'ai demandée. MAINTENANT !" Sur ce dernier mot, son autorité d'institutrice revint en fanfare, et avant que Dobby ne l'ait remarqué, il avait babillé tout ce qu'elle avait besoin de savoir.

ooooooooooooooooooooooooo

Revêtir l'uniforme d'un elfe de maison était étonnamment facile et pourtant c'était la chose la plus difficile qu'elle n'aie jamais faite - bien plus qu'un acte physique. Un observateur extérieur aurait seulement remarqué un froncement de sourcil légèrement irrité sur son visage, mais la vérité était que la vue du tablier d'un blanc immaculé et de la broche qui le maintiendrait en place remplissait Jane d'horreur.

Elle grogna alors qu'elle le drapait autour de son corps nu, la technique lui revenant facilement même après toutes ces années, mais le grognement menaça de se transformer en sanglot quand ses yeux tombèrent sur son reflet dans le miroir.

Sa liberté avait duré presque vingt ans, elle avait enseigné à des générations d'elfes, s'était entretenue avec le grand Albus Dumbledore et le célèbre Harry Potter, et pourtant il ne fallait rien de plus qu'un simple torchon blanc pour la réduire à l'état d'objet, une nouvelle fois.

Vingt ans, et la voilà - un esclave, indistinguable des centaines d'elfes qui travaillaient pour le confort de leur maître dans tout le pays.

Un torchon blanc et un air modeste, et tout ce qu'elle n'avait jamais dit ou fait disparaissait comme si cela n'avait jamais eu lieu.

Et en vérité, elle l'admettait devant l'image d'elle en esclave, en vérité elle avait oublié ce que ça faisait. Elle avait oublié ce que c'était d'être une victime, de savoir que ça allait arriver, toute cette douleur et cette humiliation, devant lesquelles on ne peut que courber le dos sans se plaindre.

Soudain, toute l'irritation qu'elle avait ressenti envers les jeux d'espion de Severus, et plus tard d'Hermione, et la colère devant leur entêtement et les doutes sur l'utilité de leur travail s'évaporèrent.

Cela devait ressembler à ce qu'ils avaient ressenti quand ils avaient dû se présenter devant Voldemort, ces misérables tremblements dans tous leurs membres qui d'habitude avaient des mouvements assurés, cette soudaine faiblesse de l'esprit qui leur crie de s'enfuir en courant, peu importe le devoir. Si c'était ce qu'ils avaient ressenti, à chaque fois, avant de mettre le masque blanc et de rejoindre leur maître, alors ils étaient les personnes les plus courageuses de la terre.

Et dans ce cas leur courage méritait qu'elle donne sa vie pour eux.

Elle pris une profonde inspiration, rejeta ses épaules en arrière et ajusta une nouvelle fois le torchon drapé autour d'elle. Puis, elle claqua des doigts et disparut de la pièce, instantanément transportée à un autre endroit.

Elle leva les yeux, s'assurant que ses oreilles étaient dans une position apparaissant comme obéissante et craintive, et se rendit compte qu'elle était dans une vaste cuisine vide. Une vieille elfe travaillait dans un coin, nettoyant des assiettes avec les mouvements fatigués de ceux dont la magie est presque épuisée.

Jane pouvait voir que le temps de cette elfe était presque écoulé, et dans une bonne famille attentionnée, elle aurait été libérée il y a longtemps. Ici, elle pouvait seulement espérer être laissée tranquille le plus longtemps possible et ne pas perdre le droit d'avoir sa tête montée sur le mur après sa mort.

"Je être Jinny. Le maître m'envoie pour aider au nettoyage," se présenta-elle, en faisant les gestes qui indiquaient son origine et son propriétaire. Elle avait passé les deux derniers jours à apprendre ces signes, mais il sembla que ses efforts avaient été inutiles puisque la vieille elfe de maison ne tourna que vaguement la tête dans la direction de Jane, ne se prenant même pas la peine de paraître intéressée.

Intérieurement, Jane sourit de satisfaction. C'était tout ce qu'elle avait espéré. Cette elfe de maison ne se souviendrait de rien et parlerait encore moins.

"Tu nettoyer. Je faire la cuisine pour Maître Malfoy," marmonna-elle vaguement dans la direction de Jane, et Jane hocha aussi vaguement la tête en signe de consentement.

C'était plutôt décevant, vraiment. Après tout il lui avait fallu deux jours pour trouver son chemin jusqu'à ce manoir, deux jours pour visiter les foyers des Mangemorts connus ou soupçonnés, deux jours à rencontrer les elfes de maison que Dobby lui avait indiqué comme mécontents, des créatures si torturées et abusées qu'elles étaient susceptibles de laisser s'échapper quelques secrets de famille.

Il n'y avait pas de fidélité politique chez les elfes de maison, comme elle l'avait souvent expliqué au peu d'humains qui avaient pris la peine d'écouter, seulement la loyauté envers leurs maisons et familles. Et en plus de ça, cette loyauté était ouverte à l'interprétation ou pouvait être contournée avec l'aide de quelques tournures de phrases habiles. Ou surmontée par la terreur qu'inspirait Jane.

Parce que leur loyauté, malgré le fait que les sorciers la percevait comme telle, était tout sauf simple. Pendant ses leçons aux jeunes elfes de maison, Jane avait l'habitude de la comparer à des toiles finement tissées, et les arpenter sans déchirer le tissu des liens familiaux, des amitiés, des alliances ou des appuis financiers exigeait d'être un maître en la matière.

Une bonne chose qu'elle le soit, ou elle n'aurait jamais pu se retrouver dans ce manoir, avançant discrètement vers la prison d'Hermione en nettoyant sur son chemin.

Elle reconnut la porte de la pièce par la description que le garçon Malfoy en avait faite. Il avait été horrifié de ce qu'il y avait trouvé, et l'inquiétude faisait battre son cœur plus vite alors qu'elle atteignait la poignée de la porte.

Elle était si nerveuse et tendue que quand une voix tranchante s'éleva derrière elle elle couina et gémit comme l'aurait fait une vraie elfe de maison avant même de se rendre compte de ce qu'il se passait.

"Qu'est ce que tu crois être en train de faire, elfe ?" Une voix d'homme, raffinée et vraiment froide. Elle n'eut pas besoin de lever les yeux pour reconnaître la voix de Lucius Malfoy - son père et lui avaient été invités assez souvent chez ses anciens Maîtres pour rendre son aura terriblement familière.

Pendant un instant elle se demanda si sa mission de secours se terminerait avec sa tête exposée sur l'un des murs du manoir, ou si elle se verrait forcée de faire quelque chose d'aussi ridicule que repasser ses propres mains. Aucune de ces solutions ne l'enchantait.

"Le Maître a demandé à Jinny de prendre soin de la sang-de-bourbe," marmonna Jane, les yeux fixés sur ses pieds et les épaules tremblant légèrement de la peur ancienne des sorciers avec laquelle naissait tout elfe de maison. "Jinny nettoie et range tout correctement."

Elle avait presque oublié ce que ça faisait, après les années de liberté et de confort que Severus lui avait accordées, mais maintenant elle se souvenait de l'impuissance, la peur et toujours couvante, la soumission avide, le souhait de plaire à son Maître.

Tu ferais mieux d'avoir survécu ma fille, pensa-elle au plus profond de son esprit. Je ne tolérerais pas d'avoir fait tout ça pour rien.

La canne qui s'abattit douloureusement sur ses côtes était dure et froide, et l'air s'échappa brusquement des poumons de Jane. Elle resta sur le sol là où son attaque l'avait projetée, attendant sa punition, mais rien d'autre ne vint. Il semblait que c'était la charmante façon de Lucius Malfoy de dire à un elfe de maison de continuer son travail.

"Veille à ne pas la soigner, ni la toucher en aucune façon," dit-il d'une voix traînante, une étrange touche de possessivité dans la voix. "Elle m'appartient."

Jane pris une grande inspiration et sauta sur ses pieds de la façon la moins digne possible.

"Oui, Maître, monsieur, Jinny y veillera, monsieur," babilla-elle et elle put entendre un soupir dégoûté, seul témoin que Malfoy avait pris note de ses paroles.

Elle leva les yeux tout juste à temps pour le voir disparaître à l'angle du couloir. Puis, elle pris une autre grande inspiration et ouvrit la porte.

La puanteur la submergea presque. Les elfes de maison étaient sensibles aux odeurs, ce qui les rendait aptes à juger de la qualité de la nourriture et de l'hygiène de la maison, mais cela les rendait également sujets aux nausées et méfiants envers les mauvaises odeurs.

Ils détestaient l'odeur persistante de la maladie et du sang, la puanteur résiduelle de la douleur et de la peur qui restaient dans l'air quand une créature était blessée.

Pour les elfes de maison, il n'était pas facile de travailler pour un Mangemort, et la morale n'avait rien à voir avec ça.

Il lui fallut toute sa détermination pour pénétrer dans la pièce et fermer la porte derrière elle. La puanteur semblait s'accrocher à sa bouche et à son nez et remplir ses poumons de monstruosité. Soudain, elle ne fut plus certaine d'avoir envie de voir ce qui gisait sur le lit.

Mais elle n'avait pas survécu jusque là pour rien. La discipline l'avait faite avancer là où les autres elfes de maison aurait abandonné bien avant. La discipline continuerait de la faire avancer maintenant.

Elle fit un autre pas en avant dans cette pièce étrangement blanche, et propre à faire peur, et elle vit le lit. La silhouette inanimée reposant dessus. Le sang.

"Oh, ma pauvre fille," murmura-elle, toute sévérité et efficacité oubliée devant ce terrible spectacle. "Ma pauvre, pauvre fille."

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Harry tapa vivement sur le bord de la tapisserie magique, attendit une minute, puis tapa une nouvelle fois. Ces derniers jours, il n'y avait pas d'autre moyen d'atteindre Severus que d'être plus têtu que lui.

Quand rien ne se passa, il échangea un rapide regard interrogateur avec Remus, qui se tenait à ses côtés, vibrant presque sous la tension.

"Es-tu sûr que c'est ce qu'il faut faire ?" demanda Harry, et bien qu'il ait l'air tout sauf joyeux d'être là, Remus acquiesça.

"Ça ne peut pas continuer comme ça," répondit-il. "Il doit faire face à ce qu'il s'est passé, ou il ne sera plus jamais le même."

Silencieusement, Harry se demanda si on pouvait réellement appliquer ce genre de psychologie Gryffondor aux Serpentards. Draco aurait reniflé aux mots de Remus et leur aurait dit que la dépression était un don précieux de la nature aux humains, s'il n'était pas caché dans ses appartements, toujours rongé par le chagrin et la culpabilité.

Harry soupira. Leur groupe tombait en morceaux si rapidement que ça serait un miracle s'il restait assez d'entre eux suffisamment sains d'esprit d'ici Halloween. Il ne s'était certainement pas attendu à ce que le plus grand danger vienne de l'intérieur. Mais il n'en avait jamais su beaucoup sur la dynamique des groupes, après tout.

Et il n'avait jamais eu la voix d'un Serpentard dans la tête auparavant, lui murmurant que certaines choses ne pouvaient pas être résolues par la confrontation, qu'il y avait certaines peines qui ne pouvaient être apaisées par du thé et de l'empathie. Ni même par du whisky.

Remus frappa une nouvelle fois, et soudain Harry ne fut plus tout à fait sûr que c'était une idée raisonnable. Il n'était même plus sûr de pourquoi il s'était embarqué dans cette affaire avec Remus. Le loup garou lui avait dit qu'il était le meilleur ami d'Hermione après tout, que cela le liait à Severus, mais même avec toute la volonté du monde Harry n'arrivait pas à imaginer quelque lien que ce soit entre eux. Il ne pouvait encore moins s'imaginer dire à Severus qu'il comprenait ce qu'il ressentait - l'autre suggestion que Remus avait faite.

"Ne devait-on pas…" commença-il, mais il fut interrompu par l'éclat doré qui illumina la tapisserie. Il semblait que Severus avait décidé de répondre à leur appel.

Ils entrèrent dans ses appartements, et Harry dut faire un effort physique pour ne pas se cacher derrière Remus ou tourner les talons et s'enfuir. Il avait été choqué en entrant dans la bibliothèque deux jours auparavant, avec un Draco inconscient flottant derrière lui, choqué par les changements que la pièce avait subis.

C'était encore pire maintenant. Les tapisseries et les cadres avaient été arrachés des murs et ils semblait que quelqu'un avait réduit en miettes la plupart des verres et des pièces de cristal dans un accès de rage. La seule chose qui ne semblait pas malmenée et dévastée était le bureau de Severus, le seul restant dans la pièce, qui était submergé de parchemins et de livres.

Il avait été bougé pour faire face à une portion de mur blanche et nue, comme si la personne qui y travaillait refusait de faire face à son salon. Ou au monde.

Au milieu de tout ça, se tenait Severus, les cheveux gras, le teint jaunâtre, avec les yeux d'un noir vide et entourés d'ombres, les attendant. Il semblait appartenir à la pièce, à cet endroit de ruine et de désespoir.

"Oui," dit-il au lieu de les saluer, le visage sombre et menaçant et pourtant toujours sans expression, comme une maison vide.

Soudain Harry se rendit compte qu'il était d'accord avec Remus. Ça ne pouvait pas continuer.

"Tu… Tu nous manques pendant les réunions, Severus," commença Remus, la force de sa voix disparaissant devant la non-présence de Severus.

"Je ne pense pas, non," dit Severus, éteint. "Les notes que je laisse à vos places détaillent les nouveaux développements, et toutes les autres décisions sont entre les mains de notre vénérable leader."

Pendant un instant, sa voix retrouva un peu de son ancienne ironie, avant de replonger dans le néant. "Par conséquent, il n'y a aucune raison que je sois présent."

Il se tourna à moitié vers la tapisserie, comme s'il s'attendaient à ce qu'il repartent maintenant que l'affaire était close.

Harry se tortilla, mal à l'aise. Que n'aurait-il pas donné, au cours de ses sept années de cours de Potions, pour avoir un Snape aussi désintéressé, aussi invisible. Il pouvait se souvenir du temps où la présence sévère de Severus changeait l'atmosphère d'une pièce.

Maintenant, il dégageait autant de présence qu'une plante en pot.

Une plante en pot morte.

On ne pouvait même pas qualifier ça de tragique, pensa Harry alors que se yeux se promenaient sur les doigts tâchés d'encre de Severus, ses robes froissées et poussiéreuses. C'était juste triste, triste à briser le cœur.

Il croisa le regard insistant de Remus et se concentra sur la situation en cours. Il n'avait aucune idée de ce qu'il pouvait faire. Il avait vécu des pertes, lui aussi, par le passé et même maintenant, mais ces pertes n'étaient rien comparées à ce qui avait été enlevé à Severus, ce qui avait détruit sa vie.

Une regard à l'homme et ses appartements était suffisant pour clairement comprendre que rien ne pourrait aider. Mais il avait promis d'essayer, et il le ferait.

"Et pour l'entraînement ?" demanda-il doucement et la tête de Severus se tourna de la tapisserie vers lui, comme s'il était surpris qu'ils lui parlent toujours. "Votre présence nous aidait beaucoup. Et surtout, Ron a besoin de toute l'aide qu'il est possible de recevoir."

Bien qu'il ait un peu l'impression de trahir son camarade, Harry savait qu'il s'agissait de la vérité. Le travail acharné qu'il avait fourni en cinquième année pour l'AD et les heures supplémentaires qu'il avait faites avec Draco avaient fait progresser Harry à un niveau d'attaque et de défense que peu de septième année avaient atteint. Le fait que ses deux meilleurs amis, Draco et Hermione, le surpassent toujours sans difficulté n'avait fait qu'ajouter à sa motivation.

Severus fronça les sourcils. Il avait l'air de réfléchir, chose qu'il avait vu uniquement quand leur chef des renseignements faisait face à un code particulièrement difficile à percer ou une question de stratégie extrêmement importante. Que la réponse à une remarque aussi simple, une évaluation de ce qu'avait voulu dire Harry lui demande autant de concentration effraya Harry. Cela montrait à quel point Severus était épuisé.

"Vous avez Maugrey et Lupin pour ça," dit Severus après un moment, décidant apparemment d'ignorer ce que Harry avait voulu dire. "Le Directeur m'a informé dans une lettre que les recherches sur le sortilège de l'âme que tu utiliseras sur Voldemort sont presque achevées, et que les dispositifs de dissimulation que Minerva et moi avons développé ont été suffisamment testés. L'entraînement sur ces deux aspects va prendre la plupart de votre temps maintenant, et comme je ne suis ni un expert en anciens sortilèges ni en métamorphose, je vois mal en quoi ma présence serait nécessaire."

"Peut-être que ce n'est pas ton expertise qui nous manque, Severus," le poussa gentiment Remus. "Peut-être que c'est toi qui nous manque."

Severus eut l'air réellement confus pendant un instant. "Alors vous êtes fous," dit-il, la voix rauque. "Il ne reste rien qui pourrait vous manquer."

"C'est faux, Severus," le contredit Remus, doucement mais fermement, et pendant un instant Harry vit quelque chose vaciller sur le visage de l'homme sombre, une émotion si brute et compliquée qu'il ne put l'identifier.

Puis, le visage de Severus se raidit et il se détourna, refusant de croiser le regard de Remus.

"Notre affiliation avec les Aurors s'améliore de manière satisfaisante," dit-il comme s'ils n'avaient jamais détourné le sujet des affaires de l'Ordre. "J'ai des contacts positionnés près de chaque personne que l'on soupçonne d'être des sympathisants des Mangemorts et des dispositifs d'écoute implantés dans les bureaux critiques du Ministère. Nos préparations sont en avance sur le planning. Je suis confiant sur le fait que…"

"Severus," dit une nouvelle fois Remus, et Harry vit de nouveau l'émotion sur le visage de Severus. Cette fois, il la reconnut comme de la fureur. Et de la peur. Comme si Severus craignait qu'ils lui fassent quelque chose.

"Ça n'est pas bon pour toi," continua Remus. "Tu ne peux pas te cacher du monde et t'enterrer sous le travail pour l'éternité !"

"Mêle toi de tes affaires Remus et je me mêlerais des miennes," dit Severus d'une voix monocorde. Mais Remus, souciant, têtu, refusa de capituler.

"Tu dois affronter ça, Severus," le pressa-il. "Tu dois faire ton deuil !"

Severus rit, un court et abrupt aboiement qui effraya Harry.

"Et que vas-tu me faire faire ?" demanda-il amèrement. "Défaillir, me couver et soliloquer ? T'attends-tu à ce que je fasse des rituels ? Hé bien, je suppose que je pourrais me frapper le torse et m'arracher les cheveux et frotter des cendres sur mon visage. Est-ce que tu serais content ?"

"Il n'est pas question d'être content ou pas," dit Remus. "Il est question de ta santé. Tu ne prends pas soin de toi !"

"Je prend soin de mon travail," siffla Severus. "C'est tout ce qui compte. Je ferais ce qu'il faut faire, et tu n'as pas le droit d'interférer au delà de ça. Es-tu en train de remettre mon utilité en question ?"

Remus soupira d'exaspération ou ouvrit la bouche pour argumenter, mais Harry, voyant la fureur et le désespoir dans les yeux de Severus s'intensifier, l'en empêcha.

"Severus," dit-il doucement, comme s'il essayait de calmer l'une des créatures de Hagrid. "Nous sommes juste là pour vous apporter du soutien. Dites-nous juste ce qu'on peut faire pour vous aider."

Doucement, Severus se tourna vers lui et le regarda dans les yeux.

"Hermione est quelque part, en vie, entre les mains de Lucius Malfoy," dit-il, et le plus terrible était à quel point il paraissait calme en présentant ces faits. Des hurlements ou des pleurs aurait été plus facile à supporter, pensa Harry. "Dites-moi ce qui peut aider contre ça."

Ça n'était pas une question. Il savait qu'il n'y avait pas de réponse.

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Au cours des jours suivants, Jane nettoya la chambre d'Hermione, le couloir adjoint et tout ce qu'elle pouvait trouver d'autre dans le manoir, deux fois par jour. Son travail était sans défaut, son comportement humble et très digne d'un elfe de maison, et Malfoy avait arrêté de la remarquer avant que la nuit ne tombe sur son premier jour en tant que Jinny, l'esclave du Mangemort.

C'était une période horrible. Elle se précipitait à travers la grande maison pour polir une poignée en laiton par ici, dépoussiérer un livre par là, et puis soudainement, elle entendait des cris. Ces cris étaient bon signe, puisqu'ils signifiaient qu'Hermione était encore assez en vie pour les émettre, mais ils étaient vraiment déchirants pour elle, et la nécessité de ne rien faire était pire que ce que Jane avait imaginé.

Mais elle n'avait pas oublié ce qu'Hermione avait toujours dit, et ce que Severus avait répété avec moins de conviction, ainsi elle ne fit rien qui aurait pu risquer le plan. Cependant, quand six jours furent écoulés et que rien ne sortant de l'ordinaire était arrivé, elle jugea que son statut de nouvelle arrivée était terminé et que Lucius Malfoy ne se souviendrait même pas du changement parmi les elfes de maison.

Il partit un peu après le petit déjeuner pour une destination inconnue. Elle avait essayé pendant la semaine de découvrir le plus de choses possibles sur son emploi du temps, mais si Lucius Malfoy gardait des traces écrites, il les avait cachées dans un endroit où les elfes de maison fouineurs ne pourraient pas les trouver, et il n'utilisait jamais un Portoloin qu'elle aurait pu inspecter en quête de traces résiduelles de magie ou de sortilège de localisation.

Cette fois cependant, le craquement net de son transplanage était exactement ce qu'elle avait espéré. Elle attendit pendant quinze minutes tendues - son vieux Maître Sinistrus Snape avait été célèbre pour partir bruyamment avant de revenir en douce dans la maison, pour espionner les elfes de maison ou ou sa femme, elle n'avait jamais su - puis inspecta la maison avec sa magie en quête de tout créature vivante ou de sort de détection. Elle ne trouva rien, à l'exception de la vieille elfe de maison dont elle n'avait toujours pas réussi à découvrir le nom.

Ses jambes étaient légèrement bancales quand elle sortit de la cuisine.

"Je nettoyer la chambre de la sang-de-bourbe maintenant," annonça-elle comme elle l'avait fait chaque jour, et la vieille elfe de maison renifla pour montrer son dégoût envers quelqu'un qui avait encore moins de valeur qu'un elfe de maison, comme elle l'avait fait chaque jour depuis que Jane était arrivée.

Cette fois elle était préparée à ce qui l'attendait dans la chambre nue aux murs blancs, mais elle fut tout de même soulagée quand elle vit que Malfoy avait soigné et lavé Hermione après sa dernière visite. Il ne le faisait pas toujours, préférant parfois la laisser croupir dans le sang et la saleté.

Jane avait obéi à son ordre de ne pas la toucher, et avait en fait fait très attention à ne pas lui montrer son visage puisqu'elle n'était pas certaine d'à quel point Hermione était saine d'esprit ni si elle était capable de cacher des secrets à Malfoy. Mais quand elle avait nettoyé la pièce ces jours là, seule sa discipline l'avait empêchée de se ruer sur Hermione pour la secourir et l'emmener loin de cet horrible lit.

Maintenant qu'elle pouvait réellement le faire, elle eut soudain peur d'être arrivée trop tard.

"Hermione," murmura-elle, et sa voix normale lui sembla étrange après cette semaine à parler un langage de piaillements et de gémissements d'elfe de maison. "Hermione !"

La fille sur le lit ne remua même pas. Malfoy l'avait habillée d'une nuisette de soie blanche qui montrait à quel point elle avait perdu du poids - la peau si pâle qu'elle semblait translucide était vraiment tirée sur ses os qui n'étaient que trop visibles. Même si elle avait été soignée, des cicatrices d'un rouge violent s'entrecroisaient sur ses bras et ses jambes.

"Hermione," siffa une nouvelle fois Jane, et quand la fille ne réagit toujours pas elle atteignit son visage et le gifla. Ils n'avaient pas le temps pour les plaisanteries.

"Réveille toi ma fille, ou tu vas rater ta seule chance de sortir de cet enfer !"

La bouche d'Hermione trembla, et Jane retint son souffle, pas sûre de la réaction qu'elle attendait. Lentement, ses yeux s'ouvrirent. Mais ils étaient sauvages et vides et manquaient de l'expression de volonté déterminée que Jane connaissait si bien. Il n'y avait pas de reconnaissance dedans, pas d'intelligence.

Malgré la preuve évidente qu'elle avait devant les yeux, Jane eut soudain le sentiment qu'Hermione n'était pas là du tout, que ce qui la rendait unique, ce qui faisait d'elle une personne, était parti ailleurs. Soudain, Jane ne ressentit que de la pitié pour ce corps vide et abusé, quitté comme un jouet mal aimé et laissé entre les mains de son bourreau.

"C'est moi, Jane," murmura-elle tout en sachant que c'était inutile. Où que soit allé l'esprit d'Hermione, Jane ne pouvait pas l'atteindre de là. Elle se souvint des choses qu'elle avait vues et entendues ces derniers jours et espéra qu'elle s'était enfuie assez loin pour échapper à la torture de Malfoy.

Avec précautions, Jane souleva la tête d'Hermione contre le montant du lit. La fille eut un mouvement de recul comme si elle était effrayée qu'un étranger la touche mais qu'elle était trop faible pour résister.

"Calme toi," murmura Jane. "Hermione, j'ai besoin que tu boives quelque chose pour moi. Ouvre la bouche."

Elle ne réagit pas, comme si elle ne l'avait pas entendue. Mais quand Jane tendit la main pour lui ouvrir la bouche, inquiète de la froideur de la peau d'Hermione, elle ne résista pas non plus.

"C'est la goutte du mort vivant," expliqua Jane, pas sûre qu'Hermione comprenne mais sachant que si c'était le cas, elle voudrait autant d'informations que possible. "Ça va te faire dormir."

Elle eut envie de pleurer en voyant la façon dont la tête d'Hermione roula en arrière, comme celle d'une marionnette dont les fils auraient été coupés, eut envie de poursuivre Malfoy et de le tuer pour ce qu'il avait fait à cette femme autrefois si fière. Le fait qu'elle ne le puisse pas, qu'elle doive le laisser en sécurité dans ce manoir incartable pour ne pas risquer leur plan, intensifia sa colère.

"Dors, maintenant," dit-elle, de la voix douce qu'elle n'utilisait qu'avec les enfants et les animaux. "Dors, et quand tu te réveilleras tu seras avec ta famille."

Avec précautions, elle reposa son dos contre le lit, puis elle rouvrit sa bouche et la nettoya pour qu'il ne reste aucune trace de la potion. Elle utilisa un sort d'elfe de maison pour enlever sa signature magique du corps d'Hermione, puis elle nettoya rapidement et efficacement la pièce - un œil et une oreille sur la porte pendant tout ce temps.

Puis, l'attente commença. Alors que Jane s'attardait dans les environs de la chambre d'Hermione, une oreille tendue en quête d'un bruit de transplanage, prétendant donner aux couloirs un coup de nettoyage approfondi, elle se demanda comment Malfoy réagirait quand il reviendrait et qu'il trouverait son précieux jouet mort.

Jane ne s'autorisa pas à s'inquiéter ou à penser à ce qui pourrait mal tourner. Rien de bon n'était jamais venu d'une vision pessimiste, avait-elle bien assez prêché auprès de Severus. Mais malgré son excellente discipline mentale et la détermination avec laquelle elle se concentrait sur cette poignée de porte qui avait besoin d'être polie, malgré le fait qu'elle savait que les choses n'étaient plus entre ses mains, elle ne pouvait s'empêcher d'imaginer.

Le bois froid et dur de sa canne et la puissance de la baguette cachée dedans. Ses yeux, encore plus froids et pourtant remplis d'une inquiétante passion, cette tendresse quand il était près d'Hermione.

Et s'il décidait de brûler son corps ? Et si il refusait de l'enterrer ? La potion imiterait la mort seulement pendant vingt-quatre heures. Si elle était toujours près de lui alors tout serait perdu.

Elle frotta la poignée de porte avec plus de vigueur. Se garder occupée était la clé, et elle resterait occupée, même si cela signifiait nettoyer chaque centimètre carré de ce maudit couloir…

Le crac du transplanage déchira le silence de manière presque douloureuse. Par réflexe, Jane se jeta au sol et commença à polir une section parfaitement propre du carrelage de marbre. Elle l'entendit quitter le hall d'entrée, entendit ses pas alors qu'il tourna à gauche, entendit le claquement de sa canne sur le carrelage alors qu'il passait devant elle.

Elle ne bougea pas d'un pouce de là où elle était accroupie, elle se pencha juste plus bas et pressa la serpillière sur le sol de toutes ses forces.

Il s'arrêta devant la chambre d'Hermione.

Il ouvrit la porte.

Il entra.

Pendant un moment ce fut le silence, juste assez longtemps pour rappeler à Jane que respirer était vraiment essentiel pour les elfes de maison.

Et puis il y eut un rugissement, un son inarticulé de colère et de déception qui fit oublier à Jane toute détermination et discipline mentale. Elle lâcha la serpillière, plongea au sol et se pressa contre le marbre comme s'il pouvait offrir une quelconque protection.

Elle lâcha un drôle de petit gémissement, extrêmement reconnaissante que personne ne puisse la voir dans cet état. Mais même si Severus en personne s'était tenu à côté d'elle, elle n'aurait pas pu s'en empêcher, elle n'aurait pas pu réprimer cette peur qui, pour la première fois de sa vie, faisait de Jane une elfe de maison tout à fait normale.

"ELFE," rugit Malfoy, et après le long moment qu'il fallut à son cerveau pour comprendre, envoyer un ordre à ses jambes et les faire obéir en les menaçant de les priver de sang, Jane se remit sur ses pieds.

Le chemin de la chambre d'Hermione fut plus long que jamais. Quand elle passa le pas de la porte, les épaules voûtées dans un geste instinctif de sauvegarde face à ce qui l'attendait de l'autre côté, elle vit Malfoy, debout au milieu de la pièce, le visage pâle de fureur.

Et elle eut le sentiment que depuis la première fois qu'elle avait posé les yeux sur lui, elle voyait le vrai Malfoy.

La chose qui se cachait derrière les masques, les gants et les robes de soie.

Dans ses bras, il tenait le corps inanimé d'Hermione.

Elle frissonna.

"Que s'est-il passé ici, elfe ?" rugit-il, ayant l'air encore plus dangereux vu de près. "T'as-tu touchée ? Lui as-tu fais quelque chose ?"

"Jinny être une bonne elfe de maison, Maître Malfoy," répondit hâtivement Jane en détournant les yeux. "Jinny nettoyer et entretenir et ne jamais regarder la sang-de-bourbe…"

"Ne l'appelle PAS comme ça !" rugit Malfoy, et malgré la colère, Jane put entendre une véritable détresse. Elle leva les yeux avec étonnement, juste pour voir Malfoy, le Malfoy toujours froid et maître de lui enfouir son visage parfait dans les cheveux d'Hermione Granger.

"Elle était bien plus que ça," murmura-il, et pendant un moment Jane se demanda s'il était devenu fou. "Et elle était à MOI !"

"Je être désolée, Master Malfoy," piailla Jane, seulement pour être interrompue par un sifflement de colère. Elle se voûta un peu plus.

"Ça n'était pas censé arriver," siffla-il, les yeux toujours fixés sur le visage d'Hermione. Une de ses mains parfaitement manucurée se tendit pour toucher tendrement et délicatement la courbe de sa lèvre inférieure. "Je ne t'ai pas autorisée à partir. Tu es à moi."

Jane sentit la bile monter dans sa gorge et elle détourna les yeux, contente que Malfoy ne lui prête pas du tout attention. Elle avait vu Severus toucher la bouche d'Hermione de cette façon, avec autant de tendresse et de révérence qui tenait de l'admiration. Voir la même expression sur le visage de Malfoy, qui l'avait faite crier et supplier, qui l'avait brisée comme un vulgaire jouet et qui pensait que la soigner après était "prendre soin" d'elle lui donnait envie de hurler.

Au lieu de quoi, elle regarda ailleurs, attendant que le douloureux silence se termine.

"Elfe," répéta finalement Malfoy, et quand elle leva les yeux vers lui, elle put voir que le Mangemort était de retour. Et pourtant ses yeux étaient bordés de rouge, comme s'il les avait frottés, et ses mains étaient tendues quand il la reposa sur le lit.

Il parcourut son corps d'un long regard, s'attardant sur tout ce qu'il avait souillé ces derniers mois, puis il se détourna du corps qui était sa précieuse possession et les épaules se tendirent.

"Il y a un cimetière pas loin d'ici. Enterre-la."